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Civilisation du fer et société en Afrique Centrale

De
712 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1992
Lecture(s) : 546
EAN13 : 9782296269293
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Civilisation du fer et Sociétés en Afrique Centrale: Le Cas du Cameroun Méridional.

Collection

«

Racines du Présent».

dirigée par Alain Forest

BOUQUET Christian, Tchad, genèse d'un conflit. LAKROUM Monique, Le travail inégal. Paysans et salariés sénégalais face à la crise des années trente. DESCOURS-GATIN Chantal, VILLIERS Hugues, Guide de recherches

sur le Vietnam. Bibliographies, archives et bibliothèques de

France. LIAUZU Claude, Aux origines des tiers-mondistes. Colonisés et anticolonialistes en France (1919-1939). AYACHE Albert, Le mouvemellt syndical au Maroc (1919-1942). PABANEL Jean-Pierre, Les coups d'Etat militaires en Afrique Noire.

LABORATOIRE

«

Connaissance du Tiers-Monde - Paris VII.,

Entreprises et entrepreneurs en Afrique (XIXe-XXe s.), 2 vol. INSEL Ahmet, La Turquie entre l'ordre et le développement. WONDJI Christophe, La côte ouest-africaine. Du Sénégal à la Côte d'Ivoire. OLOUKPONA- YINNON Adjai Paulin, "... Notre place au soleil", ou l'Afrique des pangermanistes (1878-1918). BERNARD-DUQUENET Nicole, Le Sénégal et lefront populaire. SENEKE-MODY Cissoko, Contribution à l'Histoire politique du Khasso dans le Haut-Sénégal, des origines à 1854. CAHSAI Berhane, E. CAHSAI-WILLIAMSON, Erythrée : un peuple en marche (XIXe-XXe s.). GOERG Odile, Commerce et colonisation en Guinée (1850-1913). CHAGNOLLAUD Jean-Paul, Israël et les territoires occupés. La confrontation silencieuse. RAOUF Walif, Nouveau regard sur le nationalisme arabe. Ba 'th et Nassérisme. Suite enfin d'ouvrage

<0

L IHarmattan,

ISBN:

1992 2-7384-1420-6

JOSEPH..MARIE

ESSOMBA

Civilisation du fer et Sociétés en Afrique Centrale: Le Cas du Cameroun Méridional.
(Histoire ancienne et archéologie)

Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

guerre du Kongo-Wara - 1928-1931. Francine GONIN, 1972-1982. La logique de l'Etat africain. Nahum MENAHEM, Israël. Tensions et discriminations communautaires. A. W. KAYYALI, Histoire de la Palestine, 1896-1940. Jean-Pierre TARDIEU, Le destin des Noirs aux Indes de Castille, XVIe et XVIlle s. Alain RUSCIO, Dien Bien Phu, lafin d'une illusion. Catherine COQUERY-VIDROVITCH, Alain FOREST, Herbert WEISS (éds.), Rébellions-révolution au Zaire, 1963-1965,2 tomes. Marc PIAULT, La colonisation, rupture ou parenthèse? Jean-Paul CHAGNOLLAUD, Israël-Palestine: imaginer la paix ? Alain RUSCIO, La Première Guerre d'Indochine (bibliographie). Jean-Louis TRIAUD, Tchad 1900-1902 une guerre franco-libyenne " oubliée. Boubacar BARRY, La Sénégambie du XVe au XIXe s. Jean-Paiul ROTHIOT, L'ascension d'un chef africain au début de la colonisation: Aouta le Conquérant (Niger). Jean-Claude ZELTNER, Les pays du Tchad dans la tounnente, 18801903. André PERRIER, Gabon, un réveil religieux en 1935-1937. Ruben UM NYOBE, Ecrits sous maquis. Abdoulaye BATHILY, Les Portes de l'or. Le royaume de Galam de l'ère musulmane au temps des négriers. Daniel GREVOZ, Sahara, 1830-1881. Jacques et Gabriel BRITSCH, La mission Foureau-Lamy et l'arrivée des Français au Tchad, 1898-1900. Carnet de route du lieutenant Gabriel Britsch. Jean-Claude et Françoise ABADIE, Sahara-Tchad, 1898-1900. Carnet de route de Prosper Haller, médecin de la mission Foureau-Lamy. Georges NIAMKEY-KODJO, Fin de siècle en Côte d'Ivoire, 18941895. La ville de Kong et Samori d'après le journal inédit du Français Georges Bailly.

- La

Avertissement

En accord avec l'auteur, nous avons édité son travail tel qu'il était présenté sous $a forme de thèse. C'est la seule façon, pour un éditeur privé, de mettre à la disposition du public intéressé ou des bibliothèques, sous un format pratique, un ouvrage très spécialisé mais riche d'informations qu'il convient de sauvegarder dans son intégralité.

CIVILISATION

DU FER ET SOCIETES EN AFRIQUE MERIDIONAL

CENTRALE:

LE CAS DU CAMEROUN

«

L'Afrique, sûre d'elle-même, est indispensable au monde;

l'Afrique, elle, a besoin d'un Cameroun sûr de son passé, de sa profondeur historique, économique, sociale, technique, culturelle, des peuples qui tissent aujourd'hui le Cameroun moderne. La colonisation, dans plus d'un cas, a figé, engourdi ces héritages. Il appartient aux chercheurs camerounais de toutes disciplines, archéologues aussi bien sûr, de réveiller les mille fleurs de ce passé

qu'ils doivent à l'Afrique et au monde. »

Jean Devisse Professeur émérite à l'Université de Paris 1.

Communication au Colloque Internationale sur l'Archéologie Camerounaise, Yaoundé, 6-9 janvier 1986. (A paraître dans les Actes du Colloque).

AVANT

- PROPOS:
1 - ABREVIATIONS 2 - REMERCIEMENTS 3 - NOTES SUR LES LANGUES ET TRANSCRIPTION

1- ABREVIATIONS

AD. AC.C.T. ALAC ASEQUA RC. B.P. RG.H.D.

- Anno Domini (de notre ère).

- Atlas

- Agence de Coopération Culturelle et Technique Linguistique de l'Afrique Centrale Sénégalaise pour l'Etude du

-Association
Quaternaire

Present (Le présent étant pris par convention à partir de 1950) - Bulletin de Géographie Historique et Descriptive - Bulletin de l'Institut Français d'Afrique Noire - Bulletin de la Société Préhistorique Française

- Before - Before

Christ (Avant Jésus Christ)

. B.LF.AN.
RS.P.F. BULL. Mus. Fine Arts CERDOTOLA

- Bulletin of Museum Fine Arts
- Centre de Documentation et Recherches en Traditions Orales et Langues Africaines (Yaoundé)

CERELTRA
C.LC.I.B.A

- Centre - Centre

de Recherches en Langues et Traditions (Yaoundé) International Bantu (Libreville) des Civilisations

C.N.RS. Coll. C.RA CREA C.RLAA D.G.RS.T. Ed. éd.

- Centre
(Paris)

National de la Recherche Scientifique

- Collection

- Centre
- Centre

de Recherches Africaines (Paris)

- Centre de Recherches et d'Etudes Anthropologiques (Yaoundé)
de Recherche Interdisciplinaire d'Archéologie Analytique (Bordeaux)

- Direction - Edition
- Editeur

Générale de la Recherche Scientifique et Technique (Yaoundé)

F.L.S.H. HV I.F.AN. I.G.N. I.RC.AM. I.RA I.S.H. J.AH. J. of the Hist. Soc. of Nigeria J.S.A LV Ly MESIRES

. Faculté des Lettres et Sciences Humaines

- Laboratoire - Institut
- Institut

de radio carbone de Hanovre

- Institut Français d'Afrique Noire (Ancien
Institut... Fondamental) Géographique National (Yaoundé) de Recherche du Cameroun (Yaoundé) - Institut de Recherches Agronomiques (Yaoundé)

- Institut

des Sciences Humaines (Yaoundé)

- Journal of African History
- Journal of the Historical Society of Nigeria - Journal de la Société des Africanistes - Laboratoire de radiocarbone de Louvain - Laboratoire de radiocarbone de Lyon

- Ministère
- Office

de l'Enseignement Supérieur, de l'Informatique et de la Recherche Scientifique (Yaoundé) de la Recherche Scientifique et Technique d'Outre-Mer (Paris)

O.RS.T.O.M.

P.U.F \V.AJ.A

- Presses Universitaires de France - West African Journal of Archaeology

2-

REMERCIEMENTS.
ancienne du L'absence pendant longtemps de structures

L'intérêt de la recherche archéologique dans l'historiographie Sud-Cameroun n'est que très récent.

nationales et de spécialistes dans ce domaine, l'ignorance de son importance dans l'action de développement culturel du pays par certains pourraient permettre de comprendre cette situation. Avec la création en 1975 de l'OFFICE NATIONAL pour la RECHERCHE SCIENTIFIQUE ET TECHNIQUE (ONAREST)1, la recherche archéologique a bénéficié d'une structure nationale opérationnelle au sein de l'Institut des Sciences Humaines (I.S.H), dans le cadre du Centre de Recherches et d'Etudes Anthropologiques (CREA). Avant la création du CREA il a existé le Centre de Recherches en Langues et Traditions (CERELTRA). C'est également en 1975 que nous avons initié à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Yaoundé les enseignements d'Archéologie dans le cadre d'une option interdisciplinaire au Département d'Histoire. C'est donc au sein du CREA, à l'I.S.H, Département d'Histoire et Archéologie, et à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Yaoundé, Département d'Histoire, que nous avons réalisé la plus grande partie de ce travail qui avait été projeté en 1977 avec le Professeur Jean Devisse, notre Directeur de Thèse. Ce travail n'aurait pas vu le jour sans l'appui financier et matériel du Gouvernement Camerounais (Université et Institut des Sciences Humaines) à qui nous tenons à rendre ici un hommage tout particulier pour cette sollicitude apportée à l'endroit de la recherche archéologique en général et à celui de nos travaux en particulier. Nous avions déjà eu une première occasion de rendre hommage au Gouvernement Camerounais pour le soutien

1- La Recherche Scientifique dépend aujourd'hui du Ministère de l'Enseignement Supérieur, de l'Informatique et de la Recherche Scientifique (MESIRES). Ce dernier apporte un soutien remarquable à la recherche archéologique et à la formation de jeunes archéologues camerounais.

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moral et matériel apporté à notre formation théorique et pratique en archéologiel. Nous avons travaillé et continuons à travailler dans des équipes de recherche, tant à l'Institut des Sciences Humaines qu'à l'Université sur l'Archéologie et l'Histoire ancienne du Cameroun. Au centre de Recherches et d'Etudes Anthropologiques de l'Institut des Sciences Humaines, nous sommes responsable d'une opération de recherche intitulée: Enquêtes et fouilles archéologiques dans le Centre et le Sud du Cameroun. Du côté de l'Université, nous sommes également responsable d'un programme intitulé: Le Cameroun précolonial, Archéologie et étude des civilisationi. Comme le souligne Jean.-Baptiste Kiéthéga dans son ouvrage: L'Or de la Volta Noire,3, c'est avec une grande foi en l'Archéologie, source privilégiée pour l'historiographie ancienne de l'Afrique, que nous nous efforçons, voici plus d'une dizaine d'années, d'éveiller des vocations pour cette discipline au sein de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Yaoundé. En le faisant, nous avons répondu à la mission que nous nous sommes assignée lorsque nous terminions notre thèse de doctorat de 3e cycle, à savoir, ouvrir les portes de l'archéologie à notre jeune Université. D'un autre côté, nous avons voulu répondre aux appels lancés par le Professeur Cheikh Anta Diop à la jeunesse africaine pour la libération du continent africain de l'aliénation culturelle. En effet, parlant de l'aliénation culturelle comme arme de domination en Afrique, le Professeur Cheikh Anta Diop écrivait dans la préface de Nations Nègres et Culture ce qui suit: "Il devient donc indispensable que les Africains se penchent sur leur propre histoire et leur civilisation et étudient celles-ci pour mieux se connaître: arriver ainsi, par la véritable connaissance de leur passé, à rendre périmées, grotesques et désormais inoffensives ces armes culturelles" (Cheikh Anta 1979,T.I : 15). Nous pouvons encore dire, avec Kiéthéga (1983: 11), que c'est en vue de faire suite
1- ESSOMBA (J.-M.) : L'Histoire ancienne des abords du Lac Tchad et ses problèmes. Thèse de
Doctorat de 3e cycle d'Histoire. Université de Paris I, Panthéon

- Sorbonne,

Paris, 1975a : 17.

2- Il s'agit du projet No. L. 83-û82 à l'Université de Yaoundé, Faculté des Lettres et Sciences Humaines.
3- KIETHEGA (J.B.) : L'Or de la Volta Noire. Archéologie et Histoire de l'exploitation traditionnelle (Région de Poura, Haute-Volta). Ed. Karthala, Paris, 1983 : 11.

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au voeu des Historiens africains réunis à Yaoundé en 1979 qui avaient recommandé la formation rapide d'archéologues compétents sur le continent africain, que nous avons orienté nos efforts dans ce domaine. il faudrait également noter l'intérêt suscité pour la recherche archéologique au Cameroun méridional par la première Réunion des Archéologues du Cameroun tenue à Garoua du 26 au 28 février 1979. En effet, au cours de cette réunion, la première du genre organisée sous l'égide de l'Institut des Sciences Humaines, il avait été défini trois grandes aires culturelles à l'intérieur desquelles pouvaient s'inscrire des programmes de recherches archéologiques au Cameroun1. Le Nord, particulièrement intéressant par la présence des civilisations "Sao-Fali" de l'Age du fer sur lesquelles sont bien connus les travaux de Jean.-Paul et Annie Lebeuf dont les publications les plus importantes demeurent: la Carte archéologique des abords du Lac Tchad2 et lesA/ts des Sao3, ainsi que ceux de Jean Gabriel Gauthier dont le principal titre est l'Archéologœ du pays fali.4 On connait aussi les travaux d'Alain Marliac sur la préhistoire de cette région et notamment sur le Paléolithique du Diamarés et ceux de Nicholas David sur l'Age du fer6 dans cette partie du pays. La deuxième région définie est le Nord-Ouest qui ferait partie, d'après certains linguistes et notamment Greenberg7 et quelques archéologues, du foyer de l'expansion bantu qui intéresse l'histoire de près de la moitié du continent africain et qu'on situe au
1- On se référera pour ce qui est de cette réunion à la publication: CERELTRA LIAISON de l'ancien ONAREST. "Première réunion des Archéologues du Cameroun, GAROUA, 26-28 février 1979 - Rapport final". 2- LEBEUF (J.-P.), Carte archéologique des abords du Lac Tchad. Ed. C.N.R.S. Paris, 1969. 3- LEBEUF (J.-P. et Annie). Les Arts des Sao. Ed. du Chêne, Paris, 1977. 4- GAUTIlIER (J.-G.). L'archéologie du pays falL (Nord-Cameroun). Bordeaux, 1979. 5- MARLIAC (A.). "L'état des connaissances sur le Paléolithique et le Néolithique du Cameroun. Contribution de la recherche ethnologique à l'histoiredes civilisations du Cameroun, par C. Tardits, (éd.) CNRS, Paris, 1981 : 27-77. 6-- DAVID (N.). "The Archaeological background of Cameroonian history". Contribution de la rechercheethnologique à l'histoire des civilisationsdu Cameroun, par C. Tardits, (éd.) CNRS, Paris, 1981 : 79-98. 7- GREENBERG (J.H.). "Linguistic evidence regarding Bantu origins". Journal of African History, 1971 ; 13 ; pp. 189-216.

