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Afrique rose

240 pages
Des parfums de femmes soudanaises aux petits pagnes des Sénégalaises, l'Afriue séduit. Des romans Adoras à Chéri Samba, de la complainte congolaise aux poètes, le romantisme se fait africain. Ce faisant, l'Afrique réécrit mais aussi subvertit le sentiment amoureux. L'homosexualité n'est pas absente. C'est une autre Afrique qui apparaît, au-delà des fantasmes et des clichés réducteurs.
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Africultures 63

-

avril - juin 2005

Afrique Rose
un
Double flamme africaine
Boniface Mongo-Mboussa

05
08 12

Fragments d'un discours musical amoureux Gérald Arnaud Signes désarmants, signes des amants Gérald Arnaud

80

Des romans sans amour
SaIni T clIak

Lyriques amoureuses Boniface Mongo-Mboussa Aimer, c'est accepter l'autre tel qu'il est» entretien avec Michèle Rakotoson
«

81

19

Les risibles amours de Chéri Samba 86 Virginie Andriarnirado Ghada Amer, du porno populaire à l'érotologie arabe Marie-Christine Eyene «L'amour arabe est un amour silencieux» Malek Chebel Parfums de femmes Frédérique Cifuentes 89

Théâtres de l'impossible Sylvie Chalaye

étreinte

24

L'amour: une hérésie rédemptrice chez Koffi Kwahulé Fanny Le Guen L'invention du romantique La littérature rose révolutionne l'édition africaine Lydie Moudileno La comédie romantique - un genre mal-aimé? Martine Ducoulo1l1bier De l'indicible au romantique: les masques de l'amour au cinéma Olivier Barlet De l'innocence au dévoilement Corinne Julien Amours, passions et ruptures dans l'âge d'or de la chanson congolaise Ch. Didier Gondola Garifuna : un morceau d'Afrique en Amérique Gérald Arnaud

31

97 103 109

37

Plaire et se plaire entretien avec Sokhna Fall Le théâtre comme espace de révolte entretien avec Mai'nlouna Guèye
«

43

116

46 53

Jeune Camerounaise cherche

mari blanc» Yvette Mbogo Medzogo Sexe, race et apartheid Sabine Cessou

121 125

58

72

Africultures

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2005

Ca hier critique
Diaspos
Paris / Tokyo: la mémoire coloniale qui bloque
Pascal Blanchard

Musique
En nous inspirant de nos identités, nous beaucoup à donner au monde» entretien avec Pierre Akendengué

Fragments d'histoire
Soeuf E lbada'lvi

d'une vie en foyer

Nouveautés du disque GéraldAnlaud

Théâtre
L'Afrique tient chaud! Sylvie Chalaye
« Le rêve seul permet entretien avec Dieudonné

Nouveautés du disque Sora Solo

Cinéma
Cannes 2005 : queUe diversité? Olivier Barlet

176

Arts plastiques
C'est à l'Afrique de se définir personne d'autre»
entretien avec Si1110n Njmni Africa OS, un an de festivités africaines à Londres Marie-Christine Eyene Africa Remix au Centre Georges Pompidou Marie-Christine Eyene

Littératu re
« Le mythe est sorti trop tôt de sa cachette» entretien avec Véronique Tadjo Un Faust africain Eloïse Brezault Marie Christine Eyene Du CIÙnat de peur à Rue Félix-Faure, de Wole Soyinka à Ken Bugul (phase critique 10 par Nimrod) 214

217

219
«

Le code noir»
9,

Le suicide de Sella Duiker Sabine Cessou Dernières parutions Taina Tervonen

(Fenêtre sur l'Aulérique

Les photos de Pierre Fatumbi Verger et la tasse de Goethe
T anclla Boni

236

Africultures

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Édito 63 Preuves d'amour
Il Y a tan t de nIots sous la poussière Tant dl anlOllrs Dans les tiroirs J'ai nIaI à croire Que les feux de brousse Sont éteints Véronique Tadjo

Amours passagères, virtuelles, contrariées ou sans issue, mais aussi amour passion, amour à distance, amour de soi, de l'Autre. Les feux de brousse ne sont pas éteints, et ce sont ces amours qu'Africultures exhume aujourd'hui des tiroirs où ils sont enfermés par les trop médiatiques images d'une Afrique ravagée par les conflits, les famines à répétition et dévorée par des régimes politiques instables et corrompus. À force de focaliser sur ces images d'un continent exsangue, à force d'en réduire les peuples à des silhouettes anonymes et dénutries, on en oublie qu'au-dessus des ventres affamés - mis en
pâture

-

battent

des millions

de cœurs

qui vibrent

comme

partout

ailleurs dans le monde.

Mais lorsqu'il n'est pas affamé, l'Africain

- c'est bien connu! - « n'a

pas d'âme ». Comment pour~ait-il alors aimer s'il est dépourvu de sentiment et de la moindre aspiration? Cela pourrait prêter à rire aujourd'hui, mais si l'on creuse un peu, les représentations imaginaires, véhi-

culées par l'histoire coloniale et les « missions civilisatrices»

de

l'Africain déshumanisé, bestial, sont encore tenaces dans l'imaginaire collectif occidental. Lorsqu'il n'est pas affamé, l'Africain est un bon vivant, un rigolard, un sportif, un danseur, un amant au sexe démesu-

ré ou une maîtresse féline et sauvage. Le mythe de l'Africain « sans
âme », même s'il ne s'exprime plus ainsi, perdure et se nourrit des images soit disant positives d'aujourd'hui. C'est à contre-courant de ces clichés qu'Africultures convie ses lecteurs dans ce numéro consacré à l'amour. Pour l'occasion,

Africultures

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- avril - juin 2005

Rédaction: Les Pilles - F - 26110Nyons Tel: ++33 (0)475 277480 Fax: ++33 (0)4 75 2775 75 E-mail: redac@africultures.com Direcbice de la publication: Ayoko Mensah Responsable de la rédaction: Virginie Andriamirado Comité de rédaction: Arts plastiques: Virginie Andriamirado Cinéma: Olivier Barlet Danse: A yoko Mensah Diaspos : Soeuf Elbadawi Musique: Gérald Arnaud, Soro Solo Littérature/ édition: Boniface Mongo-Mboussa, Taina Tervonen Photographie: Corinne Julien, Samy Nja Kwa Théâtre: Sylvie Chalaye Mriphoto: info@afriphoto.com Maquette: Franck Lépinay Graphisme :William Wilson Site internet: www.africultures.com Emilie Rousselou, Franck Lépinay, Jean-Marc Mariani, Traductrice: Allyson McKay Rédacteurs associés: Abidjan: Tanella Boni, Jean-Servais Bakyono Antananarivo: Pierre Maury Bamako: Adama Traoré, Moussa Konaté Brazzaville: Jean-Luc Aka Evy, Patrice Yengo Cotonou: Camille Amouro Dakar: Oumar SalI, Iba Ndiaye Diadji (+) Djibouti: Idris Youssouf Elmi Douala: Yvonne Monkam
'.

