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Abolition de la traite et de l'esclavage dans les colonies françaises

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138 pages

JE ne me rappelle pas qu’aucun moraliste ou législateur de l’antiquité ait rien écrit contre le droit de réduire les hommes en esclavage, et de les vendre au marché comme des animaux ; non qu’il semblât aux anciens plus naturel qu’à nous qu’un homme dût être esclave, mais ils regardaient comme indigne de la liberté celui qui ne préférait pas la mort à la honte d’être vaincu. Je ne parle pas des nations d’Orient, chez qui l’esclavage passait et passe encore pour être d’institution divine, tant les puissants de la terre ont abusé dans ces pays-là de l’ignorance des peuples que la force leur a soumis.

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Auguste Billiard

Abolition de la traite et de l'esclavage dans les colonies françaises

PRÉFACE

LE Mémoire qu’on va lire n’est point un ouvrage de circonstance, quoiqu’il paraisse dans le moment où le ministère vient de présenter un nouveau projet de loi sur la répression de la Traite. En applaudissant aux vues du gouvernement, je regrette que M. le secrétaire-d’état au département de la marine n’ait pas envisagé la question sous des rapports plus étendus. Le législateur qui a sincèrement l’intention d’abolir le commercé des esclaves, conçoit qu’il ne suffit pas d’infliger des peines plus ou moins graves aux négriers ; il faut qu’il recherche en même temps les moyens de rendre la traite inutile. Voilà tout le problème ; c’est là ce qui intéresse le plus particulièrement l’humanité. Le bon ordre vient du bien-être ; il a plus contribué à la sécurité des grands chemins que toutes les peines imaginables contre les voleurs et les vagabonds.

Satisfaisant à beaucoup d’égards, le nouveau projet de loi n’établit point assez de dictinctions pour atteindre tous les coupables. Ainsi que je l’ai fait observer dans mon chapitre sur les peines à infliger aux négriers, si les capitaines, armateurs et subrecargues, sont punis de la même manière ; toutes ces qualités se réuniront dans le même individu qui se mettra seul en évidence.

Je n’hésite point à dire à M. le ministre de la marine que ni lui, ni ses prédécesseurs n’ont rien fait, ou qu’ils n’ont fait que peu de chose pour que le commerce des esclaves cesse d’être un besoin dans nos établissements d’outre-mer, ou pour que la population noire s’y maintienne et s’y accroisse comme aux États-Unis d’Amérique. Un bon régime municipal, une administration généreuse, sont, ainsi que je crois l’avoir démontré, le meilleur moyen de préserver nos colonies de la ruine prochaine dont elles sont menacées. Les blancs et les noirs y périront par la faute de la métropole.

Que l’on accorde quelqu’intérêt à des observations faites par un ami véritable des colonies ; mais par un ennemi de toute espèce d’esclavage et de despotisme, quelle que soit la couleur des personnes sur qui ces deux fléaux auraient à s’exercer.

La Société de la Morale chrétienne, qui a déjà rendu tant de services à l’humanité, a inspiré l’ouvrage que je viens offrir au public. Elle avait proposé un prix pour le meilleur Mémoire sur l’abolition de la traite. Je me suis présenté au concours ; mais ayant pensé qu’on ne pouvait séparer la question de l’abolition de la traite de celles relatives à l’affranchissement des esclaves, et à la constitution coloniale, ces considérations, dont quelques-unes étaient étrangères au sujet proposé, ont déterminé la Société de la Morale chrétienne à offrir un prix plus considérable au meilleur Mémoire sur l’abolition de l’esclavage. Engagé de la manière la plus obligeante à me représenter au nouveau concours, je crois nécessaire de publier mon travail avant l’époque où le prix doit être décerné. Il me suffit d’avoir appris que je pouvais y prétendre. Je saisirai cette occasion pour remercier la Société de la Morale chrétienne de sa bienveillance à mon égard, et pour l’assurer que mon ambition sera toujours de mériter son suffrage.

 

 

Aug. Billiard.

Rennes, ce 18 Janvier 1827.

CHAPITRE PREMIER

MOTIFS QUI ONT CONDUIT A L’ABOLITION DE LA TRAITE

JE ne me rappelle pas qu’aucun moraliste ou législateur de l’antiquité ait rien écrit contre le droit de réduire les hommes en esclavage, et de les vendre au marché comme des animaux ; non qu’il semblât aux anciens plus naturel qu’à nous qu’un homme dût être esclave, mais ils regardaient comme indigne de la liberté celui qui ne préférait pas la mort à la honte d’être vaincu. Je ne parle pas des nations d’Orient, chez qui l’esclavage passait et passe encore pour être d’institution divine, tant les puissants de la terre ont abusé dans ces pays-là de l’ignorance des peuples que la force leur a soumis. Les livres des Juifs sont féconds en autorités pour les partisans de l’esclavage. Le législateur des chrétiens n’a rien dit contre le trafic des hommes, qui était universel de son temps ; la maxime d’aimer son prochain comme soi-même, et de ne pas faire à autrui ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fît, était connue et pratiquée à peu près comme elle l’est aujourd’hui, long-temps avant qu’on eût parlé de César et d’Hérode.

