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ANALYSE DES PROCESSUS LANGAGIERS DANS LES ENTRETIENS CLINIQUES (n°15-16)

333 pages
L'analyse des processus langagiers dans les entretiens cliniques correspond à un champ d'investigation de plus en plus fécond. Les propriétés spécifiques de ce type d'interaction interessent tout autant le linguiste, le médecin-psychiatre, les chercheurs en communication et en psychologie, etc. Les outils et les concepts du chercheur averti contribuent à éclairer l'activité interprétative du thérapeute, sa stratégie et en particulier l'impact de cette stratégie sur la progression de l'évolution ainsi que du contenu des procédures de raisonnement du patient.
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Sous la direction de Nadine Proia

Analyse des processus langagiers dans les entretiens cliniques

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechni q ue 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Har g ita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia . Vla Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'HannaUan,2003 ISBN: 2-7475-3927-X

SOMMAIRE
MICHEL MUSIOL & ALAIN TROGNON, Éditorial. 13-16

ANALYSE DES PROCESSUS LANGAGIERS DANS LES ENTRETIENS CLINIQUES
NADINE PROIA, Analyse des processus langagiers dans les entretiens cliniques ... 17-35 LAURENCE MASSE, Niveau d'expertise et inférences thérapeutiq ue s. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3769

CARLO GALIMBERTI, The words of the possible, Negotiating advice and décisions for action in a family
cons ultation... . .. ... .. . . .. .. . .. . .. .. . . .. ... . ... . .. .. .. . . .. . . . 71- 97

LUIGI ANOLLI, MICHELA BALCONI & MARZIA TERRAGNI, Therapeutic conversations and narrative frame in A.A.I., Thematic topics and enunciative content
analy sis. .. . . . . . ... . . . .. . . .. . . . . .. . ... .. .. . ... . . . ... 99-135

MARIE

CARMEN
dé lire.

CASTILLO,

Stratégies

argumentatives
- 152

et

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 137

MICHÈLE GROSSEN & SUZANNE DIEMAND ROLLET, La prise de parole de l'enfant dans des entretiens cliniques: les effets pragmatiques des changements de cadre participatifprovoqués par un adulte 153-193 ANNE SALAZAR ORVIG, Le devenir de la parole de l'autre: pour une typologie des mouvements interprétatifs dans l' entretien clinique... ...195-221 ALAIN DUCOUSSO-LACAZE, MARIE JOSÉ GRIHOM & PASCAL H. KELLER, Construction d'analogies en clinique psychanalytique 223- 245

ARTICLES HORS-THÈME
J.M. ODÉRIC DELEFOSSE & MARIE SANTIAGO DELEFOSSE, Pensée et langage chez l'enfant: Sabina Spielrein entre Piaget et vygotski 249-281 MICHÈLE GROSJEAN & VÉRONIQUE TRAVERSO, Les polylogues: typologie, problèmes méthodologiques et théoriques 283- 303 MARIE-FRANCE AGNOLETTI, VALÉRIE SAINT-DIZIER DE ALMEIDA & JACKY DEFFERRARD, Analyse interlocutoire d'un script: l'exemple du script de la victime... ........ .. ....... .. 305-333

CONTENTS
MICHEL MUSIOL & ALAIN TROGNON, Editorial 13-16

ANALYSIS OF LINGUISTICAL PROCESSUS IN CLINICAL INTERVIEWS
NADINE PROIA, Analysis of linguistical processus in clinical interview s 17-35 LAURENCE MASSE, Expertise's level and therapeutic inferences........ ....... ............ . ..37-69 CARLO GALIMBERTI, The words of the possible, Negotiating advice and décisions for action in a family consultation 71-97 LUIGI ANOLLI, MICHELA BALCONI & MARZIA TERRAGNI, Therapeutic conversations and narrative frame in A.A.I., Thematic topics and enunciative content
ana lys is. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .99 - 13 5

MARIE

CARMEN
de I us ion.

CASTILLO,

Argumentative

strategy

and
-15 2

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 137

MICHÈLE GROSSEN & SUZANNE DIEMAND ROLLET, The child's utterance in clinical interview: pragmatical effects of participational frame changes producted by adult .153-193 ANNE SALAZAR ORVIG, The talking's advancement of the other: for a typology of interpretative moves in clinical interview. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 195 - 221

ALAIN DUCOUSSO-LACAZE, MARIE JOSÉ GRIHOM & PASCAL H. KELLER, Construction of analogies in psychoanalytical clinic 223- 245

OTHERS ARTICLES
1.M. ODÉRIC DELEFOSSE & MARIE SANTIAGO DELEFOSSE, Thought and language on child: Sabina Spielrein between Piaget and \)'gotski 249-281 MICHÈLE GROSJEAN & VÉRONIQUE TRAVERSO, The polylogues: typology, methodological and theorical prob lems. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 283 - 303

MARIE-FRANCE AGNOLETTI, VALÉRIE SAINT-DIZIER DE ALMEIDA & JACKY DEFFERRARD, Interlocutionary analysis of script: the exemple of script of the victim 305-333

ERRATUM
Cet erratum, concernant Psychologie de l'interaction, N°13-14, 2001, 185-222, porte sur l'article de C. Peter Favre1 et P. Maeder2 dont le titre est" Actes de langages et reconnaissance d'intention: la logique interlocutoire appliquée à des conversations avec une patiente souffrant de lésions bifrontales traumatiques". Cet article a fait l'objet de quelques coquilles, nécessitant des corrections indispensables à sa compréhension. pour la pal:e 196 : 4. Matériel et Méthode 4.1 La patiente AB a été victime à 12 ans d'un grave traumatisme crânien. Les larges contusions bi-frontales prédominant à gauche et concernant principalement les régions orbitaires et médianes sont encore visibles sur l'IRM effectuée à la phase chronique3, voir figure 1 (cf page suivante).

