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Abyssinie et Angleterre (Théodoros)

De
343 pages

Sur l’invitation de l’empereur Théodoros, transmise par le prince Haylo, nous nous dirigeons vers l’Abyssinie ; bientôt, nous traversons Keren, et commençons à gravir les montagnes de l’Hamacen, première province de l’empire ; car le Bogos en fut détaché sous Négoussié roi du Tigré. Le prince Haylo en était le gouverneur. Ayant toujours eu avec lui les rapports les plus courtois, nous sommes parfaitement accueillis, et nous pouvons nous assurer par nous-mêmes, que cette hospitalité tant vantée, mérite sa réputation.

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Charles Bussidon
Abyssinie et Angleterre (Théodoros)
Perfidies et intrigues anglaises dévoilées - Souvenirs et preuves
PRÉFACE
L’ANGLETERRE AU BAN DE L’EUROPE
A publier ce drame historique, le plus émouvant peu t-être qu’aient jamais enfanté les passions humaines, nous avons hésité longtemps. Il nous fallait faire intervenir des personnages célébres, encore vivants ; il nous fall ait produire au grand jour les machinations d’une puissance aussi perfide qu’ambitieuse, et dans notre simplicité, nous 1 espérions encore de sa part une halte dans la boue . Mais puisqu’elle poursuit avec un implacable égoïsme son œuvre spoliatrice, l’hésitat ion n’est plus permise ; soulevons donc le linceul sanglant qui recouvre ses victimes. Aux calomnies dorées par les guinées anglaises, nous opposerons l’inexorable histoire, rien de plus ; mais comme elle, nous serons sans pitié. Des écrivains, intéressés à déguiser la vérité, les Gobât, les Krapf, l’évêque Stern, Henry Blanc, Flad, etc., etc., pour pallier des act es de barbarie qui les faisaient eux-2 mêmes frémir, ont eu recours aux mensonges, espérant ainsi tromper la postérité . Cela ne sera pas. Arrachons le masque dont se couvrent ces coupables quelque haut placés qu’ils soient dans l’échelle sociale, metton s à nu cette politique astucieuse et féroce des enfants d’Albion, qu’ils soient princes, ducs, évêques, clergymen, généraux, ambassadeurs, peu importe ; plus ils étaient grands , plus ils furent responsables ; ensevelissons donc leurs noms maudits sous les osse ments de ceux qu’ils égorgèrent, sous la cendre de ceux qu’ils brûlèrent vivants ! Depuis près d’un demi-siècle, les intrigues de cette puissance n’ont pas cessé d’agiter l’empire de la reine de Saba, bouleversant l’Afrique orientale, de la Méditerranée jusqu’à l’océan Indien. Mais le moment psychologique est arrivé où là mer Rouge va mériter son nom prophétique,(Erythras,sanglante). . Les événements suscités par l’Angleterre, avec un e adresse et une mauvaise foi insignes, ont atteint fatalement leur paroxysme de tension ; aujourd’hui il leur faut une solution.To be or not to be ;voilà la vérité ; prouvons-le en peu de mots. Dès 1830, elle avait jeté son dévolu sur l’Egypte ; aussi résolut-elle d’empêcher l’expédition d’Alger, dont elle redoutait les consé quences coloniales. Son ambassadeur voulut épouvanter M. de Polignac, en lui disant :Si vos vaisseaux quittent Toulon, ils trouveront devant eux les flottes de la Grande-Bret agne pour leur barrer le passage. (Historique.) Mais le ministre de Charles X foula aux pieds les terribles menaces de ces 3 insulaires, et ils se cachèrent suivant leur habitude quand on leur tient tête . Ils se vengèrent par la trahison, et l’or anglais m it Louis-Philippe sur le trône. Ce 4 monarque, qui devait tout à la superbe Alblon , se soumit à ses exigences, et lui abandonna l’allié et l’ami de la France, Mehémet-Ali, dont la célèbre victoire de Nésibb avait fait un vice-roi d’Egypte puissant et redouta ble. Pour l’accomplissement de ses projets, il lui fallait sur le trône des pharaons u n souverain à sa discrétion, dans l’impossibilité de contrecarrer ses vues ambitieuses, et le vainqueur des Turcs fut réduit à l’impuissance. Sa politique triomphait déjà. Napoléon III, croyant à la sincérité de ses protestations d’amitié, fut toujours le jouet de cette nation déloyale ; il eut la faiblesse de cons entir à l’expulsion par la force, de la colonie française de Kouffit, protégée par Théodoro s. Cependant disons qu’Albion fut obligée d’en arrivera en faire, au gouvernement imp érial, uncasus belli, sous prétexte
