Cahier d'Anthropologie sociale N°10 : L'image rituelle

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Description

Ce volume des Cahiers d’anthropologie sociale, L’image rituelle, dirigé par Carlos Fausto et Carlo Severi, porte sur les traditions iconographique des arts non occidentaux. Ces arts impliquent des images intenses et fragmentaires dont la forme mobilise depuis quelques décennies le regard des anthropologues en ouvrant une nouvelle perspective d’analyse aussi pour autres domaines, y compris littéraires.
Un certain nombre de recherches, dont ce volume rend compte, permettent aujourd’hui d’approfondir et de généraliser cette approche, qui conduit à considérer les images, ou les artefacts, non pas uniquement comme des systèmes de signes, mais aussi et surtout comme des systèmes d’actions et de relations. Certes, on n’a pas l’habitude de considérer les artefacts comme ayant une âme, comme des objets capables d’établir des relations avec les humains. Cependant, si on regarde les objets dans leur système relationnel, on s’aperçoit que lorsqu’ils apparaissent au sein de l’action rituelle, ils ne fonctionnent plus comme de simples supports d’un symbolisme, mais constituent de véritables moyens d’agir sur autrui, des dispositifs complexes de médiations investis de sens, de valeurs, d’intentionnalités spécifques. Dans la perspective adoptée ici par un groupe de chercheurs français et brésiliens, ce n’est pas seulement l’interprétation de l’objet en tant que personne, qu’il s’agit d’explorer. L’artefact n’apparaît plus comme la simple « incarnation » d’un être individuel, mais devient l’image complexe d’un ensemble de relations.

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Date de parution 14 avril 2015
Nombre de visites sur la page 120
EAN13 9782851974013
Langue Français