1 Division Autonome de Neuropsychologie, CHUV, Lausanne et GRC, Université de Nancy 2 2 Service de Radiodiagnostic, CHUV, Lausanne 3 Février 2000

Figure 1 ..IRM

Fig.l : Les lésions intéressent les trois circonvolutions frontales dans leur partie antérieure, épargnant cependant la région operculaire. A la base, on nfidentifie plus Ie gyrus rectus ni les gyri supra-orbitaires des deux côtés si ce n'est la partie postérieure du gyrus supra-orbitaire latéral à droite. Le gyrus rostral, la partie antérieure du gyrus cingulaire ainsi que le genou du corps calleux ont également disparu. La tête des noyaux caudés paraît épargnée" Au niveau de la voûte frontale, i1 existe un defect osseux résiduel paramédian droit contenant du LCR jusque sous la peau, consécutif à la fracture. On n'observe pas d'autres altérations visibles du reste des hémisphères et de la fosse postérieure.

pour les pai:es 202 à 205 5. Résultats

5.1 Comparaisons des locutrices entre elles: AB - M
5.1.1 Les actes Actes A +i.A et D +i.D : AB intervient plus souvent à l'aide d'actes A +i.A que M qui intervient plus souvent que AB avec des actes D +i.D (X2 Idl : 49.78 = S .001)4.
Graphique 1 : actes Assertifs (A +i.A) et Directifs (D +i.D)
250 -.. --. _o '---" n. w _..u ... o ..n. ...00 .n .u n _ n. o_n n.. :

ID 200 OJ oW U

~--~ -

~ --~ --

~ -~~-~~-

~

150

l''(j ID OJ ~ 100

~ o
Z

50

o
AB (+M ) AB (+ P ) M (+AB) P (+AB)

Locut:dces

l~~;;J
Actes directs et indirects: les actes de AB sont principalement directs alors que ceux de M sont comparativement plus souvent indirects ( X2 Idl : 25.83 = S .001)5 (graphique 2).

4 Même pattern avec P et J (AB et P : X2 Id! : 93.74
x2 1dl : 76.9

5 Même pattern avec P (AB et P : X2 1dl : 6.45 = S .02)

= S .001)

=S .001 ; AB et J :

Graphique 2 : Actes directs et indirects
300
........

250
{/)

---

-----

2 U

200

cU

'\J 150 {/) (l) H

~ Z

100 50

o
AB (+M) AB (+P ) M (+AB) P (+AB)

Locu t:r:ices

. d:iœcts
[illild:iœcts

Actes commissifs et déclaratifs: aucune des locutrices n'en a produit. 5.1.2 Les réussites Les actes de AB sont en général plus souvent réussis que ceux de M, ce qui implique que c'est M qui fait réussir les actes de AB ; les ordres sont moins souvent réussis que les questions. - Ensemble des actes: réussites plus fréquentes pour AB que pour M (X2 1dl : 23.58 = S .001), les actes D (directifs)

(X2 Idl : 5.41 = S .02), les actes D +i.D (X2 1dl : 12.79 =
S .001) et les actes directs (X2 1dl : 17.98 = S .001). - Les D +i.D questions de M sont plus souvent réussies que ses D+i.D ordres (X2 1dl: 31.69 = S .001) - Les actes i.D de AB sont toujours réussis avec M alors

que les mêmes actes de M ne sont réussis qu'à 52% (X2 Idl : 12.79 = S .001 ) (graphique 3).
Graphique 3 : Nombre des i.D et i.D réussis
fi) Totaldes iD

\- R des iD
120 100 80
60 40

20

o
AB (+M) AB (+P) M (+AB) P (+AB )

- Directifs questions: pas de différence entre les R de AB et de M (X2 Idl : 2.79 NS). - Ensemble des actes: AB ne fait réussir que le 48% des actes de sa mère; néanmoins une fois qu'elle a fait réussir un acte, elle le satisfait le plus souvent (74% des actes R sont satisfaits). M fait réussir le 72% des actes de sa fille, mais n'en satisfait que le 48%; les proportions sont inversées.

6 Même pattern avec P (X2 1d1. = Il.63 23.75 = S .001)

= S .001 ; AB et J : X2

1d1. =

5.1.3 Les satisfactions Les actes A+i.A et D+i.D : les actes A+i.A de la patiente sont plus souvent satisfaits que ses actes D+i.D alors que les actes D+i.D de M sont plus souvent satisfaits
que ses actes A+i.A (X2 Id!.

= 3.86 = S .05)6.

Chez chaque locutrice Lorsque les données sont analysées séparément pour chaque locutrice, on retrouve le même pattern de résultats: tableaux 5 montre les proportions des actes et le tableau 6 (p. 206) celles des réussites et des satisfactions. Après le saut de page intervenant p. 205, vous retrouvez la suite de l'article p. 206 dans le numéro 13-14 de la revue.

Editorial L'analyse des processus langagiers dans les entretiens cliniques correspond à un champ d'investigation de plus en plus fécond. D'ailleurs, comme la composition du présent numéro en témoigne, le " dispositif thérapeutique" et " l' entretien clinique" ne constituent pas des objets d'investigation privilégiés du seul psychologue clinicien; bien au contraire. Les propriétés spécifiques de ce type d'interaction intéressent tout autant le linguiste, le médecin-psychiatre, les chercheurs en communication et en psychologie, etc. Tous trouvent là matière à éprouver l'heuristique de leurs méthodologies et outils conceptuels traditionnels. En retour, grâce à l'effort d'explicitation de la dynamique du processus ou du dispositif thérapeutique auquel ces chercheurs ou professionnels compétents consentent sur la base de leurs concepts et outils de référence, l'interaction clinique lève" un peu plus" le voile sur son mystère c'est-à-dire quant à sa dynamique et quant aux spécificités de la rencontre" patient-thérapeute ". Les outils et concepts du chercheur et du professionnel " averti" contribuent ainsi à éclairer l'activité interprétative du thérapeute, sa stratégie et en particulier l'impact de cette stratégie sur la progression de l'évolution ainsi que du contenu des procédures de raisonnement du patient. L'interaction clinique est en effet foncièrement pragmatique dans sa dimension pratique; c'est la raison pour laquelle, aux côtés des publications issues des disciplines

