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Comprendre le langage

De
216 pages

Ce petit livre explique en termes simples en quoi consiste ce merveilleux et complexe instrument qu’est le langage humain, comment il se distingue des autres systèmes de communication, comment il s’enracine dans l’évolution des espèces pour dépasser incommensurablement le niveau des animaux et celui des premiers humains. Le parent intéressé pourra utiliser le compte rendu précis de l’acquisition du langage depuis le prénatal jusqu’à 12 ou 13 ans, dans la deuxième partie de l’ouvrage, pour suivre de près et, grâce aux conseils donnés, optimiser les progrès de son enfant dans ce domaine passionnant. Enfin, la troisième partie du livre fournit un éclairage sur l’explication de l’acquisition du langage par l’enfant, une question longtemps controversée.


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Copyright
Cet ouvrage a été composér Edilivre 175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50 Mail : client@edilivre.com www.edilivre.com
Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, intégrale ou partielle réservés pour tous pays.
ISBN numérique : 978-2-332-85183-3
© Edilivre, 2017
Pour Jolan, Luka, Noémie, Enes Han, Valentina, Fatih Emin, et Quentin
Préface
L’exposé est divisé en trois parties.La première situe le langage humain dans le contexte général de lacommunication. Il importe si on veut comprendre de nombreux aspects du langage tel que nous le pratiquons, de s avoir d’où il vient et comment il se situe par rapport aux autres systèmes de communication. La deuxième partie reprendle cours du développementen modalité langagier orale chez l’enfanten suivant un ordre chronologiquedepuis la naissance, et même avant en fin de période intra-utérine, jusqu’à l’ad olescence. Chaque chapitre se termine par une série de points de repère qui en résume les aspects importants. Des conseils généraux sont également donnés à destination des pa rents et des éducateurs de façon à optimiser le développement. Enfin, la troisième partie répond en termes simples à la question qui a longtemps fait débatd’expliquer le développement langagier. On verra qu’il s’agit d’une heureuse conjonction de facteurs cognitifs, sociaux , psychologiques et neurogénétiques. La présentation de l’ouvrage a été volontairement s implifiée de manière à le rendre maximalement accessible. Le texte ne fait interveni r aucune référence bibliographique. On trouvera à la fin de l’ouvrageune liste de lectures complémentairesutiles pour un approfondissement éventuel. Les termes techniques, en nombre aussi réduit que possible dans un domaine où on ne peut éviter certa ines abstractions, sont expliqués dans le texte à l’endroit de leur première appariti on. Ils sont également repris dans un glossaire situé en fin d’ouvrage pour la facilité d u lecteur. Enfin, aucune note de bas de page, procédé courant dans les livres techniques, n e figure dans le texte.
Introduction
Le langage est un instrument à la fois decommunication (avec les autres) et de pensée (communication avec soi-même). Il suffit pour en saisir toute l’importance d’imaginer ce que serait la pauvreté sociale et con ceptuelle d’un monde sans langage. Toutefois, il convient de raison garder. Le langage est un important instrument de communication, mais la communication dépasse largem ent le langage. De même, le langage est un instrument de pensée fort efficace. Mais la pensée dépasse le langage. Il existe une pensée non langagière qui est loin d’ être dérisoire. Une bonne partie de l’histoire de l’aphasie (étude et traitement médica l et logopédique des troubles e e neurologiques de la fonction langagière), au 19 et au début du 20 siècle, a buté sur le problème des rapports entre pensée et langage, a vant de réaliser la double relation exprimée ci-dessus. La première partie du présent ouvrage est dévolue à une présentation de la communication en général et de son corollaire l’inf ormation, que la communication, lorsqu’elle est réussie, nous permet de partager av ec le partenaire. L’expression « Le langage », courante dans le publi c et qui fournit une partie du titre de ce livre, est ambiguë à strictement parler et potentiellement de nature à induire en erreur dans son unicité. Je l’utiliserai par fac ilité descriptive. Mais, il faut garder en mémoire qu’il n’existe pas un objet unique, tout em ballé, bien rond, qui correspondrait à cette notion simpliste. Le langage est unefonction, en réalité un ensemble intégré de fonctions. Fonction de communication entre les personnes, comm unication avec soi-même, comme indiqué ; mais aussi ce qu’on appelle lafonction phatique, c’est-à-dire un échange sans véritable contenu comme dans les fo rmules de politesse et autres vacuités des conversations banales. On pourrait pen ser que ce genre de production ne sert à rien et qu’on pourrait s’en dispenser. Ce se rait sans doute une erreur. La fonction phatique sert à maintenir