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cours de la période de l'Age du fer. Des auteurs comme Philippsonl ont voulu associer l'expansion des locuteurs bantu en Afrique Centrale à la connaissance de la métallurgie du fer. Bien qu'il soit peu probable que la métallurgie ait provoqué cette expansion, celle-ci mérite une attention particulière, car, elle est susceptible de fournir le squelette de l'histoire des peuples dans la région pour les deux derniers millénaires. Ceci a été démontré par Jean.-Pierre Warnier dans sa thèse d'Etat: Sociologie du Bamenda pré-colonial.2 Le Centre et le Sud : région restée pendant longtemps sans réelles activités en matière de recherche archéologique et où Pierre de Maret et nous-même venons à peine d'entreprendre des recherches sur l'archéologie de l'Age du fer et la métallurgie traditionnelle du fer. Cette orientation, nous l'avons rappelée dans un récent article publié dans les Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Yaoundé.3 Cette définition des grandes aires de recherche archéologique à été reprise au premier Colloque International d'Archéologie Camerounaise tenu à Yaoundé du 6 au 9 Janvier 1986, sous l'égide du Ministère de l'Enseignement Supérieur, de l'Informatique et de la Recherche Scientifique.4 Ce colloque a renforcé l'idée d'une extension de la recherche archéologique à travers toutes les régions du pays. Car, au Cameroun, il n'y a aucune région qui ne recèle de vestiges archéologiques. Nous nous sommes donc retrouvés, tout au long de ces dix dernières années, responsable des enseignements d'Archéologie à l'Université de Yaoundé et responsable de programmes de recherche archéologique au Sud-Cameroun. Il n'est pas inutile d'indiquer que, pendant six ans, outre nos contraintes

1- PHILIPPSON (D.W.). African archaeology. Cambridge University Press, London, 1985. 2- WARNIER (J.-P.) Sociologie du Bamenda pré-colonial. Thèse présentée en vue du grade de docteur ès Lettres par Jean Pierre WARNIER, Université de Paris X, 1983 : 695 p. 3- ESSOMBA (J.-M.). : "Métallurgie traditionnelle du fer au Sud Cameroun. Notes préliminaires de recherches". Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines. Série Sciences Humaines, vol. 2, no. 1 Janvier 1986a : 4. 4- Les Actes de ce Colloque sont en cours de publication.

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pédagogiques, nous avons apporté notre contribution dans l'Administration Centrale au Ministère de l'Information et de la Culture.l Ce passage dans l'Administration Centrale explique, dans une certaine mesure, le temps mis pour pouvoir achever ce travail. Dans l'Administration, nous avons acquis d'autres expériences et vécu l'épineux problème de la conservation du patrimoine culturel africain, à l'intérieur
Monuments).

duquel rentre le patrimoine archéologique

(Sites, Musées,

Ce chemin que nous avons parcouru jusqu'à ce jour en Archéologie et avec l'Archéologie, nous le devons dans une très large mesure au Professeur Jean Devisse. C'est lui qui nous a guidé en terre africaine sur l'aventure de l'archéologie, aux sites de Koumbi Saleh et de Tegdaoust, voici bientôt une vingtaine d'années, sans oublier les cours de formation théorique qu'il nous dispensait à l'Institut d'Art et d'Archéologie de l'Université de Paris 1.2 On peut dire qu'avec nous, le Professeur Jean Devisse a lancé l'Archéologie camerounaise. En effet, bien de jeunes Camerounais qui ont été initiés par nous, sont aujourd'hui spécialistes, docteurs en archéologie, chercheurs ou enseignants. Le Professeur Devisse a été avec nous en janvier 1986 à Matomb, au site de Pan-Nsas dont il a qualifié le fourneau d'exceptionnel en Afrique Centrale. Ce fut au cours de son passage à Yaoundé, invité par le Gouvernement Camerounais au premier Colloque International sur l'Archéologie camerounaise. Nous lui sommes profondément reconnaissants pour avoir éveillé en nous et fait mûrir une ambition qui a déjà porté ses fruits dans le domaine de la reconstitution de l'histoire ancienne du Cameroun3 et du dévéloppement de l'action culturelle en Afrique.4

1- A retenir que nous avons été dans ce Ministère tour à tour: Chef de service Adjoint de la Conservation, Directeur Adjoint et Directeur des Affaires Culturelles. 2- DEVISSE (J.). : "Archéologie et Histoire en Afrique. Bilan et perspectives" Cahiers d'Histoire Mondiale; V. 12 ; Ed. La Baconnière, Paris, UNESCO, 1970 : 539-559. 3- ESSOMBA (J.-M.). Bibliographie critiquede l'archéologieCamerounaise. Librairie Universitaire. Université de Yaoundé. Préface de Jean.-Paul Lebeuf. SOPECAM, Yaoundé, 1986d, 132 p. 4- Nous sommes depuis une dizaine d'années, Président de l'OMMSA (Organisation pour les Musées, Monuments et sites d'Afrique).

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9

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Malgré la distance qui nous a souvent séparés, le Professeur Jean Devisse n'a pas manqué de nous apporter son appui moral et intellectuel, soit par correspondance ou directement, chaque fois que l'occasion nous a été donnée de le rencontrer à Paris. Il n'a pas manqué de nous associer auXdifférentes rencontres internationales ayant intéressé le domaine de nos recherches. C'est ainsi qu'il nous a permis de prendre part en 1983 au Colloque organisé par le Centre de Recherches Africaines de Paris l sur L'Histoirede la métallurgie du fer, de la mine au métal, avant L'adoptiondu procédé indirect. Le Colloque réunissait des chercheurs venus d'Afrique (y compris Madagascar) et d'Europe. à la métallurgie du fer au Sud-Cameroun.l Le Professeur Devisse a manifesté un intérêt particulier à l'endroit de nos différentes publications relatives à ce travail en y apportant chaque fois les critiques nécessaires. Après le Professeur Devisse, il nous est agréable d'exprimer notre très vive gratitude à tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à l'aboutissement de cette thèse. Qu'il nous soit permis d'exprimer ici au Ministère Français de la Coopération, à travers la Mission Française d'Aide et de Coopération du Cameroun, notre reconnaissance pour l'aide financière apportée pour différentes opérations relatives à nos recherches, notamment pour des analyses en laboratoire. Nous remercions tout particulièrement le Professeur Jean.-Pierre Warnier, de l'Université de Paris V avec qui nous nous sommes retrouvés sur un thème semblable dans ce domaine de la recherche. Ce chercheur infatigable avait, dans sa brillante thèse: Sociologie du Bamenda pré-colonial, consacré une étude particulière à la métallurgie du fer dans cette région. Il nous a assisté moralement et intellectuellement tout au long de
1- ESSOMBA (J.-M.). : Aperçu sur les sources orales, écrites et iconographiques relatives à la métallurgiedu fer chez les Fang-Béti-Bulu du Sud Cameroun. Communication au colloque de Paris (21-25 Mars 1983) sur l'histoire de la métallurgie du fer, de la mine au métal avant l'adoption du procédé indirect; 1983d, 113p. ronéo. (A paraître).

Notre

communication à ce colloque portait sur lesSources orales,écriteset iconographiquesrelatives

- 10 ce travail. Le Professeur Jean.-Pierre Warnier, de par ses conseils, a beaucoup apporté dans notre approche sur la question de la métallurgie traditionnelle partie méridionale du Cameroun. de Yaoundé. Nous sommes hautement reconnaissants au Professeur Pierre de Maret de l'Université Libre de Bruxelles. Son appui moral et intellectuel est resté appréciable pour nos recherches. Ses travaux effectués à Obobogo qui se situe dans une même aire de recherche archéologique avec Nkometou où nous avons effectué des fouilles, ont apporté une dimension nouvelle à ces dernières dans le domaine de la chronologie et de l'étude des structures. Le Professeur Pierre de Maret a fait effectuer certaines datations du site de Nkometou au Laboratoire de Hanovre.
entretiens

dans la

Par ailleurs, il nous a aidé à la mise en place des

enseignements d'Archéologie à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université

Il a autorisé l'utilisation des résultats des

fouilles d'Obobogo dans le cadre du présent travail et nous avons eu de longs et fructueux avec lui sur plus d'un thème de la présente thèse.

Les Professeurs Jean.-Paul et Annie Lebeuf nous ont toujours encouragé tout au long de nos recherches. Leurs conseils sur le plan de la pratique de l'ethnologie et de l'archéologie dans l'étude des cultures matérielles au Cameroun ont été précieux pour ce travail. C'est le Professeur Jean.-Paul Lebeuf qui a corrigé et préfacé notre ouvrage: Bibliographie critique de l'archéologie camerounaise. Nous leur restons profondément reconnaissants. Le Docteur Prince Dika-Akwa nya Bonambela, l'actuel chef du Centre de Recherches et d'Etudes Anthropologiques (CREA), s'est toujours montré très attentif à nos recherches. Nous avons eu avec l'auteur de l'ouvrage: Les problèmes de l'Anthropologie et de l'Histoire Africaine,l plusieurs entretiens sur la méthode de recherche en Histoire ancienne de l'Afrique en général et celle du Cameroun en particulier. Il nous a plusieurs fois entretenu de la nouvelle méthode qui semble encore ignorée de bon nombre de chercheurs Africains et des africanistes! Il s'agit du Mulongi ou méthode architecturale
1- Prince DIKA-AKWA NYA BONAMBELA. Les problèmes de l'Anthropologie et de l'Histoire Africaine.. Ed. CLE, Yaoundé, 1982 ; 372 p. ;

-

11 -

dictée par la saisie même des faits et à travers laquelle l'éthno-archéologie devrait apporter une contribution spéciale. Nous lui sommes particulièrement reconnaissants pour tout cet apport intellectuel et l'appui logistique fourni à nos recherches au Département d'Histoire et Archéologie du CREA. Cet appui a favorisé d'une manière déterminante nos missions de recherches sur le terrain. Le Professeur Engelbert Mveng, ancien Chef de Département d'Histoire à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Yaoundé, pionnier des Camerounais à s'intéresser aux civilisations anciennes de notre pays, nous a toujours apporté son appui moral et intellectuel. Nous travaillons avec lui dans le cadre du programme de recherches à l'Université sur le Cameroun pré-colonial, Archéologie et Histoire des civilisations. Il a mis à notre disposition toute sa collection sur l'archéologie du Centre et du Sud du Cameroun du son Musée Alioune Diop à Yaoundé. Le Professeur Engelbert Mveng a toujours favorisé et apporté un appui total au développement de l'enseignement de l'archéologie au sein du Département d'histoire de l'Université de Yaoundé, considérant que l'archéologie demeure la méthode privilégiée pour la reconstitution la plus scientifique de l'Histoire ancienne de l'Afrique. Bien plus, c'est lui qui avait au départ soutenu notre candidature pour une bourse de formation en archéologie et en muséologie, à une époque où l'archéologie ne présentait aucun intérêt aux Camerounais. Nous lui sommes profondément reconnaissants. Nos remerciements vont également à Monsieur Emmanuel Ghomsi, Professeur à l'Ecole Normale Supérieure de Yaoundé, Chef de Centre-Adjoint du CREA, et membre de l'équipe de recherche: Enquêtes et fouilles archéologiques dans le Centre et le Sud du Cameroun. Il a été l'initiateur de ce projet dans les programmes de l'Institut des Sciences Humaines et l'a toujours favorablement soutenu. C'est dans le cadre de ce programme et de celui de l'Université sur le Cameroun précolonial que nous avons fait tenir à Yaoundé, en janvier 1986, le premier Colloque International sur l'Archéologie camerounaise. Nous exprimons au Professeur Emmanuel Ghomsi notre reconnaissance pour tout l'appui moral et matériel apporté à nos recherches.

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-

Que le Professeur Martin Ndjeuma, actuel Chef de Département d'Histoire à la Faculté des Lettres de l'Université de Yaoundé trouve ici nos sincères remerciements pour tous les encouragements qu'ils n'a cessé de nous apporter pour la finition de ce travail. Monsieur Thiérno Mouchtar Bah, Professeur au Département d'Histoire à

l'Université de Yaoundé et membre de l'équipe de recherches sur le Cameroun précolonial, nous a toujours encouragé dans cette rude tâche et nous a nourri de ses sages conseils. Il a initié les étudiants à l'utilisation des résultats de nos recherches en histoire ancienne et histoire précoloniale du Cameroun. Nous lui sommes très reconnaissants. Nous sommes particulièrement reconnaissants au Docteur A. Marliac, de

l'ORSTOM, qui n'a cessé de nous encourager pour la poursuite de ce travail et sa finition ainsi que pour le soutien financier obtenu auprès de l'ORSTOM pour nos recherches. Nous remercions plus particulièrement feu le Professeur Cheikh Anta Diop qui avait accepté de procéder gratuitement à l'analyse dans son Laboratoire de radiocarbone de l'IFAN de nos premiers échantillons de charbon de bois du site de Nkometou. Malheureusement, ces analyses n'ont pas abouti, à cause de l'arrêt momentané du Laboratoire et à cause de la disparition brutale du savant africain qui avait honoré de sa présence le premier Colloque International sur l'Archéologie camerounaise en 1986. Nous avons perdu en lui un appui scientifique pertinent. Qu'il trouve ici, à titre posthume, notre très grande reconnaissance pour tout ce qu'il a fait et qu'il avait voulu faire pour nous dans le cadre de ce travail. Nous remercions M. Jacques Evin du Laboratoire de Radiocarbone du Centre de Datations et d'Analyses Isotopiques de l'Université Claude Bernard de Lyon qui a procédé à la datation de nos échantillons des sites de Pan-Pan et d'Oliga ainsi que Murry Tamers, du Laboratoire de datations radiocarbones Beta Analytic Inc de Floride (U.S.A.) dont les datations effectuées ont été suivies de commentaires et d'orientation sur les calibrages. Nous remercions également Monsieur Alain Ploquin du Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques de l'Université de Nancy pour les analyses chimiques,

de scories et de briques.

13

-

minéralogiques et diffractométriques effectuées de nos différents échantillons de minerai,

Nous serions incomplets si nous ne remercions nos anciens étudiants en Archéologie qui ont eu à partager avec nous les dures conditions de recherche dans cette zone forestière du Sud Cameroun où climat et relief n'offrent pas toujours des facilités pour la recherche archéologique. Nous avons eu à prospecter et à fouiller avec eux. Nous pensons particulièrement à Martin Elouga, Professeur de Lycée et étudiant en doctorat de 3e cycle en archéologie, Christophe Mbida, Professeur de Lycée, et étudiant en doctorat en Archéologie, Thomas Ngouni, Professeur de Lycée et Collège, Joseph Mbitimen, Professeur de Lycée et Collège, Bienvenu Nizessété, étudiant en doctorat en archéologie, Fotso Ndogmo, Professeur de Lycée, Ambela Elias Eugène (Maîtrise), Emtcheu Keumaleu (Maîtrise) et à tous les autres. Nous sommes particulièrement reconnaissants à Alexandra Galitzine Loumpet, archéologue, qui nous a apporté un précieux concours pour la réalisation des planches du site d'Oliga. De même, nous avons mis à contribution les talents de Yomo Norbert, cartographe du CREA que nous tenons à remercier ici. C'est avec son concours que nous avons réalisé la plupart des cartes et figures dans ce travail. Nous avons un immense devoir de gratitude envers tous nos informateurs sans lesquels ce travail n'aurait pas connu son aboutissement. Nous pensons plus particulièrement à Som Salomon (pays bulu), à Jacob Elouga (pays bassa), Innocent Manga (pays éwondo), à Martin Manga (pays éton), à Bilitik (pays banen). Ils sont nombreux et beaucoup sont déjà morts. Nous espérons que ce travail auquel ils ont largement contribué ne décevra pas et que l'Histoire leur saura gré pour avoir légué ces informations précieuses à la postérité pour une meilleure prise de conscience de la personnalité culturelle africaine. C'est à eux, véritables bibliothéques qui disparaîssent, que nous dédions la présente thèse.

