A propos de la culture

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Dans un contexte de globalisation, l'histoire culturelle contemporaine est nécessairement plurielle. Nous sommes entrés de plain-pied dans la société du spectacle. Cet ouvrage, édité en deux tomes, interroge quelques aspects déterminants à propos de la culture. Ce tome aborde l'instrumentalisation de la culture, la transmission et la création, la culture et la ville.

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Date de parution 01 mars 2008
Nombre de visites sur la page 139
EAN13 9782336252407
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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A propos de la culture
Tome2Les Rendez- VODSd'Archimède
Collection dirigée par Nabil EI-Haggar
Université des Sciences et Technologies de Lille
"
A propos de la culture
Tome2
Sous la direction de Nabil EI-Haggar
Jérôme André
Alain Cambier
Inès Champey
Michel David
Thierry De Duve
Nayla Farouki
Alain Fleischer
Robert Gergondey
Haifa Hajjar Najjar
Jean-Marc Lachaud
Gaëtane Lamarche- Vadel
Taslima Nasreen
Jordi Pascual
Christian Ruby
Henri Simons
Daniel Vander Gucht
Joëlle Zask
L'HARMATTAN<9 L'HARMATTAN, 2008
5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan 1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-05219-2
EAN : 9782296052192Remerciements à :
- la Direction de l'Enseignement Supérieur, le Ministère de l'Éducation
Nationale, le Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche
- la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Nord-Pas de Calais
(DRAC), Ministère de la Culture et de la Communication
- le Conseil Régional Nord-Pas de Calais
- la Ville de Villeneuve d'Ascq
qui subventionnent les activités organisées par l'Espace Culture.
- L'agent comptable de l'Université des Sciences et Technologies de Lille
l'équipe de l'Espace Culture de l'USTL :
Nabil EI-Haggar, vice-président de l'USTL, chargé de la Culture, de la
Communication et du Patrimoine Scientifique
Françoise Pointard, directrice
Communication/Éditions:
Delphine Poirette, chargée de communication
Edith Delbarge, chargée des éditions
Julien Lapasset, infographiste
Audrey Bosquette, assistante aux éditions
Administration:
Dominique Hache, responsable administratif
Angebi Aluwanga, assistant
Johanne Waquet, secrétaire de direction
Dominique Wartelle, accueil-secrétariat
Relations jeunesse/étudiants:
Mourad Sebbat, chargé des relations jeunesse/étudiants
Martine Delattre, assistante projets étudiants
Patrimoine scientifique:
Antoine Matrion, chargé de mission Patrimoine Scientifique
Régie technique:
Jacques Signabou, régisseur
Café culturel:
Joëlle Mavet
L'ensemble des textes a été rassemblé par Edith Delbarge, chargée des
éditions et Audrey Bosquette, son assistante.Collection
« Les Rendez- VODSd'Archimède »
« Questions de développement:
nouvelles approches et enjeux»
sous la direction d'André Guichaoua - 1996
« Le Géographe et les Frontières»
sous la direction de Jean-Pierre Renard - 1997
« Environnement: représentations
et concepts de la nature»
sous la direction de Jean-Marc Besse
et Isabelle Roussel - 1998
« La Méditerranée des femmes»
sous la direction de Nabil EI-Haggar - 1998
« Altérités: entre visible et invisible»
sous la direction de Jean-François Rey - 1998
« Spiritualités du temps présent: fragments d'une analyse,
jalons pour une recherche»
sous la direction de Jean-François Rey - 1999
« Emploi et travail: regards croisés»
sous la direction de Jean Gadrey - 2000
« L'École entre utopie et réalité»
sous la direction de Rudolf Bkouche
et Jacques Dufresnes - 2000
« Le Temps et ses représentations»
sous la direction de Bernard Piettre - 2001
« Politique et responsabilité:
enjeux partagés»
sous la direction de Nabil EI-Haggar
et Jean-François Rey - 2003« Les Dons de l'image»
sous la direction d'Alain Cambier - 2003
« L'Infini dans les sciences,
l'art et la philosophie»
sous la direction de Mohamed Bouazaoui,
lean-Paul Delahaye et Georges Wlodarczark - 2003
« La Ville en débat»
sous la direction de Nabil EI-Haggar, Didier Paris
et Isam Shahrour - 2003
« Art et savoir,
de la connaissance à la connivence»
sous la direction d'Isabelle Kustosz - 2004
« Le Vivant
enjeux: éthique et développement»
Sous la direction de Nabil EI-Haggar
et Maurice Porchet - 2005
« Le Hasard: une idée, un concept, un outil»
Sous la direction de lean-Paul Delahaye - 2005
« Que cachent nos émotions? »
Sous la direction de lean-Marie Breuvart - 2007
À paraître prochainement:
« La Laïcité»
« L'Enfant»SOMMAIRESOMMAIRE
p. 17Avant-propos
Par Nabil EI-Haggar
Introduction p. 19
Par Nabil EI-Haggar
Chapitre I
Instrumentalisation de la culture
Instrumentalisée... et instrumentalisante ?