nous avons lancé (www.africultures.com)

sur un

notre site concours

photo il1titulé « Parlez-nous d'amour ».
Que tous ceux qui y ont participé en soient remerciés. Les trois gagnants trouveront leurs photos publiées en pages 7, 9 et 10. L'amour tel qu'il est traduit dans les expressions de l'Afrique contemporaine est un sujet peu abordé, comme si les Africains ne pouvaient se payer le luxe d'aimer... et de l'exprimer. Comme s'ils étaient dépossédés de ce sentiment qui,

pour reprendre Balzac, « est aussi un art ».
Art d'aimer et de s'aimer dans les jeux parfois ambigus et cruels de séduction, art de le mettre en scène, art de le dire, art de le filmer et de le photographier, art de le peindre ou de le conceptualiser et bien sûr art de le chanter. C'est à travers leurs diverses approches artistiques que les créateurs de l'Afrique contemporaine explorent le sentiment amoureux dans ses ambivalences, sa cruauté, sa violence aussi, mais également dans sa légèreté et sa promesse (certes, parfois illusoire !) de lendemains meilleurs. Qu'il soit fantasmé, subi, virtualisé, vécu à distance, nié, contrarié ou sublimé, l'amour bat sous toutes ses formes dans cette Afrique Rose contemporaine sur laquelle Africultures lève le voile.
«

Johannesburg: Sabine Cessou
Kinshasa: Marie-Louise Mumbu Bibish Londres: Marie-Christine Eyene Madrid: Landry-Wilfrid Miampika Martinique: Nady Nelzy Nairobi: Kimani waWanjiru New-York: Marième Daff Niamey: Alfred Dogbé Ouagadougou: Jacques Guégané Port au Prince: Jean-Claude Fignolé Tunis: Ahmed Rahal :biffusion : Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique -F -75005Paris Abonnements: voir dernière page Vente au numéro: en librairies ou à L'Harmattan et sui www.africultures.com Tous droits de reproduction réservés, sauf autorisation préalable. >&1°63 ISBN: 2-7475-8817-3 ISSN: 1276-2458 Commission paritaire: 1203G74980

Il n'y a pas d'an10ur, il n'y a que des

preuves d'amour », disait le poète français Pierre Reverdy. Les voici.

Virginie Andrianlirado

Revue publiée avec le concours du Centre national du Livre et du F.A.S.I.L.D.

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Double flamme
lO
~

ans son célèbre article

publié en 1955 dans la revue Présence Africaine, Alexandre Biyidi, alias Mongo Beti, reprochait à Camara Laye d'écrire une littérature rose dans une Mrique noire minée par les violences coloniales. Chez l'écrivain camerounais, le mot « rose» renvoie à la littérature de gare, à l'exotisme de pacotille. Nous l'utiliserons ici sans a priori. Par rose, entendons simplement: amour.

fD

térature. Il n'est pas le seul. On peut évoquer les deux congrès de la revue Présence africaine, en 1956 et en 1959, de même que les discours de certains écrivains qui, comme l'a bien montré Bernard Mouralis dans Littérature et développenlent (1984), tentent de définir ce que doit être la littérature africaine. Les écrivains euxmêmes pratiquent parfois l'auto-

censure. Leur

«

je » est, à cette

époque, généralement collectif. L'heure semble être venue de revisiter notre littérature, notre théâtre, notre musique, notre production artistique et culturelle. Il s'agit de montrer, par détour, une Afrique moderne, qui se cherche, qui s'invente. C'est dans ce contexte que l'arrivée de la collection de romans roses « Adoras» prend tout son sens. Dans son article, Lydie Moudileno nous montre comment, par une sorte de paradoxe fécond, « Adoras» vient au secours de la littérature canonique en fidélisant son lectorat populaire, en ramenant la littérature à l'une de ses fonctions: donner du rêve. Martine Ducoulombier confirme: les adaptations ciném.atographiques de deux romans, Cache-cache d'amour et Le pari de l'anlour, ont été des succès populaires et donnent à voir une autre Afrique, celle du couple moderne. Ce qui n'est pas sans susciter l'irritation des puristes, garants d'une Afrique « authentique» !

Parce qu'elle est née dans un contexte de domination et sous le signe du militantisme, parce qu'elle a dénoncé les dictatures et la désillusion des indépendances, la littérature africaine a été souvent analysée à travers le prisme de l'engagement. Il est difficile de dire avec exactitude qui, de l'écrivain ou du critique, est responsable de cette dérive. Probablement les deux. Remettons les choses dans leur contexte. La littérature négro-africaine s'affirme au moment même où la notion de l'engagement, inventée par Jean-Paul Sartre, domine la scène littéraire. Or, Sartre (on l'oublie souvent) est aussi l'un des théoriciens de notre littérature avec son texte mythique Orphée Noir, préface à
l'Anthologie de la poésie nègre et lllal-

gache (1948). Il est probable que l'auteur de La Nausée ait orienté notre propre regard sur notre lit-

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Vu du dehors, ce débat peut prêter à sourire. Pourtant, il est fondamental pour l'Afrique contemporaine. D'ailleurs, il n'est pas nouveau. On se souvient que dans les années 1950, il secouait déjà l'africanisme, entre l'approche dynamique proposée par Georges Balandier et celle d'une ethnologie puriste enfermant l'Afrique dans des traditions séculaires. Olivier Barlet amorce le débat dans le champ du cinéma. Il nous rappelle qu'en 1984, le film de l'Ivoirien Désiré Ecaré avait suscité la polémique pour avoir montré pendant une dizaine de minutes une mémorable scène d'amour entre Kouassi et Affoué. Le développement du cinéma populaire élargit dans une certaine mesure cette tradition. Mais à l'inverse de Martine Ducoulombier qui magnifie l'avènement du romantisme africain comme signe de la modernité, Olivier Barlet, tout en saluant la démarche, se veut nuancé. Il souligne l'ambivalence de cette production cinématographique, oscillant entre une initiation émancipatrice du couple moderne et son aliénation. C'est peut-être ici qu'il convient
$de

amoureuse demeure le geme musical dominant. C'est aussi le laboratoire d'une modernité africaine, où la femme, et particulièrement la ndOU1l1ba(cette
«

prosti-

convoquer

Chéri Samba.

