Archéologie d’une vallée des îles Marquises

Archéologie d’une vallée des îles Marquises

-

Livres
192 pages

Description

Le grand intérêt que présentent les îles Marquises dans le domaine de la préhistoire polynésienne tient à deux raisons essentielles. En premier lieu, les indices matériels témoignant de l’arrivée des premiers découvreurs de la Polynésie Orientale ont été mis au jour dans cet archipel. Sur la base des données archéologiques et linguistiques les plus récentes, l’origine des migrants qui devaient plus tard devenir des Marquisiens, se situe sûrement quelque part en Polynésie Occidentale, probablement aux îles Samoa-Tonga, à quelques 2 000 milles de l’archipel des Marquises. Deuxièmement, contrairement aux premières théories relatives aux migrations polynésiennes, ce sont les Marquises plutôt que Tahiti et l’archipel de la Société qui paraissent avoir été le grand centre de dispersion à partir duquel furent peuplés les autres archipels et îles de la Polynésie (Mangareva, Ile de Pâques, Tahiti, Nouvelle-Zélande et Hawaii). L’objet de cette étude n’est pas d’apporter de nouveaux éléments ou de développer plus avant cet état actuel des connaissances mais plutôt de présenter une étude relativement détaillée des vestiges de surface d’une vallée marquisienne, la vallée de Hane sur l’île de Ua Huka.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 08 octobre 2013
Nombre de visites sur la page 12
EAN13 9782854300970
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
Couverture

Archéologie d’une vallée des îles Marquises

Évolution des structures de l’habitat à Hane, Ua Huka

Marimari Kellum-Ottino
  • Éditeur : Société des Océanistes
  • Année d'édition : 1971
  • Date de mise en ligne : 8 octobre 2013
  • Collection : Publications de la SdO

OpenEdition Books

http://books.openedition.org

Référence électronique :

KELLUM-OTTINO, Marimari. Archéologie d’une vallée des îles Marquises : Évolution des structures de l’habitat à Hane, Ua Huka. Nouvelle édition [en ligne]. Paris : Société des Océanistes, 1971 (généré le 17 décembre 2013). Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/sdo//355>.

Édition imprimée :
  • Nombre de pages : 192 [21 p. de pl.]

© Société des Océanistes, 1971

Conditions d’utilisation :
http://www.openedition.org/6540

Le grand intérêt que présentent les îles Marquises dans le domaine de la préhistoire polynésienne tient à deux raisons essentielles. En premier lieu, les indices matériels témoignant de l’arrivée des premiers découvreurs de la Polynésie Orientale ont été mis au jour dans cet archipel. Sur la base des données archéologiques et linguistiques les plus récentes, l’origine des migrants qui devaient plus tard devenir des Marquisiens, se situe sûrement quelque part en Polynésie Occidentale, probablement aux îles Samoa-Tonga, à quelques 2 000 milles de l’archipel des Marquises.

Deuxièmement, contrairement aux premières théories relatives aux migrations polynésiennes, ce sont les Marquises plutôt que Tahiti et l’archipel de la Société qui paraissent avoir été le grand centre de dispersion à partir duquel furent peuplés les autres archipels et îles de la Polynésie (Mangareva, Ile de Pâques, Tahiti, Nouvelle-Zélande et Hawaii).

L’objet de cette étude n’est pas d’apporter de nouveaux éléments ou de développer plus avant cet état actuel des connaissances mais plutôt de présenter une étude relativement détaillée des vestiges de surface d’une vallée marquisienne, la vallée de Hane sur l’île de Ua Huka.

Sommaire
  1. Préface

  2. Introduction

    1. LES ETUDES ARCHEOLOGIQUES AUX MARQUISES
    2. SOURCES CONSULTEES ET PLAN DE L’OUVRAGE
  3. Chapitre I. Le milieu écologique des îles marquises

    1. LE CADRE GEOGRAPHIQUE
    2. LES RESSOURCES DE SUBSISTANCE
    3. LES LIMITATIONS D’ORDRE ECOLOGIQUE
  4. Chapitre II. Les marquises pré-européennes ; l’histoire culturelle de Uahuka