traditionnellement dévouées à la " pratique clinique", on
voit apparaître dans le paysage scientifique depuis quelques années de plus en plus d'ouvrages et de numéros de revue qui se réclament pleinement du registre pragmatique (psychologie, linguistique, philosophie), (Grossen & Salazar-Orvig, 1998 ; Bernicot, Trognon, Guidetti & Musiol, 2002, par exemple). Et ces approches ne contribuent pas moins à la compréhension du phénomène intersubjectif dont il est question que d'autres productions, tant leurs méthodologies sont 13

contrôlées et rigoureuses, tant leur objet d'investigation princeps, " l'usage du langage ", est adapté à l'analyse des propriétés phénoménales et constitutives de cet événement de parole singulier qu'est la " rencontre clinique". En somme, le présent volume propose une série de recherches qui viennent enrichir le corpus d'études empiriques qui ont joué un rôle moteur dans le développement de la pragmatique et plus généralement de l'analyse du discours depuis l'ouvrage fondamental Therapeutic Discourse publié par Labov & Fanshel en 1977. L'intérêt d'un tel type de recherches est d'abord pratique. Elles ont des retombées en matière de description du processus thérapeutique parce que la " pratique clinique" correspond à un " métier" qui s' appuie sur une certaine forme ou une autre de conversation comme moyen essentiel de son exercice (Bernicot & Trognon, 2002). Leur intérêt est également théorique; ce genre de travaux s'inscrit dans la lignée des recherches empiriques qui contribuent aujourd'hui à forger une pragmatique de seconde génération en intégrant dans un paradigme plus ample la pragmatique des origines. Cette pragmatique de seconde génération peut être considérée comme non monologique parce que les phénomènes qu'elle étudie, dont l'interaction clinique, sont produits par des collectifs plus ou moins larges en contribuant d'ailleurs à l'émergence et à la stabilité de ces collectifs (Trognon & Kostulski, 2000). Du reste, elle s'intéresse à des objets complexes, ni proprement microscopiques comme l'est l'acte de langage sur lequel pourtant elle repose, ni proprement macroscopique, comme l'est une représentation sociale (Trognon, 1992). Bien que cette pragmatique renouvelée attende encore une unification méthodologique, théorique et épistémologique, ses premiers résultats sont à l'évidence très prometteurs (Bernicot & Trognon, 2002). Enfin, grâce aux résultats empiriques auxquels elle parvient, l'analyse des processus langagiers dans les interactions cliniques contribue, avec d'autres travaux qui concernent par exemple l'évaluation des psychothérapies et surtout
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l'analyse du dispositif thérapeutique y compris quand il se réclame de la psychanalyse (Widlocher & Braconnier, 2002), à confirmer l'hypothèse qui gagne de plus en plus d'adeptes, selon laquelle la recherche en psychologie clinique et en psychopathologie est non seulement légitime, mais encore nécessaire. Ces adeptes ne sont pas seulement des chercheurs ou des praticiens isolés, ils sont aussi parfois regroupés sous l'égide d'institutions savantes comme *l'APEP ou **l'AIPPC. Dans ce sens, la revue Psychologie de l'Interaction entend défendre et promouvoir toute activité scientifique qui, comme dans le cas du présent numéro, contribue à expliciter certains aspects intentionnels ou complexes des processus mentaux sous l'égide d'une conception fonctionnaliste de la cognition humaine (Musiol & Trognon, 2000) sans quoi l'évolution des neurosciences réductionnistes aura tôt fait de reléguer bon nombre de modèles explicatifs du comportement humain ou des pratiques psychologiques, dont est encore de fait" la secrète activité clinique", au rang des mythologies pseudo-scientifiques. Michel Musiol & Alain Trognon

* Association Psychanalyse et Psychothérapies présidée en 2002 par Alain Braconnier (président d'honneur: Daniel Widlocher). ** Association Internationale de Psychopathologie et de Psychologie Clinique présidée en 2002 par Henri Sztulman. 15

Bibliographie
Bernicot, J & Trognon, A. (2002). Le tournant pragmatique en psychologie. ln J. Bernicot, A. Trognon, M. Guidetti & M. Musiol (Eds), Pragmatique et Psychologie (pp. 13-32). Nancy: Presses Universitaires de Nancy. Bernicot, J., Trognon, A., Guidetti, M. & Musiol, M. (Eds) (2002). Pragmatique et Psychologie. Nancy: Presses Universitaires de Nancy. Grossen, M & Salazar-Orvig, A. (Eds) (1998). Pragmatics (Clinical interviews as verbal interactions: a multidipliscinary outlook). 8 (2). Labov, W & Fanshel, D. 1977. Therapeutic Discourse. New York: Academic Press. Musiol, M & Trognon, A. (Eds) (2000). Eléments de psychopathologie cognitive: le discours schizophrène. Paris: Armand Colin. Trognon, A. (1992). L'approche pragmatique en psychopathologie cognitive. Psychologie Française, 37-3/4, 191-203. Trognon, A & Kostulski, K. (2000). La logique interlocutoire et l' analyse des situations de travail collectif. ln T.H. Benchekroun & A. WeillFassina (Eds), Le travail collectif: perspectives actuelles en ergonomie (pp. 71-96). Toulouse: Octarès Editions. Widlücher, D & Braconnier, A. (Eds) (2002). Le Carnet PSY (Recherches et Psychanalyse). 74.

16

Analyse des processus langagiers dans les entretiens cliniques

Nadine Proia
Maître de Conférences Laboratoire de psychologie cognitive et pathologique -UPRES/EA1774 Université de Caen Basse-Normandie Esplanade de la paix - B .P. 5186 14032 CAEN Cedex proia@scvie.unicaen.fr Résumé. Cet article constitue l'introduction au volume de Psychologie de l'interaction (Proia, Ed.) consacré à la pratique de l'entretien clinique. L'auteur justifie le programme de recherche en soulignant d'emblée que l'entretien clinique est une activité langagière et dialogale par excellence et qu'à ce titre, on ne peut échapper à une réflexion sur la manière dont elle se noue dans et par le langage. Après une très rapide présentation de la littérature anglo-saxonne et francophone sur les origines de l'analyse des conversations, l'auteur tente de préciser l'intérêt pour un clinicien d'une telle démarche. Si ces travaux sont une source indéniable d'enrichissement pour la pratique tant sur le plan de la compréhensin du psychisme du sujet que sur celle du dispositif clinique lui-même, ils pourraient aussi servir de base à une nécessaire refonte épistémologique de la psychologique clinique. L'auteur termine son propos an présentant la contribution de chacun des auteurs participant au volume Mots-clés: entretien clinique, langage, analyse des conversations, épistémologie Abstract. The aim of this article is to introduce the contents of the actual

set of papers wich focuses on

tI

clinical interview tI (Proia, ed). The

author claims that" clinical interview" mainly consists of dialogal and linguistical activity. After a cursory examination of literature wich concerns the origins of conversational analysis, the author is clarifying the clinicien's benefit in this procedure. The kind of investigation helps clinical practise to become richer in the way it brings informatin on the psychism of the subject or on the clinical set. this kind of investigation also many consist on an empirical background for a future epistemological revision of clinical psychology Key-words: stemology clinical interview, language, conversational analysis, epi-

