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Athéna ou la raison

De
199 pages
Vierge guerrière, Athéna est d'abord la fille de Zeus et de Métis, autrement dit de la ruse et de la prudence. Pour gouverner le monde, il fallait une force nouvelle. C'est pourquoi les aèdes antiques ont inventé la raison, fille de l'idée, indispensable pour dépasser l'expérience et conduire les hommes vers l'art de penser. En la situant au milieu des Olympiens, nous comprenons qu'elle était plus rusée que sage et que tragiques et philosophes ont senti le besoin de lui donner un statut plus politique que religieux.
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Vierge guerrière, Athéna est d’abord la Ille de Zeus et de Métis,
aèdes antiques ont inventé la raison, Ille de l’idée, capable
est sa Ille. C’est elle qui a détrôné le monarque divin.
Gilbert Andrieu
AthÉna ou la raison
Athéna ou la raison
DU MÊME AUTEUR Aux éditions ACTIO L’homme et la force, 1988. e L’éducation physique au XX siècle, 1990. Enjeux et débats en E.P.,1992. À propos des finalités de l’éducation physique et sportive, 1994. e La gymnastique au XIX siècle, 1997. Du sport aristocratique au sport démocratique, 2002. Aux PRESSES UNIVERSITAIRES DE BORDEAUX e Force et beauté. Histoire de l’esthétique en éducation physique aux 19 et e 20 siècles, 1992. Aux éditions L’HARMATTAN Les Jeux olympiques, un mythe moderne,2004. Sport et spiritualité, 2009. Sport et conquête de soi,2009. L’enseignement caché de la mythologie,2012. Au-delà des mots,2012. Les demi-dieux,2013. Œdipe sans complexe,2013. Le choix d’Ulysse,2013. Au-delà de la pensée,2013. À la rencontre de Dionysos,2014. Être, paraître, disparaître,2014. La preuve par Zeus,2014. Pour comprendre la Théogonie d’Hésiode,2014. Jason le guérisseur au service d’Héra,2014. Héra reine du ciel. Suivi d’un essai sur ledivin, 2014. Héphaïstos le dieu boiteux,2015. Perséphone reine des Enfers. Suivi d’un essai sur la mort,2015. Hermès pasteur de vie,2016. Apollon l’Hyperboréen, 2016. Les deux Aphrodites,2016. Poséidon,2016
Gilbert ANDRIEU
Athéna ou la raison
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12291-5 EAN : 9782343122915
LA PERSONNIFICATION DE LA RAISON Avant de cerner le personnage, il faut comprendre pourquoi il est important dans l’ensemble de la mythologie, pourquoi Homère, qui fut le premier poète utilisant l’écriture, lui accorde une place privilégiée, tout particulièrement dans 1 l’Odyssée. Athéna est une Olympienne, mais, en ce qui nous concerne, il faudrait dire aussi qu’elle appartient à une seconde génération divine puisqu’elle est la fille de Zeus. Il y aurait les enfants de Cronos, première génération, et les enfants de Zeus ensuite si l’on veut les situer dans le temps. Cela est probablement artificiel puisque le temps des divinités n’est pas le nôtre et que leur histoire n’est pas la nôtre non plus. À vouloir objectiver l’ensemble des légendes, nous pouvons perdre le plus important de leur enseignement caché et il faut éviter de confondre nos interprétations avec une analyse rigoureuse. Toutefois, cette divinité particulière fait bien partie de celles qui combattent les dieux monstrueux, peut-être même a-t-elle été mise au monde pour assurer la victoire de Zeus ?  Nous verrons, chemin faisant, que si Athéna personnifie la raison, dans un contexte tout à fait différent de celui que nous connaissons, cette raison ne doit pas être confondue avec la faculté intellectuelle que nous partageons tous, ou que nous croyons utiliser pour conduire notre existence le mieux possible. Il serait dangereux de confondre cette fille de Zeus 1  HOMÈREOdyssée. Préfacez de Paul Claudel. Traduction Victor Bérard. Paris, Gallimard, 1955.  HOMÈREIliade. Préface de Pierre Vidal-Naquet. Traduction Paul Masson. Paris Gallimard, 1975.
