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Chasse, Cueillette et Culture Chez les Gbaya de Centrafrique

De
544 pages
Les Gbaya'bodoe de Centrafrique vivent dans une savane verte où ils pratiquent des activités de chasse, de cueillette et de cultures vivrières auxquelles ce livre est consacré. Une première partie traite des produits animaux que les Gbaya organisent en deux ensembles distincts, les vertébrés ou gibier et les invertébrés. Une seconde partie traite des produits végétaux qui sont acquis soit par des activités de cueillette, soit par des activités agricoles. Enfin, un rappel des divers campements de brousse qui s'échelonnent tout au long de l'année clôt cet ouvrage.
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Paulette ROULON-DOKO

CHASSE, CUEILLETTE

ET CULTURE

CHEZ LES GBA YA DE CENTRAFRIQUE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y IK9

CHASSE, CUEILLETTE ET CULTURE CHEZ LES GBAYA DE CENTRAFRIQUE

Collection, Anthropologie

- Connaiss611ce

des hOlnl1les

dirigée par lean-PierreWarnier
Dernières parutions

Albert de SURGY, ature et fonction des fétiches en Afrique Noire, 1994. N Marie-Christine ANEST,Zoophilie, homosexualité, rites de passage et initiation nlasculine dans la Grèce contelnporaine, 1994. Philippe GESLIN,Ethnologie des techniques. Architecture cérémonielle Papago au Mexique, 1994. Suzanne LALLEMAND, Adoption et mariage. Les Kotokoli du centre du Togo, 1994. Olivier LESERVOISIER, question foncière en Mauritanie. Terres et La pouvoir dans la région du Gorgol, 1994. Xavier PÉRON,L'occidentalisation des Massaï du Kenya, 1995. Albert de SURGY, a voie des fétiches, 1995. L Paulette ROULON-DoKO,Conception de l'espace et du teJnps chez les Gbaya de Centrafrique, 1996. René BUREAU,Bokaye ! Essai sur le Buritifang du Gabon, 1996. Albert de SURGY(dir.), Religion et pratiques de puissance, 1997. Eliza PELIZZARI, Possession et thérapie dans la corne de l'Afrique, 1997.

@ L'Harmattan, 1998 ISBN: 2-7384-6290-1

AVANT-PROPOS
Mon premier contact avec les Gbaya 'bodoe remonte au mois de janvier 1970, lorsqu'envoyée en Centrafrique par .Jacqueline M.C. Thomas dans le cadre de l'E.R. 74 du C.N.R.S., je me suis installée au village de Ndongué. Depuis, j'ai effectué régulièrement dans ce village des missions qui ont toutes été financées par le C.N.R.S. et ont bénéficié de la bienveillante attention des autorités centrafricaines. Elles représentent à ce jour plus de cinq ans de terrain. L'immersion totale en milieu traditionnel m'a permis dès la première année de séjour, de commencer à parler cette langue qui était elle-même l'objet de mon étude. Dès 1973, le gbaya 'bodoe devenait la seule langue d'enquête utilisée. L'observation directe du milieu et l'utilisation constante de la parole des locuteurs sont les deux éléments fondamentaux d'approche de la pensée indigène. Tous les matériaux sur lesquels s'appuient ce travail ont été récoltés au village de Ndongué dont les villageois ont tous, d'une manière ou d'une autre, participé à ce travail. Ils m'ont fait une place dans leur vie et j'espère en retour que ce travail contribuera, en fixant par écrit une partie de leur savoir, à en faciliter la découverte par les plus jeunes souvent fort bousculés par la vie moderne. Ma dette envers eux tous est grande et je mentionnerai en particulier André Seka, Nicola Ninga, Joseph Woso, Singa Forte et Arone Singa qui ont été mes premiers informateurs et ont avec patience guidé mes premiers pas. En 1978, les hasard de la destinée m'ont conduite à partager ma vie avec Raymond Doko, également natif de Ndongué~ Pendant les douze ans d'une vie familiale dont le gbaya '.bodoe était la langue de tous les jours, aussi bien entre nous qu'avec nos enfants, s'est développée une collaboration intellectuelle à laquelle Raymond a apporté le savoir qu'il avait acquis depuis l'enfance, et contribué, par la finesse de la réflexion portée sur sa société et ses propres enquêtes, à l'approfondissement d'une analyse que je n'aurais pas pu seule mener aussi loin. Sa brusque disparition en 1990 11' pas permis qu'il voit l'achèvement de ce a travail qui lui doit beaucoup et que je considère en quelque sorte comme également le sien. Je remercie Danièle Molez qui a dessiné une bonne partie des figures, Martllle Vanhove qui a eu la gentillesse de relire le manuscrit et tous ceux, mentionnés dans l' amlexe, qui ont effectué les déterminations scientifiques des collections que j'ai rapportées du terrain.
* J'ai successivement participé aux fonnations E.R.74, G.R.32, LACITO et suis actuellernent Inembre du LLACAN (UMR 158). [roulon@cnrs-bellevue.fr] 7

NOTATIONS ET ABRÉVIATIONS
Valeur des lettres dans la notation du gbaya
Des lettres et des sons attestés ell français mais notés différemment dont la prononciation est précisée de la façon suivante en gbaya 'bodoe : e état, échelle g garçon, gué w devant î, e, e oui, Louis e mère, tête s saut, lasso w devant a, 0, ~, u huis, lui o tôt, chaud y payer, paille h toujours aspiré bat (en anglais) ~ toque, socle 1) camping J1 campagne, gnôle Des éléments non attestés en français, à savoir: ? devant voyelle, marque une attaque forte artung (en allemand). 6, â consonnes glottalisées, notées tb et 'd dans les transcriptions françaises.
~ ... "V

marquent les tons notés aussi: H(haut),B(bas),HB (haut-bas)etBH(bas-haut).

_ sous voyelle:: voyelle nasale . ~ (ein); Q(on), f! (an), i et y (non attestées en français]

kp, gb, 1Jm consonnes labio-vélaires mb, nd, ngb consonnes rénasalisées. ~ p Abréviations linguistiques
aee inae v: Fin. 1. Imp. ln}. N V nbr
Ife

accompli NV inaccompli BV Virtuel Aa Finaliste Av Infinitif * Impératif T Injonctif TG SG Nom C Verbe nombre ccl

Nom verbal Base verbale Adverbe-adjectif Adjectifverbal forme non attestée terme terme générique terme sous-générique terme composé composé classificatoire botaniques

Pol Sol D Dl Dt Dé + / // <

Forme de politesse Vouvoiement de solidarité Morphotonème relationnel discours indirect Déterminant Déterminé amalgame séparation entre 2 termes séparation entre 2 phrases à rapprocher de

Abréviations
ACANT. ANN. Apoc. ARAL. BOM. C. COMB. COM.

et zoologiques POLY. RUB. STERC. ULM. VERB. ZING. Polygalaceae Rubiaceae Sterculiaceae Ulmaceae Verbenaceae Zingiberaceae

Acanthaceae Annonaceae Apocynaceae Araliaceae Bombaceae céphalophe Combretaceae Commelinaceae

COMPo EUPH. GRAM. LOG. MALv. MAR. MOR. OLAC.

Compositae Euphorbiaceae Graminae Loganiaceae Malvaceae Maranthacaeae Moraceae Olacaceae

* Seuls, ace et inac désignent les fonnes de base du Réel, tandis qu'en deuxième position ils signalent la forme accomplie ou inaccomplie de la forme verbale qu'ils suivent, ainsi
V:acc
==

Virtuel accompli.

8

SOMMAIRE
INTRODUCTION. . . . ..,. . . . ~... . ., . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. . . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . .. Il

LES PRODUITS ANIMAUX
INTRODUCTION.

35 39

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 3 7

1èrepartieLE GIBIERsàd1

I. LE MONDE DES VERTÉBRÉS .' 1.Le groupe des sàâi stricto sensu 2. Le groupe des serpents 3. Le groupe des aériens

41 42 64 69

4. Le groupe des aquatiques
.

81
85 85 86 88 89 94 123 130 135 144 147 148 153 153 161
. ,..".., 196 ... 200 203

II. CHASSEET CAPTUREDU GIBIER.. A. Les chasses collectives 1. Les territoires de chasse du village 2. La préparation des territoires de chasse 3. Les autres chasses des cette période 4. Les chasses aux feux 5. Les chasses après les feux 6. Les campements de chasse 7. Les dernières chasses de la saison 8. Récapitulatif sur la saison de chasse 9. Les chasses de saison des pluies 1O. La pêche à l'écope B. Les chasses individuelles Il. Les excursions 12. Le piégeage
,

13. La chasse

des oiseaux

à la glu. .. . . . .. . . .. . . . . . .. .. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . .. 189

14. Les chasses aux chauves-souris , 15. Les techniques de chasse récentes III. LES PRATIQUES RITUELLES LIÉES AU GIBIER
1. La fécondité de la main.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203

2. Le rite de décontimination
3. Les relations
IV. L' ÉLE VA GE

214
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. ,.. . . . . . . . . . 218 "

chasseurs/ancêtres

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 227

1. l'élevage des poules 2. L'élevage des cabris 3. L'élevage des chiens 4. Les autres élevage 5. Les animaux domestiques dans les contes

227 233 235 ...................... 239 241

9

2ème partie LES INVERTEJJRES k6k6cf6-m~

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245
247 253 253 272

INTRODUCTION V. LES ACTIVITÉS DE CUEILLETTE 1. La récolte des termites 2. Le rammassage des chenilles et des larves

3.La récolte des coléoptères , 4. La récolte des sauterelles et des criquets 5. La récolte des grillons, cigales et cicadelles 6. Les autres récoltes d'invertébrés 7. La collecte du miel LES PRODUITS VÉGÉTAUX
INTR 0 DU CTI ON.

298 310 318 324 322 343 347 347 381 384 390 403 405 405 430 458 461 461 471 471
475 481 511 ,... 527 531

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 345

VI. LES ACTIVITÉSDE CUEILLETTE 1. Le ramassage des champignons 2. La récolte du gluant 3. Le ramassage des plantes sauvages.
4. La récolte des plantes -condiments.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3 88

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..... ...... ......

....

5. La récolte des fruits-sauvages VII.CULTURE ET TRAVAUXDES CHAMPS.. A. Le champ de savane 1. Le cycle du sésame 2. Le cycle de l'arachide 3. Le cycle du manioc B. Le champ de forêt 4. Le cycle du maïs C. Le champ de savane 5.Les cultures dans le village
6. Les jardins.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 473

LES CAMPEMENTS CONCLUSION
ANNEXE.