Quelques interrogations à propos de la culture p.33
Par Nayla Farouki
p.47Le nouvel état de la culture
Par Christian Ruby
p. 53De la culture aux arts et retour
Par Christian Ruby
p. 69La valeur« art»
Par Inès Champey
p. 103De la culture et de l'art aujourd'hui
Par Jean-Marc Lachaud
p. 115Résister comme inventer
Par Gaëtane Lamarche- Vadel
p. 125Résistance ou responsabilité culturelle?
Par Daniel Vander Gucht
13Chapitre II
Transmission et création
p. 137Comment l'art se transmet-il d'une génération
d'artistes à l'autre ?
Par Thierry De Ouve
p. 147Transmission et création
Par Alain Cambier
p. 159Deux cultures - et deux barbaries
Par Robert Gergondey
p. 167Transmission, culture et liberté
Par Joëlle Zask
p. 177La transformation de l'école pour filles Ahliyyah
en une organisation basée sur l'esprit et l'âme
Par Haifa Hajjar Najjar
p. 189Ensemble et séparés
Par Alain Fleischer
Chapitre III
Culture et ville
La ville: objet culturel par excellence p. 199
Par Alain Cambier
p. 223Politiques culturelles, développement humain et
innovation institutionnelle
Par Jordi Pascual
14p. 245Création émergente et culture urbaine:
un exemple bruxellois
Par Henri Simons
p. 255Culture et développement local:
le cas de Roubaix
Par Michel David
p.267Le musée n~est pas une cathédrale
Par Jérôme André
Épilogue
p. 279« A little bit of me »
Par Taslima Nasreen
Bibliographie des auteurs p.291
15Avaut-propos
Par Nabil EI-Haggar
Vice-président de l'Université des Sciences et Technologies de
Lille, chargé de la Culture, de la Communication et du
Patrimoine Scientifique
Ce livre est le dix-huitième titre de la collection Les
Rendez-vous d'Archimède. Il occupe sans nul doute une place
particulière dans cette collection car il questionne un postulat
fondateur de notre projet: la culture en tant que figure
symbolique de l'ambition démocratique.
Étant donné le très vaste champ de réflexion autour de la
culture, nous avons retenu quelques thèmes qui nous semblent
centraux pour poser un regard critique sur la problématique
culture et démocratie.
Au fil de la lecture des textes proposés, réunis en deux
tomes, cet ouvrage met en évidence la complexité de l'accès à
la culture et la place qu'elle occupe dans une société de
consommation, d'image et de médiatisation à outrance.
C'est certainement une illusion que de prétendre, à
travers un colloque et des conférences, cerner cette question si
complexe, qui passionne depuis toujours, et continue à susciter
un intense débat. Néanmoins, la multiplicité des intervenants
et des champs disciplinaires donne une grande richesse à cet
ouvrage.
Grand merci aux auteurs qui ont bien voulu s'associer à
cette démarche dans son intégralité et tout particulièrement aux
membres du comité scientifique grâce auxquels ce travail a été
rendu possible.
Je profite de cet avant-propos pour signaler aux lecteurs
qui découvrent cette collection que nous travaillons depuis
17quinze ans pour que Les Rendez-vous d'Archimède restent un
espace de réflexion, de pensée, de rigueur et de liberté. La
pensée a besoin d'espaces de liberté où échanges et rencontres
trouvent vie en dehors de toute logique utilitaire. Les savoirs et
les connaissances, fruits d'une construction lente et complexe
des rapports que l'on peut avoir au monde, fondent l'ensemble
des rencontres proposées lors de ces rendez-vous. Cet espace
multiforme se veut un lien indissociable entre la culture et
l'éducation.
