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Communiquer, un défi français

De
153 pages
Des premières heures d'Europe N°1 au tout-com' d'aujourd'hui, qu'en est-il de la communication en France ? Est-elle un fondement de la démocratie ? Faire de la communication, est-ce communiquer ? La défiance des français vis-à-vis de tous les pouvoirs est égale à l'hyper-puissance de la communication. Alors ces questions, et celle des connivences, doivent être posées pour rompre les illusions d'une communication dévoyée qui peuvent conduire la démocratie française au bord du gouffre.
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COMMUNIQUER, UN DÉFI FRANÇAIS

Bernard OLLAGNIER

COMMUNIQUER, UN DÉFI FRANÇAIS
De l’illusion du tout com’ à la communication réelle

© L’HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12657-2 EAN: 9782296126572

A Ode, Régis, Marie-Thérèse, Clémence, Estelle Rose, Jules et en mémoire des mes deux piliers disparus Claude Marti, Marcel Jullian

LES CINQ TEMPS

Prologue Premier Temps : Le temps de la fascination

Page

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Page 13

Deuxième Temps : Le temps de dire

Page 41

Troisième Temps : Page 49 Le temps des années 80 et des illusions

Quatrième temps : Le temps du communiquer

Page 61

Cinquième Temps : Le temps des réformes espérées

Page 111

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PROLOGUE

Mon pays, la France, souffre. Non pas d'une souffrance physique, comparable à celle des années 1939 / 1945, mais d'une souffrance psychologique et sociale. Les français ne savent plus quel pays ils habitent. Question quasiment métaphysique: suis-je français ? Ils se posent d'autres questions sur l'avenir comme jamais ils ne s'en sont posés. La brutalité devenue monnaie courante dans les banlieues et dans les banques accélère leur dépression collective. Les crises successives depuis 1972 ont miné leur moral malgré les années-fric de la décennie 1980 / 1990, les 35 heures, l'édredon social, l'augmentation de la consommation et l'accroissement du confort. Le chômage, la pauvreté, les pertes de revenus, les catastrophes naturelles, les attentats, les accidents meurtriers, la pédophilie, le voile intégral et le racisme effacent tous les gains de ces quarante dernières années au rythme du sacré Journal Télévisé de 20 heures. Surgit la crise de 2008 devenant tsunami financier et économique en 2010. Les français ne sont plus en état de peur, de morosité, ils montrent de plus en plus d'incompréhension et de colère sourde. Sondage après sondage, la défiance et l'angoisse questionnent le Pouvoir. Que la crise touche les américains ou les grecs, rien de plus normal, pensaient-ils, tant les dirigeants français leur avaient promis la solidité de l'Euro, le renouveau français, les réformes de fond et d'aller chercher la croissance avec les dents face à la décadence américaine et à l'infantilisme des petits pays. A longueur d'interviews, de discours et d'articles, les gouvernements successifs, depuis trente ans, n'ont jamais osé dire la vérité sur l'état de notre pays dans la mondialisation et face aux menées des spéculateurs de tout 9

poil. Un grave défaut de communication avec les citoyens qui peut se révéler porteur de mouvements de révolte. Communiquer avec le peuple est une pétition qui reste le plus souvent vide de sens en France. Aujourd'hui, les français constatent les illusions de la communication dont les gourous les ont abreuvés depuis les années 80. Le réveil est brutal. La réalité fait mal. Le politiquement correct a conduit à ne plus poser les questions, à amoindrir toute difficulté, à ne plus traiter au fond de véritables problèmes, à ne plus écouter les français. En un mot comme en cent à ne plus communiquer mais à fabriquer de la communication. Est-il possible de retrouver l'esprit des années 50 pour construire et non plus laisser-faire ? Pourquoi ne plus subir la tyrannie du paraître ? Comment établir une véritable communication entre les français ? De ma jeunesse au premier son d'Europe N°1 à cette année 2010, j'ai eu la chance inouïe de vivre dans les coulisses des pouvoirs et d'agir pour tenter de mieux faire communiquer les français, ici en France ou à l'étranger. Cinquante ans de discrétion absolue que je romps pour servir et pour tracer quelques pistes d'une communication utile au mieux-être. Avec détermination, sans colère ni rancune, je vous raconte mon histoire pour éclairer les actions, prises de position et propositions que je vous livre. En effet, tous nous sommes les fruits de notre histoire personnelle. C'est elle qui nous amène à travailler de telle ou telle façon, à exprimer telle ou telle opinion ou à choisir une voie plutôt qu'une autre. Je vous dévoile quelques pans de mon histoire qui forment le

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cadre d'un exercice professionnel et d'engagements que je maintiens. La question de la sincérité est la seule qui vaille de mon point de vue. Nul ne détient la vérité. Chacun est faillible. Comment ignorer nos faiblesses et petites médiocrités ? Communiquer passe aussi par un travail sur soi pour obtenir la confiance de l'autre, de celle et de celui qui communiquent avec nous. Mais, au-delà de la communication, il y a l'action. Agir sincèrement et non pas seulement par intérêt nous fait prendre des risques qu'il faut assumer sans se plaindre. "Gémir, n'est pas de mise aux Marquises" a chanté Jacques Brel. Risques de ne pas être à la mode, de ne pas accepter les compromissions pour participer à tel ou tel pouvoir. Les français les plus illustres, avec leurs défauts évidents, sont celles et ceux qui assumèrent ces risques. De Voltaire à De Gaulle, savoir dire "non" a fait avancer la société. De Pasteur à Pierre Simon, de Marie Curie à Simone Veil, construire hors des chemins habituels, a fait progresser la vie. Ils communiquaient avec les français en toute clarté. Communiquer avec sincérité oblige à accepter ces risques pour vivre debout. Pour servir. Avec force et beauté en espérant aboutir à la sagesse. B.O.