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-

3- NOTES SUR LES LANGUES CAMEROUNAISES UTILISEES DANS LE TEXTE ET LEUR TRANSCRIPTION.
Les langues parlées dans la région du Sud Cameroun sur laquelle ont porté nos recherches sont, pour la plupart, du groupe dit "Bantu-Equatorial"l. Ces langues bantu ont été classées par Guthrie2 en sous-groupes A90, ABO, A70, et, en partie, A40. Dans cette étude, les sous-groupes qui interviennent sont essentiellement: le sous-groupe A70, celui des Beti-Fang ; le sous-groupe A40, celui des Bassa'; le sous-groupe tunen, qui présente d'importantes affinités lexicales avec les parlers yambassa et sanaga et constitue avec eux le Bantu du Mbam, tout en gardant des affinités avec le sous-groupe bassa A40. Dans l'aire de notre étude, nous avons travaillé plus particulièrement avec le sous-groupe A70 (beti-fang): les parlers éwondo, éton et bulu. Toutefois, l'éwondo a été pour nous le parler prédominant dans le secteur couvert par les Beti et les Bulu. Pour les sous-groupes A40 et A60, bassa et tunen, le bassa est resté l'instrument principal de travail, dans la mesure où nous le comprenons, même si nous ne le parlons pas parfaitement. Le corpus des informations orales donné en annexe et l'utilisation des
seront donc essentiellement en éwondo et en bassa, avec termes en langues camerounaises un texte en tunen.

Pour la transcription phonologique et l'orthographe des langues utilisées, nous nous sommes référés à l'alphabet général des langues camerounaises3 qui a été adopté par la Réunion Nationale sur l'unification et l'harmonisation des alphabets des langues camerounaises tenue du 7 au 9 mars 1979 à Yaoundé. Ce document oriente au niveau de l'utilisation des graphèmes qui ont été suffisamment standardisés dans le système de transcription actuel des langues camerounaises. Certes, il subiste quelques variantes pour
1- Voir à ce propos: Atlas linguistique de l'Afrique Centrale. (ALAC), publié sous la direction de Michel Dieu et Patrick Renaud. AC.CT. CERDOTOLA, DGRST, Yaoundé 1983 : 45 et 369 : (cf. carte sur les famiIles et groupes linguistiques du Cameroun). 2- GUTHRIE (M.) : "Contribution from comparative Bantu Studies to the Prehistory in Africa" Language and History in Africa. Dalby (D) Ed. New York AP.L. 1970: 20-49. 3- TADADJEU (M.) et SADEMBOUO (E.). -Alphabet généraldes langues camerounaises. Présenté par Maurice Tadadjeu et Etienne Sadembouo. Collection Propelca No.1; Université de
Yaoundé, FLSH, Institut des Sciences Humaines

- CREA;

1979-1984.

-

15

-

chaque langue. Nous nous sommes servi de cet alphabet général et nous avons bénéficié du concours et des conseils de Jean Esono, chargé de Cours de linguistique au Département de Linguistique de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Yaoundé, pour la transcription des textes en éwondo et en bulu. Nous avons également mis à profit le concours de deux techniciens de transcription phonétique du CREA: Michel Meke Meke, pour l'éwondo et Jean Yamb, pour le bassa. Nous Ces alphabets sont conformes à l'alphabet général des langues donnons ci-dessous l'alphabet éwondo et bassa avec les correspondances en Français et ou en Anglais. camerounaises adopté en 1979. a) Alphabet éwondo avec les correspondances en Français ou en Anglais pour chaque lettre. EWONDO a b d dz e
~

FRANCAIS a b d
é

ANGLAIS

f g gb k kp I m mb mgb mv n nd ndz ng ny

e f g (devant 0, a, u,)

k

m

n

gn (gagner)

IJ o
:> s

16

-

t 18 u v w y z
Les tons en éwondo1

- n (ring) o o (de tortue) s (en initiale ou se en médiane) t
ou v ou (ouate) y (you) z

Il existe quatre tons principaux en éwondo :

- le ton haut
- le ton bas - le ton montant

- le ton

descendant

(') ; le seul qui est marqué, ); celui-ci n'est pas marqué (l'absence de la marque (' de ton signifie un ton bas) ); pour le marquer, on dédouble la voyelle qui (" doit porter le ton haut: ( " ) ; on le marque de la même façon que le ton montant, mais l'inverse.
françaises ou anglaises.

b) Alphabet bassa avec correspondances

Bàsàa monographes a b 6 c d e E g h

Français a b

Anglais

ch (church) d e è gu (mangue) h home

1- Voir à ce propos: Alphabet général des langues camerounaises. Collection Prope1ca ; op. cu. p. 18 ; les tons.

j k I m n g 0
:>

17

j (jump)

k I m n ng (so~
0

o (port) P s ou w y gua (linguaphone)

p s t u w y Polygraphes gw hy jw kw mb nd gg nj gw ny ggw diphtongues EY
:>y

qua (aquatique) mb (tombe) nd (sonde) ngu (m~ngue)

gn (pagne) ngu (linguaphone) eil (pareil) oy (toy)

Les tons en bassa. Il Ya quatre tons lexicaux en bassa : le ton haut

C), le ton bas ('),

le ton montant

C), le ton descendant (A). Il existe aussi un ton moyen qui est le résultat d'un abaissement d'un ton haut ou du relèvement d'un ton bas. Ces tons ne sont marqués que sur les voyelles. On peut marquer des tons sur les nasales, n, m, g ; on parle dans ce cas de nasales

parle" .

18

-

syllabiques. Ces tons sont également des tons grammaticaux. Exemple: à ritp5t: "il

En bassa, le comité de la langue a décidé de ne marquer que les tons bas C), bas-haut C), haut-bas (") et les tons moyens C). Les tons hauts ne sont pas marqués (sauf sur les nasales syllabiques, cf. exemple ci-dessus). Une voyelle sans marque de ton est donc une voyelle à ton haut. En banen, (tunen) par contre, on marque les tons hauts. Il Y aurait certes beaucoup à dire sur ces langues. Mais, nous avons voulu tout simplement indiquer ici les principes généraux sur lesquels nous nous sommes fondés pOUf la transcription
du Cameroun,

de celles dont nous nous sommes servies. Pour leur meilleure

compréhension, on se rapportera aux ouvrages des spécialistes, tels que l'Atlas linguistique
l'Atlas linguistique de l'Afrique Centrale (1989) ou l'Alphabet général des (1979-1984).

langues camerounaises

INTRODUCTION

GENERALE

-

20

DU SUJET.

1-

PROBLEMATIQUE

ET ORIENTATION

1- SUR LA GENESE DU THEME ET SA
PROBLEMATIQUE.
Le fer est produit à partir des minerais et la métallurgie, comme nous le verrons plus loin, est l'art d'extraire les métaux de leurs minerais, de les transformer en produits demi-finis et de les mettre en forme pour leur utilisation. Lorsqu'on examine les données sur les richesses minières du Cameroun, il peut paraître étonnant qu'une thèse soit consacrée au fer dans le passé des sociétés du Sud-Cameroun. L'étonnement viendrait du fait que la région ne possède pas aujourd'hui de riches gisements de fer en exploitation. Pierre Billard est allé plus loin en disant que le Cameroun, comme la plupart des Etats francophones, décèle peu de richesses minières.! Cette affirmation peut paraître hâtivement avancée lorsqu'on considère les richesses minières qui sont exploitées en ce moment dans les différents Etats francophones d'Afrique. La mise au jour et l'exploitation systématique des richesses du sous-sol de bon nombre de pays africains sont restées depuis longtemps une question de prospections et de moyens financiers. Le Cameroun produit à présent du pétrole dont les indices avaient déjà été relevés dès le début du siècle dans le bassin sédimentaire de Douala, jusqu'à Victoria (aujourd'hui Limbe). Le pays produit des bauxites à Fongo-Tongo, près de Dschang, dans l'Ouest et les principales mines se trouvent à Minim-Martap-Ngaoundal, dans l'Adamaoua. L'or est exploité dans l'Est du pays, entre les parallèles Batouri-Meiganga jusqu'à la frontière avec la République Centrafricaine. l'Adamaoua, on exploite la cassitérite. Dans le Mayo- Darlé, département de

1- BILLARD (P.) : Le Cameroun Fédéral. Tome second. Essai de géographie humaine et économique. Imprimerie Les Beaux-Arts; Lyon. 1968: 25.

-

21

-

Pour le fer, son existence et son importance paraissent encore insignifiantes. En 1961,Raymond Furonl parle de la découverte par des géologues Français, dans les environs de Kribi, vers la frontière avec la Guinée Equatoriale, des quartzites ferrugineux comportant des minerais de 50 à 55 % de fer métal et parfois 70 %. Pour Pierre Billard (1968 : 27) les études ont montré que le fer de Kribi était d'un minerai assez peu riche: essentiellement du quartzite ferrugineux. Ce qui n'a pas permis pendant longtemps que Kribi soit jugé comme un gisement économiquement intéressant. On peut donc voir que dans le contexte actuel de l'exploitation des ressources du sous-sol, le fer n'occupe pas une place très importante dans l'activité économique du Cameroun, malgré les recherches qui se poursuivent sur le gisement de Kribi. Par ailleurs, il faut faire remarquer que la découverte d'un objet métallique entraîne une série de questions que doit se poser l'historien ou l'archéologue. Ces questions sont essentiellement: la nature du métal ou de l'alliage, la nature et la provenance du minerai ou des minerais de base, le processus de fabrication et son lieu d'origine, la nature du travail effectué sur l'objet, la fonction de l'objet. Le fer, dit-on est un minerai très abondant à la surface de la terre; environ 4,20 % qui se présentent sur le plan minéralogique sous des formes multiples. Comme le souligne Ph. Fluzin2, si le fer a pris une grande importance dans les sidérurgies traditionnelles, c'est à cause de sa grande abondance dans le paysage. Ceci, à priori, pourrait être en contradiction avec ce qui vient d'être dit sur la rareté du fer parmi les ressources minières du Cameroun. Comment se justifie donc cette thèse consacrée au fer dans le passé des sociétés du Sud-Cameroun? L'étude du fer dans le passé des sociétés du Sud-Cameroun répond à une

1- FURON (R.) : Les ressources minérales de l'Afrique. Géologie et Mines. La production africaine dans le monde; Paris, Payot, 1961 : 127-128. 2- FLUZIN (Ph) : "Notions élémentaires de sidérurgie". ln N. Echard (ed.), Métallurgiesafricaines. Nouvelles contributions. Mémoires de la Société des Africanistes, Paris, 1983 ; No.9; p. 18.

- 22 -

problématique et obéit à une orientation précise qui nous ont guidés tout au long de nos recherches. La plupart des études relatives à l'histoire du Cameroun dans sa partie sud ont été, dans leur majorité, jusque-là consacrées à la période coloniale et post-coloniale. La période précoloniale est restée une véritable inconnue, du point de vue des cadres chronologiques et de la connaissance des peuples et de leurs civilisations. C'est par extension, à partir des traditions orales et des sources généralement extérieures, qu'on traite du Sud-Cameroun précolonial, notamment pour une bonne partie de la période de l'Age du fer. II est facile de constater ce fait dans l'Histoire du Cameroun du R. Père Mvengl, unique synthèse actuelle de référence pour la connaissance du passé du Cameroun, de la préhistoire à nos jours. Dans cet ouvrage d'une incontestable valeur, les données relatives à l'histoire ancienne du Sud-Cameroun sont illustrées par la tradition orale. On y perçoit difficilement le cadre chronologique de l'évolution des civilisations appuyé sur des datations absolues, notamment pour les périodes très reculées. Cette situation est essentiellement due au fait qu'il avait jusque là manqué de recherches archéologiques dans cette région, des fouilles systématiques et une étude plus scientifique des vestiges. Dans la partie septentrionale du pays, les recherches archéologiques effectuées par Jean.-Paul et Annie Lebeuf ont permis de mettre au jour la brillante civilisation "sao" bien connue pour une profondeur de temps allant à plus de six siècles avant notre ère.2 Par contre, au Sud-Cameroun, l'histoire ancienne comporte encore bien des pages entières obscures dont la connaissance ne sera possible que par des études comparatives fondées sur des recherches archéologiques et anthropologiques. Certes, on a parlé d'archéologie au Sud-Cameroun. Mais de quelle archéologie
1- MVENG (R.P.E.) : Histoire du Cameroun. Ed. Présence Africaine, Paris, 1963: 535 p. Histoire du Cameroun. Ed. CEPER, Yaoundé, T.I, 289 p. T.II, 315 P 2- LEBEUF (J.-P. et A.) : Les arts des Sao. Ed. du Chêne, Paris, 1977 ; 205 p. ; cartes et photos.

a-t-il été question?

23

-

Des récoltes de surface, principalement des industries lithiques

trouvées un peu partout, à Edéa, Eséka, Yaoundé, Kribi, Bertoua, Saa, Obala, etc, qui ont permis à Buissonl de parler du Paléolithique et du Néolithique au Cameroun (cf. carte no. I). Ces trouvailles ont été faites à un moment où l'archéologie camerounaise était encore à un stade artisanal. Si J.-B. Jauze parle des fouilles effectuées à Yaoundé (Nsam et Obobogo)2, s'il mentionne des industries lithiques, de la céramique et des objets de fer trouvés dans ces sites, ces travaux sont restés sans beaucoup d'intérêt sur les questions de chrono-stratigraphie, de l'environnement culturel et de l'évolution des civilisations. Il en est de même des trouvailles du Père Mveng à Mvolyé qui sont restées sans réelle référence chronologique3. Il faudrait attendre les résultats des recherches effectuées par Pierre de Maret aux sites d'Obobogo et à Ndindan\ et ceux de nos propres recherches à Nkometou5 pour avoir des datations absolues dans le passé précolonial du Cameroun méridional. Les découvertes de poteries du R.-P. Mveng à Mvolyé et à Mimetala, si elles ont fourni des renseignements intéressants sur la forme de celles-ci, n'ont malheureusement pas informé sur leur ancienneté du point de vue chronologique. Dans ce mince tableau de "recherches archéologiques" effectuées au

Sud-Cameroun, en dehors des travaux récents ci-dessus évoqués et sur lesquels nous reviendrons plus en détail, nous avons constaté une grande lacune: le manque d'une
1- BUISSON (E.-M.) : "Matériaux pour servir à la préhistoire du Cameroun" Bulletin de la Société PréhistoriLJue rançaise: Paris, no. 6, 1933 : 335-348. F 2- JAUZE (J.-B.) : "Contribution à l'étude de l'archéologie camerounaise" Bulletin de la Société d'Etudes Camerounaises, no. 8, déco 1944: 105-123. 3- MVENG (R.-P.) : "Archéologie camerounaise: Mvolyé" Revue Camerounaise d'Histoire; No.1, octobre 1971 : 123-127. 4- MARET (P. de) : "Recent archaeological research and dates from Central Africa". Journal of African History, 26 (1985) : 129-148. 5- ESSOMBA (J.-M.) : ''Archéologie du Sud-Cameroun. Notes préliminaires de recherchesau site de Nkometou-Mfomakap)". Communication au Colloque sur l'archéologie camerounaise, Yaoundé 6-9 Janvier 1986. (A paraître).