    1. DESCRIPTION HISTORIQUE DES ANCIENS SITES D’HABITAT
    2. LES DONNEES DEMOGRAPHIQUES. LA POPULATION
    3. L’ORGANISATION SOCIO-POLITIQUE
    4. L'HISTOIRE CULTURELLE DE UAHUKA
  5. Chapitre III. Reconnaissance archéologique de la vallée de Hane

    1. LES SITES D’HABITATION
    2. LES PAEPAE
    1. LES ME’AE
    2. LES TOHUA
    3. LES SITES ASSOCIÉS A L'AGRICULTURE
    4. LES SITES NON CLASSES DE LA VALLEE DE HANE
    5. LES ELEMENTS PROPRES A CERTAINS SITES
  1. Chapitre IV. Les pièces archéologiques de la vallée de Hane

    1. CLASSIFICATION ET DESCRIPTION
    2. LA REPARTITION DES PIECES ARCHEOLOGIQUES A L’INTERIEUR DE LA VALLEE
    3. LA REPARTITION DES PIECES EN FONCTION DES TYPES DE SITES
    4. LES PIECES ARCHEOLOGIQUES DE L’INTERIEUR ET DE LA ZONE COTIERE DE HANE : ETUDE COMPARATIVE
    5. ETUDE COMPARATIVE DE PIECES ARCHEOLOGIQUES RECUEILLIES DANS QUATRE REGIONS MARQUISIENNES
  2. Chapitre V. Le village actuel

    1. PHYSIONOMIE DU VILLAGE
    2. LES « FAMILLES », LES MAISONNEES ET LES GROUPEMENTS RESIDENTIELS
    3. LES ALLIANCES MATRIMONIALES ET ADOPTIVES
    4. L'ABSENCE ET LA MOBILITE GEOGRAPHIQUE
    5. LES ACTIVITES DE SUBSISTANCE ET LES RESSOURCES ECONOMIQUES
  3. Chapitre VI. Les habitats anciens de Hane

    1. LES HYPOTHESES
    2. LES TROIS PRINCIPAUX HABITATS ANCIENS DE HANE
    3. LES GRANDES LIGNES DE L’HISTOIRE DE L’HABITAT DE HANE
  4. Conclusion : la rupture par rapport au passé

  5. Iconographie

  6. Annexe I. Liste des sites relevés dans la vallée de Hane

  7. Annexe II. Les maisonnées de Hane, octobre 1965

  8. Annexe III. Un siècle de chronologie de Ua Huka

  1. Glossaire et lexique des termes archéologiques

  2. Bibliographie

  3. Index général

  4. Index des noms d’auteurs

  5. Cartographie

Préface

1Cette étude représente la version française révisée et modifiée d’un premier travail « Sites and Settlements in Hane Valley, Marquesas » déposé à Honolulu en février 1965 et soutenu en juin 1968 comme thèse de Master of Arts du Pacific Island Studies de l’Université de Hawaii.

2Les trois missions effectuées aux îles Marquises en 1962, 1963 et 1964 sous la direction du Professeur Yosihiko Sinoto, ont été rendues possibles par un financement du National Science Foundation de Washington D.C. permettant au Bernice P. Bishop Muséum d’Honolulu d’entreprendre la réalisation d’un programme archéologique général couvrant l’ensemble de la Polynésie.

3Pour la version américaine, j’exprime ma reconnaissance au Dr. Richard Pearson, au Dr. Peter Perie et au Professeur Sinoto, membres du Jury. Pour la version française je tiens à remercier mon mari Paul Ottino de l’Université de Nanterre, Paris X, qui, après m’avoir vivement encouragée à revoir la thèse originale aux fins de publication, m’a aidée à transposer le texte en français. Je tiens également à remercier M. José Garanger du Centre National de la Recherche Scientifique qui a bien voulu se charger de traduire le chapitre consacré aux objets archéologiques, et par ses suggestions a contribué à améliorer les descriptions. M. José Garanger ainsi que Mme Anne Lavondès, du Musée de Papeete, ont entièrement revu le manuscrit français.

4A Honolulu, je suis reconnaissante à Miss Margaret Titcomb, bibliothécaire du Bishop Museum, et à Mme Elisabeth Ann Lawson, conservatrice des archives de la Hawaiian Mission Children’s Society, de m’avoir autorisée à consulter des manuscrits et correspondances inédites rédigés sur place aux Marquises à la fin du xviiie et au début du xixe siècle.