Je rappelle également aux lecteurs qu'ils peuvent
découvrir sur notre site la revue culturelle Les Nouvelles
d'Archimède, trimestriel gratuit qui traite de questions diverses
à travers des approches multidisciplinaires. Vous pourrez y lire
des articles relatifs aux thèmes de l'année et y retrouver
régulièrement les rubriques Paradoxes, Mémoires de science,
Humeurs, Repenser la politique, Jeux littéraires, Vivre les
sciences, vivre le droit, À lire, L'art et la manière...
Alors, si notre démarche et nos publications vous
intéressent, n'hésitez pas à nous contacter et à en parler autour
de vous. Le public est notre meilleur média !
18INTRODUCTION
Par Nabil EI-HaggarIntroduction
Par N abil El. Haggar
Vice-président de l'Université des Sciences et Technologies
de Lille, chargé de la Culture, de la Communication
et du Patrimoine Scientifique
« La culture, c'est aussi ce qui désadapte l'homme,
le tient prêt pour l'ouvert, pour le lointain,
pour l'autre, pour le tout. (...)
L'éducation, au sens fort du mot, n'est peut-être
que le juste mais difficile équilibre entre
l'exigence d' objectivation, c'est-à-dire
d'adaptation et l'exigence de réflexion
et de désadaptation.
C'est cet équilibre tendu
qui tient l'homme debout. »
Paul Ri cœur
Histoire et vérité
Depuis 1992, l'Université des Sciences et Technologies
de Lille développe une politique culturelle qui articule les
relations entre éducation, art, science et culture en affirmant
sa spécificité universitaire dans un véritable engagement
intellectuel. Cette politique se traduit notamment par la mise en
place d'un lieu de réflexion, d'échange et de débat, un soutien à
la pratique artistique en amateur, la valorisation de la culture
scientifique, une sensibilisation aux formes d'art les plus
contemporaines et un accompagnement à la réalisation de
projets étudiants et associatifs.
Après plus de quinze ans de travaux menés au sein de
l'Espace Culture de l'Université des Sciences et Technologie de
Lille, il nous a semblé important de questionner et de porter un
21regard critique sur la culture en tant que figure symbolique de
l'ambition démocratique. C'est par un colloque international de
trois jours, organisé à Lille, que nous avons choisi de contribuer
à cette réflexion.
I. De l'université
La société de masse, écrit Edward Shies, «advient
clairement quand la masse de la population se trouve
incorporée à la société ». L'université française s'insère dans
cette problématique. Elle est dans une phase de transformation
importante sous la pression d'exigences diverses. Elle
s'interroge sur sa raison d'être et son développement futur. Elle
fait son bilan et réévalue ses missions face aux défis de la
société, tant au niveau local que global.
La culture qu'elle propose de transmettre à la société est
aussi concernée par le rapport, aussi complexe que conflictuel,
de la société à la culture.
Les savoirs et les connaissances sont, aujourd'hui, une
exigence sociale pour le développement et le bien-être des
sociétés. Cela engendre non seulement une demande croissante
de formation supérieure, mais aussi la nécessité d'une
coopération importante entre les différentes disciplines, les
divers centres de production de culture et de connaissance,
entre les différents savoirs (scientifique, artistique,
technique). L'enseignement ne peut plus s'organiser selon le
principe de l'apprentissage passif de notions établies, mais
selon la nécessité d'apprendre à apprendre de façon globale et
contextuelle.
Rappelons que «I 'hyperspécialisation» et la
compartimentation disciplinaire défavorisent l'accès aux connaissances
majeures.
L'université est appelée de toute part, en interne et en
externe, à l'efficience et à l'efficacité. Face aux défis et aux
difficultés d'une réforme de cette institution pluriséculaire,
alors que les réponses ne peuvent venir que d'une réflexion
22plus globale, la tendance générale est aux réponses adaptatives
morcelées, éparpillées et principalement soucieuses des
exigencesdu « marché ».
Dans un pays où un étudiant d'université ne coûte que
7210 € à l'État contre 10 000 € pour un lycéen et 13 560 €
pour un élève de classe préparatoire, nombreux sont les
universitaires qui ne doutent pas de la nécessité de réformer
l'Université française. Il est vrai que l'État n'incite pas à une
réflexion collective efficace qui pourrait enrichir ladite réforme.
