Bombe "N" : Richesses, mystères et opportunités du bassin du Congo
128 pages
Français

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Bombe "N" : Richesses, mystères et opportunités du bassin du Congo

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Description

Cet ouvrage se consacre au bassin du Congo : ses richesses naturelles, ses mystères, les cadres juridiques et institutionnels nationaux, sous-régionaux et internationaux qui le protègent. Sa préservation et sa protection sur la durée sont une action de conscience, de volonté, d'engagement, de détermination, et des sacrifices pour l'intérêt de l'humanité. La nature ne peut se défendre seule, le bassin du Congo trouve parmi ses fils amoureux de la nature un porte-parole dans la personne du président de la République du Congo, Denis Sassou N'Guesso.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 06 juillet 2018
Nombre de lectures 0
EAN13 9782336846668
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Copyright

© L’Harmattan, 2018
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris

www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-84666-8
Titre
Michel Innocent Peya




BOMBE « N » :
RICHESSES, MYSTÈRES
ET OPPORTUNITÉS
DU BASSIN DU CONGO



Plaidoyer de Denis Sassou N’Guesso
pour la protection de la planète

AVERTISSEMENT
Depuis sa création, l’homme a mis en place divers mécanismes de sécurité et de protection afin de se mettre à l’abri de tout danger.
Ces mécanismes ont évolué de la sécurisation rapprochée au bouclier anti-missiles. Aujourd’hui les accords régionaux, sous-régionaux et internationaux aussi bien bilatéraux que multilatéraux sont quotidiennement signés pour sceller le pacte de non-agression et de non-ingérence dans les affaires intérieures des États. Donc, à ce jour, les hommes sont parvenus à trouver un consensus pour empêcher l’utilisation des armes chimiques, des bombes nucléaires ou atomiques. Bref, le recours à toute arme de destruction massive est strictement interdit et contrôlé. Les exemples de l’accord sur le nucléaire iranien, des négociations pour la dénucléarisation de la Corée du Nord, et bien d’autres illustrent cette volonté.
Pour protéger et sécuriser les personnes et leurs biens, les États envoient des millions de citoyens en formation et développent et achètent des armes de tout genre. Dans certains pays, plus de la moitié de leur budget est affecté à la défense et à la sécurité.
Cependant, malgré les différents mécanismes de protection et de sécurité, individuelle ou collective, que les hommes mettent sur pieds, il y a des évènements qui surviennent dans la vie d’une nation que personne ne peut arrêter.
Qui que vous soyez, devant ces genres d’évènements, la solution est le repli sur soi et subir. Les chefs d’État, les généraux, les officiers, les militaires de rangs, les sous-officiers, les ministres, les hommes d’affaires, les gestionnaires privés, les personnalités publiques, médiatiques, les entrepreneurs, les dirigeants de la société civile, les confessions religieuses et autres mandataires tant public que privé du monde n’ont aucune résistance. Parmi ces évènements, on peut citer les tornades, les inondations, les érosions, la sècheresse, les vents violents, le tremblement de terre, la canicule, les tempêtes, les vagues des mers et océans, etc.
L’ensemble de tous ces évènements conduit à la mort et aux destructions incalculables en un laps de temps court.
Nous qualifions de Bombe « N » ces différentes formes de catastrophes naturelles provoquées par l’inconscience humaine.


Ouragan Katrina aux États-Unis d’Amérique
(Source : www.google.com )


Tempête en Haïti
Source : www.google.com )


Inondation au Sénégal
(Source : www.google.com )


Érosion au Congo Brazzaville
(Source : www.google.com )


Inondation à Saint Barthelemy
(Source : www.google.com )


Inondation à Saint Marin
(Source : www.google.com )


Cyclone de Bhola au Pakistan
(Source : www.google.com )


Séisme de Fukushima
(Source : www.google.com )


Avalanche en France
(Source : www.google.com )


Éruption volcanique en Équateur
(Source : www.google.com )


Sécheresse en Amérique du Sud
(Source : www.google.com )


