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Auto-érotismes, narcissismes et pulsions du moi

De
182 pages
La littérature psychanalytique post-freudienne contient très peu de travaux consacrés prioritairement à la question des auto-érotismes et à celle des pulsions du moi. L'objectif principal de cet ouvrage est de retracer les rapports qui existent entre les auto-érotismes et les narcissismes au cours du développement normal du psychisme. En outre, est proposée une vision générale des pulsions du moi, à savoir des pulsions qui, sous formes directes ou transformées, sont à l'oeuvre dans le moi.
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AUTO-ÉROTISMES, NARCISSISMES ET PULSIONS DU MOI

www.Iibraideharmattan.com
di [fus ion.h arm attan@wanadoo. fr harmattan l @wanadoo. fr (Ç)L'Harmattan, 2006 ISBN: 2-296-01487-9 EAN : 9782296014879

Jean-Michel PORRET

AUTO-ÉROTISMES, NARCISSISMES ET PULSIONS DU MOI

L' Hannattan 5-7, rue de l' École-Polyteclmique FRANCE
L'Hannattan Hongrie Espace Fac..des L'Harmattan Kinshasa

; 75005 Paris

L'Harmattan

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L'Harmattan

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Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Sc. Sociales, Pol. et Adm. ; BP243, KIN XI de Kinshasa - RDC

Via Degli Artisti, 10124 Torino IT ALlE

1200 logements 12B2260 Ouagadougou

villa 96

1053 Budapest

Université

12

Psychanalyse et Civilisations Collection dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection Psychanalyse et Civilisations tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Déjà parus Edith LECOURT, Le sonore et lafigurabilité, 2006. Charlotte HERFRA Y, La psychanalyse hors les murs, 2006 (réédition). Guy AMSELLEM, L'imaginaire polonais, 2006. Yves BaCHER, Psychanalyse et promenade, 2006. Jacques ATLAN, Essais sur les principes de la psychanalyse, 2006. André BARBIER et Jean-Michel PORTE (sous la dir.), L'Amour de soi, 2006. NACHIN Claude (sous la direction de), Psychanalyse, histoire, rêve et poésie, 2006. CLANCIER Anne, Guillaume Apollinaire, Les incertitudes de l'identité, 2006. MARITAN Claude, Abîmes de l'humain, 2006. HACHET Pascal, L 'homme aux morts, 2005. VELLUET Louis, Le médecin, un psy qui s'ignore, 2005. MOREAU DE BELLAING Louis, Don et échange, Légitimation III, 2005. ELFAKIR Véronique, Désir nomade, Littérature de voyage: regard psychanalytique, 2005. DELTEIL Pierre, Desjustices à lajustice, 2005. HENRY Anne, L'écriture de Primo Levi, 2005. BERGER Frédérique F., Symptôme et structure dans la pratique de la clinique. De la particularité du symptôme de l'enfant à l'universel de la structure du sujet, 2005.

TABLE DES MATIÈRES

Il

Introduction

15

I.

L'ŒUVRE FREUDIENNE «TEXTE SACRÉ»

ET LE RÉCIT

DE RÊVE COMME

21

II. LES AUTO-ÉROTISMES ET LES DEUX FORMES D'AUTOÉROTISME ORAL

23 25 27 29 31 33 37 41 43 45 49 51 57 63 67 73

Remarques générales Lauto-érotÏsIl1e zonal sans but psychosexuel: 1899 Lauto-érotisme sans objet: 1905 Lauto-érotisme et son (ses) objet(s): dès 1911 Lauto-érotisme non unifié: 1905 et 1915 L auto-érotÏSIl1e oral: premier teIl1ps «pur» de la sexualité infantile: 1915 7. Une surprenante mise en cause et la séduction maternelle 8. Lauto-érotisme accompagné de représentations: 1905 9. De l'auto-érotisIl1e sans fantasme à l'auto-érotisme avec fan tasIl1e: 1909 10. Auto-érotisme non unifié et auto-érotisme unifié coïncidant avec le narcissisme conçu comme phase de développement: de 1911 à 1914 Il. Léclipse progressive de l'auto-érotisme devant le narcissisme: 1914 12. Lenracinement du narcissisme dans le fonctionnement pulsionnel auto-érotique et dans les pulsions d'autoconservation: 1915 13. L «objet» de l'autoconservation comme instigateur de la découverte de l'objet sexuel dans le Il10nde extérieur et les deux temps de l'étayage 14. Formes primaire et secondaire de l'auto-érotisme oral 15. Temps du manque et teIl1ps de la perte concernant le sein 16. Les deux formes d'auto-érotisme oral et les deux configurations du .. ..
narCISSIsme prImaIre

1. 2. 3. 4. 5. 6.