Virginie Andriamirado analyse la façon dont le travail plastique du ripeintre kinois célèbre les comportements amoureux de ses compatriotes, tout en les désacralisant à l'aide d'une ironie jubilatoire, voire carnavalesque. Kinshasa est sans doute l'une des capitales africaines où l'amour est le plus magnifié, où, comme le montre Didier Gondola, la complainte

tuée» de luxe qui choisit ses amants et s'en sépare librement), est le personnage principal des poèmes-chants. Il n'est pas dit que la tendance actuelle de la chanson congolaise, émi11emment daI1SaI1te, possède les mêmes vertus artistiques et émancipatrices que celles décrites par Didier Gondola. Sur ce plan, le texte de Gérald Arnaud est édifiant. Il nous rappelle que la chanson amoureuse, telle qu'elle a été immortalisée par Wendo Kolosoy dans sa célèbre Marie-Louise, diffère ostensiblement d'un Prenlier Gaou, « qui raconte comment un pauvre type a été quittée par une femme pour des raisons bassement financières... ». Bref, un véritable pied de nez à l'Afrique rose! Si la chanson contemporaine ramèl1e le romantisme à terre, la poésie apparaît comme le lieu par excellence où le fait amoureux prédomine. On le rencontre également dans le théâtre contemporain, particulièrement chez Koffi Kwahulé, dans certains textes canoniques du roman africain comme Les soleils des indépendances, dans Lalana de Michèle Rakotoson qui met en scène la relation homosexuelle. On la contemple aussi dans la photographie contemporain.e suggérant un érotisme « tropical», dans le travail plastique de Ghada Amer qui procède à une« réécriture »et une subversion de l'érotisI11C

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Le nzur des déclarations,

Marrakech,

l1zars 2005

@ Fad70a Miadi n10ur lul1nain n'a pas fini sa carrière. Son caractère est de renouveler, de proposer une réponse neuve à des problèn1es inédits, de ne janlais croire en à la cessation et aux catastrophes,

arabe, par ailleurs mis en perspective et contextualisé par l'anthropologue Malek Chebel. L'Afrique rose, c'est aussi l'Afrique des traditions de séduction, des parfums envoûtants des femmes sou.danaises décrites par Frédérique Cifuentes aux petits pagnes des Sénégalaises racontés par Sokhna Fall. C'est une Afrique qui rêve d'amour - en dépit des réalités parfois cruelles dont nous parlent Yvette Mbogo et Sabine Cessou. Vous l'aurez compris: nous voulons donner à voir une autre Afrique. Celle qui aime, qui fait l'amour, qui Ie décrit, qui l'analyse, qui le met el1 scène, qui l'exalte. Notre parti pris est clair: tourner le dos à l'Afrique des violences pour chanter l'espérance. Comme l'écrit si bien Jean Guitton dans L'An-Iour hun-IaÜl

son-l1ne de se donner à chaque crise de toutes choses l'élégance d'une aurore et d'un et dans avance, nouveau départ dans la paix la pronlesse. Plus l'hunczanité plus sa route s'élargit, plus Et l'anlour
»

donc elle peut espérer. rapport avec l'espérance.

a

*. J'emprunte ce titre au livre d'Octavio Paz. Responsable littéraire à Africultures, Boniface Mongo-Mboussa a une maÎtrise en langue et littérature russes et est docteur es Lettres. 11 est l'auteur de Désir d'Afrique (Gallimard, 2002) et de L'indocilité (Gallimard, 2005).

(éd. Montaigne, 1948) : « ...1'a-

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Des romans sans
es romans africains ne parleraient pas d'amour ? Que nenni! Trop souvent lus sous le prisme de la sociologie ou du politique, les textes d'Ahmadou Kourouma, de Mariama Bâ ou de Wole Soyinka n'en révèlent pas moins des cœurs qui basculent et des passions qui se déchaînent. Quand on dit amour, on parle de mœurs. Et il suffit d'ouvrir n'importe quel dictionnaire agréé pour comprendre que parler de mœurs, c'est décortiquer une société, un peuple, montrer et expliquer les connections entre ses ficelles les plus évidentes et ses plus intimes mécanismes, ceux qui se dérobent à l' œil de passage. L'amour n'est qu'un aspect des mœurs, mais c'est une entrée privilégiée pour en parler. Par la chanson, l'art, la littérature. .. On dit que les auteurs africains n'écrivent pas assez (ou pas du tout) de romans d'amour. On le dit. Peut-on le démontrer? D'abord, qu'est-ce que cela pourrait signifier? Peut-être qu'ils n'écrivent pas des romans d'amour à la Flaubert ou qu'ils n'ont pas introduit dans le monde littéraire des personnages d'une portée universelle de la trempe des Bovary et Anna Karénine ! de la grande littérature? Roman d'amour, Ma danze Bovary de Flaubert? Roman d'amour Anna Karénine de Tolstoï? Roman d'amour Les anzours interdites de Mishima? Roman d'amour Djallzilia de Tchinghiz Aïtmatov ? De ces romans, comme de beaucoup d'autres grands textes - ah, Au-dessous du volcan de Malcolm Lowry par exemple! -, on peut dire une chose: ils sont des romans de mœurs, c'est-à-dire qu'ils donnent une certaine vision globale d'une société, d'une époque, à partir de la sensibilité d'une personne, leur auteur. Ils parlent bien sÛTd'amour, mais en intégrant celui-ci dans cette vaste trame sociale et psychologique qui le rend, au-delà de son universalité, relativement spécifique, produit d'une culture. Anna nous permet de comprendre une certaine Russie, comme la chère Bovary nous introduit dans une certaine France. Et ce que nous y découvrons, nous pouvons le qualifier de politique, d'économique, de social, de religieux et de tout ce

qu'on veut. Politique et « tout ce
qu'on veut », Le nlaÎtre et Marguerite de Boulgakov, l'un des plus grands romans d'amour du 20ème siècle. Mais les romans africains donc? Pas un roman d'amour Les soleils des indépendances de Kourouma ? Fama et Salimata traversant ce monde à la dérive, affiliés au destin collectif par les mauvaises ficelles et isolés dans leuI amour miné, lui; par la stérilité de l'épouse (de l'époux sans doute) !

Roman d'amour ou roman de mœurs?
Qu'est-ce d'ailleurs qu'un roman d'amour lorsqu'on parle

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Fama et Salimata, un amour qui nous pénètre comme un chant de douleur! Salimata qui obsède Fama dans les moments de profonde relation avec Allah, celle qui vient troubler le cœur à la

quête de pureté. « Salimata !Il claqua la langue. Salimata, une femme sans limite dans la bonté du cœur, les douceurs des nuits et des caresses, une vraie tourterelle; fesses rondes et basses, dos, seins, hanches et basventre lisses et infinis sous les doigts, et toujours une senteur de goyave verte ». Fama était dans la mosquée des Dioulas pour prier, il priait l'esprit empli de Salimata. Et Le lion et la perle de Soyinka, de quoi parle-t-il donc? Ce roi (ou chef traditiolli1el), Baroka, déployant les phIS fines des ruses pour posséder la beauté locale, la jeune Sidi, est-ce le pouvoir ou l'amour qui le guide dans cette pièce d'une extrême beauté? De quoi parle donc Une si longue lettre de Mariama Bâ ? Oh, un cri féminis-

te, le cri de révolte d'une femme! Et cet homme, Modou, dont le ventre fond à partir de la métamorphose qu'il s'impose pour être digne de la copine de sa propre fille? Qu'est-ce qui travaille Modou dans le roman de Mariama Bâ ? Peut-être pas l'amour ? Disgrâce de Coetzee, oui, un roman qui nous introduit dans la complexité des problèmes de l'Afrique du sud « postapartheid». Alors, l'histoire d'amour entre le professeur et l'étudiante, cette histoire qui accouchera d'une disgrâce? Et bien d'autres.. .

