//img.uscri.be/pth/46de0163d0bdc9ee015f0edf88a2c1b229d8c899
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

Belligérants, blessés, prisonniers de guerre - À propos de la guerre hispano-américaine

De
124 pages

Toutes les conjectures sont permises sur l’issue de la guerre engagée entre les Etats-Unis et l’Espagne, et dont les chances sont à la merci du grand inconnu. Le seul fait certain, ce sont les maux qu’elle enfantera, et que les progrès de l’art de la destruction, sur terre et sur mer, rendront encore plus terribles. Mais l’humanité ne perd jamais ses droits, et c’est à lui faire sa part légitime et pratique que nous voulons consacrer ce travail, dont les visées ne vont pas au delà d’une simple étude, appuyée d’un ensemble de documents relatifs à la condition des belligérants, des blessés et des prisonniers de guerre.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Édouard Romberg

Belligérants, blessés, prisonniers de guerre

À propos de la guerre hispano-américaine

BELLIGÉRANTS BLESSÉS PRISONNIERS DE GUERRE

Toutes les conjectures sont permises sur l’issue de la guerre engagée entre les Etats-Unis et l’Espagne, et dont les chances sont à la merci du grand inconnu. Le seul fait certain, ce sont les maux qu’elle enfantera, et que les progrès de l’art de la destruction, sur terre et sur mer, rendront encore plus terribles. Mais l’humanité ne perd jamais ses droits, et c’est à lui faire sa part légitime et pratique que nous voulons consacrer ce travail, dont les visées ne vont pas au delà d’une simple étude, appuyée d’un ensemble de documents relatifs à la condition des belligérants, des blessés et des prisonniers de guerre.

Le bon vouloir et les manifestations sympathiques des gouvernements n’ont pas fait défaut, depuis bientôt cinquante ans, pour mitiger les souffrances causées par l’état de guerre ; mais, sauf la Convention de Genève, d’ailleurs incomplète, ces efforts n’ont abouti à aucun acte positif dans le domaine international, le seul qui présente un fondement solide, et c’est à la charité individuelle et collective plutôt qu’au progrès du droit des gens qu’il faut rendre grâce, des adoucissements apportés à la situation des diverses catégories. des victimes d’un fléau inséparable de la condition humaine.

Convention additionnelle de Genève de 1868, Conférence diplomatique de Bruxelles de 1874, Congrès des œuvres d’assistance en temps de guerre, de Paris, en 1879, nombreuses conférences internationales de la Croix-Rouge, etc., etc., partout on rencontre des vues humanitaires et des projets, le plus souvent très étudiés et très recommandables ; nulle part des actes définitifs qui lient les gouvernements et les peuples.

La Convention de Genève, qui elle-même est née de l’initiative privée (on sait que le promoteur en fut un citoyen genevois, M. Henri Dunant, que le spectacle du champ de bataille de Solférino avait profondément ému), a produit le bienfait inestimable d’assurer une protection efficace aux militaires blessés, en neutralisant les ambulances et les hôpitaux où ils sont recueillis, et en permettant de les renvoyer après la guérison. L’Espagne fit acte d’adhésion à la Convention, immédiatement après sa signature1. Par un ordre. royal du 6 juillet 1864, le cabinet de Madrid acceptait la neutralisation et autorisait la création d’une société (le secours aux blessés, sous les auspices de l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem. Dès le lendemain, le comité central, composé de douze chevaliers de cet ordre pour la langue de Castille, s’installait sous la présidence du chevalier de justice, général Osset. Les Etats-Unis adhérèrent à cet acte seulement le 1er mars 18832. Ces deux pays sont donc tenus de s’y conformer pendant la guerre actuelle.

 

La question de l’extension de la Convention de Genève aux victimes des guerres maritimes, qui présente une importance spéciale dans les circonstances présentes, est à l’étude depuis trente ans. Déjà en 1867, le gouvernement italien avait adressé au conseil fédéral suisse un message à l’effet de l’engager à provoquer la réunion d’un congrès ayant pour but de reviser l’acte de 1864 dans certaines parties, et surtout de faire entrer dans son cadre les combats sur mer.