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chronologie fondée sur des datations absolues, avec des études comparatives de cultures matérielles pouvant permettre une meilleure compréhension de l'évolution des peuples et des civilisations à travers le temps dans la région. A ce niveau, un problème s'est présenté à nous, le manque de documentation pour une bonne partie de l'histoire ancienne de la région. C'est certain, au Cameroun comme partout dans le monde, ainsi que le souligne Henri Dei portel, on observe l'action chronologique organisée, d'un double phénomène; d'une part, la ~ocumentation historique, quelle que soit sa nature, se raréfie à une vitesse accélérée lorsqu'on remonte le temps, notamment pour ce qui est des vecteurs écrits. Mais, il importe de noter que cette documentation est constituée par d'autres vecteurs que seuls peut livrer la recherche archéologique. Le présent travail a donc eu pour souci de tenter de répondre à ces préoccupations. Ce faisant, c'est aussi une continuation des recherches à partir des conclusions que nous avons eu à tirer de notre thèse de doctorat de 3e cycle consacrée à l'histoire ancienne des abords du Lac Tchad (Essomba, 1975a). Nous avons, dans cette thèse, tenté de démontrer les rapports historiques possibles entre les abords nord et les abords sud du Lac Tchad et avons discuté du problème de l'origine du fer dans cette région. L'étude de cette question nous a permis de débattre des thèses à vocation diffusionniste qui faisaient venir le fer vers cette région, soit à partir de Nok, soit à partir de Méroé. Les tenants d'une invention autochtone de la métallurgie du fer en Afrique de l'Ouest étaient bien rares. A partir de ces débats, nous nous sommes rendu compte que la question du fer était très importante dans l'historiographie des sociétés anciennes africaines. Nous l'avons engagée dans l'historiographie ancienne du Sud-Cameroun dans une perspective de recherche d'un cadre chronologique de l'Age du fer ancien et récent et pour une étude du fer comme fait de civilisation en rapport avec les autres régions d'Afrique Centrale, dans le contexte des migrations ban tu. Comment avons-nous perçu la question du fer aux
1- DELPORTE 1984 : 14. (H.) : Archéologie et réalisé. Essai d'approche épistémologique: Picard, Paris,

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26 -

abords du Lac Tchad et à quelles conclusions sommes-nous arrivés et qui nous ont amené à entreprendre le présent travail, outre la situation particulière évoquée plus haut pour le Sud-Cameroun comme terra incognita quant à son lointain passé? Il faut ainsi retenir, et nous reviendrons sur certaines de ces thèses, que de nombreux auteurs ont écrit sur la question du fer aux abords du Lac Tchad. Les uns ont parlé d'un diffusionnisme Est-Ouest, thèse initiée par Léa Frobénius et la German Kulturhistorisch Schule. D'autres ont suggéré l'hypothèse d'une invention locale. D'après Wainwright!, cité par R. Mauny et bien d'autres auteurs, la Nubie aurait transmis et les objets de fer et sa technique à ses voisins de l'Ouest, à travers la dépression du Bahr-El Ghazal qui reliait le bassin nilotique au Lac Tchad. R. Mauny, dans une communication intitulée: "Problèmes posés par la datation au C14 des sites Ouest-africains de l'Age du fer" et présentée au Congrès de chronologie à Londres en 1966, a pensé que la métallurgie du fer, cheminant éventuellement à partir de Méroé, après s'être dévéloppée en Anatolie vers le lIe millénaire, aurait atteint le plateau Bauchi au Nigéria et principalement à Nok, soit vers le 3e siècle avant Jésus-Christ. Des auteurs comme Reisner, Arkell et Davidson ont soutenu cette hypothèse de la diffusion du fer depuis le bassin nilotique vers l'Ouest africain à travers les savanes nilo-tchadiennes. Pour Reisner, "la civilisation méroïtique a pu rayonner entre le bassin nilotique et le bassin du lac Tchad sans obstacle apparemment,,2. Pour B. Davidson, "la connaissance du fer dans le Soudan Occidental et en Afrique Centre-Ouest a une origine venant du Nil et de l'Afrique du Nord vers 500 avant Jésus-Christ,,3. D'autres chercheurs ont émis l'hypothèse d'une diffusion du fer vers l'Afrique sub-saharienne à partir de la Carthage punique, en passant par les Libyco-Berbères et les Berbères. Ceci est apparu, comme on le verra, bien hypothétique.
1- WAINWRIGHT: "Pharaonics survivals between the Lake Chad and the West Coast" Journal ofEgyptian archaeology. Le Caire, 1949. Mise au point par Jean Leclant: "L'Egypte pharaonique et l'Afrique Noire, in Revue historique: Avril-Juin, 1962. 2- REISNER (L.) : "El Kuru". Bull. Mus Fine arts, Boston, 1931, No. 112-113, p. 193. 3- DAVIDSON (B.) : "L'Age du fer dans l'Afrique du Centre-Est. Bulletin de la Faculté des Lettres, Strasbourg, mars, 1964. Esquisse d'une synthèse".

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27

-

Toutes ces théories diffusionnistes sur la question du fer aux abords du Lac Tchad n'ont pas été pour nous très convaincantes, dépouillées qu'elles étaient de données précises fondées sur la recherche archéologique. Toutefois, elles ont suscité en nous un intérêt dans la problématique des recherches en histoire ancienne au Sud du lac Tchad, avec une approche particulière, l'étude du fer dans une perspective chronologique, technologique et culturelle. Sur le plan chronologique, les recherches n'étaient pas encore dévéloppées sur l'Age du fer ~t la métallurgie du fer au sud du lac Tchad. Cependant, des travaux archéologiques ont donné quelques datations intéressantes relatives au fer dans cette région. Les recherches de Jean.-Paul et Annie Lebeuf ont fourni des dates anciennes sur la présence du fer aux abords sud du Lac Tchad. Jean.-Paul Lebeuf, dans ses publications, situe le fer vers le Ve siècle avant Jésus-Christ à Mdaga (425BC).1 De son côté, G. Connah, dans le cadre des travaux effectués au site de Daïma, situé près du Lac Tchad, à la limite du Cameroun et du Nigéria, publiait la date de 450:t 15 avant Jésus-Christ.2 N. David, dans ses travaux effectués sur la vallée de la Bénoué, parle du fer et de son apparition probable à BE, Nord-Cameroun, autour du 6e siècle et plus particulièrement vers le ge siècle après Jésus-Christ3.
Ainsi donc, les écrits et les quelques données archéologiques portaient nilotique, disponibles à l'époque

à faire croire que le fer serait venu aux abords du Lac Tchad par le bassin à partir de Méroé. Toutefois, si l'on considère que Fagg, se fondant sur des

preuves archéologiques,

a parlé de l'apparition du fer à Nok au Se siècle avant Jésus-Christ

1- LEBEUF (J.-P.) : Carte archéologique des abords du lac Tchad (supplément) Paris, CNRS, 1980. 2- CONNAH (G.) : "Radiocarbon dates for Benin City and further dates for Daïma, N.E. Nigeria". Journal of the Historkal Society of Nigeria; IV, 2, 1968 : 313. 3- DAVID (N.): "Recherches archéologiques dans la vallée de la Bénoué". Revue Camerounaise d'Histoire, Yaoundé, 1971, No.1: 206-212. - ''The archaeological background of Cameroonian history" Contribution de la recherche ethnologique à l'histoire des civilisations du Cameroun. Colloque du CNRS, 24-28 sept. 1973 ; Publication du CNRS, Paris, 1981 : 84-95.

-

28

entre Méroé

(440::!:140 BC)!, il Y a lieu de voir une certaine contemporaneité diffusion du fer vers les abords sud du lac Tchad.

(450::!:95 BC) et Nok qui sont pendant longtemps apparus comme les deux centres de

La question était donc de savoir si c'est de ces centres incertains de diffusion que serait venue la métallurgie du fer vers l'Afrique Centrale forestière et, par conséquent, vers le Sud-Cameroun. Les données sur la question du fer aux abords sud du lac Tchad, dans ce contexte de diffusionnisme incertain, nous ont fait poser la problématique de la paléométallurgie du fer au Sud-Cameroun dans une perspective d'établissement de chronologies. Le fer est apparu pour nous comme une donnée historique d'une importance capitale ainsi que les autres cultures matérielles comme la céramique et dont l'étude des différents aspects: chronologique, technologique, socio-économique pouvaient aider à la reconstitution d'une bonne partie du passé précolonial du Sud-Cameroun comme, du reste, de l'ensemble du territoire. sommes-nous arrivés ? Nous sommes une fois de plus partis sur ce constat: le manque d'une grille Comment cette préoccupation s'est-elle concrétisée en un véritable projet de recherche, comment avons-nous conduit ce projet et à quels résultats

chronologique dans l'histoire précoloniale du Sud-Cameroun et la nécessité de vérifier dans cette région et dans la mesure du possible, les controverses apportées par les débats sur les différentes théories et les données de la tradition orale relatives à l'origine de la métallurgie du fer aux abords sud du lac Tchad. Toutefois, nous avons voulu transcender cette discussion de l'origine du fer dans le cadre de cette étude et avons tenté une recherche de chronologie de l'Age du fer et un essai de compréhension de la civilisation du fer dans le passé des sociétés au Sud-Cameroun. On peut retenir, comme le souligne Hamady Bocoum à l'introduction de sa thèse sur la métallurgie du fer au Sénégal2, que les polémiques relatives à l'origine du
1- FAGG (B.E.B.) : "The Nok culture in prehistory". lournal of the Historical Society of Nigeria; Ibadan University Press, 1959. Vol. 1, No.4. 2- BOCOUM (H): La métallurgie du fer au Sénégal. Approche archéologique, technologique et historique. Thèse pour le Doctorat de 3e cycle. Université de Paris l, 1986 : IV.

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29

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fer ont déjà depuis quelques années gagné en clarté avec la publication de nouvelles dates qui mettent en difficulté les thèses diffusionnistes. Cette constatation apparaît bien dans ce travail. observé. Au départ, nous avons bien voulu travailler sur un thème beaucoup plus vaste portant sur les métaux dans les sociétés traditionnelles au Cameroun. Outre les raisons que nous avons évoquées plus haut et qui expliquent notre option pour le Sud-Cameroun dont l'historiographie ancienne reste encore entièrement à faire, nous nous sommes vite rendu compte que le thème nécessitait une approche archéologique et demandait un sérieux travail de terrain qu'il était impossible d'effectuer sur toute l'étendue du territoire. Dans cette perspective, nous avons orienté notre sujet dans un espace habité par des populations dont les langues nous étaient accessibles et à l'intérieur duquel les évidences archéologiques d'une paléométallurgie du fer étaient perceptibles. Nous nous sommes ainsi intéressé à l'aire occupée par des groupes de populations ayant des affinités linguistiques très évidentes avec le souci d'y définir chronologiquement la civilisation du fer. Ainsi donc, dans le libellé de notre sujet: Le fer dans le passé des sociétés du Sud-Cameroun, il importe avant tout de saisir la dimension géographique que nous avons donnée au terme de Sud-Cameroun et avoir une idée claire sur la question de temps que recouvre le terme passé. Mais, ceci n'écarte pas l'hypothèse d'une diffusion dans des zones géographiques à l'intérieur desquelles un continuum linguistique et culturel peut être

2Par

SUR LA VISION DE L'ESPACE ET DU TEMPS.
nous avons voulu, dans une perspective purement

Sud-Cameroun,

géographique, parler de la partie située plus au Sud du territoire camerounais et comprise entre le 2e degré de latitude nord et le 6e degré de latitude nord. D'une manière plus précise, il s'agit de toute cette zone qui s'étend depuis les revers sud du plateau de l'Adamaoua, à partir du 6e degré de latitude nord, jusqu'à la frontière du Gabon et l'Océan

- 30 Atlantique, à l'exception, d'une part, de toute la région de l'Ouest, depuis les hauts plateaux bamiléké jusqu'à la frontière avec le Nigéria, et, d'autre part, à l'exception de l'Est, jusqu'à la frontière avec le Congo, la République Centrafricaine et le Gabon. Dans ce cadre ainsi délimité, nos recherches de terrain ont porté essentiellement sur un certain nombre de départements des actuelles Provinces du Centre (départements de la Lékié, du Nyong et Kellé, du Mfoundi) ; Province du IJttoral (département de la Sanaga Maritime), Province du Sud (départements de l'Océan et du Dja et Lobo). Cette zone est délimitée sur la carte no.II. Nous nous sommes intéressés à l'environnement naturel de cet espace pour voir les possibilités qu'il pouvait offrir à la pratique de la métallurgie du fer. Il est évident que toute civilisation matérielle est le résultat du milieu écologique dans lequel elle s'exprime, l'environnement s'imposant en maître à son dévéloppement. inconstestablement Le sol et la forêt ont apporté de la matière première pour un dévéloppement de la Nous nous sommes posés toutes ces

technologie du fer dans cette région. Comment la forêt a-t-elle servi à son développement, quels ont été ses enjeux ainsi que ceux du climat? questions. Sur le plan géologique et pédologique, il est à noter que la majorité des terrains du Cameroun font partie du vieux socle précambrien africain. Les sols sont, dans l'ensemble, ferralitiques. On y trouve beaucoup de concrétions ferrugineuses sous forme de gravillons. C'est ce que démontrent les études des géologues telles que celles effectuées par le Professeur Samuel Martin Ena Belingal. Ces sols sont caractéristiques de l'ensemble des régions tropicales et génératrices de paysages de fer. Le contexte géologique a ainsi favorisé la production du fer en offrant facilement du minerai aux populations de la région. Ceci, nous l'avons constaté au cours de nos recherches. Du point de vue peuplement, plusieurs populations ont évolué dans la région. Ce peuplement remonterait à des milliers d'années, lorsqu'on considère les industries lithiques qui ont été ramassées un peu partout dans cette partie du pays. Mais le manque de
1- ENO BELINGA du fer. Librairie (S.-M.) : Géologie dynamique externe des pays tropicaux de la terre. Les paysages Universitaire. Université de Yaoundé j 1983: 1-6.

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recherches archéologiques n'a pas permis de donner un cadre chronologique à l'intérieur duquel on pouvait scientifiquement placer l'évolution de ce peuplement. On a parlé des migrations bantu dans la région. Certains auteurs ont avancé l'hypothèse, à savoir que la progression des populations bantu en zone forestière a été favorisée par la possession des outils en fer. Cette hypothèse, ainsi qu'on le verra, n'a pas toujours été appuyée par des arguments convaincants. Pour ce qui est du peuplement actuel et subactuel, toute la région est habitée par des populations de souche bantu et semi-bantu. C'est ainsi qu'on retrouve dans la Province du Sud: les Béti, les Bulu et les Fang qui constituent le groupe dit "Pahouin" dont la proto-histoire s'illustre parfois par l'épisode de la traversée de la Sanaga dans leurs traditions d'origine et dont Pierre Alexandre s'est largement intéressé dans plusieurs travaux1. Les Fang-Beti-Bulu appartiennent à ce groupe dit "Pahouin" qui aurait habité primitivement, d'après les traditions orales, une région située vers l'Est du Plateau de l'Adamaoua. Ils ont, toujours selon les traditions orales (cf. Annexe I), pratiqué la métallurgie du fer bien longtemps avant leur entrée en contact avec les Européens. Les populations beti-bulu se trouvent dans une bonne partie des Provinces du Centre et du Sud. Dans le département du Mbam, sur la rive droite de la Sanaga, on rencontre, d'une manière générale, les Banen et les Bafia dont l'implantation dans la région et la civilisation ont fait l'objet d'intéressantes études par 1. Dugast2. D'après les traditions orales, ces populations ont travaillé le fer bien longtemps avant l'arrivée des Européens. Dans le département de la Sanaga Maritime (Province du Littoral) et celui du Nyong et Kellé, (Province du Centre), on rencontre les Bassa. Le pays babimbi, en Sanaga
1- ALEXANDRE (P.) et BINET (J.) -Le groupe dit Pahouin ; P.U.F., Paris, 1958. Paris. 2- DUGAST (1.) : Monographie de la tribu des Ndiki (Eanen du Cameroun), Vie matérielle. T.1.; Paris Institut d'Ethnologie, 1955. - Inventaire ethnique du Sud-Cameroun. Mém. de l'IF AN ; Dakar, 1969.