Le prétexte de ]'amour
On serait tenté de croire alors que tous les romans sont des romans d'amour ou qu'aucun roman d'amour n'est un roman d'amour. Non, ce n'est pas ce que je veux dire, je prétends que beaucoup de romans d'auteurs africains n'ont pas forcément bénéficié d'une lecture attentive et

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,

Trois allu111ettes ne à une allunlées dans la nuit / La prentière pour voir ton visage tout entier / La seconde u

'our voir tes yeux / La den1ière pour voir ta bouche / Et l'obscurité tout entière pournze rappeler tout cela / En te errant dans lues bras. » Jacques Prévert, Paroles. . .Et cette photo est conlnle le souvenir de cette douce rencontre, en noir et blanc; destins croisés et scellés à 1nlais par ce regard conlplice et séducteur dans l'infinie couleur de la vie et de l'anlour... @ Yaël Lanlglait-Koné

constructive, ils ont été plutôt interprétés et réinterprétés à partir des grosses ficelles d'une certaine critique attachée à une démarche historique et sociologique, disons à une relative facilité. Les regroupements des auteurs selon des générations et des thèmes fédérateurs balisent des pistes de lecture aisée, parfois complaisante, paresseuse. On interroge moins un texte, une ~œuvre, jusque dans son intimité 8qu'on n'interprète son apparence, ses messages les plus visibles. Alors, viennent, défilent, s'en vont et reviennent les questions d'identité, de politique, de dénol1ciation, de... Tout le monde dirait la même chose avec de légères nuances de style. L'individualité d'une œuvre a du mal à échapper au devoir de catégorisation selon les époques. Roman d'amour ou

pas, je ne sais pas ce qu'on pourrait faire dire d'essentiel à un texte à partir d'une telle démarche. Je ne sais pas comment on pourrait par exemple épuiser la complexité d'un roman comme Les soleils des indépendances. Je ne sais pas comment on pourrait découvrir les filiations philosophiques et littéraires de Kourouma, les invisibles sources de sa vision des choses, de son discours sur les femmes, sur les marabouts, les féticheurs. Nous avons bien pu savoir, grâce à des lectures exigeantes, que Tolstoï s'est nourri de Schopenhauer et y puise une certaine vision de la femme, non ? Je répète, un roman d'amour, c'est un roman de mœurs! dans certains cas une comédie de mœurs. Cela veut dire que l'amour, sujet central ou pas du roman, demetlre un prétexte.

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L'a.mour africain serait.il invisible?
Ce prétexte serait-il moins apparent dans les romans africains ? Peut-être. Mais une chose est certaine: les personnages des romans, au-delà des aptitudes inégales des auteurs, portent un peu sur leurs épaules le destin des sociétés dont ils sont issus, ils ont plus de chance de devenir des référents universels (pour une certaine catégorie de personnes) s'ils émergent des sociétés aux valeurs devenues universelles par la force de l'Histoire. Les personnages de Flaubert et de Tolstoï nous parviennent plus aisément que ne pourront s'infiltrer dans la conscience du monde Baroka et Sidi de Wolé Soyinka. Peut-être les grands romans d'amour ne naissent-ils réellement que des sociétés dont les mœurs s'imposent comme références universelles. La bel1e et triste histoire de Mariama Bâ met en scène une société sénégalaise où se fondent, en un ensemble culturel plus ou moins cohérent, l'islam, les valeurs issues des rapports avec l'Occident et les bases culturelles locales. En quelques pages, c'est tout un monde qui se met debout dans sa richesse, ses cohérences et ses contradictions. Mais ces histoires de polygamie, de sororat, de castes, oui, hors de certains coins, elles demeurent des curiosités culturelles. Ramatoulaye ne peut accéder au rang d'une Anna Karénine. Sa valeur réside. dans sa subtile révolte contre

la polygamie, contre la dictature des castes, contre les coutumes qui veulent qu'à la mort de S011 mari, une femme épouse le frère de celui-ci. .. Sa valeur réside dans son énergie de militante en faveur d'une société plus moderne, débarrassée de certaines pesanteurs culturelles. Comme la valeur de Fama de Kourouma réside dans sa hargne contre la bâtardise des indépendances et des partis uniques. Qu'importent ses dernières paroles conscientes:
« Regardez

Doumbouya, le prince

du Horodougou ! Regardez le mari légitime de Salimata ! Admirez-moi, fils de chiens, fils

des Indépendances! » ? « Regardez le mari légitime de Salimata ! » Qui allait à la mort,
qui partait le cœur empli de la femme qui fut sa vie dans la vie, son repère dans le monde déboussolé, son rivage là où les eaux pourries emportaient tout. La force de cette histoire d'amour reste invisible, noyée dans le plus apparent, ce qui se prête plus aisément à une certaine lecture. Alors, des romans d'amour sous la plume des auteurs africains, c'est vrai qu'ils sont et seront toujours rares.

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La connaissance poétique est la seule chose qui nous reste devant l'annihilation progressive de la vision religieuse, face à la dispersion de la connaissance scientifique. Octavio Paz

~
~



e la poésie senghorienne à Gabriel Okoundji, le fait amoureux habite les vers des auteurs afri-

la lecture de la poésie senghorienne. Là où certains se contentent de citer Fenzllze nue fenl1ne noire -, tout en précisant que, hélas, après avoir célébré la beauté noire, l'enfant de Joal a épousé une Normande -, TatiLoutard rattache la poésie amoureuse de Senghor à toute une tra-

dition allant de la « fin amor » à
André Breton.

cains.

Plus les années passent, plus je me dis que Ina génération

devrait relire « nos pères en littérature ». À commencer par le premier d'entre eux: Léopold Sédar Senghor. Récemment, en feuilletant le dernier essai de Jean-Baptiste TatiLoutard, j'ai noté qu'il avait déjà initié ce travail (1), notamment en ce qui concerne la poésie amoureuse de Senghor. Rien d'étonnant en cela: ~Tati-Loutard fait partie des écrivains qui ont croisé la L.S. Senghor ~lume avec Senghor sur la négritude. Il appartient à la lignée de poètes qui font dialoguer art, critique et peinture. L'amour est l'un de ses thèmes favoris. Dans son ouvrage Libres Mélanges. Littératures et destins (2003), Tati-Loutard renouvelle

L.éop:old Sédar Senghor entre les troubadours médiévaux et les griots de Joa)
Selon Tati-Loutard, Senghor, ayant fait des études classiques jusqu'à l'agrégation de grammaire, a dû goûter les poètes du Moyen Âge, depuis Guillaume XI jusqu'à Charles d'Orléans, en passant par Bernard De Ventadour. Ces poètes exaltaient au son du luth et de la gigue le charme des belles châtelaines. Ils pratiquaient le culte de la dame, poursuivant un idéal chevaleresque sous le nom d'amour courtois (2). C'est à ce titre qu'ils interpellent Senghor. D'abord, parce que

