304 pages
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Changement et continuité chez les Mayas du Mexique

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En montrant comment la domination subie par les Indiens mayas les reproduit dans leur ethnicité, en manifestant le lien qui unit la culture indienne et les modalités spécifiques de l'exploitation dont ils sont victimes, cet ouvrage rompt avec l'historicisme et le culturalisme ambiants. Il établit les fondements d'une théorie relationnelle de l'indianité en totale opposition avec les conceptions ontologisantes de l'Indien sur lesquelles est fondée une certaine littrérature.

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Date de parution 01 juillet 2011
Nombre de lectures 55
EAN13 9782296468092
Langue Français
Poids de l'ouvrage 8 Mo

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Changement et continuité chez les Mayas du Mexique
Recherches Amériques latines Collection dirigée par Denis Rolland et Joëlle Chassin
La collectionRecherches Amériques latinespublie des travaux de recherche de toutes disciplines scientifiques sur cet espace qui s’étend du Mexique et des Caraïbes à l’Argentine et au Chili.
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HenriFavre
Changement et continuité chez les Mayas du Mexique
Contributionàl’étude de la situation coloniale en Amérique latine
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© Henri Favre
© L'HARMATTAN, 2011 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56186-1 EAN : 9782296561861
L’ État du Chiapas
Les hautes terres du Chiapas
PRÉFACEÀLA SECONDE ÉDITION FRANÇAISE
S’il est sorti en librairie en 1971, l’ouvrage dont nous présentons une nouvelleédition aétérédigéen 1967 et 1968,àpartir des résultats denquêtes conduites chez les Tzotzil et les Tzeltal en 1960 et 1961, et complétéesàloccasion dun court séjour de trois mois parmi ces populations mayas des hautes terres du Chiapas en 1965. Lors de sa publication, lanthropologie se laissait emporter par une vague de romantisme indianiste, et ceux qui en faisaient profession entreprenaient de repeupler lAmérique de bons sauvages. La discipline se livraitàune révision de ses paradigmes et de ses concepts, auxquels elle affectait de nouvelles valences. Ainsi, lacculturation devenait ethnocide et le misonéisme paysan, résistance ethnique. Une nouvelle fois, lIndien surgissait avec force dans limaginaire occidental, pour se prêteràtoutes sortes de projections fantasmatiques. Nous avons donc la faiblesse de croire que la réserve avec laquelle le livre fut accueilli en France ne sexplique pas seulement par ses imperfections. En Amérique latine, oùlindianisme livrait ses premiers assautsàun indigénisme trop institutionnaliséparfois avec lappuiéminemment suspect du pouvoir politiqueles idées qui sy trouvaient exposées suscitèrent leséchos les plus favorables parmi ceux dont elles paraissaient soutenir la cause, et les critiques les plus acerbes de la part de ceux dont elles semblaient miner les positions. Le climat soixante-huitard de lépoque ne favorisait guère la discussion sereine ni le commentaire nuancé. Ces idées procédaient du constat que les Tzotzil et les Tzeltal ne vivaient pas dans lisolement, comme tendaientàle suggérer lesétudes de communautédont ils avaientétélobjet jusque-là, mais quils entretenaient des relations nombreuses, permanentes etétroites avec lesladinos, cest-à-dire les Blancs et les métis de la région. Ces relations quune description purement formelle conduisaitàqualifier d«interethniques»se manifestaient,àlanalyse de leur contenu, comme des rapports stables, institutionnalisés ou quasi-institutionnalisés de domination et de dépendance qui assuraient une stricte intégration des Indiens dans lespace régional auquel le champ de la recherche devaitêtreétendu. Elles définissaient une formation sociale spécifique au sein de laquelle lIndien cessait dapparaître comme un marginal ou unélément périphérique, pour devenir le représentant dun secteur infériorisé. En soutenant quilétait reproduit dans son ethnicité par cette formation sociale, enétablissant un lien entre la culture indienne et les modalités particulières dexploitation que celle-ci mettait enœuvre, notre travail rompait avec lhistoricisme comme avec le culturalisme ambiants. Il contribuait modestementàposer les bases dune théorie relationnelle de lindianitédont lélaboration, bientôt entreprise, aétélentement poursuivie, et qui se situe en diamétrale opposition avec les conceptions ontologisantes
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de l’Indien sur lesquelles repose aumoins implicitement une certaine 1 littérature qui lui est actuellement consacrée . Lauteur sestimerait satisfait si les perspectives quil a ouvertes, au-delàdes débats quelles ont pu alimenter et desétudes quelles ont pu inspirer, avaient concouruàinfléchir le sort que les sociétés latino-américaines réserventàleur population indienne. Malgréladoption de politiques ethniques et la reconnaissance de droits de plus en plusétendus aux ethnies indigènes depuis les années 1980, il nest malheureusement pas sûr davoir ce motif de satisfaction. La présenteédition napporte pas de modification au texte originel. Louvrage, en effet, est daté. Dès avant quil ne paraisse, des changements soudains et brutaux, que nous avons eu loccasion de suivre lors de visites successives quoique irrégulières dans la région, et dont nous avons rendu 2 compte dans quelques publications , ont commencé àbouleverser les rapports entre Indiens etladinos. Durant toutes les années 1970, le développement du réseau routier, la réalisation de grands aménagements hydroélectriques, la prospection et lexploitation des hydrocarbures, la prolifération des appareils bureaucratiques de l’État, lessor du tourisme, ont crééde nouvelles sources de revenus pour lesladinos. Lexploitation des Indiens, en tant que tels et dans les formes anciennes, a rapidement cessé d’être rentable. Le système de dominationàtravers lequel elle sopérait est entréen crise et toute la formation sociale que ce système sous-tendait sest finalement effondrée. En conséquence, les communautés indiennes, jusqualors farouchement repliées sur la tradition afin de maintenir leur cohésion et doffrir ainsi une meilleure résistance aux agressions de lextérieur, se sont ouvertesàlinnovationéconomique, sociale et culturelle. Le processus de modernisation occidentalisante dans lequel elles se sont engagées et quelles poursuiventàdes rythmes variables na pas estompé pour autant lidentitéde leurs membres. Statut prescrit qui se marquait ostensiblement par lusage dune certaine langue ou le port dun certain vêtement, par la pratique de certains cultes ou ladoption de certains comportements, lindianitéest devenue une identitéassumée mais de moins en moins visible. On remarquera que la revendication identitaire la plus radicale est portée aujourdhui au Chiapas par les insurgés néozapatistes, qui comptent parmi les Indiens culturellement les plus occidentalisés.Àcet
1. On trouvera une analyse de nos thèses dans Louis Necker,« Àpropos de quelques thèses récentes sur lindianité», dansDe l’empreinteàlemprise, Paris/Genève, 1982 ; et dans Jean-Pierre Lavaud,«Lindianité. Les travaux pionniers de deux américanistes français : François Bourricaud et Henri Favre»,LAnnée sociologique48, n, vol. °2, 1998. Un exemple des réactions hostiles quelles ont suscitées est fourni notamment par Adolfo Colombres,La hora del bárbaro, Mexico, 1982. 2. Voir notamment Henri Favre,«La paysannerie indienne des hautes terres du Chiapas (Mexique). De lintégration au développement séparé»,Études rurales, n°81-82, 1981 ; et, du même,«: tentative dChiapas 1993 analyse dune situation insurrectionnelle»,Annales. Histoire, Sciences Sociales, n°5, 2002.
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