DE BROUSSE...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 483

LISTES ET INDEX RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES TABLE DES MATIÈRES

10

INTRODUCTION

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12

LA SOCIÉTÉ

GBA Y A

Les Gbaya 'bodoe fonnent un groupe homogène d'environ 5000 personnes réparties en une quarantaine de villages au sud-ouest de Bouar, en République Centrafricaine. Leur territoire (6°N, 16°E) est une savane arbustive très verte qui est sillonnée par de nombreuses petites rivières dont les berges sont couvertes de forêt. Le climat est dit soudano-oubanguien (çf Sillans, 1958), avec, en moyenne, une hauteur des pluies et une température respectivement de 1500,8 millimètres et 24,9° en saison des pluies et de 149 millimètres et 25,8° en saison sèche. L'année se compose de deux saisons de durée inégale. La saison sèche s'étend sur quatre mois (de novembre à mars) tandis que la saison des pluies dure les huit mois restants avec une période de grand ensoleillement courant mai et une pluviosité maximale en août. Ils exploitent tout au long de l'année les ressources spontanées de leur milieu naturel par la chasse et la collecte, tout en pratiquant un petite culture (manioc, sésame et plantes vivrières). Sur le plan technologique, ils façonnent des poteries, confectionnent des vanneries, travaillent le bois et pratiquent le travail du fer dont ils étaient producteurs. Toutes ces activités restent vivantes avec bien sûr des modifications dues à leur insertion dans des circuits commerciaux, bien que celle-ci reste assez limitée. Ainsi, de nos jours, ils travaillent à la forge, non plus le métal qu'ils ont eux-mêmes extrait, mais du fer de récupération. La vaisselle en émail ou en aluminium a peu à peu remplacé certaines poteries et la viande de bœuf, objet d'un COlnmercequi s'est développé dans les années 75, a pris un place importante dans leur alimentation. A la suite des regroupements de villages, imposés par l'administration, chaque village comprend plusieurs lignages localisés dans des "quartiers" correspondant à des segments de lignage qui constituaient autrefois chacun un village propre, et qui restent encore maintenant la base de l'organisation sociale. La résidence est viripatrilocale, c'est-à-dire que la jeune fille en se mariant quitte le village de son père pour aller vivre avec son époux dans le village du père de celui-ci. Le système de parenté fait une place particulière à l'oncle utérin (frère de la mère) et à la tante paternelle (sœur du père), tout en considérant comme frères ou sœurs tous les cousins, qu'ils soient croisés (issus de parents de sexe différent) ou parallèles (issus de parents de même sexe). Ce groupe se caractérise par une hiérarchisation très réduite et une absence de spécialistes (si l'on excepte les chefs et les catéchistes mlposés, les uns par l'administration coloniale, les autres par les missionnaires). L'autorité lignagère est partagée par les hommes et les fernrnes reconnus pour leur sagesse et les décisions collectives 13

sont le résultat d'un consensus. Les décisions qui engagent la responsabilité d'un individu (organisateur d'une chasse, d'une session d'initiation, etc.) relèvent toujours d'un engagement strictement individuel. Les Gbaya sont très soucieux du respect de l'individualité de chacun. D'esprit extrêmement indépendant, les Gbaya 'bodoe ont été à l'origine de la guerre contre les colonisateurs français dite "guerre de kongowara" (cf Nzabakomada-Yakoma, 1986) qui enflamma l'Afrique centrale dans les années 1929-30. Karnu, le chef de guerre de cette révolte, habitait le village de nàâhl1 en plein pays 'bodoe. En dehors des travaux auquels ils ont été contraints, telles principalement la construction de la route et la collecte du caoutchouc pour la période coloniale, puis les cultures industrielles, coton et café1, qui ont continué après l'indépendance, jusqu'en 1973, les Gbaya 'bodoe ne se sont jamais, pour la plupart d'entre eux, employés de façon volontaire et durable, étant rebelles à toute limitation de leur liberté. De nos jours, ils sont peu nombreux à quitter le village pour la ville et ceux qui le font reviennent rarement. Par contre, les jeunes gens vont volontiers "en service" à la ville, quelquefois à Bouar, mais plus fréquemment au Cameroun. Le plus souvent, ils travaillent quelques mois pour acheter des vêtements ou des ustensiles de cuisine qu'ils rapportent au village. Culturellement de tradition orale, les Gbaya 'bodoe ont élaboré un savoir très complet concernant leur milieu naturel, qu'il s'agisse de l'espace ou du temps. La présentation de ce savoir commun partagé par tous a été l'objet du

livre Conception de l'espace et du temps chez les Gbaya de Centrafrique
(Roulon-Doko, 1996) qui montre l'importance des connaissances transmises de génération en génération. L'observation minutieuse et raisonnée des phénomènes naturels a permis aux Gbaya 'bodoe d'établir une description des formations végétales et, même au-delà, de développer une vue dynamique de ces formations, dont les états antérieurs peuvent être, pour certains, encore validés par la mémoire actuelle des locuteurs, et aussi de proposer une explication des phases de la lune, par exemple. Mais si toutes ces connaissances qui révèlent leur savoir sont très importantes, elles ne sont jamais pour autant mises en avant, ni exprimées comme telles par les locuteurs. Ce savoir est comme un puzzle, chacun dispose de toutes les pièces, mais personne n'éprouve le besoin de le reconstituer devant les autres. Il n'y a pas ici de pédagogie explicite, tout s'apprend simplement en contexte et par l'usage. La culture gbaya 'bodoe est essentiellement égalitaire puisque tout individu normalement constitué est en mesure d'acquérir ce savoir. Il n'y a pas de connaissances qui seraient propres à un groupe, voire à un individu: « forge qui aime à forger », et chacun connaît les plantes médicinales sans pour cela, quelle que soit sa compétence, devenir
I Dont les rendements ont toujours été faibles, la région étant trop au nord pour le café et trop au sud pour le coton.

14

guérisseur et sans qu'un rituel quelconque en fasse un savoir privé+ Seule la division sexuelle joùè pour certaines activités.

LE PAYS 'BODOE
Ndongué, le village centre de mes enquêtes où je me suis installée pour la première fois fm 1969, se trouve aucreur du pays 'bodoe. Il compte près de quatre cents habitants et contrôle un territoire, dit « territoire des ancêtres », qui s'étend sur un peu plus de 200 km2. Ce territoire longuement étudié dans l'ouvrage de 1996 (op.ci!.), est le territoire de référence où les activités villageoises de chasse, de cueillette et de culture des champs qui permettent l'acquisition des produits alimentaires sont concrètement inscrits. Dans cet espace qu'ils connaissent si bien, les Gbaya 'bodoe ont élaboré un certain nombre de stratégies afm de pourvoir à leurs besoins, en particulier à leurs besoins alimentaires. Les chasses sont variées et représentent l'activité par excellence de la saison sèche tandis que le piégeage permet, lui, tout au long de l'année un apport de viande fraîche. Les cueillettes, aussi bien animales que végétales, contribuent régulièrement à l'alimentation quotidienne. Enfin, la culture des champs est l'activité fondamentale de la saison des pluies. La culture de base est une culture de tubercules, en l'occurrence le manioc (connu depuis certainement assez longtemps), qui remplaça sans doute les ignames dont des variétés, cultivées ou sauvages, sont encore utilisées. Il n'y a donc pas de greniers. Quant au sésame, dont l'importance est très grande, il est conservé dans de grands paniers, dans la maison même ou dans l'abri-grenier familial. Les Gbaya 'bodoe sont en effet des chasseurs-cueilleurs-cultivateurs. Chasse et cueillette n'y sont pas seulement des activités d'appoint. Ce sont des activités à placer sur le même plan que la culture des champs qui joue un rôle non négligeable, mais n'est pas l'activité fondamentale. Les noms des mois traditionnels réfèrent d'ailleurs principalement à la chasse et à diverses cueillettes; seuls deux d'entre eux réfèrent l'un à l'igname, l'autre au sésame (cf Roulon-Doko, 1996:160-163). Tout le gibier, tous les insectes, tous les végétaux qu'ils recherchent sont nommés et organisés en groupements qui seront systé.matiquement présentés. Mais au-delà des nomenclatures, il convient de chercher à faire apparaître les notions sous-jacentes à l'organisation du sens qui associe des valeurs sémantique, métaphorique et symbolique. C'est ainsi qu'on peut dégager le système cognitif des représentations qui correspond au vécu collectif du groupe et, ce faisant, accéder à leur conception du monde. Utilisant la langue des locuteurs, le gbaya 'bodoe, j'ai peu à peu constaté que certains principes 15

Carte II. Le village de Ndongué et de son gbàyé en pays 'bodoe P.ROULON-DoKo1990

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16

organisaient le':1rlexique et surtout qu'il n'y avait pas une classification mais des classifications multiples qui s'entrecroisent.

LA LANGUE GBA YA
Le groupe gbaya-manza-ngbaka représente plus de 1.200.000 locuteurs qui occupent principalement la moité ouest de la Centrafrique et une petite portion est du Cameroun. Le parler utilisé dans ce travail est un dialecte du gbayakàrà, le 6odoè, noté 'bodoe en français, qui est parlé par environ 5000 personnes installées- principalement sur le territoire de la commune rurale de Bingué au Sud-ouest de Bouar en République Centrafricaine.
arteIII. LES DIALECTES DU GROUPE GDAYA-HANZA-NGBAKA

ZAIRE
(P. RouuJN.[)om J 99$)

Je condense ci-après, en quelques tableaux, les éléments fondamentaux de leur langue. Pour une présentation plus détaillée, on pourra consulter l'introduction linguistique de Roulon-Doko, 1996:22-42, ou l'ouvrage Parlons gbaya (Roulon-Doko, 1997a). 17

Système phonologique
Le gbaya 'bodoe comprend 29 consonnes et 12 voyelles, ainsi que deux registres tonals.

fi p b mb m w

f v

Consonnes cf ? t s k g d z ng nd n 1] J1 y 1 h r

Voyelles

kp gb ngb IJm

orales e e u o ~ 1 e

nasales U ~ S!

a

Les tons lexicaux sont soumis, en situation d'énonTons ciation, à des modifications tonales qui résultent de la simples modulés présence d'un morphotonème relationnel, représenté par H HB un ton haut et systématiquement traduit dans le mot à mot B BR par "D", également appelé connectif tonal. La structure syllabique comporte des syllabes ouvertes (ev) et des syllabes fermées uniquement finales (eve). Il n'y a pas de suite de consonnes au sein d'un terme. Toute succession (cc) signale donc un terme composé ou une structure à redoublement, fréquentes pour les adverbes-adjectifs.

Structures grammaticales
Le nom et ses déterminants Pluralisateur + Quantificateurs Adjectif-verbal Connectif+Nom Adjectifqualificatif + Nom + Déctiquesspatio-temporels Adverbe-adjectif (centre du Aspectifssituationnels Nom et Nom qualificatif syntagme) Verbe au connu« à +V»

Les pronoms SI S2 S3
S3

personnels formes libres lam mé ?à ?éi
?éi

(DD)
DI

formes liées -am -mé -à -éf
-éi

sens «je, moi» « tu, toi» « il, elle, lui » « on » (indéfini)
«il elle lui»
0 0 hori ue

PI P2

P3 P3

(DD)

?éé ?éné wà

-(y)é -né ~wà

« nous» «vous» « ils, elles, eux»

DI

?a a

- a

«ils elles eux»

0 0 hori ue

Légende: S = singulier; P

= pluriel;

DD = Discoursdirect;

DI=Discours indirect

18

Il n'y a, en gbaya 'Qpdoe,aucune marque de genre, ni dans les noms, ni dans les pronoms. Il existe par contre un vouvoiement de politesse et un vouvoiement de solidarité qui réutilisent dans un autre sous-système certains des pronoms présentés ci-dessus. Ils sont indiqués dans le mot à mot en faisant suivre le pronom respectivement de Politesse (Pol) et i.~olidarité(Sol). Le verbe et ses déterminallts Le système verbal comporte des déterminants dont la présence est obligatoire et qui constituent la conjugaison proprement dite. Celle-ci comporte dix-neuf formes qui se structurent en combinant deux aspects (accompli et inaccompli) et trois modes (Réel, Virtuel et Nécessaire)2. Le tableau ci-après présente les formes les plus fréquentes, dites "neutres", et leur organisation conceptuelle. Les autres formes de la conjugaison, signalées également dans le tableau pour chaque mode (+ x fomles) ont chacune un nom qu'on trouvera mentionné dans le mot à mot, suivi de la mention inQcou ace, selon les cas.
MODES ~Inaccompli (noté inac) Réel (+6formes) « on agit» Virtuel (+2 [ormes) « on pense agir » (H+BV) le procès lui-même est pris en compte té+(B+BV) projet d'une action considérée comme réalisable
(B sur pronom)+(H+BV)

ASPECTS Accompli (noté ace) BH+(Bv+a) le résultat du procès est pris en compte tèé+(B+BV) projet d'une action qui n'est plus réalisable

(B surpronom)+(B+BV) le résultat l'action ordonnée est à réaliser de l'ordre est perçu comme acquis Légende: les tons = H, B, BH; BV = base verbale, ou radical; forme = autre conjugaison

Nécessaire

(+1 fOrme)

« on veut faire agir »

Tandis que les modalités obligatoires se placent toutes sur ou avant la base verbale, les modalités verbales expansives se placent, elles, toutes après la base verbale, s'organisant comme le montre le tableau suivant:
BV

énonciatif aspectifs + authentificatif+ (COD) + situatifs + modalités + négation adverbales valorisateur
.

V2

Légende:

BV = base verbale;

V2

= deuxième

verbe (suite verbale);

COD

= objet

direct

Les prédicats

non verbaux

Le gbaya 'bodoe peut construire une phrase sans verbe. Deux cas se présentent, soit il s'agit d'une simple juxtaposition, soit l'énoncé comprend un morphème prédicatif:
2 Ce système ne manifeste pas, contrairement au système du français, d'expression du temps (passé, présent, futur). 19

simple juxtaposition Nom+adverbe ; Nom+ numéral, Nom+(nè« avec »+Nom]...... ... énoncé à morphème né « être» (Essentiel) ?~.~« est là» (Présentatifs) prédicatif ?~ « c'est» (Existentiel) ?ài « est ainsi»

NOMENCLATURES ET ORGANISATION CONCEPTUELLE
La présentation et l'analyse des différentes nomenclatures étudiées dans cet ouvrage, dont les zoonymes3 seront un exemple privilégié dans le développement ci-après, illustrent les relations qu'entretiennent structuration lexicale et organisation cognitive..