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cette poésie correspond à son tempérament lyrique et sentimental - ensuite, parce qu'elle lui rappelle sous sa forme de « poèmes-chants» la poésie des griots de sa terre natale. Ainsi, Senghor chante les Signares aux accords de la kora, du khalam, de la flûte et du balafon.
«

grave, la danse de ma Dame

Et pour ma seule Dame! » (5)

Le Palmier-Lyre, ou une rose pour Nénée Amélie
Chez Tati-Loutard comme chez Senghor, la poésie amoureuse est fondamentale. Mieux, les deux poètes procèdent de façon identique, évoquant d'abord une femme générique pour ensuite évoluer vers une poésie sensuelle. Tati-Loutard ne chante pas la femme noire mais magnifie la Congolaise qu'il nomme Ève du Congo dans son recueil Les racines congolaises (1978) : Je l'ai vue quand créée sur la montagne:
«

Ne t'étonne pas mon amie si

ma mélodie se fait sombre Si je délaisse le roseau suave pour le khalam et le tama Et l'odeur verte des rizières pour le galop grondant des Tabalas» » (3) Chez Senghor, cette poésie amoureuse s'opère par gradation. Dans un premier temps, il

Dieu l'a

chante la « femme noire », une
métaphore de l'Afrique réhabilitée. Il s'agit pour lui d'ériger la femme noire, naguère objet exotique (4), en sujet érotique. Il magnifie ensuite les Signares de son enfance, avant d'évoquer un amour plus intime dans Lettres d'hivernage, dédié à son épouse Colette:
«

C'était en pleine nuit, la lune ayant atteint Le plus haut niveau crues de lumière (...) de ses

En un tour de main, ce fut le tour des seins; Et la grâce et l'esprit giclaient d'Ève
En éclaboussements éblouis-

Tu te languis

de Dakar de

son ciel de son sable, et de la
mer Je me languis de toi, comme d'un bonheur adolescent en automne. Je chante en t'écrivant, comme le bon artisan qui travaille un bijou d'or. Alors je danserai, léger et

sants de lumière. » (6)
Les recueils suivants sont traversés par les images de la mer, du fleuve, des plateaux, alternant avec une méditation constante sur le temps qui passe. Dans L'envers du Soleil (1970), l'amour se manifeste à travers l'image d'une prostituée des quartiers

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populaires brazzavillois. Le thème réapparaît dans Les Feux de planète (1977, Nouvelles éditions africaines). Le recueil sera réédité par la suite avec L'ordre des phénomènes (1996) où, pour la première fois, l'érotisme se décline en une série de nus, à la manière des peintres. Mais déjà perce la mort:
« Chacun près de la t0111befait de son corps

Est ce que tu vois depuis l'autre rive N'y a-t-il que gisements pierre et de silence de

Je te croyais mon double pour toujours Statufié dans un bois de noble essence À présent tu es floue dans le miroir de nos fruits Et nous devons attendre leur maturité Tout ensemble vieux et profondément enfouis dans l'amour.
»

une barque Et de ses bras, de rames; cherche à fuir Et l'embarcation frage.

il

(8)

frêle fait naudevient Texte essentiel, Le Palnzier-Lyre est tour à tour une ode à l'amitié, tombeau de la poétesse, amour du nom au sens où l'entend Martine Broda dans son essai sur le lyrisme et la lyrique amoureuse. Dans le cas présent, ce rapprochement n'est pas gratuit: Tati-Loutard n'est pas simplement un poète, c'est également un italianisant. Le PalJnier-Lyre fructifie l'héritage amoureux de la morte, qui est lui-même fille

Celui qui l'assiste rocher sur la rive:

Il pleure mais la roche ne rend que sa source. Nous avons chargé le ciel de tant de soleils Que nous avons oublié qu'en ce monde

La Nuit fut première. » (7)
Tout se passe comme si ce dernier poème, extrait de L'ordre des phénonlènes, annonçait déjà le prochain recueil, Le Palnzier-Lyre, c2xclusivement consacré à la mort de l'épouse de Tati-Loutard, la poétesse Nénée Amélie. Comme dans Lettres D'hivernage de Senghor, Nénee Amélie est à la fois dédicataire et personnage. Dès l'ouverture, le poète donne le ton:
«

de l'amour courtois:

«

Avec

Dante, et ensuite avec Pétrarque, le signe d'inaccessibilité qui marque la dame s'aggrave, puisque celle-ci meurt au milieu du poème, sans cesser d'inspirer le texte et l'amour. En reformulant comme amour de la morte le motif troubadouresque de l'amour à distance, ils introduisent dans la tradition un thème qui n'en devait plus disparaître, de Novalis à Nerval et à Pierre-Jean

Dis-moi où je puis te rejoind-

Jouve...

»

(9)

re

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africain. En outre, il s'inscrit dans toute une tradition magnifiée par Aragon dans Le Fou d'Elsa. N' dèye (comme l'écrit si bien Babacar SalI) est à la fois le prénom d'une femme et le vocable qui désigne la mère en wolof. Et « cette ambivalence nominale est le nœud gordien à partir duquel Léopold Congo Mbemba scelle son vœu d'amour, secret et riche comme le gisement bleu d'un rêve noctur-

ne. » (11).
«

Fais de l'éventail de tes ailes

Le bouclier qui me couvre et m'abrite des harpons de leurs désirs, et que ton souffle couse les blessures de ma fidélité. Écoute le chant de N' dèye,

Léopold

Congo

Mbenlba

Écoute mon chant. » (12).

L'odeur de la rumba congolaise
Cet héritage précieux se fait discret chez Léopold Congo Mbemba dans Le Chant de Sanla N'dèye. Préfacé par Babacar SalI, ce recueil consolide une sorte de rhizome poétique congolo-sénégalaise. On le sait bien: le Cong~ traverse la poésie de Senghor qUI est aussi le préfacier attitré de Tchicaya U Tamsi (10) et de Sony Labou Tansi. Ell célébrant une Sénégalaise et en se laissant préfacé par un Sénégalais, Léopold Congo Mbemba raffermit dans une certaine mesure ces liens faits de fascination et de tensiOl1S dans le contexte du champ littéraire

N' dèye serait-elle la sœur cadette d'Elsa? Ce n'est pas si sûr. Mais la tentation du rapprochement est grande, tant le poète revisite un topos classique de la poésie amoureuse: composer un livre en forme de couronne autour d'un nom. Conçu comme une ballade, Le Chant de Sanla N' dèye s'inspire de la chanson amoureuse des deux rives congolaises, dont Grand Kalle, Simaro Lutumba, Ntesa Dalienst et Carlito sont les héros.

