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Campagne française, campagne britannique

358 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296197329
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CAMPAGNE FRANÇAISE, CAMPAGNE BRITANNIQUE

@ L'Harmattan, 1989 ISBN: 2-7384-0556-8

Sous la direction de Maryvonne BODIGUEL et Philip LOWE

CAMPAGNE FRANÇAISE, CAMPAGNE BRITANNIQUE
Histoires, images, usages au crible des sciences sociales

Ouvrage publié avec le concours de l'Université Paul Valéry de Montpellier

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

Cet ouvrage a été conçu à la suite de la première réunion de l'Association Franco-Britannique d'Études Rurales qui s'est tenue à la Maison Française à Oxford (Grande-Bretagne) en 1987. Cette rencontre pluri-disciplinaire avait pour thème: «les études rurales en France et en Grande-Bretagne, approches comparées », et a pu être menée à bien grâce au concours de l'Economic and Social Research Council, du Centre National de la Recherche Sciel)tifique et du Ministère français des Affaires Etrangères. Nous remercions ici nos traducteurs, Henry Buller et Pierrette Collomb, dont le concours nous a été précieux.

SOMMAIRE
PREAMBULE 9

PROLEGOMENES

11 13

- La campagne, quelle campagne (Maryvonne Bodiguel) - Le rural français et britannique, app,roche sp,atiale et
traditions universitaires (Maryvonne Bodiguel, Henry Buller et Philip Lowe)

29

CHAPITRE I HISTOIRE RURALE

53 55

- Introduction: Eléments pour une comparaison francobritannique (Geneviève Gavignaud)
- Histoire rurale en Grande-Bretagne: Thèmes récents en histoire de l'agriculture et de la société rurale (Gordon Mingay). - Histoire en perspective: les études rurales dans l'historiographie française (Geneviève Gavignaud, Ronald Hubscher)
CHAPITRE Il ECONOMIE AGRICOLE

63

83

103 105 111 125

- Introduction: la discipline en France et en GrandeBretagne (André Brun)
- L'évolution, l'infrastructure et les orientations de l'économie agricole en Grande-Bretagne (David Colman)

- Quarante ans d'économie rurale (Michel Blanc, Phillipe Lacombe)
CHAPITRE III GEOGRAPHIE RURALE

155 157

- Introduction:

la géographie rurale en France et en Grande- Bretagne (Mark Cleary et Hugh Clout) 7

- La géographie
Kayser)

rurale en France (Gilles Sautter, Bernard en Grande-Bretagne (Malcolm

162 190

- La géographieCloke) rurale Moseley, Paul

CHAPITRE IV SOCIOLOGIE

RURALE

213 215 223 242

- Introduction: Sociologie (Peter Hamilton)
- La sociologie

rurale ou sociologie du rural

rurale en France (Maryvonne Bodiguel, Bertrand Hervieu)

- La sociologie rurale en Grande-Bretagne Terry Marsden et Michael Winter)
CHAPITRE V ANTHROPOLOGIE RURALE

(Graham Crow,

ET ETHNOLOGIE

261 263 267 293

- Introduction: l'anthrQPologie britannique, l'ethnologie française (Maryon McDonald) - L'ethnologie
du domaine français depuis cinquante ans (Martine Segalen, Gérard Lenclud, Georges Augustins)

- Travaux récents en anthropologie rurale de la GrandeBretagne (Anthony Cohen)
CHAPITRE VI LA SCIENCE POLITIQUE ET LE MILIEU RURAL

307 309 313 330

- Introduction: Ruralité et politique (Jean Charlot)
- La politique rurale en Grande-Bretagne (Wyn Grant) - La science politique et les problèmes ruraux (Isabel Boussard)

LISTE DES AUTEURS

353

8

PREAMBULE

Ce livre repose sur un paradoxe: comparer deux entités qui se sont révélées étrangères l'une à l'autre: les champs du rural en France et en GrandeBretagne. En organisant cette confrontation à la Maison Française à Oxford en avril 1987, nous ignorions la largeur de la mer qui nous séparait et, on le sait, qui varie avec l'objet des débats. L'identité du vocable "rural" dans les deux pays pouvait laisser supposer quelques convergences, la langue de Shakespeare gardant de très nombreuses traces de l'influence latine. Cette expérience nous a rappelé que l'île a depuis longtemps largué ses amarres culturelles, les domaines du "rural" de part et d'autre de la Manche n'ont en commun que l'inclusion du secteur agricole bien que dans l'un et l'autre cas il n'y tienne pas la même place. Le choix des approches et des idées relaté dans cet ouvrage permet de mettre en lumière un des écueils à l'internationalisation des recherches et même des politiques: l'absence de communication réelle, les malentendus sournois qui mènent le dialogue s'il n'y a pas au préalable une réflexion en profondeur sur les notions elles-mêmes. Chacun sait confusément que toute culture teinte ses concepts de ses couleurs nationales, il est cependant assez répandu de faire semblant, par commodité, de l'ignorer. La recherche en pâtit comme le dialogue des nations, en particulier en Europe ou la gestion communautaire peut sans cesse échouer sur une plage d'indifférence ou un mur de refus. Les échos de cette confrontation franco-britannique autour des études rurales porte au-delà de ce face à face oxonien. La Grande-Bretagne draine dans son sillage les pays de l'Europe du Nord qui lui sont culturellement attachés; l'anglais y est enseigné dès l'école primaire et on sait qu'une langue porte en elle un univers idéologique; les universités sont de ce fait nourries d'ouvrages de langue anglaise ce qui marque ensuite les approches scientifiques nationales. La France est un Etat de transition entre le nord et le sud de l'Europe, attentive à l'aire culturelle anglo-saxonne, à l'Allemagne comme à l'Espagne, à l'Italie, à la Grèce, au Portugal, parce qu'elle abrite des hommes et des paysages du nord et de la Méditerranée. Ce livre n'est donc pas seulement l'analyse des tribulations d'un débat pluridisciplinaire autour des recherches rurales, il illustre aussi les détours nécessaires à la réalisation d'un véritable dialogue européen.

9

PROLEGOMENES

LA CAMPAGNE, QUELLE CAMPAGNE?

Maryvonne

BODIGUEL

Avant de laisser parler les différentes disciplines et pour éviter un sentiment de confusion, il paraît nécessaire de faire la clarté sur le contenu de la notion de "rural", des deux côtés de la Manche. Nous verrons en effet à travers les différentes approches disciplinaires, tous les malentendus sous-jacents qui risquent de nuire à l'interprétation. Notre intention est de replacer les propos français et britanniques dans leur contexte et leur originalité nationales afm d'éviter l'erreur d'un rapprochement hâtif, l'identité du vocable dans les deux pays pouvant laisser entendre celle de la notion. Le statut marginal du mot "rural" comme substantif et comme adjectif est commun aux deux pays. En Grande-Bretagne il est franchement d'origine et d'usage universitaire, et les institutions en général l'ignorent. L'aménagement rural s'appelle "countryside planning" et non "rural planning". En France l'usage du mot "rural" comme substantif est récent, mais l'adjectif a capté l'attention de générations de chercheurs depuis la première guerre mondiale. Par ailleurs, après 1945, lors de la remise en état du territoire français, l'administration s'interroge sur l'avenir de l'espace non urbain; des recherches sont alors commandées pour aider à l'élaboration des plans quinquennaux et le "rural" acquiert un statut administratif. On peut dire qu'en France le vocable "rural" est universitaire et technocratique, en Grande-Bretagne il est seulement universitaire; par contre des deux côtés, pour le commun des mortels, il s'agit de la campagne, "the countryside". Le détour par l'Histoire pour éclairer les sources d'une notion aussi sensible est une tâche délicate, étant donné les risques d'une simplification caricaturale. La campagne, le rural pour les savants, fait en effet l'objet de représentations communes, familières au grand nombre, chargée de significations culturelles profondes impliquées dans les conduites ordinaires comme dans les comportements politiques plus officiels. L'Histoire est dans ce cas un esquif fragile et pourtant essentiel pour celui qui choisit d'y prendre place, les raisons qu'elle propose sont nombreuses, certaines paraissent souveraines, mais on ne peut toujours embrasser qu'une partie du paysage à la fois.

13

I. SCIENCES DE LA NATURE ET CAMPAGNES REVEES: DES PRODUITS EUROPEENS.

Keith Thomas (1985) dans son célèbre ouvrage montre combien l'évolution de la notion de nature aux XVIIe et XVIIe siècles, et celle de campagne qui lui est associée est le fruit d'une alchimie subtile; idées philosophiques, progrès scientifiques, changements économiques et sociaux, situations politiques, concourent à la cristallisation des représentations activée aussi par une industrialisation et une urbanisation rapides. Cependant la manière dont les anglais ont mis en question la suprématie de l'homme sur la nature et transformé leur rapport à la campagne ne leur est pas originale, c'est un élément de la culture occidentale.