Mais il est aussi vrai que la « Communautéuniversitaire» ne se
donne pas les moyens nécessaires pour mener une réflexion
profonde et durable autour des questions essentielles pour une
réforme qui permettrait à l'Université française d'avancer.
Dès lors, une question s'impose: pourquoi la communauté
universitaire est-elle souvent bien plus dans le réagir que dans
l'agir? Cette communauté d'élite sait pourtant qu'être dans «le
réagir» est une autre manière de subir.
Une université qui se respecte n'a d'autre choix que de
préserver son âme en tant que lieu libre de réflexion, de
recherche, de création, d'éducation et de diffusion des savoirs.
C'est dans ce lieu que les diverses approches de la connaissance
et les différentes cultures peuvent exister librement en dehors
de toute logique de rentabilité.
L'université devrait donc être un lieu privilégié capable
de mettre à disposition de l'intelligence du public, de tous les
publics, les possibilités d'apprendre à regarder, écouter,
apprécier, critiquer, évaluer les sciences et les techniques, la
qualité d'un texte, d'une mise en scène, d'une interprétation,
d'une œuvre artistique, etc.
Ce sont des outils nécessaires pour accéder à
l'intelligibilité et partager, dans la différence et la pluralité, la
vision des autres.
En plus de son rôle de production et de diffusion de
savoir, il lui est demandé de préserver la place de la pensée et
du débat d'idées, de ne pas négliger le rapport entre savoirs,
arts, recherche, création et éducation et d'occuper la place qui
lui revient dans la Cité, d'assumer son rôle social, culturel,
23éthique et politique.
À l'image de la démarche sélective face à l'ensemble des
disciplines culturelles, une part non négligeable d'universitaires
ne s'intéresse, dans les savoirs et les connaissances, qu'à la
partie qui lui est nécessaire pour exceller dans sa spécialité.
C'est ainsi que la recherche et l'enseignement risquent de ne
garder de leurs missions que l'aspect «formateur» qui sait
répondre aux critères de l'efficacité technique et de la
rentabilité économique sans se soucier du culturel, c'est-à-dire
de l'éducation d'un regard critique sur les savoirs, condition
sine qua none pour une prise de recul nécessaire et pour donner
un sens à l'entreprise de la connaissance. Or, nous savons que
«ce culturel qui met de la distance entre I'homme et le vital
1indispensable à la survie humaine» est en conflit avec
« l'utile» et l'immédiateté.
« D'une culture adaptée au temps présent, on passe à cet
extrême, la culture adaptée à l'instant c'est-à-dire une
façon grossière de s'emparer de l'utilité momentanée. Si l'on
croit que la culture a une utilité, on confondra rapidement
ce qui est utile avec la culture. La culture généralisée se
confondra avec la haine de la vraie culture »2.
Bien que la spécialisation soit indispensable pour qu'un
travail de recherche universitaire ou de création artistique
aboutisse, et que les cloisonnements disciplinaires soient parfois
nécessaires, il nous appartient de mesurer les enjeux des savoirs
et des connaissances et de pouvoir leur accorder un regard
critique malgré la pression sociale et les contraintes internes
et externes nées de la rentabilité et de l'efficacité. Il faut
comprendre les enjeux des cloisonnements disciplinaires aussi
bien que ceux des ouvertures, des décloisonnements et de la
transdisci plinari té.
Organiser le débat et la rencontre est essentiel au
développement de la culture dans toutes ses dimensions. C'est
1 Hannah Arendt, La Crise de la culture, éd. Gallimard,
collection Idées, Paris, 1985.
2 Friedrich Nietzsche, La Volonté de puissance, tome II.
24ainsi que, par son rôle de diffusion de la culture et du savoir,
l'université permet la réflexion sur l'art, la recherche, le savoir
et la connaissance qui sont dépositaires d'un pouvoir qui n'est
ni neutre, ni objectif.
L'université et les universitaires ne peuvent donc se
soustraire à la responsabilité éthique et civile de l'œuvre
artistique, scientifique et technique.
Parce que nous sommes toujours appelés à porter un
regard critique sur ce que nous étudions, cherchons, inventons
et créons, une condition s'impose donc à nous: une prise de
recul nécessaire. Tant que cette démarche fait défaut, la
« rencontre» résultante de la confrontation, et partie intégrante
du processus de créativité et d'intelligibilité, est un leurre.