Psychologie de l'interaction, N°15&16, 2002, 17-35

Nadine Proia

Ce numéro de Psychologie de l'interaction est entièrement consacré à la pratique de l'entretien clinique, activité langagière et dialogale par excellence. Qu'il soit d'investigation, de recherche ou psychothérapique, l'entretien clinique est, en effet, une activité sociale uniquement constituée d'(inter- )actions verbales. A partir de ce constat, on ne peut échapper à une réflexion sur la manière dont cette activité se noue dans et par le langage. Mais étrangement, si les cliniciens admettent, d'une part, que l'homme puise son humanité dans et par le langage et d'autre part que: Il la méthode clinique se distingue bien par le fait qu'elle s'intéresse à l'être humain en tant que sujet dans son rapport au langage Il (Poussin, 1994 : 3), ils semblent, dans un même mouvement, occulter cette question, pourtant fondamentale, de la base intrinsèquement langagière et dialogale de toute relation clinique. Dans les ouvrages généraux (Pedinielli, 1994 ; Hubert, 1987 ; Perron, 1997 ; Samacher 1998 ; Bouyer & Mietkiewicz, 1998) comme dans les ouvrages spécifiquement consacrés à l'entretien clinique (Chiland, 1985 ; Poussin, 1994 ; Cyssau, 1998 ; Benony & Chahraoui, 1999), la question est soit simplement éludée, soit traitée de façon très allusive. Seul Widlocher (1998 : 35-45), à notre connaissance, y consacre davantage d'attention. Pourtant, l'intérêt des sociologues interactionnistes pour les échanges verbaux liés au champ psychologique et psychothérapeutique est assez ancien, puisque l'étude inaugurale, citée partout en référence, date de 1977 (" Therapeutic discourse de Labov et Fanschel). Depuis, une abondante littérature s'est développée y compris en France (cf infra). Longtemps confidentielle, elle commence, au compte-gouttes, à se diffuser chez les cliniciens (Pedinielli, 1994 ; Benony & Chahraoui, 1999). De manière générale, l'étude des interactions verbales, quel que soit le type d'échanges qu'elle prend pour objet, n'est pas un phénomène nouveau puisque les premiers travaux datent des années 60. A l'origine de cette démarche, on
Il

18

Analyse des processus langagiers dans les entretiens cliniques

trouve l'ethnométhodologie (fondée par H. Garfinkel, 1972) dont l'objectif était d'étudier la manière dont les individus se rendent mutuellement compréhensibles leurs actions. L'intérêt de l'ethnométhodologie s'est rapidement déplacé vers les interactions verbales comme" lieu" de partage du sens des actions. De cet intérêt, a émergé l'analyse conversationnelle (Sacks, Schegloff & Jefferson, 1978) dont l'objet est" le discours dans l'interaction", le discours en tant que résultat d'une action conjointe de deux ou plusieurs individus. Ce premier courant est venu confluer avec un second: l'analyse de discours qui, lui, se proposait d'étendre les concepts linguistiques au discours et au dialogue (en particulier la notion de hiérarchisation) pour proposer des modèles - hiérarchiques - du discours conversationnel (Roulet et al., 1985 ; Moeschler, 1985, etc.). Précisons qu'au cours de ces 15 dernières années, l'analyse des conversations s'est adjoint les apports principaux de la philosophie du langage, en particulier les notions de sens littéral/non-littéral (Grice, 1979), d'actes de langage (Austin, 1970) ; celles aussi de principes de coopération (Grice, 1979) et de pertinence (Sperber & Wilson, 1989) pour produire une version moderne de l'analyse de conversation, qui comporte un courant plus axé sur l'acte de langage (Trognon & Brassac, 1992) et un autre plus axé sur celui du principe de pertinence (Moeschler, 1994). * * * Bien que difficile d'accès pour le clinicien du fait de sa technicité, cette littérature devrait pourtant susciter son intérêt à plus d'un titre. Tout d'abord parce que ces travaux sont une source d'enrichissement pour la pratique clinique tant sur le plan de la compréhension du fonctionnement psychique du sujet que sur celle du fonctionnement du dispositif clinique lui-même. Concernant la compréhension du psychisme, il faut 19

Nadine Proia

souligner que, médium fondamental de toute communication, le langage, et plus particulièrement le discours dialogal, constitue le mode privilégié et ultime d'expression du psychisme. Bien sûr, en disant cela nous n'excluons aucunement la dimension non-verbale de toute communication mais si nous considérons le registre verbal comme" privilégié et ultime" c'est parce que nous pensons que, justement, les dimensions non-verbales sont, à plus ou moins court terme, recyclées sur un mode verbal dans les échanges (voir pour une position semblable: Viaro, 1993 : 93). L'exemple type en est la conversation mère-nourrisson: si mère et bébé conversent dès la naissance de ce dernier (et peut-être même auparavant), c'est bien le travail de la mère de conduire progressivement son enfant, grâce au " pré-cablage " linguistique, à passer du mode analogique (cris, sourires, rires) au mode digital (verbal). On imagine alors bien tout le drame de la mère d'enfant autiste, qui, malgré ses efforts désespérés, échoue à cette tâche face à un enfant qui semble ne pas disposer de " l'axe intentionnel" nécessaire à ce processus. Ainsi, le langage, et plus particulièrement son usage en dialogue, devient, de fait, le support essentiel de l'extériorisation de la subjectivité et de ses éventuelles distorsions psychopathologiques. Si ces dernières se repèrent d'ailleurs tout autant dans le vécu restitué au cours des entretiens que dans la forme qu'en prend le récit, c'est aussi, et peut-être surtout, dans la manière dont le sujet effectue l'adresse de ce récit à son interlocuteur que s'inscrit son organisation psycho(patho )logique. Les études de Salazar-Orvig (1992) et de Thurin (1997) ou, dans cet ouvrage: de Castillo et Annoli, illustrent bien cet aspect en explorant les spécificités discursives, soit de certains tableaux psychopathologiques, soit de certains disfonctionnements familiaux. Concernant la compréhension du dispositif lui-même, la question nous paraît encore plus cruciale. Comme nous l'indiquions plus haut, très peu sont les cliniciens qui se sont intéressés à la nature du médium dont ils se servent quotidiennement dans leur pratique. Benony & 20