Constitution du corpus et identification des espèces
Pour constituer le corpus des zoonymes gbaya, il convient tout d'abord d'identifier correctement et sans ambiguïté les espèces qui y seront retenues. Deux cas de figures en particulier se posent que je vais préciser. Tout d'abord, celui où il existe des dénominations originales pour désigner un individu particulier d'une espèce donnée4 (petit, mâle, vieux mâle, femelle, etc.). Le repérage en est aisé lorsque la désignation procède par détermination d'un terme identifié comme une espèce. C'est le cas par exemple en gbaya de la désignation du mâle des céphalophes (C.) : kàro bàn(mâle de/C. roux) «mâle de céphalophe roux », kàro bIo (mâle de/C. couronné) « mâle de céphalophe couronné». Par contre, lorsque la désignation utilise un terme original, cférè « femelle de guib », mbfro «très gros guib mâle », alors que le «guib » se dit zàmbéré, cela peut faÎre croire à l'existence de trois animaux différents. Il en va de même des dénominations qui désignent un type dans une même espèce: 82nd16f (panthère/à chair resserrée) et g2-hèrè (panthère/mince)ne distinguent pas deux espèces de panthères mais caractérisent, au sein d'une espèce perçue comme unique par les locuteurs, celles qui sont grosses et massives par opposition à celles qui sont minces et très agressives5. De façon comparable les {(aulacodes » bfâ constituent bien pour les locuteurs une seule espèce, même
3 4 Pour

une synthèse linguistique plus apronfondie des zoonymes, on pourra se reporter à
1997b.

Roulon-Doko,

Dans le corps de l'ouvrage, pour chaque groupementd'animaux distingué, c'est sous la

rubrique "développement et morphologie" que sont préscutésces dénominations. 5 Dans leur dictionnaire gbaya-français, les auteurs en notant gg-hèré "variété de félin ressemblant au léopard mais plus petit", me senlblent victimes d'une telle confusion, cf. Blanchard et Noss, 1982:132.

20

s'ils les organisent, du fait de leur taille et de l'importance de leur groupe, en trois lignages noniÎnés respectivement b2g,nguru et 66sàkàcfa. Le linguiste peu familier avec la faune locale peut très bien" dans un prelmer temps, être induit en erreur. Par ailleurs, comme cela se passe, en gbaya, pour les « punaises» ngà16, il est toujours possible à un locuteur de désigner un individu quelconque par un nom composé de l'élément générique ngo16 suivi du nom de l'arbre ou de la plante sur lequel il l'a trouvé. De telles dénominations qui assûrément augmentent considérablement le corpus ne permettent pas pour autant l'identification de chaque insecte une fois celui-ci présenté sans son support. Il s'agit de dénominations circonstancielles qui ne peuvent être retenues comme de véritables zoonymes. Dans un tel cas de figure, j'ai préféré ne retenir que le nom des punaises pour lesquelles il y a un consensus entre les locuteurs qui témoigne qu'ils peuvent les reconnaître et les identifier en toute circonstance. Enfin je signalerai que certains animaux reçoivent un « surnom» suka J1în (plébiscité/nom), le plus souvent clairelnent désigné comme tel, ce qui n'entraîne donc pas deconfusiol1, Ainsi le porc d0111cstique,d'importation récente, est surnommé « la jeune fille du tas d'ordure» z01)a-zu-pàyà, et le rat kpàlâ1J que sa course très rapide rend difficile à attraper est, lui, surnommé gàn wéi-kàft (à dépasser/gendre) « le gendre n'en vient pas à bout ». Les surnoms sont indiqués mais ne sont pas comptés comme des zoonymes à part entière.

Les principes classificatoires
La notion de terme générique J'appelle terme générique, un élément du lexique qui désigne un groupement conceptuel et manifeste lexicalement son unité. Or souvent, en gbaya 'bodoe, il n'y a pas de temle générique pour marquer certains groupements qui sont appréhendés comme une collection d'individus ou de groupes directement identifiés. Ainsi il n'y a pas de terme générique pour « animal », ou pour « plante ». Pour ce qui est des animaux, les locuteurs distinguent d'emblée deux grands ensembles, celui des « vertébrés» sàcfî qu'ils définissent comme ceux qui, faits de chair et d'os, respirent, et celui des « invertébrés» k6k6cf6m() qui, n'ayant ni chair, ni os, ont seulen1ent la faculté de bouger. Quant au monde végétal, il regroupe des « arbres» tè, des « lianes» pàk, des «herbes» z2 et des «feuilles» wapa, terme qui désigne, ici, les petites plantes qui n'entrent dans aucun des trois groupes précédents, sans qu'aucun terme générique ne désigne globalement la plante. L'ensemble des fourmis (quatorze éléments) est intéressant car aucun terme générique ne permet de le désigner comme tel. La perception qu'en ont les 21

locuteurs est directe, chaque espèce étant appréhendée en soi, dans son individualité et sa spécificité, contrairement aux punaises, par exemple, pour lesquelles les dénominations sont principalement des spécifications du tenne générique «punaise» ngolo.Les fourmis constituent donc un ensemble d'individus auxquels les locuteurs ont accès directement, tout en les concevant comme constituant un el1semble. Il existe néanmoins un terme quia valeur générique pour cinq d'entre elles. Il s'agit du composé gbàmll (grandlfonrmi6) qui peut être appliqué à : mIl, tOt, zo6t-dàl, yàâ-gèsà, et gbàmtf-s~, mais ne s'applique pas aux neuf autres. La reconnaissance de l'existence d'un groupe conceptuel n'est donc pas nécessairement manifesté sur le plan linguistique par la présence d'un terme générique. Aptitude d'un élément à servir de terme générique Je distingue tout d'abord le terme qui n'a qu'une valeur générique (TG) et peut alors désigner n'importe quel élément du groupe, sans le spécifier. C'est par exemple le cas des termes « singe» dàwà, « serpent» g6k, « chenille-larve» dok, etc. Dans d'autres cas, le terme à valeur générique désigne de plus une espèce particulière. C'est le cas du terme ndèi qui désigne les « sylviidés7 » et aussi, plus précisément au sein de ce groupe, la « cisticole à ailes courtes ». Je le qualifierai plutôt de terme sous-générique (SG). Enfin, la valeur générique de certains termes est simplement déduite de leur présence dans plusieurs dénominations où ils sont l'élément déterminé. Il convient alors d'être prudent, de ne pas prendre en compte uniquement l'apparence linguistique, et de contrôler auprès des locuteurs l'aptitude du terme considéré à être un générique avant de le considérer comme tel. Une analyse qui ne prendrait en compte que l'apparence linguistique peut conduire à une interprétation erronée. J'en donnerai ici un exemple: le gbaya 'bodoe utilise des termes simples et des termes composés pour désigner les divers liquides corporels. On a ainsi: 1. yi-tè 2. yi-bèrè 3.Yl-sisè 4. gbè1J-mo
termes corn osés (eau+Dlcorps) (eau+D/sein) (eau+Dlcourge sp) (à échauffer/chose) ( articule+DI leurs)

5. mùi-koa

« sperme» « lait» « lymphe» « sueur )} « larme»

termes sim les 6. sap « salive» 7. tok « sang» 8. (int « urine»

6 L'élément nlll traduit par cOffi1Dodité founni })dans le mot à mot désigne, employé seul, « un type de founni et un seul, c'est le cOlnposé gbamîl qui, lui, a une valeur générique pour ce petit groupe. 7 Ce groupe c0111prend oiseaux qui ont chacun un nom propre. six 22

Si, attribuant ici ,au terme YI « eau» une valeur générique, je regroupe les éléments 1, 2 et 3 en tant qu'''éléments liquides", je crée une classification qui ne sera pas acceptée par les locuteurs. En effet, ils regroupent, eux, ensemble les éléments 1, 2 et 7 qu'ils qualifient de « réserves d'homme» kpàrè béi (semence +D/personne), car ils les conçoivent commeco-substanciels du corps humain, alors que tous les autres éléments (3, 4, 5, 6 et 8) sont, pour eu~ des produits qui proviennent de l'absorption de nourriture. Il est donc essentiel de contrôler auprès des locuteurs la valeur générique ou sous-générique possible d'un tenne avant de la lui attribuer, ce que Jacques Doumes résumait très bien lorsqu'il concluait à propos des Joraï : Comment savoir, à partir de la nomenclature, où est le classement? Une collection de noms ne suffitpas, si on ne sait ce que les gens en font et en pensent (Doumes, 1975:348). Dans le cas des zoonymes, la possibilité pour le dit terme d'être employé seul pour désigner indifféremment l'une ou l'autre espèce est une garantie de son aptitude à être un générique. J'el est le cas du terme tèndè, qui est présent dans le nom du « soui-manga » tèndè-zân (- de savane) et dans celui du «grimpereau tacheté» tèndè-zér de forêt-galerie). Employé seul, tèndè désignera indiffé('"

remment l'une ou l'autre espèce. Dans ce dernier cas, je lui attribuerai plutôt une valeur sous-générique (SG).

L'extension du sens d'un terme
Les termes génériques (TG) ont souvent plusieurs significations selon le cadre où ils sont utilisés. Ainsi le terme sàdl qui désigne l'el1semble des « vertébrés» désigne aussi, au sein de ceux-ci, le sous-groupe des « mammifères8 » par opposition aux aériens, aux rampants et aux aquatiques, chacun désignés alors par un terme générique propre. De plus, ce même terme désigne la « viande» que fournit la chair de tous les vertébrés, alors que les invertébrés en sont dépourvus. De même, le terme b6k6nam qui désigne l'ensemble des « pieds mous}) désigne aussi, au sein de ceux-ci, le sous-groupe des camivores9 que seuls les. hommes mangent. Ce tem1e prend, du fait de cet emploi, l'acception de « gibier réservé aux hommes}). Cette réutilisation d'un même terme selon différents niveaux, dans des acceptions plus restrictives les unes que les autres, est très généralisée dans tout
8

Il s'agit ici d'animaux définis comme "non aériens, non aquatiques et non rampants", ce que je rends ici, par commodité, par le terme "mammifères", car il convient à la plupart des animaux de ce groupe, tout en sachant qu'aux stricts mammifères, les Gbaya incluent dans ce groupe les lézards, les crocodiles, les tortues et les batraciens qui ne sont bien évidemment pas des mammifères, 9 Comme pour le tem1e "mammifères" ci-dessus, le tenne français "carnivores" est une approximation, car les Gbaya incluent dans ce groupe, le potto qui est un primate qui se l10uITÎtde graines et de larves. 23

le lexique gbaya. AJnsi, le terme zudùk réfère au «lignage» lorsqu'il est employé dans le cadre villageois, à l' « ethnie» dans le cadre centrafricain, au « centrafricain» dans le cadre de I'Afrique, etc. On constate ainsi que lorsqu' ily a lexicalisation, le sens véhiculé par le terme considéré ne s'exprime souvent qu'une fois précisé le cadre de son emploi. Le terme nàà « mère» nous en fournit un bon exemple:

.

monde humain :

cadre de la famille: nàà « mère» cadre du couple: nàà « chérie»

.