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PREMIER TEMPS

Le temps de la fascination
Eu-rop'-un… 6 h du matin ! Un matin de 1955, trois syllabes qui allaient changer la vie. Depuis plusieurs semaines nous attendons d'écouter un son nouveau, autre que le "Bonsoir mes Cher-Zauditeurs, Bonsoir!" de Saint Granier ou le trop fameux impersonnel "il est - neuf heures - trente et une minutes - 32 secondes" de l'horloge parlante. Ah ! Que je la maudis cette horloge qui rythme ma jolie adolescence d'après-guerre. Chez les disquaires de la Place Marengo, "au centre" de Saint-Etienne, nous écoutons Elvis Presley, Bill Haley, Louis Armstrong, le 45 tours fait concurrence au 78 tours de ma grand'sœur. Entre le foot des Verts, ceux de Jean Snella qui construit la légende et le jazz du Duke qui nous emporte vers des étoiles, il y a le Collège avec son parc, ses jésuites, sa chapelle, ses messes, sa discipline et son ouverture vers la liberté. Déjà les prémices des surboums succèdent aux surprises-parties avec leurs boogie-woogie et be-bop hérités des GIs. Dans ce charmant tohu-bohu, écoutons-nous le bruit des balles et des obus de la Mitidja ou des Aurès ? Oh que non ! La radio officielle, la RTF, de même que la familiale Radio Luxembourg, distille des nouvelles des "émeutes sanglantes", "des lâches attentats" ou des "embuscades de terroristes" accompagnées souvent de commentaires gouvernementaux rassurants. Je ne sais plus qui était Président du Conseil en 1955 mais comment voudriez-vous que j'en ai un quelconque souvenir tant les voix de Guy Mollet, socialiste lunaire à lunettes d’écaille noire, Maurice Pleven, asperge chrétienne bien pâle ou Michel Le Troquer, chauve lubrique, nous 13

faisaient plus rire que pleurer. J'entends encore mon papa Jules hurler de rire aux plaisanteries et imitations des chansonniers comme Jacques Grello, Pierre-Jean Vaillard ou Robert Rocca. Il rit si fort, si grand que j'ai peur de voir se décrocher sa mâchoire brisée en mille morceaux lors d'un accident de voiture en 1952. Après avoir connu le coma, les bombardements, la noirceur charbonnière des caves, les longs mois de maladie, les tickets de ravitaillement, les galoches, le chocolat américain et le lait de Mendès, après cette décennie des années 40-50 où le sourire avait le goût du jaune d'une sombre étoile, je ris follement à nouveau ! Enfin, je suis vivant, je vais en récréation, je regarde les filles du Collège des Oiseaux s'épanouir au printemps de ma Place Badouillère, je fais mille bêtises avec les copains du collège. La vie est enfin belle ! Et des milliers de jeunes adolescents partagent le même goût du bonheur en 1955 malgré l'Indochine, l'Algérie, l'hiver 54 et les bidonvilles. Née de la démobilisation de 40, ma génération, celle que plus tard Pierre Viansson-Ponté, grand directeur de la rédaction du journal Le Monde, nommera, dans un édito resté célèbre, "la génération perdue", est peu nombreuse mais forte de tous les malheurs trop tôt connus. Nous n'ignorons pas le prix de l'orange que nous trouvons au pied de la cheminée dans nos chaussures au matin de Noël. Nos yeux d'enfant sont encore zébrés des éclairs des fusées éclairantes dans un ciel qui a perdu ses étoiles. Nous voyons ces visages pleurant qui le père, qui le fils ou qui le bébé, nos yeux d'alors s'embuent de souvenirs inscrits au plus profond de nos êtres. Nos peurs nous ont envahis à jamais.

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Goût sucré des rutabagas, faible feu du poêle à sciure, glace obstruant les carreaux des fenêtres, greniers interdits – Pourquoi ? "Parce que c'est interdit !" Parce que... Nous le saurons plus tard, il y a là recroquevillés quelques juifs échappant au massacre - cadencement des bottes nazies écouté dans le silence, mitraillettes résistantes jetées sur le sol d'une cave, cris, pleurs, explosions. Ces odeurs, ces images d'une enfance volée, nous les transportons avec nous encore aujourd'hui mais, en 1955, nous voulons les évacuer puis les perdre au son du rock, de la poésie de Prévert et Rimbaud, des Verts et des filles si jolies. Nous voulons oublier ce ticket qui nous autorisait 100g de pain blanc mais pas le pain au chocolat. Nous sommes à la fois révoltés et obéissants. Notre "bonne éducation" nous empêche de nous laisser aller comme le font trop de jeunes désorientés en ces années de début de millénaire. Là-bas, dans ma ville si grise, nos distractions de jeunes sont simples : Les Verts pour la joie populaire, le cinéma pour le plaisir et le flirt, "Le Helder" pour les discussions à refaire le monde, la montagne pour nous aérer les bronches. La télévision est un luxe de même que la voiture et le téléphone. Pour regarder un match de foot à la télévision, nous nous entassons 500 debout dans le hall du journal Le Progrès, exultant aux talents des Di Stefano, Gento, Puskas, Kopa ou Ujlaki, talents à peine vus en noir et blanc, sans ralentis successifs ni effets de trucage. Pour se balader en voiture, il faut bénéficier de celle du riche tonton ou alors attendre d'avoir économisé l’équivalent de deux à trois ans de salaire. Pour bénéficier du téléphone, l'attente est de l'ordre de l'année pour les chanceux, les autres attendent... Tout le monde attend. L'attente est une sorte de culture née de la pénurie.

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