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avec notre conscience qui, de jugement en jugement, s’efforce de tendre vers une conduite qui ne nous soit pas néfaste.  S’il n’est pas question, ici, d’étudier la raison, comme ont pu le faire les philosophes depuis l’Antiquité, on se doit d’éviter les comparaisons faciles, les amalgames qui sont souvent dus à notre désir de tout expliquer en oubliant que chaque époque, chaque culture, chaque groupe humain a ses propres critères. La Grèce antique n’est pas la Grèce moderne, elle ne se confond pas non plus avec les différents pays du monde, mais la Grèce antique d’Homère n’est pas également la Grèce archaïque, étant plus proche de la civilisation minoenne, de la civilisation mycénienne ou de la civilisation dorienne.  Toutes les analyses des mythes sont compliquées parce qu’elles nous placent entre des images symboliques qui cachent le sens profond de leur signification et une histoire des religions qui, au contraire, s’efforce de nous montrer des réalités qui ne sont souvent perceptibles que dans la pierre. Il ne faut pas oublier que ce sont des hommes qui ont imaginé les légendes pour expliquer ce qu’ils ressentaient et comprenaient de la vie. Les mythes sont des fables disons-nous souvent, mais ces fables sont des productions humaines. Ce sont des hommes dotés d’une certaine intelligence qui ont voulu guider leurs semblables, les éduquer, les aider à mieux vivre. Bien longtemps avant que ces êtres supérieurs n’inventent l’écriture, pour fixer leur pensée, ils ont inventé des images, des signes, des symboles et nous pouvons comprendre que leurs efforts soient le reflet d’une certaine qualité de vie. Les peintures rupestres ont certainement précédé les légendes, mais la différence réside surtout dans l’art de dire les choses, de les montrer, d’imaginer le futur et d’essayer de le contrôler. Nos ancêtres ont certainement cherché à diminuer les difficultés que le monde leur imposait et il est souvent rappelé que devant les puissances de la nature, devant des forces qu’ils ne pouvaient pas contrôler, ils ont commencé par les diviniser, les implorer, les honorer, les questionner peut-être, tenté de dialoguer avec elles dans l’espoir de les rendre indulgentes ou même favorables.
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 Les légendes nous font revivre des étapes de l’évolution des hommes et nous ne pouvons pas confondre leur vie dans des cavernes, au moment de la découverte du feu, leur vie de nomades avec la transhumance des troupeaux et leur sédentarisation avec les débuts d’une culture céréalière avec un habitat de plus en plus stabilisé. Les palais minoens ou mycéniens, les cités comme Sparte ou Athènes n’ont pas vu le jour en une seule génération d’hommes.  Alors, tenter de comprendre ce que représente la raison, personnifiée par Athéna, ne peut se faire qu’en tenant compte de tels changements. Athéna représente certainement une transcription imagée d’une vérité découverte par quelques hommes en avance sur leur temps, mais elle n’est pas toujours la même ou possède plusieurs physionomies, diverses attributions et nous pouvons penser qu’elle n’est pas une divinité qui aurait été définie une fois pour toutes. Elle a certainement suivi l’évolution de la pensée humaine et, sans rejoindre ceux qui doutent de l’origine de l’Odyssée, nous pouvons remarquer qu’elle n’a pas les mêmes fonctions au moment de la guerre de Troie et lors du retour d’Ulysse à Ithaque. Cela dit, elle ne naît pas sous la plume d’Homère.  Il faut éviter de se laisser séduire par ce qu’il y a d’extraordinaire dans les légendes et s’efforcer de trouver, sous le sensationnel, ce qui hantait nos ancêtres. Pourquoi, par exemple, Athéna vient-elle au monde en sortant de la tête de son père, un père qui passe pour le roi des idées ! Rien ne doit être abandonné au hasard, les détails doivent avoir un sens comme sa naissance assez étonnante en tant que guerrière poussant un cri de guerre et brandissant une lance. Contre quoi Athéna partirait-elle en guerre dès sa naissance ? Que penser de sa présence dans les différentes batailles gagnées par son père et sa naissance qu’Hésiode semble situer bien plus tard ? En essayant de situer Athéna dans le panthéon tel que le présente Hésiode, nous sommes rapidement confrontés à des détails qui paraissent illogiques, à moins qu’ils ne soient à prendre en considération uniquement dans leur dimension symbolique.
