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Contribution à l'étude des accidents mentaux chez les hystériques

De
322 pages
Cet ouvrage est la thèse de médecine sur l'hystérie soutenue en 1893 par Pierre Janet. Pour lui, l'hystérie est une maladie mentale caractérisée par des symptômes moraux ; le principal est un affaiblissement de la faculté de synthèse psychologique avec rétrécissement du champ de la conscience. L'hystérie est ainsi une forme de désagrégation mentale caractérisée par la tendance au dédoublement permanent de la personnalité, une idée que Freud et Breuer défendait la même année (1893).
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Contribution

à l'étude des accidents

mentaux chez les hystériques
(1893)

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Du même auteur Pierre JANET, Conférences à la Salpêtrière (1892), 2003. Pierre JANET, Leçons au Collège de France (1895-1934), 2004. Pierre JANET, La psychanalyse de Freud (1913), 2004. Dernières parutions Théodule RIBOT, La psychologie anglaise contemporaine (1870), 2002. Théodule RIBOT, La psychologie allemande contemporaine (1879),2003. Serge NICOLAS, La psychologie de W. Wundt (1832-1920), 2003. Serge NICOLAS, Un cours de psychologie durant la Révolution, 2003. L.F. LELUT, La phrénologie: son histoire, son système (1858), 2003. A. BINET, Psychologie de la mémoire, 2003. A. BINET, La graphologie: Les révélations de l'écriture (1906), 2004. A. BINET, & Th. SIMON, Le premier test d'intelligence (1905),2004. A. BINET, L'étude expérimentale de l'intelligence (1903), 2004. A. BINET, & Th. SIMON, Le développement de l'intelligence (1908), 2004 Pierre FLOURENS, Examen de la phrénologie (1842), 2004. H. BERNHEIM, De la suggestion dans l'état hypnotique (1884), 2004. Paul BROCA, Ecrits sur l'aphasie (1861-1869), 2004. Serge NICOLAS, L'hypnose: Charcot face à Bernheim, 2004. Alexandre BERTRAND, Du magnétisme animal en France (1826), 2004. Auguste A. LIEBEAULT, Du sommeil et des états analogues (1866), 2004 J. DELEUZE, Histoire critique du magnétisme animal (1813, 2 vo1.), 2004 F.J. GALL, Sur les fonctions du cerveau (Vol. 1, 1822), 2004.

Pierre JANET

Contribution à l'étude des accidents mentaux chez les hystériques
(1893)

Introduction de Serge NICOLAS

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Hongrie 1053 Budapest Kossuth L.u. 14-16 HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannattan,2004 ISBN: 2-7475-7381-8 EAN: 9782747573818

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

À cause de la spécificité de la psychologie, Théodule Ribot (1839-1916) pensait qu'un psychologue devait nécessairement obtenir un double doctorat: en philosophie et en médecine. Pierre Janet (1859-1947) allait suivre ces conseils. C'est le 21 juin 1889 que Janet avait soutenu brillamment sa fameuse thèse française de philosophie: L'automatisme psychologique, essai de psychologie expérimentale sur les formes inférieures de l'activité humaine. Cette thèse fut très bien reçue aussi bien par les philosophes, les psychologues que par les médecins. Pour les philosophes, la notion d'activité psychologique subconsciente rendait possible une synthèse entre l'ancienne et la nouvelle psychologie en préservant l'unité du moi. La psychologie pathologique devenait compatible avec l'approche introspective traditionnelle. Pour les médecins, il s'agissait plutôt d'une recherche sur l'hystérie. Quatre ans plus tard (1893), Janet allait s'engager, sous la direction de Jean-Martin Charcot (1825-1893), dans la défense d'une nouvelle thèse, cette fois-ci dans le domaine de la médecine. La qualité de sa thèse de philosophie lui avait permis d'obtenir sa mutation pour Paris en 1889 où il enseigna la philosophie au lycée Louisle-Grand (1889-1890) puis au Collège Rollin (1890-1895). C'est en 1890 que Charcot lui confie la direction d'un laboratoire de psychologie à l' hôpital de la Salpêtrière. Janet s'engage alors dans des études de médecine et devient un proche collaborateur de Charcot. C'est dans le cadre de ses travaux de recherche sur l'hystérie que Charcot va demander er à Janet de donner en 1892 une série de conférences (11 mars, 17 mars, 1 avril) à la Salpêtrière sur ce sujet qui seront publiées dans les Archives de