que cette colonie nuirait à sa prépondérance dans la mer Rouge. M. Drouin de Lhuys, faible jusqu’à la lâcheté, eut peur et sacrifia ses concitoyens (1864), malgré les protestations patriotiques du Docteur Conneau. A peu près à la même époque, elle eut l’adresse de subtiliser à la France l’île de Périm, la porte du détroit de Bab-el-Mandeb. Ce n’é tait pas bien difficile, puisque le capitaine chargé de l’occuper au nom de sa patrie eut la simplicité de confier sa mission au gouverneur d’Aden,qui l’avait invité à dîner.Quand l’envoyé français se présenta sur le terrain, le pavillon anglais y flottait depuis deux heures ; il dut se retirer. Enfin, en 1868, le 3 janvier, la flotte anglaise, p ortant l’armée qui venait attaquer Théodoros, débarqua ses troupes à Zoulah-Adulis,territoire appartenant à la France. C’était simplement violer les lois internationales : mais la longanimité de Napoléon touchait à l’aveuglement, à la démence, et il souff rit ce sanglant outrage, infligé à la nation dont il avait l’honneur d’être l’empereur. Déjà, à cette époque, les progrès des Russes dans l’Inde faisaient trembler la Grande-Bretagne, alors s’accentua sa politique agressive e n Afrique. D’abord elle arracha au vice-roi le droit de faire traverser l’Isthme par s es troupes, sur les chemins de fer de l’Etat. C’était insuffisant, elle rêvait lecanal des Pharaons.Apparaît M. de Lesseps avec son projet albionais. C’était combler les vœux de l’Angleterre. Un conseil des ministres fut tenu auForeign Office.is, on devaity fut décidé qu’étant connu le caractère frança  Il faire à cette entreprise une opposition énergique, mais plutôt scientifique que politique. On espérait ainsi arriver à sa réalisation avec les capitaux français seuls. C’était le comble de l’habileté. Le mot d’ordre fut donc donné auTimes,auMorning Herald, auMorning Post,enfin à tous les journaux influents, et la comédie britanni que obtint le plus éclatant succès. Oubliant le passé, ne songeant pas à l’avenir, ne voyant que le présent, M. de Lesseps tomba dans le piège, créa à sa patrie une source d’ennuis, de difficultés, enfin une cause de guerre inévitable et prochaine. La spéculation tua le patriotisme. Toujours implacable dans ses vues politiques, et fo rt peu délicate sur les moyens de les faire réussir, sansdéclaration de guerre, sans prévenances aucunes, l’Angleterre commença les opérations maritimes qui devaient la c onduire infailliblement à la possessionde faitdu fameux canal de Suez, et elle bombarda Alexandrie, au mépris du 5 droit des gens . La République française eut horreur d’une tellebarbarie et ses vaisseaux se séparèrent de la flotte britannique, l ui laissant tout l’odieux d’un crime si horrible. C’était bien, mais ce n’était pas assez ; car les m arins français purent voir l’incendie dévorer les propriétés de leurs compatriotes, et entendre même les cris des assassinés ; oui des assassinés de sang-froid encore, car ce ne fut même pas unsimulacre de combat, puisque les canons enfantins des malheureux défenseurs, par leur faible calibre, étaient sans effet, leur portée insignifiante. Pour ces vaillants marins ce n’était qu’un simple tir à la cible ayant pour but les comptoirs de nos négociants. Plus de deux mille 6 maisons, magasins, ateliers, comptoirs, furent détruits par leurs obus ; et l’incendie fut éteint avec le sang des femmes et des enfants. Barb arie ! Qu’importe ! Bonne affaire pour la concurrence de nos chers voisins. C’est triste à dire, mais dans ces circonstances cr uelles, aucun des ministres de la République française n’eut le patriotisme de M. de Polignac, et le Gouvernement se laissa honteusement dépouiller du privilège des capitulations acquises en Orient par les Capétiens. L’objectif n’était pas encore atteint. Il faut soum ettreArabi ; voilàle prétexte. On