81

III. LES AUTO-ÉROTISMES
NARCISSISMES

ET LEURS RAPPORTS AVEC LES

85 91 99 109 III 121 125 129 141

17. La conjoncture processuelle précoce de l'auto-érotisme .. ..
18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25.

oral et du

narCISSIsme prImaIres [auto-érotisme oral secondaire et la structure du narcissisme primaire tardif [auto-érotisme et le narcissisme de la phase anale-sadique, le conflit d'ambivalence entre narcissisIlle positif et narcissisIlle négatif [auto-érotisme et le narcissisme se rapportant à la pulsion de regarder (der Schautrieb) [auto-érotisme et le narcissisme phalliques, le complexe d'Œdipe infantile et les identiflcatio ns Le narcissisme secondaire et sa pluralité [auto-érotisIlle et le narcissisme à la période de latence Renforcement de l'auto-érotisme, reconflictualisation, déconstruction et reconstruction du narcissisme à l'adolescence Le jeu narcissique, ressources auto-érotiques et narcissiques chez «norIllal»

l'adulte

147 ~

LES PULSIONS

DU MOI

173 ~

~ÉPARPILLEMENT

DES THÉORIES

PSYCHANALYTIQUES

181

Bibliographie

INTRODUCTION

La littérature psychanalytique n'abonde pas en études qui ont choisi l'auto-érotisme COIllIlle thèIlle principal de réflexion. Certes, le concept est abordé par de nombreux auteurs au cours de travaux qui sont centrés sur d'autres thèmes. En langue française, il n'y a, à notre connaissance, que Jean Gillibert qui fixé comme but de faire le tour de la question, en 1977 dans un rapport présenté au Congrès des Psychanalystes de Langues ROIllanes et publié dans la Revue Française de Psychanalyse.

On peut se demander s'il existe un véritable intérêt à mettre l'accent sur une position pulsionnelle en particulier. Est-ce que se focaliser sur la question de l'autoérotisme ne reviendrait pas à ne proposer qu'une étude tronquée du problème de la pulsion? Nous devons justifier un tel choix et ne manquons pas d'arguments en sa faveur. Il y a dans la littérature psychanalytique un contraste frappant. Autant les études sur l'auto-érotisIlle sont rares, autant celles sur le narcissisIlle sont légion. Ces dernières révèlent qu'un bon nombre d'auteurs post-freudiens ont proposé des théories du narcissisIlle qui s'écartent radicalement des positions freudiennes, notamment en accordant au narcissisme une place qui situe son origine en dehors du registre pulsionnel en général et partant de l'auto-érotisme en particulier. Léparpillement de ces nouvelles théories porte préjudice à la psychanalyse et à la compréhension des psychanalystes entre eux. Faut-il se résoudre au constat que la tâche de réajuster, de temps à autre, la théorie autour des principes de base établis par Freud fait partie des nécessités inhérentes au mouvement psychanalytique, sous peine de ne plus s'y retrouver?
Un premier argument en fàveur d'une étude centrée sur l'auto-érotisme repose donc sur l'exigence de reconsidérer à l'heure actuelle les rapports que cette position pulsionnelle entretient avec le narcissisme. Dans ce même courant, un deuxième arguIllent tient au fait que n'ont pas été suffisammen t mesurées les conséquences de l'éclipse relative que l'auto-érotisme a subie au profit du narcissisme dans l' œuvre de Freud après 1915. Cette éclipse relative est liée à un troisième argument, celui qui s'appuie sur l'évidence que Freud n'a pas révisé la position de l'auto-érotisme et celle de la sexualité infantile après avoir introdui t sa deuxième dualité pul-