La fin de l'anthropocentrisme. La philosophie classique, l'ancien testament, prônaient la domination et l'exploitation de la nature par l'homme: elle lui permettait de se nourrir, de se chauffer, de se vêtir. La civilisation judéo-chrétienne sera des plus anthropocentriques en affirmant que le progrès passe par l'assujettissement de la nature, tandis que "l'Europe des Lumières fait de la victoire de l'homme sur d'autres espèces son thème central" (Keith Thomas 1985 : 3). Tout ce qui touche de très près à la nature, comme le paysan par exemple, lui était assez facilement assimilé et taxé de brutalité, de bestialité, d'inintelligence natives. "L'idéal de la suprématie de l'homme avait donc des conséquences pour les relations des hommes entre eux, tout autant que pour leur manière de traiter le monde naturel" (Keith Thomas 1985: 56). La critique de l'agriculture traditionnelle commence à la fin du XVIIe siècle, par delà cette critique, les naturalistes établissent un champ d'études qui se veut objectif. "L'enquête systématique sur la nature va être menée en se fondant sur l'hypothèse que plantes et animaux doivent être étudiés pour euxmêmes, indépendamment de leur utilité ou de leur signification pour l'homme" (Keith Thomas 1985 : 116). Implicitement c'est prendre en compte l'idée que la nature puisse exister pour et par elle-même et non seulement pour les besoins et objectifs humains, idée défendue par Descartes, Leibniz, Galilée. C'est à travers Hume et Kant, et leur refus de donner à l'homme un quelconque avantage dans le jeu des forces naturelles, que Keith Thomas entrevoit les prémices du concept de système écologique (1985 : 219). Cet anthropocentrisme utilitaire fera place à un autre: "entre 1690 et 1730 se déploie en Occident ce que depuis le XVIIe siècle on appelle en France la "théologie naturelle" et en Angleterre la "physico-théologie". Alors se dessine une fracture imprévue entre les systèmes populaires d'appréciation de la nature et les conceptions de pieux savants qui portent sur le monde extérieur un regard nouveau" (Corbin 1988: 35). Il s'agit bien là d'un néo-anthropocentrisme dans la mesure où si la nature, la campagne, devient spectacle, c'est l'homme qui lui donne un sens en y voyant un don de Dieu à sa créature. La nature est intelligible 14

puisqu'elle est création de Dieu, pour la même raison elle est édifiante; à la fois objet d'investigation scientifique, instrument pédagogique, environnement spectacle, elle devient le souci d'une élite sociale occidentale.

La campagne objet A partir du milieu du XVIIIe siècle, si la conscience populaire reste imprégnée de "théologie naturelle", la conscience "éclairée" va davantage se tourner vers l'investigation, ce dont témoignent les récits des grands voyageurs. L'idée d'environnement spectacle est toujours omniprésente mais un souci d'objectivation scientifique s'affirme à travers les multiples relations empiriques. Dans une Europe du Nord qui voit croître ses villes, ceci va de pair avec l'idée que seule la bonne nature rurale peut, face à la mauvaise culture urbaine, permettre un ressourcement intérieur (Cachin 1986: 449). En effet, à partir du XVIIe siècle en Angleterre, un peu plus tard en France, s'affirme chez l'élite une tendance à détacher ce qui est nature, paysage, càmpagne, de la production et des pratiques sociales, et ainsi à idéaliser l'univers rural. D'un côté de la Manche comme de l'autre, il ne s'agit plus de soumettre la nature à la rationalité humaine, attitude si bien illustrée par l'aspect des jardins à la française. "A la fin du XVIIIe siècle, au moment où l'Angleterre nous transmet le goût du parc "naturel", apparaît une nouvelle image idyllique et "sensible" de la campagne: ce n'est plus l'endroit où s'attache au solIe travail paysan, ni le décor forestier où passent les chasses, mais une campagne "à rêver", la campagne d'un Tiers Etat éclairé, à mi-chemin entre l'univers rustique du cultivateur et le cosmos idéal du parc à la Le Nôtre" (Cachin 1986 : 437). La campagne rêvée n'a pas d'épaisseur sociale, elle est représentation symbolique, antidote au séjour dans les villes corruptrices. A côté de cette campagne "état d'âme" s'en révèle une autre, témoin de l'histoire et de l'exploitation de l'espace, objet des des£riptions agronomiques d'Arthur Young et des voyages pittoresques de Jean-Joseph de Laborde, premier valet de chambre de Louis XV (Cachin 1986: 449). La campagne est non seulement un déversoir d'émotions, mais aussi l'image de la nation historique "profonde". Depuis la fin du XVIIIe siècle les multiples révolutions françaises assorties d'exodes forcés ont renforcé un brassage des élites française et britannique. La traduction artistique de l'idéalisation de la campagne témoigne de ces échanges, ainsi que l'édition illustrée des "Voyages pittoresques et romantiques de l'ancienne France" publiés entre 1820 et 1870 et à laquelle les artistes des deux côtés de la Manche participèrent de concert. Ce brassage est d'ailleurs largement européen, les guerres napoléoniennes ayant acheminé vers Paris de nombreuses oeuvres d'art, en particulier hollandaises et flamandes (Cachin 1986 : 452). Ainsi en Angleterre comme en France, la campagne magnifiée devient paysage symbolique, enracinement historique, évasion romantique ou un "naturel" sur mesure sert de catalyseur aux émotions "authentiques". Tout le folklore est absent de cette campagne représentée, c'est le triomphe du temps sur l'évènement, de la permanence sur l'éphémère. C'est dans cette même mouvance européenne d'idées et de représentations que va évoluer la notion de "campagne" britannique et française. Une 15

même bourgeoisie montante, urbaine et récemment enrichie, se montre le meilleur soutien de ces idéologies, cependant les deux "campagnes" ne sont ni habitées des mêmes significations, ni porteuses des mêmes rôles. A côté d'une campagne rêvée trans-frontières, largement d'inspiration hollandaise et britannique, continue à s'affirmer une campagne vécue intimement liée à l'histoire économique et sociale de chacun des territoires nationaux. Les conditions socio-économiques britanniques permettront à ces mouvements idéologiques élitistes d'influer durablement sur la représentation populaire de la campagne alors qu'en France, une situation toute différente lui conservera une position marginale.

II. LA CAMPAGNE BRITANNIQUE

Chaque époque s'édifie déjà dans la précédente et l'analyse de la constitution d'un ensemble idéologique est un travail souterrain sans fin. Il paraît cependant possible ici de dégager des lignes de forces qui s'organisent d'une part autour de l'essor de l'industrialisation grâce à la diffusion de la machine à vapeur au XVIIIe siècle, et d'autre part autour de l'évolution du rôle social des représentations de la campagne en Grande-Bretagne.

L'industrialisation

transfonne

la perception

du territoire.

La Grande-Bretagne a, dès le XVIIe siècle, amorcé le changement profond qui lui donnera une position privilégiée dans l'Europe industrielle moderne. La mise au point de la machine à vapeur est née d'une accumulation de recherches européennes: Galilée, Torricelli, Pascal, Denis Papin s'y sont employés; cependant l'application de la technique à l'industrie est le fait des anglais, Thomas Newcomen et surtout l'écossais James Watt. Ingénieur et mécanicien, il perfectionne suffisamment le système pour parvenir à la machine-outil; ce succès inestimable pour l'industrialisation de l'Angleterre sera assorti de diverses conséquences relatives à l'état du secteur agricole, à la répartition démographique, à l'évolution des relations sociales. L'utilisation de la vapeur comme source d'énergie va accroître l'exploitation des ressources naturelles: l'eau mais surtout le bois et le charbon. Dès la fin du XVIIe siècle, de nombreuses régions britanniques montraient une calvitie qui deviendra définitive et caractéristique de certains paysages. Le bois, devenu aussi bien nécessaire à la propulsion des bateaux vers les nouvelles colonies qu'aux machines à vapeur de l'industrie, sera particulièrement exploité sans grand souci de renouvellement. La demande de bois s'accroît aussi dans une population qui augmente considérablement; Gordon Mingay dans son article ci-inclus rappelle une croissance de 100 % entre 1650 et 1750, et de 300 % entre 1750 et 1850 ! Les progrès conjugués de l'industrie et de l'agriculture vont permettre cet essor et concourir à bouleverser la carte démographique du pays. 16