Neurologie (dirigées par Charcot) avant d'être réunies en volume1 en 1892 et republiées récemment chez L' Harmattan2 . Le contenu original de ces conférences était le prélude à son ouvrage sur l'état mental des hystériques. À l'occasion de sa dernière conférence datée du 1er avril 1892, Janet annonce la parution prochaine, dans la collection CharcotDebove, d'un ouvrage sur ce thème qui complètera ses premières conférences de la Salpêtrière3. Dans sa thèse philosophique de 1889, l'auteur avait déjà eu l'occasion d'étudier certaines hystériques présentant avec une grande netteté des phénomènes d'automatisme psychologique. Au lieu de rattacher accidentellement la description des malades à l'étude des problèmes philosophiques, il va étudier le malade en lui-même et pour lui-même. Les études psychologiques ne sont plus qu'accessoires et servent seulement à mieux faire comprendre des phénomènes maladifs, « dans lesquels, disait Charcot, sans contestation possible, l'élément psychique joue un rôle considérable quand il n'est pas prédominant». L'hystérie, avait dit Briquet en 1859 dans son Traité sur cette question, est une maladie générale qui modifie l'organisme tout entier. Si elle trouble la nutrition et toutes les fonctions physiologiques, elle trouble aussi les phénomènes psychologiques qui sont l'une des fonctions de l'organisme. C'est l'étude de ces perturbations psychologiques qui forme le sujet des deux volumes de Pierre Janet dont nous allons parler. Les symptômes hystériques, tout en restant de même nature, se présentent cependant de deux manières différentes. Tantôt ils sont essentiels, constitutifs de la maladie, permanents, et jusqu'à un certain point indifférents au malade; tantôt, au contraire, ils sont accidentels, passagers ou périodiques, et pénibles. Cette différence a donné lieu à la distinction classique en stigmates et accidents, que Janet conserve pour nous exposer dans un premier volume l'analyse des stigmates mentaux, dans un second celle des accidents mentaux de l'hystérie 4 ; sa thèse de médecine servira à rédiger le texte de ce second livre.

I Cette publication semble être restée très confidentielle. 2 Janet, P. (2003). Conférences à la Salpêtrière: Anesthésie, amnésie et suggestion chez les hystériques (1892). Paris: L'Harmattan. 3 Ibidem. 4 Pour la suite, nous nous sommes très largement inspiré de l'excellente analyse de ces deux ouvrages donnée par 1. Séglas (1894). Analyse bibliographique. Revue Philosophique de la France et de l'Étranger, 38, 435-443.

VI

À propos de l'ouvrage intitulé État mental des hystériques: stigmates mentaux (1893)

Les

L'ouvrage de Janet5 intitulé État mental des hystériques, les stigmates mentaux, préfacé par Charcot6, résume et complète un certain nombre d'études précédentes 7 sur les stigmates: c'est le nom qu'on donne aux symptômes hystériques essentiels, permanents, constitutifs de la maladie, lesquels sont jusqu'à un certain point indifférents au malade. Les stigmates mentaux sont les anesthésies, les amnésies, les aboulies, les troubles du mouvement, les modifications du caractère. L'étude des anesthésies (chap. I, pp. 6-78) vient tout naturellement en tête de l'analyse de l'état mental des hystériques. Quel que soit leur siège, elles peuvent se présenter sous des formes variées, être systématisées, localisées ou générales; mais, dans toutes ces formes, elles conservent des caractères qui leur sont propres. Dans sa répartition systématisée ou localisée, l'anesthésie dépend des idées du sujet beaucoup plus que de la construction anatomique des organes. Même lorsqu'elle est générale, elle modifie très peu et le plus souvent aucunement le fonctionnement physiologique des membres. Elle est absolument indifférente au malade qui l'ignore même, avant qu'on la lui ait signalée et par ces caractères se distingue déjà des anesthésies de cause organique. Mais il en est d'autres encore qui accentuent cette distinction: c'est ainsi que l'anesthésie hystérique non seulement est très mobile, change d'un moment à l'autre, mais encore, pendant le même instant, varie et se manifeste par des phénomènes contradictoires suivant la façon dont on interroge le sujet. En fait, elle n'existe ni dans les membres, ni dans la moelle, ni dans les centres basilaires, mais dans l'esprit. Dans l'esprit lui5 Janet, P. (1893). État mental des hystériques,
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les stigmates