C'est pourquoi il est urgent qu'une refondation des
politiques publiques de la culture soit opérée. Il est
indispensable de mettre fin aux cloisonnements disciplinaires,
de reconsidérer sérieusement la place de la pensée, des savoirs
et des connaissances dans notre approche de la culture. Il faut
veiller à la permanence du rapport entre éducation et culture.
II. De l'ouvrage
Si la culture est bien ce qui découvre un sens commun,
quelle relation entretient-elle avec le politique? Si 1'histoire
contemporaine peut faire passer l'association de la culture et de
la barbarie pour un tragique lieu commun, que reste-t-il de
l'idéal de la modernité issu des Lumières? Dans quelles
conditions la culture peut-elle encore faire l'objet d'un bien
commun? Pourquoi et comment peut-elle permettre au genre
humain de poser un regard critique sur le monde et donc sur
soi-même?
Nous avons choisi d'aborder ces interrogations
complexes à travers les problématiques suivantes:
- La construction européenne au risque de ses cultures?,
- Universalité et particularité,
- Culture et barbarie,
- InstrumentaIisation de la culture,
25- Transmission et création,
- Culture et ville.
Ce colloque a donné lieu à trois jours de réflexion et de
débat entre les intervenants, avec un public aussi nombreux que
divers, dont bon nombre de lycéens et d'étudiants.
La restitution de ces travaux, présentés dans le cadre du
colloque À propos de la culture et lors des conférences
préliminaires sur le thème Culture et Ville, a permis l'édition de cet
ouvrage collectif, édité en deux tomes.
Le premier tome rend compte des interventions relatives
aux trois premiers thèmes: La construction européenne au
risque de ses cultures, Universalité et particularité et Culture et
barbarie. On retrouve, dans ce deuxième tome, les réflexions
autour de: L'instrumentalisation de la culture, Transmission et
création et Culture et ville.
À propos de la culture, tome 1
Bien que la culture soit un enjeu fondamental de la démocratie,
la question culturelle reste trop souvent absente des débats sur
la construction européenne. Nous partageons pourtant une
histoire commune faite d'apports culturels très divers. La
construction européenne doit-elle se faire au risque de ses
cultures?
Le culte de la particularité conduit souvent à l'autisme
culturel. Mais la prétention à l'universalité peut aussi bien vider
une culture de sa richesse spécifique que l'amener à soumettre
le monde à l'aune de ses valeurs...
La culture ne nous met pas nécessairement à l'abri de la
barbarie. Les millénaires de culture qui ont produit ce que nous
sommes aujourd'hui ont été portés par ce que l'on pourrait
appeler «la violence barbare» de la vie. Il n'y a pas
aujourd'hui un retour de la barbarie, elle a toujours existé.
Face aux violences actuelles de tous ordres, faut-il
interpréter la culture comme une capacité nouvelle de vivre
ouvertement à la fois avec, pour et contre la barbarie?
26À propos de la culture, tome 2
L'instrumentalisation de la culture
La culture a longtemps été identifiée à la formation des
femmes et des hommes. Depuis qu'elle est convertie en
communication esthétique ou en sacralisation de résultats, elle
est devenue un enjeu des pouvoirs économiques et politiques.
Loin d'être une fin en soi, elle peut aussi être un moyen de
normalisation de l'homme et prendre aujourd'hui des formes
aliénantes. Il est nécessaire de poser la question de l'
instrumentalisation de la culture.
La définition de la culture renvoie-t-elle à une réalité ou à
une utopie? Après une étude des rapports entre culture et
politique, Nayla Farouki parle d'une «culture
instrumentalisante» et d'une « culture instrumentalisée ».
L'instrumentalisation de la culture nous permet-elle de
comprendre les phénomènes contemporains? La question est
posée par Christian Ruby qui évoque un nouvel état de la
culture et s'interroge alors sur l'émergence de nouvelles
relations de pouvoir.
Ne doit-on pas aussi soulever la question de
l'instrumentalisation de l'art? Parler de culture, n'est-ce pas
aussi nécessairement parler d'art? Avec la fin de l'âge
esthétique est apparue une politique de la culture et des arts.
Il faut convoquer, sur ce point, le regard de spécialistes.
Inès Champey nous livre ainsi une réflexion sur la valeur
« art », la question de la croyance étant inséparable de celle de
la valeur. Elle aborde le phénomène de spécialisation dans le
champ artistique.