5Paris. Opunohu (Moorea).

6Août 1970.

Introduction

1Le grand intérêt que présentent les îles Marquises dans le domaine de la préhistoire polynésienne tient à deux raisons essentielles. En premier lieu, les indices matériels témoignant de l’arrivée des premiers découvreurs de la Polynésie Orientale ont été mis au jour dans cet archipel. Sur la base des données archéologiques et linguistiques les plus récentes, l’origine des migrants qui devaient plus tard devenir des Marquisiens, se situe sûrement quelque part en Polynésie Occidentale, probablement aux îles Samoa-Tonga, à quelques 2 000 milles de l’archipel des Marquises. Deuxièmement, contrairement aux premières théories relatives aux migrations polynésiennes, ce sont les Marquises plutôt que Tahiti et l’archipel de la Société qui paraissent avoir été le grand centre de dispersion à partir duquel furent peuplés les autres archipels et îles de la Polynésie (Mangareva, Ile de Pâques, Tahiti, Nouvelle-Zélande et Hawaii).

2L’objet de cette étude n’est pas d’apporter de nouveaux éléments ou de développer plus avant cet état actuel des connaissances mais plutôt de présenter une étude relativement détaillée des vestiges de surface d’une vallée marquisienne, la vallée de Hane sur l’île de Ua Huka. Cette vallée n’a pas été choisie en fonction d’un intérêt supposé particulier ou exceptionnel mais simplement parce que sur son rivage se trouvait une dune remarquablement stratifiée. Les compléments d’information recueillis à l’intérieur de la vallée paraissaient a priori susceptibles de compléter les résultats des fouilles conduites sur le site côtier.

3Dans une autre perspective, l’étude de l’habitat ancien de la vallée de Hane représente pour les Marquises la première tentative de reconstitution de ce qui est appelé en archéologie l’organisation des structures d’habitat (settlement pattern). Récemment d’autres études de ce type ont été réalisées ailleurs en Polynésie (Roger Green à Mangareva, 1959 et à Moorea, 1960 ; Pierre Vérin à Rurutu, 1961 ; José Garanger à Tautira, 1963 ; Peter Groube en Nouvelle-Zélande, 1964 ; Janet Davidson et R. Green à Samoa, 1964-68 ; Peter Chapman à Maui, 1967-68 ; et Francis et Francine Meyer à Hivaoa, 1968). Signalons d’ailleurs que jusqu’ici ces importantes recherches n’ont donné lieu qu’à peu de publications. K.C. Chang, de l’Université de Yale, distingue entre ce qu’il appelle « structuration de l’habitat » et « structuration de la collectivité ». Par « structuration de l’habitat », Chang entend la disposition des sites et de leurs structures en fonction des impératifs de l’environnement géographique et écologique. Par « structuration de la collectivité », il se réfère à la répartition caractéristique des sites et structures à l’intérieur des collectivités et à l’articulation des collectivités à l’intérieur de ce qu’il appelle des agrégats ; un agrégat étant défini comme « ...le rassemblement d’un certain nombre de collectivités liées entre elles par des liens sociaux, politiques, militaires ou religieux étroits » (Chang 1958 : 299, 307). L’expression « structuration de l’habitat » telle qu’elle est utilisée dans ce travail recouvre les deux acceptions de Chang, se référant tantôt aux relevés et à la localisation topographique des sites anciens dans la vallée, tantôt à l’identification des sites et de leurs structures et, à partir de ce qui peut être connu de leurs fonctions, à la détermination des ensembles significatifs.