débarque donc une armée considérable, on occupe l’Egypte ; voilà laraison.Les troupes se mettent en marche,les payeurs et tous les trésoriers sont en tête.rencontre le On célèbre chef, on entre en pourparlers, il se laisse facilement convaincre par les raisonnements sonnants des gentlemen qui formaient cette étrange avant-garde ; pour couronner d’une manière vraiment fashionable cette campagne ridicule, on régla d’un commun accord, cette farce deadjadjbüa(saltimbanques) comme on dit au Caire, et on l’intitula pompeusement :bataille de Tell-el-Kébir.Les décors coutèrent quelques millions de guinées ; une somme considérable fut payée au pr emier acteur, Arabi, mais il s’acquitta admirablement de son emploi, et joua au naturel le rôle de traître. Mais Londres est bien loin des Indes, et la Russie en est bien près : donc nécessité d’une base d’opérations intermédiaire, où elle pût établir des dépôts de charbon, de vivres, de munitions, d’armes ; créer des ateliers pour réparer et radouber ses vaisseaux. Le bassin de la mer Rouge était le point stratégiqu e offrant ces avantages. De longue date elle y avait songé : et l’expédition d’Abyssinie, dont nous dirons seulement quelques mots dans cette préface, n’avait pas eu d’autre mobile. AprèsTell-el-Kébir,nça son arméeGrande-Bretagne reprit son idée favorite, et la  la dans le Soudan. Le résultat est encore présent à la mémoire de tous :la déroute, la fuite, la honte.rifles Sniders, les canons Armstrong contre le s misérables lances de ces Les sauvages furent impuissants, et les cadavres de ses meilleurs généraux :Gordon, Baker, Stewart, Earle ;ses colonels les plus vaillants, de Burnaby, Green, Eyre, Moncrieff, et ceux detousses guerriers les plus intrépides, engraissent aujourd’hui le sable du désert que les Arabes appellentel zbel angliz, le fumier anglais. Une seconde fois, il fallut renoncer à l’espérance de s’établir dans le bassin de la mer Rouge, et précipiter sa retraite sur l’Egypte. Le généralissimeWolseley,abandonnant ses soldats, prit son vol vers sa patrie, et ne se rassura complètement qu’à Londres même. Maintenant examinons un peu jusqu’où la politique a nglaise poussa la mauvaise foi dans ses combinaisons stratégiques africaines. Ses hommes d’Etat ayant résolu, depuis cinquante an s, d’établir leur protectorat sur l’Abyssinie, étaient bien décidés à user detousles moyens pour atteindre leur but ; mais, pour accomplir cette spoliation, cet attentat international, encore fallait-il faire naître un prétexte. Alors ils eurent recours à ce corps hypocrite et méprisable qui se compose des légions 7 méthodistes, quakers, pasteurs, laïques pieux . Bientôt ils empoisonnèrent l’Ethiopie de leurs bibl es fantaisistes, outrageant les croyances des habitants ; traînèrent dans la fange de leurs immondes publications Celle qui, depuis quatorze siècles, était vénérée comme l a Reine et la Mère de la patrie, la Vierge Marie ; ils violèrent ainsi les lois de l’Etat, insultant la nation dans ses plus chères 8 affections. Et de quel droit ? Oui, de quel droit ? Quand on voulut mettre un frein à leurs attentats ; ils se retranchèrent derrière cette prétention insensée :la personne d’un Anglais est sacrée, nul n’a le droit d’entraverses actions.(C’était le mot d’ordre donné à Londres pour faire naître leprétextecherché.) Tel fut le début. Mais comme tous ces missionnaires étaient espions, agents provocateurs bien payés, sans foi ni loi en général, tous tartufes, auxquels les moyens les plus subversifs étaient bons, ils voulurentpervertire ; puismœurs, c’était facile, ils préchèrent d’exempl  les mêlèrent la politique à leurs prédications, c’était dangereux ; ils donnérent alors la préférence aux complots, organisèrentles sociétés secrètes,s’allièrent aux rois détrônés ou à leurs adhérents, formèrent une vaste conspirat ion, et l’or aidant, et les armes fournies en abondance par le gouvernement d’Aden ét ant aux mains des conjurés, ils
