Comment dorment les bébés

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Description

La pensée unique qui s'impose dans notre société sur le sommeil des bébés veut qu'ils « fassent leurs nuits » au bout de quelques semaines. Si ce n'est pas le cas, on met aussitôt en doute la compétence des parents et de leur médecin. N'est-il pas normal au contraire pour un bébé et un jeune enfant de se réveiller la nuit ? Et que nous apprennent les travaux sur le sommeil partagé lorsque parents et enfant dorment dans une proximité suffisante — la même chambre, voire le même lit — pour permettre à chacun de percevoir les signaux et les messages sensoriels de l'autre ? Les conclusions de ces recherches sont exposées d'abord par Claude Suzanne Didierjean-Jouveau et le Professeur James McKenna. Elles n'ébranleront pas toujours les positions des uns et des autres ; elles apportent cependant un éclairage surprenant sur le bien-fondé de nos habitudes familiales et de nos attitudes éducatives. Un pédiatre néonatologue, le Docteur Jacky Israël, nous éclaire ensuite sur le rôle joué par le sommeil dans le développement du bébé et, plus spécifiquement, dans son individuation psychique et ses capacités de séparation et propose aux parents des solutions pour surmonter les difficultés qu'ils rencontrent. Ainsi, au terme de ce livre, serons-nous plus libres de choisir quel mode de couchage adopter pour souhaiter des nuits heureuses aux bébés comme à leurs parents.

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Date de parution 30 juin 2014
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EAN13 9782701184715
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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CLAUDESUZANNEDIDIERJEAN-JOUVEAU JACKYISRAËL JAMESMCKENNA
Comment dorment les bébés
Pour ou contre le sommeil partagé
Présentation
La pensée unique qui s'impose dans notre société su r le sommeil des bébés veut qu'ils « fassent leurs nuits » au bout de quelques semaine s. Si ce n'est pas le cas, on met aussitôt en doute la compétence des parents et de l eur médecin. N'est-il pas normal au contraire pour un bébé et un jeune enfant de se rév eiller la nuit ? Et que nous apprennent les travaux sur le sommeil partagé lorsq ue parents et enfant dorment dans une proximité suffisante — la même chambre, voire l e même lit — pour permettre à chacun de percevoir les signaux et les messages sen soriels de l'autre ? Les conclusions de ces recherches sont exposées d'abord par Claude Suzanne Didierjean-Jouveau et le Professeur James McKenna. Elles n'ébr anleront pas toujours les positions des uns et des autres ; elles apportent c ependant un éclairage surprenant sur le bien-fondé de nos habitudes familiales et de nos attitudes éducatives. Un pédiatre néonatologue, le Docteur Jacky Israël, nous éclaire ensuite sur le rôle joué par le sommeil dans le développement du bébé et, plus spéc ifiquement, dans son individuation psychique et ses capacités de séparat ion et propose aux parents des solutions pour surmonter les difficultés qu'ils ren contrent. Ainsi, au terme de ce livre, serons-nous plus libres de choisir quel mode de cou chage adopter pour souhaiter des nuits heureuses aux bébés comme à leurs parents.
© Éditions Belin, 2004 EAN ePub : 9782701184715 EAN KF8 : 9782701184722
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre national du livre.
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Ce livre numérique a été converti initialement aux formats XML, ePub et KF8 le 10/12/2013 par Prismallia à partir de l’édition pap ier du même ouvrage.
