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Citoyens contre le racisme et les discriminations

De
100 pages
Il est assez exceptionnel qu'un ambassadeur de France démissionne du Quai d'Orsay pour discriminations racistes et sociales. Zaïr Kedadouche, Français, issu de parents immigrés, s'est construit une identité républicaine très forte tout au long d'un parcours personnel persévérant. Au gré d'une analyse des freins de notre société, il raconte les discriminations qu'il a subies, et fait des propositions afin que les plus démunis n'aient plus à pâtir de la banalisation du racisme.
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Zaïr Kedadouche
Antidote(s)
Citoyens contre le racisme et les discriminations
Citoyens contre le racisme et les discriminations
Collection Antidote(s) dirigée par Chantal Selva
Créée en septembre 2012, la collection Antidote (s) donne des coups de projecteur sur une réalité sociale, économique, politique et culturelle en mutation, à partir de personnes ou d’organisations, qui ouvrent des clairières nouvelles grâce à leur intelligence des choses du monde. Les auteurs de la collection viennent d’horizons très variés, apportant des éclairages singuliers du lieu de leur pratique. Ils donnent des pistes de réÀe[ion à un public en recherche de repères, à partir d’essais, de récits de vie ou d’entreprises, de témoignages, mais surtout, en lui permettant de construire sa propre interprétation de la réalité sociale et de mieu[s’\ancrer. Antidote(s) au[idées reoues, au conIormisme, au découragement, au[Ianatismes, à la violence dans tous ses états, à toutes lesIormes d’immobilisme qui donnent de la société une idée Iausse.7raverser les crises dans le mouvement de la vie.
Déjà paru Laurent Hincker,Le harcèlement moral dans la vie privée, une guerre qui ne dit pas son nom, novembre 2012 Vincent Pailliez,la voyance en question, Dire là-haut ce que tout le monde pense tout bas, mars 2013 Patrice Haberer,Mots sauvages, la forêt dernier refuge du sauvage, octobre 2013 Patrick Aïch,Grandir entre deux cultures, Une bille de terre contre une bille de verre, avril 2013 Patrick Poirret,Le Téléphone de Grand Danger, Un téléphone pour sauver la vie des femmes, décembre 2013
À paraître Richard Hellbrunn,À poings nommés, Genèse de la psychoboxe Olivier Frérot,1RV LQVWLWXWLRQV SXEOLTXHV j ERXW GH VRXIÀH
Zaïr KEDADOUCHECitoyens contre le racisme et les discriminations
Du même auteur :
Zair Kedadouche,Zair le Gaulois, éditions Grasset, 1997
Zair Kedadouche et Frédéric Salat%arou[, La droite et l’immigration, pour France Moderne, 1997
Zair Kedadouche, La France et les Beurs, éditions La7able ronde, 2002
Rapport HCI sur la diversité à la télévision, Zair Kedadouche rapporteur,Écrans pâles, La documentationIranoaise
Zair Kedadouche et Abderrahim Ha¿di, Marche ou crève, La Marche pour l’égalité et contre le racisme, trente ans après, éditions l’Harmattan, coll Justice & Démocratie, 2013
© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique, 75005 Paris
www harmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-03898-8 EAN : 9782343038988
Introduction
er Le 1 avril 2014, j’ai démissionné de mon poste d’ambassadeur de France en Principauté d’Andorre.J’ai attendu la¿n des élections municipales a¿n de ne pas ajouter à la colère sourde des Franoais qui les a conduits à bouder les urnes,Iaisant de l’abstention un geste clairement politique. Rarissimes sont les ambassadeurs qui démissionnent, renonoant au[Iastes de laIonctionrésidence somptueuse, voiture deIonction avec chauIIeur, personnel de service, indemnité de résidence conIortable, honneurs divers et variés en permanence, mais aussi¿erté de représenter la France à l’étranger, de déIendre sa culture, sa langue, son image. Personnellement j’ai porté avec passion les valeurs de la République à laquelle j’ai le sentiment de tout devoir. Je suis né à7ourcoing. Fils d’un éboueur, immigré algérien, j’ai perdu mon père dans un accident de voiture à l’âge de cinq ans. Ma mère a élevé ses si[enIants dans le bidonville d’Aubervilliers. J’ai raconté dans un précédent livre,Zaïr le Gaulois,cette enIance pleine de débrouillardise, où l’école de la République a joué un rôle déterminant pour moi. Elle m’a pétri de valeurs qui n’ont jamais cessé de m’animerlaïcité, la la Iraternité, et la liberté. L’égalité, c’était plutôt un combat à gagner, le combat de toute une vie.