Jean-Marc Lachaud insiste sur l'indispensable
refondation d'une théorie critique de la culture à l'ère de la
mondialisation néo-libérale. Il note néanmoins la singularité de
l'art qui perpétue la quête de liberté.
L'uniformisation de la société de masse, la globalisation
marchande ont indéniablement appauvri les différences et les
pluralités. Mais peut-on résister à l'instrumentalisation de la
culture et que cela suppose-t-il ? Gaëtane Lamarche- Vadel et
Daniel Vander Gucht nous livrent leurs points de vue sur cette
question et nous éclairent sur cette responsabilité, voire cet
enjeu démocratique.
27Transmission et création
Thierry de Duve introduit le thème Transmission et
création et aborde la question de la transmission artistique entre
les générations d'artistes.
Il est vrai que la culture ne peut se concevoir sans
transmission de ses acquis, condition nécessaire à la continuité
de I'histoire. Si I'homme avance culturellement, c'est parce
qu'il bénéficie des acquis du passé.
C'est en ce sens qu'Alain Cambier rappelle que 1'homme
ne peut jamais créer ex nihilo. Ainsi, commencer équivaut
toujours à recommencer.
Toute culture vivante est une tradition qui favorise en
même temps la créativité. C'est par l'éducation que se fait la
transmission. D'où l'absolue nécessité, comme le note Robert
Gergondey, d'une culture humaniste qui intègre le travail du
savoir. Il ne peut exister, d'une part, une culture des Humanités
et, d'autre part, une culture des Sciences et des Techniques.
Se basant sur la philosophie du pragmatisme selon John
Dewey, Joëlle Zask expose les raisons pour lesquelles former
ne peut se réduire à conformer. Elle rejoint l'idée selon laquelle
il n'existe aucune contradiction entre connaissance du passé
et invention, et insiste sur la différenciation entre diffusion
culturelle et processus d'acculturation ou d'assimilation.
Paradoxalement, c'est l'exemple d'une école pilote à
Amman-Jordanie qui illustre dans un premier temps ces propos.
Une expérience rare et significative au Moyen-Orient présentée
par Haifa Hajjar Najjar. Cette école de filles, fondée en 1929,
est devenue une organisation intellectuelle d'apprentissage qui
repose sur trois piliers - l'indépendance, la crédibilité et la
personnalité - permettant l'enrichissement des capacités
individuelles.
Dans un deuxième temps, aux antipodes de cette
expérience: l'exemple du Fresnoy - Studio national des arts
contemporains. Alain Fleischer expose le projet pédagogique et
artistique du Fresnoy qui permet de passer en continu des
anciens aux nouveaux gestes, de transmettre de 1'histoire et
d'émettre du présent.
28Culture et ville
À I'heure de la mondialisation, la question de la relation
entre la ville et la culture se pose forcément. D'une part, la ville
a toujours été le lieu d'épanouissement des individus et des
cultures et, d'autre part, la culture est parfois à l'origine de
transformations urbaines.
La ville est à la fois affaire de technique et d'éthique,
deux dimensions du milieu urbain qui ne sont pas
nécessairement en harmonie selon Alain Cambier: la relation
étroite entre crise de la culture et crise du monde urbain se
cristallise surtout avec le développement de la ville industrielle.
Plusieurs forces menacent l'autonomie de la culture et
son contenu critique. Jordi Pascual cite, par exemple, le
fondamentalisme et l'instrumentalisation très influents dans les
villes, les pays et les États européens.
En ce qui concerne le rapport entre culture et
développement local, Bruxelles, Roubaix et le site du
GrandHornu en Belgique, présentent des cas particulièrement
intéressants. Henri Simons signale la réhabilitation d'une gare
en centre ville de Bruxelles, devenue à la fois laboratoire
artistique, lieu de création, centre de formation pour chômeurs,
de confrontation et de diffusion culturelle.
Michel David renvoie à la désindustrialisation et aux
crises économique, urbaine et sociale qu'elle a produites pour
expliquer le contexte dans lequel s'est construite une politique
culturelle originale à Roubaix.
Enfin, Jérôme André évoque l'impact d'un projet muséal
sur son environnement, un site qui symbolise l'urbanisme
industriel et utopique du début du XIXème siècle.
En guise d'épilogue de cet ouvrage, nous avons choisi
le témoignage poignant que Taslima Nasreen nous a livré.
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