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Caraïbe et île Maurice

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208 pages
Comment expliquer le développement économique des îles de la Caraïbe et de l'île Maurice par le prisme de l'industrie ? Cet ouvrage analyse l'émergence et l'impact des activités industrielles dans ces espaces insulaires. L'industrialisation par les zones franches est aujourd'hui le terreau du développement territorial endogène.
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Laurence Buzenot
Caraïbe et île Maurice Industrialisation et développement
Caraïbe et île Maurice
Industrialisation et développement
ITINERAIRES GEOGRAPHIQUES Sous la direction de Colette Vallat Espace de débats scientifiques reflétant la diversité et la densité des intérêts géographiques comme la richesse méthodologique qui préside à la recherche en ce domaine, cette collection veut rassembler tous lesitinéraires menant au territoire (géographie sociale, cultu-relle, quantitative, normative, aménagement…). Forum où rien de ce qui touche à l'homme n'est indifférent la collection donne aussi l'occasion d'ouvrir le dialogue avec de nombreuses sciences humaines en accueillant les textes présentant une réelle curiosité pour l'espace, les cultures et les sociétés. Déjà parus 1) Corinne Eychenne,: la questionHommes et troupeaux en montagne pastorale en Ariège(2005)2) Richard Laganier (ed.),Territoires, inondation et figures du risque, la prévention au prisme de l’évaluation(2006) 3) Ugo Leone, Gilles Benest,Nouvelles politiques de l’environnement(2006) 4) Alexandre Moine,Le territoire : comment observer un système complexe(2007) 5) Gabriel Dupuy, Isabelle Géneau de Lamarlière (ed.), nouvelles échelles des firmes et des réseaux, un défi pour l’aménagement (2007) 6) Yves Guermond (coord.),Rouen : la métropole oubliée(2007) 7) Hervé Rakoto (coord.),Ruralité Nord-Sud, Inégalités, conflits,innovations (2007) 8) Jean-Pierre Vallat (dir.)Mémoires de patrimoines(2007) 9) Patrice Melé, Corinne Larrue (coord.),Territoires d’action(2008) 10) Colette Vallat (dir.),Pérennité urbaine ou la ville par-delà ses métamorphose; T1Traces, T2Turbulence, T3Essence(2009) 11) Marcello Balbo (dir.),Médina 2030(2009) 12) Richard Laganier et Gilles Arnaud-Fassetta (dir.):Les géographies de l’eau(2009) 13) Philippe Dugot, Michaël Pouzenc (dir.):Territoires du commerce et développement durable(2010) 14) Anne Androuais (dir.): Larégionalisation en Asie orientale, dimension économique territoriale(2010) 15) Patrick Pigeon:Catastrophe et résiliences pour une géographie de l’urbanisation(2011) Titres à paraître* Nathalie Lemarchand :Les territoires du commerce distractif, géographie du commerce et de la consommation * Monique Barrué-Pastor (dir.) :Culture du risque en montagne* Jean Soumagne (dir.):Crises, aménagement, résiliences du commerce urbain en France* Michel Desse :enjeux et perspectivesLes îles de la Caraïbe ;
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Laurence BuzenotCaraïbe et île Maurice
Industrialisation et développement
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-30298-0 EAN : 9782336302980
Sommaire Introduction Caraïbe et île Maurice. Industrialisation et développement7Première partieL’industrialisation par les zones franches.15Chapitre 1 :19Espace-temps des zones franches Temporalité et complexité19 La diffusion de l’industrialisation dans la Caraïbe22 1950-1970 : Demi-échec de la première politique d’industrialisation sur invitation28 L’isolement mauricien en matière de politique industrielle28 Dette extérieure et programmesd’ajustement du FMI29 Enclaves industrielles ou des points francs ?32 Chapitre 2 :Les invariants des paradigmes du développement insulaire favorables à l’émergence des zones franches37 L’absence générale de ressources naturelle pour l’industrie?38 L’abondante main-d’œuvre et la stabilité politique39 Les réseaux commerciaux pour l’exportationsur les marchés élargis41Le faible rôle de la coopération régionale mais des perspectives pour l’avenir43 Le financement des activités : banque et/ou investisseurs étrangers45 Deuxième partie Dynamiques spatiales de la zone franche mauricienne et des zones franches dominicaines53 Chapitre 3 :Impacts socio-économiques et spatiaux des zones franches industrielles mauricienne et dominicaines57 La création de nouveaux emplois et l’émergence de nouvellesclasses sociales.58 Diversification des économies insulaires et contribution aux richesses nationales ?64
