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Anatomie de la prison contemporaine

De
191 pages
La prison demeure un univers méconnu. Cet ouvrage a pour but, non seulement de synthétiser l’essentiel des connaissances sur le milieu carcéral, le vécu des détenus, la place des gardiens, les liens entre membres du personnel et personnes incarcérées, mais aussi de réfléchir à l’institution elle-même dans un contexte de reconnaissance des droits des détenus et de bureaucratisation.
Entre «prisonniérisation» et réinsertion sociale, entre coercition et relation d’aide, l’organisation carcérale a-t-elle encore son caractère « total » et coercitif dont on parlait au cours des années 1960 et 1970, ou bien a-t-elle changé en profondeur et jusqu’à quel point ?En mettant l’accent sur les changements que la prison a connus depuis la fin des années 1970 et plus particulièrement ceux de la dernière décennie, les auteurs apportent un nouvel éclairage sur des dimensions importantes du milieu carcéral.
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s Marion Vacheret • Guy Lemire re amètAnatomie de la prison r pcontemporaine
n o u v e l l e é d i t i o n
Les Presses de l’Université de Montréal
Marion Vacheret et Guy Lemire
a nat o m i e d e l a pr i s o n c o n t e m p o r ai n e
Deuxième édition
Les Presses de l’Université de Montréal
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada
Vacheret,Marion,1968-Anatomie de la prison contemporaine e 2éd. (Paramètres) Publ. antérieurement sous le titre : Anatomie de la prison.1990. Publ. à l’origine dans les coll. : Le Point sur ; et, Criminologie. Comprend des réf. bibliogr.
ISBN978-2-7606-1983-8
1.Emprisonnement.2.Prisons.3– Psychologie..Prisonniers masculins 4.Em-prisonnement – Aspect sociologique. I. Lemire, Guy. II. Titre. III. Titre : Anat omie de la prison. IV. Collection.
HV8705.L452007
365.44
er Dépôt légal :1trimestre2007 Bibliothèque et Archives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal,2007
C2006-942067-X
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le ministère du Patrimoine canadien, le Conseil des Arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
Cet ouvrage a été publié grâce à une subvention de la Fédération canadienne des sciences humaines de concert avec le Programme d’aide à l’édition savante, dont les fonds proviennent du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.
Imprimé au Canada en août2009
REMERCIEMENTS
La première versio n du présent ouvrage a été écrite en1986-1987, dans le cadre merveilleux de l’Institut de sciences pénales et de criminologie d’Aix-en-Provence, grâce à l’accueil et à l’appui chaleureux du regretté doyen Fernand Boulan et du directeur de l’Institut, Jacques Borricand. La présente version a grandement bénéficié de l’aide de l’École de crimi-nologie de l’Université de Montréal. Nous voulons remercier le directeur, Jean Proulx, l’adjointe administrative, Virginie Allard-Cameus, et les deux personnes qui ont dactylographié une partie du texte avec attention et dili-gence, Marc-André Dubée et Sylvie Mathieu. Un merci tout spécial à André Lemire qui, ay ant lu et relu les deux ver-sions, a fait sur tous les aspects du livre de nombreuses remarques aussi utiles que pertinentes. Guy Lemire
Ce livre doit beaucoup à certaines personnes dont j’ai croisé le chemin au cours de ces dernières années. Les échanges, les discussions, les débats aux-quels ces rencontres ont donné lieu m’ont poussée à aller plus loin non seu-lement dans l’analyse et la réflexion, mais aussi dans la critique. Je remercie ici ces personnes pour leur présence et tout ce qu’elles ont su m’apporter. Marion Vacheret
INTRODUCTION
