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ARTHUR X

136 pages
Sont reproduits dans ce livre les Mémoires d'Arthur X, y rapportant ses souvenirs d'enfance et d'adolescence dans une recherche de ce qui, dans sa nature et dans les particularités de sa vie familiale, a abouti à lui faire passer dix ans en " centrale "… Ecrit bien avant Kraft-Ebing et Freud, ce texte ouvre avant l'heure un questionnement touchant à l'identité, au sexe, au genre, comme aux problématiques des idéalisations.
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ARTHUR

X

Mémoires d'un travesti, prostitué, homosexuel (<<LaComtesse» 1850-1861)

Collection Psychanalyse et Civilisations Série Trouvailles et Retrouvailles dirigée par Jacques Chazaud

Renouer avec les grandes œuvres, les grands thèmes, les grands moments, les grands débats de la Psychopathologie, de la Psychologie, de la Psychanalyse, telle est la finalité de cette série qui entend maintenir l'exigence de préserver, dans ces provinces de la Culture et des Sciences Humaines, la trace des origines. Mais place sera également donnée à des Essais montrant, dans leur perspective historique, l'impact d'ouverture et le potentiel de développement des grandes doctrines qui, pour faire date, continuent de nous faire signe et nous donnent la ressource nécessaire pour affronter les problèmes présents et à venir.

Dernières

parutions

L'instinct et l'inconscient, W. H. R. RlVERS, 1999. Hallucinations et délire, Henri EY, 1999. La confusion mentale primitive, Philippe CHASLIN, 1999. La réception de Freud en France avant 1900, André BOLZINGER, 1999. Récits de vie et crises d'existence, Adolfo FERNANDEZ-ZoïLA, 1999. Psychanalyste, où es-tu ?, Georges FAVEZ, 1999. Psychopathologie psychanalytique de l'enfant, Jean-Louis LANG, 1999. La figure de l'autre, étranger, en psychopathologie clinique, Zhor
BENCHEMSI, Jacques FORTINEAU, Roland BEAUROY (eds), 1999.

De lafolie, Etienne GEORGET, 1999. Les mariées sont toujours belles, Robert Michel PALEM, 1999. Lafolie hystérique, A. MAIRET, E SALAGER, 1999. Suicides et crimes étranges, MOREAUDE TOURS, 2000. Les altérations de la personnalité, A. BINET, 2000. Chagrins d'amour et psychoses, C PASCAL, 2000.

Recueillis par H. LEGLUDIC et présentés par J. CHAZAUD

ARTHUR X
Mémoires d'un travesti, prostitué, homosexuel (<<LaComtesse» 1850-1861)

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

@ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-1384-9501-9

AVANT (Sur l'Album

PROPOS de la Comtesse)

ARTHURX., dit « La Laure» fut examiné à la maison d'arrêt d'Angers, à l'âge de 34 ans, par H. LEGLUDIC, Directeur de l'école de Médecine et de Pharmacie et ,Médecin de l'Hôtel Dieu en cette ville. L'expert près le

Tribunal a publié - dans un ensemble plus vaste sur les
Attentats aux mœurs (Paris, Masson, 1896) - des fragments

autobiographiques de son sujet sous le titre des
Confidences et aveux d'un Parisien, alors que le manuscrit lui avait été livré sous l'intitulé de la Comtesse. Paris (1850-1861). La liberté prise par LEGLUDIC nous a incité à reproduire le journal sous l'appellation, plus explicite pour en indiquer d'emblée la porte E, de Mémoires d'un

travesti, prostitué homosexuel. Ce en quoi ces mémoires sont exceptionnels, c'est qu'ils expriment avec authenticité, au-delà de leur style un peu apprêté, des éléments de réponse sur la constitution de ce qui

-

après avoir été, selon les mentalités du moment, un

vice, puis une « folie morale », une psychopathie, une perversion, avant d'être considérés comme un « style de vie », voire un commerce

- intéressa d'abord

l'Identité de

la Personne dans (ou par) sa sexuation.