purent croire que le triomphe leur était assuré, et comme conséquence, la proclamation duprotectorat Anglais. D’ailleurs leprétexted’intervention était fourni ; beaucoup de ces perturbateurs avaient é t éentravésleurs criminelles manœuvres. Donc, dans casus belli,le système suivant anglais. Les preuves, nous les donnerons dans notre ouvrage. Sans déclaration de guerre remise officiellement, sans un seulcasus-belli de signifié, en pleine paix enfin,général anglais sir Robert Napier se présente l e 3 janvier 1868 le avec son armée à Zoulah et débarque sous la protect ion de quinze mille Tigréens que commande le rebelleJohannés Kassa.Théodoros ignorait cette expédition. Cette guerre fut une violation flagrante des lois internationales, une surprise de bandits. Elle débuta par une ignoble perfidie, et fut couron née par l’exécrable assassinat d’une 9 femme, l’impératrice Toronèche . Résultat final, une retraite honteuse de l’armée anglaise. Alors elle changea de tactique ; abandonnant l’idée d’un protectorat impossible, elle borna ses prétentions à empêcher,à tout prix,de comptoirs étrangers l’établissement dans le bassin de la mer Rouge ; d’exception seulement que pour sa vassale, l’Italie. Et elle a réussi au delà de ses espérances, car vra iment le sort l’a favorisée. Il est évident que ses saints missionnaires doivent avoir le don des miracles, et que leur malédiction suffit pour donner la mort. En voilà les preuves. En 1841, à Toudjourra, pays d’Adel, le sultan Maham et déclare à une expédition française, que les Anglais lui ont imposé, par un t raité, l’obligation, sous peine d’un châtiment terrible, de repousser de la côte tout ét ranger non albionais, qui voudrait s’établir dans ces contrées de la Mer Rouge. Et cette expédition française presque ruinée 10 par cette mesure fut obligée de se rembarquer avec de grandes pertes . Le consul français Lambert, au moment de son instal lation dans sa concession, est assassiné par ses propres marins engagés à Aden. Le s meurtriers, que l’on parvient à saisir, se trouvent avoirles poches pleines de guinées anglaises et de bibles. Son frère, G. Lambert, est massacré à Madagascar, parce qu’il ose faire concurrence aux prétentions commerciales des missionnaires de la haute et noble Albion. La colonie française de Kouffit, frontière d’Abyssinie, pays neutre, est pillée, détruite, ses établissements rasés par les troupes de Mouça-P acha, àl’instigation de l’Angleterre ; ce crime a étéprouvé officiellement(1864). L’explorateur Soleillet, également dépouillé, ruiné, et mort à la peine à Aden même. La mission commerciale Barrai exterminée, par les Somalis et les Harrars, placéssous le protectorat de l’Angleterre. L’exploration indépendante Porro, attaquée et anéan tie pour n’avoir pas voulu se soumettre aux ordres du célèbre gouverneur d’Aden ; et lui et ses quinze associés sont égorgés. Le traité de cession territoriale Russel-Négoussié foulé aux pieds, violé par les Anglais ; et en 1886 par leurs vassaux, les Italiens. Au mois de novembre 1886, six matelots français duPingouin débarqués avec un maître d’équipage pour faire de l’eau, sont assassinés par ces mêmes Harrars et Somalis protégés Anglais. Et cet innocent missionnaire, pasteur anglais toujo urs, chez les Hovas nos ennemis, fabricant de liquidestoxiques, indemnisépour ses empoisonnements manqués, quand il méritait d’être pendu à la plus haute vergue ! Et h ier encore, un nouvel explorateur français pillé et assassiné par les tribus protégée s des Anglais, en face d’Aden ; et le représentant de la France à Zeilah, M. Henri, persécuté par le consul anglais, abreuvé de
dégoûts. Et ajourd’hui même à Madagascar, la conduite tyrann ique, intolérable de ces infects missionnaires anglicans qui persécutent à outrance tous ceux qui parlent français ; et cependant cette île est placée sous le protectorat de la France ! Quousque tandem...? Et tant d’autres victimes, sur cette côte orientale d’Afrique, dont les noms nous échappent en ce moment, et dont les ossements demandent vengeance et blanchissent épars, profanés. Vraiment, c’est stupéfiant : par toute la terre, là où se trouvent ces pasteurs, ces ministres, ces missionnaires anglais, les étrangers qui veulent, pour leur malheur, y établir des comptoirs, des