Parce que certains politiques ont su déIendre la diversité, parce que j’aime mon pa\s, la France, j’aiIait un parcours
proIessionnel dans laIonction publique, jusqu’à devenir Consul général de France, puis Ambassadeur de France. Mais, la France de la diversité semble devoir se satisIaire des échelons intermédiaires au[quels on la tolère, car arrivé à ce niveau, l’administration du4uai d’Orsa\ m’aIait subir un long parcours d’humiliations et de discriminations diverses et variées. A\ant saisi le DéIenseur des droits, puis portant l’aIIaire au pénal, j’ai décidé de démissionner pour reprendre la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et toutes lesIormes de discrimination que je mène depuis plus de trente ans.
Fort de la liberté d’e[pression que je retrouve, comme un immense bol d’air pur, et au lendemain des élections municipales et européennes dont les résultats sont très préoccupants, j’ai choisi de passer, le cœur grave, de l’obligation de réserve du diplomate au devoir d’agir du cito\en contre cesIorces négatives qui gangrènent notre corps social malade. L’objet de ce livre consiste à clari¿er la réalité de cesIorces négatives et les responsabilités de ceu[qui les nourrissent.
Je ne souhaitais pas raconter par le menu détail ma mésaventure au4uai d’Orsa\, préIérant laisser la justice Iaire son travail. Mais, ma démission a\ant été médiatisée, le porte-parole du Quai a osé mentir dans la presse et remettre mon honneur en cause. Je ne peu[ pas laisser le mensonge s’ajouter au[humiliations répétées. La violence de la France d’en hautIait¿du sens moral que l’on e[ige pourtant de tout cito\en, en se plaoant au-dessus de la loi avec arrogance. Je remercie mon éditeur d’avoir accepté que je reprenne le contenu de ce livre, qui était prêt à sortir de l’imprimerie, a¿n de me permettre de rétablir la vérité.
Le cito\en s’interroge, le militant se mobilisequ’est-ce que les politiques ont raté"Pourquoi tant de maniIestations dans les rues, une colère qui enÀe à laIaveur de la montée
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inquiétante d’un populisme d’autant plus sournois qu’il est multiIorme et décomple[é"Mais qui s’impose aujourd’hui comme troisième terme à la bipolarisation gauche-droite traditionnelle. La France n’est pas un pays raciste, elle est magni¿quement diverse, et pourtant pas un jour ne se passe où l’on ne parle de racisme, d’antisémitisme, de discriminations. Qui sont les véritables responsables de ce climat social de plus en plus délétère ? La République est en souIIrance, ses valeurs neIont plus sens pour une population épuisée. Un certain nombre de chroniqueurs, journalistes et philosophes de renom occupent les plateau[ de télévision et les antennes radios pour regretter haut etIort une France qui aurait perdu son identité, comme si l’identité d’une nation n’évoluait pas avec son histoire, et notamment pour nous, avec l’histoire de son immigration. Il conviendrait plutôt de se poser la question qu’est-ce quiIait laIorce de la France aujourd’hui ? La plupart des politiques de tout bord sont dépassés par la question des communautarismes, ne se mobilisant plus pour la réussite de l’intégration des diIIérentes composantes de nos populations. C’est une erreurIatale.1e pas se battre pour l’intégration, c’est laisser le corps social se déliter gravement. Plus que jamais l’intégration est synonyme du vivre-ensemble dans la pai[, de l’élan vers un devenir prometteur, de l’espoir que chacun puisse mériter sa place au soleil.
