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Capitalisme, système national / mondial hiérarchisé (SNMH) et devenir du monde

De
92 pages
Cette étude fait le point sur l'analyse du "Système National / Mondial Hiérarchisé" (SNMH). Après la présentation des principales étapes de l'élaboration de cette grille de lecture, l'auteur présente le SNMH comme un enchevêtrement de sociétés profondément inégales en richesses, en cohésion et en puissance et montre comment les dynamiques indissociables du capitalisme, du SNMH et des sociétés engendrent un engrenage très inquiétant pour l'avenir de la Terre et de l'Humanité.
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Capitalisme, système national/ mondial hiérarchisé (SNMH) et devenir du monde

Michel Beaud
Professeur émérite de ['université Paris 7

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; FRANCE
VHannattan Hongrie
Espace Fae..des L'Harmattan Sc. Sociales, BP243, Université Kinshasa Pol. et Adm.

75005 Paris

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Degli ArtiSti, 15 10124 Torino ITALIE

Burkina Faso L' Harmattan 1200 logements villa 96 12B2260 Ouagadougou FASO 12

KIN XI - RDC

de Kinshasa

BURKINA

La mise en page de ce cahier n° 4 du GIPRI et l'illustration de couverture sont dues à Hélio Vieira Junior

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattanl @wanadoo.fr
2006 ISBN: 2-296-01326-0 (Q L'Harmattan,

PREFACE

Un Institut de recherches pour la paix indépendant doit s'efforcer de produire des analyses scientifiques diversifiées, pluralistes, en prise avec les enjeux du moment. Pour mener à bien cette tâche, il convient de désencombrer les discours des slogans et stéréotypes qui tiennent abusivement lieu de concepts et d'idées. Institut International de Recherches pour la Paix à Genève, le GIPRI s'assigne cette mission.

Deux stéréotypes occupent une place de choix dans la rhétorique ambiante: « L'économie de marché» et « la mondialisation « . Le professeur Michel Beaud partage avec le GIPRI le souci de donner leur sens aux mots pour comprendre la réalité. Il distingue l'économie marchande, l'économie de marché, le capitalisme. Il ne tient pas « la mondialisation» pour un fait acquis s'expliquant de lui-même, allant de soi, s'imposant à nous. Il en démonte les ressorts à la manière d'un horloger et met en lumière les acteurs des processus sociaux. Promoteur du concept de « système national-mondial hiérarchisé », Michel Beaud explique à bon droit: « La vogue de l'emploi du mot mondialisation (globalisation) a submergé dans les années 1990 tous les discours: courant, journalistique, politique, scientifique. Face à ce mot à tout faire - aussi bien à faire simple qu'à faire savant, aussi bien à glorifier qu'à vilipender, aussi bien à désigner une réalité précise qu'à rester dans le flou l'analyse en terme de SNMH n'avait aucune chance ». Soucieux d'apporter quelque clarté dans les usages polysémiques et polémiques du terme « mondialisation », Michel Beaud distingue « 1. l'accession à la dimension mondiale, 2. la multiplication et l'intensification des interdépendances, 3. le mouvement organique englobant» .

Considérant l'histoire mondialisation:

de l'humanité,

il distingue trois grandes vagues de

1.
2. 3.

Les « archéo-mondialisations notre ère).

» (entre 7 millions d'années et le début de

Les « proto-mondialisations », particulièrement depuis le XVe siècle, puis avec la dynamique capitaliste au XIXe siècle. La mondialisation scientiqueo contemporaine du capitalisme financier techno-

3

Spécifiant le lieu de sa production théorique, il commence par exposer sa trajectoire intellectuelle, le lien de celle-ci avec sa vie. Historien des faits et des doctrines économiques, il n'omet pas d'inscrire son histoire personnelle dans le cours de l'Histoire. Né en 1935 à Chambéry, le professeur Michel Beaud fit aux universités françaises de Paris VII et Paris VIII une carrière commencée comme « coopérant» au Maroc en 1959-60. Son internationalisation personnelle a une histoire.