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Maritime, qui parait être le berceau des anciens Bassa après leur migration hypothétique depuis l'Egypte, d'après certaines traditions, ainsi que le souligne Eugène Wonyoul, s'est avéré riche en vestiges sur la paléométallurgie du fer. Il en est de même de la région de Matomb, dans le Nyong et Kellé, où d'importants restes de fours à réduction ont été trouvés. Les traditions de ces peuples attestent que ceux-ci ont travaillé le fer bien longtemps avant le début de la colonisation. Les traditions orales ont permis de poser la question inévitable des débuts de la métallurgie du fer dans la région. Elles ne pouvaient pas donner une réponse satisfaisante à cette question. Les recherches archéologiques, avec les datations au 14c, ont permis de formuler quelques hypothèses intéressantes sur les débuts de la métallurgie du fer dans la région, ainsi qu'on le verra aux les chapitres qui vont suivre. Ainsi se présente la région sur laquelle ont porté nos recherches sur le fer et la métallurgie du fer. Cette région, une fois de plus, nous l'avons choisie pour des raisons évidentes de problèmes historiques: et dans laquelle minéralogènes. Par ailleurs, la Sanaga nous est apparue comme une donnée naturelle qui a joué un rôle particulier dans l'évolution de l'histoire des populations de cette région. Elle a, de ce fait, engagé aussi notre choix pour l'étude du fer dans cette partie sud du Cameroun où elle se pose en véritable source d'histoire. On nous objectera d'avoir pris les structures administratives pour délimiter l'espace de notre étude. La critique pourrait, à priori, apparaître comme fondée, s'i! faut admettre que la répartition des groupes de populations ne respecte pas nécessairement les délimitations administratives et qu'on ignore tout sur l'occupation spatiale des populations très anciennes. Mais, pour les commodités de travail sur le terrain, la définition d'un prédominent son peuplement ancien et récent; géologiques des raisons écologiques: une région forestière à climat équatorial, avec une riche couverture végétale des formations riches en éléments

1- WONYOU (E.) : L'histoire des bassa du Cameroun de l'Egypte des Pharaons à nos jours. Ed. Culture et Progrès. Douala. 1975.

avec la pratique de l'archéologie

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espace bien limité à l'intérieur duquel des recherches historiques pouvaient être effectuées s'imposait à nous.

Aussi, avons-nous cherché à cerner la question dans une zone précise, pouvant permettre des comparaisons intéressantes sur le thème traité, englobant des groupes de populations assez représentatifs en Afrique Centrale. Cette perspective devait permettre d'aboutir à l'examen des rapports entre ces groupes et le reste de l'Afrique Centrale pour une tentative de compréhension de l'évolution de la paléométallurgie du fer dans la région. Nos recherches ont été essentiellement effectuées au Cameroun méridional. Il est évident que tout travail d'historien demande à être considéré à partir du temps. Mais, dans le cadre de notre étude et, compte tenu des sources dont nous avons disposées, il était exclu que nous nous adonnions à la succession chronologique à partir d'une date bien définie. Nous avons opté ici pour une approche globale qui devait dégager quelques grands aspects relatifs à la paléométallurgie du fer dans le secteur choisi, en fonction des matériaux disponibles. Ceci nous a amené à une approche prospective en matière de chronologie, notamment pour le lointain passé. Il s'est posé une question, celle de la définition du terme de passé dans cette étude. La plupart des travaux consacrés au passé de l'Afrique Noire qui s'étend depuis les époques les plus reculées jusqu'à l'avènement de la colonisation parlent le plus souvent de période précoloniale. Cela peut s'entendre lorsqu'il s'agit des périodes classiques de la préhistoire, allant du Paléolithique, en passant par le Néolithique et l'Age du fer jusqu'aux premiers contacts avec les Européens, pour bien des régions de l'Afrique sub-saharie ne. Mais, lorsque l'analyse remonte après l'avènement de la colonisation et s'intéresse aux mécanismes d'évolution des civilisations anciennes dans les sociétés africaines, il nous a semblé tout indiqué, dans ces conditions, de parler du passé de ces sociétés, dans une perspective tout à fait générale. S'il a été difficile de parler d'une façon précise d'un point de départ chronologique de notre thème, il ne l'a pas été pour fournir une délimitation dans le temps présent.

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Sur ce point, on peut noter que toutes les informations recueillies auprès des populations de la zone en question s'accordent pour reconnaître que c'est la colonisation qui a mis fin à la production du fer local et à son impact dans la vie économique, sociale et culturelle des populations. En effet, au Sud-Cameroun, la production du fer s'est éteinte progressivement sous la colonisation allemande. Au moment où les Allemands quittent le Cameroun à la fin de la première guerre mondiale, en 1919, la production locale du fer a presque disparu:. Cette date peut alors marquer la limite dans le temps actuel de nos investigations sur le fer dans le passé des sociétés du Sud-Cameroun: la fin de la première guerre mondiale, ou, d'une façon globale, le début du XX siècle par rapport au début du première millénaire avant notre ère, date qui apparait aujourd'hui comme celle marquant les débuts de la métallurgie du fer au Sud-Cameroun. Il faudrait noter qu'une tentative de reprise de production du fer a été faite à Neboya (pays banen) entre 1941 et 1943. Avec les résultats des recherches archéologiques, les datations nous ont permis de parler de trois mille ans de paléométallurgie du fer au Sud-Cameroun. Voilà ainsi défini notre sujet dans le temps et dans l'espace. Il soulève un certain nombre de réflexions ou thèmes de débat qui ont déjà été largement évoqués et qui en constituent l'orientation essentielle. civilisation du fer au Sud-Cameroun. Il s'agit d'une recherche sur l'évolution de la Outre le problème de chronologie, nous nous

sommes posés des questions sur les techniques proprement dites de production du fer dans la zone concernée, notamment au cours des périodes récentes sur lesquelles les traditions orales ont pu fournir des informations appréciables.
Toutefois, jl nous a été difficile d'arriver à l'exhaustivité d'une quantification de

sites dans ce milieu forestier où l'habitat est dispersé et où la production n'était pas tournée à priori vers l'exploitation commerciale, comme ce fut le cas dans la région de Bamenda les travaux de Jean.-Pierre Warnierl.

au XIXe siècle, ainsi que le démontrent

1- WARNIER (J.-P.) : Echanges, dévélopement et hiérarchies dans le Bamenda pré-colonial, Cameroun. Stuttgard, Franz Steiner, Verlag Wiesbaden, 1985.

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La technique de production du fer a donc été traitée ici, non pas comme une technique indépendante et suffisante en elle-même, mais comme un processus permettant de comprendre les mécanismes socio-économiques et culturels du milieu dans lequel elle a été pratiquée. Ceci dit quelle a été notre méthode de travail ?

ll-

METHODOLOGIE ET QUESTION DE SOURCES.
En nous inscrivant la première fois en 1977 pour la préparation d'une thèse de

Doctorat d'Etat sous la direction du Professeur Jean Devisse et sur un vaste thème portant sur Les métaux dans les sociétés traditionnellesau Cameroun, nous savions que nous nous engagions sur un terrain rude et dans une entreprise qui allait nécessiter de notre part une méthode rigoureuse de travail, de la volonté et de l'endurance. Après deux années d'expérience sur le terrain, nous nous sommes rendu compte que nous ne pouvions guère traiter le sujet ainsi envisagé, en raison des problèmes de distances et de disponibilité des sources. Il a donc fallu cerner le sujet en lui donnant le contour actuel: Le fer dans le passé des sociétés du Sud-Cameroun. Traiter ce thème avec un regard d'Africain nécessitait l'application de la méthodologie reconnue à l'historiographie africaine actuelle pour les périodes passées. Ce faisant, nous nous sommes référés à l'Histoire Générale de l'Afrique, Tome premier: Méthodologie et Préhistoire Africainel. Nous avons fait nôtres les orientations établies à l'introduction de cet ouvrage dans le cadre de la recherche et de l'examen des sources, ainsi que les principes recommandés pour assurer la bonne qualité de la recherche historique en Afrique, à savoir: l'interdisciplinarité, une histoire intérieure, qui engage les populations de la région, enfin, une histoire des civilisations s'intéressant aux structures techniques en corrélation avec les données sociales et culturelles. Comment avons-nous conduit nos travaux sur la base de cette méthode relative à l'histoire ancienne en Afrique?
1- Histoire Générale de l'Afrique. I. Méthodologie et Préhistoire Africaine. Présence Africaine. EDICEFIUNESCO; 1986 : 22-40. Directeur: J. KI-ZERBO.

thème de recherche.

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Trois sources principales nous ont permis de mener des investigations sur notre Il s'agit des sources écrites, des sources orales et des sources archéologiques. Les sources archivistiques n'ont guère servi pour ce travail. Il ne sera donc pas étonnant de ne pas les voir mentionnées ici.

1-

LES SOURCES ECRITES.

Pour les sources écrites, il s'agit essentiellement des documents imprimés, des thèses et mémoires inédits. Nous avons examiné ces sources à deux niveaux: les sources consacrées au Cameroun, puis celles portant sur l'histoire de la métallurgie du fer en Afrique en généràl et l'Mrique Centrale en particulier. Les sources relatives au Cameroun nous ont permis d'introduire la problématique du sujet, de discuter des aspects Mais économiques, techniques et culturels de la civilisation du fer au Sud-Cameroun. portant sur la période coloniale. Nous avons constaté qu'il n'y a pas eu, à proprement parler, d'études effectuées sur la métallurgie du fer au Sud-Cameroun par les Européens pendant la période coloniale. L'histoire ancienne des peuples d'Mrique était presqu'inexistante pour les Européens débarqués sur le continent africain à l'aube de la colonisation. Il n'y avait rien a découvrir dans le passé de ces peuples dont les pratiques étaient dénuées de tout esprit scientifique et de toute valeur civilisatrice. Ainsi, pour cette étude, nous avons trouvé à peine quelques références écrites de la période allemande et quelques notes de l'époque française. Quatre auteurs de la période allemande (si nous pouvons ainsi les appeler) ont parlé du travail du fer au Sud-Cameroun et notamment chez les populations béti, bulu et fang. Il s'agit de Kund, Morgen, Zenker et Tessmann. Les informations laissées par ces derniers nous ont été accessibles grâce

celles-ci sont apparues peu nombreuses. Nous nous sommes d'abord intéressés à celles

Laburthe-Tolra.l

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aux traductions de quelques uns de leurs écrits effectuées par le Professeur Philippe Nous avons dépouillé ces textes à la bibliothèque principale de l'Université de Yaoundé, à celle de l'Institut des Sciences Humaines (ISH) et à la bibliothèque du Centre de Recherches et d'Etudes Africaines de Paris (CRA). Zenker et Tessmann nous ont fourni des renseignements intéressants sur la métallurgie du fer chez les Béti, les Bulu et les Fang. Il faut noter que pour ce qui est de l'oeuvre de Tessmann: Die PANGWE2, nous avons bénéficié du précieux concours du Dr Simo, Chargé de Cours au Département de Langue Allemande et Etudes Germaniques (Université de Yaoundé). Il nous a aidé à traduire en Français le chapitre du Die Pangwe relatif à la métallurgie du fer chez les Fang-Béti-Bulu3 Zenker a décrit l'industrie du fer des "Yaundé," en pays béti. Il a donné une description assez sommaire du fourneau et de l'utilisation des objets fabriqués à partir du fer (cf. annexe III). Le texte de Tessmann fournit des informations un peu plus substantielles sur l'aspect technique, le rôle économique et social du fer chez les Fang-Béti-Bulu, groupe dit "Pahouin". Toutefois, ces informations, comme on le verra, sont apparues très sommaires et n'ont guère apporté une lumière sur des questions aussi importantes que celle de la chronologie de rAge du fer au Sud-Cameroun. Pour la période française, les sources sont encore beaucoup plus rares, d'autant plus que la production de fer local a presque totalement disparue pendant la période allemande. Deux auteurs seulement ont fait mention du travail du fer dans leurs écrits. Il s'agit de I. Dugast, qui a parlé de la métallurgie du fer chez les Banen dans sa Monographie de la tribu des Ndild (1955). Dans cet ouvrage, Dugast apporte des

1- LABURTHE-TOLRA (PH.) : C. VON MORGEN, A travers le Cameroun, du Sud au Nord. Traduction de Ph. Laburthe-Tolra. Publications de la Sorbonne, Paris, 1982. - "Yaoundé, d'après Zenker". ln Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Yaoundé, No.2; 1970: 5-113. 2- TESSMANN (G.) : Die Pangwe, V61kerkundliche Monographie eines Westafrikanischen Negerstammes. Ergbnisse des Lubecker pangwe. 1907-1909 und früherer Forschungen 1904-1907;Ernst Wasmuth, Berlin, 1913 ; 276p. 3- ESSOMBA (J.-M.) : La Métallurgie du fer chez les Pahouin d'après Tessmann. Notes et commentaires de Joseph-Marie Essomba. Université de Yaoundé. Janvier 1983c; 89 p. ronéo.

Ndikiniméki.

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informations intéressantes sur la technique de production du fer chez les Banen de

Avant Dugast, il existe une note de l'ancien administrateur des colonies, Guillou, sur l'industrie du fer dans l'ancienne subdivision de Babimbi (aujourd'hui Arrondissement de Ndom en pays bassa). Dans sa note, Guillou ne manque pas de déplorer, et nous osons l'espérer, en toute bonne foi, la disparition de cette technique qui portait en elle les marques d'une civilisation authentique. Telles sont les sources écrites de la période coloniale que nous avons pu trouver et que nous avons consultées dans le cadre de l'élaboration de ce travail. Leur rareté, comme on peut s'en rendre compte, ne pouvait guère permettre d'aller plus loin dans la recherche sur la question du fer au Sud-Cameroun. Néanmoins, on verra que leur apport n'aura pas été négligeable. A côté de ces quelques sources écrites, des travaux récents ont été effectués sur la région et nous les avons mis à profit pour la recherche des hypothèses que nous avons pu avancer sur certaines questions posées dans la présente thèse. Nous évoquerons, en premier lieu, la thèse anthropologique de Philippe

Laburthe-Tolra, sur les Béti du Sud-Camerounl qui nous a aidé avec nos propres travaux pour une meilleure approche sur la recherche en pays béti pour ce qui est de l'origine de la civilisation du fer chez ce peuple, avec une tentative de datation basée sur les généalogies. Mais, ici, il a toujours manqué un cadre chronologique fondé sur des datations absolues. Nous avons également bénéficié des travaux d'Henri Ngoa, notamment son essai sur la reconstitution de l'histoire récente des Ewondo2. Deux autres thèses sont venues éclairer nos voies d'investigation sur cette question du fer dans le passé des sociétés du

1- LABURTIIE-TOLRA (Ph.) : Les seigneurs de la forêt: Minlaaba 1. Essai sur le passé historique, l'organisation sociale et les nonnes elhiques des anciens Béti du Cameroun. Publication de la Sorbonne, Paris 1981. 2- NGOA (H.) : "Tentative de reconstitution de l'histoire récente des Ewondo". Communication au co11aque du C.N.R.S. à Paris, 24-28 sept 1973. ln Contribution de la recherche ethnologique à l'Histoire des civilisations du Cameroun. Ed. C.N.R.S. Vol. 2, Paris, 1981 : 547-561.

