Bwiti et christianisme

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Dans cet essai, l'auteur met en oeuvre un dialogue fécond et exigeant entre la foi chrétienne et le bwiti, religion traditionnelle africaine du Gabon. Il analyse les données de l'anthropologie africaine à la lumière des postulats de la foi chrétienne. Tout en évitant le concordisme et le syncrétisme religieux, l'auteur réinterroge les cultures africaines pour arriver à une véritable intelligence de la foi chrétienne qui délie ce qu'il y a de meilleur dans des cultures africaines.

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Ajouté le 01 mars 2007
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EAN13 9782336281285
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BWITI ET CHRISTIANISME

L.Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo. fr harmattan 1@wanadoo.fr @L'Hannattan,2007 ISBN: 978-2-296-02445-8 EAN:9782296024458

Simon-Pierre MVONE NDONG

BWITI ET CHRISTIANISME Approche philosophique et théologique
Préface de Mr l'Abbé Noël Aimé NGW A NGUEMA

L'Harmattan

Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa Déjà parus
Claude KOUDOU (sous la direction de), Côte d'Ivoire: Un plaidoyer pour une prise de conscience africaine, 2007. Antoine NGUIDJOL, Les systèmes éducatifs en Afrique noire. Analyses et perspectives, 2007. Augustin RAMAZANI BISHWENDE, Ecclésiologie africaine de Famille de Dieu, 2007. Pierre FANDIO, La littérature camerounaise dans le champ social, 2007. Sous la direction de Diouldé Laya, de J.D. Pénel, et de Boubé Namaïwa, Boubou Hama-Un homme de culture nigérien, 2007. Marcel-Duclos EFOUDEBE, L'Afrique survivra aux afropessimistes, 2007. Valéry RlDDE, Equité et mise en œuvre des politiques de santé au Burkina Faso, 2007. Frédéric Joël AIVO, Le président de la République en Afrique noire francophone, 2007. Albert M'P AKA, Démocratie et société civile au CongoBrazzaville,2007. Anicet OLOA ZAMBO, L'affaire du Cameroun septentrional. Cameroun / Royaume-Uni, 2006. Jean-Pierre MISSIÉ et Joseph TONDA (sous la direction de), Les Églises et la société congolaise aujourd'hui, 2006. Albert Vianney MUKENA KATA YI, Dialogue avec la religion traditionnelle africaine, 2006. Guy MVELLE, L'Union Africaine: fondements, organes, programmes et actions, 2006. Claude GARRIER, Forêt et institutions ivoiriennes, 2006 Nicolas MONTEILLET, Médecines et sociétés secrètes au Cameroun, 2006. Albert NGOU OVONO, Vague-à-l'âme, 2006. Mouhamadou Mounirou SV, La protection constitutionnelle des droits fondamentaux en Afrique: l'exemple du Sénégal, 2006. Toumany MENDY, Politique et puissance de l'argent au Sénégal,2006. Claude GARRIER, L'exploitation coloniale des forêts de Côte d'Ivoire,2006.

A son Excellence Monsieur Paul TOUNGUI, Ministre d'Etat, Ministre des Finances pour ses encouragements.

A son Excellence Monsieur Auguste ONOUVIET, Ministres des mines pour son intérêt pour la recherche fondamentale.

SOMMAIRE
Préface. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. .. .. . . . .. . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. Il

Chapitre I Objet et intérêt de ce travail Chapitre TI Un combat pour la culture Dialogue avec la culture L'état de la recherche sur l'inculturation Chapitre ill Considération sur le Bwiti L'enseignement du Bwiti Risques liés à l'initiation Les valeurs de l'initiation La pastorale Les dénominateurs communs Chapitre IV La connaissance et développement La vision de l'initié. L'initié ne voit pas la vie, mais l'existence L'anthropologie africaine Qu'en est-il des hallucinations? Les rêves De la psychanalyse La relation aux morts
Bib Ii 0 graphie.