L'expansion industrielle amène en effet une population rurale à s'agglutiner dans les zones minières et portuaires en pleine expansion; c'est la grande époque de Manchester, Liverpool, Birmingham, Sheffield, Glasgow. Dans le même temps la Grande-Bretagne transforme son agriculture. On discute encore aujourd'hui du rôle de l'instauration des "enclosures" dans le phénomène d'exode rural et l'expansion de la grande propriété au détriment des petits agriculteurs; nous ne retiendrons que le fait: tout au long du XVIIIe siècle, l'agriculture s'installe dans une économie de marché capitaliste. L'exploitation des produits manufacturés enrichit une fraction de la nation qui a tout intérêt à acheter à bon marché ses denrées agricoles dans les pays nouvellement sous tutelle. L'agriculture nationale en pâtit, mais restructurée en grandes propriétés, elle s'adapte. Propriétaires terriens, aristocrates ou bourgeois sont de plus en plus des gens d'affaires; ils ont des intendants appelés plus tard "agents immobiliers" qui gèrent de véritables entreprises pouvant comprendre des terres agricoles, des bois, des industries urbaines (Gordon Mingay ci-inclus). Le déclin de la paysannerie, amorcé à la fin du XVIIe siècle, sera consacré aux siècles suivants, marqué par la désertion des plus pauvres partis tenter leur chance en ville, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande. Le rapport d'une population à son territoire est largement fonction des moyens et des conditions de vie qu'il offre. La montée en force d'une classe moyenne (commerçants, professions libérales, gros fermiers, banquiers), les progrès de l'industrie, des transports (la première ligne de chemin de fer est inaugurée en 1825 et au début du règne de la reine Victoria, 600 km de voies étaient en exploitation) favorisent le capitalisme et consacrent définitivement la primauté des villes. L'agriculture est elle-même incluse dans cette économie de marché comme un secteur d'investissement et de spéculation; ce secteur de l'économie est urbain dans sa conception et sa gestion. La population d'ouvriers agricoles, de petits commerçants dont l'horizon reste résolument rural ne pèsera plus guère dans l'univers économique et idéologique du XIXe siècle et a fortiori du XXe. C'est à travers la ville et ses problèmes que se définiront désormais les règles du jeu des classes sociales, des rapports de pouvoir politiques et économiques et que s'élaboreront par conséquent les idéologies. Il est inutile de rappeler ici les descriptions d'un prolétariat urbain misérable -qui ne connaît les évocations de Dickens ni de Marx- ; la croissance rapide, massive et incontrôlée des villes va susciter souffrances, laideurs, nuisances, insalubrité et inciter une bourgeoisie nouvellement enrichie à se donner bonne conscience; la classe ouvrière, avant d'avoir son parti, le "Labour", sera à divers titres la préoccupation d'une élite non pas soucieuse d'égalité mais désireuse d'assurer à chacun un minimum de bien-être. Ces transformations économiques profondes et leurs effets sociaux pervers seront en effet intimement liés à un bouillonnement d'idées qui marqueront pour longtemps la société. Tout d'abord le capitalisme qui va s'épanouir sous Victoria est privé, fondé sur le savoir-faire et le dynamisme personnel. C'est le triomphe du libéralisme et de l'individualisme incarnés par une bourgeoisie que trois réformes électorales (1832, 1867, 1884) et l'acquisition de terres vont mener au pouvoir et à la notabilité locale. Ce libéralisme, cet individualisme, a ses chantres, comme Jeremy Bentham pour qui l'importance de la fortune acquise par soi-même donne la mesure de l'homme; il suffit de lui assurer sécurité et égalité des 17

chances, la liberté et l'ingéniosité feront le reste. La situation sociale de la classe ouvrière dans ce climat d'expansion et de concurrence aura aussi ses idéologues, entre autres le philanthrope Robert Owen, fondateur des premières sociétés coopératives de consommateurs. Le chartisme, mouvement d'émancipation ouvrière parti en 1837 de l'Association des Ouvriers londoniens, éveille les consciences aux problèmes du prolétariat et ouvre la voie au syndicalisme et aux conquêtes sociales des trade unions dans la deuxième moitié du siècle. La Grande-Bretagne offre alors l'image paradoxale d'une société dans laquelle une petite partie de la population vit de l'exploitation de l'autre partie avec néanmoins le souci de lui ménager en compensation un minimum de "bienêtre" (welfare) ; c'est dans ce climat philanthropique que va se dessiner le rôle de la campagne. L'euphorie d'une expansion industrielle rapide est ponctuée des dernières émeutes de la faim dans les campagnes, mais en s'étiolant, la population rurale se fera moins entendre que la population ouvrière urbaine entassée dans des faubourgs insalubres. La grande dépression économique de 1880 favorisera un examen de conscience: que valent le libéralisme, le culte du progrès et en particulier l'industrialisation face à ses conséquences, le mode de vie urbain et ses effets moraux et sanitaires néfastes, l'expansion des villes et le saccage du cadre de vie traditionnel? L'optimisme aveugle du début du siècle fait place aux mises en garde et plaidoyers de John Stuart Mill, William Morris, au message de John Ruskin particulièrement entendus par une bourgeoisie qui cherche à intégrer l'idéologie aristocratique en privilégiant le genre de vie. "Ce que j'admire dans la classe à laquelle vous appartenez déclare, dans le "Lothaire" de Disraeli, un bourgeois à un aristocrate, c'est que ses membres vivent au grand air, qu'ils excellent dans les exercices du corps, qu'ils ne connaissent qu'une langue et qu'ils ne lisent jamais. Ce n'est pas une éducation complète, mais c'est la plus haute éducation connue depuis les Grecs..." (Chastenet 1947). Ce genre de vie "inimitable" auquel aspire la bourgeoisie nouvelle est un idéal menacé par dégradation d'un environnement, d'un cadre dans lequel évolue toute la société. Ce cadre, ce décor, c'est la campagne.

L'évolution

des représentations

sociales de la campagne.

Le tableau des opulentes villes victoriennes et ~es faubourgs crasseux a pour fond une campagne transformée par les nouvelles structures d'exploitation du sol et la désertion des petits agriculteurs. Toute l'activité économique et même l'agriculture procèdent des villes qui ont considérablement accru leur emprise territoriale, mais aussi envahi l'univers mental des citoyens des bourgs ruraux. La campagne, progressivement privée de son dynamisme économique et des représentations sociales qui l'accompagnent va être investie d'autres fonctions. Elle sera à la fois le paysage dans lequel évolue la société,le poumon par lequel elle respire, un héritage des générations précédentes à transmettre et, à cause de tout cela, un bien collectif sur lequel il faut soigneusement veiller. Dès le XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne est, avec les Pays-Bas, le pays le plus urbanisé d'Europe, et si les charmes de la ville source d'art, de savoir et de modernité avaient jadis été chantés, la détérioration de l'environnement ur18

bain plaide maintenant pour l'esthétique et la salubrité de la campagne. Le "smog" de Londres, les déchets des entreprises industrielles, la surpopulation ouvrière des villes en expansion économique font le lit de ce désir de campagne; il est non seulement l'expression d'un rejet, d'un instinct de conservation, mais aussi l'appropriation idéologique d'un espace à réinvestir. Avec la transformation de l'agriculture en grande propriété foncière capitaliste, avec l'extension territoriale des villes et leur annexion de la population des bourgs, la campagne économique est devenue essentiellement "urbaine", alors que son rôle comme "nature" et témoignage historique, bâti ou non, s'érige en bastion de l'identité nationale. Ainsi "the countryside" deviendra bien sûr le paradis des esthètes amoureux de la nature, comme ces adhérents de la "Royal Society for the Protection of Birds" créée en 1889; mais elle sera aussi bien le lieu d'action privilégié des membres du "National Trust" qui en 1895 pour faire barrage à la dégradation des sites, se porteront collectivement acquéreurs de propriétés bâties ou non et même plus tard de villages entiers. A la fois nature "sauvage", paysage humanisé, bâtiment d'intérêt historique et patrimoine culturel national, la campagne est le symbole vivant d'une époque pré-industrielle dont les britanniques ressentent l'intérêt vital. Patrick Abercrombie, premier secrétaire honoraire du "Council for the Protection of Rural England" créé en 1926 déclare: "le plus grand monument historique en notre possession, la chose la plijs essentielle qui constitue l'Angleterre est la campagne, le bourg-marché, le village, les haies d'arbres, les chemins, les halliers, les ruisseaux et les fermes" (Lowe et Goyder 1983 : 18). Nous trouvons là un magnifique raccourci de la conception britannique du "rural" : la nature, les paysages, l'agriculture, les ensembles d'intérêt historique; "the countryside" dans la mesure où elle peut être soustraite aux nuisances de l'industrialisation est, d'une manière privilégiée, la mémoire des anglais. Ainsi dès la fin du XIXe siècle la campagne, considérée comme un bien collectif, est protégée et gérée comme tel; mémoire vivante et espace non pollué, elle doit par ailleurs concourir à l'édification de chacun selon ses aspirations et ses besoins. La bourgeoisie philanthrope pense aux loisirs et à l'éducation des ouvriers qui pratiquent la "semaine anglaise" ; la "middle upper class", fille de l'industrie et du commerce, cultive dans ses "country houses", manoirs souvent somptueux, l'art de vivre traditionnel des aristocrates. La notion moderne de "countryside" ou rural pour les intellectuels, est en partie le fruit d'une projection idéologique et sociale de cette classe dirigeante inquiétée par les revers de ses succès économiques. Les promoteurs du "National Trust", de la "Royal Society for the Protection of Birds" font partie de l'élite; ceux, un peu plus tard, du "Council for the Protection of Rural England" sont non seulement des autorités politiques et culturelles du pays, mais aussi des cerveaux de l'urbanisme comme Patrick Abercrombie, architecte et pionnier de l'aménagement urbain. Ces idées et représentations de la nature analysées précédemment, et qui ont circulé grâce aux élites sociales dans l'Europe du Nord aux XVIIe et XVIIIe siècles ont trouvé en Grande-Bretagne un terrain particulièrement propice à leur épanouissement. La campagne "vécue" devient surtout une agriculture capitaliste et un cadre naturel, environnement spectacle mais aussi nature édifiante, qu'il faut faire connaître à une population ouvrière citadine. C'est aussi à 19