En marge des sentiers battus et des « Écoles» de « Relations Économiques Internationales », Michel Beaud trace le sillon de son œuvre, confrontant, notamment, les acquis de Karl Marx, de Rosa Luxembourg, de Joseph Schumpeter, de Fernand Braudel, de François Perroux, aux réalités contemporaines et à ses propres interrogations. Il est surtout connu dans le monde universitaire par son « art de la thèse », récemment réédité pour tenir compte des nouveaux outils techniques. Son originalité se lit pourtant surtout dans son « histoire du capitalisme », « le SNMH » ou « le basculement du monde ». Davantage qu'un « système économique », le capitalisme est une « logique sociale complexe» dotée d'une « capacité d'autoreproduction propre, en partie autonome par rapport à la reproduction des sociétés humaines desquelles elle émane» Encore faut-il périodiser le capitalisme et la mondialisation. L'actuel capitalisme est à la fois «informationnel» et «technoscientique »1 . « Nous sommes dans l'ère des trois reproductions: la reproduction du capitalisme à la fois sert et façonne la reproduction des sociétés humaines -l'une et l'autre grevant et hypothéquant de plus en plus la reproduction de la Terre». La responsabilité incombe à tous, à des degrés divers. Nous sommes partie prenante de cette « logique sociale complexe» . « Nous, humains, individuellement et collectivement, sommes responsables: de tout. Nous sommes responsables du monde tel qu'il va, de ses injustices, de ses maux et de ses dérives. Nous sommes responsables de l'homme et de son devenir, de l'Humanité et de son devenir, du Vivant et de son devenir, de la Terre et de son devenir et, pour ce que nous y entreprenons, de l'espace et de

IL'auteur parle de « la maîtrise de la technoscience» - la science au service d'applications techniques déterminées par des donneurs d'ordre - par des entrepreneurs ou des entreprises, et sa mobilisation en vue de créer de nouvelles marchandises (. . .) ». La chaîne causale part ainsi de la demande marchande entreprenariale pour arriver, via la technique, à une science instrumentalisée, plus « scientique » que proprement « scientifique », d'où son emploi de l'adjectif « technoscientique ». 2La langue allemande permettrait ici une plus grande précision qui dirait: « die Menschlichkeit der Menschheit» pour désigner le caractère proprement humain, civilisé, de I'humanité comme espèce.

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son devenir» . Après avoir évité les jugements lapidaires, Michel Beaud esquisse les contours d'une « humanité de l'Humanité» 2, ainsi que d'une « stratégie pour une terre vivante et un monde humain ». Le passage du constat au souhaitable, de l'état des lieux à des esquisses de propositions, suppose de « combiner deux regards, celui de l'humaniste, repérant le pôle des besoins vitaux et celui des besoins superflus, et celui de l'économiste, distinguant besoins solvables et non solvables ». Sa réflexion rejoint les travaux d'Henri Bartoli, de René Passet ou de Christian Coméliau3. Le comte Cavour définissait l'économie politique comme « la science de l'amour de la
Patrie» 4

. Michel Beaud en appelle à « une civilisation (...) où la solidarité,

l'échange, la générosité, la réciprocité ayant empêché l'avènement du règne absolu du marché, celui-ci sera devenu, comme l'économie, un instrument au service des hommes et des sociétés ». De la sorte, l'économie, retrouvant la signification étymologique initiale de norme domestique, de gestion de la maison, deviendrait l'outil scientifique de l'humanité. Réduire les inégalités sociales et territoriales, préserver les équilibres écologiques en économisant les ressources, en recyclant les .produits, définir, pour chaque pays ou province, des droits à « un noyau productif minimal », mettre la technoscience au service des priorités, telles sont les directions principales préconisées par l'auteur.

Moins cupide de richesses, moins avide de pouvoir, ce monde serait aussi moins armé, plus pacifique. Nous remercions Michel Beaud de son effort pour actualiser sa réflexion exigeante sur la place de l'homme dans l'économie et le rôle de l'économie dans le devenir du monde.

Le président du Conseil de Fondation Jean-Pierre Stroot

Le directeur du GIPRI Gabriel Galice

3Christian Coméliau, La croissance ou le progrès? - croissance, décroissance, développen1ent durable, Paris, Seuil, 2006. 4Cité par Paul Guichonnet, L'unité italienne, Paris, PUP, 1996, p.46.47.

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Introduction

Cette étude a été rédigée à la demande du GIPRI. Son directeur, Gabriel Galice, m'a invité à faire le point sur l'analyse que j'ai élaborée, dans les années 1980, en termes de "Système national/ mondial hiérarchisé" (SNMH). Cela m'a conduit à réfléchir - ce que je n'avais jamais fait auparavant - sur le processus intellectuel qui m'avait amené à produire cette grille de lecture de l'économie mondiale capitaliste. C'est ce que j'expose aussi honnêtement que possible dans la première partie, "Itinéraire: la construction d'un outil", avec quatre étapes:

d'un nouveau concept: le SNMH (Le Système national/ mondial hiérarchisé, une nouvelle lecture du capitalisme mondial, 1987) ; - L'analyse de l'économie mondiale dans les années 80 à l'aide du SNMH (1989) ;

- L'émergence - L'esquisse

d'une grille de lecture (Histoire du capitalisme, 1981);

- La lecture

de la mondialisation à travers le SNMH (1995-99).