Une assemblée libre dans laquelle dix-sept Etats se trouvaient représentés par cinquante-sept délégués, s’était réunie à Paris, pour le même but, au mois d’août 1867, sous la présidence du comte Sérurier. Cette assemblée adopta, à titre de vœu, l’extension de la Convention de 1864 aux militaires blessés dans les armées de mer.

La démarche du gouvernement italien, dont nous venons de parler, fut accueillie par le Conseil fédéral suisse avec la faveur qu’il a toujours témoignée pour les œuvres d’humanité. Mais les circonstances ne permirent point d’y donner une suite immédiate, et ce fut seulement au mois d’août 1868 que le Conseil fédéral adressa à tous les gouvernements qui avaient successivement adhéré à la Convention de 1864 l’invitation de prendre part à un nouveau congrès, qui se réunirait à Genève, afin d’examiner et d’arrêter les améliorations dont les dispositions en vigueur étaient susceptibles, notamment l’extension aux guerres navales, « moyennant les garanties nécessaires, des principes posés pour la guerre de terre, en vue de la protection des blessés ». Quatorze puissances répondirent à cet appel ; l’Espagne et les Etats-Unis ne figurent pas dans le nombre. Les séances du Congrès eurent lieu du 5 au 20 octobre 1868. Le rapport sur les articles concernant la marine fut présenté par le contre-amiral Coupvent des Bois. « Nous avons admis, dit le rapporteur, dans la plus large échelle, le principe de la neutralisation sur mer du personnel médical, religieux et hospitalier ; nous avons étendu ce principe de la neutralité à tout navire-hôpital militaire en fonctions, c’est-à-dire ayant à bord des malades et des blessés. » Les articles proposés par la commission furent longuement discutés avant leur vote par le Congrès. Toutefois, ces dispositions ayant été communiquées aux différents gouvernements représentés à cette assemblée, plusieurs de ceux-ci déclarèrent ne pouvoir adhérer à différents points. Le premier projet fut modifié en conséquence, et le Congrès adopta un texte définitif dans sa séance du 20 octobre 1868. Il fut signé par les plénipotentiaires des quatorze Etats représentés : l’Allemagne du Nord, l’Autriche, le grand-duché de Bade, la Bavière, la Belgique, le Danemark, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse, la Turquie et le Wurtemberg. On trouvera le premier projet et le texte définitif aux pièces annexées.

La Convention de 1868 déclare, en résumé, pour la partie navale, que les embarcations qui, ayant recueilli des naufragés ou des blessés, les amènent à bord d’un navire soit neutre, soit hospitalier, jouissent d’une neutralité aussi complète que possible ; que cette neutralité est également acquise au personnel religieux, médical et hospitalier de tout bâtiment capturé, et qu’il est libre de rejoindre son pays après les évacuations de blessés faites par le vainqueur ; que les bâtiments-hôpitaux militaires, tout en devenant la propriété du capteur, ne peuvent être détournés de leur affectation médicale pendant la durée de la guerre (la France avait proposé, et l’Angleterre et l’Allemagne avaient accepté, que les bâtiments-lazarets destinés déjà à cet usage pendant la paix jouiraient d’une neutralité complète en ce qui concerne le matériel et le personnel) ; que tout bâtiment de commerce, à quelque nation qu’il appartienne, chargé exclusivement de blessés et de malades dont il opère l’évacuation, est couvert par la neutralité, laquelle sauvegarderait même le chargement du navire de commerce, pourvu que ce chargement ne fût pas de nature à être confisqué par le belligérant ; que les marins et les militaires embarqués, blessés et malades, à quelque nation qu’ils appartiennent, seront protégés et soignés par les capteurs.