Notre manière de voir, la différence du droit lui-même en matière de liberté et d’esclavage, sont l’effet de l’organisation actuelle des sociétés, d’une civilisation autrement dirigée, d’une liberté mieux entendue que celle des peuples de l’antiquité. Il n’était point à Rome de citoyen qui fût tisserand, menuisier ou forgeron. Les esclaves et quelques misérables affranchis travaillaient aux arts mécaniques, car le travail n’était pas moins méprisé que l’ouvrier. L’agriculture était seule exceptée de la honte attachée au travail, quoique l’exemple de Cincinnatus fût plus admiré qu’imité. La guerre était la seule occupation des hommes libres. Tant que les Romains eurent des voisins à dépouiller, ils ne cherchèrent pas à pourvoir autrement à des besoins et à des jouissances que l’industrie de leurs esclaves eût été incapable de satisfaire. Tout alla bien jusqu’au moment où il fallut mettre un terme à ces rapines, où d’autres brigands se rendirent les maîtres à leur tour. Ceux-ci, divisés entre eux, jaloux d’exercer le pouvoir chacun de leur côté, mais non moins avides de pillage que leurs prédécesseurs, furent plus embarrassés pour se livrer à des goûts aussi dispendieux que ceux de la guerre et de la destruction.

Un expédient inconnu jusqu’alors fut de vendre le plus cher possible et à plus ou moins forte portion, les libertés d’autrui dont les propriétaires se trouvaient détenteurs. On attacha d’abord l’esclave à la glèbe ; ce fut une première amélioration à son état : il prit ensuite le nom de vassal ; du plus bas étage, à la vérité. Une somme plus ou moins considérable payée au maître procura au vassal ou vilain une part dans les produits de la terre. A raison de nouveaux besoins toujours croissants, toujours multipliés, le vassal devint métayer, fermier, propriétaire de la surface du sol, sans cesser d’être l’homme du suzerain, qui n’accordait gratuitement aucun des droits à la propriété, aucun des grades pour parvenir à la liberté. D’autres nécessités obligèrent encore à de nouvelles concessions. Quoiqu’à regret, on fit connaître aux hommes qui travaillaient leur importance et leur utilité : les plus notables d’entre eux furent appelés, vers le quatorzième siècle, aux états-généraux du royaume. Ils acquirent une plus haute estime d’eux-mêmes, quoiqu’on les fît rougir encore d’avoir des mains endurcies par le travail. Mais c’est à ce travail toujours constant et de plus en plus honoré, à mesure qu’il élevait la classe roturière ou plébéienne ; c’est au commerce, enfant et compagnon du travail, qu’on dut l’entière abolition de l’esclavage, et, quoique payées chèrement, et quoique imparfaitement acquises, les libertés dont nous jouissons aujourd’hui. Sans avoir besoin de recourir aux législateurs, aux moralistes de l’antiquité, nous avons reconnu, par notre propre expérience, que l’esclavage était incapable de produire les fruits abondants de la liberté.

Travail et liberté sont deux mots inséparables chez les peuples modernes véritablement affranchis. Chez les anciens, ces deux mots étaient incompatibles : aussi la liberté fut-elle souvent une possession incertaine dont les esclaves eux-mêmes parvinrent souvent à s’emparer, pour s’en voir bientôt dépossédés à leur tour. L’homme libre de l’antiquité méprisait, avons-nous déjà dit, ce travail, cette industrie, que nous regardons comme l’appui le plus solide de la liberté, comme le plus sûr moyen de l’acquérir et de la conserver. Descendants d’esclaves, et régénérés par la constance de nos efforts, nous revendiquons pour tous nos semblables cette liberté féconde dont on voudrait injustement les dépouiller. La liberté des anciens peuples ne se soutenait que par l’esclavage ; aussi était-elle compromise, quand les affranchissements venaient à se multiplier. La nôtre, au contraire, se fortifie par le plus grand nombre de libertés accordées autour de nous.

Les sociétés actuelles de la vieille Europe se partagent en deux espèces d’hommes : ceux qui ont acheté leur liberté par le travail et par l’industrie, et ceux qui ne sont plus qu’une ruine des siècles passés. Le souci continuel de ces derniers est de ressaisir des droits et une force qu’ils ont volontairement aliénés ; du premier rang qu’ils occupaient, ils sont descendus au second. La liberté laborieuse qui n’a besoin ni de faveurs, ni de prérogatives, a laissé loin derrière elle la liberté paresseuse, illustre mendiante qui fatigue par son exigence, et dont l’entretien est la charge la plus onéreuse des états modernes. Cette classe d’hommes ne peut se relever qu’en faisant descendre celle qui l’a devancée, entreprise absurde à laquelle cependant une foule de gens s’empressent de concourir. Tous ceux qui ont besoin de l’ignorance et de la crédulité publiques pour assurer leur empire, sont les auxiliaires du parti qui redemande ses anciens honneurs, ses anciens priviléges, puisque les uns et les autres ne peuvent triompher que par les mêmes moyens.