travers villages, bâtiments et paysages, et face aux villes trop neuves, le témoignage du passé national garant de l'identité du pays. Ce retour à la nature "qui a même au XIXe siècle, comme en France en 1968, suscité la création de quelques "communautés" (Lowe et Goyder 1983 : 20), est en effet une recherche de racines culturelles, mais aussi la sauvegarde d'une identité nationale menacée par des changements structuraux trop rapides. C'est "l'establishment" qui crée ainsi son décor, tout comme il a régné tout au long du XIXe siècle et a su s'attacher la classe ouvrière par sa législation sociale. Bien. que promues par le parti conservateur, les mesures sont très populaires: liberté syndicale, droit de grève, restriction du travail des enfants, semaine de 56 heures pour les adultes, "semaine anglaise", amélioration des logements insalubres, fréquentation scolaire obligatoire dès 1876, puis gratuite en 1892. Le milieu ouvrier lui-même est conduit par une oligarchie, et il faudra attendre la grande grève des dockers en 1889 pour que les ouvriers non qualifiés aient accès à la vie syndicale (Chastenet 1947). Cependant la classe ouvrière, inquiète de ses conditions de vie, reste très largement à l'écart de ce mouvement qu'on appelle aujourd'hui environnementaliste; elle était néanmoins considérée par l'élite comme partie prenante de cette idéologie pour trois raisons essentielles: la campagne est nécessaire à l'hygiène mentale et corporelle, elle est source de savoir, de promotion individuelle et d'identité nationale, sa protection devient un devoir collectif à assumer. La proximité d'un appareil de gestion administrative très décentralisé et, par conséquent, la traditionnelle prise en charge par la société civile de ses propres intérêts, va permettre à une classe moyenne montante de gérer au mieux cette idéologie. En effet, au XIXe siècle, la haute bourgeoisie partage progressivement certains privilèges d'une aristocratie qui, elle, s'ouvre aux fonctions lucratives ; la période suivante verra par contre la classe moyenne s'identifier dans bien des domaines à la bourgeoisie. La notion de classe sociale est en effet d'une grande importance pour le fonctionnement de la société britannique; elle n'est pas seulement une catégorie socio-économique utile aux spéculations intellectuelles, mais aussi l'aune qui permet de prendre la mesure de son voisin et de projeter la sienne propre. "Il est clair que pour l'opinion, la différence entre classes moyennes et classe ouvrière dépasse la différence de profession ou de revenu pour toucher à la façon d'être et de vivre", écrit Monica Charlot (1979: 27) ; c'est en fait l'éducation qui est en cause. L'enquête de Nordlinger en 1967 montre qu'aux yeux des britanniques même ouvriers, l'éducation est plus importante que l'instruction (Monica Charlot 1979). La meilleure éducation est par définition celle de l'élite imprégnée de valeurs aristocratiques; elle représente un idéal national qui homogénéise certains comportements. Par mimétisme, le rapport à la nature, aux monuments historiques, aux paysages, aux valeurs du passé deviendra aisément caractéristique non pas seulement de l'élite mais du pays tout entier. Cette évolution économique, sociale, culturelle, créatrice d'une conception de la campagne, va marquer l'aspect du territoire comme l'étude des problèmes ruraux. Dans les villages, l'habitat individuel avec jardin fleuri sera l'apanage d'une classe moyenne urbaine capable d'acheter son logement et peu 20

sensible au fait d'effectuer tous les jours un long trajet pour se rendre au travail. La valetir du cadre supplante l'aspect pratique et induit un comportement militant dont témoignent les nombreuses associations locales de protection de l'environnement naturel, historique, ou même "ordinaire". C'est un indice d'éducation personnelle et civique. Il n'existe en campagne qu'un seul secteur d'activité géré par le Ministère de l'Agriculture, des Pêches et de l'Alimentation, et faisant vivre 2,5 % de la population active qui lui est rattachée. Par ailleurs, c'est en ville que les habitants des campagnes trouvent leurs revenus. Le champ d'investigation du "rural britannique" est ainsi tracé; il comprend deux axes principaux, l'agriculture et l'environnement. L'agriculture, secteur de l'économie nationale, sera d'une manière privilégiée l'objet des historiens, des géographes, des sociologues et des économistes agricoles. L'environnement est un champ d'investigation plus difficile à cerner sur le plan disciplinaire; il est à prendre en compte par toutes les activités directement concernées par le cadre de vie: urbanisme, aménagement récréatif des campagnes, protection des espèces, conservation des paysages, des bâtiments historiques etc... La spécificité du "rural" britannique est donc d'une part, d'aborder un secteur de l'économie, l'agriculture, occupant une proportion infime de la population active; d'autre part, en tant que cadre "naturel" marqué par l'histoire, d'être le lieu privilégié des représentations sociales de l'identité nationale. Le domaine rural ne recouvre en aucune manière comme en France un ensemble de populations diversifiées, présentant un certain nombre d'intérêts sociaux, politiques, économiques particuliers.

III. LA CAMPAGNE EN FRANCE.

Le XVIIIe siècle britannique voit la société rurale entraînée dans le sillage d'une révolution industrielle et capitaliste tranquille mais hégémonique, au même moment la société paysanne française se consolide sur place et prépare son apogée. La révolution de 1789 abolit les droits féodaux qui pesaient surtout sur les campagnes, favorise la propriété de la terre; la demande alimentaire urbaine augmente et appelle innovations culturales et main d'oeuvre agricole. Aux XVIIIe et XIXe siècles, la conjoncture française est favorable à la paysannerie qui va persister, peser lourd et représenter dans la nation un capital économique et politique à renforcer.

Une paysannerie

persistante.

Comme en Grande-Bretagne,

aux XVIIe et XVIIIe siècles, la population

21

française augmente considérablement malgré les accidents dus aux famines et aux épidémies. Elle s'accroît d'un tiers au cours de cette période et compte 27 millions d'habitants à la fin de l'Ancien Régime; il est permis de penser qu'environ 22 millions d'entre eux sont ruraux, dont 18 millions d'origine strictement agricole (Duby et Wallon 1975 : 370). Malgré cette croissance, l'exode rural est timide. En effet dans le même temps, l'expansion des villes appelle une production alimentaire accrue sans qu'une amélioration notable des techniques ou des structures agricoles intervienne; elle satisfait à la demande grâce à une main d'oeuvre dont l'amélioration des conditions de vie et d'hygiène permet l'accroissement. La campagne n'est pas pour autant fermée sur elle-même, villes et campagnes s'interpénètrent et leurs relations s'accroissent grâce à l'amélioration des voies de communication; un exode souvent temporaire existe surtout dans les régions éloignées des grands centres névralgiques du pays; par ailleurs, les campagnes proches des villes bénéficient de ressources annexes, surtout pour les femmes, nourrices, lavandières, ouvrières à domicile. Pourtant, à la veille de la Révolution, "la paysannerie demeurait soumise, écrasée de droits, enfermée dans une communauté rurale qui était à la fois un secours pour le faible et un frein à la modernisation" (Duby et Wallon 1976 : 9). Cette période est cependant traversée en France des idées et des techniques qui nourrissaient l'Europe des Lumières. Les nordiques (des Flandres et des Provinces Unies), avec une "conscience éclairée" et une "représentation spectaculaire" de leur environnement naturel exportaient aussi une conception très productiviste de leur secteur agricole. Leur modèle, fondé sur l'intensification de la production, la culture sans jachère, les céréales, les choux, les légumineuses, l'élevage en stabulation, aurait pu convenir à certains exploitants français; des paysans du Nord s'y sont essayés et enrichis mais cette influence reste marginale; l'extension du modèle passe en effet par des réformes techniques ou structurelles (suppression de la jachère, partage des communaux) qui se heurtent à des résistances sociales intenses alors que les intérêts divergent dans les différentes couches d'agriculteurs (Duby et Wallon 1975: 417). A l'inverse de la Grande-Bretagne et de la Hollande, dans cet univers rural français surpeuplé, la question sociale fait masse et l'emporte sur le raisonnement économique. Les anglais dont la structure socio-économique est plus proche de celle de la Hollande et des Flandres ont plus aisément dès la fin du XVIIe siècle adopté le "modèle nordique" : la prépondérance d'un développement industriel et commercial, d'une production orientée vers l'exportation, de l'urbanisation n'engendre pas un intérêt majeur pour la question sociale rurale. Un souci prépondérant d'efficacité économique prévaut dans la restructuration foncière en grande propriété et dans l'application des méthodes intensives nordiques initialement conçues pour les petites exploitations. Les physiocrates français ont trouvé outre-manche une réalisation quasi exemplaire de leur thèse, eux qui prônaient la grande propriété, la rente foncière nécessaire à l'investissement, l'abolition de l'assolement forcé, des communaux et de la vaine pâture nécessaire à l'intensification de la production. Cette idéologie est conforme à la conception évoquée plus haut, largement partagée dans une société bourgeoise éclairée de l'Europe du Nord, d'une nature extérieure à l'homme mais ordonnée par Dieu et dont il doit user à son meilleur profit; tirer le meilleur parti de la terre, même sacralisée, est conforme à cette idéologie. 22

