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Comparer les diversités

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222 pages
Quel est aujourd'hui le visage de la diversité dans le monde ? Quelles ont été les évolutions historiques qui l'ont construite ? Ces dix contributions couvrent quatre continents et plusieurs siècles et s'intéressent aux minorités ethniques, dont le sort est lui-même pluriel : Irlandais en Grande-Bretagne, juifs en Angleterre ou en Palestine, Noirs à Détroit, etc. Quatre contributions sont consacrées à l'Afrique et à son immense diversité.
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Sous la direction de Michel Prum Groupe de recherche sur l’eugénisme et le racisme
COMPARER LES DIVERSITÉS
Comparer les diversités
CollectionRacisme et eugénismedirigée par Michel PrumLa collection «Racisme et eugénisme» se propose d’éditer des textes étudiant les discours et les pratiques d’exclusion, de ségrégation et de domination dont le corps humain est le point d’ancrage. Cette problématique du corps fédère les travaux sur le racisme et l’eugénisme, mais aussi sur les enjeux bioéthiques de la génétique. Elle s’intéresse à toutes les tentatives qui visent à biologiser les rapports humains à des fins de hiérarchisation et d’oppression. La collection entend aussi comparer ces phénomènes et ces rhétoriques biologisantes dans diverses aires culturelles, en particulier l’aire anglophone et l’aire francophone. Tout en mettant l’accent sur le contemporain, elle n’exclut pas de remonter aux sources de la pensée raciste ou de l’eugénisme. Elle peut enfin inclure des ouvrages qui, sans relever véritablement de l’étude du racisme, analysent les relations entre les différents groupes d’une société du point de vue de l’ethnicité. Parmi les quarante-trois ouvrages déjà publiés dans la collection : Bernard Cros, Marie-Annick Mattioli, Michel Prum et Thierry Vircoulon (dir.),Penser et gérer la diversité en société(2013) Marie-Annick Mattioli, Michel Prum et Olga Muro (dir.), L’identité nationaleà l'épreuve des identités culturelles en Allemagne, en France, au Royaume-Uni : une approche critique(2013) Marie-Claude Mosimann-Barbier et Michel Prum (dir.): Missions et colonialisme : le Lesotho à l'heure du bicentenaire d'Eugène Casalis Sophie Geoffroy et Michel Prum (dir.),Darwin dans la bataille des idées(2012) Michel Prum (dir.),Racialisations dans l’aire anglophone(2012) Ludmila Ommundsen Pessoa, Michel Prum et Thierry Vircoulon (dir.),Métissages(2011) John Ward,Le mouvement américain pour l’hygiène mentale (1900-1930)(2011)
Sous la direction de Michel Prum
Groupe de recherche sur l’eugénisme et le racismeComparer les diversités
Ouvrage publié avec le concours de l’équipe d’accueil 337
« Identités, Cultures, Territoires » de l’université Paris Diderot
© L'HARMATTAN, 2013 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01942-0 EAN : 9782343019420
INTRODUCTION Michel Prum Le Groupe de Recherche sur l’Eugénisme et le Racisme 1 (GRER) de l’université Paris Diderottravaille depuis quinze ans sur les questions de diversité ethnique, de racisme, d’eugénisme, et de ce qu’on peut appeler de façon générique la « biologisation des rapports sociaux ». Son aire de prédilection est le monde anglophone: Royaume-Uni, États-Unis, Commonwealth, etc. Mais le groupe ne s’interdit pas de comparer les recherches anglicistes avec des travaux portant sur d’autres régions du monde ou sur d’autres époques, comme ce fut le cas avec des contributions sur le monde latin ou 2 hellénique . Le présent volume montre ce souci de comparaison avec, à côté de trois articles sur l’Afrique anglophone, une contribution de Laurent Dedryvère concernant le colonialisme allemand sur ce même continent, et plus précisément sur le territoire qui est devenu aujourd’hui la Namibie. La comparaison est donc à la fois géographiqueentre zones linguistiques et entre continents puisque le présent ouvrage en couvre quatreet chronologique. Dans ce volume, nous ne remonterons pas jusqu’à l’Antiquité romaine, comme nous l’avions fait avec les articles d’Anne Logeay-Vial pour montrer l’absence de «racisme »dans le 3 monde latin, mais les articles de Liliane Hilaire-Pérez et Evelyne Oliel-Grausz ou celui de Florence D’Souza ont trait au e XVIII siècle. Le terme de « racisme » employé à propos de l’hostilité des Anglais à l’encontre des Irlandais peut surprendre. On attendrait plutôt « xénophobie ». Pourtant les Celtes de « l’île verte » ont 1  LeGRER est actuellement la composante angliciste du laboratoire « Identités, Cultures, Territoires » (ICT), EA 337. 2  François-XavierAjavon avait été invité par le GRER après la parution de son livreL’Eugénisme de Platon(L’Harmattan, 2002). 3  Voirles articles d’Anne Logeay-VialinPrum (dir.), MichelChangements d’Aire(L’Harmattan, 2007),Ethnicité et Eugénisme, discours sur la « race »(L’Harmattan, 2009), etinOmmundsen Pessoa, Michel Prum et Ludmila Thierry Vircoulon (dir.),Métissages(L’Harmattan, 2011). 7