colonies, sont ou égorgés, ou pillés, ou empoisonnés ! Nous n’accusons personne. Oh ! certainement non. Ma is nous disons simplement : Fatalité ! ! ! CONCLUSION De toute nécessité, il faut à la Grande-Bretagne l’occupation permanente de l’Egypte, la possession absolue du canal de Suez, avec quelqu es ouvrages de fortification, dont les plans adoptés par le conseil de l’amirauté sont déjà aux mains de son représentant, sir D. Wolff. La question de vie ou de mort va se traiter sur la terre d’Afrique, car là est le nœud gordien de la situation ; là, fatalement, réside aujourd’hui la grande solution de l’existence anglaise, ou de sa disparition, comme nation de premier ordre. Sans ses colonies asiatiques, cette puissance s’efface, sombre et disparaît ; sans les Indes, l’Angleterre étouffe et meurt. C’est là une vérité indiscutable que les Anglais co nnaissent bien ; aussi ont-ils pris leurs mesures pour parer à toutes les éventualités. En ayant l’air de faire une grande concession, ils admettront la neutralisation de Sue z, même avec un fort à chaque extrémité, et nos hommes d’Etat, simples et naïfs, auront cru faire une habile opération ; ils seront simplement tombés dans le piège grossier , que leur auront tendu leurs adversaires. Est-ce que leur armée ne tyrannise pas l’Egypte ? Est-ce que leurs troupes nationales ne sont pas maîtresses du territoire que jamais ils n’évacueront, les prétextes ne leur manqueront pas, et au besoin ils sauront les faire naître ; et alors qui les empêchera d’occuper militairement le canal, ne sont-ils pas sur les lieux ? Les bataillons égyptiens, dira-t-on peut-être ; et ne sont-ils pas instruits, commandés par des officiers anglais, grâce à la connivence active et bien payée de Nubar-Pacha. Avant l’évacuation totale, la neutralisation serait un acte criminel, une véritable et 11 stupide folie. Approfondissons entièrement la question . Il est vraiment pénible de voir des ministres que n ous payons bien cher, être si ignorants de la topographie du bassin de la Mer Rouge ; car même dans les suppositions les plus invraisemblables, en admettant que les for ces britanniques soient rappelées dans leur patrie, à quoi cela aboutira-t-ilaujourd’hui ? Nousallons vous l’apprendre puisque vous l’ignorez : à rien du tout ;il est trop tard ! Car pour conjurer le péril il faudrait de l’énergie et vous n’en avez pas ; votre pavillon n’a-t-il pas toujours léché les pieds de l’ignoble Licorne, sous Louis Philippe comme sous Napoléon III ? Avec la neutralisation, nous aurons, il est vrai, la liberté d’entrer dans la Mer Rouge, d’y trainer notre pavillon dans tous les sens. Bouffonnerie, rien de plus. Est-ce que la France, est-ce que l’Europe ont des établissements sur les rives asiatiques ou africaines de ce
bassin ? Aucuns ; la Turquie bien entendu est hors de cause dans la question, l’Italie également, puisqu’elles se traînent toutes deux à la remorque de la Grande Bretagne ; ainsi comme but commercial le traité ne servirait à rien puisque nous n’y avons pas une seule colonie, un seul comptoir ; comme moyen de communication ce serait une simple absurdité, car si nous pouvons entrer dans ce labyrinthe, les Anglais nous empêcheront d’en sortir, et nous obligeront à revenir honteusem ent sur nos pas ; parce qu’ils nous barreront la route au détroit de Bab-el-Mandeb et q ue nous ne pourrons par le franchir sans leur permission. On voit bien que nos ministres n’ont pas même une idée de la position ; c’est plus que triste, c’est honteux. Cette gorge maritime qui n’a que 14 milles de large ur est coupée en deux parties inégales par l’île de Périm, port de guerre très bi en fortifié, au pouvoir des Anglais, formant ainsi deux passes appelées, celle d’orient ou arabique, lapetite,à l’autre l’occident ou africaine, lagrande.dernière compte 11 milles d’ouverture, mais Cette comme elle est le patrimoine de cette peste marine qu’on appelle madrépores qui se multiplient avec une rapidité vraiment effrayante, les fonds se relévent Jusqu’à environ cinq milles de Périm, montrant la cime de leurs roches