La société rurale française du XVIIIe siècle ne pouvait être, dans son ensemble, perméable à ces idées, à part quelques aristocrates soucieux de leurs terres et des fermiers aisés en cours d'accession à la bourgeoisie. Entre la situation sociale rurale de cette fin d'Ancien Régime et la bourgeoisie éclairée des lumières le divorce est profond; 18 millions de français sur 27 vivent de l'agriculture (22 millions de français vivent à la campagne) et nourrissent les villes, cependant Voltaire et Rousseau ne voient pas là une population grosse d'avenir: le premier proscrit l'étude au laboureur car il n'en a que faire pour tenir la charrue et Rousseau qui ne veut pas bousculer la Nature conseille de laisser le paysan en son état et de ne pas l'instruire (Duby et Wallon 1976 :532). Ils sont les apôtres d'une intelligence européenne qui voit le progrès à la ville, considère la Nature comme une antidote nécessaire à l'urbanisation et un recours obligé pour préserver un équilibre moral et affectif individuel, perçoit l'agriculture et ses hommes comme ressource et instruments essentiels à la prospérité générale. La perception d'une campagne agricole, siège d'un intérêt social et politique particulier suscité par une population où peuvent fermenter des idées de portée nationale est assez loin de leur conception de l'avenir de la société française. Pourtant la campagne et surtout la campagne agricole persiste et signe: son poids démographique est extrêmement important dans la nation, ses productions circulent mieux, l'Eglise veille à la scolarisation des jeunes, des gros fermiers s'enrichissent et recherchent la notabilité. La révolution de 1789 en abolissant les droits féodaux, en libérant la contestation, se prépare à débrider le monde rural.

L'affinnatioll d'ulI pouvoir mral. La révolution française est bourgeoise, les paysans ne sont pas armés pour mener à bien leurs revendications jusqu'au sommet de l'Etat. Les années qui la précèdent préparent le terrain: aux graves difficultés financières d'un roi s'ajoutent celles des nobles et la pression fiscale connaît ses limites. La bourgeoisie peut investir dans la terre lorsque l'aristocratie est contrainte à abandonner un peu de son capital foncier, l'exploitant aisé s'agrandit aussi. Les possibilités d'accession à la propriété, obsession sécuritaire du paysan, vont s'accroître après 1789 avec la législation nouvelle; la bourgeoisie se sert grassement mais les cultivateurs aisés en bénéficient aussi, instaurant ainsi de nouvelles perspectives socio-politiques locales. La hiérarchisation de la paysannerie est complexe, du cultivateur propriétaire pouvant entretenir une dizaine de domestiques au petit paysan sur quelques arpents de terre, obligé de se louer à la journée pour compléter ses revenus. Pour les plus humbles, la possession d'un lopin, c'est l'assurance de nourrir une famille, l'indépendance relative, la satisfaction de ne pas être au bas de l'échelle sociale; pour les plus aisés, c'est l'accession au "pays légal", au droit de vote que donne le cens, impôt dont la plus grande partie est calculée sur l'avoir foncier. L'acquisition de terres, qu'elle soit bourgeoise ou paysanne, redéfinit les rôles et les pouvoirs locaux, permet au peuple d'organiser lui-même la vie de la collectivité rurale qui s'achemine vers son âge d'or. Il est impossible de voir, comme en Grande-Bretagne, s'édifier dans l'ensemble de la France de grands domaines capitalistes, ils restent l'exception. 23

Pour une campagne surpeuplée, la ville n'est pas encore un exutoire important de main d'oeuvre, nous ne connaîtrons une réelle poussée industrielle urbaine qu'à la mi-XIXe siècle, plus d'un siècle après l'Angleterre. La demande de terres reste donc importante et le morcellement du domaine agricole assuré, le maintien et l'évolution accélérée, sociale et politique, des populations des campagnes
aUSSi.

C'est en effet une époque faste pour les industries rurales qui disposent sur place d'une main d'oeuvre à bon marché, souvent à domicile pour les femmes. La bourgeoisie y trouve son compte, les paysans aussi qui bénéficient ainsi de revenus d'appoint en saison morte; la pluriactivité dans les familles agricoles contribue à maintenir à la campagne une population nombreuse et une grande diversification des activités (Hubscher 1984) ; rappelons que la demande accrue de produits alimentaires allait aussi dans le sens du maintien sur place d'une main d'oeuvre abondante. Dans un grand nombre de régions françaises, c'est donc une société encore complète avec industrie, artisanat, commerce et bien sûr agriculture, qui s'épanouit du milieu du XVIIIe siècle au milieu du XIXe. Comme en GrandeBretagne, il faudra l'accélération du phénomène urbain et de l'urbanisation, puis celle des innovations techniques et culturales agricoles pour voir ébranler cet édifice; cependant nous ne serons ni dans le même contexte social et institutionnel, ni dans la même conjoncture européenne. Le pouvoir politique est lié à la maîtrise du sol. Bourgeois ou cultivateurs en ac.cédant à la propriété acquièrent en principe des droits civiques. Cependant jusqu'en 1848 il faut plus souvent être bourgeois pour faire partie du "pays légal" car l'impôt direct exigé pour être électeur est très élevé (le nombre total d'électeurs pour la France n'atteint pas 100000. Duby et Wallon 1976: 143) ; il faut attendre la révolution de 1848 et l'instauration du suffrage universel pour voir les campagnes entrer massivement en politique. Entre temps la paysannerie, atavique ment prompte à s'agiter, s'est calmée, instruite, enrichie, et dans les communes a fait l'expérience de la vie municipale. La révolution de 1848, "en instituant le suffrage universel, fait des ruraux qui sont alors les plus nombreux en France, les arbitres du destin national" (Duby et Wallon 1976 : 164), alors que, comme le souligne ensuite l'auteur, le législateur pensait davantage au peuple des villes qu'au peuple des champs. La prise de conscience du poids politique du domaine rural s'est faite progressivement, perçu à gauche ou à droite suivant les époques, les scrutins et les régions; les problèmes économiques et sociaux croissants qu'il ne tarde pas à susciter sont là pour renforcer sa présence.

Représentations

utopiques et réalités socio"écollomiques.

L'apogée des campagnes françaises peut être située au milieu du XIXe siècle; la population est toujours nombreuse, la consommation urbaine croissante, des prix agricoles globalement favorables; l'accession à la propriété se développe, à l'instruction aussi, la société rurale s'épanouit sans que l'influence des villes n'altère trop son originalité, sa cohésion. "Il s'agissait d'une conjoncture as24

sez exceptionnelle de facteurs techniques, économiques, démographiques ciaux" (Duby et Wallon 1976: 337).