4A l’origine, le deuxième objet de l’étude était d’essayer de mettre en relation et de comparer l'habitat de l’intérieur de la vallée avec celui beaucoup plus ancien de la dune côtière mais, rapidement, par suite de l’absence pour l’intérieur de la vallée de séquences chronologiques décelables dans les types successifs de constructions ou dans la superposition des sites et structures, ce projet est apparu prématuré. En l’état actuel des connaissances, une rupture dans l’ordre diachronique interdit de rétablir la continuité entre les habitats d’aujourd’hui et ceux du passé ; la même rupture se retrouve d’ailleurs dans les domaines de la culture matérielle et de l’organisation sociale marquisiennes. Le manque de continuité tient principalement à la catastrophique chute démographique et au dépeuplement accéléré de l’archipel qui, jusqu’en 1926 date d’un démembrement des habitants de l’archipel, semblait devoir conduire à la complète disparition des insulaires. Depuis, par bonheur, la tendance s’est complètement renversée et le taux d’accroissement de 6,6 % des Marquises (Voisin 1962 : 176), est actuellement l’un des plus forts du monde. Cette chute démographique survenant au moment des contacts réguliers avec les européens puis des débuts de la colonisation provoqua un déclin culturel tout aussi spectaculaire. Le savoir et les connaissances traditionnelles, les règles d’organisation socio-politiques ou religieuses furent abandonnés, un peu, certes, du fait des pressions politiques et religieuses européennes mais plus encore parce qu’adaptés à une société traditionnelle beaucoup plus nombreuse, très différente et pratiquant un tout autre genre d’économie, ils se trouvaient dès lors sans objet. Dans le domaine des traditions orales alors que les mythes et, plus encore, les légendes les plus connus ont été transmis (Handy 1930, Lavondès — travaux en cours, qui a recueilli plus de 1 000 pages de textes pour la seule île de Uapou), les traditions historiques et les généalogies qui présentent une importance cruciale pour les reconstructions diachroniques ont, pour la plupart, été irrémédiablement oubliées.

5En résumé, bien qu’il existe sans aucun doute dans la culture marquisienne, dans les personnalités individuelles et dans quelques pratiques sociales modernes, des éléments et des composantes qui rappellent les Marquises pré-européennes, il est très difficile au niveau des phénomènes et manifestations particuliers de retracer une continuité.

6Selon Chang, au stade néolithique, le déterminant essentiel en matière d’habitat est ce qu’il a appelé « l’ajustement économique » c’est-à-dire l’adéquation des moyens de subsistance et des formes de production aux besoins et exigences de la collectivité (Chang 1958 : 300). (Ces besoins et exigences ne se limitent pas forcément au minimum indispensable à la survie de la collectivité). A ce déterminant premier s’ajoutent des limitations d’ordre écologique qui, à la fois déterminent et sont déterminées par des facteurs démographiques et socio-politiques ; tous ces éléments étroitement imbriqués réagissent évidemment les uns sur les autres.

7Aux Marquises, l’aptitude du milieu géographique à supporter et entretenir des groupements humains (carrying capacity) est plus limitée et moins favorable qu’ailleurs en Polynésie. D’emblée, le compartimentage des vallées séparées les unes des autres par des chaînes montagneuses escarpées, l’absence de récif barrière et par-là l’ouverture des côtes sur le plein océan, ont imposé d’étroites limitations aux effectifs humains, à leurs répartition en collectivités territoriales et aux caractéristiques des habitats et de l’implantation des sites et structures. A ces contraintes physiques du relief qui, avec l’érosion et la déforestation, expliquent peut-être en partie que des versants entiers des îles et par là une forte proportion des sols soient secs et infertiles, s’ajoutent, les aggravant, les conditions climatiques. Plus proches de l’équateur que tout autre archipel polynésien, les Marquises sont exposées à de longues périodes de sécheresse qui peuvent se prolonger deux années et dont les effets se font sentir beaucoup plus longtemps. La conjonction de ces données et facteurs naturels peu propices, voire tout simplement hostiles, expliquent que l’agriculture soit de tout temps demeurée marginale. Il semble que les ressources n'ont jamais permis de dépasser notablement le niveau de subsistance, le peu de surplus étant soigneusement conservé et stocké pour être utilisé pendant les périodes de pénurie ou de famine. L’absence de récifs barrières et, par-là, de lagon limite considérablement autant en quantité qu’en priété les ressources de la mer, la faune pélagique n’étant pas aussi pléthorique que celle des lagons protégés. En bref, l’existence des anciens marquisiens a toujours étroitement dépendu de ressources naturelles plus limitées que partout ailleurs en Polynésie, ressources que par ailleurs le niveau de leur technologie ne leur permettait pas de dominer. Les populations de toutes les vallées des îles de l’archipel étaient plus ou moins confrontées aux mêmes problèmes ; la similarité des milieux géographiques et culturels, l’absence de différences significatives génératrices de complémentarités, combinées aux obstacles naturels isolant les vallées, expliquent suffisamment la relative stagnation de la société marquisienne pré-européenne. A la différence des populations polynésiennes des autres archipels d’îles hautes, les populations des Marquises ne sont jamais parvenues à développer une organisation sociale, politique et économique fondée sur une division du travail et une technologie plus poussées, qui leur eût permis de maîtriser complètement un milieu naturel peu favorable et, peut-être par des techniques appropriées, d’en compenser les limitations.