rougeatres et formant des massifs de coraux presque continus à fleur d’eau ; il ne ne reste plus de navigable qu’une étendue de cinq milles ; il y a quelques années, à la marée haute, les vaisseaux ayant un très faible tirant d’eau pouvaient encore s’y risquer, mais comme ces polypes muriqués se multiplientincessamment, aujoud’hui les vapeurs sont exposés à toucher à chaque instant, à briser leur quille ou leur hélice, alors cette grande passe pleine de dangers inconnus et inévitables est complètement abondonnée par toutes les marines du Globe. C’est donc par lapetite passeeauxPérim et la côte arabique que tous les vaiss  entre sans exception, franchissent le détroit ; bien qu’e lle n’ait qu’un mille et demi de largeur comme elle est très sûre, sans danger, c’est la seule voie utilisée en toute saison par le commerce. Ce chenal étroit se trouve entièrement sous le feu des batteries anglaises de l’île ; mais elle-même est dominée, à portée de canon, par le cap de Chéik-Said sur la côté d’Arabie, qui la surplombe de 270 mètres. Tout ce c ap et son vaste territoire appartiennent à une compagnie française qui ne les occupe plus, n’y a plus un seul établissement. Aussi au moment opportun, en quelques heures, le gouverneur de Périm s’en emparera, les fortifiera. C’est un point réglé par l’amirauté anglaise ; même déjà sur ses cartes marines, elle a indiqué cette position stratégique comme un fort appartenant à la Grande-Bretagne. Par cette spoliation, pour ne pas dire vol, qui est tout à fait dans les mœurs et dans les usages de cette noble nation, elle se trouvera maîtresse absolue, sans conteste, de la route des Indes. Vous pourrez donc avec votre neutr alisation, habiles ministres de la République, entrer par Suez dans la Mer-Rouge mais vous n’en pourrez pas sortir, car les Anglais auront la clef de ce qu’ils appellent l a porte de Bab-el-Mandeb. Il ne vous reste plus qu’une seule voie de salut, c’est de fai re de Chéik-Said un autre Gibraltar, alors oui, vous aurez le pied sur la tête de la perfide Licorne, et la route de l’Océan Indien sera à votre disposition ; mais vous n’oserez jamais ! Pour nous résumer nous dirons, il est plus qu’évident qu’une neutralisation du canal de Suez ne serait qu’une rouerie de la Grande-Bretagne , une condescendance apparente pour mieux vous tromper, vous endormir, et vous écraser plus tard. Elle veut détourner votre attention de l’objectif d’où dépend son existence ; elle veut se jouer de vous, vous êtes avertis, veillez ; le remède vous est indiqué, consultez, agissez, et ne vous laissez pas toujours bafouer par les mensonges de la plus rusée nation du Monde, car à la fin la
France se lassera !
1Paroles du maréchal Clausel.
CHARLES BUSSIDON.
2Abbé Pougeois, Cortambert ;Encyclopédie du dix-neuvième siécle ;Abbé Rohrbacher.
3Mémoiresdu comte de Bourmont,
4Moniteur officiel.
5M. Louis Jacolliot,Voyage en Afrique.Tous les journaux de l’époque.
6M. Louis Jacolliot,Voyage en Afrique.
7d’Abbadie ; P. Stella, italien ; P. Zaccha  Antoine ria, d’Axoum ; John. Lemoinne, « Le matin » 18 novembre 1886.
8citerons textuellement un passage de M. Guill aume Lejean dont les idées Nous philosophiques peu favorables à la religion, et encore moins à Théo loros, donnent à ses aveux, une autorité indiscutable : « Rien n’égale la dévotion passionnée des Abysslns pour la Vierge. C’est un des nombreux rapports que ce peupleenthousiaste et paladin,a avec un autre grand peuple, romanesque comme lui ; veux parler des Polonais. Les missionnaires anglais et allemand, avec leur fr oide et lourde logique, ont imprudemment heurté ce sentiment national, l’une des formes les plus épurées du culte de la femme, si naturelle aux chevaleries chrétiennes. C’est là, je crois, la raison de leur insuccès en A byssinie, où il est notoire qu’ils n’ont jamais faitun prosélyte. » (Tour du Monde,p. 233.) e 9Pougeais, P. Stella, P. Zachario,Encyclopédie du XIXsiècle. Tour du monde, Abbéé Rohrbacher,Journal de Nice, 1868.
10Rochet d’Héricout, deuxième voyage.
11MM. Romanet du Caillaud. L. Hugonnet,La France,29 novembre 1886.