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Sud-Cameroun. Il s'agit de la thèse de Thierno Mouctar Bah: Guerre, pouvoir et société dans l'Afriquepré-coloniale (Entre le Lac Tchad et la Côte du Cameroun), et celle de Maurice Mveng Ayi: Colonial rebellion in South-Central Cameroon under GemlOn rule, 1887-1907. Ces deux thèses nous ont permis de nous faire une idée de l'utilisation du fer dans les conflits qui ont souvent opposé les diverses populations de la région du Sud-Cameroun. Nous avons fait aussi oeuvre utile du mémoire de Maltrise de Paul Emog : Guerre et société dans l'Afrique pré-coloniale: le cas des Banèn et Bafia au Cameroun l, dans lequel nous avons tiré d'appréciables informations sur le phénomène du fer en pays banen. Enfin, nous avons bénéficié de l'apport considérable des travaux de Samuel Martin Eno Belinga, tant sur le plan de l'étude écologique dont nous avons déjà parlée que sur la civilisation du fer chez les Fang-Beti-Bulu2. Ses écrits sur la civilisation du fer chez les Bulu ont, sur plus d'un point, donné un éclairage nouveau à nos recherches. Nous ne saurons guère terminer l'évocation des récents travaux dans lesquels nous avons puisé sans mentionner, une fois de plus les recherches de Jean.-Pierre Warnier dans le Nord-Ouest qui ont valu l'intéressante thèse mentionnée plus haut: Sociologie du Bamenda précolonial (1983). Ce travail, dans lequel l'auteur s'est préoccupé de l'histoire de la métallurgie dans la plaine du Ndop, nous a permis de raffermir notre méthodologie de recherche sur le fer et nous a offert d'intéressants éléments de comparaison dans le champ des problèmes soulevés par la recherche historique sur le fer et sa civilisation. Nous nous sommes beaucoup inspirés, sur un plan général, des travaux consacrés à l'étude des civilisations africaines et d'une manière particulière, sur la question du fer.

1- EMOG (P.) : Guem et société dans l'AfrUjueprécoloniale. Le cas des Banèn et Bafia au Cameroun. Mémoire présenté en vue de l'obtention de la Maîtrise d'Histoire. Université de Yaoundé. Faculté des Lettres et Sciences Humaines, 1983. 2- ENO BELINGA (S.M.) et WATANABE-KOZO : "La civilisation du fer et l'épopée orale du Mvet des Bulu du Cameroun (Afrique Centrale). Folklore en AfrUjue aujourd'hui: Actes du colloque de Budapest, African Research Project; 1984 : 445-487. ENO BELINGA (S.M.) : "Civilisation du fer et tradition orale bantu" ln Muntu. Revue Scientifique et Culturelle du CICIBA. No. 4-5, 1986 : 11-46

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Sur ce domaine, nous avons beaucoup puisé aux travaux de Chei\Q1Anta Diopl en ce qui concerne les discussions relatives à l'origine du fer en Afrique et dans la région qui nous intéresse. Nous avons mis également à profit la plupart des récentes publications relatives à la question de métallurgie du fer et Age du fer en Afrique au Sud du Sahara. C'est ainsi que nous avons lu avec intérêt les publications de D.W. Phillipson2, de Tylecote3, de P.L Shinnie4 relatives à la question du fer. Enfin, nous avons tiré de la publication de Nicole Echard: Métallurgies Africaines, Nouvelles Contributions5, des informations utiles sur le vocabulaire, sur les techniques de production du fer et son importance dans l'Afrique traditionnelle. Nous avons bénéficié, d'une manière très large, des travaux de Pierre de Maret6 et de Van Noten sur le fer et l'Age du fer dans le monde ban tu.
Il serait très long d'énumérer lu sur le sujet. On se référera ici tous les travaux consultés, tout ce que nous avons présentée à la fin de ce travail. Avant

à la bibliographie

de parler des sources orales, nous devons souligner l'apport que les travaux des colloques ont eu à l'édification de notre thèse.

1- DIOP (CA.) : "L'usage du fer en Afrique" Notes Africaines. No. 152, oct. 1976. Université de Dakar: 93-95. 2- PHILLIPSON (D.W.) : African archaeology. London/New York, Cambridge University Press, 1985 ; 234 p. 3- TYLECOTE (R.F.) : "The origin of iron smelting in Africa" WestAfrican Journal of Archaeology, 1975; 5 : 1-9. 4- SHINNIE (P.L.) : The African iron age. Oxford University Press, London, 1971 ; 182 p. - RANDI (H.) and SHINNIE (P.L.) : African Iron working (ancient and tradi1Wnal.)Norvegian University Press, 1985 ; 290 p. 5- ECHARD. (N.) éd. : Métallurgies africaines. Nouvelles Contributions. Mémoires de la Société des Africaini';tes. Textes réunis par Nicole ECHARD. Paris, 1983 ; 339 p. 6- MARET (P. de) : "Ceux qui jouent avec le feu: la place du forgeron en Afrique Centrale", in Africa 50 (3) 1980 : 263-279. - "Bribes, débris et bricolage". in Bouquiaux. L. (éd). L'expansion bantu. Actes du colloque international du C.N.R.S. Viviers. Vol. 3, SELAF, Paris, 1980: 715-730.

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Nous pensons plus spécialement au colloque sur l'Histoire de la métallurgie du fer organisé en 1983 par le Centre de Recherches Africaines de l'Université de Paris l et l'Equipe de Recherches sur l'Histoire des mines, des carrières et de la métallurgie dans la France médiévale. Ce colloque nous a donné l'occasion de présenter une communication sur les sources orales, écrites et iconographiques relatives à la métallurgie du fer chez les Fang-Beti-Bulu du Sud-Cameroun. (Essomba, 1983). Il a été pour nous une occasion de mieux maîtriser les données sur. d'intéressantes la culture du fer. Nous avons également trouvé informations dans les Actes du colloque organisé à Bujumbura en

septembre 1979 par le Centre des Civilisations Burundaises où il a été question, entre autres sujets débattus, de l'Age du fer dans la région des Grands LaCS.1 On peut donc voir, avec tout ce qui précède, que nous avons traité une quantité appréciable de travaux et documents récents. Mais, cette catégorie de sources ne pouvait guère suffire pour nous permettre d'apporter des données nouvelles à toutes les questions posées par notre thème de recherche. Nous nous sommes, par conséquent, tournés du côté des sources orales et archéologiques.

2-

LES SOURCES ORALES.

Nous venons de le dire, nous ne pouvions guère réaliser ce travail sur la base uniquement des sources écrites qui se sont avérées insuffisantes. Nous avons donc eu recours à la tradition orale dont la validité pour l'historiographie africaine est devenue incontestable depuis quelques dizaines d'années. Son rôle dans ce domaine a été mis fort heureusement en évidence par Jan Vansina au premier chapitre de son ouvrage intitulé: De la traditon orale, devenu presqu'un cIassique.2 On peut dire avec cet auteur que la tradition orale reste la principale source historique à utiliser pour la reconstitution du passé dans les régions du monde habitées par des peuples sans écriture.

1- LEONIDAS (N.) : La civilisation ancienne des peuples des Grands Lacs. Colloque de Bujumbura (4-10 septembre 1979). Préface de Léonidas Ndoricimpa. Editions Karthala ; Paris, 1981 ; 497 p. 2- VANSINA

Centrale, Tervuren, Annales

(J.) : De la tradition orale - Essai de méthode historique. Musée Royal de l'Afrique Série 8e Sciences Humaines. No. 36 ; 1961 : S.

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Les sources orales ont été un instrument privilégié pour le dévéloppement de notre thème de recherche. A partir des informations orales, nous avons pu identifier d'anciens ateliers de production de fer, parfois à partir de l'étude des toponymes. L'examen des sources orales nous a permis d'avoir une approche interne sur le problème de l'origine du fer chez les anciens Beti, Bulu, Bassa et Banen et d'étudier chez ces peuples, les techniques de production, les anciennes structures de réduction, l'organisation du travail du fer. Dans l'ensemble, c'est avec les traditions orales que nous avons pu restituer au mieux le rôle économique et social du fer. Les diverses traditions recueillies nous ont permis de faire des comparaisons sur le vocabulaire utilisé par les différentes populations sur la civilisation du fer. Nous avons cherché dans les contes et fables, tout ce qui pouvait attester cette civilisation du fer, à l'instar du travail effectué par Samuel Eno Belinga (1984, 1986) sur la littérature orale et l'épopée du Mvet chez les Bulu. Ceci dit, la recherche des informations à partir des sources orales n'a pas souvent été chose facile. Un sérieux problème subsiste aujourd'hui, celui de trouver de véritables informateurs. Bien plus, la portée des informations qui sont livrées reste également à étudier et difficilement revérifiable. Nous partageons ainsi le point de vue de Jean.-Pierre Warnier lorsqu'il écrit ce qui suit: "Le sociologue et l'historien qui travaillent sur la tradition orale se trouvent en porte à faux par rapport à l'historien travaillant sur les documents écrits. Ce dernier peut faire référence à des sources durables que chacun peut aller consulter et réinterpréter à sa guise en fonction des techniques modernes de critique de sources. En revanche, même si le sociologue ou l'historien travaillant sur les sources orales cite les noms de ses informateurs, il est quasi impossible pour le lecteur, même spécialiste, de les interroger à nouveau, d'autant plus, hélas, que la plupart d'entre eux sont des vieillards et que chaque année apporte son contingent de deuils." (Warnier J.-P, 1983 : 614) Cette citation illustre bien l'un des problèmes auxquels nous avons eu à faire face dans la recherche des informations orales.

- 44 Nous avons constaté sur le terrain qu'il était aujourd'hui difficile de trouver des personnes âgées ayant vécu la période au cours de laquelle la production du fer local était encore en vigueur au Sud-Cameroun. Très souvent, les personnes qui peuvent encore en avoir quelques souvenirs n'étaient à l'époque que de jeunes adolescents. Dans la plupart des cas, on ne peut pas dire qu'il y a eu des familles privilégiées détentrices de traditions sur la métallurgie du fer comme ceci a été le cas en Afrique de l'Ouest ou en Afrique
saharienne.

Entre 1978, année où nous avons commencé les enquêtes, et 1988, nous avons eu des entretiens avec près d'une cinquantaine de personnes sur la question. Parfois, la démarche a été longue pour arriver à découvrir telle ou telle personne qui pouvait servir d'informateur. Dans beaucoup de villages, les gens vous répondent qu'ils n'en savent rien. Le handicap ici, c'est que les personnes âgées qui disparaissent ne trouvent plus de remplaçants. Et là, on se trouve en face de la célèbre assertion de l'érudit Amadou Hampaté Bâ. : "En Afrique, quand l'un des ces vieillards meurt, c'est une bibliothèque qui flambe", ainsi que le souligne J.-P. Warnier (1983 : 614). C'est ainsi qu'alors que nous devions aller nous entretenir avec un vieillard Mvog Ekani, dans le secteur de Nkometou, très grand connaisseur en matière de traditions anciennes, ce dernier était mort deux jours avant notre visite. De telles situations, nous les avons vécues plusieurs fois. La plupart des personnes qui nous ont servi d'informateurs sont nées entre 1896 et 1936. Leur moyenne d'age varie entre cinquante et cent ans. Pour le sérieux des informations, nous avons pris avec plus de considération les témoignages de ceux qui ont vécu la période de production du fer local. C'est pour cette raison que nous avons fait une large place à l'utilisation des témoignages des vieux Som Salomon, Elouga Jacob, Manga Martin, Tsala Onana, qui ont travaillé aux ateliers de production du fer lorsqu'ils étaient enfants. L'autre groupe d'informateurs est constitué par ceux qui n'ont pas travaillé directement le fer, mais qui ont vécu la période, bien qu'étant encore enfants. La troisième catégorie comprend des personnes qui ont reçu des informations sur cette activité à partir de leurs parents, parfois longtemps après que la production du fer local ait cessé. Elles

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sont nombreuses, les personnes de cette catégorie qui nous ont donné des témoignages que nous qualifions de "secondaires", souvent brefs et parfois évasifs. Ce travail de collecte d'informations orales, commencé en 1978, s'est poursuivi jusqu'en 1988. Il a été interrompu entre 1979 et 1981, à cause des responsabilités administratives que nous avons eu à assumer au sein du Ministère de l'Information et de la Culture en qualité de Directeur des Affaires Culturelles. Nous avons mené les enquêtes au sein des groupes beti, bulu, bassa et banen comme indiqué plus haut. La méthode consistait à laisser d'abord librement parler l'informateur et à lui poser des questions par la suite. Pour cela, nous avons établi un questionnaire type que nous suivions au cours des enquêtes (cf. Annexe 1-1). Nous procédions habituellement par des entretiens en tête à tête avec les informateurs identifiés, pour une plus grande efficacité de l'enquête. A certains moments, il y avait des séances d'interview collective où l'on se retrouvait avec plusieurs personnes rassemblées autour d'un "ancien" dans un village comme chez Ekani Ngah (cf. Annexe 1-4). Chacun, à cette occasion, donnait son point de vue sur le sujet traité. Cette méthode avait comme avantage la confrontation immédiate des informations avant que nous ne procédions nous-même à leur critique. Les interviews ont souvent fait l'objet d'enregistrement sur bandes magnétiques dont nous possédons près d'une dizaine sur le thème de notre recherche et sur des informateurs du pays beti, bulu, bassa, banen. Nous avons sélectionné les interviews les plus importantes que nous avons fait transcrire en langue nationale et dont nous avons donné la traduction en français (cf. Annexe I). Ceci a été pour nous la manière la plus concrète de procéder à la sauvegarde des traditions sur la civilisation du fer au Sud-Cameroun. Pour chaque informateur, nous avons pris le soin d'indiquer son nom et prénom lorsqu'il en avait un, son âge, son groupe ethnique, son statut social, la chaîne de transmission, le lieu et la date de l'interview (cf. Sources, nos informateurs).