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Les Cahiers
Alors même que notre société s'approprie de toute p art la notion récente de bientraitance,collection « Naître, grandir, devenir » a souha ité ouvrir un nouvel la espace de réflexions et d'échanges pluridisciplinai res autour de l'aube de la vie et de l'entrée dans la parentalité. À l'origine, ces Cahiers sont l'émanation du GRENN (Groupe de recherches et d'études sur le nouveau-né), fondé au début des années 80 pour promouvoir les recherches, les travaux et les réfle xions sur les conditions d'une naissance sans violence et l'accueil du nouveau-né. Le moment est venu pour nous de rendre compte des thèmes et des débats actuels qui l'animent, des engagements et des mises au point qui ne cessent de s'y exprimer lors de ses rencontres mensuelles, dans la spontanéité de ses échanges, sans le souci d'êtr e exhaustif ou détenteur d'une seule vérité. Porte-parole du GRENN, ces Cahiers deviendront les vôtres. Ils sont là pour être annotés et transmis de main en main, pour tisser de s liens avec tous ceux qui se sentent concernés par notre manière d'accueillir un enfant et ses parents et par l'évolution actuelle de notre société dans ce domai ne. Ils sont là pour que, d'une publication à l'autre, s'instaure avec vous un dial ogue épistolaire, qui prolongera nos rencontres et en suscitera d'autres…
Bernard This,fondateur du GRENN,
Les Cahiers de « Naître, grandir, devenir » Éditions Belin, 8 rue Férou, 75006 PARIS DIRECTEURDEPUBLICATION:Bernard This COMITÉDERÉDACTION :oux,Jean Bégouin, Dominique Boussat-Létard, Colette Dec Albert Goldberg, Jacky Israël, Linda Callen-Israël, Colette Malissard, Georgette Tinjod
Collection dirigée par Agnès Grison et Danielle Rap oport
I
Quand l'enfant « fait ses nuits » … avec ses parents
Claude Suzanne Didierjean-Jouveau
Lors des réunions de parents auxquelles je particip e depuis une vingtaine d'années, (1) d'abord en tant que mère puis en tant qu'animatrice de La Leche League , je crois pouvoir affirmer qu'il ne s'est pas passé une seule séance sans que le thème des nuits soit abordé à un moment ou à un autre. Il semble que chez nous, le sommeil des bébés — et plus spécialement les réveils nocturnes — soit considéré très souvent sous l'angl e duproblème.si l'on Pourtant, adopte une vision multi-culturelle, on se rend comp te que dans beaucoup de cultures, cela n'a pas l'air de poser question : personne n'e n parle. On peut supposer que, dans ces cultures aussi, les bébés se réveillent la nuit. Où se situe donc la différence ? Tout d'abord, dans les attentes des parents et de l 'ensemble de la société. Chez nous, la question à laquelle les nouveaux parents d oivent le plus souvent répondre au cours des premiers mois est sans doute : « Est-ce q u'il fait ses nuits ? », c'est-à-dire : « Est-ce qu'il dort toute la nuit sans se réveiller , sans vous réveiller ? ». Si la réponse est non, on pense immanquablement soit que les pare nts sont incapables et ne savent pas s'y prendre — et les parents se ressentent ains i-, soit qu'ils sont laxistes et se préparent des lendemains difficiles, soit que l'enf ant a un problème et que les parents sont bien à plaindre. Face à ces attentes irréalistes, et avant même d'en visager le lieu où dort l'enfant, il serait bon de faire un petit rappel sur le sommeil des bébés montrant que « faire ses nuits » à 2 mois n'est pas nécessairement normal.
Comment dorment les bébés
Disons tout d'abord que le sommeil, ce sont bien sû r les réalités physiologiques dont nous allons parler, mais c'est aussi une réalité cu lturelle. Comme le dit le Professeur (2) Édouard Zarifian , « il n'y a pas de sommeil "normal", il y a seulem ent l'idée que la société se fait du sommeil. Dormir "normalement", c 'est se comporter comme un animal bien conditionné. En France, il est "normal" de dor mir huit heures par nuit, de se coucher à 22 h 30, de s'endormir aussitôt, de ne co nserver aucun souvenir de ses réveils nocturnes, de n'interrompre ce sommeil que sous l'effet d'une sonnerie — déclenchée en fonction du temps de trajet pour alle r au travail ». Dans la réalité, le sommeil de beaucoup d'adultes s 'éloigne fort, on le sait, de cette construction sociale. On réussit tant bien que mal, souvent à coup de somnifères, à maintenir cette fiction, mais le sommeil d'un bébé — et de ses parents — la fait voler en éclats. Et au lieu d'expliquer à ceux-ci la réalité du sommeil des bébés, on préfère leur dire qu'il leur faut « apprendre à dormir » à leurs enfants, c'est-à-dire en faire, dès l'âge de quelques semaines, les animaux bien conditionnés dont parle Édouard Zarifian. Ces réalités physiologiques, quelles sont-elles ? À la naissance, les cycles de
