Combattre le travail des enfants

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La persistance du travail des enfants suscite un émoi considérable dans l'opinion publique. Malgré l'accroissement du nombre de ratifications de conventions internationales sur l'abolition du travail des enfants, 23% des enfants âgés de 10 à 14 ans dans le monde continuent à travailler. Mais pourquoi les enfants doivent-ils encore travailler ? Et dans quelles conditions ? Quelles sont les implications du travail des enfants sur le développement à venir des pays concernés ? Quelles sont les meilleures politiques pour combattre le travail des enfants et comment peuvent-elles favoriser le développement économique ?

Cet ouvrage essaie de répondre à ces questions. Après avoir mis en évidence la réalité du travail des enfants dans le monde, cette étude analyse les causes économiques de ce problème et l'efficacité des différentes mesures politiques mises en place pour le combattre.


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Date de parution 01 janvier 2003
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EAN13 9264102949
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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NOTE DE SYNTHÈSE
La persistance du travail des enfants suscite un émoi considérable dans l’opinion publique. Le fait est qu’en dépit de l’accroissement du nombre de ratifications des conventions internationales sur l’abolition du travail des enfants et malgré les campagnes de sensibilisation menées à intervalles réguliers, beaucoup d’enfants continuent à travailler : selon les estimations de l’OIT, plus de 12 % des enfants âgés de 5 à 9 ans dans le monde exercent une activité. Cette proportion s’élève à 23 % dans le cas des enfants âgés de 10 à 14 ans. Parmi les enfants qui travaillent, quelque 179 millions sont astreints aux « pires formes de travail » telles que les travaux dangereux, la traite des enfants, le travail forcé et la servitude pour dette, la prostitution et autres activités effectuées dans des conditions d’exploitation.
Néanmoins, toute réflexion au sujet des meilleurs moyens d’éliminer le travail des enfants doit nécessairement amener à considérer les causes profondes du problème ; de fait, comme il ressort du présent rapport, certaines des solutions proposées peuvent aller à l’encontre des objectifs visés. L’objet du présent rapport est par conséquent d’examiner les facteurs qui sont à l’origine du travail des enfants et, à partir de là, de passer en revue les mécanismes et les politiques qui sont de nature à le combattre.
Le travail des enfants peut menacer le développement économique
Le travail des enfants peut porter atteinte à la santé des enfants concernés et diminuer le développement du capital humain, ce qui a une incidence négative sur la croissance économique future. Tout d’abord, les enfants qui travaillent un grand nombre d’heures ne peuvent être scolarisés et les possibilités qu’ils ont de valoriser leur capital humain sont donc limitées. A l’échelle globale, cette situation pourrait se traduire par une faible augmentation de la productivité qui est à la base de l’amélioration du niveau de vie. Deuxièmement, certaines formes d’activité des enfants (celles qui sont exécutées dans des conditions dangereuses) peuvent non seulement compromettre la santé des enfants et, par là même, nuire à leur capital humain, mais aussi raccourcir leur durée de vie. La proportion d’accidents parmi les enfants qui travaillent atteint au moins 17 % dans les pays pour lesquels on
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dispose de données. Enfin, et surtout, les « pires formes » de travail ont des effets dévastateurs sur la santé et le développement psychologique des enfants victimes de ces pratiques.
Toutefois, les diverses formes de travail ne sont pas toutes nécessairement préjudiciables à la santé et à la mise en valeur du capital humain des enfants. C’est le cas en particulier, des tâches qui sont effectuées sans peine et pendant un petit nombre d’heures ou encore du travail saisonnier exécuté en dehors de toute condition d’exploitation, pour autant cependant que ces pratiques soient compatibles avec l’assiduité scolaire. Ces formes d’activité peuvent être d’importantes sources de revenu et de travail pour les familles pauvres tout en permettant une certaine valorisation du capital humain.
Des facteurs liés au développement expliquent eux-mêmes certaines formes de travail des enfants
Le travail des enfants a des causes complexes aux multiples facettes. Une conjugaison de facteurs liés à l’offre et à la demande est à l’œuvre. Bien souvent, les enfants travaillent avec leurs parents dans une exploitation agricole ou une entreprise familiale. C’est la raison pour laquelle le travail des enfants n’est souvent pas « rémunéré ». Il est donc indispensable de comprendre le processus de prise de décision desménages, qui repose sur les facteurs essentiels énumérés ci-dessous.
Le revenu du travail des enfants. La nature de la technologie peut elle-même influer sur ce facteur : plus la demande de main-d’œuvre non qualifiée est élevée, plus le travail des enfants (qui est souvent non qualifié) a un rendement élevé. Certains disent également que les enfants sont très recherchés par les employeurs dans certaines activités, la fabrication de tapis par exemple, en raison de caractéristiques physiques qui leur seraient soi-disant propres, dont leur « habileté manuelle ». Toutefois, ces facteurs liés à la demande jouent un rôle négligeable dans la situation globale.
Le rendement escompté de l’éducation, qui lui-même dépend de l’existence d’équipements éducatifs et de facteurs qualitatifs. D’après les études et les données présentées dans le présent rapport, les coûts induits par la scolarisation et la qualité de l’éducation jouent un rôle essentiel dans la décision que prennent les parents d’envoyer leurs enfants à l’école plutôt qu’au travail. En effet, l’éducation serait dans certains cas si médiocre que les parents ne voient guère d’intérêt à scolariser leurs enfants.