Sur les pas d'Aragon
La référence à Aragon est plus visible chez le Mauritanien Ousmane Moussa Diagana. Tout comme le poète français, il mêle

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la prose aux vers et s'inspire de l'Andalousie. Contrairement à Aragon, dont l'action du Fou d'Elsa se situe dans le Grenade des derniers combats de l'islam contre les rois catholiques, Cherguiya (odes à une jenznze du Sahel) se situe au cœur du Sahel et renvoie à une tradition islamique, voire antéislamique. En témoignent ces clins d' œil intertextuels:
« je songe au poète Sid' Abdallah, à ses amours nomades, à sa passion ambiguë pour Debbou la

Leukweriya, la jeune noire, la jeune femme

femme

vivant dans un pays où le statut du Nègre est plus que problématique, Ousmane Moussa Diagana chante aussÎ la tolérance. Sa poésie amoureuse est certes sensuelle, mais elle célèbre parallèlement l'amour intransitif selon l'heureuse formule de Rilke. Cet amour est aussi présent dans À nzi-chen1Ùl,de Véronique Tadjo. Écrit probablement dans des périodes douloureuses pour la poétesse (le décès de la mère, la tragédie ivoirienne, l'écriture d'A l' olnbre d'I1lIana), le recueil évoque l'amour de l'être aimé qui, vers après vers, se confond avec l'amour de l'Autre. Le tout sur fond de solitude:
«

Peule. » (13).
Et il me dit Si dans l'ensemble le recueil célèbre le corps d'une femme sahélienne, Cherguiya, certains vers invitent à méditer. Poète soninké de culture musulmane, qu'il m'aime et je dis que je l'aime mais je suis toujours seule depuis longtemps»

(14)

Chez Sony Labou Tansi, la poésie est éminemment vitale, charnelle:
«

Je grelotte

sur ton sein profond Ma mémoire s'enlise Je suis en repli Du baiser originel» (15).

Nhnrod @ Thonzas Dorn

Ce goût de la chair est toutefois empreint de tendresse:

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«

Je pense à ton grand corps

Où nous avons habité ou nous avons traversé Des sibéris de mamelles. (...) Et je me dis: la vie! Voilà une bêtise à ne pas com-

mencer ! » (16)

Poésie mystique
À côté de cette poésie vitaliste, on en note une autre, plus intellectualisée - c'est celle de . Le poète chante l'amour avec une remarquable économie de mots et sa passion est souvent contenue:
«

des clins d' œil ludiques, comme en atteste dans En saison le jeu entre les saisons et les teints féminins (rousse, brune, blonde etc.). Ici, point de fracas, tout est suggestion, murmure, partage.

Rien qu'un baiser de sa bou-

che, et mes désirs s'apaiseront. Ainsi, que mes lèvres transfèrent leur feu sur l'ourlet de ses seins. Coule le vin, et que s'embrasse un Noël Amoureux. L'obscène chanson, La bifide gloire des syllabes charnues: Telles paroles sont les des

« Mon bel amour, ma déchirure»
La poésie amoureuse, e' est aussi la tristesse, la déchirure. On retrouve ce versant chez le Camerounais Paul Dakeyo. Après avoir incarné la figure du poète engagé, stigmatisant à souhait l'apartheid, Paul Dakeyo fait peau neuve autour des années 1990 avec ce que Robert Jouany

amants. » (17)
Lecteur de Valéry et de Baudelaire, dédaignant la poésie imprécatoire omniprésente sur le continent, Nimrod pratique la réécriture,

appelle

«

la

poésie du mal aimé» . Son recueil, La
jelnnze Gabriel Okoundji DÛj' ai nzaI

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(1989), est un tournant non seulement de l'écriture dakeyoenne, mais aussi de la poésie africaine où, pour la première fois, on écrit l'amour à partir de la faille d'un contentieux conjugal (18). Depuis, ce courant irrigue la poésie contemporaine. Il est subtilement présent entre les vers chez Tanella Boni dans Chaque jour L'espérance (2002), et de manière heurtée chez Gabriel Okoundji dans Gnia (2001), son recueille plus ambitieux. Le fait amoureux occupe une place prépondérante dans la poésie africaine. Mais doit-on vraiment s'en étonner? N'est-il

pas écrit:

«

La poésie sera tou-

Présence Africaine, 2003. 2. Jean-Baptiste Tati-Loutard, op.cit ; p. 14. 3. Léopold Sédar Senghor, Œuvre poétique, Seuil, colI. Points, 1990, p. 174. 4. Sur ce plan, lire Malek Alloula, Le harenl colonial; Inzages d'un sous-érotisn1e, Séguier, 2001 ; Jennifer Yee, Clichés de la fenl1ne exotique, Paris, L'Harmattan, 2001. 5. Léopold Sédar Senghor, op. cit., p. 249. 6. Jean-Baptiste Tati-Loutard, Les Racines congolaises, précédé de La vie poétique, L'Harmattan, 1978, p. 25. 7. Jean-Baptiste Tati-Loutard, L'ordre des Phénomènes suivi de Les Feux de la planète, Paris, Présence Africaine, 1996 p. 106. 8. Jean-Baptiste Tati-Loutarei, Le PalnlierLyre, Paris, Présence Africaine, 1998, p.15. 9.Martine Broda, L'amour du 1l0111, aris, P José Corti, 1997, p. 63. 10. Il s'agit du recueil Epitol1zé. Senghor avait également préfacé un recueil de Sony Labou T ansi, qui malheureusement n'a jamais trouvé d'éditeur. Mais Senghor avait mieux: dans une lettre datée du 31 décembre 1977, il écrit à Tati-

jours proche de l'amour. C'est un thème illimité et qui renaît à jamais, comme s'il était inaugural [...] La poésie amoureuse est le secteur le plus vaste de la poé-

Loutard : « Je trouve que la plus grande
grandeur du Congo est dans la poésie de ses poètes ». Cité par Arlette Chemin dans J.B. Tati-Loutard, Perrnanences et harnlOniques. L'œuvre lyrique. Edition Forum culturel afro-arabe. Asilah, 1998. Il. Babacar SalI, préface à Le chant de SanzaN'dèye, suivi de La Silhouette de l'éclair de Léopold Congo Mbemba, Paris, L'Harn1attan, 1999, pp.7-8. 12. Idem, ibid., p. 39. 13. Ousmane Moussa Diagana, Cherglliya (Odes à line femnze du Sahel), Solignac, Le bruit des Autres, 1999, p. 51. 14. Véronique Tadjo, À nlÏ-chemin, préface de Hamidou Dia, Paris, L'Harmattan, 2000, p. 39. 15. Sony Labou Tansi, Poèmes et vents lisses, Solignac, 1995, p. 32. 16. Idem, ibid. 17. Nin1fod, En saison, suivi de Pierre, poussière, Paris, Obsidiane, 20004, p. 31 18. Babacar SalI, Poésie anlOllreuse d.'Afrique noire et de ses diasporas, Notre Librairie n° 151. Juillet- septembre, 2003, p.79. 19. Roberto Juarroz, Poésie et réalité, citée par Martine Broda, op. cit., p 7.

sie. » (19)
Notes 1. Jean-Baptiste Tati-Loutard, Libres Mélanges. Littératures et destins, Paris,