15 27 31 43 47 49 57 59 70 75 81 89 101 102 121 125 127 138

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 159

PRÉFACE

Que voit l'initié au cours de son initiation au Bwiti ? Telle est la question à laquelle l'auteur voudrait répondre à la suite de mon ouvrage: Rites initiatiques gabonais à la rencontre de l'Evangile, texte publié en l'an 2000 aux éditions Baobab à Kinshasa. C'est en tant qu'universitaire, croyant et surtout en tant que citoyen qu'il se demande s'il existe un dénominateur commun entre le christianisme, notamment le catholicisme et les rites initiatiques gabonais. Il confronte alors les allégations des adeptes du Bwiti à celles des chrétiens afin de faire réfléchir les uns et les autres sur leurs pratiques. Il évolue donc grâce à ses centres d'intérêts: la philosophie, la théologie et l'anthropologie afin de poser la connaissance de 1'homme comme un impératif. Bousculant les habitudes, il sort de la manière classique de philosopher en refusant de s'enfermer dans une bureaucratieintellectuelle; c'est en homme de terrain qu'il nous présente une série de situations à travers lesquelles il discute de la question de la vision initiatique. En substance, il invite les philosophes à sortir du dualisme afin de s'ouvrir à la pluralité. Ce livre rapporte des récits de vie - des témoignages - à travers lesquels nous pouvons comprendre la méthode de travail envisagée par lui: se mettre à l'écoute des maîtres initiateurs et des initiés, non pas pour garder une posture du jugement qui viendrait censurer leurs pratiques a priori, mais pour comprendre les raisons qui poussent de nombreux Gabonais à se faire initier. Cette méthodologie de travail

qu'il propose conduit le chercheur à suivre le voyage initiatique, autant que faire se peut, afin d'inviter les pasteurs à élaborer les principes fondamentaux d'une pastorale adéquate. Ce qui est original dans ce texte, c'est que contrairement aux psychanalystes qui interprètent les phénomènes, l'auteur se refuse de faire de la surinterprétation. S'il défend sa foi, il reconnaît que même au-delà de sa pratique religieuse, Dieu inspire l'homme. Cela le conduit à soutenir la thèse selon laquelle le syncrétisme, cet appauvrissement des valeurs, auquel aboutissent les rites initiatiques est un moment de la rencontre entre la culture occidentale, la foi catholique et les traditions africaines. La seule manière d'éviter cet écueil, c'est d'amener les uns et les autres à éviter, dans le domaine de la foi, des raccourcis qui conduiraient à un œcuménisme fàcheux. Le danger est double: ou bien on pense que le Bwiti et le christianisme conduisent aux mêmes réalités et qu'il devient inutile de réexaminer les notions fondamentales de ces deux religions, ou bien à défaut d'examen, on oppose Eglise et tradition. Dans le premier cas, on arrive à des discours du type: «vous ne pouvez pas comprendre la Bible si vous n'êtes pas initiés ». Tout donne l'impression qu'il suffit de s'initier au Bwiti pour être capable de soutenir un discours rigoureux devant un théologien bibliste. A quoi auraient donc servi des années d'étude dans des universités pontificales s'il suffisait de s'initier pour tout comprendre? Refusant de s'inscrire dans cette perspective et ne s'autorisant pas non plus à rejeter les traditions, le philosophe va s'inspirer du travail du père Éric de Rosny; celui-ci avait lui-même subi une initiation en pays Douala et nous a livré l'expérience de son aventure dans son ouvrage intitulé: Les yeux de ma chèvre. L'intérêt porté à nos rites est à l'origine de l'élaboration de ma brochure, rites initiatiques gabonais à la rencontre de 12

l'Evangile. Malheureusement cette première tentative n'a pas suscité d'engouement de la part du clergé gabonais; certains pasteurs préférant s'enfermer dans une pastorale paresseuse. J'ai invité Simon-Pierre MVONE NDONG à s'engager avec moi dans la voie de la recherche portant sur les rites initiatiques gabonais et sur les traditions gabonaises en général. En réponse à ce vibrant appel, il nous a déjà rendu compte de ses premières investigations dans une thèse intitulée: médecine traditionnelle entre rationalité et spiritualité. Réflexion éthique et épistémologique sur l'approche africaine de la médecine: le cas du Gabon. Sa démarche scientifique consiste à développer la médecine traditionnelle dans une approche qui permette de la converger vers plus de rationalité tandis que la médecine moderne prendrait plus en compte l'imaginaire des patients. Le présent ouvrage poursuit le même but: tenter de comprendre les rites initiatiques gabonais pour en dégager les valeurs mais aussi les contre-valeurs. Bwiti et Christianisme est donc une réflexion approfondie sur l'un des rites initiatiques gabonais les plus répandus et diversement pratiqué. Il propose une vision philosophique (et pourquoi pas théologique) du monde. Des «intellectuels» de chez nous s'en sont rendus les maîtres. Simon-Pierre MVONE va nous aider à déchiffrer le monde du Bwiti. Sa réflexion n'a pas la prétention d'épuiser le sujet - il n'est pas un maître du Bwiti -, mais de susciter d'autres réflexions, en particulier celles des «Docteurs ès Bwiti ». Il a abordé ce rite en philosophe et ouvre des pistes théologiques pour que les théologiens les creusent afin d'en tirer des conclusions pastorales. Bwiti et Christianisme sera suivi par des analyses d'autres rites initiatiques gabonais. L'objectif étant non seulement de sauvegarder ceux-ci (ne sont-ils pas l'un des piliers de notre héritage culturel ?), mais aussi de les préserver des déviations 13