e été érigés en «race »au XIXsiècle afin de mieux les exclure 4 des structures de pouvoir. Comme l’écritNeil Davie, ils cumulaient trois identités jugées infamantes puisqu’ils étaient « racialement »celtes, religieusement catholiques et socialement paysans. Le stéréotype de l’Irlandais était celui d’un être ivrogne et querelleur. L’argument était que l’Irlande se caractérise par une criminalité endémique et que ceux qui la quittent pour migrer en Angleterre transportent dans leurs bagages leurs «traditions déviantes». Il est certain que les Irlandais sont surreprésentés dans les statistiques britanniques de la criminalité à l’époque victorienne mais, se demande Neil Davie, cette surreprésentation est-elle due «à une situation économique et sociale souvent défavorisée, à une politique de maintien de l’ordre ciblée et/ou à des pratiques discriminatoires de la part des tribunaux, ou à de réels comportements criminogènes spécifiques à la population irlandaise» ?Pour répondre à cette question, l’article se fonde sur les archives de l’Old Bailey, le célèbre tribunal londonien et sur la « couverture »,par la presse écrite de l’époque, des cent quarante procès étudiés. Les archives dont se serventLiliane Hilaire-PérezetEvelyne Oliel-Grausz sont,entre autres, les archives, particulièrement abondantes, de l’industriel Matthew Boulton, « fondateurde la manufacture de quincaillerie de Soho à Birmingham en 1765 et futur partenaire de James Watt pour la construction des machines à vapeur». Ce qui intéresse ici les deux historiennes, ce sont les réseaux européens de l’industriel et en particulier ses correspondants juifs. La judéité de ces partenaires économiques n’avait pas attiré l’attention des historiens de la Révolution industrielle. Il faut dire qu’en ce qui concerne les juifs anglais et jusqu’à une époque très récente, le déficit historiographique est frappant. L’article se penche sur les raisons, multiples, de ce déficit. Si cette question s’inscrit dans le problème plus général de l’historiographie des minorités en Grande-Bretagne, elle contient aussi une spécificité que l’on peut, entre autres, relier au tabou de l’association entre juifs, argent et pouvoir. Il faut donc reconsidérer ce «terrain miné» et réévaluer le rôle des juifs en termes de leur «utilité 4  VoirMaurice Goldring, «Racialisation des Irlandais»,in MichelPrum (dir.),Exclure au nom de la race, Paris, Syllepse, 2000, pp.97-115. 8
économique […] pour les nations qui les accueillent». Cette réévaluation dans l’historiographie ouvre des perspectives dans l’étude des dynamiques fondatrices des Lumières et de l’identité anglaise. L’identité juive des correspondants de Matthew Boulton, au e XVIII siècle,peut s’inscrire dans une réflexion sur les minorités et la diaspora. Cette réflexion est l’objet de l’ouvrage de Richard Marienstras,Être un peuple en diaspora, paru en 1975, et dontÉlise Marienstras, sa compagne de vie, prépare une réédition. Richard Marienstras, rappelle-t-elle ici, n’aimait pas parler d’«identité »,terme qu’il trouvait «usé jusqu’à la corde ».En revanche, celui de «peuple juif» lui semblait fécond de par sa polysémie. Pour éclairer le sens de « peuple » juif, Élise Marienstras a recours à une historiographie postérieure au livre de son mari, puisqu’elle rappelle la polémique que souleva, entre autres en Israël, l’ouvrage de Shlomo Sand, au titre provocateur :Comment le peuple juif fut inventé (1981).C’est à l’opposé des positions de Sand et des autres «nouveaux historiens» que l’ouvrage de Richard Marienstras peut être lu. Pour lui, c’est «en tant que minorité non territoriale historique que les Juifs existent dans leur ensemble en tant que peuple». C’est dans sa «vocation minoritaire »et dans son mode d'existence en diaspora, dit Richard Marienstras, que le peuple juif est exemplaire. L’histoire de l’installation du «peuple juif» dans les frontières de l’État-nation d’Israël est une histoire étroitement liée à celle des Britanniques du mandat. Les Britanniques, installés à Jérusalem dans le cadre du mandat ratifié en 1921 par la Société des Nations, en repartirent en 1948 avec amertume. Comme le rappelleMaggy Hary, ils ne considéraient pas la création de l’État d’Israël comme «l’aboutissement de leur mission telle qu’ils l’avaient envisagée » car l’instauration d’un Foyer national juif au Moyen-Orient devait se faire, selon eux, dans le cadre de la «double obligation» :envers les sionistes, d’une part, et envers les Arabes de Palestine, d’autre part. Mais ils ne pouvaient bien sûr pas prévoir, au début des années 20, la montée du nazisme et les persécutions antisémites qui allaient provoquer une immigration massive des juifs et exacerber l’antagonisme entre juifs et Arabes, ce qui allait conduire aux révoltes arabes de 1936-1939. Cette évolution de la situation allait pousser les Britanniques « à donner la priorité aux Arabes 9