Dès le 23 octobre 1868, le Conseil fédéral transmit aux Etats contractants de 1864 les articles additionnels pour solliciter leur adhésion. La France seule d’abord, et ensuite par une note collective avec l’Angleterre, proposa quelques modifications à l’acte tel qu’il était sorti des délibérations du Congrès. Des observations ou des demandes d’éclaircissements parvinrent d’autres pays ; les choses traînèrent en longueur, et, en attendant, la guerre de 1870 éclatait avant que rien fût terminé. Dans la prévision que les hostilités puissent s’étendre sur mer, la France et l’Allemagne convinrent, sur la proposition du gouvernement fédéral suisse, que les dispositions additionnelles de 1868 relatives à la marine seraient appliquées comme modus vivendi aux opérations maritimes qui viendraient à s’engager. Ainsi qu’il est connu, celles-ci se bornèrent à la rencontre, dans les eaux de la Havane, de l’aviso français Bouvet avec la canonnière allemande Meteor. Se plaçant dans le même ordre d’idées, le gouvernement italien mit en activité un navire-hôpital neutre pendant la guerre franco-allemande.

 

On sait qu’à la suite d’une démarche faite en 1874 par une société formée à Paris, sous la présidence du général comte d’Houdetot, pour l’amélioration du sort des prisonniers de guerre, le gouvernement russe, auquel ce projet avait été communiqué, fit connaître « qu’il avait conçu un projet analogue, mais sur un plan général embrassant l’ensemble des faits inhérents à l’état de guerre et destiné à fixer les règles qui, adoptées d’un commun accord par tous les Etats civilisés, serviraient à diminuer autant que possible les calamités des conflits internationaux, en précisant les droits et les devoirs des gouvernements et des armées en temps de guerre ».

La Société présidée par le général d’Houdetot s’effaça naturellement devant le gouvernement impérial russe, par l’initiative duquel une conférence internationale se réunit à Bruxelles au mois de juillet 1874. Presque tous les pays s’y trouvaient représentés3 ; la haute situation et la compétence personnelle de la plupart des délégués donnèrent encore plus d’autorité aux résolutions de l’assemblée.

La question de la Convention de Genève se rattachait d’une manière trop étroite à l’objet des délibérations de la Conférence pour être passée sous silence par celle-ci. Elle occupa la Conférence dans les séances du 10 et du 11 août. Il se manifesta une grande diversité d’opinions sur les améliorations dont l’accord de 1864 était susceptible et sur l’opportunité même d’en faire la matière d’un examen actuel. On ne toucha pas, d’ailleurs, à la question maritime. Finalement, sans entrer dans d’autres détails, on se borna à adopter la disposition suivante (art. 35 du projet) : « Les obligations des belligérants concernant le service des malades et des blessés sont régies par la Convention de Genève du 22 août 1864, sauf les modifications dont celle-ci pourra être l’objet. » A. noter encore l’article 56 du projet : « La Convention de Genève s’applique aux malades et aux blessés internés en territoire neutre. »

 

Aux termes de l’article 9 des résolutions de la Conférence de Genève de 1863, les comités et sections des Sociétés nationales de la Croix-Rouge des divers pays peuvent se réunir en congrès internationaux pour se communiquer leurs expériences, et se concerter sur les mesures à prendre dans l’intérêt de l’œuvre.

Des réunions générales ont eu lieu, en conséquence, à Paris en 1867, à Berlin en 1869, à Genève en 1884, à Carlsruhe en 1887, à Rome en 1892 et à Vienne en 1897.

A Berlin, en 1869, on émit un vœu en faveur de la ratification des articles additionnels de 1868, et l’on fonda un prix, proposé par le comité prussien de la Croix-Rouge, sur la question de l’action des sociétés de secours dans la guerre maritime.

A la conférence tenue par les Sociétés de secours à Carlsruhe en septembre 1887, un rapport sur l’activité maritime des Sociétés de la Croix-Rouge fut présenté par le comité central des associations allemandes. Après avoir rappelé les délibérations de la conférence internationale tenue à Berlin en 1869, et le vœu qui y avait été émis, ce rapport proposait d’ajourner les délibérations à ce sujet jusqu’à ce que les gouvernements eussent pris des décisions définitives par rapport aux articles additionnels. Le docteur Hyades, médecin principal de la marine française, fit remarquer très justement que, « si l’on acceptait la proposition, ce vote équivaudrait à un ajournement presque indéfini de la question ». Après une courte discussion, on se mit d’accord pour confier l’examen de la question au comité international de Genève.