Cameroun : Les parrains de la corruption

Cameroun : Les parrains de la corruption

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Livres
112 pages

Description

Ouvrage des éditions Clé en coédition avec NENA

Membre de la société civile, témoin privilégié au sein de la stratégie gouvernementale de lutte contre la corruption, l'auteur dévoile comment les structures de lutte, le Comité Ad Hoc où siègent les ministres, l'Observatoire qui mène une action sur le terrain et les cellules ministérielles, portent en elles-mêmes les maux qui les minent : les hommes du pouvoir ! Les chaines de ce fléau ont pris tout un pays en otage et l'étouffent froidement. Certaines représentations diplomatiques s'en mêlent. C'est le cas du Consulat général de France où l'auteur a démantelé un réseau de corruption au Service des visas. Le Président de la République, après ses discours pédagogiques, vient demanifester une ferme volonté de faire reculer la corruption au Cameroun. Quelques hauts commis de l'État sont en prison. Jusqu'où ira le Chef de l'État avec la Commission nationale anti-corruption (CONAC) ? Les espoirs de tout un peuple ne vont-ils pas s'évanouir demain comme un rêve ? Le Chef de l'État a signé et ratifié la Convention des Nations unies contre la corruption. Toute la communauté internationale a les yeux fixés sur le Cameroun. Pendant ce temps, l'auteur, lui, propose un plan d'action pour déverrouiller le système.