Incendie en Californie
(Source : www.google.com )
Ce sont ces catastrophes que l’homme est incapable d’arrêter en cours de reproduction, catastrophes que nous avons qualifié à ce titre de Bombe « N ». L’abréviation « N » ici, est une lettre conventionnelle dérivant du mot « naturel ». Donc, une bombe naturelle est un évènement naturellement existant indépendamment de toute manipulation humaine et qui ravage tout dans l’impuissance totale des hommes. La seule façon d’y échapper est la prévention et la conscience humaine.
C’est pourquoi, dans ce présent ouvrage, nous avons pris les soins d’indiquer que si le monde ne prend pas vite la conscience à l’utilisation rationnelle des richesses des mystères et des opportunités que la nature nous a offert à travers le bassin du Congo pour la protection de l’environnement mondial. L’une des bombes naturelles précédemment citées peut s’abattre sur les différentes parties de nos patrimoines environnementaux mondiaux et réduire tout espoir de vie de l’espèce humaine sur la terre.
À cet effet, parmi les hommes d’État qui se battent pour la protection de l’environnement mondial, à travers la deuxième grande réserve de l’humanité, figure en bonne place, Denis SASSOU N’GUESSO, le président de la République du Congo. Depuis une trentaine d’années, il ne cesse d’alerter le monde sur le danger et les menaces que court notre planète à cause de la surexploitation de la nature qui constitue la fabrication inconsciente des bombes naturelles (« Bombe N ») à retardement, dont le déclenchement ne demande ni la volonté des hommes, ni l’autorisation, ni le temps, ni la période de réflexion.
Les quelques cas horribles produits à travers le monde ayant conduit au génocide climatique et écologique constituent une interpellation et une illustration patente.
Nous ne devons pas seulement tirer profit des merveilles, des faveurs et des avantages que nous offre la nature tout en lui manifestant l’ingratitude en ne lui rendant pas l’ascenseur. C’est réellement dans cette perspective que Denis SASSOU N’GUESSO, un des fils dignes fils du monde, s’est résolu à ne pas quitter ce monde sans la reconnaissance et la disponibilité à la terre qui nous a tout donné et sans laisser aux générations actuelles et à venir, bref à l’humanité sa contribution à la stabilité climatique et écologique planétaire.
C’est pourquoi il n’a cessé d’alerter le monde aux dangers et aux risques d’un génocide climatique qui résulterait d’un terrorisme écologique et climatique lié à la surexploitation abusive de la Terre.
C’est l’homme qui est à la base de la fabrication des bombes naturelles. C’est l’homme qui utilise mal la nature, qui se venge à son tour contre les hommes et provoque alors des destructions humaines et matérielles.
Chacun, dans son secteur d’activités, s’il ne prend pas garde, est un fabricant potentiel, sans s’en rendre compte, d’une bombe naturelle, Bombe « N » .
Si certains chefs d’État détiennent le pouvoir ultime d’actionner une attaque nucléaire, ils demeurent impuissants et désarmés face aux catastrophes naturelles, constituant la Bombe « N », qui peuvent être déclenchées, avec des conséquences incalculables.
AVANT-PROPOS
Pour protéger la biodiversité, préserver les ressources économiques, éviter les émissions de gaz à effet de serre d’origine forestière et assurer une gestion transfrontalière du bassin du Congo, les États ont adopté ou adhéré à plusieurs engagements tant aux niveaux sous-régional, régional que national et mondial.
La préservation de la planète constitue à ce jour un enjeu mondial majeur, voire stratégique. Cette préservation implique un certain nombre d’actions concrètes et importantes. Parmi ces actions, nous remarquons la sensibilisation et l’éducation des populations locales ainsi que l’engagement volontariste des États à tous les niveaux.
L’Afrique, avec le bassin du Congo, est au premier plan dans ce défi de préservation de la planète. En effet, le bassin du Congo doit être au cœur des efforts des États du monde étant donné son apport à la protection de la vie sur terre.
Cet ouvrage constitue en soi un appel pathétique à l’endroit non seulement de toutes les organisations mondiales engagées dans la protection de l’environnement, mais aussi et surtout à l’endroit des gouvernements mondiaux pour un accompagnement et un soutien aux pays africains du bassin du Congo.
C’est dans cette optique que le président Denis SASSOU N’GUESSO, en sa qualité de leader climato optimiste et visionnaire environnemental, par son sens du sacrifice au profit de la planète, son engagement, sa détermination et son sens du dévouement pour la protection du bassin du Congo, faisant partie aujourd’hui du Patrimoine mondial de l’humanité, se déploie, tel un gendarme protecteur du bassin du Congo et ses tourbières, à plaider auprès des acteurs internationaux pour obtenir les fonds de contrepartie pour la protection de ce deuxième poumon vital pour l’espèce humaine.
Il organise, de ce fait, des rencontres multilatérales et des sommets internationaux pour y parvenir.
Ainsi donc, cet ouvrage se veut un véritable outil de travail et un cadre de référence pour toute réflexion rationnelle sur le bassin du Congo. Il retrace le panorama des richesses naturelles de la région du bassin du Congo, révèle les mystères dont cette partie de l’Afrique centrale regorge, les opportunités qu’elle offre au monde, les différents cadres juridiques et institutionnels de sa protection et de sa gestion.
Il décrit les conséquences qui découlent de l’exploitation agressive et ingrate de la Terre à l’origine de la création, consciente ou inconsciente, des bombes naturelles, telles que les sécheresses, les tempêtes, les inondations, les ouragans, les tornades, les érosions, les avalanches, les incendies, les séismes, les éruptions volcaniques et limniques, les tsunamis, les typhons, les blizzards, la foudre, les épidémies, etc., qui ravagent tout sur leur passage, sans compromis ni concessions.
En outre, l’ouvrage retrace les questions de leadership environnemental dans la sous-région et les possibilités de rationalisation des structures et mécanismes de gestion pour une optimisation de l’exploitation des merveilles du bassin du Congo.
LISTE DES ACRONYMES
ACCF
Fonds pour les changements climatiques en Afrique
AFD
Agence française de développement
AWF
African Wildlife Foundation
BAD
Banque africaine de développement
CARPE
Programme régional d’Afrique centrale pour l’environnement
CCNUCC
Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques
CDB
Convention sur la diversité biologique
CDN
Contributions nationales déterminées
CEEAC
Communauté économique des États de l’Afrique centrale
CEFDHAC
Conférence sur les écosystèmes de forêts denses et humides d’Afrique centrale
CEMAC
Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
CICOS
Commission internationale du bassin du Congo-Oubangui-Sangha
CNUCED
Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNULCD
Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification
COMIFAC
Commission des forêts d’Afrique centrale
COP
Conférence des parties
ERAIFT
École régionale post-universitaire d’aménagement et de gestion intégrés des forêts et territoires tropicaux
FFBC
Fonds forestier du bassin du Congo
FEM
Fonds mondial pour l’environnement
F2BC
Fonds Bleu pour le bassin du Congo
GES
Gaz à effet de serre
GIZ
Agence de coopération internationale allemande
GTBAC
Groupe de travail sur la diversité biologique en Afrique centrale
JICA
Agence japonaise de coopération internationale allemande
IFDD
Institut francophone de développement durable
MDP
Mécanisme pour un développement propre
OCHA
Bureau des Nations unies
ODD
Objectif de développement durable
ONG
Organisation non gouvernementale
OSFAC
Observatoire satellite des forêts d’Afrique centrale
PFBC
Partenariat pour les forêts du bassin du Congo
PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
PNUE
Programme des Nations unies pour l’environnement
RAPAC
Réseau des aires protégées d’Afrique centrale
REPALEAC
Réseau des populations autochtones
SDAGE
Schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau
SIBCO
Système d’information sur le bassin du Congo
UICN
Union internationale pour la conservation de la nature
UE
Union européenne
UNESCO
Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture
UNICEF
Fonds des Nations unies pour l’enfance
USAID
Agence des États-Unis pour le développement International
WCS
Worldlife Conservation Society
WRI
Word Resources Institute
WWF
World Wide fund for nature (Fonds mondial pour la nature)
PREMIÈRE PARTIE LES RICHESSES DU BASSIN DU CONGO
CHAPITRE 1 Présentation du bassin du Congo
1.1. Aperçu général
Le bassin du fleuve Congo est le plus grand bassin versant d’Afrique. À cheval sur l’équateur, cette gigantesque cuvette s’étend sur environ 3,7 millions de km 2 1 . Le bassin du Congo est compris entre les pays suivants : la République d’Angola, la République du Burundi, la République du Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, la République de Guinée équatoriale, la République du Gabon, la République démocratique du Congo, la République du Rwanda et la République de Tanzanie 2 .
Le bassin du Congo est composé schématiquement de cinq grands types de forêts. :
– Une zone centrale qui contient une immense forêt marécageuse, difficile d’accès, elle est mieux préservée que les autres types forestiers ;
– Autour de cette cuvette centrale, il existe principalement une forêt dense humide plus ou moins fragmentée selon les dégradations, essentiellement d’origine anthropique, subie par ces espaces ;
– Au nord et au sud du bassin du Congo s’étalent des forêts sèches issues d’anciennes forêts humides et qui sont composées d’arbres moins hauts ;
– En s’éloignant du centre du bassin, on trouve des mosaïques de forêts et de savanes dans lesquelles des patchs de forêts denses alternent avec des zones herbeuses ;
– Enfin, les savanes arborées (savanes contenant des arbres isolés) couvrent de larges surfaces au nord du Cameroun et en RCA qui se dégradent vers le désert du Sahara et au sud de la RDC 3 .