et so-

A partir du milieu du XIXe siècle, la France accélère son industrialisation et la bourgeoisie concentre ses activités dans les villes. La raréfaction des petites industries rurales restreint la pluriactivité, réduit donc les revenus d'appoint des agriculteurs et entraîne un exode. La ville offre alors des débouchés et induit un transfert de population "du rural à l'urbain" dont la courbe ascendante ne se tassera qu'à partir de... 1965. A cela s'ajoutent des crises agricoles dues aux accidents climatiques, au phylloxera dans le milieu viticole, au mouvement européen d'effondrement des prix agricoles. La grande dépression de 1880 qui frappe l'ensemble des économies nationales, et favorise en Angleterre, parce qu'elle ébranle une économie urbanisée, un regain d'intérêt pour la campagne, suscite en France, pays rural, un mouvement vers les villes. Les rentes foncières s'amenuisent et les propriétaires tendent à vendre. La campagne devient plus agricole et de moins en moins rurale. A l'aube du XXe siècle, la France rurale se voit courtisée et montée en épingle par les hommes politiques: sa population fait masse et les problèmes qu'elle pose au pays sont importants. Alors qu'elle brillait dans son archaïsme et se complaisait dans son champ du cygne, le secteur agricole de certains pays d'Europe, en particulier celui de la Grande-Bretagne, s'était considérablement modernisé dans des structures adaptées aux progrès techniques. Le morcellement excessif et l'exiguïté des exploitations, l'absence d'organisation professionnelle efficace, l'exode tardif d'une main d'oeuvre nombreuse feront progressivement de la question rurale un important problème écopomique et social aux multiples facettes: modernisation de l'agriculture, encadrement technique, aménagement des structures foncières, décomposition des collectivités rurales par désertion des industries, des artisans, des commerçants. L'espace rural, plus de 90 % du territoire national à l'époque, ne pouvait être abandonné à une désertification anarchique; considérablement étendu par rapport aux autres pays de l'Europe, l'agriculture devait y demeurer un de nos atouts majeurs; enfin en tout français sommeille un rural, sinon un paysan, certains découpages électoraux favorisent la campagne et les hommes politiques ne pouvaient qu'y être attentifs. Au début du siècle, les éléments généraux qui vont structurer jusqu'à une époque récente les représentations de la campagne sont en place: l'importance électorale de la population rurale et surtout agricole, le souvenir tenace d'une société multifonctionnelle et originale, il faut bien le dire très proche, l'importance des agriculteurs comme vestiges de cette société et gardiens potentiels de son souvenir, comme puissance économique indispensable à l'équilibre national. Deux guerres mondiales passeront, de profonds changements sociaux, économiques, culturels, feront leur chemin avant de bousculer ces éléments fondamentaux ; il faut attendre le recensement de 1975, révélant l'amorce d'un accroissement de la population rurale ainsi que l'amenuisement spectaculaire de la population agricole pour que cette représentation du monde rural soit réellement discutée.. Elle participe à la fois de l'utopie et de la réalité. La génération née dans la dernière décennie du XIXe siècle s'est progressivement éteinte autour des années soixante et soixante-dix, elle pouvait raconter un "âge d'or" d'autant plus idyllique qu'il était recréé et évoqué par les témoins d'un déclin s'achevant. Il y a 25

utopie mais aussi part de réalité grâce à ces témoins directs, dont les agriculteurs forment effectivement la majorité, mais aussi nombre d'urbains de la première génération. Par ailleurs, jusqu'à la deuxième guerre mondiale, la moitié de la population française était encore rurale (contre 27 % aujourd'hui) et pesait donc lourd dans la balance électorale; enfin l'agriculture, même à effectif réduit, a bien été récemment nommée notre "pétrole vert" (1974). Ces dix dernières années ont vu se multiplier les moyens de communication et un redéploiement de population urbaine dans les campagnes; les nouveaux grands-parents à histoires seront bientôt tous les adolescents du rock des années soixante, demain les agriculteurs ne seront plus que 4 % de la population active. Néanmoins, la campagne couvre toujours en France 80 % du territoire national et même si la population présente aujourd'hui les caractéristiques des modes de vie urbains, même si les communications interdisent toute idée d'enclavement physique et intellectuel, elle forme par son importance une entité politique, économique, sociale prise en compte comme telle. Des densités de population réduites et variées, des particularismes géographiques nombreux, des sociétés attachées à leurs habitudes régionales, un souci de répartition équilibrée des activités économiques obligent à considérer la campagne en elle-même. Tout au long du XIXe siècle et même jusqu'à récemment dans le XXe, l'idée d'une campagne nature à protéger n'a pas vraiment percé dans les mentalités ; la nature est avant tout nourricière et la terre est rare pour une population trop nombreuse et pauvre malgré des améliorations notoires. L'esprit environnementaliste à l'instar de la Grande-Bretagne n'a pas fait fortune dans une société française essentiellement rurale. Ce phénomène urbain issu des philosophes du XVIIIe siècle et commun à une élite éclairée des deux pays y est resté marginal bien que les français aient fait chorus avec les britanniques en fondant en 1901 la Société de Protection des Paysages, en songeant en 1906 à protéger les monuments "naturels" après les monuments "historiques" en 1887, en créant en 1890 une association, le Touring Club de France cherchant à donner au public le goût de la nature et de la conservation des valeurs esthétiques de l'environnement. Si, comme en Grande-Bretagne, la société rurale et surtout l'agriculture avaient été minoritaires, peut-être la graine aurait-elle germé comme aux Pays-Bas, mais la France était une nation de paysans qu'ils soient à la campagne ou trop fraîchement débarqués en ville. La dimension économique, sociale et politique de la campagne était telle qu'elle envahissait le champ culturel et politique et ne laissait qu'à quelques anglophiles distingués ou admirateurs de l'école de Barbizon le culte de l'esthétique champêtre. L'investigation scientifique contemporaine de la campagne ne pouvait que plonger dans l'épaisseur d'une société en voie de décomposition sous la poussée de l'industrialisation, de l'urbanisation, et de l'édification d'un secteur économique moderne, l'agriculture. La campagne-nature laissée aux poètes n'était pas un problème de société, peut-être ne l'est-elle pas encore vraiment aujourd'hui. *
* *

26

Campagne britannique, campagne française, deux réalités très différentes dans des pays pourtant noeuds de communication pour des réseaux de diffusion d'idées nouvelles, techniques, artistiques, révolutionnaires qui parcourent l'Europe. Soumis à une même conjoncture européenne, ils répondent en fonction de conjoncture nationale, institutionnelle, sociale, économique. Le XVIIIe siècle a marqué en Europe un important tournant dans la conception de la campagne via celle de la nature et l'évolution des techniques; les pratiques nationales s'en sont trouvées très diversement atteintes. Ce contraste entre un brassage cosmopolite des idées et les réalités nationales est aujourd'hui toujours aussi vif. L'Europe en devenant une entité économique et politique supra-nationale véhicule plus que jamais des notions et concepts d'apparence universelle mais qui, rapportée aux nations, se révèlent d'une extrême diversité sémiologique. Faut-il conclure au cloisonnement des nations ? Non, cet ouvrage en témoigne.

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BIBLIOGRAPHIE

CHASTENET Jacques (1947) : Le siècle de Victoria, Paris, Fayard, Coll. Les grandes études historiques (4°). LOWE Philip, GOYDER Jane (1983) : Environmental groups in politics, Londres, George Allen & Unwin. CHARLOT Monica (1979) : L'Angleterre cette inconnue, Paris, Armand Colin. CORBIN Alain (1988) : Le Territoire du Vide, l'occident et le désir du rivage 1750-1840, Paris, Aubier. CACHIN Françoise (1986): Le paysage du peintre in Pierre NORA (ed.) Les lieux de mémoire, T.II la Nation: 435-486, Paris, Gallimard. DUBY Georges et WALLON Armand (ed.) : Histoire de la France Ruraie T. II (1975) : l'âge classique des paysans: 1340-1789 T. III : apogée et crise de la civilisation paysanne: 1789-1914. HUBSCHER Ronald (1984) : La pluri-activité : un impératif ou un style de vie ? in La pluriactivité dans les familles agricoles, Paris, A.R.D. Editions.

28

LE RURAL

FRANÇAIS

ET BRITANNIQUE:

APPROCHE SPATIALE ET TRADITION UNIVERSITAIRE

Maryvonne BODIGUEL Henry BULLER Philip LOWE

Nous avons saisi combien la notion de "rural" dans les deux pays s'enracinait dans l'histoire sociale, économique, culturelle; la définition même d'un espace dit "rural" va suivre les mêmes méandres. Elle est le fruit d'une cristallisation idéologique autour de tendances politiques, d'institutions, de données démographiques, géographiques, ainsi que d'une succession de conjonctures économiques ; c'est donc une notion évolutive, fruit d'une construction historique qui se poursuit. La situation socio-politique britannique, en particulier la politique de privatisation et un redéploiement industriel en campagne, suscite aujourd'hui un nouvel intérêt pour l'espace rural et une perception renouvelée des problèmes de société qu'il peut abriter. En France, chercheurs, aménageurs, politiques, remettent en question leur projections idéologique& sur le milieu rural à la lumière de nouvelles conjonctures économiques et sociales. Une lame de fond porte cependant l'évolution conceptuelle de cette notion dans chacun des deux pays: la France affirme une rationalité autonome au territoire non-urbain en distinguant nettement les communes rurales des autres lorsqu'à la fin du XIXe siècle la population rurale connait son âge d'or; la Grande-Bretagne gère l'espace non-urbain dans le sillage des villes et dans la logique du développement fluctuant d'une économie capitaliste. Par ailleurs, la centralisation étatique française appelle un quadrillage institutionnel serré alors que la tradition britannique d'autonomie locale fait une large place à l'imprécision officielle et laisse une plus grande liberté de manoeuvre dans les modalités de gestion. Il faut donc comprendre la conception opératoire, pratique (et non plus seulement idéologique) du rural dans les deux pays, à partir de ces données fondamentales que sont le fonctionnement institutionnel national et l'évolution contrastée des conjonctures socio-économiques.