LES ETUDES ARCHEOLOGIQUES AUX MARQUISES

8Aux Marquises, comme dans l’ensemble de la Polynésie, l’archéologie procédant par fouilles systématiques est récente. Très longtemps, la conviction selon laquelle le peuplement des îles polynésiennes était peu ancien, avait naturellement accrédité l’idée qu’il était inutile de procéder à des fouilles qui ne produiraient rien. En 1950, Kenneth P. Emory, du Bishop Museum, prouva le contraire en entreprenant, avec quelques étudiants de l’Université de Hawaii, des fouilles dans l’île de Oahu. Le site, un abri sous roche proche de la côte, livra une riche collection d’hameçons et autres objets archéologiques associés à des niveaux culturels distincts et bien définis. Les datations au carbone 14 (les premières jamais effectuées en Polynésie) révélèrent que le site avait été occupé dès les années 1004 (± 180 ans) après Jésus-Christ.

9Avant 1950, toutes les recherches appelées « archéologiques » se limitaient à des reconnaissances et descriptions des vestiges des structures anciennes isolées1. Les relations entre structures et sites, leurs agencements réciproques et par rapport aux caractéristiques géographiques et écologiques de l’environnement n’étaient pas prises en considération. En ce qui concerne les Marquises, le premier chercheur qui a réalisé un relevé relativement systématique des sites individuels fut Ralph Linton du Bishop Museum. Cela se passait en 1922. Son étude comparative des structures lithiques marquisiennes est fondée sur une reconnaissance de 186 sites, observés dans les six îles principales et dans la petite île de Eiao. Cependant cette prospection n'est en aucune façon complète pour aucune des vallées de l’archipel. (Pour la vallée de Hane, Linton n’a relevé que six sites.) Faute plus grave, les sites d’habitation qui sont les plus nombreux ne sont généralement pas relevés. Cependant, le travail de Linton demeure une référence utile car il énumère et décrit des sites qui, à son époque, étaient moins bouleversés qu’ils ne le sont aujourd’hui. De nombreux objets de bois (des poteaux, tiki, tambours) étaient encore en place et, en présence des sites individuels, les guides de Linton sûrent souvent se souvenir de leurs noms et se remémorer quelques détails relatifs à leurs fonctions passées. Aujourd’hui, il ne subsiste que peu de traces de ce genre de savoir.

10Après 1950, à l’exemple des riches fouilles de Oahu, des structures de surface, abris sous roches, et sites côtiers non abrités furent soigneusement relevés et fouillés. Dans ces fouilles, le but initial était de parvenir à établir une chronologie locale triplement fondée sur la succession des niveaux d’occupation, sur les séquences d’objets archéologiques, et, enfin sur les datations au radiocarbone. Le second but, plus ambitieux, était de tenter d’intégrer les données recueillies dans le cadre général de l’archéologie polynésienne afin de déterminer historiquement l’ordre des migrations et des occupations successives des différents archipels et îles.

11Poursuivant les mêmes objectifs, Robert Suggs de l'American Museum of Natural History, entreprit en 1956-57 les premières fouilles aux Marquises. Cet archéologue accomplit deux missions et passa plus d’une année sur l’île de Nukuhiva où il releva 46 sites (25 structures architecturales de surface, 8 grottes et abris sous roches, 2 dunes côtières, 6 sites à pétroglyphes, et 5 sites divers). Ces sites étaient éparpillés tout autour de l’île dans onze zones principales différentes. Vingt sites furent fouillés, ou tout au moins sondés, et 5 datés au moyen du carbone radioactif. Ces derniers ne comprenaient aucune structure de surface bien qu’au moins treize structures de cette catégorie aient été partiellement fouillées (Suggs 1961).