- 46 Les informations orales que nous avons pu ainsi collecter sur la question ont été utilisées avec beaucoup de circonspection. Nous avons établi notre conviction là où celles-ci pouvaient se recouper, notamment à l'endroit des témoignages "secondaires". Nous avons constaté que les informations orales restaient évasives quant à l'origine de la métallurgie du fer chez les populations concernées. Elles ont été par contre riches sur l'aspect technique et le rôle du fer dans la vie sociale et économique. Malgré le fait que les informateurs aient été difficiles à trouver, les témoignages oraux sont toutefois demeurés la source fondamentale sur cette question pour la période récente. Ainsi donc, au cours des multiples et parfois pénibles déplacements qui nous ont amené à la recherche des témoignages oraux à travers la région, nous avons, non seulement pris contact avec le terrain, mais aussi, nous avons eu à chercher d'autres témoins, à savoir des documents matériels. Dans certains villages, nous avons pu collecter d'anciens objets en fer: des coupes-coupes, des grelots, des lances, des barrettes de fer qui servaient de monnaie locale. Ces objets ont été aussi trouvés dans les Musées, notamment au Mussé Alioune Diop du Révérend Père Mveng (cf. Fg. 55, 57, 58, 59). La recherche des documents matériels devait nous conduire incontestablement à celle des anciens sites de réduction du fer. Ceci nous a amené à la pratique de l'archéologie dans le cadre de ce travail. L'étude des structures archéologiques et les fouilles menées dans certains sites nous ont fourni des renseignements que seuls les témoignages oraux et les documents écrits n'auraient pu nous livrer.

3-

L'ARCHEOLOGIE.
Celle-ci a visé

Aucune étude sérieuse sur la métallurgie traditionnelle du fer en Afrique comme ailleurs ne peut se faire aujourd'hui sans la pratique de l'archéologie. certains points de la problématique de notre étude: la recherche des sites, la question de chronologie, (recherche des dates), l'étude des structures techniques. En même temps que nous procédions à la recherche des témoignages oraux, nous avions engagé la recherche des anciens sites de réduction du fer et les sites d'exploitation de minerai.

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Il a été difficile de procéder dans cette zone forestière à une prospection pouvant permettre d'aboutir à une quantification exhaustive des sites, vu l'importance de la couverture végétale et le caractère dispersé de l'habitat. La solution finale a été de procéder à l'identification et à la localisation des sites à partir des renseignements oraux qui nous étaient donnés dans les villages. Cette démarche n'a pas toujours été très efficace pour trouver les sites. Dans certaines localités, les gens ne voulaient pas livrer à notre connaissance les noms des lieux qu'ils tenaient pour sacrés. Nous étions, aux yeux de certains, des profanateurs. En même temps que des renseignements oraux, nous nous sommes également servi des cartes topographiques de l'I.G.N., à l'échelle 1/200 000. sur lesquelles nous avons exploité des toponymes pour l'identification de certains sites. Aussi, la cartographie des sites présentée dans ce travail, une fois de plus, ne se veut point exhaustive. Elle témoigne cependant de l'effort que nous avons réalisé en matière de recherche archéologique sur le sujet. Nous sommes conscients de l'existence de bien d'autres sites dans la région et que beaucoup reste encore à faire. On nous excusera pour le silence apparu au niveau des sites inconnus de nous. La méthode de prospection engagée sur la base des renseignements oraux pour l'identification des sites et l'immensité de la région sur laquelle portait cette étude ne nous ont pas permis d'identifier et de localiser un nombre plus important de sites. Des travaux futurs complèteront sans aucun doute la présente étude. Tout en essayant de résoudre les problèmes de cartographie, nous avons fouillé les sites en raison de l'importance que leur conféraient les traditions orales ou ceux qui étaient identifiés grâce aux grands travaux. Nous avons ainsi fouillé le site de Nkometou, près d'Obala, dans le département de la Lékié, les sites de Pan-Pan à Matomb, dans le département du Nyong et Kéllé, où d'anciennes structures de fours à réduction ont été trouvées, le site d'Oliga, en contrebas du Mont Febe, dans Yaoundé, qui a apporté des informations jusque là insoupçonnées sur l'Age du fer au Sud-Cameroun (cf. carte III).
C'est dans la recherche archéologique que nous avons rencontré le plus d'obstacles

et principalement pour l'exploitation des données des fouilles, à cause du manque de

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laboratoires spécialisés sur place. Pour les datations des sites fouillés, nous avons fait appel au Laboratoire Beta Analytic de Floride (USA) et au Laboratoire Radiocarbone de l'Université de Lyon. Des échantillons de minerai, de briques de fours, de scories, de morceaux de tuyères, ont fait l'objet d'importantes analyses effectuées par le Centre de Recherches Pétrographiques et Géochimiques de Nancy (analyses diffractométriques aux rayons X et analyses quantométriques~Dës écnanfillons de ch~ubonont été analysés à . Hanovre, en Allemagne. Toutes ces 'iInalyses, bien que très coûteuses, nous ont fourni
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des informations inédites et fort intéressantes sur le plan chronologique et des données scientifiques sur certains aspects techniques de la métallurgie ancienne du fer dans la région. Dans l'ensemble, nous avons fouillé en détail deux sites avec anciens fourneaux à Matomb (Pan Nsas et Pan Manguenda, en pays bassa), et deux sites sans fourneau apparemment en pays éton (Nkometou et Pongsolo). La fouille de l'ancien fourneau d'Oliga a apporté des informations inattendues sur la question du fer au Sud-Cameroun. Nous avons fait des prélèvements sur plusieurs autres sites. Nous avons constaté que sur le plan technique, les fours à réduction étaient construits différemment en pays bassa et en pays beti. S'agissant de la recherche archéologique, il est important de noter que les résultats des fouilles effectuées par Pierre de Maret au site d'Obobogo à Yaoundé, par Christophe Mbida à Ndindan (Yaoundé) et par Christiane Atangana à Okolo, près de Nkometou ont été d'un grand apport pour une bonne partie des conclusions de ce travail. Enfin, dans une perspective plus large en Afrique Centrale, les travaux de Pierre de Maret et Bernard Clist et Emmanuel Nzikobanyanka sur la métallurgie traditionnelle au Burundi!, les recherches effectuées par Bernard Clist, Richard Oslisly et Bernard Peyrot au Gabon2,
1- CELIS (G.) et NZIKOBANYANKA (E.) : La métallurgie traditionnelle au BUlundi. Techniques et croyances. Musée Royal d'Afrique Centrale. Archives d'Anthropologie, no. 25, 1976 ; 214 p. 2- CLlST (B.) ; OSLlSL y (R.) et PEYROT (B.) : "Métallurgie traditionnelle au Gabon. Premiers éléments de synthèse" Muntu. Revue scientifique et culturelle du CICIBA ; no. 4-5 : 47-56.

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celles de Lazare Digombe et Michel Lacko!, également au Gabon, nous ont apporté des informations qui ont permis la formulation de certaines hypothèses émises dans ce travail sur le fer dans l'histoire ancienne des populations du Sud-Cameroun. La synthèse à laquelle nous sommes parvenus après tant de recherches a donc été essentiellement fondée sur les données des traditions orales et de l'archéologie. Au cours de ces dernières années, des communications à travers des revues et rencontres internationales ont marqué ces travaux. Nous avons ainsi parlé, à titre d'exemple, de la découverte des fours à réduction en pays bassa, dans Nyame Akuma2, de la métallurgie du fer au Sud-Cameroun dans les Annales de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l'Université de Yaoundé (Essomba J.-M. 1986: 3-28) ; une synthèse a été proposée sur
dix ans de recherches archéologiques au Sud-Cameroun au premier séminaire international des achéologues du monde bantu à Libreville en 19893.

Il serait fastidieux d'évoquer ici tous les problèmes que nous avons rencontrés au cours de ce travail pendant ces dix dernières années. Nous avons déjà évoqué le premier problème qui a été celui de la définition même du thème de recherche. Outre ce problème d'aspect intellectuel, nous avons eu à faire face au problème d'ordre professionnel. Il ne nous a pas été très facile de concilier nos obligations professionnelles avec la recherche. Nous avons dit plus haut que nous avons été responsable au Ministère de l'Information et de la Culture pendant plus de six ans. Durant toute cette période, nous n'avons pas eu la possibilité de faire la recherche notamment en archéologie. La deuxième difficulté d'ordre professionnel a été due à notre emploi de temps très chargé
1- DIGOMBE (L.) ; LOCKO (M.) : Métallurgie ancienne du fer au Gabon, Communication scientifique au colloque de rACer, Yaoundé 15-22juillet 1987. "The Earliest Iron Age of West Central Africa" in Nyame Aruma, no. 28, 1987 : 9-11. SCHMIDT (P.) ; DIGOMBE (L.) ; LOCKO (M.) ; MOULEINGUI (V.) : "Newly dated iron sites in Gabon" in Nymne Aruma, no. 26, 1985: 16-18.' 2- ESSOMBA (J.-M.) : "Archéologie et Histoire au Sud-Cameroun. Découverte des hauts-fourneaux en pays bassa". Nyame Alaima. A Newsletter of African Archaeology, no. 26 ; juin 1985: 2-4. 3- ESSOMBA (J.-M.) : "Dix ans de recherches archéologiques au Cameroun méridional (1979-1989)" in Nsi, no. 6 ; 1989 : 33-57.

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comme seul enseignant d'archéologie à l'Université de Yaoundé où nous nous sommes parfois retrouvés avec une quinzaine d'heures de cours par semaine, au département d'histoire de la Faculté des Lettres ainsi qu'à celui de l'Ecole Normale Supérieure. Une autre difficulté, celle apportée par les distances à parcourir et les conditions climatiques de la région bien contraignantes. En effet, la région sur laquelle ont porté nos recherches est très vaste; près de 125 442 km2 pour l'ensemble. Il ne nous a pas été possible de parcourir toute cette vaste zone. Pour les recherches sur le terrain, c'est seulement pendant les grandes vacances de juillet que nous pouvions réellement les effectuer. Malheureusement, c'est une période pluvieuse dans la région et pour celà, mal indiquée pour la recherche archéologique. Il a fallu parcourir des distances à pieds, dans la forêt, escalader des montagnes, à la recherche ou pour l'exploitation d'un site. Enfin, malgré le soutien apporté à nos recherches par l'Institut des Sciences Humaines au Centre de Recherches et d'Etudes Anthropologiques (CREA) et l'Université, à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, nos moyens financiers et matériels sont souvent restés très limités par rapport aux nécessités imposées par la recherche archéologique. Nous !4ur:.ionspu procéder à l'analyse de plus d'échantillons par rapport à ce que nous avons fait. Mais, nous-avons été limités par les moyens et avons compris qu'à l'impossible nul n'est tenu. Telles sont les différentes épisodes de cette longue recherche qui aura nécessité de notre part beaucoup de volonté, de courage, et parfois d'abnégation. La tâche n'a pas été aisée et bien des fois, nous avons failli être tenté par le découragement. Mais souvent, nous avons été nourri par l'ambition de donner notre contribution à la rédaction d'une histoire des peuples et civilisations du Cameroun et de l'Afrique Centrale. Les travaux archéologiques et les datations fournies ici ont été le meilleur apport dans cette thèse qui a ainsi répondu à la problématique posée en matière de recherche de repères chronologiques, d'étude des techniques en paléométaIlurgie du fer dans la région et de son rôle économique et socia-culture!. Nous sommes convaincus que ce travail comporte des lacunes. On voudra bien

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nous les excuser. Beaucoup reste encore à faire sur ce thème. Nous pensons toutefois avoir ouvert une voie pour la connaissance de l'histoire ancienne du Sud-Cameroun par cette introduction à l'étude du fer qui doit engager d'autres recherches sur les cultures matérielles. Nous sommes persuadés que cette voie sera poursuivie par d'autres compatriotes qui pourront complêter ce travail par des orientations diverses pour une meilleure historiographie ancienne de la région et de celle du Cameroun tout entier. Comment s'articule le travail ? Dans trois grandes parties, nous avons tenté de répondre aux divers aspects des questions soulevées par la problématique du thème. Dans la première partie, divisée en deux chapitres, nous nous sommes intéressés à l'écologie de la région et aux possibilités naturelles qu'elle offre pour un développement d'une technologie du fer et à la présentation de la question à travers les sources écrites et orales de quelques unes des populations récentes qui ont produit le fer dans la région. Sur la question de chronologie et étude des structures, la deuxième partie, comprenant trois chapitres et consacrée à l'archéologie, apporte des informations inédites sur rAge du fer ancien et récent au Sud-Cameroun qui s'étalerait entre le premier millénaire avant notre ère et le début du XXe siècle de notre ère. Dans la troisième partie, qui comprend aussi trois chapitres le fer apparait comme un fait de civilisation, avec toute la problématique de ses origines, en rapport avec la question des migrations bantu, l'étude des procédés de production et son rôle économique et socio-culturel, dans la perspective d'une historiographie ancienne de la région: une histoire des peuples avec toute la complexité des rapports sociaux possibles tissés autour de cet élément qu'est le fer. Les recherches effectuées nous ont ainsi amené à une constatation, à savoir qu'il y a près de 3000 ans que le fer est connu au Sud-Cameroun. Sa production a été possible grâce à un milieu naturel qui a offert toutes les conditions nécessaires requises en matières premières: minerais, bois pour le combusuole, comburant, sans oublier les conditions

humaines:

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groupes sociaux à la recherche d'une meilleure adaptation et créateurs de

civilisations dont le fer apparait être un fait évident. Telle est la substance de ce travail dont les différentes parties vont suivre.

Première

Partie

METALLURGIE ANCIENNE DU FER AU SUD-CAMEROUN: DONNEES NATURELLES ET QUESTIONS DE SOURCES.

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Le fer est produit à partir du minerai et la métallurgie, comme nous le verrons plus loin, est l'art d'extraire les métaux de leurs minerais, de les transformer en produits demi-finis et de les mettre en forme pour leur utilisation. L'une des premières questions traitées ici a été l'examen des potentialités du Sud Cameroun en matières premières pour la production du fer. Lorsqu'on examine les données sur les richesses minières du Cameroun, il peut paraître étonnant comme nous l'avons déjà souligné, qu'une étude soit cons!1crée à la question du fer, notamment dans une approche historique et dans la partie sud du pays. En 1961, Raymond Furon parle de la découverte par des géologues français, dans les environs de Kribi, vers la frontière avec la Guinée Equatoriale, des quartzites ferrugineux comportant des minerais de 50 à 55 % de fer métal et parfois 70 %1. Pour Pierre Billard (1968 : 27) les études ont montré que le fer de Kribi était d'un minerai peu riche: essentiellement des quartzites ferrugineux. Ceci n'a pas permis pendant longtemps que Kribi soit classé comme gisementinté'ressant. On peut donc voir que dans le contexte actuel de l'exploitation des ressources du sous-sol, le fer n'occupe pas une place importante dans l'activité économique du Cameroun, malgré les recherches qui se poursuivent sur le gisement de Kribi. Pourtant à l'introduction de son ouvrage: Géologie du Cameroun, Samuel Martin Eno-Belinga écrit: "L'histoire et la préhistoire africaine montrent clairement aujourd'hui que bien longtemps avant l'arrivée des Européens en Afrique, les Africains avaient édifié fux-mêmes de hautes civilisations minières, par l'exploitation et la transformation d'immenses

1- FURON (R.) : Les sources minérales de l'Afrique. le monde. ; Payot, Paris, 1961 : 127-128.