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Date de parution 01 janvier 2014
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EAN13 9782370151582
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Caméroun, les parrains de la corruption
Chapitre I Le ver est dans le fruit
Chapitre I Le ver est dans le fruit
Les Camerounaises et Camerounais de nos jours, sont t raqués au quot idien par deux ennemis implacables : le SIDA et la CORRUPTION !
Le premier t ue inexorablement ses vict imes en nombre encore limit é, mais ef f rayant ; les f amilles ent errent leurs mort s.
L’aut re ennemi, la corrupt ion, est un brasier ardent qui consume les services administ rat if s de t out e la nat ion; elle inst aure la pauvret é et la misère qui conduisent également à la mort , f aut e de pouvoir accéder aux soins de sant é les plus élément aires, car il f aut payer sa consult at ion, « mot iver » le médecin et l’inf irmière à l’hôpit al, t rouver de l’argent pour la pharmacie… beaucoup de malades se t ournent vers les colport eurs qui passent dans les villages et les « pharmacies du gazon » où sont vendus les médicament s périmés ou à emballages imit és, avec des comprimés en f arine blanche ou colorée, à des prix modérés.
D’aut res se jet t ent à corps perdu sur la pharmacopée t radit ionnelle. Les char-lat ans leur promet t ent une sant é rapide, même en cas du sida, disent les pancart es. La corrupt ion dét ruit également les meilleurs cit oyens; elle réduit en cendres leurs rêves de bât ir une nat ion prospère, une sociét é just e et équi-t able basée sur le mérit e, l’int égrit é, la f rat ernit é, les vert us de l’ef f ort et de la récompense bien mérit ée. Tout es ces valeurs sont aujourd’hui f oulées aux pieds par la cast e de cert ains f onct ionnaires, hommes polit iques sans scru-pules, af f airist es, t ous corrompus et qui baignent dans l’opulence, pendant que l’immense majorit é du peuple lut t e opiniât rement pour survivre dans un pays lament ablement appauvri. Le cœur de ces Camerounaises et Camerou-
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Chapitre I Le ver est dans le fruit
nais « noircit » chaque jour davant age de colère et de haine cont re ceux qui les rançonnent et dét ournent les deniers publics. Aut eurs de la gabegie et de la souf f rance ambiant e, les corrompus se pavanent en libert é dans not re pays et à l’ét ranger en t out e impunit é. Ces voyous à col blanc dict ent leur loi; ils ont pris t out e une nat ion en ot age. Tout le monde : hommes, f emmes, enf ant s, se sent enf ermé dans le cercle vicieux de la corrupt ion. Celle-ci se prépare déjà dans l’enseignement supérieur. À l’École Nat ionale d’Administ ra-t ion et de M agist rat ure (ENAM ), les f ilières Douane et Impôt s sont générale-ment les plus prisées; dans ces administ rat ions, grâce à la corrupt ion et aux dét ournement s, le niveau de vie des jeunes f onct ionnaires commence où s’arrêt e celui des aut res f onct ionnaires arrivés à l’âge de la ret rait e, après plusieurs décennies de bons et loyaux services, dans l’administ rat ion cent rale.
Alors, leurs collègues à leur t our, f ont des pieds et des mains maint enant , pour obt enir voire achet er un act e de nominat ion, de parachut age, avec l’aide des marabout s si nécessaire; la nominat ion est le sésame vers les privilèges et les dét ournement s massif s des deniers publics, budget s mis à leur disposit ion pour la gest ion de leur unit é administ rat ive. Dans les bureaux, les subalt ernes monnayent leurs services avec les usagers.
Depuis des années au Cameroun, not amment après plusieurs coupes de leurs salaires, les f onct ionnaires négocient des sommes à leur verser, dans l’accom-plissement de leurs t âches. Ils ont organisé des chaînes de malversat ions chaque maillon est prot égé par sa hiérarchie, moyennant un versement quot i-dien ou mensuel en espèces. C’est une condit ion essent ielle pour occuper longt emps son post e.
M algré les scandales des dét ournement s publiés dans les journaux, ils se disent ent re eux : « Les chiens aboient , la caravane passe ! » Ils rest ent sourds
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Chapitre I Le ver est dans le fruit
et indif f érent s aux convulsions, remous, soulèvement s des ét udiant s, réprimés f érocement par les f orces de répression.
Le jour où not re sociét é explosera n’est plus loin, du f ait des haut s décideurs et de leur syst ème de corrupt ion, imposé aux masses product rices exclues du part age des richesses, ainsi que les jeunes sans avenir, désespérés, sans parler des gens honnêt es, ext énués par une vie de galère sous l’ardent soleil où ils t ranspirent comme des bêt es de labour, pour une minorit é de pot ent at s cyni-ques et égoïst es.
Que la communaut é int ernat ionale ne joue pas alors à l’hypocrisie, en s’ét on-nant de la f ureur de ces Camerounais « d’en bas », abandonnés et livrés à leurs bourreaux. Il est encore t emps de désamorcer la bombe.
Le Président de la République Paul BIYA, dans son message à la nat ion le 31 décembre 2003, a f ait un const at d’échec amer en ces t ermes :« Depuis des années, nous f aisons des ef f ort s sout enus pour lut t er cont re la corrupt ion qui gangrène cert ains sect eurs de not re sociét é. À ma demande, le gouver-nement a déf ini une st rat égie pour combat t re ce f léau, mais il f aut bien admet t re qu’elle t arde à port er ses f ruit s. »
Nous pouvons donc légit imement nous demander si la st rat égie mise en place par le gouvernement est suscept ible d’inquiét er les corrompus et les corrup-t eurs. Les hommes désignés pour animer cet t e st rat égie sont -ils eux-mêmes convaincus de la nécessit é de combat t re ce f léau ? Ont -ils la conscience libre et les mains propres pour s’invest ir dans la lut t e cont re la corrupt ion ? Ont -ils les moyens et les t ext es appropriés pour mener une act ion int ense et sout enue af in de donner les résult at s escompt és ? Exist e-il réellement de la part des uns et des aut res, une volont é polit ique f ranche et un engagement
