Brève histoire de la Littérature Française

Brève histoire de la Littérature Française

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«La littérature n’est pas seulement l’expression de la société, elle en est aussi l’âme et l’instrument. Elle n’est pas seulement le miroir qui la réfléchit, mais l’aiguillon qui la presse, le souffle qui l’anime ou l’embrase. Elle prend mille formes, elle contient mille genres, elle a mille noms... Les livres font les époques et les nations, comme les époques et les nations font les livres.»
Quelles circonstances ont préparé les commencements de la littérature française ? Quels peuples ont mis la main à cet ouvrage naissant ? Comment la littérature française a-t-elle influencé les autres littératures de l’Europe moderne et quel impact ces dernières ont-elles eu en retour sur cette littérature française naissance ?...


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Date de parution 05 juillet 2017
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EAN13 9782366594768
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Langue Français

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Brève histoire de la Littérature Française

 

 

 

 

 

 

Jean-Jacques Ampère

Académicien et Philosophe français

 

 

 

 

 

Editions Le Mono

 

 

 

 

 

La littérature n’est pas seulement l’expression de la société, elle en est aussi l’âme et l’instrument. Elle n’est pas seulement le miroir qui la réfléchit, mais l’aiguillon qui la presse, le souffle qui l’anime ou l’embrase. Elle prend mille formes, elle contient mille genres, elle a mille noms… Les livres font les époques et les nations, comme les époques et les nations font les livres.

– J.J. Ampère

 

 

Chapitre I

La littérature française au moyen-âge et ses rapports avec les littératures étrangères

 

 

Quelles circonstances ont préparé les commencements de la littérature française ? Quels peuples ont mis la main à cet ouvrage naissant ? Comment la littérature française a-t-elle influencé les autres littératures de l’Europe moderne et quel impact ces dernières ont-elles eu en retour sur cette littérature française naissance ?

Voyons d’abord quelle a été l’influence de l’antiquité.

-I-

Comme la langue latine a été la source de notre langue française, comme les ruines de la civilisation romaine ont été le berceau de notre civilisation, ainsi les littératures de la Grèce et de Rome ont été les premières nourrices des lettres françaises. Même dans les âges d’ignorance, la lumière de l’antiquité ne s’est jamais complètement éteinte au milieu de nous ; elle y brille parmi les ténèbres des temps les plus reculés. Massalie répand sur quelques-uns de nos rivages, avec le langage de la Grèce, la politesse de ses mœurs et l’élégance de son génie. Rome envahit la Gaule, rapidement soumise à ses armes, et bientôt romaine par la langue et les coutumes. Après que les barbares sont venus et ont mis tout en confusion, Charlemagne paraît qui, voulant relever de terre la civilisation romaine tombée, ouvre les écoles, appelle les savants, fonde notre université de Paris ; et le mouvement qu’il a imprimé n’est jamais entièrement suspendu, jusqu’à ce qu’au seizième siècle s’accomplisse, par le concours de Constantinople qui meurt, et de l’Italie qui ressuscite, cette rénovation des lettres françaises, que l’empereur germain avait tenté d’accomplir à lui seul. — Dans cet intervalle, on aime à suivre les effets de cette étude qui ne cesse point, à observer quels auteurs de l’antiquité sont copiés de préférence dans les cloîtres, quels sont les plus goûtés, les plus répandus, les plus imités ; chose frappante et pourtant naturelle ! ce sont souvent les moins parfaits, ceux de l’époque du Bas-Empire ou de la latinité corrompue ; c’est Prudence pour Virgile, c’est Orose au lieu de Tite-Live, c’est Marcianus Capella qui tient la place de Cicéron.

En outre, partout s’élève une littérature latine, contemporaine et rivale des littératures vulgaires. L’idiome qu’elle emploie est celui de l’église, de la science, des affaires ; et l’on peut dire que la littérature latine, au moyen âge, est une littérature morte dans une langue vivante.