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 Bien entendu, cette vierge guerrière vient au monde dans un espace et un temps particuliers et elle est précédée par d’autres divinités avec lesquelles elle devra cohabiter. Elle apparaît au moment où Zeus fait la guerre aux dieux de première génération, c’est-à-dire aux enfants de Gaia et d’Ouranos essentiellement. Elle vient au monde après la castration d’Ouranos par Cronos et se situe, de ce fait, dans un monde qui commence à posséder une histoire, un monde qui connaît la division entre ce qui relève de la terre et ce qui relève du ciel. Athéna naît au moment où le jour et la nuit se partagent le temps, le soleil apportant la lumière et permettant de distinguer les objets, de découvrir la matérialité du cosmos et de la vie. Les légendes nous présentent la naissance et l’évolution du monde ainsi que celle des hommes qui découvrent la mort et se projettent dans l’immortalité pour donner du sens à leur existence. Ce que nous pouvons dire ici c’est qu’Athéna apparaît dans un cosmos bien défini et qu’elle ne prend aucune part à sa construction. Si Athéna se situe d’abord entre deux catégories de divinités, elle se situe aussi entre les dieux et les hommes et c’est sous ce rapport qu’il faut observer ses différentes actions. Or, pour l’essentiel, Gaia a tout organisé. 2 C’est elle qui a donné la serpette à Cronos et aidé Rhéa à sauver Zeus de la gloutonnerie de son père. C’est elle qui connaît l’avenir et probablement l’organise.  Entre l’apparition du cosmos et celle des hommes, des millénaires se sont écoulés, des myriades d’années au sens mythique. Il fallait bien localiser l’histoire des dieux et des hommes et si la terre est imaginée comme un disque plat entouré d’eau, il faut souligner la verticalité de l’ensemble qui place le Tartare en dessous de l’Enfer qui n’est séparé de l’espace où vivent les hommes que par une surface qui est traversée plus ou moins aisément, que ce soit par Hermès, Dionysos, Héraclès ou encore Ulysse. Au-dessus se situe le
2  N’oublions pas que la serpette est l’outil par excellence dont les hommes se servaient pour prélever dans la nature les plantes dont ils avaient besoin pour vivre. Cet instrument est étroitement lié à l’époque où régnaient les Grandes Mères chargées de la fécondation et de la fertilité de la Terre.
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Ciel, le royaume des dieux qui semble lui-même divisé en deux parties puisqu’il est dominé par l’Aether, un ciel plus pur, dont il est difficile de connaître l’utilité ou la véritable nature. C’est dans une petite partie du cosmos que voyage Athéna qui, plus souvent peut-être que d’autres divinités, passe fréquemment du ciel à la terre ou inversement. Il est possible de dire que Déméter est certainement plus proche des hommes, mais pour assurer la fécondité de la terre et permettre aux hommes de subsister en tant que manifestation de la matière. Perséphone lui est associée, subissant un séjour à la fois en Enfer et au Ciel, voulu par Zeus, mais Athéna vient au monde pour assurer l’ordre nouveau, autrement dit la domination de la matière par l’idée, cette dernière étant fortement assistée par la raison.  Il faut comprendre les hommes qui voulaient échapper à un certain nombre de souffrances et plus encore, peut-être, d’incertitudes. Vivre c’est prévoir et nos ancêtres étaient au moins aussi inquiets que nous vis-à-vis du futur. Il est probable que la raison, personnifiée par Athéna, fut une solution proposée par les plus clairvoyants de nos ancêtres. La raison a dû se rapporter essentiellement à la recherche de solutions concrètes, capables d’éviter certaines difficultés matérielles, bien avant de se rapporter à la justice et à des principes moraux. Déjà entre Hésiode et Eschyle nous découvrons une évolution en faveur d’une certaine morale, et entre les tragiques ou les philosophes comme Platon et l’avènement de la chrétienté l’usage de la raison a continué à suivre les besoins des hommes.  Comme tous les dieux, Athéna est une projection des tentatives humaines pour s’adapter au monde qui s’imposait à eux. Certes, nous sommes souvent orientés par l’idée que les dieux ont créé les hommes et qu’il s’agisse de Cronos ou de Zeus, nous pourrions le penser. Mais il faut retenir aussi qu’après le déluge, voulu par Zeus pour faire disparaître la troisième race de mortels, une race dominée par Arès, ou plus exactement la guerre privée d’intelligence, la quatrième race, voulue par Zeus provient de la terre puisque les deux rescapés du déluge, Deucalion et Pyrrha ont donné naissance aux hommes et aux femmes en jetant par-dessus leurs épaules des cailloux, autrement dit les « os de leur mère ». Cela suffit pour
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