Analyse des processus

langagiers dans les entretiens cliniques

Chahraoui (1999 : 93), en un paragraphe de quelques lignes, limitent cette question à un mode d'analyse de l'entretien clinique de recherche (souligné par nous), indiquant ainsi de façon implicite, qu'il s'agit seulement d'une méthode d'analyse des données (valable uniquement pour l'entretien de recherche) et non d'un problème qui touche structurellement la pratique de l'entretien. Si en revanche, Pedinielli (1998 : 51-53) pose bien, en référence aux travaux de Trognon, le fait que la conversation reste la matrice de toute situation d'interlocution et donc de l'entretien clinique, il n'en tire pas toutes les conséquences quant à la conduite des entretiens. Plus précisément, il ne souligne pas que le clinicien peut, du fait même du médium auquel il est astreint, être limité dans ses interventions et donc dans ses objectifs. Comme nous l'indiquions ci-dessus, seul D. Widlocher s'est longuement interrogé, que ce soit dans le cadre de la cure-type (Widlocher, 1986) ou dans celui de " l'entretien psychanalytique" quelle que soit sa finalité: diagnostic, indication thérapeutique ou évaluation (Widlocher, 1998 : 39), sur l'implication des fondements conversationnels sur le dispositif clinique: " Il faut donc reconnaître que par bien des côtés l'entretien psychanalytique obéit aux règles de la conversation ordinaire qui relèvent de ce que l'on appelle actuellement la pragmatique de la communication (...). On doit d'ailleurs prendre en compte aussi bien la communication verbale qu'extra-verbale, tant chez le patient que chez le clinicien" (ibid. : 37 ; souligné par nous). Cette impasse que font les cliniciens sur les conséquences qu'engendre la matrice conversationnelle sur le dispositif clinique est d'autant plus étonnante que de nombreuses recherches sont menées depuis plusieurs années sur les dimensions interactionnelles et interlocutoires des dispositifs cliniques. En ne citant que des auteurs de langue française et publiés en France, nous avons, sur ces dix dernières années, plus de dix références sachant que tous ces auteurs ont parallèlement publié dans des revues internationales de langue anglaise: Blanchet, 1989, 1991, 1994, 1998 ; 21

Nadine Proia

Trognon & Bertoni, 1992 ; Salazar-Orvig; 1992 ; Apothéloz & Grossen, 1996 ; Proia, 1995, 1996, 1998a et b, 1999, 2001a. Qu'ils soient linguistes-pragmaticiens ou psychologues, tous ces auteurs publient dans les deux champs de recherche. Cependant, seuls A. Blanchet et nous-même, parce que psychologues cliniciens, avons pris spécifiquement l'entretien clinique comme objet de recherche. A. Blanchet a d'abord travaillé sur les entretiens de recherche avant de s'atteler spécifiquement aux entretiens cliniques psychothérapiques. Il tente ainsi (Blanchet, 1998 : 97-163) de spécifier et de classer les interventions des psychothérapeutes en fonction de leur structure dialogale mais aussi de leurs effets sur le discours du patient. Il distingue, dans son chapitre Il les actes du thérapeute ", les interventions expansionnelles, les interventions analogiques et les interventions métamodales et tente, dans le chapitre suivant (" l'effet thérapeutique "), de spécifier effet pragmatique des interventions et éventuel effet thérapeutique. L'effet thérapeutique étant conçu en termes de changement de l'état de pensée du patient. Nos propres travaux portent spécifiquement sur les entretiens cliniques qu'ils soient" de suivi psychologique ", pré-thérapeutiques ou thérapeutiques. Le type d'analyse pratiqué prend en compte tout autant le niveau interactionnel que le niveau interlocutoire. Le premier renvoie à toute la dimension institutionnelle (registre psychosociologique) qui traverse inévitablement toute rencontre effectuée dans un cadre professionnel (même au sein d'une activité libérale) et qui donne corps à une pratique sociale. Cette dimension cristallise toute une série de représentations (de part et d'autre) qui ont inévitablement des effets sur la rencontre et instaurent pour chaque interactant des droits et des devoirs différents. Le niveau interlocutoire touche plus particulièrement la dimension linguistique. C'est ici qu'on analyse les moyens engagés par les interlocuteurs pour collaborer (ou pas) à l'interlocution et en particulier les places énonciatives qu'ils viennent occuper, les effets combinés de ces places et des 22