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Chapitre I Le ver est dans le fruit
énergique pour en f inir avec la corrupt ion ? Tout es ces quest ions et d’aut res encore appellent à des réponses sat isf aisant es. La sit uat ion de not re pays nous int erpelle t ous.
Cert es, la corrupt ion ne sera pas éradiquée ni au Cameroun, ni dans le monde moderne où l’argent t end à devenir le dieu de la majorit é des gens; mais considérée comme une maladie, à l’inst ar d’un médecin, nous pouvons la diagnost iquer, prescrire un t rait ement adéquat avec un risque de rechut e bien compris, et la f aire reculer au Cameroun pour qu’elle y devienne l’except ion et non la règle.
La corrupt ion à ciel ouvert dans nos rues par les hommes en t enue nous irrit e et nous f ait hont e en t ant que Camerounais; mais f orce est de const at er que celle-ci s’est ét endue et a gangrené t ous les corps de l’Ét at . Elle s’est diversi-f iée et s’est érigée en un syst ème sophist iqué insupport able et mercant ile. Elle se prat ique à la Police, la Gendarmerie, la Douane, l’Éducat ion nat ionale, la Just ice, la Sant é, les Impôt s, les Finances, les Domaines pour l’accession des Camerounais à la propriét é f oncière, et d’une manière générale, se t raduit par la vent e des post es de responsabilit é à l’embauche dans les sociét és privées, les nominat ions dans la f onct ion publique, l’ent rée dans les grandes écoles, la passat ion et l’exécut ion des marchés publics, les dét ournement s massif s et organisés des deniers publics, l’ext orsion des f onds, la surf act ura-t ion ou la f act urat ion f ict ive, les pourcent ages en commissions, l’impost ure, la malhonnêt et é, la violence, les salaires versés aux f onct ionnaires f ant ômes, et c.
La corrupt ion a pervert i le sens moral des haut s dirigeant s, des f onct ionnaires et cont ract uels de l’Ét at ; elle a supprimé les valeurs posit ives de l’ét hique, de l’ef f ort , de la persévérance et de la valeur int rinsèque. À Présent au Came-roun, t ravailler dans la légalit é, f aire conf iance aux aut orit és pour une saine
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Chapitre I Le ver est dans le fruit
évolut ion et l’about issement normal d’un dossier est devenu une except ion. Il f aut « suivre » le dossier à chaque ét ape, « bien parler » devant chaque f onc-t ionnaire et « mot iver » l’int éressé, surt out lorsque ce dernier est cert ain qu’il y a de l’argent à t oucher à l’about issement du dossier. La chasse aux corrup-t eurs est ouvert e à t ravers les démarcheurs privés, pudiquement appelés les « f acilit at eurs » pour cont act er les just iciables, les malades, les usagers, les invit er à passer rencont rer t el magist rat , t el médecin ou inf irmier qui prendra part iculièrement soin de son af f aire, de son malade, bien que ce dernier ait payé t ous les f rais nécessaires à son hospit alisat ion. L’impunit é not oire dont jouissent les aut eurs des malversat ions dans la haut e sphère, encourage les proviseurs des ét ablissement s scolaires, à chercher des prot ect ions « d’en haut », à marchander ouvert ement et hont eusement les places d’ent rée au lycée pour ceux qui ont échoué au concours, à rayer même le nom d’un admis pour le remplacer par celui d’un cancre qui peut payer. Conséquence : pour survivre dans not re sociét é act uelle, il f aut se plier à la loi inf ormelle de la corrupt ion imposée par les mécréant s, les impost eurs, les f aussaires, les médiocres, les « f eymen ». Ceux-ci passent pour des héros de la nat ion et sont admirés, voire idéalisés par la jeunesse; leur exemple est désormais à suivre par les honnêt es gens, pour ne pas t omber dans le ridicule de l’int égrit é, du nat ionalisme et du sens élevé de l’int érêt général.
Les Camerounaises et Camerounais honnêt es rest ent désarmés, impuissant s et plient l’échine devant cet t e corrupt ion, ivraie envahissant e aux graines t oxi-ques; ils se demandent comment leur pays a pu en arriver là et surt out , s’il exist e encore un espoir d’en sort ir et comment ?
La st rat égie dont parlait le Chef de l’Ét at et qui donne des résult at s mit igés se t raduit concrèt ement par la créat ion :
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– D’un Comit é Ad Hoc de Lut t e cont re la Corrupt ion où siègent les minist res et dont le Premier minist re est le Président ;
– D’un Observat oire de Lut t e cont re la Corrupt ion;
– Des Cellules M inist érielles de Lut t e cont re la Corrupt ion.
Six ans après la mise en place de ces st ruct ures et malgré un arsenal de t ext es anciens et quelques nouveaux, la corrupt ion s’enracine chaque jour davan-t age. Pourquoi ? Parce que dans la prat ique et à l’examen du f onct ionnement des mécanismes de ces st ruct ures, il a ét é prévu des blocages insidieux pour paralyser leur rendement , cont rôler radicalement leur act ion et neut raliser leur pouvoir d’exécut ion. Au cont raire, les f onct ionnaires se servent surt out de ces t ext es de répression pour ef f rayer, inquiét er, f aire chant er les cont ri-buables pour les cont raindre à payer le maximum.
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Commençons par ét udier le cadre juridique du législat eur camerounais pour la lut t e cont re la corrupt ion. Il comport e les mesures pénales et administ ra-t ives.
A. Les mesures pénales
La corrupt ion est déf inie et sanct ionnée au Cameroun par les t ext es de loi ci-après : – Lois n° 65/LF/24 et n° 67/LF/1 des 12 novembre et 12 juin 1967 port ant Code Pénal; – Loi n°91/020 du 16 dé cembre 1991 f ixant les condit ions d’élect ion des dépu-t és à l’Assemblée Nat ionale.
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