Anatomie de la prison, dans sa pr emière version, date de1989. Si17ans plus tard nous remettons l’ouvrage sur le métier, c’est pour mettre à jour un cer-tain nombre de données, et aussi pour repenser la prison d’aujourd’hui. Il n’entre pas dans notre propos de considérer la peine privative de liberté sous l’angle des politiques pénales. Cela dit, les taux d’incarcération élevés que connaissent les sociétés occidentales ne laissent pas de nous frapper, de même que les discours – ceux des décideurs politiques, des admi-nistrateurs publics ou de divers acteurs médiatiques – qu’appelle la peine de prison. Aussi, ce s discours, ces politiques et l’incarcération dans sa réa-lité même constituent-ils notre point d’ancrage. Nous convions nos lec-teurs à consi dérer la peine privative de liberté sous le rapport de la signification qu’elle prend pour tous les acteurs du milieu carcéral, nous les invitons à garder à l’esprit la réalité et l’ampleur du phénomène. L’emprisonnementn’estpa s une peine mineure, il s’en faut, et malheu-reusement les abol itionnistes de la fin des années1970se sont trompés : la prison donne aujourd’hui des signes indéniables de bonne santé. Encore et toujours, l’établissement est un lieu de privation de liberté, un lieu de contrôle et de cœrcition, un lieu de souffrances. Les deux ou trois dernières décennies ont vu le nombre de peines d’emprisonnement explo-ser. Cette tendance a des conséquences très graves, qu’aggrave encore l’appa-rition de formes d’incarcération de plus en plus cœrcitives, de plus en plus privatives, de plus en plus souffrantes. Voilàquijustifieen soi le renouvel-lement d’une réflexion sur l’institution carcérale.
8ANATOMI E DE L A PR I S ON CONTE MP OR AI NE
L’objetdecelivr e est toutefois resté le même : le milieu carcéral pour hommes tel que la recherche nous le révèle. L’adaptation des prisonniers à cet univers particulier, le rôle et la place du personnel de surveillance, les relations interpersonnelle s qui s’établissent dans ce milieu, la violence institutionnelle, les rapports de forces internes, l’organisation cœrcitive elle-même se retrouvent au cœur de notre analyse. Allant à l’essentiel sans prétendre rendre compte de tous les écrits sur le sujet, notre analyse se fonde sur les résultats d’un certain nombre de recherches déterminantes pour la compréhension de l’institution carcérale. Continuité et change-ment formaient en1989la trame de notre réflexion ; on les retrouve encore aujourd’hui comme fond et liaison de notre analyse de la vie quotidienne en milieu carcéral. Gestion des risques, droits des détenus, ouverture, échanges avec l’exté-rieur, programmes de réintégration, tels sont les concepts centraux de l’éta-e blissement carcéral du début duxxi siècle. Le déroulement de la peine privative de liberté s’articule aujourd’hui autour de l’idée de transparence, d’imputabilité, de contrôle externe. Il est désormais possible de contester les décisions prises par les autorités carcérales, les conditions matérielles de détention font l’objet d’une surveillance, les décisions de placement, de transfert ou d’élargissement reposent sur des normes officielles, et la bureau-cratie fait partie intégrante de l’institution. Ces éléments jouant un rôle majeur dans l’organisation de la vie quotidienne, ils constituent le cadre plus général dans lequel se place notre réflexion ; et si, sur certains points, il est possible de parler de changements considérables, il est également frappant de constater que certaines analyses vieilles de plus de soixante ans ont encore leur pertinence aujourd’hui. Compte tenu de l’évolution de l’univers carcéral et de l’élargissement des connaissances s’y rapportant, une nouvelle structure dans la présenta-tion et l’analyse de la prison s’est imposée à nous. Il nous fallait d’abord prendre acte du fait qu’au cœur de la prison il y a des détenus, mais aussi des gardiens. Un ensemble de travaux s’est consti-tué ces dernières années autour du monde des surveillants, et il nous a sem-blé impératif de consacre r à ces acteurs centraux une part importante de notre analyse ; un chapitre entier leur a donc ét é consacré. Ai nsi, la pre-mière partie du livre consiste en une réflexion sur le vécu des acteurs du