11

Avant-Propos Dans ces écrits du milieu du XIXo siècle, antérieurs aux

travaux de WESTPHALL (1870) sur Le sentiment sexuel inversé, antérieurs aussi aux considérations qui défrayèrent la chronique psychique» scientifique sur «l'hermaphrodisme

(voire « cortical» L..) etc., la «comtesse

Laure» théorisait déjà (et non sans profondeur) sur son cas. IllElle reconnaissait les tendances innées de sa nature, mais n'en insistait pas moins sur les conditions assez particulières de son éducation, ne manquant pas alors de citer, non sans une certaine affectation, LAMARTINE:
réminiscences». ..

le vers de

« Tous nos goûts ne sont que des

Au sens propre comme au figuré, ARTHUR enfant des plus doux, câlin, timide et vaniteux - fut élevé dans les jupes de sa mère, une honnête couturière, puis parfumeuse, dont il était sentimentalement très (trop) proche. Cette mère ne voyait pas malice à ce que les clientes, demimondaines entretenues ou chanteuses... légères, le mignotassent. Ah, ce chant dont il partageait l'amour avec sa mère! Ces taffetas, soieries, dentelles et bijoux; ces senteurs délicates!... Du père, on ne parle pratiquement pas; si ce n'est pour marquer qu'il ria beaucoup lorsque maman, ravie, lui fit le récit du premier travestissement d'ARTHUR(<<jefais la chanteuse») avec les habits, laissés en « modèle» par une belle dame... Cette mère, malgré

Avant-Propos

11l

quatre autres enfants, nous est présentée en symbiose avec ARTHUR et, pour ainsi dire, comme sexuellement

« innocente ». Elle l'avait désirée fille. ARTHUR dépassa, si on ose ce mot, ses « espérances» déçues... Emoi du

premier baiser volé par un ami de son frère avant sa puberté, achat de fard à Il ans, inaugurant ainsi sa vie « fardée », fuite éperdue des premières propositions d'un vieux beau en se réfugiant auprès de Frédéric, ce mâle protecteur qui l'accompagnait au théâtre lorsque maman ne le pouvait. ARTHURa le cœur brisé lorsque, mis en demi-pension, il quitte sa chère mère jusqu'au soir. Narcisse devant son miroir, auto-exhibitionniste, il se trouve confronté aux

attouchements et à la masturbation entre collégiens. Il succombe aux avances d'un certain CHARLES(ce ne sera pas le seul de ce prénom dans sa vie sentimentale). De quatre ans son aîné, celui-ci fait d'ARTHURson « mignon» et le fait jouir. Ce pourrait, souligne le mémorialiste, être banal chez un adolescent de 12 ans, sentant « le réveil de la nature », s'il s'agissait d'un passage. Quel homme ou quelle femme, au futur destin sexuel très « orthodoxe », n'a pas plus ou moins connu, à cet âge, ce genre de rapports? Mais ces «jeux de la naissance à la virilité» révèlent à ARTHUR qu'il « était moins pourvu en avantages secrets ». Ceci déclenche une « envie» (sic) des érections

IV

Avant-Propos plus tard, doté d'un petit talent de

« fournies»; dessinateur, membres»

il remplira un album entier de «beaux qui affolait un de ses « amis»

connaisseur...Pour l'instant, sa découverte lui fait accepter sans plus de manière « cette volupté de la complaisance passive ». Qui saura jamais si sa révélation correspond à une réalité ou à une rationalisation (le Dr LEGLUDIC dira ne pas ce qu'il a constaté lors de l'examen objectif des organes génitaux de son sujet, ni même s'il l'a pratiqué) Point n'est besoin de détailler (la lecture de l'opuscule y suffit) le développement de l'acceptation de la volupté passive vers l'état de « mignon tarifié » sur les « qualités de douceur, de prétention et de timidité» d'un rêveur