Le bassin du Congo est une mosaïque de rivières, de forêts, de savanes, de marécages et de forêts inondées ; il est grouillant de vie. Les grands mammifères, tels que les gorilles, les éléphants et les buffles se côtoient dans les sous-bois. La très riche biodiversité comprend plus de 11.000 espèces de plantes tropicales, dont 30 % sont uniques à la région ; plus de 1.200 espèces d’oiseaux, 450 espèces de mammifères, 700 espèces de poissons, environ 280 espèces de reptiles, y compris des serpents, des crocodiles et des tortues, des amphibiens (grenouilles, crapauds, salamandres, tritons et apodes vermiformes), allant de la haute canopée aux cours d’eau et aux ruisseaux. 4
Dans ledit bassin, les ressources naturelles telles que le bois, le diamant et le pétrole, se trouvent en abondance dans le bassin du Congo. Cependant, les méthodes et le rythme actuels d’extraction de ces ressources ne sont pas durables et menacent l’avenir de cette vaste étendue sauvage. La région est considérée comme la cible principale d’une future expansion agroindustrielle. La déforestation y est particulièrement sévère, largement poussée par une agriculture de subsistance en expansion, afin de faire face au taux élevé de croissance démographique (plus de 3,0 % par an), mais aussi par l’agriculture commerciale et l’exploitation forestière. La publication intitulée Les forêts du bassin du Congo. État des forêts 2013 signale que le taux annuel global de déforestation dans la région a doublé de 0,13 % à 0.26 % entre 1990 et 2005.
Par ailleurs, la dégradation importante provoquée par l’exploitation forestière, les feux et d’autres impacts a augmenté de 0,07 % à 0,14 % sur une base annuelle. 5
Selon G. Debonnet (2010), au-delà de son importance en termes de biodiversité et d’endémisme, le bassin du Congo est une des dernières régions dans le monde où l’inter-connectivité des forêts primaires permet aux mécanismes biologiques de se poursuivre naturellement, sans perturbation. Un éléphant pourrait, en théorie, se déplacer du rift Albertin vers la côte gabonaise sans jamais quitter la forêt 6 .
Le bassin du Congo est également un gigantesque puits de carbone et joue à ce titre un rôle crucial au niveau de la planète pour la régulation des gaz à effet de serre. Enfin, il exerce une influence dominante sur les modèles de climat local puisque plus de 50 % des précipitations de la cuvette centrale du bassin du Congo proviennent de l’évaporation et de l’évapotranspiration de la forêt elle-même.
La carte suivante présente l’espace géographique de la Commission des Forêts d’Afrique centrale-COMIFAC, selon le traité du 5 février 2005 instituant la COMIFAC.

Carte 1. Espace géographique du bassin du Congo

Source : Global Forest Watch / Initiative du Word Resources Institute (WRI) / ESRI & Maps (2005)
1.2. Démographie du bassin du Congo
Selon le Centre d’études stratégiques du bassin du Congo (CESBC), en tant qu’espace humain et terre des hommes, le bassin du Congo au sens large comptait 126 millions d’habitants en 2005 dont près de la moitié en République démocratique du Congo. Les jeunes de moins de 15 ans représentent 47 % de la population totale. Quant à la population féminine, elle constituait 51,2 % du total. Pendant près d’un demi-siècle (1950-2000), le bassin du Congo a connu une augmentation soutenue de sa population, avec des taux de croissance oscillant entre 2,8 et 3,5 %, conduisant à un doublement de la population tous les 20 ou 25 ans selon les pays. 7
La croissance nette de la population a commencé à marquer le pas à partir de la deuxième moitié des années 1990 sous l’influence de plusieurs facteurs : la transition démographique (qui semble être apparue plus tôt que prévu par les démographes dans certains pays), la crise économique et le développement de la pauvreté. À ces facteurs s’ajoutent l’impact des maladies endémiques en pleine résurgence, et surtout l’explosion du VIH/SIDA. La décélération de la croissance démographique devrait ainsi faire passer les taux de croissance de la population à 2,6 % en moyenne jusqu’en 2025, et à moins de 2 % au-delà de cette date. Compte tenu de cette évolution, comme le montrent les projections réalisées par les Nations unies, la population du bassin du Congo devrait passer à 214 millions en 2025 et à 347 millions en 2050 8 (voir le tableau 1).

Tableau 1. Évolution de la population du bassin du Congo de 1950 à 2050 (en milliers d’habitants)