29

LE DOMAINE RURAL EN FRANCE

L'approche

démographique

En France, la définition statistique en vigueur de l'espace dit "rural" a un siècle, et constitue un outil de travail incomparable sur cette longue période, moyennant quelque attention, aux aménagements successifs des critères qui permettent la classification des communes en urbaines ou rurales. Sont réputées rurales, toutes les communes n'appartenant pas à une unité urbaine et qui compte deux mille habitants ou moins agglomérés au chef-lieu; les habitations sont dites agglomérées lorsque la distance entre elles n'excèdent pas deux cents mètres. Cependant, l'Institut national de la Statistique et de l'Economie (INSEE), pour suivre la progression des c()nfigurations territoriales a dû régulièrement aménager de nouveaux critères. En 1965, elle définit des unités urbaines, ensembles formés par une ville centre et sa banlieue ainsi que certaines communes rurales, jugées dans la zone d'attraction sur dénonciation des cartes et des photos aériennes ainsi que par leur population. En prenant en compte le niveau des migrations quotidiennes domicile-travail, l'importance de la population active non agricole, le nombre et la taille des établissements industriels, commerciaux et administratifs, elle a aussi été amenée en 1975 à définir des zones de peuplement industriel ou urbain (ZPIU) aux abords des villes. Certaines communes rurales sont incluses dans les ZPIU, d'autres non et constituent le "rural profond". Ainsi la France dispose bien de longues séries statistiques mais l'usager doit effectuer un ajustement des chiffres en "territoire constant" afin de pouvoir comparer les données des différents recensements; ceci présente l'inconvénient de restreindre, dans les comparaisons, la portée des phénomènes socio-économiques, que par ailleurs veulent souligner les redéfinitions territoriales des dernières décennies. Le recensement de 1982 montre une croissance de l'ensemble de la population rurale: + 6,2 % alors que dans les villes elle n'augmentait que de 2,2 % et pour l'ensemble de la France de 3,2 %. Cette croissance est cependant très relative. Sur les 31.545 communes rurales (la France métropolitaine compte 36.433 communes en tout), seules celles de plus de 200 habitants s'accroissent, les autres continuent à péricliter. Il semble qu'il y ait donc un seuil de densité en deça duquel une population a du mal à se maintenir. La croissance démographique des campagnes ne résulte pas d'un solde natalité-mortalité positif, au contraire neuf communes sur dix ont un bilan naturel négatif et le vieillissement de la population rurale est général. On observe en fait un transfert de population des villes vers les campagnes, ce qui modifie considérablement la physionomie de l'espace rural. Les ouvriers y sont les plus nombreux (38,4 %), puis viennent les agriculteurs (21,2 %), les cadres moyens et supérieurs (15,8 %), les artisans et commerçants (11,6 %) et enfin les salariés agricoles (3,5 %).

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La ville se porte vers la campagne et une société diversifiée se reconstitue, telle qu'elle était au début du XIXe siècle, avant l'industrialisation de centres urbains dévoreurs de main-d'oeuvre. Une campagne essentiellement agricole apparaît avec le recul du temps comme un accident conjoncturel lié à un développement économique et technique spécifique, comme l'est aujourd'hui le phénomène inverse. Ainsi considérée dans la longue durée, la notion de rural et sa spécificité par rapport à l'urbain ne paraît pas évidente. La question qui s'impose ici, dans un contexte comparatif international est celle des fondements de l'usage qu'on en a fait, de l'attention qu'on y a porté, qui révèlent deux ensembles culturels et politiques très différents. Le concept de "rural" forgé par les intellectuels des deux côtés de la manche a comme substrat une certaine perception sociale et politique du territoire.

L'approche

politique

La notion de rural en France repose sur l'institution communale. Au moyen-âge, la commune était l'expression de l'autonomie locale, des chartes étant concédées par le roi ou les féodaux à une bourgeoisie urbaine qui prêtait serment d'aide mutuelle; par ailleurs, la gestion des paroisses autre type d'agglomérations était sous le contrôle de la noblesse et du clergé. L'autonomie communale est progressivement grignotée par une monarchie centralisatrice qui s'attribue petit à petit Je contrôle des pouvoirs fiscaux, juridiques, militaires, surtout à partir du XVIIe siècle. La révolution de 1789 mènera cette évolution à son point d'achèvement. La commune devenait J'unité administrative de base de l'Etat; c'était le couronnement du centralisme, la réalisation d'un désir d'homogénéisation qui devait aider au maintien de l'unité de l'Etat. La commune, devenue partie intégrante de l'appareil administratif sera alors tributaire des politiques nationales Jiées par les élections, à une représentation territoriale. Elle sera à la fois un point de diffusion des idéologies et de contrôle de leur évolution.

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La loi de décembre 1789, ne fait pas de distinction entre les communes, maires et corps municipal sont élus de la même manière partout (Agulhon et alii 1986). Cependant, au cours de la révolution et tout au long du XlXe siècle, le statut des communes sera plusieurs fois modifié: sous le premier Empire par exemple, les maires sont élus démocratiquement au dessous de 5.000 habitants et au-dessus sont nommés par le Préfet. En 1831, sous la révolution de juillet, maires et adjoints sont nommés par le roi dans les communes de plus de 3.000 habitants, dans les chefs-lieux d'arrondissement et de département, par les préfets dans les autres... et ainsi de suite. L'Histoire mouvementée du XIXe siècle se reflète dans les fluctuations du statut électoral des municipalités: les petites, en campagne, paraissent paisibles et peu dangereuses, mais il semble nécessaire de contrôler les plus grandes. Il faut attendre la Charte des communes de 1884 pour avoir un statut homogène et un droit municipal durable. Le dernier sursaut de l'histoire est cependant important pour notre propos. Le régime de Vichy en 1940, rétabli pour quelques années une distinction juridique entre les communes; les petites dites "rurales", (moins de 2.000 habitants agglomérés) image symbole du terroir, peuvent conserver le droit de s'administrer démocratiquement, les autres, "urbaines", n'ont plus droit à aucune démocratie locale. (Agulhon et alii, 1986). Ainsi, durant deux siècles, le statut des communes change au gré des gouvernements autoritaires ou démocratiques. Cependant, "la tendance générale a été de considérer la démocratie locale comme d'autant plus périlleuse pour un pouvoir conservateur que la commune était plus grande en population ou en importance stratégique (chefs-lieux). En revanche la démocratie locale paraissait plus tolérable au village, soit en vertu de l'idée reçue qui faisait du rural un élu docile, soit parce que, dans les petites communes, où le maire était le seul fonctionnaire d'autorité, il fallait bien qu'il fût accepté" (Agulhon et alii, 1986 : 30). Ainsi, la définition statistique du nlral est-elle liée d'une typologie communale dont la conception relevait du pouvoir central dans SOli rapport au territoire. Cette notion de "petite" commune dont la dimension a été fluctuante s'avère exceptionnellement stable en ce qui concerne les représentations politiques et sociales qu'elle véhicule. Après 1789, c'est la ville qui inquiète plus que les soulèvements paysans. La petite commune est le substrat rassurant et quasi immobile de la nation à côté duquel grandit une modernité turbulente. Une typologie communale permet de concilier avec une gestion centralisée cette perception du territoire éclatée en 36.433 unités; nationale, la loi doit prévoir les diversités locales mais dans les limites du moule initial; l'instauration de catégories permet plus aisément ces aménagements. La France n'est pas divisée en entités territoriales délimitées à partir des critères sociaux et historiques, ce qui impliquerait beaucoup de pragmatismes, mais en unités rationnellement conçues. En conséquence, la ville n'existe pas plus que le rural comme entité sociale en soi. "Le droit administratif ignore la ville" écrit Jacques Moreau (1989) ; en d'autres termes il n'existe pas dans notre droit, une entité humaine "urbaine" prise en tant que telle et a contrario une entité rurale. Le code de l'urbanisme 34

par exemple ne concerne pas seulement les villes, mais est applicable jusque dans le plus petit village, même si des procédures spécifiques doivent être aménagées étant donné les conditions démographiques particulières. Ainsi, à côté d'un appareil administratif de gestion quasi homogène, la petite commune dite rurale, est restée marquée par l'attitude initiale du pouvoir central à son égard. Elle est, certes, une unité de gestion, mais aussi un lieu de mémoire politique et social, l'élément nécessaire à un état centralisé pour montrer qu'une démocratie locale lui est compatible, démonstration d'autant plus éclatante, que les communes sont petites. C'est aussi la façon de cultiver et conserver une certain profondeur historique: alors que l'Etat entraîne par sa gestion politique et administrative centralisée, l'ensemble de son territoire dans la modernité, les petites communes restent des symboles surannés de terroir. Le dérive idéologique de la notion de rural est dans le droit fil de cette histoire administrative.