« audacieux par tempérament, pusillanime par caractère» ; Qualités qui font la« tapette» ou le « complaisant »... Je laisse à chacun la surprise de lire chez « La Laure» ce qu'il dit du point « vicieux» des sublimités de l'amour maternel quand les femmes, insatisfaites, mêlent à leurs sentiments trop de « délicatesses» qui font l'amour aveugle et « enveloppent» la sexualité naissante dans les mignardises. Elles « enchaînent» leur fils à son enfance et arrêtent les expressions de l'amour viril, fixant un

attachement excessif qui exclut l'abord d'autres femmes: « en les aimant trop, ils n'aiment plus ». Ils se trouvent bloqués par une idéalisation fatale. « C'est l'amour qui tue

Avant-Propos
l'amour» des

v

énonce ARTHUR qui, ce disant antécède sur bien que pourront dire les HAVELOCK ELLIS,

choses

GRATTF-EBING, MOLL, MAGNUSHIRSCHEFELDet jusqu'au pR DR S. FREUD. « Placé dans d'autres conditions, ma vie

eut pu être meilleure, tout au moins, moins coupable ». plaidoyé prod Homo? Voire! Une tentative auprè6 d'une coquette aboutit au

lamentable « fiasco» et au fatal commentaire: « tu n'en as pas! »... ARTHURdevient alors la Comtesse, « machine sans cœur» à plaisir salarié, chanteuse de cafconce (sous le nom de « La Laure »), étourdie entre la vie facile et la dépréciation secrète. Se livrant aux « engouements de l'amitié », La Laure se trouve, à 16 ans, un protecteur, le MARQUIS DE..., dont le père avait eu comme intendant M. le propre père d'ARTHUR, qui fut, nous dit-on, très « honoré »...qu'il se chargea de son « éducation »...11 devient, ainsi, lui aussi, une... Grande Dame! ARTHURqui se sentait désormais si peu fait pour être un homme, n'eut aucun mal à devenir une « coquette lorette» d'abord sous le nom, non sans résonance, de Pauline de FLORANGE. e L Travestissement devient un bonheur exquis! « Moi, qui eut toujours le désir d'être fille, j'avais forcé la nature à refouler ses droits ». Mais, trois fois hélas, la liaison est éphémère (effet-mère ?). Le beau Marquis s'éclipse, non sans laisser un viatique avec lequel la belle se lance dans

VI

Avant- Propos

les cafés chantants, tout en commençant le « racolage» et en nouant de nouvelles « tribades». Comtesse» amitiés avec « tapettes» et

ARTHUR PAULINE devient

alors « la

et prend pour souteneur PROSPERafin de

s'assurer un « amant de cœur ». Mais il/elle se fait prendre dans une rafle et c'est la prison... A la sortie, la vie reprend. Il trouve un autre « entreteneur ». C'est un violent qui manie la cravache. Rupture alors qu'ARTHURa 21 ans. Il rejoindra, après avoir dilapidé son avoir, le 44° régiment de ligne. Il en déserte rapidement, avec la complicité de sa mère, ralliée à son transvestisme, alors que son père est mort après avoir fait... faillite. Mais la chère maman meurt à son tour en 1860. Alors, ARTHUR laisse « prendre» et se se voit condamné à 10 ans de réclusion.. . La suite n'est qu'une histoire de prison, d'amour vénal en centrale et de jalousie envers un beau carabinier nommé
ENGEL

(cf:

Florange...).

Histoire

de douleurs,

d'isolement, de désespoir qui s'achève avec la libération en 1871.

Ces mémoires, que j'ai voulu résumer pour en faire ressortir certaines articulations « saillantes» (passivité

constitutionnelle, narcissisme exacerbé, exhibitionnisme, atypicité des idéalisations, fixation au désir de la mère,

Avant- Propos
transvestisme,

vu

inversion sexuelle, affres amoureuses,

hypersensibilité et vénalité) disent à la fois tout, trop et... rien sur les relations généticiens, du transvestisme historiens, et de et

l'homosexualité. C'est là le lot commun des psychiatres, psychanalystes, politiques

philosophes « confondus ». . Un cas comme celui D'ARTHURajouterait, peut-être, de nos jours une exigence transsexuelle (rendue La simple

techniquement

possible

et légalisable).