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Le niveau global de revenu et de richesse du ménage. Même lorsque des incitations sont octroyées pour favoriser l’éducation, la situation des familles au regard du revenu et du patrimoine peut les obliger à faire travailler leurs enfants. D’après certaines études, les revenus des adultes doivent atteindre un certain niveau avant que les parents puissent se permettre financièrement d’envoyer leurs enfants à l’école. Toutefois, une analyse plus poussée est nécessaire pour éclairer cette question capitale.
Certaines circonstances spéciales telles que le décès des parents, des facteurs liés à la communauté, ainsi que l’environnement socioculturel (surtout dans le cas de la servitude pour dettes) sont aussi souvent à l’origine des pires formes de travail des enfants.
Une stratégie d’action pluridimensionnelle est nécessaire pour s’attaquer au problème du travail des enfants
Dans toute réflexion sur les moyens d’éliminer le travail des enfants, il y a lieu de ne pas perdre de vue la complexité des synergies à l’œuvre dans ce domaine. S’il est vrai que certaines formes de travail des enfants sont intolérables et doivent être éliminées de toute urgence, d’autres sont étroitement liées au processus de développement. L’expérience récente en la matière montre qu’il importe d’adopter une stratégie globale qui consiste, entre autres, à adopter une législation applicable au travail des enfants, compatible avec les réalités du marché, à prendre des mesures en vue d’améliorer l’accès à l’éducation et de relever la qualité de cette dernière, à octroyer des incitations financières, à mettre en œuvre des programmes du genre « nourriture contre scolarisation », et à éveiller la conscience collective ou sociale. Il est également possible de conjuguer scolarisation et travail des enfants tant que l’activité économique est exercée dans le respect de certaines conditions. Dans l’approche qu’ils adoptent, les pouvoirs publics devraient également tenir compte du fait que les réalités du travail des enfants sont souvent très différentes selon qu’il s’agit de filles ou de garçons.
Les approches normatives sont importantes mais des normes « irréalistes » peuvent aller à l’encontre des objectifs visés
Les initiatives prises par les organisations internationales pour abolir le travail des enfants ont notamment contribué à faire prendre conscience du problème. Ces initiatives jouent un rôle particulièrement important dans la lutte contre les pires formes de travail des enfants. Dans certains cas, elles peuvent également aider à recueillir des aides financières à l’appui de programmes ciblés. Toutefois, dans la mesure où bien souvent le travail des enfants est
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intrinsèquement associé au processus de développement, il serait illusoire de croire que cette pratique peut être totalement éliminée en l’absence d’un renforcement des actions visant à accroître les possibilités de développement.
Bien sûr, il est essentiel que la législation nationale, assortie des mécanismes appropriés de mise en application, interdise le travail des enfants en dessous d’un certain âge. Cela étant, il convient de concevoir cette législation en gardant présentes à l’esprit deux considérations essentielles : a) l’âge minimum d’accès à l’emploi doit être fixé compte tenu des réalités du marché (et de la pauvreté), sinon la législation, si elle est mise en vigueur, risque de contraindre les enfants à travailler dans le secteur informel de l’économie ou dans des conditions plus dangereuses et, par conséquent, d’aller à l’encontre de l’objectif visé ; et b) la législation sur l’âge minimum d’accès à l’emploi doit être cohérente avec la législation en matière d’éducation obligatoire.
Il est indispensable d’améliorer l’éducation, d’octroyer des incitations financières ciblées et d’adopter des stratégies de développement global
D’une façon plus générale, les textes de loi et leur mise en application à eux seuls sont voués à l’échec si des mesures complémentaires ne sont pas prises pour qu’il soit rentable pour les ménages pauvres d’envoyer leurs enfants à l’école. Il peut s’agir d’accorder des primes financières ciblées aux familles qui envoient leurs enfants à l’école (comme dans le cadre du programme Progresa/Oportunidadesau Mexique), et d’en moduler le montant en fonction des progrès scolaires. Toutefois, l’incitation financière destinée aux familles devrait s’accompagner d’un effort soutenu pour améliorer la qualité de l’éducation.
Il va de soi que la croissance économique et les stratégies de développement plus générales facilitent la réduction progressive du travail des enfants. A cet égard, le succès de la libéralisation des échanges pourrait contribuer à fournir les ressources nécessaires à la mise en œuvre de ces stratégies.
La responsabilité sociale des entreprises peut être également utile si elle fait l’objet d’un suivi approprié et si parallèlement des alternatives sont offertes aux enfants
La prolifération des codes de conduite, des systèmes d’étiquetage social et autres initiatives du secteur privé sont des mesures importantes prises pour répondre aux préoccupations sociales des consommateurs et de l’opinion publique. Ces initiatives privées peuvent être un outil complémentaire pour lutter contre le travail des enfants, mais uniquement si elles font l’objet d’un
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suivi approprié et si des solutions sont effectivement proposées à la place du travail des enfants ; ces derniers risquent sinon de passer à d’autres activités, qui parfois ne font qu’aggraver le problème.
Il est urgent de s’engager plus résolument en faveur de la lutte contre les pires formes de travail des enfants
Enfin, la lutte contre les pires formes de travail des enfants devrait être désormais au premier rang des priorités. Il est de toute évidence nécessaire de s’attaquer plus énergiquement aux réseaux de trafic et de prostitution des enfants, ce qui exige nécessairement une plus grande coopération internationale dans le domaine judiciaire. Cela signifie avant tout une volonté politique résolue à tous les niveaux, de même qu’une détermination à éradiquer ces pratiques intolérables.
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