mentaux.

Paris:

Rueff et Cie.

Voilà le contenu de cette préface datée du 1ernovembre 1892: «Je suis heureux de

recommander au public médical le livre d'un de mes élèves, M. Pierre Janet sur l'état mental des hystériques. Ces études, commencées depuis longtemps, ont été complétées dans mon service et exposées dans quelques conférences que M. Janet a faites, ce printemps, à la Salpêtrière. Elles viennent confirmer une pensée souvent exprimée dans nos leçons, c'est que l'hystérie est en grande partie une maladie mentale. C'est là un des côtés de cette maladie qu'il ne faut jamais négliger si l'on veut la comprendre et la traiter. M. Pierre Janet a voulu joindre aussi complètement que possible les études médicales aux études philosophiques,. il fallait réunir ces deux genres de connaissances et ces deux éducations pour essayer d'analyser cliniquement l'état mental d'un malade. » Mais les déclarations de Charcot ne constituent pas une conversion à une approche entièrement psychologique de l'hystérie. 7 cf. Janet, P. (2003). Conférences à la Salpêtrière: Anesthésie, amnésie et suggestion chez les hystériques (1892). Paris: L'Harmattan.

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même, elle porte sur un phénomène particulier: ce n'est que rarement une altération des sensations élémentaires qui restent ce qu'elles doivent être et qui conservent toutes leurs propriétés. Elle porte sur une opération très spéciale, sur la perception personnelle qui nous permet à chaque moment de la vie de rattacher entre elles et à la notion de personnalité les sensations nouvelles. Elle est due à une faiblesse de cette synthèse des éléments psychologiques, que l'auteur appelle la désagrégation psychologique: c'est une maladie de la personnalité. Un autre symptôme, très fréquent, de l'état mental hystérique, c'est l'amnésie (chap. II, pp. 79-121), revêtant les formes les plus diverses. Ce sont d'abord les amnésies systématisées, localisées, générales; puis les amnésies continues, ces dernières très spéciales. En effet, tandis que les trois premières formes sont de véritables amnésies, portant sur des souvenirs réels que le malade a possédés et a pu manifester pendant un certain temps, dans l'amnésie continue les souvenirs sont altérés dans leur formation même: le malade perd alors d'une manière continue la faculté d'acquérir des souvenirs: plutôt que d'une amnésie, il s'agit alors d'un trouble dans l'attention, dans la façon de percevoir les choses. Considérées dans leur ensemble, toutes les modalités d'amnésie revêtent les mêmes caractères attribués aux anesthésies, de ne pas troubler le fonctionnement intellectuel qui cependant est la conséquence immédiate de la mémoire, d'être indifférentes, mobiles, contradictoires. Cela n'a rien d'étonnant puisqu'il s'agit toujours d'un même trouble psychologique, d'une faiblesse de synthèse mentale s'adressant non plus aux sensations, mais aux images qui sont là-bas des souvenirs. L'aboulie (chap. III, pp. 122-162) qui, sous toutes ses formes, est une des lésions les plus communes dans les affaiblissements de l'esprit, se rencontre également dans l'hystérie. Au premier abord, les hystériques se présentent sous deux aspects différents, tantôt remuantes, agitées, tantôt rêveuses et mélancoliques. Au fond ces deux types reviennent au même; les malades ont perdu toute activité sérieuse et utile. Ce sont des abouliques. Si l'on peut encore distinguer les aboulies en systématisées, localisées et générales, il est à remarquer toutefois que les deux premiers groupes sont mal déterminés, et le troisième seul important. Les aboulies générales, portant simultanément sur toutes les actions et toutes les pensées, se présentent sous deux aspects presque toujours réunis, mais que la description peut séparer: les aboulies motrices et les aboulies intellectuelles. Elles ont d'ailleurs les mêmes caractères que les VIII