/ /

daà « père» dâà « chéri»

/

bêm « enfant»

monde animal

bàfaà « mâle»

/

k6à« femelle»

.lames de la sanza10

.z61J« mère}) a .nàà

« jeune femelle»

/ 'béà« petit »

bàfâà « mâle» / nàà« mère» / béà « petit» Le terme nàà prend le sens de « mère» dès qu'est prise en conlpte la présence d'un enfant ou d'un petit, par contre ce n'est que dans le monde humain qu'il s'oppose au terme d:ià « père », et là, lorsque le couple seul est considéré, le terme nàà a le sens de « chérie». Le rôle des composés La composition qui met ensemble plusieurs termes identifiables pour référer à une seule entité, souligne le plus souvent un trait descriptif1 (tY-n6é (noir/oiseau) « étourneau métallique de Swainson », mbèr-wàkà (à frapper/ herbe de mai) «gobe-mouches soyeux à joues noires », etc), ou une localisation (tèndè-zér (oiseau sp.lforêt-galerie) « grimpereau tacheté », n6é-dl (oiseau! grotte) « oiseau sp. », etc). Aptitude classificatoire d'un composé Un examen attentif des nombreux composés de la langue montre que pour jouer un rôle classificateur, un composé doit comporter un terme ayant une valeur générique (TG ou SG). Tandis que l'appellation n6é-dl « oiseau sp. », où n6é est le tenne générique « aérien », apporte d'emblée une information classificatoire, un con1posétel dOlll-ndèlèt) qui signifie littéralement « queue à perte de vue » ne fournit aucune indication classificatoire. Il pourrait désigner n'importe quel animal qui a une longue queue, un singe par exemple, or, il désigne une «veuve », petit oiseau qui a une très longue queue. J'appelle les
10

Il s'agit d'un instrun1ent de Inusique comportant plusieurs lames métalliques. 11 Sous cette appellation, sont regroupés la description d'un trait physique, celle d'un caractère Ï111portant u encore celle d'une activité considérée comme significative. o 24

composés qui comportent un tenne à valeur générique, des "composés à indice classificatoire" (ccf). On constate que dans un ensemble donné, plus le nombre de composés est important, plus la part qu'y occupent les composés à indice classificatoire augmente. Ainsi dans le n10nde animal, on dénombre les sous-ensembles suivants:
Termes Composés Composés à indice classificatoire

30

4

~

13%) 1

113
Il

61 (53%) 26
~

Il 1(100% 8

(3% , soit % des corn osés 24%) soit Y2 com osés des (72%) soit % des corn osés
~

14

4 (28%
1

1

7%) soit~ descom sés

On peut en conclure que l'importance croissante des composés au sein d'un groupe va de pair avec une vision des locuteurs plus immédiatement classificatoire. Si l'on compare de ce point de vue l'ensemble des ({invertébrés » k6k6cf6mo et celui des « vertébrés» sàcfi, on dénombre 73% de composés pour le premier contre seulement 45% pour le second. Ce qui tend à montrer une tendance chez le locuteur gbaya à percevoir les différents sous-groupes d'invertébrés plus directement que ceux des vertébrés qu'ils appréhendent plutôt de façon individualisée. La systématique du choix d'un critère Au sein des composés, un critère n'est utilisé que lorsqu'il est caractéristique et suffit à spécifier l'élément ainsi dénommé. Ainsi pour les larves1Squi se nourrissent chacune exclusivement d'un bois spécifique, la langue y réfère pour les nommer sans ambiguïté: d3k-hèt]à (chenille+D/Lannea antiscorbutica) désigne la larve qui vit dans le bois mort de cet arbre hè1Jà. Il n'en va pas de même pour les chenilles qui, le plus souvent, se nourrissent sur plusieurs plantes-hôtes. De fait, on constate que seules les chenilles qui n'ont qu'une seule plante-hôte peuvent être nommées par référence à cette plante. Ce critère de localisation est donc opératoire à 100% pour les larves, tandis qu'il n'est utilisé que pour 32% des chenilles. Dans tous les cas, la localisation manifestée linguistiquement dans le tenne composé est toujours un critère exclusif.

12

TIs'agit d'un groupe au sein des vertébrést principalement des ongulés. 13Regroupe les oiseaux et les chauve-souris. 14Il n'y a pas pour ce groupe de tenne générique le désignant en gbaya. 15Un mêlne tem1e d:,k désigne les larves et les chenilles. 25

L~ structuration formelle des composés
Deux éléments interviennent de façon assez régulière dans la fonnation des composés pour être signalés. Il s'agit des tern1es nàà « mère» et yàà « grandmère» qui fonctionnent de façon équivalente, comme un élément neutre servant de support de base à la composition16,et que je traduis systématiquement dans ce contexte par « celle/celui qui... ». Deux noms de sauterelles illustreront ce procédé: nàa-ndàcfi-kàn (mère delà coller/roseau sec)« celle qui colle aux roseaux secs» et yàa-?à-bùk-tè (grand-mèredelà mettre/ cendre/corps) « celle qui passe son corps à la cendre». L'importance des ces deux termes pour les zoonymes et, en particulier au sein des termes composés, est présentée dans le tableau suivant:
..G~~~P~..~.~~~~~.~~~
.~:.~!1:~~~!?~~..~~~.~~~~X.~~~
.1

!~~~.~

.L.~.~..L%.I..L~.Ç.l.Y~~..L..~I...L.%..Ç.
~

LI.~.~Q.!"Ç.~.2J.L..~~
~

sàdl « vertébrés »

T 305 / C 136

8 i 2,6

'k6kM6~~3.~~.~~~rtéb;é~';~""'rT'i~ï5'ic"ï7i'.[""57" T = nombre total, C = nombre des composés.

5,9 i 4 1,3 r.."3~.5... 2,9 3...[..3.3.:3..1 '~"'22i~ 6 Tm2~.5
~ ~ .~

L.~ .~.~~...L?:!''.~~kl.~.g L..! ;~~ L..Q?}...

Il apparaît que le terme yàà est nettement moins utilisé que nàà, et que c'est dans les groupes des chenilles et des sauterelles que l'élément nàà est très intensivement utilisé puisqu'il représente, pour les premières, près d'un tiers des composés et, pour les secondes, plus des deux tiers. En dehors des zoonymes, ces éléments sont également utilisés dans la composition, pour les les noms de plantes et les noms de personnes. Presqu'insignifiant pour les noms de plantes, ils jouent un rôle non négligeable pour les noms de personnes, les zoonymes se situant entre les deux. Or, les noms propres sont en gbaya majoritairement sexués, seuls quinze d'entre eux sont mixtes. La répartition des termes nàà et yàà selon le sexe que dénote chaque nom propre apporte un élément décisif pour celui qui s'interrogerait sur une adéquation entre le sens premier de ces termes, qui désigne une génitrice, « mère» ou « grand-mère» et leur utilisation comme élément de composition. Nomsw rdetermes-7Total les noms ro res» 271 noms féminins 145 noms masculins 111 noms mixtes 15 com 42 31 10 I ortantnàà soit 15,4% soit 21,4% soit 9% soit6,7% com 19 10 8 1 ortant âà soit 7% soit 6,9% soit 7,2% soit6,7%

Ainsi, nàà-dôn (~de/Landolphia) est un nom féminin, nàa-sàrè (~del Annona senegalensis) un nom masculin et nàa-sàà (~de/amusement) un nom mixte. Ce
16Alors que la construction simple directe avec une base verbale sans support particulier est également bien attestée, tel le nom de cette autre sauterelle gbàr-ngàdI (à être articulé/ montagne) {(passe la montagne». 26

corpus me semble s!gnificatif pour affirmer que les deux termes considérés sont démotivés de toute valeur sexuelle et ne jouent ici qu'un rôle de support neutre17. Il est à ce propos intéressant de signaler que l'emploi du tenne nààdans son sens plein de « mère» est attesté pour les vertébrés où la relation mère/petit a un sens, et jamais pour les invertébrés où une telle relation n'est pas prise en compte. Il est un dernier élément gbà qui intervient de façon sensible dans la formation des composés. Dans l'état actuel de la langue, il n'est jamais attesté en isolation18, par contre il porte toujours le même sémantisme et signifie «grand, important ». D'une importance numérique légèrement supérieure19 à celle de yàà, il est plus régulier dans sa distribution entre les différents sousgroupes. Très souvent il se combine à un terme générique (TG ou SO) pour désigner un individu caractérisé par sa taille au sein du dit groupe. Par exemple gbàdàwà (grand-singe) « le babouin », gbàg6k (grand-serpent) « le python ». En dehors des termes présentés ci-dessus - termes génériques, nàà, yàà et gbà - les composés peuvent tout simplement combiner entre eux des termes divers. Pour tous ces composés les principales structures attestées sont: "Base Verbale à ton bas+ Nom gbln-tè (à casser/arbre) « le briseur d'arbres », élan de Derby. ?à-mbûl (à jeter/toile d'araignée) « le tisserand », serpent Spa "Base Verbale à ton haut + Nom ou Adverbe-adjectif ?2i-pèJ] (vomit/ver long) « l'arc-en ciel », lézard Spa ?a-pér (jette/corde) « le poseur de lacet », serpent Spa lati-mbér (s'étale/inaperçu) « l'envahisseur imperceptible », pou de pubis. "Adverbe-adjectif ou Adjectifverbal + Nom mbàdàk-tà (en s'y collant/pierre) « le collé aux rochers », daman des rochers. gbt-dom (rouge/queue) « le queue rouge », cercopithèque Spa "Nom +Adverbe-adjectif dom-ndèlèJ] (queuelà perte de vue) « le très très longue queue », veuve noire. "Nom + Nom n6-mbéé (huile de/courge) {(l'huile de courge », Bruant de Cabanis. zi-bia (mouche de/aulacode) « la mouche-aulacode », mouche grise~ déné-wfk6ya (guêpe de/impétigo) «la guêpe-impétigo », guêpe
17Contrairement à d'autres tennes tels z61Ja «jeune fille» ou ngàl « jeune homme» pour les noms propres et bafà « mâle» ou wél « mari » pour les plantes, qui gardent pleinement leur sémantisme et n'apparaissent jaluais comme élément decomposition dans les zoonymes. 18 D'oÙ la notation du tenne qui le con1porte sans tiret. 19De tIDeà quatre occurrences dans les groupes où il est attesté. 27

Si la plupart des c01pposés se construisent selon les règles en vigueur dans la syntaxe, certains sorit a-syntaxiques20. D'autres enfin présel1tent un élément que le locuteur interprète comme une défonnation de la référence qu'il Y voit. Ainsi l'oiseau zèzèIJ-kùl est analysé en zèzèIJ déformation de d'adverbe-adjectif zèrèIJ-zèrèIJ « à rayures» et kÙl qui désigne le « bois rouge ». L'ensemble que je note dans le mot à mot ([< zèrè1J-zèrè1J] rayureslboisrouge) est donc interprété à comme signifiant « le rayé rouge». La notion de motivation La motivation selon laquelle un locuteur établit une relation de nécessité entre une dénomination et son objet, ou entre deux dénominations, est un principe qui intervient très fréquemment dans tout le lexique gbaya. Elle met en application une chaîne logique et/ou symbolique au regard de la culture qui l'utilise, et facilite ainsi la mémorisation du lexique. Rien n'est moins prévisible pour celui qui ne participe pas à ce fonds commun. Ainsi, appeler la « varicelle» zéé-gèdà, littéralement la « maladie du manioc », va de soi pour un locuteur gbaya, du fait que les boutons que produit cette maladie sur le corps présentent un aspect qui lui rappelle les tubérosités de la tige du manioc. La composition manifeste, chaque fois que les éléments la constituant sont identifiables et peuvent être mis en relation par les locuteurs, une motivation. Les zoonymes gbaya attestent assez peu de composés dont le sens n'est plus restituable par les locuteurs. Ce sont soit des cas où un des éléments du composé n'évoque plus rien au locuteur, tel yàà-6èndèIJ (grand-mère/?) qui désigne une petite leggada21, soit d'autres où, bien que cha.que élément soit identifié et interprété, l'ensemble ne fait plus sens, tel l'oiseau goé-kèmbè ([< g?Jy5]igname de/forêt) qui littéralement signifierait « l'igname de forêt », sens dont la motivation reste incompréhensible pour les locuteurs, et qu'en conséquence ils refusent. Ces composés démotivés ne représentent que 14 termes, soit 2,6% de l'ensemble des dénominations et 4,5% de l'ensemble des composés. Or la motivation n'est pas strictement liée à la composition puisque des termes simples sont également motivés. Les zoonymes gbaya, par exemple, comportent cinquante-trois-termes simples motivés. Sur le plan formel je distinguerai trois types de procédés de mise en relation. Une mise en relation avec une base lexicale qui intervient pour plus de la moitié d'entre eux. Celle-ci est, par ordre d'importance, un qualificatif, adverbe-adjectif (Aa, 13 cas) ou adjectif-verbal (Av, 2 cas), un verbe (V, Il cas) ou un nom (N, 4 cas). Le plus souvent le locuteur restitue le terme auquel il réfère, car il est modifié dans le zoonyme, seuls huit termes en sont la stricte reprise.
20Ce qui est le plus souvent marqué au niveau du schème tonal. 21Il s'agit d'une toute peUt souris. 28