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cahiers10 d’anthropologie sociale L'imagerituelle
L’Herne 10
CAHIERS D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE
L’Herne
Ouvrage publié avec le soutien du Collège de France
© Éditions de l’Herne, 2014 22, rue Mazarine 75006 Paris lherne@lherne.com
L’IMAGE RITUELLE
Ce Cahier a été dirigé par Carlos Fausto et Carlo Severi
L’Herne
Cahiers d’anthropologie sociale
Comité d’honneur Claude LéviStrauss (19082009), Françoise Héritier, Nathan Wachtel
DirecteurPhilippe Descola
Coordinateurs de la collectionSalvatore D’Onofrio, Noëlie Vialles
Comité de rédaction Julien Bonhomme, AndréaLuz GutierrezChoquevilca, Monique JeudyBallini, Dimitri Karadimas, Frédéric Keck
Les Cahiers d’Anthropologie Sociale publient les journées d’étude et les séminaires du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS), unité mixte de recherche du Collège de France, de l’École des hautes études en sciences sociales et du Centre national de la recherche scientifique.
Sommaire
Carlos Fausto et Carlo Severi Introduction .....................................................................................
Carlos Fausto et Isabel Penoni L’effigie, le cousin et le mort. Un essai sur le rituel du Javari (Haut-Xingu, Brésil) ...........................................................................
Aparecida Vilaça Le contexte relationnel du cannibalisme funéraire wari’...............................
Bruna Franchetto et Tommaso Montagnani Langue et musique chez les Kuikuro du Haut-Xingu.......................... ..........
Acácio T. C. Piedade Le chant des flûtes : musique des esprits chez les Wauja du Haut-Xingu ...........
Julien Bonhomme La voix du mongɔngɔou comment faire parler un arc musical ........................
Charles Stépanoff Technologies cognitives du voyage chamanique. Cas iakoutes ........................
Carlo Severi Être Patrocle. Rituels et jeux funéraires dans l’Iliade .................................
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Introduction
Carlos Fausto et Carlo Severi
Depuis la publication deArt and Agency(Gell,1998, éd. fr. 2009)l’étude des formes d’action, et donc de subjectivité, attribuées aux artefacts est devenue un des thèmes majeurs de la recherche anthropologique. Lorsque Gell parlait, il y a bientôt vingt ans, d’agentivité de l’objet, il se référait toutefois à une notion de « vie » encore assez sommairement définie. Partout présente dans nos sociétés, l’idée d’une agentivité attribuée aux artefacts engendrait à ses yeux une croyance certes profondément enracinée dans la cognition humaine, mais aussi diffuse et volatile. Chacun de nous a, par exemple, l’expérience d’une parole virtuellement adressée à des animaux ou à des objets inanimés, auxquels nous attribuons, presque sans le vouloir, une personnalité ou une forme humaine. Poupées, voitures, ou ordi-nateurs nous apparaissent alors, le temps d’une phrase et du jeu d’interlocution qu’elle suppose, comme des interlocuteurs provisoirement légitimes. Lorsqu’on s’adresse ainsi aux objets de la vie quotidienne, ou qu’on leur attribue des pensées, des affects, des perceptions semblables aux nôtres, on suspend provisoirement cet état d’incroyance, pour utiliser la fameuse expression de Coleridge, qui nous dicte normalement une tout autre attitude envers les êtres inanimés. Cette suspen-sion peut nous paraître bien naturelle et spontanée. Elle est aussi, toutefois, bien instable, et révocable à tout instant. On ajoutera que l’agentivité de Gell était étroitement liée à l’idée, bien propre à l’anthropomorphisme occidental, d’une relation, presque spéculaire, entre un objet et une personne. Les artefacts, individuels ou distribués, qu’il étudie dans son livre, pensent, ressentent et parlent, souvent, comme des humains. Que se passe-t-il lorsque des objets inanimés assument d’autres identités que celle d’un être humain ? Comment changent-ils lorsqu’ils se trouvent inscrits dans un contexte bien plus contraignant que la simple « suspension d’incrédu-lité », comme celui de l’action rituelle ? Quelles formes prend alors la croyance ?
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L’image rituelle
Comment préciser les relations qui se nouent entre l’objet et l’être vivant qu’il est censé incarner ? Telles sont les questions, que les textes ici rassemblés (qui résultent 1 d’une recherche collectivement menée ) tentent de poser. En ce qui concerne la référence à l’humain, constante chez Gell, une des contri-butions de ces recherches ici réunies est sans doute que dans les traditions icono-graphiques non occidentales (notamment amérindiennes, sibériennes et africaines) qu’on a étudiées, l’anthropomorphisme ne semble pas jouer le même rôle qu’en Occident. L’iconisme semble s’établir dans ces traditions selon de tout autres prin-cipes. Dans le cas amérindien, par exemple, le problème de la figuration d’un être doué de pouvoir, que d’autres ont pu concevoir comme un « invariant anthropolo-gique » au sein d’ontologies différentes (Karadimas, 2012), ne conduit nullement à la projection d’une identité humaine sur l’artefact, mais plutôt à l’engendrement d’images hybrides et paradoxales, où les identités semblent s’enchâsser les unes dans les autres, selon un dispositif de références multiples (Fausto, 2011), composés de traits contradictoires (Severi, 2007). En ce qui concerne l’inscription de l’objet dans un contexte rituel, on admettra que c’est sans doute au sein de l’action rituelle, où se construit progressivement un univers de vérité distinct de celui de la vie quotidienne, que l’exercice de la pensée anthropomorphique ou, plus généralement, « subjectivante » peut cristalliser et engendrer des croyances durables. Les objets y assument, de manière infiniment plus stable, un certain nombre de fonctions propres aux êtres vivants. Ces mêmes objets, toutefois, peuvent aussi y prendre la place d’un défunt (Fausto et Penoni, Severi), ou établir une relation avec un environnement spatial et social à travers une forme spécifique de mouvement collectivement orienté (Stépanoff). Ailleurs, les artefacts peuvent chanter, faire de la musique (Bonhomme) ou prendre la parole à la place d’un être audible, mais qui échappe à la vue, tout en « habitant » un instru-ment (Piedade, Franchetto et Montagnani). Dans l’espace du rituel, sous forme de statuettes, d’images peintes ou sonores, les objets sont naturellement censés représenter des êtres (esprits, divinités, ancêtres) et c’est bien en tant que représentations iconiques que les anthropologues ou les historiens de l’art les considèrent habituellement. Il est pourtant clair que lorsqu’il agit sur la scène rituelle, lorsqu’il partage une expérience avec d’autres acteurs du rite, ou qu’il prend la parole pour eux, l’objetremplacel’être représenté. En fait, plusieurs études ici réunies montrent que cette focalisation sur la mise en acte de l’objet dans le rituel peut nous amener à considérer les artefacts non plus comme des systèmes de signes, mais aussi et surtout comme des systèmes d’actions et de relations. La prise en compte des dimensions pragmatiques et performatives des artefacts nous a paru, de ce point de vue, tout à fait essentielle. Lorsqu’on les analyse du point de vue de leur agentivité rituelle, les objets n’apparaissent plus comme de
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