anesthésies et les amnésies: mais de plus elles mettent bien en lumière quelques traits qui existaient déjà dans les autres stigmates, bien que moins manifestes, et qui se traduisent par la conservation des actes anciens, la perte des actes nouveaux, la conservation des actes subconscients et la perte de la perception personnelle des actes, de l'assimilation des actions nouvelles à la grande notion de la personnalité ancienne. Cette lésion fondamentale de l'esprit des hystériques donne bien à l'aboulie la signification d'un stigmate et permet de la rattacher à ceux précédemment décrits. Résolution rare et pénible, mouvements volontaires lents et difficiles, attention réduite, impuissante et suivie même d'accidents dangereux, doute et inintelligence pour les idées nouvelles et en même temps impulsions irrésistib les, continuation monotone d'une même action habituelle, besoin de commandement et de direction, et docilité exagérée, ce sont des caractères en apparence variés qui dépendent tous d'une même lésion de l'esprit. Aux stigmates mentaux se rattachent certaines altérations des mouvements surtout volontaires (chap. IV, pp. 163-206). Ces mouvements présentent d'abord des troubles généraux existant aussi bien du côté sensible que du côté insensible et qui sont simplement exagérés par l'anesthésie. C'est qu'ils sont ralentis, indécis, affaiblis et simplifiés, l'hystérique n'étant plus capable d'exécuter des actes complexes, nécessitant simultanément plusieurs mouvements différents. Lasègue a décrit certaines altérations du mouvement chez les hystériques anesthésiques, que l'on pourrait désigner du nom de syndrome de Lasègue, et qui reconnaissent la même origine. Ce syndrome n'est en résumé qu'un ensemble de perturbations du mouvement qui se présente dans un membre complètement anesthésique, quand le malade ne peut plus le regarder. Il se compose en réalité de phénomènes négatifs et de phénomènes pos itifs. Les premiers montrent en effet que, dans ces circonstances, en l'absence par exemple de toute notion visuelle, le mouvement est supprimé ou ne peut s'exécuter que de façon très spéciale (syncinésie, allocinésie, étérocinésie). Un second groupe de phénomènes nous montre au contraire que, dans les mêmes circonstances, certains mouvements peuvent être conservés (catalepsies partielles) manifestant non plus le côté négatif des stigmates, c'est-à-dire la perte, pour la conscience personnelle, d'une sensation, mais leur côté positif, la permanence dans l'esprit de toutes les sensations ou images sous la forme de phénomènes isolés et subconscients. De la catalepsie, on peut IX