Les îles entièrement proclamées zone franche.71 Les enclaves économiques de la République dominicaine.77 Chapitre 4 :Modèles de l’expansion spatiale des zones franches.89 La densité, principal facteur explicatif des localisations89 Phase I: Expansion de l’industrie en zone franche93 Phase II : La fin des protections, stratégies et dynamiques102 Troisième partieSynergies industrielles pour l’exportation et intérêtrécent pour le développement territorial123 Chapitre 5 :Synergies industrielles et système des acteurs127 L’encadrement par l’Etat et les acteurs gouvernementaux128 Les acteurs privés locaux et étrangers138 L’enseignement et la formation liés au monde industriel142 Chapitre 6 :L’appel aux P145ME pour secourir la zone franche Le développement endogène146 Les caractéristiques socioculturelles des PME du district148 Les moyennes entreprises du textile-habillement151 Des PME en cours de consolidation pour faire face à la mondialisation157 Le maintien de la spécialisation dans le textile-habillement161 Les effets induits en amont des PME163 Les effets induits en aval des PME165 Conclusion générale169 Bibliographie175 Table des tableaux et figures199
INTRODUCTIONCaraïbe et île Maurice Industrialisation et développement Laurence BUZENOTLes espaces insulaires de la Caraïbe etl’île Maurice ont longtemps eu une vocation agricole où domine une production, la canne à sucre. Spécialisation héritée de la vision mercantiliste de l’époque coloniale,ces espaces connaissent successivement la « crise »de l’économie de plantation :à la ème Barbade dès la fin du XIXsiècle (BURAC M., 1993), en Jamaïque, à ème Trinidad, à St-Kitts et à Maurice au cours du XXsiècle (BURAC M., 1989 ; GIACOTTINO J.-C., 1977 ; HEIN P., 1996). Cette crise est jugulée par la modernisation des appareils productifs et les rapports de connivences entre les «plantocraties » terrienneset les élites au pouvoir pour maintenir les productions et favoriser les exportations vers les Etats-Unis et l’Europe. Georges Beckford a montré comment les grandes compagnies sucrières Booker, Mc Connell et Tate and Lyle opéranten Jamaïque et à Trinidad ont racheté les terres des petits planteurs endettés durant les années 1930 (BECKFORD G., 2000). Les plantations n’ontpas disparu des économies et des superficies agricoles (BECKFORD G., 2000 ; BUZENOT L., 2001 ; CRUSE R., 2009). La canne occupe toujours 80% des terres agricoles et 42% de la superficie del’île Maurice (BUZENOT L., 2001 ; GENTILE (DE) A., 1997). Central Romana, sur la grande plaine orientale des Caraïbes en République dominicaine, possède plus de 100000 hectares de terre (DESPRADEL C., 2002). Après la Seconde Guerre mondiale, la masse de travailleurs pauvres et saisonniers dans les usines sucrières - les périodes de plein emploi correspondent aux périodes de coupe de la canne - est objet de tergiversations sur les moyens et les secteurs à développer pour juguler le
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chômage. L’industrie est perçue comme un moyen de diversifier les structures de l’économie afin de les rendre moins vulnérables aux conjonctures des marchés des matières premières. Cette conception est validée par les Révolutions industrielles qui ont eu lieu en Europe et en Amérique du Nord. L’industrie est à ce titre mythifiée par certains auteurs. Walt Whitman Rostow (1916-2003), dans son ouvrage surLes étapes de croissance économique publié en 1960, place l’industrie comme moteur de la croissance, secteur capable d’engendrer une transformation profonde des sociétés en cinq étapes successives pour passer de la société traditionnelle à la société de consommation de masse. En France, François Perroux (1901-1987), opposé aux idées de W. W. Rostow, refuse de voir dans le sous-développement un simple retard dans les «étapes de la croissance». Il développe l’idée des pôles de développement régionaux dont le moteur serait une industrie puissante, qui, en se nourrissant de son espace périphérique, serait capabled’engendrer des industries sous-traitantes et connexes. À terme, les pôles de développement transforment les structures économiques d’une région (PERROUX F., 1961). Le développement insulaire, par le biais de l’industrialisation, est notre principale préoccupation. Un ensemble de paradigmes tournant autour de la question de la petite taille (population, superficie, marché) dictent les grandes politiques de développement économique. Ils introduisent l’idée d’un développement spécifique pour les petits espaces insulaires, orientant les productions vers l’extérieur.Ces paradigmes sont-ils toujours d’actualité? La question de la