Véronique Tadjo

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«

Aimer, c'est l'autre tel
a.vec
symbolique de toute une génération de jeunes Malgaches et de jeunes Africains à qui on refuse, malgré leur talent, la possibilité de créer parce que trop pauvres, trop loin de tout. J'ai rencontré tellement de jeunes Malgaches qui auraient pu être des cinéastes, des écrivains talentueux, mais la pauvreté rend ce rêve impossible. Je pense aussi au rapport à la création qu'ont certains homosexuels qui, finalement, perpétuent la vie à travers la création, à défaut de la perpétuer par la filiation. Quelle est l'histoire de ce texte? Il est sorti d'abord dans la Revue noire, sous une autre forme. C'était l'histoire d'une femme qui amène son fils mourir au bord de la mer. Il y a ensuite eu un autre texte, très court, mettant en scène deux homosexuels qui dansent sur un rocher. Je l'ai présenté à un cinéaste qui s'est approprié le scénario à mon insu, sans que le film n'aboutisse. J'ai alors décidé d'écrire ce livre. J'ai mis quasiment six ans à l'écrire. Il Y a dans le livre aussi l'histoire d'un accompagnement vers la mort. J'ai accompagné mon propre mari pendant un an avant son décès d'un cancer. J'en ai retenu une chose essentielle: la personne, même très malade, est

a littérature africaine n'a que très rarement abordé l'amour entre deux personnes de même sexe.. Quand l'homosexualité est évoquée, elle l'est le plus souvent en anecdote, en curiosité, voire comme une anormalité. Lalana (L'Aube, 2002), de l'auteure malgache Michèle Rakotoson, dénote. La relation qui unit Naivo, jeune étudiant bien rangé, et Rivo, musicien talentueux mais fou, y est décrite avec beaucoup de finesse et de pudeur. Bien plus qu'un roman sur l'homosexualité, Lalana questionne sur l'amour et sur l'accompagnement à la mort. Conlment est né le personnage de Rivo ? Mes meilleurs amis sont un couple d'homosexuels. Je les regarde vivre depuis des années. J'ai un rapport curieux avec eux, presque un rapport amoureux. J'aime et j'adore ces deux hommes. Par ailleurs, pendant un an, j'ai partagé mon appartement avec un jeune musicien malgache, un ami de mes enfants, un type avec un talent fou. Le personnage de Rivo est a été inspiré par ce jeune homme hanté par sa musique, et par ce couple d'amis. Rivo, c'est aussi le personnage

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Michèle Rakotosoll @ Thonlas Dorn

vivante jusqu'à la dernière minute. Il est hors de question de pleurer quelqu'un qui est encore vivant. Le deuxième personnage du roman, Naivo, c'est un peu moi. L'accompagnant, c'est celui qui se prend tout dans la gueule: les caprices, les haines, les joies de celui qui est en train de partir. C'est peut-être pour cela que, pour moi, ce livre est une très belle histoire d'amour. D'amour
homosexuel, je m'en fous - pour moi, c'est U11ehistoire d'amour.
,==

plafond quand on me dit « histoire d'amour homosexuel ».
C'est une histoire d'amour. J'ai choisi deux homosexuels pour aller au bOllt d'une logiqlle et d'une histoire. Mais je ne voulais pas de cette réduction à l'homosexuali té. Est-ce par rapport au regard des autres sur ce livre? Oui. Il y a eu quelques regards insultants sur ce livre, des gens qui l'ont juste lu comme une « histoire de deux pédés » avec tout ce que cela comporte de préjugés. Non, ce n'est pas une histoire de pédés, c'est une histoire de deux hommes qui s'aiment. Maintenant, ce qu'on met dans le mot « aimer », cela ne me regarde pas. Ce sont deux très grands copains qui Sfaiment et il y en a

:~

Pourtant, quand nous en avons discuté une première fois, tu ne voulais surtout pas parler de ce livre en termes d'histoire d'amour! Il Y a une identification telle de l'homosexualité à un acte d'amour scabreux que je saute au

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un qui accompagne l'autre dans son dernier voyage. L'homosexualité est-elle encore à ce point taboue ? À Madagascar, oui. Ces réactions venaient surtout de Madagascar et d'Afrique. À Antananarivo, une communauté homosexuelle existe mais je crois que la peur de l'homosexualité est encore forte. Tabou, peut-être pas - mais la peur et le rejet sont encore très présents. D'oÙ viennent-ils? Je crois qu'on en revient à la question de la femme. À Madagascar, on dit d'un homo-

sexuel qu'il est « l'image d'une
femme» et c'est bien cela qu'on lui reproche. Rejeter un homosexuel, c'est rejeter les femmes. Je suis sûre que les sociétés qui rejettent violemment les homos sont les mêmes dans lesquels il y a un mépris fondamental de la femme. Être homosexuel à Madagascar, ce ne sera jamais évident. Dans un certain milieu de la grande bourgeoisie, cela ne posera pas trop de problèmes, mais dans le peuple, les gens se cachent. Il y a un mépris, éventuellement des violences. Rivo évoque peu sa sexualité, sans pour autant se cacher. Il se prostitue occasionnellelnent. On a l'impression que c'est pour lui la seule façon d'exister, de trouver sa place en tant qu'homosexuel dans la société lnalgache. Peut-être, oui. Dans le milieu des arts et de la culture, les homosexuels ont moins de mal à s'assumer. Mais on a aussi une tradition d'homosexuels, des fous

de la reine, dans les régions des Hauts Plateaux. Dans les grandes fêtes, il y avait toujours un travesti. Cela a existé dans la culture malgache, même si ça a été gommé par la culture chrétienne. Rivo cherche l'amour, comnle tout un chacun. Mais comment le trouver alors que la société le lui interdit? Les deux personnages cherchent l'amour. Lalana, c'est un grand questionnement sur l'amour: jusqu'où peut-on aller quand on aime quelqu'un? Je crois que si j'avais fait d'un des personnages une femme, je ne serai pas allée aussi loin. À un moment donné, serait arrivée la facilité, l'acte d'amour. Là, c'était plus compliqué. Ces deux hommes s'adorent, un d'eux a accepté son homosexualité, l'autre ne se conçoit pas comme tel. Le passage à l'acte n'est pas possible. Quel regard porte-t-on sur une personne que l' on aime et que l' on accompagne dans la mort? Comment peut-on aimer quelqu'un qui devient laid physiquement? De plus, Rivo est insupportable, incontrôlable, tout en étant attendrissant. Qu'est-ce qu'on met dans le mot « amour» ? Est-ce prendre qllelqu'un en possession, pour qu'il devienne sa chose? Mais Rivo n'est la chose de personne, et en plus il est train de mourir. Aimer, ce n'est jamais posséder la personne aimée. Ahner, c'est accepter cette personne telle qu'elle est. Entre ces deux hommes, c'est un amour fou.