rapprocher la contracture qui n'est qu'une forme différente d'actes subconscients, dans lesquels il semble que les images motrices soient encore moins conscientes, encore plus séparées de la perception personnelle du sujet qui est tout à fait incapable de les ressaisir. La présence de tous ces stigmates psychiques produisent dans la pensée et dans la conduite des modifications générales qui constituent les fondements du caractère des hystériques (chap. V, pp. 207-233). Du côté de l'intelligence, il existe un amoindrissement qui porte surtout sur le pouvoir de progresser et d'acquérir des notions nouvelles, par suite de la difficulté ou de l'impossibilité de l'attention. Par une sorte de contraste, perpétuel dans l'hystérie, tous les phénomènes d'automatisme intellectuel sont, au contraire, exagérés, d'où la tendance aux rêves incessants et aux idées fixes. D'autre part, le défaut de volonté amène l'indifférence et l'ennui. Au point de vue des émotions, on pourrait presque dire, sans faire de paradoxe, que les hystériques ont en réalité moins d'émotions qu'on ne le croit généralement et que leur caractère principal est ici, comme toujours, une diminution des phénomènes psychologiques. Chez une même malade les émotions différentes sont très peu nombreuses; de plus, elles sont très exagérées dans leurs manifestations, et même lorsqu'elles sont réelles elles sont disproportionnées par rapport à la circonstance qui les a provoquées. Ce livre de Janet formera le premier tome de ses études sur l'état mental des hystériques, le second tome, qui s'intitulera État mental des hystériques: Les accidents mentaux (1894) est en très grande partie la reproduction de la thèse de médecine de Janet soutenue l'année précédente et dont nous allons par 1ermaintenant. À propos de la thèse de médecine intitulée Contribution à l'étude des accidents mentaux chez les hystériques (1893)8 Le second tome sur l'État mental des hystériques sera constitué par la thèse de Janet soutenue à la Salpêtrière le 29 juillet 1893, sous la direction de Charcot, devant un jury composé de Ch. Richet, Joffroy et Chantemesse. Cette thèse a pour titre Contribution à l'étude des accidents mentaux des hystériques (1893). Pour Janet, l'hystérie est en grande partie une maladie mentale. Cette thèse, qui est une très remarquable et très
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Le texte presque intégral de cette thèse a été repris par P. Janet dans l'ouvrage État mental des hystériques .' Les accidents mentaux publié à Paris chez Rueff et Cie en 1894.

x

belle étude de la psychologie des hystériques, traite des symptômes qui sont surajoutés en quelque sorte à la maladie. Les accidents mentaux qu'il examine sont les idées fixes, les attaques, les somnambulismes et les délires. Un même malade, pendant le développement de l'hystérie, peut présenter toutes sortes d'accidents extrêmement nombreux et variés, ayant toujours cependant ce caractère commun de n'être pas uniquement des accidents physiques, mais en même temps des accidents moraux. Si on examine la conduite et la pensée des hystériques, on remarque bien vite que chez eux certaines idées ne se comportent pas comme les autres et prennent tout à coup une importance démesurée par rapport aux autres. C'est à certaines de ces idées que l'on a donné le nom de suggestions, et la suggestibilité des hystériques est aujourd'hui bien connue. Les suggestions (chap. I, pp. 5-55) peuvent se faire soit en somnambulisme, soit à l'état de veille, et ce sont ces dernières qui sont tout spécialement étudiées par l'auteur. On peut les ranger d'après leur ordre de complexité croissante et les distinguer en suggestions négatives, suggestions positives élémentaires, suggestions complexes, suggestions générales. Ce qui leur donne à toutes le caractère commun apparent de phénomène psychologique d'une importance exagérée, c'est la durée de ce phénomène en disproportion avec le temps qu'occupent d'ordinaire des phénomènes analogues; c'est aussi la fréquence des répétitions, la régularité amenant le rythme et la périodicité, la facilité de reproduction, le passage rapide de l'idée à l'acte, la conviction qui les accompagne, souvent à un tel degré qu'elles paraissent toujours être objectives. Leur mécanisme psychologique réside d'abord dans la conservation des phénomènes subconscients et automatiques qui fait qu'un système d'images anciennes organisé est reproduit, tend à vivre, c'est-à-dire à durer et à se développer complètement. Mais ce développement est d'autre part tout automatique, il n'est que la répétition des pensées anciennes et il s'effectue sans que le sujet en ait la perception personnelle. Ce caractère peut être constaté dans toutes les suggestions, mais il se montre d'une manière encore plus évidente dans certaines suggestions particulières. Les actes provoqués par ces procédés sont si nettement isolés, séparés de la personnalité, qu'ils méritent le nom d'actes subconscients. Ces actes subconscients peuvent être déterminés expérimentalement dans trois circonstances différentes: quand on provoque des mouvements dans les membres anesthésiques; quand on produit les suggestions par distraction, quand on se sert de la suggestion post-hypnotique. Quel que soit le XI