La population habitant la zone forestière du bassin du Congo est estimée à environ 30 millions de personnes, appartenant à 150 groupes ethniques différents. Les vestiges de présence humaine dans certains sites (par exemple l’écosystème et le paysage culturel, relique de Lopé-Okanda) remontent à 400.000 ans, quand ces populations vivaient plus que probablement en bordure forestière, dans les mosaïques de savane-forêt formées au gré des variations climatiques. On ignore à partir de quand les hommes vécurent de manière permanente dans la forêt mais on pense que les populations semi-nomades de pygmées chasseurs-cueilleurs s’y sont installées il y a 20.000 ans et que les populations sédentaires bantoues commencèrent à pénétrer dans la forêt par le nord-ouest il y a environ 4.000 ans 9 .
Au cours du millénaire, des relations complexes d’interdépendance se sont développées entre chasseurs-cueilleurs et populations bantoues, les chasseurs-cueilleurs procurant viande, poissons et autres produits de la forêt aux cultivateurs qui fournissent les sources de protéines complémentaires en retour. Ces relations perdurent encore aujourd’hui, même si progressivement les groupes pygmées se sédentarisent.
Les pratiques agricoles traditionnelles dans les forêts d’Afrique centrale ont évolué sur la base de la culture sur brûlis avec des périodes de jachère relativement longues (> 25 ans). Considérant la fertilité médiocre des sols dans la plupart des forêts d’Afrique centrale, l’agriculture sur brûlis, associée aux prélèvements des ressources naturelles fournies par la forêt, a été une stratégie parfaitement adaptée pour la survie des populations nomades forestières. Cependant, ce mode de vie traditionnel n’est durable que si les densités démographiques restent faibles. Dans les vastes zones du bassin du Congo, où la densité humaine est en-dessous de 2 habitants/km², l’agriculture traditionnelle prédomine encore. Cependant, là où les populations augmentent, en particulier le long des routes et autour des villes et villages, les périodes de jachère sont raccourcies et des halos de zones forestières dégradées apparaissent, associés aux problèmes de fertilité des sols.
Avec le développement d’activités économiques (en particulier les industries extractives telles que l’exploitation forestière et/ou minière) et la création d’un réseau de pistes de plus en plus dense, le long desquelles s’établissent des peuplements humains, ces halos de déboisement évoluent en lambeaux de dégradation forestière fragmentant les blocs forestiers. Ce processus de dégradation forestière est exacerbé quand les populations rurales commercialisent les produits forestiers (comme la viande de brousse ou d’autres produits forestiers non ligneux) pour approvisionner les centres urbains voisins. Ces mêmes populations sont malheureusement les premières affectées par le résultat de ce processus de dégradation forestière.
L’évolution des modèles de répartition de la population au cours des 30 dernières années a eu des répercussions socioculturelles et socio-économiques importantes sur les populations rurales. De nouveaux moyens d’extraction et de commercialisation des ressources naturelles ont été introduits et l’accroissement du brassage d’immigrants se traduit généralement par le rejet des systèmes traditionnels de gestion des ressources naturelles.
Le libre accès aux ressources de la forêt conduit à leur raréfaction, exacerbée par la difficile cohabitation des systèmes traditionnels et normatifs de gestion des sols, et ce quasiment partout dans les forêts d’Afrique centrale. Les tensions ethniques et les conflits armés dans le bassin du Congo, causant épisodiquement des mouvements massifs de réfugiés, ont créé des pressions sur les systèmes et structures traditionnels de gestion des terres et des ressources naturelles.
1.3. Les aires protégées du bassin du Congo
Approximativement 22,96 millions d’ha de forêts denses humides d’Afrique centrale (14 % de la surface totale) bénéficient du statut d’aire protégée. La superficie des aires protégées varie considérablement, de quelques centaines d’hectares à 3,3 millions (pour le Parc national de la Salonga, un site du patrimoine mondial). Toutefois, si la diversité des espèces est élevée dans les forêts du bassin du Congo, leur densité est relativement faible dans la plupart des aires protégées, à l’exception des plus vastes.
Considérant l’importance des forêts d’Afrique centrale en termes de biodiversité et leur superficie d’écosystèmes intacts, il est surprenant que si peu de sites forestiers aient pu accéder au statut de site du patrimoine mondial.
Les forêts recouvrant les îles du Golfe de Guinée (São Tomé, Príncipe et Bioko) ne sont pas représentées non plus sur la Liste du patrimoine mondial en dépit de leur niveau d’endémisme très élevé.
Les forêts d’Afrique centrale constituent une haute priorité pour le Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO et de nombreuses activités ont été développées au cours de la dernière décennie visant à :
– protéger les sites inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril ;
– identifier de nouveaux sites potentiels ;
– améliorer les capacités de gestion des sites potentiels afin qu’ils satisfassent aux critères du patrimoine mondial pour une inscription sur la Liste.
1.4. Situation socio-politique et économique
Elle est certainement l’identité caractéristique qui unit les différents pays. Les États appartenant à cet espace sont nés dans les années 1960 et 1970 après plus d’un siècle de colonisation par les puissances occidentales (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Portugal et Royaume Uni). Depuis leur indépendance, les régimes politiques qui ont vu le jour dans ces États sont marqués par une violence politique récurrente. Sur cet espace que D. Darbon qualifie de « grande ceinture des crises » (bloc formé par l’ensemble des États allant de l’Angola au Soudan et à la Somalie), « l’ingouvernabilité est devenue la règle » ; sur cet espace, des états de nature hobbesienne y ressurgissent dans la violence, créant des situations de guerre civile permanentes. Conséquence : des régions entières échappent à toute autorité 10 .
Avec près de 3 millions de km² d’hectares de forêt dense riche en essences diverses, des millions d’hectares de terres arables très peu exploitées, d’immenses réserves en sources d’énergies, des hydrocarbures et des minerais de toutes sortes (or, diamant, cobalt, zinc, manganèse, cuivre, uranium, etc.), le bassin du Congo concentre une grande partie des ressources naturelles de la planète. En dépit de ces richesses exceptionnelles, un ensemble de contraintes et de blocages affectent le potentiel de développement économique.
La rente que procure l’exploitation des ressources naturelles a créé une économie essentiellement de consommation au détriment de la production. Les énormes ressources naturelles du bassin du Congo, convoitées par toutes sortes d’acteurs (étatiques et privés, nationaux et extranationaux) sont devenues une des causes principales des conflits dans la région. Les affrontements ont eu et ont pour objectif le contrôle des matières premières stratégiques. Les ressources naturelles structurent l’activité sociale et économique d’une grande partie de la population qui en tire l’essentiel de ses moyens de subsistance. Leur contrôle pèse donc de façon prégnante sur la construction et la gestion du politique. C’est pourquoi les joutes politiques exacerbées par un exercice du pouvoir fondé sur la prédation de l’économie et l’accaparement de tous les privilèges par le groupe dirigeant, et donc sur l’exclusion des autres communautés, sont très âpres. Elles se terminent toujours par des règlements de compte sanglants.
Pour leur développement, les pays se tournent ainsi vers les capitaux extérieurs. En dépit des politiques très généreuses mises en œuvre pour attirer l’investissement direct étranger (IDE), ce dernier n’a pas répondu en masse à l’appel des dirigeants de la région. L’essentiel des flux d’IDE va vers les enclaves d’extraction de la rente : le secteur forestier, les mines et le pétrole. Certes, de nombreux autres facteurs jouent dans l’arbitrage des investisseurs, par exemple le niveau des infrastructures et l’importance des dépenses d’éducation qui déterminent le niveau de qualification du capital humain, le rendement, etc. Ces variables n’ont pas d’effets significatifs sur les flux d’IDE en Afrique centrale, voire en Afrique subsaharienne. Les investisseurs étrangers sont plutôt attentifs aux risques politiques.
Le modèle de développement mis en œuvre par la plupart des pays du bassin du Congo polarise les investissements publics dans les centres urbains. Ce choix, couplé à la marginalisation des zones rurales, est à la base de flux migratoires importants qui vident les zones rurales de leurs éléments les plus actifs au profit des villes. Elles fonctionnent donc comme une pompe aspirante. Les nouveaux migrants viennent ainsi grossir des villes largement saturées et confrontées à des problèmes insolubles en matière d’infrastructure, de logement, d’emploi, d’environnement, de sécurité, etc.
En ce qui concerne la pauvreté, la situation est relativement proche dans tous les pays. La pauvreté se caractérise particulièrement par une très faible accessibilité des populations aux services sociaux de base, par des disparités entre zone urbaine et zone rurale d’une part, et entre les hommes et les femmes d’autre part.
En matière de santé, les pays du bassin du Congo font face aux mêmes problèmes épidémiologiques. Ces maladies sont à la fois la cause et la conséquence de la pauvreté, notamment le VIH/SIDA, le paludisme, la tuberculose, les maladies pouvant être évitées grâce à la vaccination, la trypanosomiase humaine, la fièvre hémorragique à virus Ebola, etc.
Le bassin du Congo bénéficie d’une grande homogénéité au niveau de la population. Elle est constituée essentiellement de tribus appartenant au groupe Bantou. Les pygmées, très minoritaires, retirés dans la forêt profonde, influencent peu ou prou la vie culturelle active du reste de la population. Cette homogénéité s’explique par les flux migratoires des peuplades.
1 http://www.cicos.int/category/le-bassin-du-congo/
2 Georges Gulemvuga, « La CICOS et le bassin du Congo », www.cicos.int
3 De Wasseige C. et al. , Les forêts du bassin du Congo. Forêts et changements climatiques , 2015, Weyrich, Belgique, p. 128.
4 Kevin Yana Njabo, Megabiodiversité de la forêt pluviale du bassin du Congo , Meindert-Brouwer, 2015, pp. 1-10.
5 Kevin Yana Njabo, op. cit.
6 Guy Debonnet, Patrimoine mondial dans le bassin du Congo , 2010, Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO, Paris, pp. 1-8.
7 Centre d’études stratégiques du bassin du Congo (CESBC), « Le bassin du Congo : espace de richesses, terres des hommes et de culture », www.cesbc.org .
8 Centre d’études stratégiques du bassin du Congo (CESBC), op. cit.
9 Guy Debonnet, op. cit.
10 Centre d’études stratégiques du bassin du Congo (CESBC), op. cit.
CHAPITRE 2 Panorama des ressources naturelles du bassin du Congo
2.1. Les ressources forestières