petite taille (population et superficie) entre dans les préoccupations des instances internationales au moment où nombre de petits 1 Etats insulaires accèdentà l’indépendance. Dans ce contexte, la Conférence des Nations Unies pour le Commerce - CNUCED - définit en 1983 les « petitsEtats insulaires » à partir de critères démographique et physique. Il s’agit d’îles dont la population est inférieure à un million d’habitants et dont le territoire exigu n’excède pas les 30 000 km². Au-dessus de ces seuils, les îles sont considérées comme viables économiquement. Au bout de trente années de politique de développement économique, le critère de la superficie joue un rôle mineur dans le développement. Comme le note F. Taglioni, « il n’existe pas de corrélation entre la taille des pays et leur niveau de développement »(TAGLIONI F., 2003). Le critère démographique semble plus pertinent car il détermine un bon nombre de caractéristiques d’une
1 Indépendances (par ordre chronologique) de la Jamaïque en 1962, de Trinidad et Tobago en 1962, des Maldives en 1965, de la Barbade en 1966, des Samoa en 1962, de l’île Maurice en 1968, des îles Tonga en 1970, des Fidji en 1970, des Bahamas en 1973, de La Grenade en 1974, des Seychelles en 1976, de La Dominique en 1978, de l’île de Nauru en 1978, des Salomon en 1978,de Sainte Lucie en 1979, de Saint Vincent et des Grenadines en 1979, du Vanuatu en 1980, d’Antigua et Barbuda en 1981, de Saint-Kitts et Nevis en 1983…
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2 économie nationale, en premier lieu les économies d’échelle etla taille du marché. Le poids démographique est une condition mais n’est pas un gage de réussite en matière de développement. Il constitue un marché potentiel si la population est constituée de consommateurs à pouvoir d’achat plus ou moins élevé. Le marché du travail dans la Caraïbe et le Sud-Ouest de l’océan Indien est en grande partie informel (journaliers agricole et industriel, domesticité, semi-prostitution, production de cannabis). Par conséquent, les revenus majoritairement faibles limitent la consommation et restreignent la taille du marché. Cependant, la population est un atout indéniable dont la valorisation repose, en partie, surl’éducation, la formation et l’accès à l’information.La petite taille du marché et l’absence d’économie d’échelle sont les seconds paradigmes. William Demas est le premier à théoriser sur l’exiguïté du marché des îles de la Caraïbe. La petite taille du marché implique une petite échelle de production et limite les rendements que l’on peut en tirer. Une contrainte que les pays lèvent grâce à l’exportation vers les marchés régionaux (DEMAS W., 1965). L’extraversion économique est devenue de ce fait un moyen de pallier la petite taille des marchés. (CRUSOL J., 1980 ; POIRINE B., 1995 ; SALMON J.-M., 1997). Elle est, par ailleurs mise en avant par un certain nombre d’économistes. Bernard Poirine expose, par exemple, une loi générale du développement économique en fonction de la taille de l’économie insulaire: « Plus une économie est petite, plus elle doit s’ouvrir aux échanges et se spécialiser pour atteindre un niveau de développement donné en comparaison d’une économie insulaire plus grande (…)il n’y a pas de croissance endogène possible dans les petites économies insulaires, en raison de la taille du marché intérieur. La raison de cette loi est simple à comprendre : pour pouvoir profiter des avantages du progrès technique et des économies d’échelle, une petite économie ne doit pas produire pour le marché intérieur mais pour le marché mondial » (POIRINE B., 1995). L’extraversion est la voie de développement choisie par les différents gouvernements des îles de la Jamaïque, de Trinidad et Tobago, de la Barbade, de la République dominicaine et de l’île Maurice. L’exportation de biens et de matières premières est un « héritage des directives » du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale. L’île Maurice 3 dépasse le milliond’habitants en 2005. La démographie de l’île est au-dessus du seuil de viabilité économique définit par la CNUCED. Le développement s’oriente vers une croissance endogène grâce à la possibilitédes rendements d’échelle et la promotion des Petites et Moyennes Entreprises (PME) et des Petites et Moyennes Industries (PMI). La petite taille du marché dépend du poids démographique mais également du niveau
2  Pourqu’une entreprise puisse tirer profit de rendement d’échelle croissant il faut au préalable une demande solvable.3 La population mauricienne est estimée à 1,2 million.