graves. D'où la nécessité de mener une réflexion sérieuse sur ces pratiques. C'est le but que le Centre Gabonais de Recherches en Ethique et Santé (CEGARES) poursuit. Entreprise délicate, qui ne peut aboutir sans la collaboration des maîtres initiateurs. C'est la raison pour laquelle CEGARES a établi un partenariat avec les associations des tradithérapeutes exerçant au Gabon. Avec elles, nous voulons sauver la médecine traditionnelle du charlatanisme. Puisse BWITI susciter non pas des polémiques stériles mais une synergie de réflexions enrichissantes pour la promotion de notre patrimoine culturel. Paris, le 7 février 07
Abbé Noël NGW A NGUEMA

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CHAPITRE

I

Objet et intérêt de ce travail

Une commission ayant pour objet de faire la mise au point sur la première évangélisation du Gabon s'était constituée en 1994 lors des préparatifs du 150ème anniversaire de l'Eglise catholique au Gabon. Les réflexions qui se déroulaient dans les paroisses de Libreville aboutirent à un constat: «il n'y a pas eu de contact réel et profond entre leurs cultures et l'Evangile; en tant qu'Africains, ils (les Gabonais) s'aperçoivent qu'ils n'ont pas rencontré de façon personnelle et radicale Jésus-Christ »1. C'est sûrement pour cette raison que, dans leur immense majorité, les Gabonais continuent à pratiquer leurs religions traditionnelles en marge du christianisme. Cette attitude est le fait des premiers missionnaires qui, en fait, étaient de braves gens; ils n'étaient pas dans une disposition qui pouvait les amener à faire des prouesses intellectuelles; Libermann pensait que pour être prêtre en Afrique les médiocres et même les plus médiocres suffisaient; les ignorants n'avaient pas besoin de beaucoup de chose pour que leurs âmes ignorantes soient délivrées des serres du diable. La raison fondamentale pour expliquer cet état de chose reste la colonisation, contexte dans lequel s'est effectuée l'évangélisation de l'Afrique. Une inquiétude persiste dans la tête de certains pasteurs conscients de la situation:« La
1

NGW A NGUEMA (N.) et al, Eglise du Gabon lève-toi et marche,
1994,p. 7.

~hasa,

nouvelle évangélisation verra-t-elle le jour chez nous, quand on sait le peu de place que les prêtres accordent aux laïcs dans notre Eglise du Gabon? »2. La même question est revenue, en juillet 2006, à Saint André, lors de la rencontre entre les cadres gabonais qui veulent se constituer en association et le Père Basile Mvé, Archevêque de Libreville. L'objet de la rencontre portait sur le thème: la place des cadres laïcs dans l'Eglise. Le problème de la place des fidèles laïcs dans l'Eglise du Christ qui est au Gabon est sous-tendu par une préoccupation: l'intérêt accordé à une autre forme d'évangélisation qui intègre toutes les dynamiques sociales. Notons que «l'inculturation vise à permettre à l'homme d'accueillir Jésus-Christ dans l'intégralité de son être personnel, culturel, économique et politique, en vue de sa pleine et totale union à Dieu le Père, et d'une vie sainte sous l'action de l'Esprit Saint »3. Dans ce cas, les rites initiatiques étant des problèmes concrets de l'existence des citoyens, il est nécessaire qu'une réflexion pastorale s'articule autour des difficultés qui naissent de leur fait. L'herméneutique des rites visera premièrement à identifier les valeurs culturelles afin de les purifier et de leur rendre la plénitude de leur sens. C'est un travail urgent et nécessaire pour l'Incarnation du Christ dans la vie des chrétiens du Gabon. C'est une tâche prioritaire pour la vie de l'Eglise et pour l'enracinement de l'Evangile en terre gabonaise. Malheureusement, malgré la série de conférences organisées dans les paroisses du diocèse de Libreville par l'Abbé Noël Ngwa Nguema et M. Mvone-Ndong depuis l'an 2000 au sujet des rites initiatiques gabonais, les prêtres de
2