ouvert un canal de commun ication entre personnes en relation, dès lors, de manière à permettre un trans fert efficace de contenus plus importants le cas échéant. Fonction de représentation de la réalité, ensuite. Il s’agit de se re-présenter (présenter de nouveau) la réalité du monde avec des mots et des phrases, constitués à partir desphonèmesdes sons propres à chaque langue). En français, on (l’ensemble dénombre 37 phonèmes avec lesquels on forme tous le s mots de la langue, et donc, à partir de là toutes les phrases possibles dans cett e langue. On ne confondra pas les phonèmes (de l’ordre de l’oral) avec lesgraphèmes (ordre de l’écrit). L’alphabet français comporte 27 lettres ou graphèmes. La diffé rence de nombre entre les deux registres (phonèmes plus nombreux que graphèmes) ex plique en partie les difficultés de l’orthographe française où on écrit beaucoup de mots différemment de la façon dont on les prononce. Par exemple, dans le mot courantoiseau, il ne se trouve aucun graphème correspondant aux phonèmes prononcés. Le m ot se prononce en réalité wazont, ils s’obstinent (aucune. Demandez aux francophones pourquoi, majoritaireme réforme sérieuse de l’orthographe n’a abouti depuis plus d’un siècle) à écrire souvent autre chose que ce qu’ils prononcent. De nombreuses autres communautés linguistiques veillent soigneusement à ne pas laiss er le registre de l’oral se décaler par trop de celui de l’écrit. La communauté francophone , curieusement, ne semble pas participer de cette saine préoccupation ; une résis tance sans doute putativement justifiée par l’extrême conservatisme de l’Académie Française, une vénérable
institution (créée à l’initiative du Cardinal et « premier ministre » Richelieu au début du e 18 siècle, et dont la mission historique consiste pré cisément à empêcher la langue de se modifier ; une tragique méprise puisque toutes l es langues se modifient avec le temps et la pratique faute de disparaître ou de se marginaliser. Tous les phonèmes d’une langue sont produits à part ir d’une petite liste de ce qu’on appelleles traits distinctifses, soit des caractéristiques articulatoires saillant auditivement, au nombre d’une petite dizaine en fra nçais (par exemple, l’opposition entre « voisé » (avec vibration des cordes vocales) et « non voisé », ou l’opposition entre « occlusion ou fermeture » sur le passage de l’air des bronches aux lèvres dans la production des phonèmes et « rétrécissement » (p rovoquant un bruit de friction) ; un contraste qui sous-tend la différence entre les con sonnes dites occlusives (par exemple,p, t, k, b, d, g, en français) et fricatives (par exemple,ch, j, v, s, z), toujours en français. Tous les énoncés en langue française sont donc prod uits au moyen d’une dizaine de traits articulatoires (il en va de même à quelqu es nuances près pour toutes les autres langues). Une extraordinaire économie et puissance productive ! Fonction de traitement de l’information et des cont enus mentaux,Le enfin. langage est une sorte d’algorithme de la pensée. Le terme algorithme a été inventé en e référence au philosophe persan du 8 siècle, Al-Khwarizmi, connu pour ses démonstrations mathématiques. Le langage sert d’alg orithme à la pensée, permettant de mettre en formule, de stocker économiquement en mémoire, de se rappeler, et d’analyser les représentations de la réalité extéri eure et les produits de notre réalité mentale personnelle. Les pathologies cérébrales dét erminant une perte importante ou un affaiblissement notoire de la fonction langagièr e, illustrent tragiquement par la négative le handicap mental ainsi créé outre celui induit dans la communication interpersonnelle. L’expression « le langage » désigne en réalitéun système langagier. Un système est un ensemble organisé et autogéré de constituant s ou composantes. Cela n’exclut pas les influences extérieures mais il s’y trouve u ne certaine « fermeture sur soi-même. » Un système peut s’intégrer dans un ensemble plus large ; par exemple, le langage s’intègre dans la communication humaine. Un système peut inclure un certain nombre de sous-systèmes. Les composantes du système langagier sont autant de sous-systèmes : les phonèmes, les mots du vocabulai re (oulexèmes) ,la sémantique relationnelle (les e, unerelations de sens entre les mots ; par exempl relation de possession entreJacques etvoiture dans le groupela voiture de Jacques), la morphosyntaxeappelle parfois grammaire), et (qu’on les régulations discursives (narrer, expliquer, justifier, décrire). Le tout s’inscrit surune toile de fond pragmatique (interpersonnelle, sociale). Le langageest modalitéeurs.. Il se réalise selon divers mécanismes sensori-mot Les plus connus sontle langage parlé(auditivo-oral),le langage écrit(visuo-manuel), e tle langage de signes gestuelsnt(visuo-manuel). Une infinité d’autres modalités so possibles ; certaines exotiques comme le silbo ou e spagnol sifflé, pratiqué encore il n’y a pas si longtemps dans les montagnes de l’île cana rienne de la Gomera, ou le langage tambouriné de certaines tribus africaines. On remarquera que le langage parlé est unidimensionnel (dimension de temps), le langag e écrit bidimensionnel (temps et espace à deux dimensions), et le langage gestuel tr idimensionnel (temps, espace à trois dimensions) ; ce qui structure de façon diffé rente leur expressivité. Le langage estlangue.s que deIl ne peut y avoir de langage sans langue, non plu langue vivante sans langage. Les deux réalités, bie n que distinctes, sont