Au-delà, il y avait deux options: analyser, avec cet outil qu'est le SNMH, ce qu'est devenue l'économie mondiale capitaliste en cette première décennie du XXle siècle, ou bien tenter d'enrichir le concept pour mieux analyser les tendances lourdes et les dérives de notre monde. C'est cette seconde option que nous avons retenue. D'où une seconde partie, dans laquelle je propose de dépasser une analyse qui demeurait trop économiste, de saisir le capitalisme dans son enracinement dans les sociétés humaines et de voir le SNMH, non seulement comme une articulation hiérarchisée entre des économies nationales, mais aussi comme un enchevêtrement de sociétés profondément inégales en richesses, en cohésion et en puissance. Ce qui constitue la matière de trois chapitres: - La reproduction du capitalisme, composante désormais essentielle de la reproduction des sociétés humaines;

- Le capitalisme au cœur du SNMH et à la source des principales mutations en cours;
- Dynamique du SNMH capitaliste et devenir du monde: l'engrenage fatal. 7

Ces chapitres devraient aider à mieux comprendre comment les dynamiques indissociables du capitalisme, du SNMH et des sociétés engendrent un "engrenage fatal" d'où découlent bien des maux et bien des périls de notre temps. La conclusion esquisse quelques pistes de ce qu'il serait aujourd'hui nécessaire de mettre en place: une "stratégie pour une Terre vivante et un monde humain» .

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ITINÉRAIRE:

LA CONSTRUCTION

D'UN OUTIL

Je vais, dans cette partie, parler à la première personne: tout simplement parce que, dans le mouvement très largement mystérieux des idées, dans le processus complexe de la formation et de la formulation des analyses, joue aussi chaque démarche individuelle. Or, s'il m'est facile d'expliquer - a posteriori - que le "SNMH" permet de dépasser les querelles stériles entre les tenants d'une vision où est déterminant le fait national et ceux d'une approche qui privilégie le mondial; si je peux aisément cerner ce dont je suis redevable à Marx, Boukharine, Fernand Braudel, François Perroux ou Maurice Byé, je dois bien réfléchir à ce fait très simple: à aucun moment, je n'ai eu l'intention, encore moins le projet, de construire un outil idéel. C'est d'une démarche qu'il est né. Et c'est de cette démarche que je vais tenter de rendre compte. À l'origine, il y a l'aspiration d'un adolescent à consacrer sa vie à apporter une contribution à l'édification d'un monde meilleur. Mon enfance avait subi, sans que j'y comprenne grand chose, la chape de la guerre et de l'occupation, puis les privations de l'après guerre. La vie de mon père avait été broyée par la "Grande guerre", laminée par la Crise des années trente, assommée par la Seconde guerre et la défaite. Il fallait travailler à un monde de paix où chacun, chaque peuple, ait de quoi assurer son existence et sa dignité et d'où soient bannies guerres et crises. C'est cette aspiration - dont je n'ai, je crois, parlé à personne, tant elle me paraissait profonde, idéaliste, déraisonnable et pour tout dire à la fois essentielle et ridicule - qui m'a porté vers les études d'économie. A Sciences po, je découvrais 1'histoire économique et à la Fac de Droit les dynamiques et les systèmes économiques, la croissance, le développement, les crises. Pour la paix, la sécurité de l'existence, le bien-être et la dignité de chacun, je ne voyais guère clair. Plus j'étudiais, moins je comprenais: ce qui m'a conduit à envisager de m'engager au côté des plus pauvres des pauvres, dans les pays sous-développés. Deux années de "coopération" au Maroc, en 1959-60, m'ont fait prendre conscience de l'ambiguïté d'un tel engagement: combien de colonisateurs avaient dû partir avec la même bonne conscience pour finalement très bien vivre parmi des populations très pauvres tout en déstabilisant des sociétés avec l'intention de les aider? Je choisis donc l'enseignement: l'édification d'un monde meilleur? n'était-ce pas un levier pour contribuer à

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