sommeil sont beaucoup plus courts que chez l'adulte : 50 minutes contre 90 minutes. Ils vont peu à peu s'allonger jusqu'à l'adolescence. En phase de sommeil paradoxal (appelé « sommeil agité » chez les nouveau-nés), le réveil est difficile chez l'adulte, alors qu'il est facile chez l'enfant. Or, ces phase s sont plus nombreuses chez le bébé que chez l'adulte, puisque ses cycles sont plus cou rts. Elles sont aussi plus longues : la proportion de « sommeil agité » (qui, d'après les s pécialistes du sommeil, joue un rôle essentiel dans le développement du cerveau et dans la « finition » de la programmation génétique) est de 60 % du cycle chez le nouveau-né (Monod et Pajot, 1965) contre 25 % chez l'adulte. Avant 3 mois, il n'y a pas d'organisation circadien ne (c'est-à-dire sur 24 heures). Après 3 mois, l'influence circadienne augmente, les périodes de sommeil stable s'allongent pendant la nuit, le « sommeil agité » d iminue dans la journée. Mais l'organisation circadienne n'est pas terminée avant 2 ans (à noter que des études très récentes montreraient l'installation d'un rythme ci rcadien stable sur 24 heures dès 3-4 semaines chez environ 75 % des enfants étudiés). r Comme le dit le D Françoise Delormas (directeur de PROSOM, Associati on nationale de promotion des connaissances sur le som meil, Lyon), « connaître les cycles permet d'accepter les rythmes de sommeil et d'éveil chez les tout-petits sans dramatiser : leurs cycles sont plus courts que les nôtres, dans un sommeil encore fragile, mal structuré. À chaque fois qu'ils passen t d'un cycle à un autre, ils peuvent se réveiller ». En ce qui concerne les réveils nocturn es, une étude finlandaise, faite en (3) 1990 sur 270 bébés âgés de 1 à 12 mois , a donné les résultats suivants : jusqu'à 3 mois, 90 % des enfants se réveillaient une à deux f ois par nuit ; entre 3 et 5 mois, près des trois quarts se réveillaient une à deux fois ; les deux tiers entre 6 et 8 mois ; et encore 47 % entre 9 et 12 mois. Une étude faite en 2000 sur 147 enfants, dans un laboratoire de recherches sur le sommeil à Lyon, a trouvé que 65 % d'entre eux s'étaient réveillés dans la nuit et avaient gardé l es yeux ouverts pendant plus de 20 minutes. L'histoire ne dit pas s'ils avaient appelé ou non. r D'après le D Nédelcoux (Service d'explorations fonctionnelles d u système nerveux au CHU de Bicêtre, en 1995), la proportion d'enfant s qui, après avoir « fait leurs nuits », recommencent à se réveiller augmente après 9 mois p our être à son maximum dans la deuxième année. À 3 ans, 20 à 35 % des enfants se r éveillent encore la nuit et cela r diminue jusqu'à 5 ans. D'après le D Jalin (consultation des troubles du sommeil à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, en 1991), les chif fres seraient même plus élevés : entre 2 et 3 ans, 60 % des enfants se réveilleraient au m oins une fois par nuit, mais seuls 5 % (4) auraient un véritable trouble du sommeil .
L'immaturité du nouveau-né humain Face à ces chiffres, une question vient naturelleme nt à l'esprit : si tant de bébés se réveillent la nuit, ne serait-ce pas parce que cela répond à un besoin physiologique ? Beaucoup de chercheurs, et notamment l'anthropologu e américain James J. McKenna (cf.du chapitre II), relient ces réveils à l'imm aturité du petit humain à sa début naissance et pensent qu'ils ont un rôle de préventi on de la mort subite du nourrisson (MSN). Si on le compare à d'autres petits de mammifères, l e bébé humain naît en effet dans un état d'« inachèvement » et de prématurité très i mportant. Les préhistoriens expliquent que la bipédie a rendu l'accouchement pl us difficile, en modifiant le « canal