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Tu as choisi d'écrire le livre à travers le regard de celui qui accompagne. Était-ce dû à ta propre expérience? Certainement. Il fallait dépasser la douleur et en parler. Naivo, c'est un peu moi. Accompagner quelqu'un sur un chemin aussi douloureux, c'est savoir en même temps être à distance et mettre ses propres sentiments de côté pour permettre au malade de vivre jusqu'à la dernière minute, quelles que soient la douleur ou la peur. Naivo est tenté d'accompagner Rivo jusque dans la mort. C'est un homme qu'il aime. Quand on accompagne quelqu'un qu'on aime, on a envie de partir aussi. Pour Naivo, Rivo est aussi le personnage qu'il aurait aimé être. Il aur ai t voulu avoir cette

même folie, mais il est resté l'étudiant sage, il n'a jamais osé. Dans l'amour, on ne peut pas être deux fous ensemble. Il y a la folie de celui est fou et celui qui assume sa folie d'aimer un fou. Naivo est constalnn'lent tiraillé entre ce qu'il éprouve pour son ami et ses propres tabous. Chaque geste ou sentiment de tendresse est suivi d'une réaction de lAejet ou de dégoût. Pourquoi cette ambivalence? N'est-ce pas le rapport de tous les hétérosexuels vis-à-vis des homosexuels? Il Y a une éducation qui fait que même si on est attiré par l'homosexualité, on se fixe des codes moraux très durs. Arrive un lnoment où il ne s'agit plus de tendresse mais de désir. Naivo le rejette violemment.

Naivo et Rivo sont un peu les doubles l'un de l'autre. Qu'est-ce qui se passe quand on se fond dans l'autre, quand on va jusqu'au bout? Naivo est en train de mettre à mal toute l'éducation qu'il a reçue. Est-ce qu'il se sent le courage d'aller jusqu'au bout du voyage? Le texte est arrivé comme ça. Je ne les vois jamais faisant l'amour, mais s'aimant de manière très forte, oui. Naivo, je le vois rentrer chez lui, s'installer, serein parce qu'il aura fait face à ses propres fantônles, qu'il aura accepté ses sentime11ts homosexuels. La force Woubi Chéri,docurnentaire Laurent Bocahutet est de aussi d'accepter Philip Brooks@ D.R. qu'on auraît pu être

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autre chose mais qu'on a choisi de ne pas l'être. Tu penses que l'homosexualité est une question de choix? Pour certains, pas pour tous. Pour d'autres, les interdits les font choisir une vie hétérosexuelle. Je ne suis pas homosexuelle mais je me dis que j'aurais pu l'être. Je suis sereine avec ça. Il y a dans le roman une très belle scène oÙ les deux hOln111es dansent sur le rocher, une scène plutôt osée. As-tu hésité à l'écrire ? Je ne me suis jamais posé la question de cette scène qui m'a longtemps hanté. Ce rocher se trouve dans mon village. Je les vois très bien, ces deux hommes dansant sur le rocher. Lalana est aussi un rOlnan sur le sida. Pour Naivo, la maladie devient une ombre qui plane sur toutes les relations amoureuses. Quand on a vu une personne mourir du sida, on ne se détache plus de cette ombre. Cette maladie est tellement atroce, surtout dans les pays qui n'ont pas accès aux traitements. Quand on sait comment on meurt du sida, ça devient une hantise, ça devient physique. L'homme que Naivo aime est en train de mourir et il a une peur panique. Je l'ai vécue moi-même pour avoir vu des amis mourir du sida. Con1111ents'est passée la sortie du livre? Il Y a eu un grand silence. Ce n'est qu'après, petit à petit, que des lecteurs m'ont appelée. Certains avaient lu vingt pages

et ont refusé d'aller plus loin. D'autres se sont se11tis très concernés et m'ont envoyé des lettres poignantes. Et enfin, quelques réactions très violentes. Une fois, un auditellr a appelé lors d'un entretien à la radio pour me dire que l'homosexualité, c'était un problème de femmes en Afrique, pas un problème d'hommes. Mais c'est surtout le silence qui m'a surprise. Je pensais que le livre ne se vendait pas jusqu'au jour où l'éditeur m'a appelée pour me dire qu'il était épuisé et allait passer en

poche. Le « bouche à oreille» a
donc fonctionné. Tu as évoqué un scénario au début de l'entretien. As-tu déjà pensé à ce roman porté à l'écran? Pourquoi pas, à condition que le cinéaste travaille dans l'atmosphère du roman. Je crois aux rencontres, au même regard. Tu penses à quelqu'un en particulier ? Oui, à Abderrahmane Sissako. J'adore son univers. Je rêve de travailler avec lui. J'espère qu'il entendra l'appel de pied ! (rires)
Propos Tervonen,

recueillis par Taina
Paris, avril 2005.

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Théâtres

de l'impossible
gies de la désillusion, tournées vers la satire politique et sociale

Il est enfin venu !Jlon grand oiseau écarlate aux ailes
.

-

exception

d~

Mon sang est un grand oiseau qui nIe porte et 111' enlporte sur ses ailes defeu Je suis le grand oiseau qui s'enfonce dans l'attente sanglante du ciel s'engouffre en nloi l'ilnpatience bandée du vide Je suis le grand oiseau rouge Oiseau. .. cercle... ligne... point... Je suis... je suis... je suis... Koffi KIvahulé, Bintou

Sony Labou Tansi dans laquelle amour et pouvoir ne cessent de pactiser. En revanche, les nouvelles dramaturgies font de la quête amoureuse un sujet de prédilection dont la portée n'est pas dénuée d'enjeu philosophique et identitaire.

faite de l' œuvre

de

Pas de rêve sans quête d'au-delà
Dans La Fable du cloître des citne-

es dramaturgies africaines des années 1990 sont traversées par une dynamique de quête, le plus souvent amoureuse. Derrière cette recherche éperdue d'une âme sœur, d'un alter ego, se profile celle d'une identité à jamais perdue. Le deuil amoureux répond alors à la nécessité de construction d'une identité nouvelle, qui passe aussi par une réinvention de la langue française. L'amour n'a jamais hanté les écritures dramatiques des Indépendances, prises dans une logique de réhabilitation, lTIettant en avant les luttes d'émancipation et sublimant des héros qui n'avaient guère le temps de s'embarrasser de romances. L'amour ne se retrouvait pas davantage dans les dramatur-

tières (1) de Caya Makhélé, c'est une quête romantique, celle d'Orphée descendant aux enfers pour y retrouver l'être aimé, cette femme qui appelle Makiadi, le convainc qu'elle l'aime et qu'il lui faut venir la chercher dans le monde des morts. Dans une pièce comme La Malaventure (2) de Kossi Efoui, « Elle» attend Darling V., un homme qu'elle a aimé, qui revient d'un long voyage et dont elle espère qu'il viendra l'enlever. Dans Conlnle desflèches (3) de Koulsy Lamko, Amina qui a perdu son amant mort du sida et qui s'apprête également à mourir, attend d'aller le retrouver dans la mort. Le rêve de Vido, dans Le Conlplexe de Thénardier (4) de José Pliya, a aussi à voir avec cette attraction

de l'au-delà, car dit-elle: « Il me
faut sortir. Voir le soleil en face. Voir les fleurs. Il me faut m'en

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