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actions verbales sur l'interaction en jeu et sur le processus intersubjectif qui en émane. A l'analyse proprement dite, nous ajoutons un second niveau qualifié d'analyse narrative et qui consiste à modéliser la trame que l'interlocution a produite en tant que production narrative. Cette démarche permet, une fois l'analyse à proprement parler effectuée, de mettre en relief les croyances des interlocuteurs eu égard à tel ou tel thème développé, et, surtout, de repérer les compatibilités ou incompatibilités entre ces croyances; analyse qui s'effectue en fonction de leur statut logique, qu'il s'agisse des croyances d'un même locuteur ou des croyances de deux ou plusieurs locuteurs. * * * Clinicienne formée aux sciences du langage, c'est à partir de notre position de psychothérapeute que nous nous sommes intéressée spécifiquement au dispositif psychanalytique dans un premier temps (Proia, 1994, 1995) et ensuite plus largement, aux dispositifs psychothérapeutiques dans leur ensemble (Proia, 1996). Nous avons élargi encore notre champ d'investigation quand nous avons été confrontée à la délicate question de l'enseignement de la psychologie clinique. Il s'agissait pour nous de savoir quels en ont, en tant que pratique professionnelle, les dispositifs et quels en sont, en tant que discipline, les fondements. Sur le premier point, si le dispositif de l'investigation et celui de la psychothérapie peuvent se définir relativement aisément, qu'en est-il du dispositif d'entretiens pré-thérapeutiques (Proia, 1998a et b) mais aussi des dispositifs d'entretiens de " suivi psychologique" ou de ce que d'autres appellent aussi" entretiens à visée thérapeutique" ? Cette dernière question est actuellement cruciale car elle renvoie à des pratiques de plus en plus fréquentes mais que personne n'interroge vraiment: Poussin (1994 : 13-14) situe résolument ces entretiens à visée thérapeutique du côté de la psychanalyse tout en les différenciant par l'absence d'analyse du trans23

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fert. Sans entrer dans le débat de fond qu'une telle position entraîne forcément, demeure la question de la différenciation entre psychothérapie d'inspiration psychanalytique et entretiens à visée thérapeutique puisque c'est justement l'idée de la non-analyse du transfert qui différencie déjà cure-type et psychothérapie d'inspiration psychanalytique. Bénony & Chahraoui renforcent encore la confusion entre entretien d'aide et psychothérapie. En effet, ils indiquent que" les modèles théoriques associés à l'entretien clinique à visée psychothérapique sont nombreux et influencent diversement la pratique des cliniciens" (1999 : 25). Ils créent ainsi un amalgame entre les très nombreuses formes de psychothérapies et les entretiens cliniques d'aide. Ils préconisent de plus, à partir d'une formation éclectique, de déterminer les modes d'interventions en fonction du terrain clinique et des demandes cliniques qui en émergent (ibid. : 25-26). Outre l'absence de différenciation entre modèle théorique et dispositif d'intervention, ces positions indiquent nettement une absence de réflexion épistémologique dont souffre de façon aiguë la psychologie clinique actuellement (cf infra). Il nous paraît urgent après de tels constats, d'ouvrir d'importants chantiers de recherche afin de connaître enfin ces pratiques, les plus communément exercées par les psychologues cliniciens. Les analyses discursive, pragmatique et conversationnelle apparaissent alors comme des outils de choix dans la mesure où elles devraient permettre d'objectiver ces pratiques. Nous pourrions alors repérer d'éventuels processus spécifiques et ainsi définir, le cas échéant, un dispositif particulier qui leur serait associé. La seconde raison, de nature plus" méta ", qui justifierait que les cliniciens s'intéressent davantage à l'ensemble de ces travaux touche, comme nous l'indiquions plus haut, à la question des fondements de la discipline. Ceux-ci pourraient en effet servir de base empirique à une nécessaire refonte épistémologique de la psychologie clinique qui fait actuellement état d'un vide sur ce plan pour le moins inquiétant. Vacance épistémologique d'autant plus préoccupante
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que la conjoncture scientifique est actuellement fort peu favorable à la psychologie clinique. Deux facteurs contribuent pour l'essentiel à cette situation. 1) Le développement en France, via les Etats-Unis, d'une option physicaliste et réductionniste de l'esprit soutenue par les neurosciences et une partie des sciences cognitives . 2) La prétention, par les divers champs de la psychologie, à faire eux aussi de la psychologie clinique (psychologie cognitive clinique, psychologie sociale clinique, neuropsychologie clinique, etc.) avec comme référence l'idée de méthode clinique praticable par tous. Méthode qui se résumerait à la pratique de Il l'étude de cas Il unique et exemplaire telle qu'on la pratique, par exemple, en neuropsychologie sur les cérébrolésés. Ces coups de boutoir révèlent, en fait, l'absence jus-

qu'ici en France (hormis au moment de sa fondation avec les
pionniers - Lagache (1947/1997) et Favez-Boutonier (1962)), de réflexion sur ce qui fonde la psychologie clinique comme discipline scientifique, à savoir son objet, son épistémologie et sa méthodologie. Cette question, plus que fondamentale pour la sous-discipline, fait l'objet très récemment de nouvelles réflexions (Widlocher, 1999 ; Chemouni, 2001 ; Proia, 2001b). Il est néanmoins certain que la psychologie clinique ne pourra survivre qu'en revendiquant clairement une épistémologie fondée sur l'anti-physicalisme et l'anti-réductionnisme. Une psychologie qui prend comme objet les phénomènes mentaux non en tant que phénomènes

internes aux individus mais comme phénomènes collectifs
Il

" liés à un travail continu d'inter-interprétation à la fois sur le plan diachronique et synchronique. Seule cette position épistémologique peut donner tout

son sens à l'attitude clinique (en opposition à la méthoIl Il Il

de clinique ") et rendre sa démarche cohérente avec son objet puisque alors les états mentaux ne pourront jamais être saisis en tant que tels mais toujours dans un processus" collectif ", inter-subjectif. Ainsi, l'attitude clinique devient un dispositif qui constitue" l'observateur" comme partie intégrante et irréductible de l'observation. Celui-ci n'est plus 25