Passant aux impressions que notre langue et notre littérature ont pu garder de l’ancien état des peuples germains, nous trouverons qu’elles se bornent à de faibles vestiges, d’autant plus importants à recueillir qu’ils sont plus rares. D’où nous viennent donc les matériaux de notre littérature, et principalement de la poésie chevaleresque qui en forme, au moyen âge, la partie la plus considérable ? Doit-elle quelque chose aux traditions celtiques de la vieille Gaule, ou à des légendes originaires du pays de Galles et de la Bretagne ? Serait-il vrai que le chant des trouvères fût un dernier écho de la harpe des bardes ? Et si ces origines de la muse française sont trouvées mensongères, qu’a-t-elle emprunté de la muse provençale, sa sœur aînée, qu’elle a trop fait oublier ? Depuis le cours que M. Fauriel a professé dans cette faculté, on ne peut plus douter que les poètes de la France méridionale n’aient raconté, avant leurs frères d’Artois ou de Normandie, dans des épopées en partie perdues, toutes ces aventures de chevalerie qui ont fourni aux poètes de la France du nord le sujet d’intarissables récits. Quand vous verrez à quel point l’Europe entière s’est empressée d’adopter ces récits et de les reproduire, vous sentirez mieux avec quelle gravité se présentait la question de leur origine, et de quelle importance est la solution si neuve et si satisfaisante que M. Fauriel en a donnée.

Jusqu’ici nous n’avons parlé que de l’Occident : il faut présentement tourner notre vue d’un autre côté. Tandis que la langue française se formait laborieusement des débris de la langue latine, tandis que la chevalerie naissante mêlait quelque générosité et quelque enthousiasme aux violences de la féodalité, et que la littérature tentait d’associer aux souvenirs altérés de la civilisation antique les sentiments incomplets de la société nouvelle, l’Orient, qui avait eu aussi ses révolutions, et que Mahomet avait renouvelé ; l’Orient, ce vieux monde, berceau du nôtre, continuait de rouler dans son lointain orbite, avec ses traditions, ses apologues, ses contes sans nombre, et toutes les éblouissantes merveilles de son ciel et de sa poésie. Le temps venu où il devait donner la main à l’Occident, la littérature française, jeune encore et naïve, avide d’émotions, curieuse de récits, s’avança au-devant de lui, et le rencontra par plus d’un endroit : le génie arabe atteignit la Provence à travers l’Espagne. Les Juifs, qui étaient entre les peuples les courtiers des idées aussi bien que des richesses, importèrent dans le midi de la France, avec l’étude de la médecine, une foule de notions orientales ; vinrent les croisades, où les Français parurent aux premiers rangs, car ce n’est pas sans motif que le nom de Franc fut donné à tous ces guerriers aventureux qui allaient combattre pour la cause de la civilisation, en croyant ne suivre que l’étendard de la foi. Le but des hommes dans ces guerres leur échappa ; il fallut abandonner aux infidèles le saint tombeau, et Jérusalem fut perdue. Mais Dieu n’avait pas en vain rapproché l’Europe et l’Asie dans les longues étreintes de cette lutte de deux siècles. Je parlerai seulement de notre poésie, que semble alors illuminer un rayon du soleil d’Orient. Souvenons-nous aussi que nos croisés s’étaient laissé distraire, en passant, par la fantaisie de s’asseoir tout éperonnés sur le trône impérial de Constantinople. Vous savez en quelle admiration les jeta la rencontre qu’ils firent, aux extrémités de l’Europe, d’une ville si supérieure à tout ce qu’ils connaissaient par les restes de ses arts et la majesté de ses monuments. Constantinople était alors comme la porte magnifique de l’Orient. Par là durent encore nous être apportés de nombreux aliment pour notre poésie. — Mais avant ces pèlerins armés, empereurs de Bysance, ducs d’Athènes, princes d’Antioche ou de Galilée, d’autres plus obscurs et aussi hardis, cheminant dans l’ombre, se glissant à travers les obstacles et les périls d’un monde presque inconnu, avaient traversé la Syrie et salué la Palestine. Une foule de Français entreprirent ces pieux voyages et les racontèrent au retour dans leurs itinéraires ; nom qu’on ne peut rencontrer à cette époque de la littérature française, sans penser involontairement à sa plus grande gloire dans le siècle où nous, vivons ! Le commerce, l’esprit d’aventures, les ambassades des papes, des rois de France auprès des princes mahométans et surtout des chefs tartares, toutes ces causes et mille autres poussèrent vers l’Asie une foule d’hommes de toute condition, des moines, des artisans, des prêtres, des soldats. – Que d’histoires, de légendes orientales durent voyager alors avec cette foule vagabonde ! Combien durent être rapportées sous le toit natal et redites au foyer rustique ou sous la cheminée du manoir, qui avaient été contées la première fois au désert, sous les tentes, près des fontaines ! — Et nous, nous remonterons à la source de ces traditions venues de si loin ; nous irons, jusqu’aux bords du Gange, chercher la patrie de ces fables que se sont passées de main en main l’Inde, la Perse, l’Arabie ; que des Juifs ont traduites en hébreu, en grec et en latin ; qui, tombées enfin dans le domaine de la littérature vulgaire, sont devenues le patrimoine commun des diverses nations de l’Europe, et dont la France, une des premières, a recueilli l’héritage.