sionnelle opposant pulsions érotiques et pulsions de destruction. Un quatrième argument intervient sur un plan plus particulier. Il se rapporte au manque patent de cohérence qui affecte la conception de l'auto-érotisIlle oral dans les Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), ouvrage parsemé d'ajouts ultérieurs. Parfois, ceux-ci introduisent des contradictions qui ne sont pas fécondes parce qu'elles nuisent à la faculté d'acquérir une idée cohérente de l'auto-érotisme au cours du développement du psychisme. On aura compris que le présent ouvrage ne poursuivra pas tant le but de redéfinir les auto-érotismes que de les replacer dans ce qui les rapprochent et les écartent des différentes formes de narcissisme, dans ce qui les met en conflit ou non avec ces dernières. Ces rapports conjonctifs et disjonctifs seront envisagés quasi exclusivement dans l'axe du développement norIllal et du fonctionneIllent le plus habituel du psychisme humain, dans l'optique de ce qui est propre à façonner le plus favorablement la vie psychique. Les aspects pathologiques de ces rapports ne seront traités que de façon annexe et très partielle.
Selon nous, l'auto-érotisme et le narcissisme doivent être tenus pour des macroconcepts au sens qu'E. Morin a donné à ce terme en 1990 dans Introduction à la pensée (pp. 97-98). Cela veut dire qu'à l'exemple de la pulsion à laquelle ils sont subordonnés et qui est le macro-concept fondamental, ils doivent être définis par leur noyau et non par leurs frontières. Le noyau de l'auto-érotisme est la posi tion réfléchie de chacune des pulsions érotiques dans le ça. Le noyau du narcissisme est l'orientation préférentielle des investissements sur le moi, sur les secteurs de cette instance qui lui sont réservés. Sinon, ces deux macro-concepts ont des intermédiaires ou des mixtes entre eux, tels que l'auto-érotisme narcissique du Ill0i, le narcissisIlle érotique du moi, le narcissisIlle désexualisé du moi, etc.. Nous prendrons encore en compte le macro-concept d'autodestruction dont le noyau est la position réfléchie de la pulsion de destruction dans le ça, étant donné que nous adhérons à la seconde théorie freudienne des pulsions pour des raisons cliniques et conceptuelles. Ces trois «noyaux» retentissent chacun différeIllIllent sur le moi. On sera ainsi conduit à examiner la question des pulsions du moi. Celle-ci n'a pas suscité beaucoup d'intérêt jusqu'à ce jour chez les psychanalystes qui se sont contentés d'englober les pulsions du moi sous la notion très générale, trop peu différenciatrice, de libido du moi qui fait l'impasse sur l'hétérogénéité structurelle du moi. Les raisons de ce désintérêt sont multiples. Elles résident d'abord dans la position de Freud qui a signalé à plusieurs reprises que, à part les pulsions d'autoconservation (y compris ou non l'auto-affirmation du moi, rarement citée, mais clairement associée avec elles en 1915), d'autres types de pulsions provenaient peut-être moi, sans qu'on fût parvenu à les mettre en évidence. Une telle supposition avancée notaIllIllent en 1920 quand Freud introduisit 12 du fut

sa seconde théorie des pul-

sions et qu'il confirma l'essence libidinale narcissique des pulsions d'autoconservation. Mais elle n'a jamais débouché sur quelque découverte déterminante et le concept de pulsions du n10i fut finalement laissé de côté. Le second modèle freudien de l'appareil psychique de 1923 a largement contribué à cet abandon, car le moi y est placé sous la dépendance des pulsions du ça par lesquelles il est imprégné et investi. La question des pulsions émanant uniquement du moi perd de son importance et l'accent est n1is sur les pulsions qui visent le moi ou les objets externes, Freud admettant même que le moi peut prendre une part active dans le fait d'attirer sur lui-n1ême l'orientation des pulsions du ça. Il reste à détern1iner si l'on peut se passer ou non du concept de pulsions du moi. En France, la psychanalyse a beaucoup profité de la lutte que Lacan a n1enée contre l'_Egopsychology américaine, mais elle en a aussi payé le prix, celui du discrédit jeté par Lacan sur le moi et par conséquent sur la notion de pulsions du n10i. Très récemment, Jean Guillaumin a relancé la question, à partir d'éléments tirés de la clinique actuelle, dans un article intitulé: Intrication et désintrication atl sein despulsions de vie entre puÙions du rnoi et pulsions sexuelles (Revue Française de Psychanalyse, n05, 2002, pp. 1809-1823). Il appelle de ses vœux un approfondissement de la notion de pulsions du moi. Nous tenterons donc l'aventure qui ira dans le sens d'une certaine systén1atisation et qui suivra une direction différente de celle que J. Guillaumin emprunte en remettant en cause le concept de pulsion de destruction qu'il préfère appeler pulsion de mort. Avant d'explorer le thèn1e de l'auto-érotisme, ques réflexions méthodologiques. nous ferons un détour par quel-