interdépendantes. On estime qu’il existe sur la pla nète environ 5000 langues en usage. C’est probablement une évaluation restrictive. On d écouvre régulièrement de nouvelles langues. En outre, les relevés ne tiennent pas comp te des nombreuses variantes dialectales. La différence entre langue et dialecte est subtile. Le linguiste Jacobson avait coutume de dire qu’une langue est un dialecte avec une armée, voulant signifier par-là que la différence était relative à un critère extrinsèque. La langue fournit lecodele, c’est-à-dire l’ensemble des correspondances entre sens et les formes particulières admises dans une c ommunauté linguistique. La description du code, des codes, de leur histoire et évolution à travers le temps, est l’objet de la linguistique (synchronique et diachro nique ou historique). La linguistique n’est pas une science expérimentale à la différence de la neurologie et de la psychologie du langage. Elle est restreint e épistémologiquement à utiliser comme principal critère de validité celui d’adéquat ion descriptive, c’est-à-dire la correspondance entre la pratique de la langue et le s descriptions qu’on peut en faire de l’extérieur, en quelque sorte. Le problème est qu’i l se trouve de nombreuses façons de décrire un objet aussi complexe qu’une langue ; ce qui explique qu’il y a pratiquement autant de théories linguistiques qu’il y a de lingu istes. La neurologie et la psychologie du langage (encore appelée psycholinguistique), sont des sciences fonctionnelles et expérimentales. Elles ont l’obligation de valider leurs théories à la lumière des données non seuleme nt d’observation, mais aussi d’expériences provoquées (planifiées) et/ou invoqué es (ou naturelles, celles déterminées, notamment, par les pathologies). Ce fa isant, elles sont en mesure de choisir objectivement entre théories explicatives a lternatives. Là où la langue fournit le code, le langage rend po ssible sa réalisation grâce à un cerveau langagier, spécifiquement humain, et undispositif complexe sensoriel et moteureau langagier et dispositif, également largement spécifique à l’humanité. Cerv sensoriel et moteur sont eux-mêmes les produits dév eloppementaux de prédispositions génétiques particulières chez les Homo sapiens sapi ens que nous sommes. Enfin,nt et la langue d’unla fonction langagière est l’objet d’un développeme apprentissage. Ils s’insèrent dans le développement cognitif et social de l’être humain. Il en sera question au chapitre 2. Ce développement et cet apprentissage exigent une explication qui sera fournie au chapitre 3.
1 Communication et langage humain
Lecircuit de la communication verbale a été décrit de puis longtemps, en termes de locuteur (celui qui envoie le message),récepteur (interlocuteur), canal de communication (modalité et médium),bruitqui peut gêner la communication), et (ce message. Communiquer, c’est mettre quelque chose en commun a vec l’interlocuteur. Ce quelque chose est uneinformation. En théorie de l’information, on définit une information minimalement comme la connaissance impa rtie qui permet de choisir entre deux branches d’une alternative. L’information en q uestion doit, en principe, être nouvelle, c’est-à-dire ne pas déjà être à la dispos ition du récepteur avant l’acte de communication. Si demain, consultant mon quotidien, je lis que la terre est ronde, il ne peut s’agir d’une information au sens strict (cela l’aurait été il y a plusieurs siècles). En matière de pragmatique du langage, on parle d’in formation ancienne et d’information nouvelle.plusieurs La distinction est importante, car elle sous-tend aspects déterminants de l’énonciation. L’informatio n dite ancienne, est celle qui sert de fondement à l’énoncé, le plus souvent formulée en d ébut d’énoncé. On la nomme parfois « présupposé », voulant signifier qu’elle r envoie à une connaissance que le locuteur peut raisonnablement supposer être présent e chez son interlocuteur. Si je dis, Mon frère Jacques a acheté un terrain à construire, cela présuppose nécessairement que j’ai un frère et qu’il porte le nom deJacques. A défaut, l’énoncé n’est pas interprétable, c’est-à-dire qu’on ne peut lui attri buer une valeur de vérité (vrai/faux/douteux). L’information dite nouvelle es t le « posé » ou le « foyer assertif » de l’énoncé. Au sens de la théorie de l’information , toutefois, il ne peut exister une information ancienne. Et comme indiqué, toute information est nouvelle par définition.