Nous terminerons cette partie de nos recherches par l’histoire des traditions orientales sur Alexandre ; il est beau de suivre ce grand nom à travers les siècles, et de voir comment, dans l’ignorance de la vérité, l’imagination des peuples se travaille pour égarer par des inventions gigantesques la grandeur que l’histoire lui a faite. — Quand ce conquérant eut disparu du monde, que sa puissance remplissait, comme chacun de ses capitaines prit un morceau de son empire, chaque peuple qu’il avait soumis voulut hériter d’une portion de sa gloire l’Egypte lui donna pour père un de ses rois ; la Perse le fit naître de Darius, cherchant à couvrir par cette fiction hardie la honte de ses défaites ; les Arabes se plurent à broder de fables la destinée de l’élève d’Aristote. Quand la figure d’Alexandre, ainsi dénaturée par les étranges ornements que lui avait prêtés l’imagination orientale, vint à se montrer en cet état aux peuples de l’Occident, ils augmentèrent encore la confusion, en affublant le roi de Macédoine, devenu monarque asiatique et magicien, d’un costume de chevalier. C’est ainsi qu’Alexandre entra dans notre poésie, devenu, pour ainsi parler, le héros de la terre entière, portant confondus les insignes de l’admiration de tous les peuples, comme s’ils les eussent réunis à plaisir pour en faire un magnifique et bizarre trophée à la plus vaste gloire qui fut jamais.

Après avoir recherché les origines, et, pour ainsi dire, la matière de la littérature française au moyen âge, il reste à en suivre les effets sur les autres littératures.

La poésie chevaleresque se répand presque en même temps par toute l’Europe : l’Italie est la plus prompte à la recevoir de nous. Dès le treizième siècle, les paladins de France, les héros de Charlemagne, fournissent le sujet de récits et de chants qui ont cours au-delà des Alpes. Bientôt toutes ces aventures qu’avaient racontées nos troubadours et nos trouvères, sont célébrées dans une foule d’épopées qui perpétuent en Italie la tradition chevaleresque née en France, jusqu’à ce que deux hommes lui impriment un caractère nouveau. Pulci ose donner place à la plaisanterie entre les récits incroyables et les réflexions dévotes de la légende ; Boyardo y introduit l’intérêt romanesque, et c’est ainsi métamorphosés que les héros de Turpin arrivent aux mains de l’Arioste. Tout en se jouant de ses personnages et de ses récits avec une grâce que Pulci n’avait point connue, tout en laissant bien loin derrière lui les plus aimables inventions du Boyardo, l’Arioste ne s’en rattache pas moins, par ces deux hommes et par leurs prédécesseurs, à notre vieille poésie chevaleresque, dont son imagination ingénieusement naïve a plus conservé ou mieux retrouvé qu’on ne croit d’ordinaire, l’allure naturelle et facile, et ce mouvement à-la-fois continu et varié d’un récit qui s’interrompt sans cesse et ne s’arrête jamais. Dès ce moment, la poésie chevaleresque ne peut plus être qu’une poésie badine ; l’Arioste, qui lui a prêté tant de riants prestiges, l’a dépouillée sans retour de tout prestige sérieux. Cependant, avant de s’éteindre, cette noble poésie chevaleresque, ranimée au nom des croisades françaises, qui lui rappelait son origine un peu oubliée, jettera encore un dernier rayon, le plus brillant peut-être, sur la classique épopée du Tasse.

L’Italie avait également reçu de la Provence ses premières inspirations lyriques. En partant de nos troubadours, nous arriverons...