13

I.
L'ŒUVRE FREUDIENNE ET LE RÉCIT DE RÊVE COMME «TEXTE SACRÉ»

Parmi les définitions que Freud a données de la psychanalyse, l'une des plus complètes se trouve dans le travail de 1923 «Psychanalyse» et «Théorie de la libido»:
«Psychanalyse est le nom: 1) d'un procédé pour l'investigation accessibles autrement; 2) d'une méthode de traiten1ent

des processus

animiques,

qui sont à peine

des troubles

névrotiques,

qui se fonde sur cette

investigation; 3) d'une série de vues psychologiques, sivement pour se rejoindre XVI, p. 183).1

acquises par cette voie, qui croissent progresscientifique nouvelle» (O.C.F.r,

en une discipline

Le pren1ier volet de cette définition, à savoir le procédé pour l'exploration du psychisme, mérite sans conteste d'être mis en tête, même s'il a été omis étonnamment par Freud ultérieurement en 1926 dans Psychanalyse (Psycho-Analysis), article destiné à la treizième édition de l'Encyclopaedia Britannica. La «série de vues psychologiques», dénommée en 1926 «science des processus animiques inconscients» (O.C.FJ?, XVII, p. 290), est le résultat des réflexions et déductions obtenues à partir des pren1ier et deuxième volets. Nous ne nous arrêterons pas sur la revendication par Freud d'un statut proprement scientifique pour la psychanalyse. Nous noterons que tant la psychanalyse hors cure, «appliquée» aux phénon1ènes culturels, aux œuvres d'art par exemple, que la cure analytique engagée avec des patients présentant des structures non névrotiques, s'écartent peu ou prou d'une telle définition prise dans son ensemble.

Au fil du temps, la méthode d'exploration et de traitement permit une vision de plus en plus globale des phénomènes psychiques et une con1préhension accrue de ce qui se produisait dans la cure. :Lœuvre de Freud accéda au rang de savoir constitué. Ce dernier fut ainsi àmên1e d'être prolongé ou remanié dans certaines

1 O.C.F.I~ est mis ici et dans la suite du texte pour «Œuvres Complètes de S. Freud/Psychanalyse», accolnpagné des nurnéros du talne et des pages auxquels il est fait référence. 17

directions par les épigones, notamment en fonction de l'évolution de la clinique. On assista alors à l'éclosion de multiples conceptions théoriques, souvent contradictoires voire incompatibles entre elles. Enfin, la cure fut appliquée à d'autres structures cliniques que les névroses.
Dès lors, on était en mesure que recouvre la psychanalyse: d'apporter les précisions suivantes concernant ce

1) [Jne pratique et la théorie de celle-ci; d'où la prise en considération de «l'écart théorico-pratique» (J.-L. Donnet). Le dispositif du cadre, ses aménagements techniques éventuels, les mouvements transférentiels et contre-transférentiels en font partie. La théorie de la pratique consiste à rendre compte des échanges entre analysant et analyste au sein de la cure, en fonction du repérage de diverses modalités de résistances, vouées à être interprétées. Ce qui force à reconnaître et à distinguer les résistances qui se traduisent par l'émergence de différents modes de transferts et de contre-transferts, et les résistances qui sont dirigées contre cette émergence, qui servent à l'étouffer; donc, dans un style plus lapidaire, résistances par le transfert et par le contre-transfert d'un côté, résistances contre le transfert et contre le contre-transfert de l'autre côté. La théorie de la pratique renvoie majoritairement à la partie de la théorie psychanalytique où la métapsychologie n'occupe qu'une place restreinte. 2) Une et la théorie celle-ci; d'où la nécessité de concevoir un écart théorico-clinique. La clinique relève du recensement des éléments issus de l'expérience, tels qu'ils se donnent à voir dans l'expérience. La théorie de la clinique vise à dévoiler l'inobservable qui se tapit derrière l'observable et qui est responsable de la production de ce dernier; elle se réfère à lamétapsychologie et est le résultat d'une interprétation des faits cliniques, en termes de modes de fonctionnen1ent psychique. 3)La théorie de la théorie. Elle a pour mission la théorisation des aspects contradictoires, antagonistes ou conflictuels que contient la théorie. Elle doit élucider, confronter, voire remanier ces différents aspects. Elle cherche à faire travailler les concepts métapsychologiques et à mesurer leur degré d'indétermination. Elle est réflexion au double sens du mot, c'est-à-dire à la fois au sens de retour de la pensée sur elle-même, afin d'examiner plus rigoureusement la théorie, et au sens de pensée exprimée par celui qui a réfléchi à la théorie. La théorie de la théorie constitue la réserve de pensée nécessaire à toute visée interprétative, pour interpréter tant la diversité des faits cliniques que la théorie de la clinique et celle de la pratique, sur lesquelles elle se réfléchit, permettant par là des changements d'optique. Ces trois points représentent selon nous l'essentiel du travail du psychanalyste. Aucun psychanalyste digne de ce non1 ne saurait s'y soustraire, ni se ranger sous
18