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variable parasite (et indésirable) du dispositif mais tout à la fois variable de l'expérience et observateur. Cependant, cette position ne doit pas rester une pétition de principe. Pour être justifiée, encore doit-elle mettre en chantier tout un système de contrôle et de validation des effets de cette place particulière de l'observateur sur les résultats observés. C'est ici, à mon sens, que doivent intervenir des travaux du type de ceux présentés ici, travaux qui prennent comme objet d'étude la pratique clinique ellemême (Widlocher, 1999) pour tenter de mettre en évidence les processus communicationnels et inférentiels qui la fondent. Vaste chantier, à peine ouvert, qui devrait permettre ainsi d'objectiver cette activité et de montrer qu'elle a construit une méthode cohérente avec son objet en tant que discipline scientifique, et, avec ses objectifs en tant que pratique sociale. Nous espérons, de plus, que ces travaux permettront, en améliorant la connaissance de l'entretien clinique, de faciliter la formation des jeunes cliniciens. Sur ce dernier point, il paraît important de préciser en quoi ces travaux pourraient aider à la formation des praticiens. Bien sûr, il ne s'agit aucunement de les" conditionner" à tel ou tel type d'intervention en fonction de telle pathologie ou de telle situation clinique comme cela peut se faire dans les formations à certains dispositifs psychothérapeutiques. Il s'agit en fait essentiellement de les sensibiliser au fait que leur outil de travail est soumis aux contraintes propres au langage et au dialogue. Qu'ils n'échappent pas à cette matrice et qu'il serait donc plus pertinent pour eux d'en connaître les divers processus et contraintes afin, sur cette base, de mieux assurer les objectifs spécifiques aux échanges cliniques. * * * Marie Carmen Castillo se propose d'étudier les procédés argumentatifs de sujets diagnostiqués comme délirants. Mais elle se situe d'emblée dans la position épistémologique 26

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évoquée plus haut en rappelant, au début de son travail, les propos de Trognon (1992) suivant lesquels un diagnostic en psychiatrie n'est porté que grâce à une interaction conversationnelle. L'intérêt de son travail est de souligner ainsi le fait, rarement évoqué, que le délire ne peut pas être considéré comme la simple production d'un sujet unique mais comme le produit d'une interaction entre le clinicien et son patient. Il ressort alors, contrairement à ce qu'indique la clinique psychiatrique classique, que le délire s'inscrit dans un processus communicationnel et non seulement dans le seul rapport du sujet à lui-même. Et si l'auteur montre dans ses analyses une différence notable entre délirants schizophrènes et délirants paranoïaques (les uns augmentent leurs stratégies argumentatives en phase de délire alors que les autres, au contraire, les diminuent de façon significative), elle signale bien qu'on peut interpréter ce constat de deux manières. L'une interne au patient: les schizophrènes éprouveraient davantage le besoin d'obtenir l'adhésion de l'interlocuteur cherchant à justifier leur dire (ce en quoi, ils restent en contact avec leur interlocuteur) alors que les paranoïaques n'éprouveraient pas ce besoin du fait d'une confusion entre l'énonciation d'une assertion et sa vérité. L'autre, propre à l'interlocution : avertis du risque qu'il y a à contredire les paranoïaques, les Geunes) praticiens seraient conduit à moins solliciter leur interlocuteur pour qu'il explique ses dires et ainsi à lui donner le sentiment que ses propos relèvent du sens commun alors que le schizophrène, confronté à davantage de relances, sera conduit à les entendre comme des demandes de justification. Laurence Masse tente, dans son article, d'étudier, grâce aux traces langagières laissées par l'interaction, les processus inférentiels réalisés par deux thérapeutes de formation psychanalytique engagés dans des thérapies courtes auprès de patients présentant une problématique addictive à des toxiques. Il s'agit plus précisément de mettre en évidence des différences dans le traitement inférentiel des thérapeutes en fonction de leur degré d'expérience dans ce type de pratique. 27

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L'auteur distingue trois étapes dans le travail d1analyse : 1) le repérage du type d'informations biographiques recueillies, 2) la construction d'une logique explicative et plus largement, d'un type de fonctionnement psychique chez le patient, 3) le repérage du type d'interventions ayant permis le recueil de données bibliographiques et la mise en relation des propos référentiels et modaux du patient. L. Masse met ainsi en évidence des différences significatives entre les deux praticiens et ce, sur les trois registres : 1) le type de recueil des informations bibliographiques, 2) la formation, à partir de ces données, d'hypothèses explicatives sur la problématique du patient et 3) la manière dont ces hypothèses sont communiquées au patient. Au-delà du constat (heureux) que les compétences

augmentent avec l'expérience, cette recherche ouvre d'intéressantes perspectives sur la formation des futurs praticiens qui pourraient bénéficier des compétences de leurs aînés par
transmission et non plus seulement, par It transfert deux restant bien entendu nécessaires). It (les

Carlo Galimberti tente de montrer toute la pertinence que peut revêtir l'analyse des conversations pour la microanalyse des interactions familiales. L'auteur considère que l'analyse des conversations peut répondre aux attentes actuelles des praticiens-chercheurs qui interviennent dans ce champ. En particulier quand il s'agit d'élaborer des outils utiles à la compréhension des processus de co-construction des représentations familiales dans les interactions quotidiennes (constructivisme social) ou encore de rendre encore plus sensibles les rapports entre fonctionnement individuel et dynamique familiale. C. Galimberti tente alors de mettre en application son programme, en réalisant dans son article, une analyse qui associe de façon originale les approches d'A. Trognon et celles de D. Vanderveken. Il travaille sur un extrait d'une consultation familiale d'ordre pré-thérapeutique dont l'objectif est de négocier un accord en vue d'une psychothérapie ainsi que ses conditions de réalisation. L'analyse fait surtout 28

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émerger l'énorme risque des" négociations implicites", celles ancrées sur ce qu'on pourrait considérer comme des communautés d'intérêt entre certains interlocuteurs, qui, par l'absence d'élaboration de la situation qu'elles induisent, risquent de faire achopper l'objectif même sur lequel travaillent les interactants. Anne Salazar-Orvig, ne vise pas, grâce à l'analyse des dialogues, à améliorer la connaissance des processus en jeu en situation clinique mais se donne, au contraire, comme programme de recherche de mieux comprendre l'activité dialogale et plus particulièrement la co-construction du sens en étudiant des entretiens cliniques parce qu'ils permettent d'étudier au plus près les processus qui soutiennent l'instauration de cet espace intersubjectif. En fait son point de vue souligne bien que l'activité clinique est intrinsèquement liée à l'activité dialogale en général et sous-entend, finalement, que ce sont les types d'échanges observés en clinique qui seraient prototypiques quant à la production de sens alors que ceux observés dans d'autres cadres institutionnels (ou dans le cadre quotidien) en constitueraient des formes secondes, largement appauvries. Les analyses réalisées par l'auteur sur des entretiens cliniques de recherche montrent d'une part que l'activité du clinicien est fondamentalement caractérisée par un travail d'interprétation (au sens large du terme) du discours du sujet. Il aide ainsi celui-ci dans son travail d'élaboration, d'enrichissement et de réappropriation de sa propre histoire. Si ce champ de l'activité du clinicien peut se situer dans la convergence à l'égard du discours du patient, Salazar-Orvig note qu'une autre partie du travail du clinicien se situe, au contraire, dans la divergence. Divergence explicite quand le clinicien évoque sa propre position par rapport aux contenus évoqués et divergence implicite dans la dynamique qu'il imprime à l'échange par sa mise en mots, son travail inférentiel et d'interprétation. L'auteur en dégage l'idée que s'instaure alors un espace hétérogène dans lequel les mêmes éléments sont à la fois partagés et différemment traités. 29