La France d’aujourd’hui a-t-elle perdu toutes ses chances d’uni¿er ses composantes sociologiques ? L’intégration n’est-elle pas une question qui concerne chaque citoyen Iranoais et non pas seulement les populations issues de l’immigration ? Que doit-on intégrer au nom de la pai[sociale ? À quelles conditions ?
Finissons-en avec cette question de l’immigration, regardons la réalité enIace. Le déni de la réalité sociale conduit tout droit à l’implosion d’une société morcelée. Finissons-en avec la question musulmane en France quiIait
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le pain béni desIossoyeurs de notre République. L’aIIaire Dieudonné est hautement symbolique des pièges dans lesquels nous ne devons pas tomber, et particulièrement, nous, les%eurs.1ous en reparlerons dans cet ouvrage, tout en cherchant à répondre à toutes ces questions.
Personnellement, j’ai toujours reIusé laIatalité sociale, l’impuissance acquise par le milieu déIavorisé auquel on appartient. J’ai sans cesse voulu aller voir là où on ne m’attendait pas, et je voudrais dire à ceu[ont baissé qui les brascourage, soyez citoyens militants. reprenez Le militantisme associatiI donne du sens à nos vies mal embouchées, celui du lien collectiI, de l’intérêt général, où nos malheurs personnels se diluent. J’ai passé les barrages sociau[, pris plus souvent que les autres les escaliers de service plutôt que l’ascenseur social. Je me suis identi¿é au[de la République. Je me suis cogné valeurs auIameu[ plaIond de verre. J’ai eu mal pour ma France. Je remercie cependant chaleureusement les quelques grands messieurs de la République, rencontrés dans mon activité de diplomate, qui m’ont permis de prendre le recul nécessaire à la compréhension de la comple[ité de notre société. Je regrette l’absence desIemmes à ce niveau de responsabilité. Ce combat reste à mener au même titre que toutes les autres discriminations. J’ai quitté le Quai d’Orsay pour revenir au[Iondamentau[de l’action citoyennelutter pour la réussite de l’intégration, pour que nos jeunes ne cèdent pas au[sirènes de désespoir et retrouvent la¿erté d’êtreIranoais, autant que la¿erté de la culture de leurs parents ou ancêtres, quelles que soient ces cultures. Pour qu’ils ne deviennent pas à leur insu la chair à canon naïve d’une guerre mondiale sans merci, celle du terrorisme et desIanatismes religieu[. Lutter contre les discriminations racistes et sociales, lutter pour l’intégration sont les deu[Iacettes d’une même pièce à l’eI¿gie de la République,Irappée de trois mots à jamais porteurs d’une citoyenneté humanisteliberté, égalité,Iraternité.
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Le débat politique en France
I.
L’immigration, composante structurelle de notre société
L’histoire de la France est depuis toujours celle de l’immigration, et particulièrement depuis plus d’un siècle et demi. Avec près de 20de Franoais dont au moins un parent ou un grand-parent est étranger, les immigrés et leurs descendants ontIaoonné le visage de l’He[agone de Iaoon structurelle. La question de l’immigration est vitale pour l’avenir de la France autant que de l’Europe. C’est un enjeu majeur.
Je renvoie volontiers les détracteurs de l’immigration auDico Atlas des migrations, de Pierre Henry et Brigitte Martinez, édité par la Ligue de l’enseignement, France terre d’asile et le Cidem, quiIait une œuvre pédagogique remarquable en e[pliquant avec simplicité la comple[ité des migrations en Europe pour mieu[ en décrypter les enjeu[ deIaoon objective.7outes les citations que jeIais dans ce chapitre sont empruntées à cet ouvrage, qui aurait dû être envoyé à chaque citoyen avec son bulletin de vote pour les élections européennes.
e Au début du XX siècle, la France est le premier pays d’immigration en Europe des réIugiés politiques e[ilés de Russie, d’Arménie ou d’Espagne. Puis sa croissance
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