D’après l’État des forêts du bassin du Congo (2006) de la COMIFAC, les forêts du bassin du Congo constituent le deuxième plus grand massif de forêts tropicales denses et humides au monde après celles de l’Amazonie, Elles s’étendent des côtes du golfe de Guinée à l’ouest, aux montagnes du rift Albertin à l’Est, et couvrent près de sept degrés de latitude de part et d’autre de l’équateur. En majeure partie, elles appartiennent à l’ensemble des forêts guinéo-congolaises dont elles constituent plus de 80 % de la superficie totale.
À l’Ouest du Cameroun et à l’Est de la République démocratique du Congo, elles englobent aussi des forêts afro-montagnardes. Elles couvrent une superficie d’environ 200 millions d’ha de forêts 11 .
D’après De Wasseige C. et al. (2015), les forêts du bassin du Congo se présentent comme un réservoir exceptionnel de carbone et un fournisseur de services écosystémiques. Ces forêts de l’Afrique sub-saharienne contiennent 10 à 20 % du stock de carbone végétal mondial mais ces stocks ne sont pas uniformément répartis. Ainsi, les forêts denses et humides, en particulier celles de l’ouest du bassin, concentrent une grande partie de cette biomasse 12 .
Les forêts d’Afrique centrale assurent également de nombreuses autres fonctions au-delà de celles de réservoir de carbone ou de production de bois d’œuvre. Ces « biens et services écosystémiques » incluent en particulier :
– La fourniture d’une grande variété de produits, dont le bois-énergie, les produits de la faune sauvage et d’autres Produits forestiers non ligneux (PFNL) ;
– La préservation des sols contre l’érosion, ainsi que la régulation de la qualité de l’eau ou du climat local, etc.

Ces services sont d’une grande importance pour la subsistance de certaines populations et leur cadre de vie, et apportent une diversification des sources de revenus aux niveaux local et national 13 .
De par la difficulté d’accès, une grande partie des forêts d’Afrique centrale est restée relativement peu touchée par les activités humaines, telles que l’exploitation forestière et minière industrielle. L’exploitation forestière fut ainsi longtemps confinée aux zones côtières. Cette situation évolue rapidement et de plus en plus de concessions sont attribuées dans les zones reculées, engendrant un réseau de plus en plus dense de pistes ouvertes à travers les blocs forestiers.
Le rapport sur l’État des forêts du bassin du Congo de 2008 mentionne que 32 % des forêts humides exploitables ont déjà été attribuées. En Guinée équatoriale, au Gabon, en République centrafricaine et au Congo Brazzaville, ce taux est particulièrement élevé, variant entre 77 et 93 %. L’ouverture des forêts induit d’autres menaces. Ce n’est pas seulement l’exploitation forestière stricto sensu qui affecte le milieu naturel mais aussi l’installation de populations humaines dans les zones nouvellement ouvertes, en quête de travail et d’autres opportunités économiques.
Ces migrations conduisent à une dégradation de la biodiversité imputable à l’accroissement de la déforestation pour l’agriculture et l’exploitation de produits forestiers non ligneux, en particulier la viande de brousse. Les populations locales sont pénalisées par cet afflux de populations qui ont un libre accès à leurs ressources naturelles 14 .
Le cycle des variations climatiques au cours des deux derniers millions d’années a eu une forte influence sur les forêts du bassin du Congo. Au gré des contractions et extensions de la calotte glaciaire, des périodes fraîches et sèches ont alterné avec des périodes plus chaudes et plus humides, provoquant des transgressions puis régressions de la forêt.
Durant les périodes sèches, les forêts ont été réduites à une série de zones refuges situées le long des zones d’altitude de la côte atlantique, sur les plateaux de l’Est de la RDC et dans les forêts galeries et les zones marécageuses associées au fleuve Congo. Ces forêts, qualifiées de forêts-refuges, ont servi de réservoir d’espèces forestières dans des périodes où la forêt se contractait ; les forêts se fragmentant puis s’étendant par intervalle, les espèces forestières et non forestières furent alors entraînées, de manière répétitive, dans une spirale évolutive. L’okapi, espèce forestière endémique à la RDC, est un exemple spectaculaire d’une espèce forestière ayant conservé certaines caractéristiques révélant ses origines savanicoles. À l’heure actuelle, ces zones se caractérisent par des niveaux de diversité biologique et d’endémisme bien plus élevés que dans les autres forêts du bassin du Congo 15 .
2.2. Les richesses du sous-sol forestier du bassin du Congo
D’après Edwards et al. (2014, cité par B. Marquant et al. , 2015), le continent africain renfermerait 30 % des réserves mondiales de minerais et dont on peut estimer qu’au moins 60 % se situerait dans le sous-sol forestier du bassin du Congo 16 . À l’instar d’autres ressources naturelles, l’exploitation industrielle minière s’opère par l’octroi de permis. Des permis miniers d’exploration ont été massivement accordés par les pays d’Afrique centrale et recouvrent ainsi de grandes parties des forêts denses déjà attribuées à des concessionnaires forestiers, à des communautés villageoises, ou simplement de conservation.