procédé employé pour les mettre en lumière, ce ne sont pas de simples réflexes mécaniques, mais des actes intelligents qui ne peuvent être compris que si on admet à leur propos, dans l'esprit du sujet, des sensations, des souvenirs et même des réflexions assez compliquées. De plus, ils s'accompagnent d'une absence de résistance, de volonté personnelle qui prouvent que le sujet les ignore. Comment se fait-il alors que le même acte puisse être à la fois intelligent et non conscient? Si l'explication psychologique est difficile, le fait n'en est pas moins incontestable et se présente de deux manières différentes: tantôt ce sont les phénomènes conscients perçus normalement par le sujet qui amènent à leur suite d'autres phénomènes subconscients, manifestés seulement par des mouvements que le sujet ignore; tantôt, au contraire, ce sont les phénomènes subconscients quelle que soit leur origine, qui existent les premiers et qui provoquent de temps en temps dans la pensée consciente des émotions, des images variées surgissant d'une manière inattendue. Tout cela ne peut s'expliquer que par la notion fondamentale du développement de certains phénomènes psychologiques en dehors de la perception personnelle, en dehors de la personnalité, et l'on peut résumer l'étude de la suggestion, soit qu'elle interrompe le cours de la conscience, soit qu'elle se développe à côté et en dehors de la conscience personnelle, en disant qu'elle est toujours une idée isolée de la grande masse des autres pensées, ayant un développement indépendant, et par suite ne pouvant se produire qu'à la condition que les innombrables images dont elle est composée puissent se réveiller et se disposer en série de la façon convenable. Le manque d'équilibre des pensées de l'hystérique ne se manifeste pas seulement dans des expériences artificielles de suggestion, mais donne aussi lieu continuellement à des phénomènes naturels tout à fait analogues. Les idées fixes (chap. II, pp. 56-143) sont des phénomènes de ce genre, c'est-à-dire se développant dans l'esprit d'une manière automatique, en dehors de la vo lonté et de la perception personnelle du malade. Les idées fixes des hystériques ont certains caractères propres à ces malades: tout d'abord, ils se rendent rarement un compte exact des idées fixes qui les obsèdent, et qui méritent ainsi le qualificatif de subconscientes. Ces idées, ignorées par le malade, peuvent se manifester de bien des manières: dans les attaques d'hystérie où elles s'expriment par des actes et des paroles, dans les rêves qui ont lieu pendant le sommeil ou dans les somnambulismes naturels qui surviennent souvent à ce moment, XII

dans le somnambulisme provoqué. À ces idées fixes se rattachent un grand nombre d'accidents hystériques, tels que les dysesthésies et hyperesthésies, les tics et les mouvements choréiques, certaines paralysies ou contractures. Mais leur action est encore plus étendue; elles ne se bornent pas à modifier isolément un phénomène ou une fonction, elles ont une influence des p lus graves sur tous les autres phénomènes psychologiques et transforment l'ensemble de la pensée. Cette opinion a déjà été exprimée en partie par ceux qui ont prétendu expliquer les stigmates mêmes de l'hystérie par des idées fixes. Si les idées fixes ne créent pas toujours les stigmates, elles peuvent tout au moins les modifier, ce qui d'ailleurs n'a rien d'étonnant. Les stigmates, en effet, ne sont que la manifestation d'une grande distraction, d'un rétrécissement du champ de la conscience: or les idées fixes sont elles-mêmes une cause de distraction, comme une pensée obsédante peut l'être à l'état normal. Chez des hystériques dont la force de pensée et de perception est déjà réduite, l'idée fixe va devenir encore plus gênante, elle absorbe le peu d'attention disponible et laisse le sujet plus distrait, plus anesthésique et amnésique que jamais. En dehors de ces accidents, il en est d'autres que l'on rencontre chez les hystériques et qui se distinguent des précédents en ce qu'ils sont aigus, momentanés, ou périodiques. De ce genre sont les attaques (chap. III, pp. 144-190) qui peuvent revêtir diverses formes: attaque émotionnelle ou de Briquet, attaque de tics ou clownisme, attaque d'idées fixes ou extase, attaque complète ou de Charcot. Considérées par leur côté psychologique, les attaques hystériques semblent dépendre de certaines émotions, images ou idées qui se reproduisent dans l'esprit des malades; elles semblent donc différer peu des autres accidents hystériques et se rattacher, comme la plupart d'entre eux, à des idées fixes plus ou moins complexes. Il est donc possible de résumer simultanément l'étude de ces mêmes accidents en examinant les caractères généraux que prennent les idées fixes dans l'hystérie. Elles se rapprochent des suggestions par leur durée, leur fréquence, leur facilité de développement, leur transformation en mouvements, leur régularité, leur caractère de réminiscence, de répétition. Elles ne peuvent se développer que si l'attention et la volonté sont énormément réduites: elles présentent en un mot au plus haut degré les caractères de l'automatisme psychologique: elles indiquent déjà une division des phénomènes de conscience qui va se manifester complètement dans les somnambulismes. XIII