LE DOMAINE RURAL EN GRANDE BRETAGNE

L'approche

politique

En Grande Bretagne, la notion de rural est des plus floue car elle a toujours été utilisée d'une manière pragmatique et donc changeante pour répondre à des besoins socio-politiques conjoncturels. Si, au cours de l'histoire, on retrouve toujours à peu près les mêmes cadres de gestion: paroisse, comté, ville, leur définition a sans cesse changé au gré des besoins. Progressivement, du Moyen âge au XIXe siècle, la gestion territoriale a évolué d'une structure féodale fondée sur une hiérarchie noble terrienne, à la constitution de pouvoir locaux élus, dans les paroisses, unités de base, les comtés et les bourgs. Une distinction est donc faite entre les zones urbaines et le reste du territoire, les villes ayant souvent obtenu du roi, une charte. Ces pouvoirs locaux, "local authorities" ont des fonctions diverses: administration de la police, des communaux, assistance sociale pour les élus des paroisses; justice de paix, routes, ponts, poids et mesures pour les comtés; administration générale pour les villes. Il est important de noter que d'un territoire à l'autre, paroisse, comté ville, les modalités de gestion pouvaient varier, ainsi que les modes d'élection. plus grande liberté était laissée au pouvoirs locaux et cette caractéristique fondamentale pour comprendre l'absence d'une administration homogène territoire britannique. ou La est du

Ce libéralisme est inspiré par un pragmatisme omniprésent, fondé sur l'idée que chaque situation doit sécréter des modes de gestion ad hoc. Cette politique a entraîné une grande anarchie lors de l'industrialisation rapide du pays au début du XIXe siècle. Les problèmes cruciaux se déportant vers les villes, les paroisses se sont vues progressivement dépouillées de certaines de leurs prérogatives au bénéfice des villes et des comtés, en particulier les fonctions de police, d'assistance sociale, de santé publique. Pour mettre fin à l'anarchie administra35

tive en vigueur des aménagements ponctuels sont successivement entrepris à la fin du XlXe siècle. En 1872, une loi sur la santé publique crée une distinction entre districts urbains et districts ruraux fondée sur des critères d'aménagement des égouts, de gestion des eaux usées et d'approvisionnement en eau potable; en 1888, les divisions territoriales sont affinées; 62 comtés sont créés et parmi eux, des "county-boroughs" contenant des districts avec des villes de plus de 50.000 habitants et des "non county-boroughs" contenant des districts avec des villes de 50.000 habitants et moins. Le "local government act" en 1894 va fIxer ce système de division territoriale. La première moitié du XXe siècle et les bouleversements provoqués par les deux guerres mondiales, useront progressivement ce système; le gouvernement, en promulgant de grandes lois nationales, va transformer l'exercice des pouvoirs locaux en leur donnant un cadre général, en particulier en ce qui concerne l'urbanisme, le logement, l'emploi. Ceci n'empêcha pas de nombreuses initiatives autonomes des comtés qui adaptaient leur système de gestion à la conjoncture économique et sociale. Cependant, après 1930, les pouvoirs locaux et en particulier les districts vont vivre une crise: d'une part, le gouvernement conforte sa politique de nationalisation des grands secteurs, économie, santé, sécurité sociale, d'autre part, des fonctions dévolues aux pouvoirs locaux sont transférées à des organismes publics ad hoc (eau, routes, transports). Les pouvoirs locaux perdent ainsi de leur autonomie financière par réduction des taxes perçues et voient croître un encadrement du pouvoir central. Après la seconde guerre mondiale, deux options politiques inverses s'affirment: l'une centralisatrice, poussant à la nationalisation des différents secteurs, l'autre, décentralisatrice et favorisant l'essor et la stabilisation des pouvoirs locaux. D'eux relèvent aujourd'hui, la gestion de la police, des pompiers, du cadre de vie, des routes, de l'urbanisme et l'aménagement, de l'éducation, de la sécurité sociale, du logement, de l'environnement. Pour ce qui est de la gestion des zones rurales, deux lois apparaissent particulièrement importantes: le "Town and Country Planning Act" en 1947 concernant l'urbanisme et le "National Parks Act" en 1949 créant les parcs nationaux et instituant la protection de la nature. Ces deux lois donnent tous pouvoirs aux comtés sur ces secteurs. Par contre "l'Agriculture Act" en 1947 fournit les assises d'une politique agricole tout à fait déconnectée des structures de gestion locale; de ce fait par exemple, les exploitations agricoles en Grande-Bretagne sont soustraites à toutes les contraintes locales d'urbanisme. Cette parenthèse n'est pas sans inconvénients; les zones rurales sont actuellement confrontées aux problèmes de pollution de l'eau, de détérioration des sols, de pollution des paysages, par les activités agricoles. C'est par le biais de la gestion du cadre de vie (Environmental Health) que les pouvoirs locaux parviennent, non sans mal, à faire pression sur le lobby agricole. La gestion du territoire "rural" en Grande-Bretagne relève donc essentiellement des pouvoirs locaux à travers le domaine de l'urbanisme. Il faut préciser que les urbanistes britanniques sont très éclectiques et polyvalents, ils gèrent l'occupation du sol, l'aménagement des agglomérations mais aussi celui des zones rurales et en particulier le déploiement industriel, ils veillent à la protection de l'environnement. Il n'y a pas de réglementations nationales d'urbanisme et chaque cas est traité localement et au coup par coup; il peut donc y avoir au36

tant de modes de gestion rural que de comtés. En 1972, le "Local Government Act" donne au territoire ses divisions actuelles. Il n'y a plus de distinction entre districts ruraux et urbains; il existe aujourd'hui en Angleterre 47 comtés et 333 districts, la réforme administrative n'a cependant rien changé aux disparités démographiques: le district du Bristol par exemple comprend 422.000 habitants, celui de Radnor 18.670. Jusqu'à cette réforme, la définition administrative des territoires dits "ruraux" a donc été technique, fonctionnelle, essentiellement fondée sur les estimations de densité d'urbanisation. Bien qu'elle soit abolie, la notion de rural n'en existe pas moins toujours. Elle n'a jamais évoqué de représentations sociales et politiques qui puissent donner une identité particulière aux territoires ainsi désignés ; le rural a été et est encore le non-urbain, ou encore, d'une part l'absence de grandes villes et donc la présence d'une faible densité de population, d'autre part le domaine privilégié de l'agriculture. Cette perception a orienté les politiques rurales dans deux directions: une gestion urbaine de la campagne, considérée comme un lieu de détente pour les citadins, un patrimoine naturel et esthétique à conserver ce qui exigeait un contrôle de l'extension des villes; une gestion de l'agriculture, puisque peu bâti, cet espace est voué à ce secteur économique. C'est là que se manifeste la cohérence de la notion de rural: elle est pratique et non conceptuelle et repose sur un usage homogène de l'espace et la relative stabilité de sa représentation politique. En effet, la notion de campagne comme paysage et cadre naturel n'a jamais été remise en cause, pas plus que l'existence de la grande propriété foncière qui illustre l'agriculture britannique. A la fin du XIXe siècle, 7.000 personnes possédaient environ 80 % du territoire et la situation s'est peu modifiée jusqu'à la seconde guerre mondiale. Malgré les tentatives d'ébranlement de l'hégémonie des notables terriens par une réforme de la propriété foncière et la pression politique des ouvriers agricoles. Aujourd'hui malgré la crise agricole, un tiers du pays appartient toujours à quelques centaines de familles. Les grands propriétaires restent puissants même s'ils n'ont plus un rôle majeur dans la gestion locale; actuellement un "land-lobby" règne au parti conservateur par l'entremise de députés et de ministres pris dans leur rang. Cette cohérence dans la perception et le traitement politique entraîne une cohérence des questions soulevées qui tournent toujours autour des problèmes d'urbanisme et de tourisme (usage de l'espace pour les urbains) liés à l'environnement et à l'évolution de l'agriculture. Ainsi, sans avoir de définition de l'espace rural, la Grande-Bretagne a néanmoins développé un champ de recherche qui révèle une certaine rationalité. Pourtant, le besoin d'une approche plus rigoureuse se fait sentir à travers des essais de définitions plus strictes.

L'approche démographique La poussée des études rurales en 1970, a amené les chercheurs à essayer de définir d'une manière objective la catégorie rurale afin de rendre leur travaux comparables, il est à noter qu'il s'agit de l'initiative des universitaires et non des 37