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Afin de limiter les conflits fonciers, des cadres de concertation impliquant toutes les parties prenantes (forestiers, miniers, population locale, État) sont parfois mis en place pour négocier des compensations à la fois sociales, économiques et écologiques acceptables par les autres usagers des terres. Les principes des mécanismes de compensation sont intégrés dans des normes et standards internationaux (PS6, BBOP) qui guident ou contraignent les bonnes pratiques de l’activité minière. Ces normes et standards ne sont pas inscrits dans les législations nationales et peuvent apparaître à ce titre comme basés sur le volontariat des opérateurs miniers. Néanmoins, certaines institutions financières accordent leurs prêts et réduisent d’autant leurs taux d’intérêt que ces entreprises fournissent des études d’impacts sérieuses et mettent en œuvre une politique de compensation écologique conforme à certains de ces standards internationaux.
Le développement d’activités minières à l’échelle industrielle étant fortement contraint par l’accès aux capitaux, les financements conditionnels et les exigences des standards internationaux peuvent constituer un levier important pour la mise en place d’un certain niveau de compensation sociale et environnementale.
Les impacts directs (déboisement et les diverses pollutions touchant essentiellement le système hydrique, l’air et les terres) de l’exploitation industrielle peuvent être relativement réduits alors que les impacts indirects (construction des infrastructures de transport des minerais et de l’énergie, implantation des bases de vie nécessaires au fonctionnement de la mine) sur la forêt et les sociétés qui en vivent peuvent être considérables.
Ainsi, l’activité minière rend accessible des zones de forêts relativement intactes à des populations qui, non seulement, peuvent espérer trouver un emploi au sein de l’entreprise minière, mais aussi développer des activités agricoles sur de nouvelles terres et exercer une plus grande pression sur les ressources bois énergie et faune sauvage.
Donc, si le déboisement est relativement faible pour accéder au gisement, les effets de la dégradation et de la déforestation induits par l’exploitation peuvent être importants, et ce d’autant plus que les zones sont administrativement désertées. De nombreux services écosystémiques délivrés par la forêt seront ainsi dégradés par l’exploitation minière et, de ce fait, il se pose une question loin d’être résolue par la communauté scientifique : comment mesurer en termes monétaires la dégradation des services dans le pas de temps de l’exploitation d’une mine par rapport aux profits financiers espérés de celle-ci ?
Quelle analyse comparée coûts/bénéfices de l’exploitation minière et des autres services écosystémiques peut permettre d’intégrer ces échelles de temps et dégradations possibles ?
En réalité, peu de projets miniers industriels ont pu débuter en 2015 dans les forêts du bassin du Congo et cela pour des raisons financières, administratives et de volatilité des cours des minerais qui découragent l’investissement. Dans la dynamique actuelle, ce constat pourrait être à pondérer d’ici quelques années.
Les remarquables richesses naturelles d’Afrique centrale, en particulier les ressources forestières et minières, sont de véritables atouts pour le développement économique des pays de la région ; leur gestion rationnelle contribuera à la croissance de ces nations. Un indicateur de bonne gouvernance sera la capacité de ces États à maintenir des écosystèmes représentatifs, notamment grâce à un réseau d’aires protégées efficacement gérées 17 .
2.3. La biodiversité dans les forêts d’Afrique centrale
La biodiversité est ici définie comme « la variabilité parmi les organismes vivants des écosystèmes terrestres et aquatiques des forêts d’Afrique centrale ». Cette définition englobe la diversité à l’intérieur et entre les espèces, ainsi qu’au niveau des écosystèmes 18 .
2.3.1. Richesses fauniques et floristiques
Les forêts d’Afrique centrale comptent moins d’espèces que celles d’Amérique ou même celles d’Asie, ce qui peut s’expliquer en partie par leur moindre étendue et par les contractions extrêmes qu’elles ont connues au cours des périodes froides et sèches du Tertiaire et surtout du Quaternaire. Malgré cela, la biodiversité de ces forêts est importante du fait que la majeure partie de leur faune et de leur flore n’existe pas ailleurs sur la planète, non seulement au niveau des espèces, mais aussi au niveau des genres et dans une certaine mesure au niveau des familles 19 .
Sur le plan botanique, la flore des forêts de basse altitude compterait plus de 10.000 espèces de plantes supérieures dont 3.000 seraient endémiques. Certaines familles sont peu représentées ou quasi absentes, notamment les Dipterocarpaceae, les Cactaceae, les Bromeliaceae et les Humiriaceae, mais d’autres, comme les Euphorbiaceae, les Leguminosae, les Meliaceae, les Sapotaceae et les Moraceae, sont très diversifiées. Neuf familles sont endémiques : Dioncophyllaceae, Huaceae, Hoplestigmataceae, Lepidobotryaceae, Medusandraceae, Octoknemaceae, Pandaceae, Pentadiplandraceae et Scytopetalaceae. La flore des forêts afro-montagnardes ne compte que 4.000 espèces, mais au moins 70 % sont endémiques. Elle compte 2 familles endémiques – Barbeyaceae et Oliniaceae – ainsi que des conifères du genre Podocarpus.



Selon État des forêts 2006 , les forêts du bassin du Congo abritent des formes forestières de l’éléphant d’Afrique et du buffle, ainsi que des espèces endémiques ou quasi endémiques comme l’okapi, le bongo, le bonobo et le gorille. Les Anomaluridae, la plupart des Cephalophinae et Colobinae, beaucoup de Cercopithecidae sont limités à ces forêts. Leur avifaune comprend le paon congolais et plusieurs familles endémiques à l’Afrique, notamment les pintades ou Numididae, les touracos ou Musophagidae, les pririts ou Platysteiridae, les gonoleks et gladiateurs ou Malaconotidae et les bagadais ou Prionopidae.