3 JEAN-PAUL II, Ecclesia in Afr'ica. Sur l'Eglise en Afrique et sa mission évangélisatrice vers l'an 2000, Limete-Kinshasa, Médiaspaul, 1995, p. 68. 16

Ibidem.

notre Eglise continuent de s'enfermer dans une pastorale paresseuse. Beaucoup d'entre eux se contentent de condamner les initiés et de distribuer de l'eau bénite à des fidèles en détresse sans réel discernement. Ces prêtres n'éprouvent pas la nécessité de promouvoir la nouvelle évangélisation souhaitée. Si certains (les Occidentaux) prétextent que la nouvelle approche de la proclamation évangélique ne peut être initiée que par les prêtres gabonais, les gabonais estiment qu'il est difficile de revaloriser ce que l'on a diabolisé. Chacun trouve alors son créneau en vue de sa valorisation; dans la majorité des cas on fait dans des sacramentaux. On distribue de l'eau bénite aux fidèles, on passe la journée à faire de l'écoute en attendant des faveurs de la part de personnes nanties et dans tous les cas l'on s'efforce de crier un alléluia par-ci, un alléluia par-là en prenant la précaution de scander son discours par des slogans du type: «y a la joie ou y a pas la joie! ». Le Renouveau charismatique qui aurait dû être une chance pour l'Eglise commence à devenir un danger dans la mesure où l'on constate qu'il y a une pauvreté dans la réflexion. Il n'y a plus de différence entre les pratiques charismatiques des prêtres catholiques et celles des églises dites du réveil; les prêtres ne semblent pas avoir des ambitions tant pour leur Eglise que pour leur pays. Au cours de nos discussions avec les universitaires au sujet de la culture gabonaise, il nous est arrivé de constater que beaucoup de cadres ne ftéquentent plus certaines paroisses de la capitale et d'autres refusent même d'aller à l'Eglise alors qu'ils n'ont pas perdu la foi. La raison avancée par ces derniers est justement la légèreté avec laquelle certains prêtres traitent des questions relevant de la culture gabonaise. L'un d'entre eux est socio-anthropologue et je tais son nom par discrétion; il déclare: «le discours religieux des pasteurs est intellectuellement déficient parce que les 17

hommes d'Eglise n'utilisent pas suffisamment les instruments que les sciences humaines et sociales mettent à leur disposition pour comprendre la société dans laquelle ils vivent. Ils s'éloignent eux-mêmes de l'académie et ne peuvent pas connaître à quel niveau de réflexion leurs fidèles se trouvent sur des questions qu'ils traitent avec un peu trop de légèreté. En conséquence, nous avons une Eglise catholique qui ne répond pas à nos questions les plus intimes et on a l'impression de perdre de notre temps ». Malgré l'insatisfaction des fidèles, on préfère poursuivre la première évangélisation, et l'on s'imagine que les programmes de formation et les retraites classiques proposés aux laïcs suffisent à combler le hiatus qui existe entre la profession de foi des fidèles et ce qu'ils vivent réellement. De l'avis de l'Abbé Noël Ngwa, cette perspective est un leurre! Il estime que l'évangélisation actuelle n'est que du vernissage. Pour lui, l'argument qui consiste à dire que seuls les Gabonais peuvent comprendre l'âme africaine est, en fait, l'expression d'une réticence qu'éprouvent missionnaires et pasteurs à évangéliser les réalités que vivent les gens. Qu'estce qui justifie cette résistance? La paresse, la peur, les préjugés ou la qualité des prêtres? Le curé de Cœur Immaculé pense que cette attitude est en contradiction flagrante avec celle des apôtres. Quant à la raison avancée par les prêtres gabonais hostiles à la nouvelle évangélisation, elle a le mérite, selon lui, de mettre en lumière l'étendue des dégâts occasionnés par la formation imposée par l'Eglise en Afrique pendant la colonisation. Pour Libermann, fondateur de la congrégation des spiritains et du cœur sacré de Marie, «il n'est pas nécessaire que les Missionnaires de ces pays sauvages aient des connaissances très considérables. Le médiocre et le très médiocre suffit. Les besoins de ces pays sont si excessifs qu'on trouve moyen

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