1.1. Ubiquité de la communication
La communication est un phénomène omniprésent dans l’univers (et comme le pensent de nombreux physiciens, constitutif de l’un ivers). Le partage d’information est un attribut coextensif de la vie y compris dans ses aspects biologiques les plus fondamentaux. Il vaut la peine de s’y attarder un p eu pour mieux situer le langage dans le concert biologique de la communication où il tro uve sa source première. Les bactéries communiquent entre elles, notamment, au moyen de molécules, qui sont ce qu’on appelle, depuis les années 1950, les antibiotiques. Ces molécules, à faible concentration chimique, servent de signaux a ux communautés microbiologiques pour s’organiser. Et c’est seulement à forte concen tration que les mêmes substances deviennent toxiques pour les mêmes organismes. Cela explique sans doute pourquoi moins d’1% des bactéries connues sont cultivables e n laboratoire ; soit en l’absence ou avec une forte réduction des signaux émis par le s autres membres de la communauté bactérienne pour la nutrition et d’autre s activités cellulaires. Les organismes unicellulaires, sans ébauche de syst ème nerveux, communiquent au moyen de radiations électromagnétiques. Par exem ple, les paramécies Paramecium caudatum exploitent deux fréquences part iculières, dont une située dans l’ultraviolet, pour communiquer des informations in fluençant la croissance et les comportements alimentaires de leurs colonies. Il se mble bien que l’objectif premier de ces échanges d’information soit la coopération en v ue de créer des ensembles intégrés
à bénéfices mutuels. Parmi les organismes multicellulaires, les cellules communiquent selon une variété de signaux (par transduction de l’information de la surface de la cellule à travers la membrane plasmique et transmission vers la cible in tracellulaire). Lorsque ces signaux, ou certains d’entre eux, viennent à faire défaut, ou se modifient anormalement, les cellules procèdent à leur propre destruction (apoptose, par activation de certains gènes permettant de « fabriq uer les armes » que la cellule utilise pour s’autodétruire).
1.2. Modalités de la communication
Les indications concernant les espèces animales, de puis les plus élémentaires jusqu’à celles considérées comme supérieures, illus trent l’extraordinaire diversité des dispositifs communicatifs inscrits dans les patrimo ines génétiques. Les unicellulaires procaryotes (cellules sans noyau) et eucaryotes (av ec noyau) réagissent à plusieurs caractéristiques de l’environnement (tropismes) et émettent des signaux chimiques à destination des congénères (sans qu’il s’agisse d’u n contexte reproductif puisque ces espèces sont asexuées). Une importante littérature existe sur la communicat ion naturelle chez les animaux. Celle-ci intervient au moyen de codes de signaux in nés bien que certaines modifications puissent intervenir par apprentissage . Les signaux correspondent à un petit nombre de situations standards (danger, appro che d’un prédateur, commande de la fuite, invite au rassemblement, contrôle et regroupement de la progéniture, présence d’aliments ou de proies, invite sexuelle, localisat ion du partenaire, manifestation d’hostilité inter-ou intraspécielle). Les media phy siques correspondent aux modalités sensorielles privilégiées par l’espèce : chimique , par exemple, les phéromones composées d’atomes de carbone, chez les insectes, p oissons, et mammifères ; les champs électriques alternatifs chez certaines espèces d’insectes ; les signaux au ditifs chez d’autres insectes, les reptiles, oiseaux, et m ammifères ; les signaux vibrationnels chez certains mammifères comme les taupes souterrai nes ; les signaux lumineux chez diverses espèces d’insectes fabriquant leur propre lumière, ainsi les lucioles (Photinus pyralis) du continent américain ; et les signaux ge stuels chez les primates. On oppose habituellement lessignaux, indices et traces, d’une part, et lessignes (linguistiques ou autres, images et dessins), d’aut re part. Tous ont unesignification (sens, signifié), unsignifiantunematériel), renvoient à un élément ou à  (dispositif catégorie d’éléments de la réalité extérieure (référentiation), et entrent donc dans le champ de lasémiotique.Ces indications importent dans la mesure où elles permettent de mieux situer et de comprendre le fonctionnement lexical au niveau humain il sera question plus avant. Il est intéressant de relever que la distinction en tre signal et signe n’est pas