homosexualité n'est déjà pas si simple. Je me suis exprimé, il y a quelques années déjà, pour montrer qu'il ne s'agit nullement d'une « structure» , mais d'un « champ », tout en montrant l'immense diversité de ses significations et de ses pratiques. Toujours est-il que l'arrière-neveu eu à

d'ARTHURserait peut être « asexué », « hétérosexuel» (ce qui est loin d'être rare) ou « bisexuel »...J'ai connaître, il y a quarante ans, un couple bien assorti qui copulait, elle habillée en homme et lui en femme! J'ai aussi connu des homosexuel(le)s qui n'en étaient pas, mais des hystériques égaré( e)s ou des obsessionnel(le)s

vengeurs (vengeresses). D'autres reconstruisaient, par ce moyen, une faille psychotique. Mais ces cas relevaient soit d'une pratique expertale (transvestistes, transsexualistes militaires), soit d'une « demande» de psychanalyse, parfois sous pression familiale, mais le plus souvent

Vlll

Avant-Propos

spontanée, fuite d'une insatisfaction, d'une culpabilité, d'une honte, d'une « déprime», que les lobbies californiens voire d'une crainte de (et les compagnies

poursuite judiciaire qui ne sont pas le lot commun. Alors

d'assurance) n'avaient pas encore imposé les « révisions» nosologiques que I'hégémonisme américain impose à la clinique, et que les mœurs n'étaient pas encore entrés dans la Civilisation MAC Do, je ne manquais pas de rappeler, déjà, les antécédences historico-culturelles, voire religieuses, des « variations» littéraires,

sexuelles. Non plus

que les grandes figures de l'humanité (occidentale) qui avaient contribué à changer, par l'épée les arts ou la politique, la face du monde alors que, comme
de

CAMBACERES, ils avaient, selon l'expression son co-auteur du Code Civil,

malicieuse

BONAPARTE, « un petit

défaut ». Cette incidence a pour but de répondre aux discours de toutes les belles âmes idéologiques que, si la psychiatrie classique s'était « emparée» des paraphilies, ça n'a jamais
été

- malgré

quelques maladresses

terminologiques

- par
les voire

une volonté impérialiste abusive de « normaliser» convenances, mais qui concerne
pour

que soit (particulièrement pour ce dépénalisé,

I'homosexualité)

décriminalisé, ce qu'elle considéra, si longtemps, comme un « dysfonctionnement de l'évolution de la sexualité

Avant-Propos

IX

humaine ». Et peu importe alors qu'on mit ici l'accent sur « l'hormonologie », là sur « la préhistoire infantile» etc... Il s'agissait de ne plus considérer un « trouble» comme un délit. Comme je le rappelais dans mon cours de 1971 aux Facultés de Médecine et des Sciences Humaines, lorsque les psychiatres ont fait entrer les jouissances sexuelles « atypiques» dans les cadres de la dégénérescence puis du déséquilibre psychique, ce fut d'abord pour les «déensuite employé, sens très large

moraliser »... Le terme de perversion n'avait diplopie, d'ailleurs à l'origine qu'un d'endommagement

fonctionnel et incluait aussi bien la

le spasme facial, le pica... Paradoxalement,

renonçant à juger, la psychanalyse aggravera la confusion des langues, dans son souci de comprendre-expliquer, en promouvant le concept de «perversion polymorphe de de

l'enfant », pour ne rien dire de la problématique l'angoisse entraînée par les identifications

directes et

inversées autour de la problématique du phallus et de la « castration »... Le comble fut d'affirmer un retour des craintes infantiles et des retours adultes des «choix sexuels» archaïques, sous l'effet de la conjecture, dans le chaos déterministe des errances du désir, sans nier pour autant «complaisances somatiques» et autres

« dispositions constitutionnelles ».. On ne pouvait mieux mécontenter tout le monde, en ajoutant encore que toute