J'en présente ci-dessous quelques exemples:
(I

stricte reprise
ngbémsé (cf Aa« aux joues gonflées »), littéralement « le joues gonflées », pOIsson sp. y~~ (cf V à l'accompli « a glissé»), littéralement« le glissant », silure. t1j.y (cf Av« noir }»),littéralement « le noir », cercopithèque hocheur.
d'une forme modifiée

.

interprétation

hàr-kpà (cf Aa [< hàr-ngàzàJ]l « décharné »), littéralement « le tas d'os », serpentsp. t61 (cf V [<.toi] « porter un fardeau»), littéralement « la porte-fardeau », fourmi sp. nam (cf N [< nàm] « famille »), littéralement « en famille », buffie. Un terme onomatopéïque est utîlisé pour plus du tiers d'entre eux (20 termes). Il s'agit de l'imitation du cri de l'animal (16 cas désignant tOLlS oiseaux) et des pour un poisson du bruit qu'il fait en mangeant. Les trois autres termes imitent le bruit du vol de l'animal (2 oiseaux, une sauterelle et UIlepetite mouche). Enfin pour les trois termes restant, le zoonyme est tout simplement un nom qui réfère dans un autre domaine à une entité avec laquelle le locuteur établit une relation qui justifie à ses yeux l'appellation en question. Le zoonyme motivé est comme déduit par translation de l'autre entité considérée, elle, comme le pôle fondateur. Ce sont: 6àngè compris comme 6àng6 « gros arbre22» qui désigne ici un très gros pOIsson. bàsgg « bassin23», qui désigne ici le poisson élevé en pisciculture dans des bassins. J16IJala « graine» qui désigne ici le « ver de vase de forêt galerie », car il sert d'appât pour la pêche à la ligne. Dans cette mise en relation entre deux entités de domaines différents que signale une appellation unique, trois zoonymes sont à l'inverse des précédents le pôle fondateur d'une relation dont le terme motivé appartient, lui, à un autre domaine. Ce sont trois noms de termites (mbùyé, nd6é et gààyàà) qui sont réutilisés tels quels pour désigner les champignons qui poussent sur chacune de leur termitières24. J'y ajouterai le nom d'une founni ngè6è qui sert à désigner la

22Désigne n'importe quelle espèce et ne fait référence qu'à la taille de l'arbre ainsi désigné. 23Il s'agit d'un emprunt au français. 24 L'identification du tennite et de sa termitière précède celle du champignon. TI y a d'ailleurs des dénominations comme 6ùa-dlkpg (champignon de/tennite sp.) « chalnpignon du tennite dlkp2», alors qu'une dénomination inverse *« t.ennite du chalupignon» n'est, elle, jan1ais attestée. 29

maladie qui fait avorter les femmes enceintes et dont le parasite est pensé semblable à cette fourmi. Dans l'ensemble des zoonymes (550 termes) les termes nl0tivés représentent 345 termes, soit 63% du corpus. Ils comprennent à la fois les composés explicables (292 termes25)et les termes simples motivés (53 termes). Les critères de motivations sont multiples, il est cepCl1dantpossible, en ce qui concerne lez zoonymes de les regrouper selon les points de vue qu'ils manifestent. Les neuf points de vue retenus se structurent autour de trois pôles comme l'indique le tableau suivant: PÔLES ACTIVITES S écification ~li!.uÈ~p.:... ~é'p~£e~~~___ bruit roduit g~!.£!1.Y~CJ!1~__ £O~~!!.r ' nbr sIt 140 % sIt

2~_
l~_ 29 ~~_ 1~_

_6j1..4_~_
_JJz?~1_ 207% _4J~J~_ _2JJ~~_

% T 345) 27%

------% 5,3

ASPECTS

109

gt!!l~

~~_

_t?J_~_

odeur 3 2 8% LocALISATION!5'£'!!Î!a.!i21!. ~~_ 96 _9J.J_~_ 23% ériode 8 83% nbr '= nombre; sit = sous-total; T = ensembledes termes motivés. Dans tous les cas, on constate que la motivation ne prend en compte qu'un critère pertinent, à savoir celui qui distinguera l'animal ainsi nommé soit dans son groupe, soit de façon plus générale, lorsque la mention réfère à une aptitude ou un trait physique perçue comme identificatrice pour les locuteurs. Les zoonymes sont donc majoritairement des termes motivés manifestant les chaînes conceptuelles qui organisent le monde cognitif gbaya. Cette liaison conceptuelle qui fonde la motivation n'est absolument pas prévisible et l'apparence linguistique est souvent trompeuse. Ainsi la référence au «singe» dàwà manifeste dans le cas du « serpent-singe» g6k-dàwà (serpent/singe)une aptitude à sauter d'arbre en arbre et, dans le nom de l'oiseau n6é-dàwà (oiseau/singe) que je traduirai « l'oiseau-des singes », une simple localisation. Dans le cas des oiseaux dont le nom utilise la détermination du terme générique n6é par le nom d'un autre animal, ce denuerdésigne dans deux cas un animal auprès duquel vit l'oiseau (<< oiseau des singes », «oiseau des céphalophes gris ») et, dans le cas de la cicogne noire n6é-d6yà, lanlention des «sauterelles)} d6yà, indique seulement qu'elle en est une grande consommatrice. La mention du terme « serpent» g6k derrière le terme « lézard» gbàdà signale que celui-ci se déplace en rampant, alors que cette même mention derrière le terme « iule » k~rf signale un iule dont la très grande longueur rappelle un serpent. Enfin
25

-----84% _1~JY2._ 9% ------% 6,1 -----07% 25,5% ------

Soit 307 tenues composés, moins les 14 composés démotivés.

30

l'utilisation du teIl1!e « panthère» gg donne lieu à trois motivations différentes. Pour le coléoptère kalé-gg (coléoptère/panthère)c'est la robe bicolorenoir/roux qui est visée; pour le poisson gg-zoro (panthère/poisson)ce sont les dents bien visibles qui sont pointées; pour les guêpes gQ-dingo (panthère-grillon) et 82gua (panthère/bois de feu) c'est le danger que représentent ces guêpes auxquelles la panthère sert d' étalon. La multiplicité des valences sémantiques que peut faire apparaître l'utilisation d'un terme au sein d'un zoonyme ne peut qu'inciter à la prudence. Le locuteur seul, imprégné de toutes ces chaînes conceptuelles, est à même de donner au linguiste la clef de l'interprétation culturelle retenue. Celle-ci ne relève jamais d'une interprétation individuelle du locuteur mais témoigne d'un consensus culturel partagé par tous. Dans ce cadre, le recours très fréquent à la motivation soulage la mémoire des locuteurs en leur permettant de s'appuyer sur la logique culturelle qu'ils ont intégrée depuis leur plus jeune âge. La multiplicité des classifications

Pour structurer un ensemble cognitif, les Gbaya prennent en compte une multiplicité de points de vue, chacun donnant lieu à son propre système de regroupement. Ainsi, pour les animaux, à côté d'une classification morphologique (caractéristiques physiques), il y a une classification selon la consommation alimentaire et divers classifications prenant en compte des spécifications, comme « les animaux vivant dans un terrier» sàcfi k6 kg (animalldans+D/trou), les « animaux aquatiques» sàdl ~6 YI (animal+D/ dessous+D/eau),les « animaux arboricoles» sàâi ka tè (animal/sommet+D/arbre). La structuration d'un ensemble fait toujours .référence à un ou plusieurs critères. Un contrôle et un questionnement contradictoire des données recueillies est nécessaire. Cela pennet aux locuteurs de préciser dans les plus petits détails leurs choix, tout en n'infirmant jamais la véracité de chaque information en soi, et évite au chercheur de simplifier trop hâtivement une pensée qui en l'occurrence conçoit l'existence de plusieurs classifications juxtaposées etlou imbriquées les unes aux autres. Le groupe des «pieds mous» b6k6-nam rassemblent pour les locuteurs des vertébrés qui, physiquement se ressemblent - un pied mou, des moustaches et une queue de même type. Ce sont essentiellement des carnivores (Canidés, Mustélidés, Hyénidés et Félidés) auxquels se joignent quatre rongeurs (le lièvre, l'aulacode, le porc-épie et l'athérure), un primate (le potto) et un hyracoïde (le daman des rochers). Sous l'angle de la consommation alimentaire, ce même terme b6k6-nam désigne au sein de cet ensemble le « gibier réservé aux hommes ». Il s'agit des carnivores et du potto qui ont, dit-o.n, un goût trop fort pour les femmes. Par contre les quatre rongeurs de ce groupe le daman, la mangue rayée et la petite mangouste péé qui sont tous qualifiés de « pattes 31

courtes» dg n3.1J3. onstituent le sous-groupe des animaux consommés aussi ç bien par les hornnies que par les femmes26. Par contre le chien, précieux partenaire de l'homme à la chasse, n'est jamais consommé pas plus que son sosie de brousse le chacal. D'autres rapprochements sont effectués. Les deux loutres constituent avec le potamogale le sous-groupe des « animaux aquatiques)}. La mangue rayée est eUe classée parmi les « animaux vivant dans un terrier» avec la plupart des rats et l'écureuil fouisseur. La panthère et le lion sont eux classés avec la plupart des animaux du groupe des « pieds durs» comme «très gros gibier » gbàsàâi (grand-vertébré). On voit ici la façon dont se recoupent ou s'imbriquent ces différentes grilles de lecture dont aucune ne s'applique exhaustivement à l'ensemble du champ conceptuel. Tout au plus on peut dire que la classification sur critères morphologiques est, en général, la plus englobante. La structure en réseau

La prise en compte de toutes ces classifications structure le chanlP conceptuel étudié en réseau. La mise en œuvre des châmes associatives donne volontiers lieu soit à des regroupements plus ou moins importants, que je représente dans les figures par des ovales, soit à des regroupements qui recoupent les précédents et que je représente alors sous forme de chaînes ou de cadres. Lorsqu'il existe un terme générique pour manifester linguistiquement un regroupement, il est indiqué; sinon les locuteurs expriment le regroupement par des énoncés du type « ceux qui ».Les tableaux qui présentent l'organisation conceptuelle d'un ensemble donné, dans la suite de cet ouvrage, illustrent bien cette structuration en réseau. On n'y constate aucun principe de hiérarchisation et la langue est bien perçue comme un angle de vue qui doit être constamment rapporté à l'univers cognitif dans son ensemble. Contrairement à l'affirmation de B. Berlin, D.E. Breedlove et P.R. Raven qui pensent que la nomenclature est souvent un guide presque parfait pour [l'étude de] la structure de la taxonomie populaire (Martin, 1975:241), je pense que la nomenclature n'est ici une procédure ni définitoire, ni exhaustive. Tout au plus est-elle, dans certains cas une bonne mesure de l'organisation conceptuelle. Et je rejoindrai les propos de Jacques Doumes (1975:353) lorsqu'il dit "Les J6rai seraient-ils tellement préoccupés de classer? Il leur va mieux d'associer, et de différentes manières, ce qui est une ..façon d'établir un continu, le réseau étant plus dans leurs habitudes mentales que la taxonomie ou l'arbre; leur science est un tissage et une poétique, non une boîte à fiches". Il en va de même des Gbaya.

26C' est ici un critère morphologique qui fonde cependant le sous-groupe. 32

TECHNOLOGIE ET RITUELS
La méthodologie etlnlolinguistique qui sous-tend cette étude utilise la parole indigène comme premier moyen d'accès, sans pour autant réduire la culture à sa seule parole, puisqu'eUe prend également en compte une observation de type ethnographique. Ce travail consacré aux activités d'acquisition des produits alimentaires comporte une importante partie teclmologique, décrivant la chaîne opératoire de chaque technique utilisée. Pour présenter une activité technique dont j'ai le plus souvent pu voir le déroulement, je m'en suis systématiquement remise au découpage que proposait le locuteur. Un tel découpage de la chaîne opératoire permet de saisir le sens et la complexité des termes utilisés, en particulier pour les verbes. Le recours à la langue fait également découvrir que certains éléments apparemn1ent anodins, comme b~z~ la «paille séchée» qui sert à tirer les soldats de termites, sont conceptualisés comme des "outils". De plus l'utilisation d'expressions précises pour désigner génériquement telle ou telle technique souligne la façon dont les Gbaya organisent leurs activités. Ces activités, fondamentales pour la vie du groupe, sont souvent associées à des pratiques rituelles qui sont systématiquement présentées et accompagnées, lorsqu'il y a lieu, des paroles qui les manifestent. Voulant permettre au lecteur d'entrer dans le système de pensée des locuteurs gbaya 'bodoe, j'ai tenu à systématiquement 'utiliser "leurs mots". Cependant, ce développement parallèle de la formulation en français et en gbaya n'est pas imposé au lecteur qui peut préférer faire l'impasse sur cette dernière. Sa lecture ne devrait pas en être gênée.