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2.3.2. Distribution et biogéographie
La flore et la faune sont très inégalement réparties sur l’ensemble du massif forestier. La richesse spécifique, tout comme la composition des associations et communautés, varie ainsi énormément d’une région à une autre.
Dans l’ensemble, deux zones de haute richesse se dessinent : (1) les forêts de Basse-Guinée à l’ouest (Cameroun, Guinée équatoriale, Gabon) et (2) celles du piémont du rift Albertin à l’est de la RDC. Elles sont séparées par une vaste zone de richesses qui occupe tout le centre de la cuvette congolaise.
En fait, les forêts guinéo-congolaises comprennent trois entités bio-géographiques dont deux en Afrique centrale : (1) les forêts de Basse-Guinée qui s’étendent du Nigeria à la frontière orientale du Gabon – celle-ci coïncide avec la séparation des bassins du Congo et de l’Ogooué – et (2) les forêts congolaises proprement dites au bassin hydrographique du Congo. La troisième entité est constituée par les forêts de Haute-Guinée, allant du Ghana à la Guinée et séparées des autres entités par la bande de savanes du Togo et du Bénin. Bien que les forêts de Basse-Guinée et les forêts congolaises soient actuellement proches, elles ont été au contraire fortement cloisonnées par la présence des grands cours d’eau qui s’avèrent des obstacles insurmontables à la dispersion. Parmi les plantes, certaines espèces ont également une vaste distribution alors que d’autres sont très localisées 20 .
De plus, l’abondance relative des espèces varie énormément d’un endroit à l’autre. Malgré le relief fort aplani, les forêts de la cuvette congolaise se découpent ainsi en une mosaïque fine de formations en fonction des espèces dominantes. Certaines sont constituées d’un grand nombre d’espèces, d’autres sont au contraire dominées par une seule espèce, généralement une légumineuse de la sous-famille des Césalpinioïdées. Les plus connues sont les forêts à Gilbertiodendron dewevrei qu’on trouve du Cameroun à l’est de la RDC, mais qui couvrent d’énormes superficies sur le bord nord-est et est de la cuvette centrale.
La biogéographie des forêts d’Afrique centrale est donc extrêmement complexe. Elle ne reflète pas seulement les exigences écologiques des divers groupes d’organismes et leurs réponses aux paramètres environnementaux, mais aussi l’histoire.
2.3.3. La biodiversité par pays
Parmi les pays du bassin du Congo disposant le plus d’espèces fauniques et floristiques endémiques, Kevin Njabo (2015) cite la République démocratique du Congo, la République du Congo, le Gabon, le Cameroun, la Guinée équatoriale et la République centrafricaine.
– La République démocratique du Congo (RDC). Avec une superficie dépassant 100 millions d’hectares, la RDC dispose d’une des plus grandes étendues de forêts pluviales tropicales en Afrique. Les forêts du secteur oriental sont d’une diversité extraordinaire et font partie des quelques forêts en Afrique ayant survécu à la période glaciaire. Près de la moitié de la RDC est couverte de forêts primaires, offrant un refuge à plusieurs espèces de grands mammifères, telles que l’éléphant de forêt africain, le chat doré, le loup doré, le léopard et le lamantin, espèces condamnées à l’extinction dans d’autres pays africains. Globalement, le pays est connu pour arbitrer plus de 11.000 espèces de plantes, 450 espèces de mammifères, 1.184 espèces d’oiseaux, dont 20 sont endémiques et 41 menacées sur le plan mondial, 300 espèces de reptiles et 200 espèces d’amphibiens.
– La République du Congo. Le pays abrite une diversité exceptionnelle pour sa taille, avec 727 espèces d’oiseaux, dont 13 sont menacées sur le plan mondial, 166 espèces de mammifères, 58 espèces d’amphibiens, 149 espèces de reptiles et plus de 6.000 espèces de plantes 21 .
– Le Gabon. Le pays regorge de forêts humides à la plus forte biodiversité d’Afrique. On y trouve environ 8.000 à 10.000 espèces de plantes (dont 20 % sont endémiques), plus de 757 espèces d’oiseaux, et près de 200 espèces de mammifères, y compris des gorilles de plaine, des chimpanzés, 10 espèces de singe, des éléphants de forêt, et des hippopotames qui surfent sur les vagues. Il est l’un de ces endroits uniques au monde où une forêt pluviale tropicale primaire s’étend jusqu’aux plages de l’océan Atlantique. Le pays est riche en vie marine, avec notamment une grande population de baleines à bosse, tandis que le site côtier forestier du célèbre parc national de Loango abrite une grande diversité de faune.
– Le Cameroun. Il abrite 978 espèces d’oiseaux, dont 11 sont endémiques et 33 menacées sur le plan mondial, 211 espèces de mammifères, 322 espèces de reptiles, 192 espèces d’amphibiens et 8.260 espèces de plantes.
– La République centrafricaine. Le pays compte près de 3.600 espèces de plantes, 794 espèces d’oiseaux, dont 13 sont menacées sur le plan mondial, 131 espèces de mammifères, 187 espèces de reptiles et 29 espèces d’amphibiens.
– La Guinée équatoriale. Ce pays de la côte atlantique dispose d’une diversité faunique élevée et abrite 194 espèces de mammifères, 853 espèces d’oiseaux, dont une est endémique et 91 espèces de reptiles. On y répertorie également 3.250 espèces de plantes.
2.3.4. Richesse avifaune
Avec des espèces telles que le perroquet jaco, le pigeon à nuque bronzée, le trogon à joues jaunes, l’aigle couronné, la chouette-pêcheuse de Bouvier, le calao à huppe blanche, des oiseaux mangeurs de plantain et plusieurs espèces de perroquets, le bassin du Congo possède une riche diversité d’oiseaux. Ces derniers jouent un grand rôle dans la dispersion des semences, un élément crucial dans la régénération forestière.


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2.3.5. Les mammifères du bassin du Congo
Le bassin du Congo abrite au moins 450 espèces de mammifères et est connue pour sa grande population d’éléphants de forêt ( Loxodonta cyclotis ) et de primates (grands singes, singes et prosimiens comme les galagos). L’éléphant de forêt est le plus grand méga-herbivore terrestre de la forêt pluviale et pèse environ 5.000 kilogrammes. Plusieurs espèces d’arbres dépendent, pour la dispersion de leurs graines, des éléphants de forêt, qui jouent un rôle écologique important dans le maintien de la diversité des écosystèmes forestiers. Les fruits des arbres forestiers constituent la principale source de nourriture des éléphants de forêt, qui se nourrissent aussi d’écorce et de feuilles.



Le bassin du Congo est aussi connu pour sa grande population de primates, la diversité la plus élevée étant enregistrée dans les forêts de la côte atlantique (du Cameroun au Gabon) et dans l’Est de la RDC. Des espèces telles que le bonobo ( Pan paniscus ), le cercopithèque à queue de soleil ( Cercopithecus solatus ), le lesuda ( Cercopithecus lomamiensis ) et le colobe noir ( Colobus satanas ) ne se trouvent que dans le bassin du Congo. Le gorille de plaine de l’Ouest ( Gorilla gorilla ) et le gorille de plaine de l’Est ( Gorille beringei beringei ), qui vivent dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), sont des sous-espèces du gorille de l’Est.


2.4. Le climat et l’écosystème
2.4.1. Une grande variété de climats actuels
L’Afrique centrale présente une grande diversité climatique en raison de son extension en latitude (sur près de 40°), de son ouverture sur l’océan Atlantique, de l’existence sur ses bordures occidentale et orientale de grandes chaînes de montagnes et de grands lacs intérieurs, et de son importante couverture forestière 22 .
Les climats équatoriaux et tropicaux présentent de multiples nuances allant de climats hyper humides (de 2.500 à plus de 10.000 mm de précipitations annuelles) à des climats sahariens très secs et presque sans précipitations (voir la carte 2 ci-après).

Carte 2. Classification climatique de l’Afrique centrale selon le système Köppen-Geiger

Source : (Peel et al ., 2007) cité par F. Hiol Hiol et al., 2015. Af = équatorial/humide, Am = tropical/mousson, Aw = tropical/hiver sec, BSh = semi-aride/ chaud, BWh = aride/chaud, Cwa = tempéré chaud/hiver sec /été chaud, et Cwb = tempéré chaud/hiver sec/été tempéré.
Ces climats sont sous l’influence des variations des températures des grandes masses océaniques, en particulier de l’océan Atlantique, bien que la cuvette congolaise doive aussi ses fortes précipitations à la forte évapotranspiration émanant de son couvert forestier et de terrains marécageux. Entre 4.000 ans et 2.000 ans avant la période actuelle (AP), la température de la surface océanique a diminué et les précipitations ont faibli, entraînant des effets négatifs sur la couverture forestière. À partir de 2000 ans AP, une phase plus humide s’est réinstallée jusqu’à la période actuelle.
2.4.2. Des changements climatiques déjà en route
Si les températures montrent une tendance générale à la hausse depuis le siècle dernier, les précipitations sont restées relativement abondantes, bien qu’elles semblent avoir diminué depuis les années 1950 et surtout depuis les années 1970. Cette tendance à la baisse ne s’observe pas avec la même dynamique ni la même intensité sur toute l’Afrique centrale, certaines régions ayant récupéré le déficit pluviométrique depuis les années 1980-1990. Une évaluation des changements climatiques à l’échelle de toute la région, basée sur divers scénarios et projections climatiques dans le bassin du Congo, révèle les résultats suivants :
– Tous les modèles prédisent un réchauffement de la température atmosphérique de surface d’au moins 1°C vers la fin du XXIe siècle, mais les changements seront probablement encore plus élevés (compris entre +3,5°C et +6°C pour un scénario de fortes émissions et entre +1,5°C et +3°C pour un scénario d’émissions contenues de gaz à effet de serre). De plus, la fréquence des jours et nuits froids va diminuer et celle des jours et des nuits chauds va augmenter, indépendamment de la saison et du scénario d’émission ;
– Les modèles prévoient une tendance générale vers une légère augmentation des précipitations annuelles totales dans la plupart des zones en Afrique centrale. L’augmentation la plus importante des précipitations est prévue pour la partie septentrionale, généralement plus sèche. Toutefois, les caractéristiques des pluies vont certainement subir des changements substantiels, et évoluer vers une distribution plus sporadique des pluies à l’avenir.