Géologie et mines. La production africaine dans

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ressources de leur sous-sol et particulièremenr l'or, le fer, le cuivre, l'étain, le bronze (alliage du cuivre avec l'étain), les argiles plastiques, les pierres les plus variées,,1. Ce passage montre clairement, et nous le verrons tout au long de ce travail, que les Africains ont exploité à leur manière les richesses minières du continent parmi lesquelles lefer s'est trouvé placé en bonne place, ainsi que le témoignent les données du site d'Oliga2. Il faut évidemment faire, comme le souligne Elikia Mbokolo,3 une distinction entre l'Afrique actuelle où l'exploitation du fer répond aux préoccupations de rentabilité des économies modernes et l'Afrique des temps passés, ou pré-coloniale, où l'exploitation du fer correspondait aux besoins immédiats et directs des sociétés. Aujourd'hui, l'exploitation du minerai est limitée aux gisements qui sont "rentables". Cette exploitation se restreint à un certain nombre de régions d'Afrique, notamment en Afrique Occidentale (Mauritanie, Guinée), en Afrique du Nord (Algérie, Egypte), en Afrique Centrale et Australe (Angola, Afrique du Sud). Toutefois, cette géographie actuelle de l'extraction du minerai de fer ne correspond pas aux gisements traditionnellement exploités. Car, pour l'Afrique traditionnelle, le minerai de fer se trouvait presque un peu partout et souvent en surface, dans la latérite. Cela étant, comment se présentent les potentialités naturelles pour une métallurgie ancienne du fer au Sud-Cameroun et comment se pose la question à travers les sources écrites et orales? Voilà la double question qui a été analysée dans la première partie de ce travail.

1- ENO-BELINGA (S.M.) : Géologiedu Cameroun. Librairie Universitaire, Université de Yaoundé, 1984 : 7. 2- Voir plus loin les dates du site d'Oliga : tableaux 16 et 17. 3- ELIKIA MBOKOLO : "Le fer et la métallurgie du fer en Afrique". Mémoire d'un Continent. Les Cahkrs de l'auditeur, n01, Paris, 1978: 13.

CHAPITRE

1

DONNEES NATURELLES POUR LA PRODUCTION DU FER DANS LA REGION.
Il ne s'agit pas ici d'une simple présentation des conditions écologiques de la région. Abandonnant le schéma habituel de l'étude du cadre géographique dans un travail comme celui-ci, nous avons choisi mieux: procéder à une évaluation des données naturelles qui ont permis dans le passé la production du fer au Sud-Cameroun. Comme le souligne Philippe Fluzinl, dans la métallurgie du fer, quelle que soit l'époque et le procédé considérés, trois éléments indissociables entrent en jeu comme matières premières: le minerai, le combustible et le comburant. Ces éléments constituent les données naturelles dont il a fallu examiner les potentialités au Sud-Camroun, en commençant par le minerai.

1- DU MINERAI DE FER DANS L'ENVIRONNEMENT
NATUREL DU SUD-CAMEROUN.
Dans le souci de mieux sérier l'interaction des données naturelles dans la métallurgie du fer au Sud-Cameroun,il nous a paru nécessaire de présenter quelques notions élémentaires de sidérurgie extractive.

1- FLUZIN (Ph.) : "Notions élémentaires de sidérurgie" Jn N. Echard (ed.) MétallurgiesAfricaines. Nouvelles Contributions. Mémoires de la Société des Africanistes; n.9. Paris, 1983 : 15.

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1- LA SIDERURGIE EXTRACTWE PRINCIPES ELEMENTAIRES.

Le fer, soulignons le, est produit à partir du minerai. Toute activité de production comporte une démarche qui peut être soit empirique, soit fondée sur des principes scientifiquement établis. La métallurgie, pour reprendre une fois de plus Fluzin (1983 : 15), se définit comme l'art d'extraire les métaux de leurs minerais, de les transformer en produits demi-finis et de les mettre en forme pour utilisation en produits finis. La sidérurgie, qui est la métallurgie du fer, n'est qu'un des aspects de la métallurgie. Pour comprendre le procédé de métallurgie, il est important de noter que le minerai, l'une des matières premières qui conditionnent l'activité métallurgique, se présente le plus souvent sous une forme oxydée. Dans cette première phase, l'opération consiste en une réduction, étant donné que, selon Crussard\ la phase initiale de cet art des métaux est la métallurgie extractive et la production de métal brut. Toute méthode de métallurgie extractive est basée sur un processus de réduction assez complexe tel que nous le verrons plus loin. Les procédés d'élaboration du métal présentent, comme le souligne Fluzin (1983 : 22), de nombreuses variantes essentiellement dues à la qualité du minerai. Une classification a cependant été établie en utilisant comme critère premier la température atteinte dans le four. Celle-ci conditionne, en effet, l'état physique du métal obtenu tout en déterminant également sa nature. On est ainsi arrivé aux paramètres essentiels qui sont: TR, la température de réduction de l'oxyde permise par le procédé utilisé et TF, la température de fusion du métal, soit 1 536°c pour le fer. Lorsque la température de

réduction est inférieure à celle de fusion (Tr ( TF), le procédé est dit direct. Par contre, si la température de réduction est supérieure à la Wmpératurede fusion (Tr ) TF), le
procédé est dit indirect (Fluzin Ph., 1983: 22).

1- CRUSSARD (C.)"La thermodynamique en métallurgie. Aspects historiques et perspectivees nouvelles". ln Mémoires et études scientifzques.Revue de métallurgie. Paris, 1982: 57-66.

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La sidérurgie ancienne reposait ainsi sur la technique dite de réduction ..;directe,. faisant entrer en jeu des phénomènes d'oxydo-réduction. Une fois de plus, le principe de celle-ci consiste à obtenir le fer, à partir du minerai, à une température inférieure à la température de fusion du métal qui est de 1 536.c dans les fours pour le cas du fer. En général, les températures atteintes dans les fourneaux anciens ne permettaient que la fusion de la gangue (impuretés associées au métal), entre 1100.c et 1 300.c, sous forme de scories. Le minerai, dans ces conditions, est tout simplement ramolli. Cet état est néanmoins .suffisant pour permettre la réduction de l'oxyde ferreux, Wustite (FeO) par le carbone issu de la combustion du charbon de bois suivant la réaction FeO + C -) CO + Fe (Fluzin Ph., 1983 : 22). Nous reviendrons plus loin de façon détaillée sur ces notions. Ainsi, aux sites d'Oliga et de Pan-Nsas, les analyses diffractométriques et chimiques des échantillons de parois de four ont permis d'évaluer la température de réduction entre 1 200.c et 1 300.c. Nous reviendrons plus loin sur ces données qui nous ont permis d'apprécier dans le contexte général de la sidérurgie extractive, la situation au Cameroun méridional.

2-

GENERALITES

SUR LE MINERAI DE FER.

Le minerai, une fois de plus, constitue le premier élément qui conditionne toute sidérurgie extractive. Et, si le fer a pris une grande importance dans les sidérurgies traditionnelles, ce n'est pas uniquement, comme le souligne Fluzin (1983 : 18), à ses qualités propres qu'il le doit, mais surtout au fait de son abondance sur le globe. En effet, parmi les sept principaux éléments qui constituent. 99 % des roches de la terrel le fer occupe la quatrième place et on estime qu'il représente 5 % du poids de l'écorce terrestre. Ces données montrent l'importance du fer dans la nature. Au Sud-Cameroun, le minerai de fer se trouve bien dans l'environnement. Grâce
1- Rappelons que ces sept éléments sont les suivants :0 (oxygène), Al (alumine) Fe (fer), Na (soude), Mn (manganèse), K (potasse), SI (silice).

- 60 aux travaux des géologues, nous avons constaté que la région fait partie de ces paysages de fer qui occupent, comme l'indique Samuel Martin Eno-Belinga, de vastes étendues dans les régions intertropicales actuelles de l'Afrique, d'Australie et d'Asiel. Chez le même auteur, on note que les traits majeurs des paysages du fer sont dus à leur climat chaud et humide, ainsi qu'à la lithologie et à la structure géologique des régions concernées (Eno-Belinga, S.M., 1983 : 2). Ces analyses de Samuel Martin Eno-Belinga montrent bien l'importance des conditions naturelles (climat, géologie, pédologie) dans le processus de formation du minerai de fer. Il a fallu tenir compte de ces dernières pour la mise en évidence des potentialités en minerai de fer au Sud-Cameroun. Par ailleurs, des études ont montré que le fer existe en fait sous plusieurs combinaisons chimiques (Fluzin, Ph., 1983 : 18) et que l'ancienneté de l'industrie sidérurgique et la variété des combinaisons possibles impliquent une terminologie de substances ferreuses naturelles tout à la fois riche et généralement peu précise. Il existe ainsi des minerais de type oxyde, carbonate, silicate et sulfure (cf. tableau 1). De tous ces minerais c'est le type oxyde qui se retrouve essentieIlement dans la zone de notre étude. On verra que, selon les identifications effectuées par les géologues et les analyses minéralogiques réalisées sur des échantillons des sites de pan-pan,2 Nkongtem et Oliga, les principaux minerais de type oxyde qu'on rencontre dans la région seront la magnétite: 60 à 68 % de teneur en fer pratiquement, mais rare; l'hématite: 40 à 60 % de teneur en fer; la goéthite, 25 à 58 % de teneur en fer pratiquement (cf. tableau 1). Ces minerais présentent un pourcentage de fer intéressant. Cependant, il est généralement reconnu que la valeur d'un minerai dépend de sa teneur en fer, mais

1- ENO-BELINGA (S.M.) : Géologie dynamique externe des pays tropicaux de la terre (Afrique, Amérique, Asie). Les paysages du fer. Librairie Universitaire-Université de Yaoundé; 1983 : 1. 2- ESSOMBA (J.M) : "Le fer dans le dévéloppement des sociétés traditionnelles du Sud-Cameroun." WestAfrican Journal of Archaeology. n° 16,1986: 8. ESSOMBA (J.M.) : "Quelques analyses des sites de métallurgie ancienne du fer de Pan-Pan en pays basa (Sud-Cameroun)" ln NSI. Bulletin de liaison des Archéologues du monde bantu n.3, " 1988 : 16-17.

- 61 également de la nature et de la concentration Il est, de ce fait, intéressant de connaître des éléments auxquels il est associé (gangue). le milieu de formation du minerai. C'est ainsi

que la présence du manganèse augmentera la valeur de celui-ci, alors qu'une teneur en soufre supérieure à 1 % est rédhibitoire pour la réduction. On trouvera donc, dans les minerais utilisés au Cameroun méridional, tels qu'ils se présentent au tableau n. 1 ci-dessous, une absence quasi totale du manganèse, mais il y a parfois du soufre! à une teneur de plus de 1 % Tableau 1: Les principaux minerais de fer. (Source: Fluzin, Ph. 1983 : 18).
Classe Constituant principal Désignation Observation Minerai riche, non phosphoreux mais contenant généralement du manganèse. Minerai moten à gan~ue argi euse ou argi eux-calcaire, généralement phosphoreux, parfois mêlé de houille. Minerai riche à gangue siliceuse. Minerai p'auvre à gangue siliceuse Minerai moyen, à gan&ue siliceuse ar~1euse ou argileuxca caire, souvent fortement phosphoreux. Minerai riche, généralement pur rarement un peu phosphoreux. Minerai riche, tantôt pur et tantôt plus ou moins phosphoreux. Oliga Pan-Pan Oliga Pan-Pan Nkongtem, Oliga Gisements d'observation dans la région

Fer spathique Minerais carbonatés CO:3Fe Sphérosidérite

Hematite mamelonnée Minerais Oxydés hydratés Fe2Ü3, nH20 Limonite ou goethite Minerai globulaire et oolithique.

Minerais oxydés Fe2Û3 anhydres

Fer olitste. Fer sp culaire Hematites rouges diverses. Magnétite

Magnétites

Fe304

Nkongtem

1- Voir tableau des analyses de scories du site d'Oliga (tableau 14) et du site de Pan Nsas (tableau 23). La conséquence est donc, comme on le verra plus loin, la limitation du pouvoir de réduction, notamment dans le cas où il n'y a pas d'usage de fondant.

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62

Comment

De ce qui précède apparait l'importance du minerai dans la sidérurgie du fer. Il est un résultat des constituants lithologiques et géologiques minéralogènes. s'observe-t-il au Sud-Cameroun?

3-

LE SUn-CAMEROUN, UN CADRE GEOLOGIQUE ET PEDOLOGIQUE PROPICE A LA FORMATION DU MINERAI DE FER.

Il faut d'abord noter ce que souligne Samuel Martin Eno-Belinga (1986: 15) qu'en Afrique intertropicale, d'immenses dépôts de fer se sont mis en place au cours de très longues périodes géologiques, d'abord au Précambrien notre étude. D'une manière générale, le socle africain de l'âge précambrien comporte des granites et roches métamorphiques affleurant largement dans 57 % de la surface totale du continent. Par aiUeurs, Eno-Belinga fait remarquer que la géologie du Précambrien de l'Afrique bantu apporte de nombreuses informations sur les gisements de fer dans la région et que ces gisements de fer précambriens sont en général de types "jaspi11ites"et quartzites ferrugineux, métamorphisés. Dans ces compositions on trouve les paragenèses minérales qui sont constituées des minéralisations suivantes: ologiste(hématite), magnétite, pyrite, sidérose, et autres silicates ferrugineux.l Dans les formations précambriennes, on rencontre habituellement, du point de vue lithologique, des schistes, des micaschistes, des gneiss, des quartzites, amphibolites et des migmatites, associés à des formations diverses. On trouvera tous ces éléments dans les coupes géologiques étudiées dans la région du Cameroun méridional. Il est donc apparu que les minerais exploités au Sud-Cameroun en général et au Cameroun méridional en particulier dans la paléométallurgie du fer sont issus des ancien, puis, au continental intercalaire. Ceci permet de mieux comprendre la formation du minerai dans la wne de

1- ENO-BELINGA (S.M) : "Civilisation du fer et tradition orale ban tu". ln Muntu. Revue Scientifique et Culturelle du CICIBA, n°4-5, 1986 : 15.

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Il est intéressant de voir

formations lithologiques minéralogènes du Précambrien.

comment se présentent ces données dans la zone des principaux sites étudiés. Du point de vue géologique, on retiendra que la partie méridionale du Cameroun, la dorsale Nyong et Sanaga, pour reprendre l'expression de Christiane Atanganal, appartient au complexe de base du Précambrien, formé de sédiments argilo-ca1caire et gréseux, ayant subi un important métamorphisme pour les roches appartenant au Précambrien ancien, moins accentué pour celles qui sont attribuées au Précambrien moyen

et supérieur, comme les schistes chlori"teux et quartzites de la vallée du Nyong,dans la .
partie sud de la région sur laquelle porte cette étude. Ces formations du Précambrien constituent le complexe lithologique de base sur les séquences duquel on retrouve les principaux sites archéologiques de l'Age du fer aujourd'hui connus au Cameroun méridional. L'examen de la carte géologique permet de voir que les roches cristallines acides de la région se regroupent en deux grands ensembles (cf. carte IV).

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Les ectinites, qui sont des roches provenant du métamorphisme

des roches préexistantes. va jusqu'à

Elles regroupent

des gneiss micaschisteux et micaschistes dont la dégradation

des quartzites micacés. Ces formations sont localisées principalement .."

au sud de la Sanaga.

Ce sont aussi des éléments quarti'..eux qui viennent des roches intrusives récentes qui donnent lieu à la formation du minerai de fer. Le phénomène d'altération de ces roches a amené à la formation du minerai de fer.

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Les migmatites qui sont des roches métamorphiques résultant d'une introduction de

matière magmatite entre les feuillets de sédiments et parmi lesquelles on retrouve des gneiss embréchites à deux micas ou à biotite et des gneiss embréchites grenatifères qui sont les plus représentatifs et sur les horizons desquels s'est formé du minerai de fer. Ainsi, sur le plan géologique, le minerai de fer au Cameroun méridional s'est formé
1- ATANGANA (Ch.) Archéologie du Cameroun méridional: Etude du site d'Okolo. Thèse de doctorat de 3e cycle en Archéologie. Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne), 1988 : 41.