absolue. Il est vrai que la plupart des communicati ons dans le monde animal intervient au moyen de signaux, mais il y a plus. On doit faire le détour par la notion de représenta tion ou mieux desubstitut représentatif. On considère traditionnellement qu’un signal ne p eut être un substitut représentatif dès lors qu’il fait partie de la réal ité référée (par exemple, le coup de pistolet du starter pour la course automobile ; le cri d’alarme des oiseaux). Les indices, traces, ou symptômes sont dans le même cas. Les images, les dessins, et les signes linguistiques sont de vrais substituts représentati fs. Ne faisant pas partie de la réalité référée, ils peuvent s’y substituer et ce faisant l a représenter, soit analogiquement comme les images et les dessins concrets ; soit abs traitement comme les mots des
langues). La définition du signe est « quelque chose qu’on utilise pour désigner quelque chose d’autre ». Unsigne est dit motivé (parfois appelésymbole) si sa composition rappelle l’entité désignée d’une quelconque manière . Le caducée, symbole de la médecine, est un substitut représentatif de cette d ernière sans en faire partie (un caducée n’a jamais soigné personne). C’est un signe motivé car il rappelle le serpent d’Epidaure, une ville de la Grèce antique célèbre p our son sanctuaire d’Asclépias, Dieu de la médecine, et les guérisons qui s’y opéraient.Les signes linguistiques sont arbitrairesavec les significationsleur quasi-totalité, les formes n’entretenant  dans d’autre rapport que conventionnel et variable selon les langues (les exceptions sont qualifiées d’onomatopées). Toutefois, les travaux des dernières décennies enéthologie de la communication apportent un éclairage intéressant surles lointaines origines du signe et les fondements de la capacité sémiologique. Chez les mammifères, les signaux peuvent incorporer des informations particulières relatives à la localisation de l’émetteur, son identité, s’il a besoin d’aide ou non (comme c’est le cas, par exemple, chez les hyènes mouchetées), l’identification d’un type particulier de prédateur, ou divers aspects du contexte physique ou social dans lesquels le signal est produit (par exemple, chez les écureuils californiens, les singes vervet du parc n ational Amboseli au Kenya, les singes macaques du Japon, et les chiens de prairie). Diverses expériences montrent que certains cris enr egistrés parmi les singes vervet, et reproposés ensuite en l’absence de préda teur, provoquent la fuite dans les arbres s’il s’agit d’un cri d’alarme « léopard », l a scrutation du ciel pour une alarme « aigle », et celle du sol pour une alarme « serpen t. Les jeunes singes produisent des alarmes « léopard » erronées en présence de divers mammifères, des alarmes « aigle » pour une grande variété d’oiseaux, et des alarmes « serpent » pour divers objets présentant certaines caractéristiques physiq ues des serpents. Un apprentissage est nécessaire de façon à restreindre les alarmes a ux catégories référentielles idoines. Des indications du même ordre ont été publiées égal ement concernant plusieurs variétés d’oiseaux. Ces données, relatives à ce que les chercheurs du d omaine appellentdes signaux catégoriels ou référentiels (on pourrait les nommer « présignes »),que suggèrent la distinction entre signal et signe doit être rela tivisée. Les signaux peuvent incorporer des éléments de représentation. Les observations ét hologiques illustrent l’existence d ’ u ncontinuum du signal au signe (motivé), attestant l’enracinement des signes dans la communication zoologique. On verra ci-dessous qu’il existe d’autres raisons d e postuler une continuité entre les capacités sémiotiques et langagières animales e t humaines, suggérant que le langage humain, bien qu’incommensurablement plus co mplexe que les systèmes de communication animale, a été préparé de longue date dans la phylogenèse.
1.3. Origines du langage humain
De nombreux travaux d’observation et d’expérimentat ion en laboratoire ou en milieu naturel ou reconstitué documentent d’importa ntes capacités langagières au sein de diverses espèces animales, particulièrement les primates non humains et les mammifères marins. Certes, il ne s’agit pas de lang age humain au sens propre (voir à la section suivante pour des précisions quant à ce qu’il convient d’entendre par cette expression). Mais un examen attentif et sans préjud ice « homocentré » des résultats obtenus depuis quelques décennies dans ce domaine, permet de se convaincre que le