33

LES PRODUITS ANIMAUX

INTRODUCTION

Les Gbaya 'bodoe présentent et définissent les différentes fonnes de vie de la façon suivante: L'air, l'eau, le feu sont des buk, YI, wèè né m~ nè téà bé 11a (venti eau/feu/être/ chose/ quel corps+ D+cela/ choses qui n'ont pas de corps.
inac+peut être/pas)

nù lin ?6 wapa né m~ ?èa La telTe et les plantes ne sont (terre/avec+D/les/feuilles/être/chose/seulement) que des choses. k6k6c.f6-m~ né m~ nè f6 tè ro6 L'insecte est ce qui bouge.
(invertébrés/être/ énonci a tif) chose/ qui/ inac+bouger/corps/

sà<fi né m~ nè ?6m ?~mi
(vertébrés/être/chose/ qui!inac+respirer/ énonciatif)

L'animal est ce qui respire.

béi né m~ nè tg wèn tgg
(gens/être/chose/qui!inac+dire/parole/ énonci atif)

L'homme est ce qui parle.

Tout dans la nature peut être désigné de façon neutre comme « une chose » m~.~ Cependant, toutes ces choses s'organisent selon la présence ou l'absence d'éléments qui caractérisent leur nature et la spécifient: la substantialité (+ corps), le mouvement, la respiration externe (+ souffle) et la parole. On peut ainsi dresser le tableau suivant: caractérisé par air, eau, feu terre., végétaux insectes
annnaux hommes ~substantialité

mouvement +.
+ +

respiration ..-

parole -

+ +
+ +

+ +

+

Les hommes fonnent"un groupe à part au sein de ce qui est apte à se Inouvoir, car ils sont les seuls à pouvoir produire volontairenlent des paroles. C'est donc, dans cette culture, la maîtrise d'une langue qui distingue l'homme de l'animal. Le monde animal, pour lequel il n'y a d'ailleurs pas de terme générique global, comporte deux ensembles bien distincts selon qu'il y a ou non présence d'un souffle perceptible (respiration externe). L'usage même de deux tem1es génériques k6k6cf6-m?>et sàdl soulîgne l'importance de cette divîsion du monde animal en deux ensembles qui correspondent assez exactement à la distinction que fait la classification 'scientifique' entre vertébrés et invertébrés. Les premiers sàâi conlportent des « os » gbàJ1à et de la « chair)} mùr et fournissent la «viande» également désignée par ce même terme sàcfi. Les seconds, bien qu'appréciés pour beaucoup d'entre eux en tant que nourriture, ne peuvent être qualifiés de « viande », les Gbaya 'bodoe ne leur attribuent que plus ou moins de « graisse» n?>. Remarquons que cette opposition gbàJ1à/ mùr s'applique aux vertébrés sàdl [as/chair], aux fruits [noyau/chair] et aux hommes, désignant alors le couple hOlnme/femme.Cette iInage traduit le caractère tant physique que moral que les Gbaya 'bodoe attribuent idéalement aux hommes et aux feiTImes l'homme-os, : ferme et dur ~la femme-chair,moelleuseet tendre. Le tableau suivant résume les principales oppositions retenues:

GROUPE

k6k6cf6-m?> « les invertébrés

»

se meuvent cueillette les femmes aucun terme énéri ue ni os, ni chair

sàd1 « les vertébrés» se meuvel1tet res irent chasse iè ea e êche les hommes sàcfi.« la viande» os et chair

Le terme «gibier» rend assez bien en français le terme sàdl dans ses deux acceptions, désignant d'une part les animaux à chair dont la plupart sont consommés, et d'autre part la viande qu'ils fournissent. Je présenterai d'abord tout ce qui concerne le «gibier» sàcfi, puis étudierai, dans une seconde partie, les « invertébrés» k6k6â6-m?>.

38

1 ère partie

LE GffiIER sàdl

I. LE MONDE DES VERTÉBRÉS

Ce grand ensemble qui comprend près de trois cents animaux distingués et nommés est organisé en quatre groupes désignés chacun par un terme générique et comprenant éventuellement plusieurs sous-groupes ou familles. Ce sont not «les aériens» qui rassemblent les oiseaux et les chauve-souris, zoro « les aquatiques» qui réunissent les poissons, les crevettes et les crabes, gok «les rampants)} c'est-à-dire les serpents, et un dernier groupe qui rassemblent tous les animaux qui ne sont ni aériens, ni aquatiques, pi rampants et qu'on appelle seulement sàc.fi. Dans cette acception plus réduite, sàcfi signifie « les terrestres non rampants )}27. dernier groupe comporte huit familles dont certaines sont Ce désignées par un tenne générique. Le tableau suivant présente la structuration de cet ensemble:
AERlENS NON
AQUATIQUES NON
RAMp ANTS

AE-

not zoro gok

(oiseaux et chauve-souris)

L'ENSE:MBLE

(poissons, crevettes et crabes)
(serpents) (8 familles)

DES
VERTÉBRÉS

RIENS AQUA- NON TIQUES RAMp

ANTS

sàc.fi stricto sensu

sàdl

La plupart de ces animaux constituent le gibier qui est l'enjeu des chasses aussi bien collectives qu'individuelles qui feront l'objet du chapitre II. Je vais ici présenter, famille par famille, les animaux de cet ensemble et donnerai pour chacune, lorsqu'il y a lieu, les dénominations particulières liées à une caractéristique de la morphologie ou à une étape du développement des animaux la constituant. Je dresserai ensuite l'inventaire de leurs dénominations, et préciserai enfin les groupements et classifications qui structurent chacune de ces familles. Lorsque je traite d'une famille, les chiffres mentionnés renvoient au numéro que porte l'animal dans la liste donnée en annexe qui sert de référence.
27 Que j' appelerai aussi, darts la suite du texte, sàd.1 stricto senSll,

1. LE GROUPE DES

sàcfi stricto sensu

Ce groupe comprend cent cinq animaux répartis en huit familles d'importance très variable, puisqu'on dénombre de deux à vingt-cinq individus selon les cas.

1.1. La famille des «pieds durs»
Le trait morphologique retenu comme caractérisant tous ces animaux est la qualité de leurs pieds ngaa-naIJâ (dur/pied) « pieds durs». De fait, il s'agit principalement d'ongulés (Artiodactyles et Périssodactyles) dont chaque doigt est terminé par un sabot, auxquels il convient d'ajouter l'éléphant dont le pied est perçu comme une masse sans doigts libres, et l'oryctérope aux doigts armés de griffes énormes et massives qui selnblent former un bloc. 1.1.1. Morphologie et développement

Tous les animaux de ce groupe sont des mammifères qui se nourrissent d'herbes, de fruits ou de racines et, pour l'oryctérope, d'insectes. D'une manière générale les «femelles» sont appelées nàà k~~ (mère/de/cela28),les « jeunes femelles» z6IJaà (jeune femelle29+D/cela),es « tout jeunes» mâles ou femelles l bé-daIJâà (petit/élevé+D/cela) et les « petits» béà (petit+Dlcela). Cinq termes sont utilisés selon les cas pour désigner les mâles. Le plus courant est bàfà30, les autres termes kàro, vàlà, kàtà et kàngàrà s'appliquent préférentiellement à certaines espèces. Ainsi: kàro s'applique aux céphalophes: t6cf6 « céphalophe bleu », bàn «céphalophe roux» bIO «céphalophe couronné », mboo « céphalophe à dos jaune ». s'applique aux ovins domestiques: dùà « chèvre» et sambi vàlà « mouton)}. s'applique aux guibs : zàmbéré «guib harnaché» et zàmbérékàtà YI « guib d'eau ». s'applique aux cobes: dôp «cobe onctueux, pèJ1a « cobe de kàngàrà buffon» et aussi aux guibs mentionnés ci-dessus.
28La présence de ce -à pennet de façon neutre de référer à ce concept, sinon on doit préciser l'animal particulier dont on parle: nàà k6 bàn « femelle de céphalophe roux» ou nàà k6 dùà « femelle de cabri, chèvre». 29Sur le plan linguistique, le nom z61Ja qui réfère par ailleurs à une « jeune fille» signifie, lorsqu'il participe à un syntagtne épithétique~({ jeune femelle)t .Ainsi z61Ja bàn signifie « jeune femelle de céphalophe roux» et z61Ja ndàè sera simplement traduit par « génisse ». 30Ce tenue et les suivants sont des noms qualificatifs qui ne peuvent apparaître que dans un syntagme épithétique, tel bàfâ ndàè (lnâle+D/vache) « taureau »;0 détennil1é par ...à. ou 42

Pour certaines e~pèces, il existe différents terrnespour désigner l'animal à une étape précise de sa vie. Ainsi les très gros mâles des porcins sauvages, « potamochère» ng?>ya, «phacochère» ngbàrà et « hylochère» "ngaké sont plus spécifiquement appelés gàzl. Quant aux petits du potamochère qui portent des rayures longitudinales, ils sont appelés ngindi, puis lorsqu'il ont un peu grandi kùngu. Les gros mâles d'« ourébi» kàlàmbà sont appelés sààkà ([< zâkwà] comes+D+eux) les ({encornés» en quelque sorte. (~e même terme s'applique également aux gros mâles des céphalophes bleus, roux et couronnés. Pour ces trois derniers, les «tout jeunes» sont appelés plus spécifiquement ngb?>r~. Le proverbe dit zé bàn d6k k?>zér fé, kâ dà1Jâ nè ngb~r6à (durée+D/
céphalophe roux/inac+être beaucoup/dans la forêt-galerie/trèsl/alorslacc+monter/

en tant que/toutjeune+D+cela) «le céphalophe roux qui traîne trop longtemps dans la forêt-galerie est, quand il en sort, un tout petit ». Les bonnes choses ne doivent pas traîner sinon elles perdent de leur valeur. Les chasseurs qui ont attendu longtemps le céphalophe entraperçu par l'un d'entre eux seront déçus quand ils constatent qu'il ne s'agit que d'un tout petit. La « femelle» du guib est appelée âérè et le «très gros mâle» Inbfro car son cou est noir comme le tronc de la liane mbirè Mucunapoggei FABACEAE. Quant au tout jeune guib, il reçoit les surnoms de gàn-gèlè (à dépasser/[< blrl] folie) « le tout fou» et de dè-ngàya-dèm (à faire/joie+D/queue)« celui qui bat de la queue ». Le buffle, dont on distingue deux variétés selon la taille, les plus petits ng66zé et les plus gros gbàyérè (grand31-buffie)reçoit différentes dénominations. Les femelles sont souvent appelées nàa-kàè (mère+D/[<kà wi] à accoucher lui) « la faiseuse d'enfants », quant aux « très gros mâles» ngàmbà, ils deviennent bàrà avant de finir « solitaires» yàr-?ènè (à se promener/seul). Le tout jeune buffle, lui, est appelé nàa-gbàsom (mère+D/grand-cri pour exciter les chiens) « celui qui provoque la huée».

1.1.2. Dénominations
Les 'Bodoe distinguent vingt -cinq espèces au sein de cette famille dont cinq reçoivent deux noms, ce qui porte à trente le nombre des dénominations. Il s'agit principaletnent de tennes simples, les composés n'étant qu'au non1bre de quatre.

31Cet élément gbà ne se trouve jamais de façon isolé., Les tenllcsqu'ils fonnent sont plutât des dérivés que des cOlnposés et sont de ce fait notés en gbaya sans tiret. Cependant, son sens est parfaitement indentifiable et signifie « grand, inlportant ». Dans le mot à mot il est systématiquetuent indiqué et séparé du tenue qui le suit par un tiret. 43

Présentation du corpus
.:. Termes simples pèJ1a 6otaoo bàn cobe de Buffon, Adenota kob, Hippotraginés, ARTIODACTYLES. cabri, chèvre domestique, Ovinés, ARTIODACTYLES. céphalopheà flancs roux, Cephalophus ruji/a/us, Céphalophinés,
ARTIODACTYLES.

bID mboà mbùdù mr~
t?><.0

céphalophe couronné, Sylvicapra grimmia,Céphalophinés,
DACTYLES.