12Sur la base des datations obtenues et des « sériations » d’objets archéologiques2, Suggs divise la préhistoire et l’histoire en cinq périodes distinctes commençant 120 ans avant J.-C. Il s’agit de la Période d’Occupation d’une durée de 250 ans ; de la Période de Développement longue d’un millier d’années ; de la Période d’Expansion de 300 ans ; de la Période Classique de 390 ans ; et enfin de la Période Historique qui s’étend de 1790 à nos jours. Dans la limite des possibilités de reconstitution à partir des données archéologiques, chacune des périodes est décrite en tenant compte des types d’habitat, des fondements économiques et technologiques et de l’organisation socio-politique propres à chacune d’elles (Suggs 1961 : 174-192).

13En 1963, Ame Skjölsvold et Gonzalo Figueroa de l’Université d’Oslo, relevèrent et fouillèrent des structures de surface à Puamau et dans un abri côtier à Hanapeteo, localités situées sur l’île de Hivaoa. Au moment de l’impression de la présente étude, leur rapport n’a toujours pas été publié.

14Très actif depuis 1950 dans le domaine de l’archéologie des îles Hawaii, et depuis 1962 aux îles de la Société, le Bishop Museum de Honolulu entreprit les premières reconnaissances archéologiques aux îles Marquises et de 1963 à 1966 organisa sous la direction de Yosihiko Sinoto, trois expéditions d’une durée moyenne de deux à trois mois. Les premiers travaux furent effectués à Hivaoa où deux abris sous roche et quatre sites côtiers non protégés de la baie d’Atuona furent fouillés. Tous ces sites se révélèrent très pauvres et ne livrèrent aucun hameçon (profonde déception pour Y. Sinoto qui, après avoir intensivement travaillé sur les hameçons de Hawaii et des îles de la Société, était parvenu à dresser une typologie et à établir une chronologie). En revanche, une collection d’objets de surface, pour la plupart des herminettes, fut découverte dans la vallée (Sinoto et Kellum 1965).

15Pendant la même période, Carlyle Smith de l’Université du Kansas (qui avait travaillé avec l’expédition de T. Heyerdahl à l’île de Pâques), financé par le Musée Kon-Tiki de Norvège, releva et fouilla partiellement le grand site cérémoniel de Pekia dans la même vallée d’Atuona. (Sur ce site fut découverte la « poterie incisée de Pekia » laquelle une année plus tard se révéla être un « faux accidentel » produit par l’impression de la sandale de plastique de l’un des travailleurs marquisiens sur un fragment d’argile durcie.)

16Le retour vers Tahiti sur une goélette collectant le coprah dans les îles de l’archipel nous permit de visiter un grand nombre de baies et d’acquérir rapidement un certain sens de la disposition générale des habitats et sites de l’intérieur des vallées. C’est de cette façon que fut découvert le site côtier très prometteur de la dune de sable de Hane (MUHI). Un premier examen superficiel révélant immédiatement la densité de fragments d’hameçons de nacre éparpillés sur la surface désignait tout naturellement Hane comme l’objectif de la mission suivante.

17En 1964, ce site côtier put être partiellement fouillé et plus de 2 000 objets recueillis et classés. Quelques petits abris sous roches des baies voisines firent l’objet de sondages. En 1965, lors de la troisième expédition aux Marquises, il fut décidé que pendant que Y. Sinoto poursuivrait les fouilles de MUHI, je devrais relever et inventorier les sites de l’intérieur de la même vallée. Cela fut réalisé et 176 sites purent être localisés et cartographiés. Jusqu’à ce que d’autres études semblables aient été réalisées dans d’autres vallées marquisiennes, il n’est pas possible de déterminer si, en ce qui concerne la densité et la répartition des sites et structures ainsi que l’insertion de l’habitat dans le milieu géographique, l’habitat de Hane diffère ou ressemble aux habitats des autres vallées marquisiennes. Toutefois, en se plaçant au seul niveau des sites individuels, il est certain que les sites de Hane sont, sans contredit, beaucoup plus simples que ceux de Hivaoa et de Nukuhiva, lesquels, en contraste, apparaissent nettement plus élaborés.

