Cahier d'Anthropologie sociale N° 7 : Désastres

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Pensée du désastre, penser le désastre, que pourrait être la tâche de l’anthropologie en ce lieu déraisonnable ? Les contributions rassemblées dans ce volume interrogent chacune les plis d’une rupture, la présence constante d’une déchirure, tenant ensemble simultanément l’épuisement du désastre et la création nécessaire à la survie, à la possibilité d’une vie en commun.
Certaines d’entre elles concernent plus spécifiquement la question du savoir et de ses modalités de connaissance : Quelle place a pris ou devrait prendre le désastre dans la construction du savoir anthropologique ? Quelle anthropologie peut émerger des polyphonies propres au désastre, victimes, persécuteurs, décideurs, observateurs? Que ce soit pour penser les formes de résistance aux désastres naturels, sociaux ou politiques, l’après shoah, les coulées de boue au Venezuela et les inondations en France, ou la question du viol, notamment en Inde.
D’autres s’attachent à un problème d’articulation, de la pensée du désastre et de la pensée conservatrice, du bouleversement radical et de son assise sociale ; articulation qui entraîne vers une désarticulation, vers cette rationalité au plus près de la déraison, opposée à la raison commune. Les ressorts créatifs des productions testimoniales, quelles que soient leurs formes, font émerger de nouvelles praxis : communauté de lépreux en Inde ou encore théâtre d’usagers psychiatriques au Brésil, etc.
Les extraits du journal de l’écrivain Elisabeth
Inandiak nous plongent au coeur des remous sociaux et de la réinvention quotidienne des sinistrés des nuées ardentes du volcan Merapi, à Java en 2010.

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Date de parution 18 février 2015
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Langue Français