ARTIO-

céphalophe à dos jaune, Cephalophus
ARTIODACTYLES.

sylvicultor,

Céphalophinés,

situtonga ou guib d'eau, Limnotragus speke;, Bovinés, ARTIODACTYLES.

éléphant, Loxodonta, Eléphantidés, PROBOSCIDIENS. céphalophe bleu, Cephalophus monticola, Céphalophinés,
DACTYLES.

ARTIO-

dop dùà ndàè

nam sambi zàI zàmbéré yérè yanga kàlàmbà kàyà k~dè gàdùrù ngaké ng?>ya

cobe onctueux, Kobus defi1ssa, Hippotraginés, ARTIODACTYLES. autre nom pour le cabri domestique. vache domestique, Bovinés, AR'rIODACTYLES. Deux variétés coexistent actuellement. Des vaches ayant une bosse graisseuse sur le garrot dites «zébus» ndàè-mbororo (vache+DfMbororo) introduites par les éleveurs Mbororo32, et des vaches de race taurine ndàé-ndàmbà (vache+D/caoutchouc)littéralement «vache du caoutchouc» introduites par les Européens33. ([< nàm] famille) littéralement «en famille», car ceux-ci se déplacent toujours en groupe, désigne le «buffle)} Syncerus sp.,
Bovinés, ARTIODACTYLES. mouton domestique, Ovinés, ARTIODACTYLES. oryctérope, Olycteropus aler, Oryctéropidés, TuBULIDENTES. guib harnaché, Tragelaphus scriptus, Bovinés, ARTIODACTYLES. autre nom du buffle. cheval domestique, Equidés, PERISSODACTYLES. ourébi, Ourebia ourebi, Antilopinés, ARTIODACTYLES. antilope cheval, Hippotragus equinus, Hippotraginés, ARTIODACTYLES.

([< k~51~kè] au port de tête élégant, pour une femme) littéralement « au port de tête élégant », autre nom du cobe de Buffon. (elnprunt au Peul), porc domestique, Suidés, ARTIODACTYLES. hylochère, Hylochoerus meinertzhageni, Suidés, ARTIODACTYLES. potamochère, Potamochoerus porcus, Suidés, ARTIODACTYLES.

32

TIs'agit du groupe de Peuls vivant en contact avec les Gbaya 'bodoe. 33 Ce sont des bêtes qui ont été remises aux chefs de village par les services de l'élevage, dans les alU1ées65, pour essayer d'y inlplanter un élevage local. 44

ngûr ngù6u ngbàrà

autr.e nom du porc domestique, également surnommé, par dérision, z6I]a-zu-pàyà Geune fille/au~essus+D/ordures) «la jeune fille du tas d'ordures». hippopotame, Hippopotamus amphibius, Hippopotamidés, ARl10...
DACTYLES.

phacochère, Phacochoerusaethiopicus,

Suidés, ARTIODACTYLES.

.:. Termes composés J..+ terme sous-générique zàmbéré-Yl (guib+D/eau) situtonga. «guib d'eau », autre nom du guib d'eau ou

J.. + éléments divers tàè-fùù (à porter/farine) «le porte-farine»
Equidés, PERISSODACTYLES.

qui désigne l'âne domestique,

k~k-tè

(à accrocher/arbre) « celui qui s'accroche aux arbres », car ses cornes incurvées en arrière, puis redressées vers le haut et l'avant, forment des crochets à leurs extrêmités. Il s'agit du cobe des roseaux, Redunca redunca, Hippotraginés, ARTIO- Figure 1

~

DACTYLES.

gb'in-tè

(à casser/arbre) « le briseur d'arbres» car il a beaucoup de force. Il s'agit de l'élan tie Derby, Taurotragus derbianus, Bovinés,
ARTIODACTYLES.

Structuration sémantique des motivations
Sur ces trente termes, seuls six d'entre eux sont motivés. Ce sont, outre les quatre termes composés, deux termes simples qui se trouvent être des doublets d'autres termes simples, eux, non-motivés. Sont retenus ici, comme critères de motivation, un trait physique de l'animal (<< port de tête élégant », «celui qui s'accroche aux arbres »), sa au puissance (<< briseur d'arbres »), le travail qu'on lui voit faire (<< portele le farine»), la façon dont il se déplace (<< famille») et l'endroit où il vit (<< en guib d'eau »). 1.1.3.Groupements et classifications

L'ensemble des animaux de ce groupe des «pieds-durs» ngaâ-nâIJ3. est classé par les locuteurs selon une échelle allant du plus petit, le «céphalophe bleu» t6cf6 au plus grand 1'« éléphant» mr~. Le «guib harnaché» zàmbéré marque, sur cette échelle, la frontière entre les petits et les grands appelés précisément « le très gros gibier» gbàsàd1 (grand-gibier). En effet, seul le ({mâle» kàtâ zàmbéré ou kàngàrâ zàmbéré et afortiori le ({très gros mâle»

45

mbiro sont classés panni le très gros gibier, les femelles et les jeunes n'en font pas partie. Le schéma suivant précise cette situation:
t5cf5 bàn blo kàlàmbà c. bleu -( C. roux.<: C. couronné4: ourébi -( zàmbéré wr?' guib harnaché -( .( éléphant Femelle H Mâle gbàsà& rEHaB -+ +li3Œ!3fa

De plus certains regroupements existent bien qu'aucun terme générique ne les manifeste comme tel. Ainsi les Suidés34, l'oryctérope et l'éléphant vont ensemble car ils ont tous la même forme de museau allongé. Les Céphalophinés (3, 4, 5 et 835),les Ovinés (2 et 12), l'ourébi (17) et les guibs (6 et 14) qui ont une façon identique de se nourrir, on dit qu'ils «mangent ensemble », forment un petit groupe. Par contre le terme dùà qui désigne de façon la plus courante les cabris, peut être employé avec le sens générique d' « ovin» pour désigner globalement cabris et moutons. Ces derniers ne sont connus des 'Bodoe que depuis peu de temps et il est rare qu'ils en élèvent. Enfin, d'autres groupes sont constitués qui rassemblent les animaux selon leur intelligence, mesurée ici principalement en fonction de leur aptitude à déjouer le chasseur qui les poursuit. On distingue ainsi les « malins}) 16 'hayâi (les/vifs)dont le premier est le céphalophe bleu, suivi du céphalophe roux puis du céphalophe couronné, et les « idiots» 16 ngbélâi (les/imbéciles)qui, dès que le niveau sonore environnant augmente, se mettent à courir tout droit sans plus rien voir autour d'eux. Ce sont le guib harnaché et le guib d'eau, l'ourébi, le cobe de Buffon, auxquels il convient d'ajouter le mouton. Entre ces deux extrêmes se situe un groupe au comportement imprévisible, tantôt malin tantôt idiot. Ce sont le céphalophe à dos jaune, le cobe onctueux et trois animaux domestiques, le cabri, le cheval et l'âne. Dans plusieurs contes qui mettent en scène des personnages animaux, le guib harnaché se fait toujours berner, le céphalophe couronné et le céphalophe roux, bien que plus malins, se font attraper, par contre le céphalophe bleu sort toujours indemne et vainqueur de toutes les situations où les autres ont échoué. Du point de vue de la consommation alimentaire, les animaux sauvages du groupe des pieds durs représentent le gibier le plus couramment tué. Ce gibier est consommé par tous à l'exception de l'oryctérope que la plupart des femmes refusent de manger. Elles trouvent que la femelle a un sexe qui ressclTI,blerop au t sexe d'une femme. D'ailleurs, lorsqu'un oryctérope est tué, on ne le dépose jamais sur le dos, car de loin on croirait qu'il s'agit d'une femme allongée.
34 Suidés ou porcins, et ci-dessous ovinés ou ovins. 35Les chiffres mentionnés correspondent au numéro que porte l'animal listes de référence clul1npignons.

considéré

dans les et des

données en annexe p.483 et ssq.. TIen va de Inême des invertébrés

46

L'oryctérope est de plus un animal à part qui fume la pipe et« a créé bon nombre des chaiits mortuaires» que les hommes ont repris ensuite, zàî kà6
gîma fia Pl nù (oryctérope/acc+ accoucher+Dlchant+Dlmort/l.acc+jeter/à terre).

Quant aux animaux domestiques de ce groupe, tous, à l'exception du cabri qui constitue traditionnellement une partie importante de la dot, sont d' introduction assez récente. Le conte T.5236 nous raconte comment Wanto parvint à constituer le premier troupeau de cabris pour servir de dot à verser à ses beaux-parents. En effet, il avait essayé en vain de constituer un troupeau de bêtes sauvages grâce à ses pièges. Gbason était alors le seul détenteur de chèvres domestiques. Aussi un jour qu'il avait attrapé vivante une jeWle femelle de céphalophe couronné, il demanda à Gbason, en la faisant passer pour une chèvre, de la lui garder dans son enclos. Six mois plus tard, Wanto revint chercher sa chèvre et les petits qu'elle avait dû mettre bas. Obasan lui affirma alors que sa chèvre s'était enfuie le lendemain même du jour où il la lui avait apportée. Wanto s'offusqua: il ne pouvait s'agir que d'un mensonge, car sinon il n'aurait pas manqué de le lui faire savoir! Mais, constata Wanto, il le voyait bien par lui-même, que tous les cabris qui avaient un trait noir là37, étaient les petits de sa chèvre. Ne pouvant se mettre d'accord, ils allèrent devant le chef afin que celui-ci rende un jugement. Gbason, ne pouvant justifier pourquoi il n'avait pas averti Wanto de la fuite de sa chèvre, dut remettre à Wanto les seize cabris qui avaient une marque noire. Et c'est ainsi que Wanto constitua le premier troupeau de chèvres domestiques qui, depuis ce jour, sont une composante indispensable de la dot. L'âne et le cheval, rares dans les villages, ne sont jamais consommés. Le porc, présent dans certains village seulement car il est accusé d'être un pourvoyeur de chiques38, est diversement apprécié et beaucoup de femmes n'en consomment pas parce qu'elles le trouvent trop gras. La vache de race taurine est moyennement appréciée. Quant à la vache zébu, elle est devenue, depuis une dizaine d'années, la nourriture la plus commune. Le cabri, et très rarement le mouton, sont consommés par tous en certaines occasions.
36 Les chiffres précédés de T. renvoient au corpus de contes que j'ai enregistré en pays 'bodoe depuis 1970. Toutes les versions d'un mêluc conte sont regroupées sous un titre de "thème" (T) auquel est attribué un numéro qui correspond au numéro d'ordre de ce thème dans la liste qui représente l'ensemble du corpus. 37 Cette marque noire est si caractéristique du céphalophe couronné que la plante Ectadiopsis oblongifolia ASCLEPlADACEAE, dont les feuilles fournissent un khôl de mauvaise qualité, est appelée nàf-k6-blà le «khôl du céphalophe couronné », comme si cet animal s'en servait régulièrement pour maintenir aussî nette cette marque sur ses yeux. 38 La chique est une variété de puce dont la femelle peut s'enfoncer dans la chair de l'homme et s'y développer. 47

La planche ci:après, réalisée d'après les dessins d'Arone SlNGA, nous domle une représentation de la vision des villageois. En effet, l'animal représenté par chaque dessin est facilement identifié par tous, car il correspond à la conceptualisation idéale que chacun a dans la tête. Chaque animal ayant été dessiné de façon isolée sur une fiche, il ne faut pas accorder d'importance à la taille respective des animaux les uns par rapport aux autres, l'organisation de la planche et la mise côte à côte des différents dessins n'ayant été faite par moi qu'ultérieurement.