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milieu carcéral. Adoptant une approche microsociologique, nous avons analysé les parcours des individus dans ce milieu, ce que nous avons appelé lescarrières carcéralessommes alors penchés sur le milieu car-. Nous no us céral dans sa quotidienneté, qu’il s’agisse du vécu des principaux acteurs, détenus ou gardiens, de leur adaptati on à ce t univers de so uffrance et de privations, ou des moyens mis en œuvre pour survivre dans ce milieu. Ensuite, pour une analyse approfondie, l’expérience individuelle doit être replacée dans son contexte. Le vécu des uns et des autres est directe-ment lié au vécu des uns avec les autres. Au cœur d’une prison se trouvent des relation s entre des personnes détenues contre leur gré, privées de liberté et en état de souffrance, et les gardiens de cette privation de liberté, ceux qui exercent au quotidien des gestes privatifs à l’endroit des prison-niers. Surveillants et surveillés, repr ésentants de la loi et contre venants à ces même s lois : le monde des prisons est marqué par une dichotomie. C’est en analysant cette dichotomie que nous pouvons prendre conscience de ce qu’est réellement une institution carcérale, avec ses caractères géné-raux et particuliers. Da ns ce domain e également nous avons assisté à un renouvellement important des connaiss ances. En effet, le monde carcéral s’est grandement modifié en fait d’ouverture, d’échanges avec l’extérieur et de contrôles externes. Cette évolution, qui a suscité d’importantes réflexions sur la notion d’univers total, a grandement modifié la dynamique relation-nelle entre les groupes d’acteurs du milieu. La deuxième partie de ce livre traite ainsi desdynamiques carcérales. Enfin, dans une perspective organisationnelle, il s’agissait de réfléchir aux buts de la prison et aux moyens utilisés pour que l’institution remplisse son ou ses mandats. Il importe de scruter ces buts et ces moyens en raison de l’impact qu’i ls ont sur la privat ion de libe rté elle-même. En effet, une organisation cœrcitive ne présente pas la même structure organisationnelle et ne privilégie pas les mêmes interventions auprès des détenus. Le quoti-dien de ces détenus, le déroulement de leur sentence, la durée même de cette dernière varient considérablement d’un établissement à l’autre. À cet égard, l’essor qu’a pris depuis le début des années1980la gestion statistique des populations captives, gestion bureaucratique centrée sur l’évaluation et la prédiction du risque que représente un détenu, joue un rôle important. Notre analyse de l’organisation carcérale,en troisièm e partie, prend donc en
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considération cette nouvelle forme de gestion qui recherche l’efficacité dans l’intervention auprès des détenus. L’ensembledecetouvrag e, dans sa démarche logique, passe donc d’une analyse microsociologique du vécu des individus au sein de l’univers carcé-ral à la perspective systémique de la sociologie des organisations. Depuis1989, la prison a ch angé et elle est pourtant restée la même. C’est ce que nous tenton s de démontrer dans cet ouvrage. D’importants efforts de restructurat ion ont été consentis, qu’il faut néanmoins relativiser. Le Canada, par exemple, fait figure de précurseur en la matière avec la cons-titution d’un droit carcér al dès la fin des années1970l’adoption d’un et modèle de gestion des peines extrêmement structuré et rationnel, qui se veut transparent, imputa ble et no n arbitraire. Toutefois, cette évolution soulève bien des questions. Quant aux autres pays occidentaux, les progrès accomplis y sont plus ou moins marqués. Ainsi, d’insalubres forteresses anciennes servent toujours de lieux de détention, et il arrive encore que trois prisonniers partagent un espace à peine suffisant pour une personne. Voilàquilaissepeudepl ace à la défense et au respect des droits des déte-nus. Par ailleurs, toutes les améliorations du monde ne changeront rien à la nature même de la prison : une cage, même propre et confortable, reste une cage. Les grilles de lecture de la prison proposées dans les années1950,1960 ou1970le répéter,sont, pour l’essentiel, toujours d’actualité. Force est de tout change et tout est pareil.