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Désastres Désastres
cahiers d’anthropologie sociale L’Herne 07
CAHIERS D’ANTHROPOLOGIE SOCIALE
L’Herne
Ouvrage publié avec le soutien du Collège de France
© Éditions de l’Herne, 2011 22, rue Mazarine 75006 Paris lherne@lherne.com
DÉSASTRES
Cahier dirigé par Barbara Glowczewski et Alexandre Soucaille
L’Herne
Cahiers d’anthropologie sociale
Comité d’honneur Claude LéviStrauss, Françoise Héritier, Nathan Wachtel
DirecteurPhilippe Descola
Coordinateurs de la collectionSalvatore D’Onofrio, Noëlie Vialles
Comité de rédaction Julien Bonhomme, Nicolas Govoroff, Monique JeudyBallini, Dimitri Karadimas, Frédéric Keck
Les Cahiers d’Anthropologie Sociale publient les journées d’étude et les séminaires du Laboratoire d’anthropologie sociale (LAS), unité mixte de recherche du Collège de France, de l’École des hautes études en sciences sociales et du Centre national de la recherche scientifique.
In memoriam N G ICOLAS OVOROFF (1958  2011)
 Le 11 février 2011, Nicolas nous a quittés. Il comptait un grand nombre d’amis dans son milieu professionnel, celui de la recherche, car il possédait de rares qualités humaines. Détenteur de compétences techniques particulières qu’il mettait au service de ses collègues, il a toujours fait passer l’intérêt collectif avant ses inté rêts personnels, au détriment, trop souvent, de sa propre carrière. Dans un milieu où règne la compétitivité et où l’on n’est guère tendre envers ses collègues, Nicolas se démarquait par ce mélange de discrétion, de douceur, de droi ture, de force, de gentillesse et de lucidité qui le caractérisait. Ouvert, chaleureux, généreux, intuitif, il était profondément attentif aux autres et à chacun d’entre nous. C’était vraiment un homme de qualité, solide et fidèle en amitié, doué d’une grande capacité d’empathie, et sur lequel on savait pouvoir compter. Entré au laboratoire en 1998 et unanimement apprécié, Nicolas se confiait peu. Plutôt que de luimême, il préférait parler de ses enquêtes ethnographiques en Afrique, menées surtout chez les Koulango de Côte d’Ivoire. Il aimait aussi parler de chasse, de techniques de pêche ou des mœurs peu connues de certains pois sons du sudouest et du sudest de la France sur lesquels il avait écrit des articles sensibles. Nous savions peu de choses de sa vie et avions pourtant l’impression de bien le connaître tant il dégageait d’humanité. Quand la maladie l’a frappé, Nicolas l’a regardée en face. Il en parlait sans détour, avec la même rationalité que celle dont il usait dans son travail de chercheur, sans s’apitoyer sur son sort. Plus que jamais, il s’est distingué par son élégance morale. Soucieux de nos états d’âme et désireux d’atténuer notre chagrin, il insistait sur le fait que sa vie n’était pas triste pour autant et qu’il apprenait beaucoup sur luimême et sur le monde médical. Son esprit curieux, sa finesse et son goût pour la recherche ethnologique se manifestaient jusque dans sa façon, remarquablement sentie, d’évoquer son expérience de malade et ses relations avec les médecins. Il a transformé sa maladie en ultime apprentissage, ne cessant d’en faire un objet de réflexion ethnographique. Lui manquaient seulement, concédaitil, les balades en forêt et le contact avec la nature ; cette nature sur laquelle il possédait des connais sances érudites mais qu’il savait si bien apprécier pour ellemême. Douloureusement ressentie, sa disparition laisse un vide cruel au sein de notre laboratoire et du comité de rédaction desCahiers dont il fut membre dès leur création.
Sommaire
Barbara Glowczewski et Alexandre Soucaille Présentation11 ...........................................................................................................................................................
Barbara Glowczewski Résister au désastre : entre épuisement et création23 ....................................................................
Elisabeth D. Inandiak Journal de l’éruption du volcan Merapi (26 octobre 201012 juin 2011)41 ..................................................................................................................
Salvatore D’Onofrio Le retour de LéviStrauss : de la catastrophe à l’anthropologie61 .......................................
Julien Langumier et Sandrine Revet Une ethnographie des catastrophes estelle possible ? Coulées de boue et inondations au Venezuela et en France77 ...................................................
Fabienne Martin Bifurcations. Les vies lépreuses91 ................................................................................................................
Peter Pál Pelbart Ambiguïtés de la folie105 ....................................................................................................................................
Alexandre Soucaille Le viol et la question du féminin115 ...........................................................................................................
Clotilde Lebas Par–delà les peurs : histoire d’une femme algérienne131 ...........................................................
Présentation
Barbara Glowczewski et Alexandre Soucaille
« ‘L’aprèscoup’ est un concept majeur et nécessaire, voire, comme nous l’avons dit, au niveau microscopique comme macroscopique, dans l’histoire humaine, une vision du monde. »
Percival Everett,Le supplice de l’eau, Arles, Actes Sud, 2009 : 48
Qu’il provienne de phénomènes naturels ou qu’il soit du seul fait humain, le désastre 1 a une incontestable puissance évocatrice. Dans la pluralité des études s’y consacrant, prédominent largement la violence et le spectaculaire de la destruction, tout comme la réduction du désastre àl’événementquiaeulieu.Pourtant, ce que recouvre ce 2 terme reste difficile à circonscrire. Il est de ces mots qui ne peuvent jamais coïncider avec ce qu’à un moment donné ils ont à nommer. Non seulement parce que chaque fois la singularité des événements désastreux s’y substitue, privant le « désastre » d’une définition stable propre à la description d’un phénomène particulier, mais aussi parce 3 que le désastre ne peut s’identifier à une réalité factuelle, objectivable par des critères d’évaluation précis et prédéfinis – quantité d’individus touchés, intensité des violences, impact des destructions matérielleset naturelles, degré ou mode de l’extinction légiti mant ou non l’usage des termes de « génocide » ou d’ « ethnocide », etc. Placer un événement sous le signe du désastre, c’est donc y déceler quelque chose de plus, un excès, c’est penser que l’événement ne peut se réduire à lui seul. Ou plutôt : ce qui fait événement n’est pas en soi désastre ; il le devient, non seulement dans la perception après coup que les humains en ont (Delécraz et Durussel, 2007 : 1213), mais plus encore dans son déploiement à long terme, dans sa présence constante dans l’après. En quelque sorte, le désastre n’est déjà plus le choc extrême ou l’effroi de l’événement, il n’est déjà plus là quand il apparaît, il a déjà eu lieu, ce n’est qu’une fois passé qu’on le réalise (Blanchot, 1981).
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