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Cela dénote aussi, de notre point de vue, l'hétérogénéité (signalée par l'auteur) de l'activité engagée en situation clinique par les interactants : si le clinicien doit permettre au patient de se " révéler" à lui-même, c'est par son hétérogénéité même qu'il rend cette action possible. Michèle Grossen et Suzanne Diemand Rollet ont pour objectif d'explorer les implications de la présence d'un jeune interlocuteur dans les pratiques effectives en consultation psychologique infanto-juvénile. En effet, au-delà des interrogations classiques quant à la prise en charge psychologique d'enfant, fort peu de travaux ont porté d'une part sur les conséquences du statut social de l'enfant sur l'interaction, et d'autre part sur les particularités psychosociologiques et interlocutoires de la situation de communication verbale avec un enfant. Les deux auteurs se sont ainsi donné deux objets d'étude: comment l'enfant participe-t-il à l'entretien clinique et comment le clinicien s'y prend-t-il pour le faire participer? Il résulte de leur passionnant travail plusieurs points forts pour une meilleure connaissance de ces entretiens: - l'initiation de nouveaux thèmes ou de redéfinition des difficultés par l'enfant grâce à des changements de cadre participatif sont fort rares alors même que ces séquences semblent être le lieu où s'accomplit interactionnellement l'alliance thérapeutique entre enfant et clinicien. - un changement de cadre participatif provoqué par le thérapeute a rarement pour effet d'amener l'enfant à situer sa demande par rapport à celles des adultes. Constat auquel les auteurs donnent deux hypothèses explicatives de natures fort différentes mais éventuellement complémentaires. La première concerne les représentations que les thérapeutes ont des enfants et de leurs compétences. La seconde touche à la gestion de l'interaction: la non-participation de l'enfant apparaît avant tout comme une ressource interactionnelle pour la gestion des places et des identités de chaque participant.
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Autrement dit, l'essentiel des échanges au cours du premier entretien aurait pour fonction la gestion des dimensions interactionnelle de l'entretien! A juste titre les auteurs concluent alors sur la nécessité de renouveler ce type d'étude sur des entretiens plus tardifs dans la prise en charge pour voir si le changement de cadre participatif y deviendrait davantage une ressource pour la construction du sens des difficultés de l'enfant. Luigi Anolli, Michela Balconi et Marzia Terragni, psychologues de la communication intéressés par les travaux sur la communication familiale, ont mené une recherche originale à partir d'un outil fort peu connu en France: L'Adult Attachement Interview (A.A.I.). A partir d'une interview semi-structurée, cet outil permet de mettre en évidence des styles d'attachement propre au système familial élargi. Les auteurs font l'hypothèse que le style d'attachement se refléterait dans l'organisation même du discours, contribuant à définir un " style communicationnel " du locuteur. Ainsi, ils établissent deux objectifs pour leur étude: une analyse des profils thématiques et narratifs du discours produit grâce à la passation de l'A.A.I. auprès de huit sujets mais aussi une analyse des styles énonciatifs de ce même discours. Leurs résultats permettent de mettre en évidence une distinction dans le style énonciatif mais aussi dans les stratégies interlocutoires en fonction des différentes aires thématiques identifiées. Plus le thème pose problème au sujet et plus le discours révèle de faibles capacités d'élaboration cognitive et émotive mais surtout on constate parallèlement de plus grandes difficultés sur les plans énonciatif et conversationnel. En effet, le sujet utilise alors des stratégies communicationnelles dans lesquelles entrent pour une grande part des phénomènes de réticence, dénégation, voire de déni associés à des procédés énonciatifs qui signalent un désengagement affectif à l'égard de l'interlocuteur. Les auteurs en concluent de façon très intéressante que le style communicationnel constitue un mixte entre d'un côté les contraintes propres à la co-gestion, ici et maintenant, de 31

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la conversation et de l'autre d'éléments de type cognitif, représentationnel et émotif qui caractérisent le self du locuteur. Alain Ducousso-Lacaze, Marie-José Grihom et Pascal Keller travaillent sur la place de l'analogie dans le travail psychanalytique et se donnent comme objectif, dans l'étude qu'ils présentent, de montrer, dans deux extraits de séances, comment un processus de pensée à deux supporte la construction d'analogies. Ils s'appuient sur une triple conception de l'analogie (cognitivo-Iogique, sémiologique et sémantique) afin de rendre compte du déploiement d'analogies dans les séances qui se réalisent par un travail de va-et-vient entre deux contextes mis en contiguïté jusqu'à ce que, par une élaboration progressive, le lien ne soit plus simplement émotionnel mais cognitif et mettent alors les contextes en rapport de continuité. Le patient est alors souvent en mesure de trouver/créer la pensée à l'origine de l'ensemble du processus, autrement dit, de faire état d'insight). Les auteurs insistent sur le lien intrinsèque entre la technique de l'association libre et la production d'analogies. En effet, accepter de mettre bout à bout des idées sans lien logique apparent présuppose que tout un travail sera fait, par le patient, avec l'aide du psychanalyste, sur les" hiatus" ainsi créés jusqu'à leur éventuelle réduction. Par sa structure même, l'analogie semble toute indiquée pour réaliser ce travail. Les auteurs concluent en indiquant que ce travail intrapsychique n'est possible qu'en présupposant, pour le patient, un " autre point de vue" qui pourrait être le point de vue d'un " autre". Position inter-subjective soutenue par le psychanalyste et qui réinscrit, au cœur du processus, le transfert.

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