(5) de la naissance » ; que, parallèlement, le cerveau de l'homme — et d onc son crâne — a beaucoup grossi sans que le bassin des femmes s 'élargisse en conséquence ; et que donc, si le bébé humain naissait au même état d '« achèvement » qu'un poulain ou une antilope (qui gambadent moins d'une heure après leur naissance), ce serait dix à douze mois plus tard. Et le cerveau ayant grossi en tre-temps, la tête ne passerait jamais par les voies naturelles. Pour que les femme s puissent accoucher par voie vaginale, il faut donc que nos bébés naissent préma turés. Si l'on se base sur la taille du cerveau à la naissance et celle du cerveau adulte, et qu'on rapporte ces mesures à ce qu'elles sont pour les autres mammifères (à la nais sance, le cerveau humain n'a que le quart de sa taille adulte, contre 45 % chez les chi mpanzés), on peut dire sans se tromper que les bébés humains naissent prématurés d 'environ douze mois. Cela signifie qu'il y a toute une période, s'étalan t sur près d'un an, qu'on peut (6) qualifier de « grossesse hors utérus » , où le développement des systèmes nerveux, digestif, immunitaire, etc., se poursuit, et où le bébé est complètement dépendant de l'adulte pour sa survie et son bien-être : il ne pe ut pas se déplacer pour aller chercher sa nourriture, il ne peut pas se déshabiller s'il a trop chaud, il ne peut pas se laver s'il s'est souillé, etc. L'état de plus ou moins grand « inachèvement » du p etit à la naissance a d'ailleurs permis aux scientifiques de classer les mammifères en quatre groupes pour ce qui est (7) de la façon de s'occuper des petits : 1. Les espèces où la mère met les petits dans une cache quand elle est obligée d'aller chasser po ur se nourrir ; le lait de ces espèces est très concentré et permet aux petits de rester j usqu'à douze heures sans téter ; 2. Celles où la mère met les petits dans un nid ; ils sont nourris en moyenne toutes les quatre heures ; 3. Celles dont les petits, vite déb rouillés, suivent la mère dans tous ses déplacements ; ils sont nourris en moyenne toutes l es deux heures ; 4. Celles enfin (essentiellement les primates, dont font partie les êtres humains) où les petits sont portés par la mère en continu, restent en contact é troit avec elle de jour comme de nuit, et sont nourris en moyenne toutes les 30 minutes.
Tétées nocturnes On voit ainsi combien le lieu du sommeil du bébé et la question des tétées nocturnes sont étroitement liés. D'ailleurs, quand on lit les spécialistes français du sommeil, massivement opposés au sommeil partagé, on constate qu'ils sont également opposés aux tétées nocturnes au-delà d'un certain â ge. Pour eux, au-delà de 3 ou 4 mois, les tétées nocturnes ne sont plus nécessaires (au-delà de 8 semaines et un poids de 5 kg, les bébés auraient des réserves énergétiqu es suffisantes pour « tenir » toute la (8) nuit sans manger ) ; elles sont même nocives, car elles empêcheraien t l'enfant d'apprendre à dormir. De nombreuses études montrent pourtant que les tété es nocturnes sont un phénomène très répandu de par le monde, et ce bien au-delà de 4 mois. Dans une étude faite au Ghana en 1999, le nombre moyen de té tées nocturnes pour des bébés (9) âgés de 6 à 12 mois était de quatre . Une étude suédoise, datant elle aussi de (10) 1999 , a interrogé 500 mères de bébés âgés de 0 à 6 mois . La plupart des enfants tétaient la nuit, certains plus de trois fois, et s eulement 2 % ne tétaient pas du tout. Rappelons que la Suède est un pays où 99 % des bébé s sont allaités à la naissance, et où plus de 67 % le sont toujours à 6 mois (chiffres de 1997). Ceci explique peut-être (11) cela…
Je voudrais, ici, faire une mise au point. Il est s ouvent question dans ce texte de bébés allaités au sein. Et il est vrai que le somme il partagé, tel que nous le décrivons plus loin, et l'allaitement maternel « vont bien en semble » : il a été démontré que le sommeil partagé, en favorisant les tétées nocturnes , joue un rôle dans le succès de (12) l'allaitement dans la durée ; et inversement, un bébé allaité a beaucoup plus d e chances de passer ses nuits près de ses parents qu' un bébé au biberon. On remarque d'ailleurs que lorsque le taux et la durée d'allait ement augmentent dans un pays, le taux deco-sleepingavoué (terme anglo-saxon pour le sommeil partagé) augmente lui aussi : en Norvège, il est passé de 5 % en 1980 à 30 % en 1 998. Il n'en reste pas moins vrai quetous les bébés, y compris ceux qui ne sont pas, ou plus, allaités au sein, peuvent bénéficier du somme il partagé.