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Figure 2. La famille des « pieds durs» ngaa-nal)a (d'après Arone SINGA)

48

1.2. La famille des « pieds mous »
Le terme b6k6-nam qui permet de référer à l'ensemble des animaux de ce groupe n'a plus une étymologie immédiate pour les locuteurs. C'est après bien des discussions qu'est apparu le sens de « pieds mous », b6k6-nam serait une déformation de b6k5-nafJ (mou/pied). Outre un pied mou, les animaux de ce groupe ont tous des moustaches et une queue de même type. Ce sont essentiellement des carnivores (Canidés, Mustélidés, Viverridés, Hyénidés et Fédidés) auxquels se joignent quatre rongeurs (le lièvre, l'aulacode, le porc-épie et l'athérure), un primate (le potto) et un hyracoïde (le daman des rochers).

1.2.1. Morphologie et développement
Les termes désignant les femelles, les jeunes femelles, les tout jeunes et les petits sont les mêmes que ceux présentés à propos des pieds durs. En ce qui concerne les tennes désignant les « mâles», deux tennes seulement sont utilisés: l'élément le plus courant bàfàet le terme kàrà qui, lui, ne s'applique qu'à l'aulacode, au daman des rochers, à la nandinie et au cynhyène. Pour certaines espèces, il existe différents termes pour désigner l'animal à une étape précise de sa vie. Ainsi le très gros mâle de la « civette» gbàtlk est appelé mb?>nd6, celui de la «genette» bàrè est nommé bàrè-gbàkUâ (genette/Terminaliaglaucescens) la «genette du Terminalia39 » et ceux du porcépie et de l' athérure sont qualifiés de bàrà qui, comme nous l'avons déjà vu, qualifie également un très gros buffle mâle. On distingue de plus deux sortes de panthères, celles qui sont grosses et massives dites g~-nd161 (panthère+D/à chair resserrée) et celles qui sont minces et très agressives dites gg-hèrè (panthère+D/ [< séré] mince). Quant aux aulacodes, qui sont un des gibiers les plus courants, les 'Bodoe « les organisent en trois lignages» zudùk biâ tààr (lignage+D/ aulacode/trois)qui sont: b2~ grands aulacodes qui vivent en groupe de 20 à 30 individus; ngurU aulacodes à fesses rouges qui vivent en petits groupes de 3 à 5 individus; 6àsàkàdà petits aulacodes très impressiorlllables qui se déplacent au moindre bruit et vivent en groupe de 20 à 30 individus. De plus, pour tous les aulacodes, on appelle le « jeune» s?>IJ-t61Jt le « petit» e dà1J-fùù (à abîmer/farine) littéralement « le gâcheur de farine40». En effet, il a si peu de chair à manger qu'il n'est point question de le faire boucaner et on le mange sur le champ. Tout le monde en est très friand et il convient de préparer une grosse boule de manioc.

. .
.

39Cet arbre symbolise ici la force. 40Désigne la farine de manioc avec laquelle on prépare la boule du repas. 49

1.2.2. Dénominations Les'Bodoe distinguent vingt-cinq espèces au sein de cette famille. Une seule reçoit deux noms, ce qui porte à vingt-six le n,ombrede dénominations.

Présentation du corpus
.:.

Termes simples
hyène tachetée, Crocuta crocuta, Hyénidés, CARNIVORES. autre nom de la hyène tachetée. aulacode, Thryonomis swinderianus Thryonomidés, RONGEURS. mangouste bien noire, Viverridés, CARNIVORES, la taille d'une de civette.
nandinie, Nandinia binotata, Viverridés, CARNIVORES. genette, Genetta sp., Viverridés, CARNIVORES. loutre à cou tacheté, Lutra maculicollis, Mustélidés, CARNIVORES.

Bàkàlàk Bongo bla blflJ11IJ bàyà borè bOIJ busé mûs mùtùl toy6 dllà d~m~ péé p~IJa yondo gQ ngézé gbàtlk gbàza gb60 gbong6è gblikUlùkU

mangouste à queue blanche, Ichneumia albicauda, Viverridés,
CARNIVORES.

chat domestique, Félidés, CARNIVORES. Inangue rayée, Mungos mungo, Viverridés, CARNIVORES. chien domestique, Canidés, CARNIVORES. lion, Leo leo, Félidés, CARNIVORES. lièvre, Lepus sp., Léporidés, RONGEURS. petite mangouste (?), Viverridés, CARNIVORES. porc-épic, Hystrix cristata, Hystéricidés, RONGEURS. loutre àjoues blanches, Aonyx capensis, Viverridés, CARNIVORES. panthère ou léopard, Panthera pardus, Félidés, CARNIVORES. athérure, Atherura africana, Hystéricidés, RONGEURS. civette, Viverra civetta, Viverridés, CARNIVORES. serval, Felis serval, Félidés, CARNIVORES. cynhyène, Lycaon pictus, Canidés, CARNIVORES. chacal, Canis aureus, Canidés, CARNIVORES. chat sauvage, Felis sp., Félidés, CARNIVORES.

.:. Termes composés . + terme sous générique

gbàJ1éé


(grand-mangoustesp.) mangouste
CARNIVORES.

ichneunon

(?),

Viverridés,

+ éléments divers ([< J11J1è]obstinationljeu 'une corde que deux groupes tirent) «l'obstiné d à tirer» qui désigne le potto, Perodicticus potto, Lémuriens, PRIMATES. e fait, une fois que le potto a saisi une proie, il ne la D lâche plus, attendant que la viande pourisse car il se nourrit ensuite des vers qui s'y développent.

J11IJ-tlIJ

50

mbàdàk-tà

(en s'y collant/pierre) « le collé aux rochers ». Il s'agit du daman
des rochers, Procavia rujiceps,Procavidés,HYRACOlDES.

Structuration sémantique des motivations Seuls les trois termes composés sont motivés. Dans deux cas, c'est une propriété particulière de 1'animal qui est retenue ({(I'obstiné à tirer» et « le collé aux rochers»; le demiercasnlanifeste, lui, la grande taille de I'animal par rapport à la mangouste J1éé à laquelle il ressemble. 1.2.3. Groupements et classifications

Au sein de ce groupe, les 'Bodoe distinguent deux sous-groupes qui reçoivent une désignation particulière. Ce sont d'une part les loutres (6 et 17) qualifiés « d'animaux aquatiques» sàcfi &>6 YI (animaux+D/sous+D/eau) et d'autre part les quatre rongeurs (2, 13, 16 et 19), le daman des rochers, la mangue rayée et la petite mangouste péé qui, eux, sont qualifiés de «pattes courtes» d2 nâIJâ (courte/patte). La mangue rayée est de plus aussi classée panni les « animaux vivants dans un terrier» avec les rats et l'écureuil fouisseur. Les «pattes courtes» sont les seuls animaux de cette famille à être consommés aussi bien par les hommes que par les femmes. En effet, tous les autres animaux comestibles de cette famille (les carnivores et le potto) ne sont consommés que par les hommes. Ces gibiers ont, dit-on, pour les femmes, «un goût trop fort» sggi! ?~ sèné (goût fort+D+celalc'est/dedans).Du point de vue de la consommation alimentaire, il est intéressant de constater que le «chien domestique» toy6, précieux partenaire de l'homme à la chasse, n'est jamais consommé, ni en conséquence son sosie de brousse le «chacal» gbong6è. Dans le cas du chat, un raisonnement du même type provoque une situation inversée. En effet, comme le «chat sauvage» gbukUlùlu a toujours été consommé, le chat domestique, d'introduction récente et encore extrêmement rare dans les villages, est plutot considéré comme un gibier que comme un animal familier. La situation est semble-t-il un peu différente en ville où bon nombre de matous doivent cependant passer à la casserole. La plus grande partie des animaux de ce groupe sont donc des gibiers dont la consommation est exclusivement masculine. Dans ces circonstances, il n'est pas surprenant que le terme b6ke-nam qui,nous l'avons vu, désigne globalement cette famille en tant que « pieds mous », soit également couramment utilisé pour désigner, au sein de ceux-ci, le gibier que seuls les hommes mangent. Ce procédé, très usuel en gbaya 'bodoe, qui consiste à nommer par le même terme un ensemble et un sous-ensemble de ce même ensemble, peut sembler ici source de confusion. D'une part l'ensemble du groupe est appelé« pieds mous)} b6k6nam par référence à ce critère morphologique commun. D'autre part, lorsqu'on ôte de cet ensemble le sous-groupe des « pattes courtes », il reste un autre sous51

groupe qui est désigtlé par ce même tenne b6k6-nam stricto sensu, qui signifie alors plus restrictivement qu'on a affaire aux gibiers que seuls les hommes consomment. D'où l'acception de «gibier réservé aux hommes ». Le lion et la panthère sont considérés comme du « très gros gibier» gbàsàcfi, à l'instar de la plupart des animaux du groupe des « pieds durs ». La planche ci-dessous, réalisée .d'après les dessins d'Arone SINGAfait bien ressortir l'unité morphologique de ce groupe. Les animaux sont tous dessinés avec une longue queue, même lorsqu'en réalité leur queue est plutôt petite comme c'est, entre autres, le cas de l'aulacode. Enfin signalons la position particulière du lièvre qui est perçu par les 'Hodoe comme un animal composite' ses dents rappellent celles de l'aulacode ou du rat de Gambie, sa queue est semblable à celle du céphalophe bleu et ses oreilles sont comme celles de l'âne. On peut constater d'ailleurs, en examinant les dessins des animaux sus-nommés, l'analogie de représentation des parties concernées.
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1erreserve aux hammeses

« pattes courtes»

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Figure 3. La famille des« pieds mous» b6k6-nam (d'après .Arone SINGA)
52

1.3. La famille des singes
Un terme générique dàwà « singe» pennet de désigner tous les animaux de cette famille quine comprend que des primates du sous-ordre des simiens.

1.3.1. Morphologie

et développement

Hormis le « chimpanzé}) kOI] et le « gorille »6àkèrà, rares dans la région, les autres singes de ce groupe sont bien connus des 'Bodoe. Les babouins qui se déplacent en troupe ont des mâles qui veillent à la sécurité du groupe, on les nomme gbâk « vigile ». Quant aux «très gros Inâles », ils sont appelés sÈm.

1.3.2. Dénominations
Dix singes sont distingués et nommés chacun par un seul nom.

Présentation du corpus
.:. Termes sinlples 6àkèrà gorille, Gorilla gorilla, Pongidés, PRIMATES. mboy6 pata ou singe rouge, Erythrocebus patas,

Cercopithécidés,

rongà tUù
kèndf kOI] ng:,dà

PRIMATES. colobe noir et blanc (?), Colobidés, PRIMATES. (le noir) «le noir» désigne le cercopithèquehocheur, Cercopithecus nictitans, Cercopithécidés, PRIMATES,qui a la face très nOIre.
Colobe guéréza, Colobus guéréza, Colobidés, PRIMATES. Chimpanzé, Pan troglodytes, Pongidés, PRIMATES. mane (?), Cercopithécidés, PRIMATES.

.:. Termes composés J... + terme générique bu-dàwà gbàdàwà
Â

(blanc/singe) « le singe blanc », désigne le grivet, Cercopithecus aethiops tantalus, Cercopithécidés, PRIMATES (grand-singe) désigne le babouin doguéra, Papio anubîs, Cercopithécidés, PRIMATES.

+ éléments divers gbg-dom (rouge/queue) « le queue rouge» qui dés.igne le cercopithèque
as cagne (?), Cercopithécidés, PRIMATES.

Structuration

sémantique des motivations

Outre les trois termes composés, un seul terme simple est motivé. C'est pour tous le critère de l'aspect qui est retenu: le «noir», le «singe blanc», le « grand singe» et le « queue rouge». 53

1.3.3. Groupements

et classifications

Deux singes ont comme particularité de ne vivre qu'en forêt~ ce sont le « colobe noir et blanc» ronga et le «colobe guéréza» kèndf.Deux autres singes sont rapprochés, le « cercopithèque ascagne » gbg-dèm et la « mone » ngodà car ils se ressemblent beaucoup et, l'un comme l'autre, se promènent peu à terre. Le « babouin» gbàdàwà et le «pata » -mbèy6 sont, par contre, des singes qui se promènent souvent à terre. Ils savent certes monter aux arbres, mais ne sautent pas d'un arbre à l'autre. La plupart des autres singes vivent beaucoup dans les arbres, « sautant d'un arbre à l'autre)} wà h6 tè h~6 (ils/inac+atteindre/arbrelénonciatij). les qualifie de ce fait « d'animaux arbori... On coles» sàcfi-ka-tè (animal+D/au faîte+D/arbre).

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Figure 4. La famille des« singes» dàwà (d'après Arone SINGA) 54