la bannière de l'un, en négligeant les autres. Ils nous conduisent à la question de la nature des rapports que l'analyste entretient avec l' œuvre de Freud. Sans nous attarder sur la di te question, nous résumerons notre opinion ou plutôt nous exposerons notre petite méthodologie fictionnelle. Lœuvre de Freud dans son ensemble doit être traitée, métaphoriquement parlant, comme un rêve, plus exactement comme un récit de rêve, cet énoncé que Freud qualifiait en 1900 de «texte sacré». Ne craignons pas d'affirmer que la sounlission au «texte sacré» est impérative, sinon rien. Elle est du même ordre, mutatis rnutandis, que celle de l'analysant à l'égard du cadre analytique; s'il ne s'y soumet pas peu ou prou, il n'y a pas de processus analytique possible. Cette soumission fixe les limites à l'intérieur desquelles le système de contrainte crée un espace de liberté pour penser. Il en va de même en quelque sorte avec l' œuvre de Freud. Après s'être soumis au «texte sacré» et l'avoir intériorisé, on désacralise, on le soumet à l'examen critique guidé par «une certaine impartialité de l'intellect» (S. Freud, 1920). Alors, on confirme ou on déconstruit en fonction des diverses formulations qu'on discute, qu'on met en perspective et qu'on confronte à la clinique. Ensuite, en cas de déconstruction, on reconstruit, on édifie de nouvelles propositions reprenant plus ou nl0ins les anciennes. Certes, la faculté de connaître dépouillée de tout parti pris ne peut qu'être référée à une visée asymptotique, déjà parce qu'elle n'est jamais exenlpte d'une part de passion, aussi minime soit-elle. Dans le fond, là est l'exigence paradoxale: traiter le texte «sacré» avec une certaine impartialité de l'intellect. Etait-ce de cette manière que Freud eût souhaité que la postérité considère ses écrits? Rien n'interdit de le supposer.
Tout ce travail de pensée que l'analyste accomplit hors cure, en solitaire, installé .Un travail de pensée derrière son bureau, n'est pas sans évoquer l'auto-érotisme! dégagé de ses sources pulsionnelles directes, se tenant à distance d'elles, nlais non foncièrement coupé de celles-ci, continuant à être irradié par elles, resexualisé d'une façon tempérée. C'est dire qu'il est le fruit d'une sublimation de l'auto-érotisme, qu'il reste accompagné de plaisir, qu'il n'est pas épuré de toute conflictualité, que lui est attaché un type singulier de conflictualité qui dif~re de ceux qui sont engagés dans les conflits pulsionnels et dans les conflits défensifs. Ajoutons quelques considérations, en principe bien connues, dans le seul but de prévenir d'éventuels malentendus. Cette sublimation de l'auto-érotisme a sa source dans la position réfléchie des pulsions érotiques et prioritairement dans celle des pulsions partielles de regarder et sadiques-anales. Par ailleurs, l'activité psychanalytique regroupant la pratique de la cure et l'intérêt pour la connaissance du corpus théorique déjà constitué requiert la mise en œuvre d'un processus de sublimation qui tire plus préférentiellement son origine de la position active des mêmes pulsions érotiques partielles. La vision statique que peut laisser ce qui vient d'être exposé trop brièvenlent est trompeuse. Il faut se rendre à l'évidence que rien dans ce domaine n'est jamais acquis définitivement et que le processus de sublimation à la base des activités sublinlatoires doi t sans cesse être remis sur le métier, puisque la 19

psyché humaine est le lieu de continuels mouvements de sublin1ation
mation - re-sublimation.

- dé-subli-

Voilà le lecteur averti de r esprit dans lequel nous abordons notre propre travail.

20

II.
LES AUTO-ÉROTISMES ET LES DEUX FORMES D'AUTO-ÉROTISME ORAL