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Considérations sur l'Algérie - Ou les Faits opposés aux théories

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58 pages

De toutes les questions à l’ordre du jour qui occupent les esprits, celle de l’Algérie n’a pas cessé de grandir et de rester la plus sérieuse et la plus intéressante. En effet, elle touche à la fois à notre politique extérieure et intérieure, à la gloire de nos armes et à notre budget. A la possession de cette terre africaine se rattachent l’honneur de la France, la fortune des nationaux et la vie des hommes. Aussi, depuis la conquête de l’Algérie, les tribunes des deux chambres, les colonnes des journaux, les écrits périodiques, les brochures, les livres même, n’ont-ils cessé de retentir à cet endroit.

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Jean-Alexandre Le Pays de Bourjolly

Considérations sur l'Algérie

Ou les Faits opposés aux théories

CONSIDÉRATIONS SUR L’ALGÉRIE

De toutes les questions à l’ordre du jour qui occupent les esprits, celle de l’Algérie n’a pas cessé de grandir et de rester la plus sérieuse et la plus intéressante. En effet, elle touche à la fois à notre politique extérieure et intérieure, à la gloire de nos armes et à notre budget. A la possession de cette terre africaine se rattachent l’honneur de la France, la fortune des nationaux et la vie des hommes. Aussi, depuis la conquête de l’Algérie, les tribunes des deux chambres, les colonnes des journaux, les écrits périodiques, les brochures, les livres même, n’ont-ils cessé de retentir à cet endroit. Des hommes spéciaux, des publicistes, des historiens, ont pris la plume pour apporter le tribut de leurs lumières, et ont traité sous diverses faces les grands intérêts qui s’agitent en Afrique ; ils ont agrandi la question, et, de proportions minimes d’abord, l’ont élevée à des proportions gigantesques. Ils ont éclairci les faits, débrouillé les choses, et ont, en un mot, chacun en ce qui les concerne, présenté consciencieusement leur système d’amélioration. En présence de tant d’autorités dont nous respectons le talent et les vues, la plume découragée aurait dû tomber de nos mains ; mais, soutenu par cette idée que celui qui a vu, commandé, exécuté, qui a pour lui l’expérience des faits et des choses passées sous ses yeux, ses observations de tous les jours et de toutes les heures, peut faire quelques révélations utiles, jeter de la lumière sur les choses douteuses, dire, en un mot, ce qui n’a pas encore été dit, nous avons entrepris cette tâche sans hésiter. Nous n’avons pas cependant la prétention d’ajouter beaucoup à tout ce qui a été dit sur cette matière, mais nous avons celle d’appuyer de faits ce qui jusqu’ici ne l’avait été que de théories ; et si l’expérience et la pratique, qui sont aussi une autorité, nous permettent de mettre en relief quelques parties saillantes du tableau restées inaperçues ; si de ce que nous allons écrire résulte une pensée utile et salutaire, nous croirons avoir accompli notre devoir de citoyen et de soldat, en apportant aussi notre pierre au monument.

Dans l’état actuel des choses, la première question à poser est celle-ci, de laquelle découlent naturellement les deux autres relatives à l’entière conquête et à la colonisation : la France peut-elle et doit-elle continuer indéfiniment les sacrifices en hommes et en argent qu’elle s’est imposés, surtout depuis dix ans, et qu’elle s’impose encore ?

Depuis dix ans en effet les forces numériques sont doublées, et chaque jour la nécessité de les augmenter se fait sentir. Or, en admettant que les choses se maintiennent comme par le passé, les pouvoirs législatifs, confiants jusqu’à l’extrême, continueront-ils à voter, sur la simple demande ministérielle, les subsides en hommes et en argent qui seront réclamés ?

Mais sans vouloir préjuger ici le jour où ces mêmes pouvoirs refuseront leurs votes à un ministère, ne doit-on pas prévoir tel événement politique, telle complication européenne, qui rendra impossible même la mesure la plus légalement sanctionnée ?

Que deviendra alors l’Algérie ? Quelle sera la situation des hommes et des choses ? Le gouverneur, abandonné à ses propres forces, se trouvera devant un ennemi d’autant plus ardent, que celui-ci, instruit de ce qui se passera, rêvera la victoire, comme c’est la coutume chez les Arabes à la plus petite circonstance favorable à leur cause, qu’il prêchera de nouveau la guerre sainte, et entraînera peut-être les tribus restées fidèles par intérêt ou par force, mais toujours enclines au fanatisme et à la guerre. Dénué de secours, d’argent et d’hommes, privé de l’élite de ses officiers, qu’on prendra de préférence pour la guerre d’Europe, le gouverneur se trouvera dans la position de Bonaparte sur la rive d’Égypte. Comme lui sans doute, il n’aura ni plus d’énergie ni plus d’habileté ; il sera contraint de partir, de quitter l’Afrique. Comme à cette époque, ce départ deviendra le signal de la démoralisation des troupes, et trouveront-elles encore un général Kléber pour le remplacer ?

C’en est fait alors de l’Algérie. Communication interdite, petit nombre de forces, découragement, abandon et peut-être encore poignard d’un fanatique sur le général en chef, et la France sera contrainte de renoncer à sa conquête arrosée du sang de tant de braves, témoin de tant de hauts faits, gouffre de tant d’hommes, de tant d’argent, de tant de sacrifices !

Nous nous plaisons à croire que nous ne venons pas de tracer l’horoscope de l’Algérie ; mais par cela seul que ces lignes sont écrites par une plume française, elles doivent éveiller la sollicitude des gouvernants.

Nous ne voulons pas être de ceux qui croient à l’intention d’abandonner notre conquête. Cette pensée désastreuse et anti-nationale ne saurait germer dans aucun cerveau français ; mais vivant au jour le jour, sans prévisions politiques, sans rien fonder sur l’avenir, nous marchons inévitablement à la catastrophe contre laquelle nous voulons prémunir ; et qu’elle arrive par les circonstances que nous avons prévues ou par d’autres, les résultats seront les mêmes !