De l'utilité des réveils nocturnes pour la prévention de la mort subite du nourrisson Comment les réveils nocturnes peuvent-ils être un m écanisme de prévention de la mort subite du nourrisson ? On observe que, lorsqu'un bébé dort seul, il a plus de sommeil profond (phases 3 et 4), à un âge où ses mécanismes d'éveil ne sont pas encore au point. Au contraire, quand il dort à proximité de ses parents, son somme il est plus léger, il a moins de phases de sommeil profond, il se réveille plus souv ent. Pour certains, c'est même la preuve que le sommeil partagé n'est pas bon, puisqu 'il engendre plus de réveils ! Mais qu'en est-il s'il s'avère que ces réveils sont utiles, voire nécessaires ? On sait en effet que si la MSN a des causes multipl es (position de sommeil, tabagisme des parents, infections respiratoires, ma ladies métaboliques…), c'est aussi un trouble du mécanisme d'éveil. Normalement, quand on se trouve en danger à cause d'une apnée trop longue, un mécanisme se déclenche qui fait qu'on se réveille : le manque d'oxygène met en alerte des récepteurs céréb raux, ce qui provoque une accélération du rythme cardiaque et un réveil. Chez les bébés, du fait de l'immaturité (13) dont on a parlé, ce mécanisme n'est pas encore tout à fait au point . Or, on l'a observé, ils sont spontanément en apnée plusieurs fois par nuit. Dans son laboratoire, James McKenna a filmé dans le ur sommeil des mères et des bébés : à la fois des mères qui avaient l'habitude de dormir avec leur bébé, et des mères dont les bébés dormaient seuls. À toutes, il a demandé de dormir trois nuits dans le laboratoire : une première nuit pour « apprivois er » le lieu, une deuxième nuit avec le bébé dans leur lit, et une troisième nuit avec le b ébé dans une pièce séparée. L'étude des vidéos montre que le sommeil partagé et le somm eil solitaire sont très différents à plusieurs niveaux. Dans le sommeil partagé, les int eractions entre la mère et le bébé sont très nombreuses : le bébé bouge, on peut suppo ser qu'il se réveille mais il n'y a aucun bruit ; la mère bouge elle aussi, sans se rév eiller, le bébé prend le sein. Tout cela dans le sommeil ou le demi-sommeil, et plusieurs fo is au cours de la nuit. (14) Ces éveils ou demi-éveils fréquents induits par la présence de la mère seraient donc préventifs de la MSN, d'autant plus que — autr e phénomène observé dans le sommeil partagé — l'enfant qui dort à côté de ses p arents voit sa respiration se synchroniser sur celle de ces derniers. Il y a donc beaucoup moins de risques que l'enfant arrête de respirer trop longtemps, car sa respiration est comme « entraînée » par la respiration des parents. Si l'on devait résumer les caractéristiques du somm eil des bébés en cas de sommeil partagé, on pourrait donc dire : plus de sommeil lé ger (phases 1 et 2), plus de réveils et de réveils simultanés mère/enfant, augmentation du nombre et de la durée des tétées
nocturnes, beaucoup plus de contacts physiques mère /enfant, quatre fois plus d'« inspections maternelles » — toutes les fois où la mère, sans même s'en rendre compte ni se réveiller, vérifie que l'enfant va bie n, n'a pas froid ou chaud, remet une couverture ou l'enlève, etc. Comme l'écrit James Mc Kenna, « cette façon de dormir permet à la mère (et au père) de réagir rapidement si l'enfant pleure, s'il s'étouffe ou encore s'il a besoin qu'on lui dégage les voies nas ales, qu'on le rafraîchisse, qu'on le caresse, qu'on le berce ou qu'on le prenne dans les bras. Cela contribue à régulariser la respiration de l'enfant, son sommeil, ses modes d'é veil, son rythme cardiaque et sa (15) température. » Depuis quelques années, un certain nombre d'études sont venues conforter cette hypothèse du sommeil partagé comme prévention de la MSN. Citons par exemple (16) l'étude néo-zélandaise portant sur 2 000 enfants , qui a montré un risque réduit de mort subite pour ceux dormant dans la même chambre que des adultes — essentiellement leurs parents. Les auteurs recomman dent que les bébés dorment dans la même chambre que leurs parents, au moins jusqu'à 6 mois, et calculent qu'un quart des morts subites pourraient être ainsi évitées. (17) Une autre étude a confirmé en 1997 les travaux de McKenna sur les différences entre le sommeil d'enfants dormant dans le lit de l eur mère et celui d'enfants dormant seul : les premiers ont plus de réveils, notamment dans les stades 3 et 4 du sommeil, et deux fois plus d'éveils coïncidant avec une période d'éveil de leur mère, ce qui réduirait le risque de MSN. e Aux 5 Assises internationales sur la mort subite du nourrisson, qui se sont tenues à Rouen en 1998, le chercheur britannique Tony Nelson a présenté une étude menée à Hongkong, qui met en évidence une diminution importante des décès chez les bébés de moins de 6 mois partageant la chambre de leurs pare nts, par rapport à ceux qui dorment seuls.