18A la fin de la campagne de fouilles de 1965, trois semaines furent passées à Nukuhiva sur le site de Ha’atuatua déjà étudié par Suggs. Il s’agissait du site le plus ancien fouillé par cet archéologue et les résultats obtenus au cours de notre séjour permirent de clarifier un certain nombre de points relatifs — notamment — aux dates et à la chronologie, lesquelles avaient posé jusqu’alors de sérieux problèmes dans le domaine de la préhistoire marquisienne.

SOURCES CONSULTEES ET PLAN DE L’OUVRAGE

19Des recherches en bibliothèque sont venues s’ajouter au travail de terrain et aux études et analyses consécutives en laboratoire des cartes et objets recueillis. Les sources consultées se répartissent en trois catégories :

  1. les rapports archéologiques (principalement Linton 1923, et Suggs 1963) et les études d’ethnologie (Handy 1923 et Sahlins 1965) ;
  2. les relations historiques des premiers voyageurs et résidents aux Marquises ;
  3. enfin, les manuscrits et correspondances inédits des missionnaires : Crook de la London Missionary Society (1797) et Lailoa de la Hawaiian Mission (1867). Aux documents de cette dernière mission s’ajoutent les correspondances de Lawson, probablement un marin déserteur, qui résida à Ua Huka à la même époque.

20Cette troisième catégorie de documents inédits consultés à Honolulu au Bishop Museum et à la Hawaiian Mission en 1967 est évidemment la plus intéressante. (Si j’avais connu l’existence de ces sources avant la troisième campagne, cela m’aurait sans aucun doute permis de disposer d’un guide de recherche extrêmement précieux, aussi bien pour les temps anciens que pour l’enquête sur l’habitat actuel.)

21Un coup d’œil sur la table des matières donne l’idée générale du plan de l’ouvrage. Après ce premier chapitre d’introduction, les chapitres I et II situent les Marquises dans leurs cadres géographique et culturel. Ces connaissances minimales sont nécessaires et, sans elles, il serait impossible d’essayer de reconstituer et de comprendre les caractéristiques des habitats anciens. Les chapitres III et IV sont plus archéologiques. Le chapitre III présente une description sommaire et un essai de classification des sites de Hane. Les relations historiques des premiers voyageurs européens décrivant les différentes catégories de sites, permettent parfois de préciser et d’éclairer certaines données. Le chapitre IV est consacré à une description des objets archéologiques découverts dans la vallée de Hane, puis à une comparaison de cette collection avec les collections provenant respectivement du site côtier MUHI de Hane, d’un second site côtier de Nukuhiva et enfin de la vallée d’Atuona à Hivaoa ; dans ce dernier cas, il s’agit d’une collection de surface. Le chapitre V n’est qu’une sommaire description ethnographique du village actuel de Hane. Le fait que cette enquête n’avait pas été prévue à l’origine, explique un certain nombre de lacunes qui, quelquefois, auraient pu être aisément comblées par quelques conversations avec les habitants du village. Néanmoins, en dépit de ses limitations évidentes, elle donne une première idée de la physionomie d’un village marquisien moderne et permet dans le chapitre VII de tenter une comparaison entre l’habitat actuel et les habitats anciens. Le chapitre VI, fondé sur les données archéologiques et historiques, essaie de reconstituer les traits caractéristiques de l’habitat ancien et de rendre compte de ses déplacements successifs dans la vallée de Hane.

Notes

1 Voir les publications suivantes du Bernice P. Bishop Museum : Linton-1925, Bull. 23 (Marquises) ; Emory-1928, Bull. 253 (Nihoa, Necker) 1933, Bull. 116 (Iles de la Société), 1934, Bull. 118 (Tuamotu), 1934, Bull. 123 (Les îles équatoriales du Pacifique), 1939, Bull. 163 (Mangareva), 1947, Bull. 191 (Tuamotu) ; McKern-1929, Bull. 60 (Tonga) ; Bennett-1931, Bull. 80 (Kauai) ; MacAllister-1933, Bull. 104 (Oahu), 1933, Bull. 115 (Kahoolawe).