Les résultats de diverses simulations climatiques et hydrologiques révèlent en outre que les changements climatiques induiraient d’ici la fin du XXIe siècle une augmentation du taux d’évaporation sur toute l’étendue du bassin du Congo, en moyenne de 10 % pour le scénario d’émission élevée et de 8 % pour le scénario d’émission le plus faible. De même, les débits annuels moyens du fleuve Congo à la station de Kinshasa devraient augmenter de 38 % et de 27 % en 2080 en comparaison avec la période actuelle (en fonction respectivement des scénarios fort et faible). Pour tous les scénarios cependant, la différence de débit entre la saison sèche et la saison des pluies va augmenter, suggérant une saisonnalité plus marquée 23 .


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En revanche, sur la base des mesures de débits (Laraque et al ., 2013, cité par De Wasseige et al ., 2015) rapportent d’importantes perturbations survenues au cours du dernier siècle (1900-2000) dans les régimes hydrologiques du fleuve Congo et de son affluent l’Oubangui. Les auteurs attribuent les perturbations hydrologiques observées aux effets des changements climatiques qui semblent plus sévères dans la partie septentrionale du bassin versant du fleuve Congo 24 .
2.4.3. Interactions entre les caractéristiques climatiques et les forêts
Les forêts du bassin du Congo ont une forte influence sur le climat, se faisant sentir au-delà de la région même. Ces forêts influencent les pluies au Sahara, en Éthiopie et dans d’autres parties du continent. En Afrique centrale, une grande portion du transfert d’humidité vers l’atmosphère, via l’évapotranspiration, contribue à la formation des systèmes nuageux. En moyenne, ces forêts réinjectent dans l’atmosphère l’équivalent de plus de 50 % des précipitations annuelles. Ce phénomène contribue au régime hydrique de la sous-région.
Les analyses des impacts de l’évolution future du climat montrent qu’il est peu probable que le bassin du Congo connaisse un déclin de la croissance forestière comme cela est parfois prédit pour l’Amazonie. À l’inverse, il pourrait y avoir une augmentation modérée du carbone stocké dans les écosystèmes, incluant le carbone de la végétation et celui du sol. Selon l’évolution du climat (et en tenant compte uniquement de ce facteur climatique), le scenario le plus probable consisterait en une expansion modérée des forêts denses humides au détriment des savanes et des forêts claires.
Il faut toutefois souligner que ces simulations ne tiennent pas compte des effets indirects des changements climatiques qui pourraient sérieusement mettre en péril les écosystèmes forestiers. Ces effets indirects incluent en particulier la modification des régimes hydrologiques, la fréquence et l’ampleur des feux ou des maladies, ou la modification des comportements d’espèces nuisibles, etc. Ils peuvent ainsi accélérer la disparition d’espèces ou réduire la résistance d’écosystèmes sévèrement perturbés.
La déforestation impacte le climat local et régional. La perte du couvert forestier peut induire une déstructuration rapide des sols à l’échelle locale dans la zone la plus sèche de l’Afrique centrale. Ailleurs, dans les régions tropicales et équatoriales plus humides, cet effet n’est pas observé. Par contre, dans ces régions équatoriales humides, la déforestation réduit fortement l’évapotranspiration locale et donc la quantité totale de vapeur d’eau disponible pour les pluies à travers le recyclage local.
À l’échelle régionale, selon divers scénarios sur les changements climatiques et d’usage des terres, la déforestation dans le bassin du Congo pourrait provoquer un réchauffement compris entre 2 et 4°C dû à une diminution de l’évapotranspiration et une augmentation de l’ensoleillement du sol combinée à une séquestration plus faible des gaz à effet de serre. Cela pourrait conduire également à une diminution de la pluviométrie de l’ordre de 5 à 10 % sur la plus grande partie de la région 25 .
2.4.4. Forêt du bassin du Congo et stabilité climatique
Parmi les services écosystémiques fournis par la forêt du bassin du Congo, il est à noter le rôle important que joue cette dernière, dans la stabilité climatique et la régulation des précipitations locales et régionales. Avec une température moyenne variant entre 20 et 25°C et restant relativement stable toute l’année, le bassin du Congo dispose d’un niveau d’humidité élevé. Le bassin du Congo présente deux saisons principales, la saison humide ou pluvieuse (environ 1.500 mm en moyenne par an) et la saison sèche. Les forêts ne sont pas les seuls facteurs de la pluie, mais elles peuvent en influencer le volume et la période.
La déforestation massive dans le bassin du Congo peut modifier le régime des pluies en Afrique, entraînant potentiellement davantage de sécheresse. Au fur et à mesure que les forêts sont défrichées, la pluviométrie diminue plus rapidement, ce qui mène à des périodes de sécheresse plus longue et des températures plus élevées. Les périodes plus longues de sécheresse signifient que les feux aussi durent plus longtemps et sont plus chauds, augmentent le défrichement et accélèrent ainsi tout le processus. Cette situation peut mettre en péril les activités de subsistance, telles que l’agriculture dans le bassin du Congo et ailleurs en Afrique 26 .
11 Les forêts du bassin du Congo. État des forêts 2006, http://www.cbfp.org/
12 De Wasseige C. et al. , Les forêts du bassin du Congo. Forêts et changements climatiques , Weyrich, Belgique, 2015, p. 128.
13 De Wasseige C. et al. , 2012, op. cit.
14 Guy Debonnet, op. cit.
15 Idem .
16 Baptiste Marquant et al., Importance des forêts d’Afrique centrale , CIRAD, 2015.
17 Guy Debonnet, op. cit.
18 De Wasseige C. et al. , 2012, op. cit.
19 Les Forêts du bassin du Congo. État des forêts 2006 , http://www.cbfp.org/
20 Les forêts du bassin du Congo. État des forêts 2006 , http://www.cbfp.org/
21 Kevin Yana Njabo, op. cit.
22 François Hiol Hiol et al ., Forêts d’Afrique centrale et changements climatiques. Synthèse , COMIFAC, 2015, p. 24 ( http://www.observatoire-comifac.net/edf.php ).
23 François Hiol Hiol et al ., op. cit .
24 De Wasseige C. et al. , 2012, op. cit.
25 De Wasseige C. et al. , 2015, op. cit.
26 Kevin Yana Njabo, op. cit.