Le somnambulisme (chap. IV, pp. 191-229) qui joue un rôle si considérable dans la pathologie de l'hystérique n'a pas de caractères qui lui soient propres: il est simplement un état normal, distinct de la vie anormale du sujet. Il faut pour le reconnaître pouvoir comparer l'état des malades avec leur vie normale et constater qu'il y a dans ces deux moments une autre répartition, un autre équilibre des phénomènes psychologiques. La différence souvent légère serait parfois fort difficile à apprécier si elle n'amenait pas un phénomène bien apparent, un trouble de la mémoire, le sujet possédant en somnambulisme des souvenirs particuliers qu'il ne retrouve plus quand il rentre dans son état normal. Un autre caractère qui distingue le somnambulisme des attaques, des extases, c'est qu'il s'accompagne d'un certain degré d'intelligence permettant jusqu'à un certain point la perception des phénomènes extérieurs. Chacun de ces deux caractères étant susceptible de variations nombreuses, on peut admettre deux classes de somnambulisme, l'une déterminée par l'étude des modifications de la mémoire et comprenant les somnambulismes réciproques, et dominateurs, en gradation; l'autre déterminée par la considération du degré du développement intellectuel et comprenant l'hémi-somnambulisme, le somnambulisme à forme léthargique, le somnambulisme cataleptique, le somnambulisme monoïdéique, le somnambulisme complet. Il existe d'ailleurs des formes intermédiaires et le même sujet peut présenter, suivant la manière dont on provoque le somnambulisme, suivant la durée de cet état, plusieurs de ces formes différentes. L'oubli au réveil qui est un des phénomènes essentiels du somnambulisme n'est, comme toutes les amnésies hystériques, qu'un trouble de la perception personnelle. Le somnambulisme est oublié parce qu'il est composé de phénomènes psychologiques rattachés par association, réunis autour de certaines sensations, de certaines idées même que le sujet ne sait plus percevoir, et formant toute une existence psychologique parallèle à la première. Le dédoublement de la personnalité, si manifeste dans certaines grandes observations de double existence, existe en réalité dans le plus simple des somnambulismes. Le somnambulisme n'est pas seulement intéressant en lui-même, il se rattache si intimement à tous les autres symptômes de l'hystérie qu'il permet de mieux les comprendre. Le somnambulisme complet n'est qu'une conséquence des stigmates hystériques, il est le développement de phénomènes subconscients, rêves ou idées fixes, il offre la plus grande analogie avec d'autres états analogues de durée plus courte, frayeur, XIV

extases, catalepsies, il est en rapport étroit avec l'attaque hystérique proprement dite: il est précisément caractérisé par le même phénomène qui se retrouve au fond de tous les symptômes hystériques, la désagrégation de l'esprit. Bien que la plupart des symptômes hystériques soient le résultat de certains désordres intellectuels, ils ne constituent pas des délires (chap. V, pp. 230-257) proprement dits. Mais il n'est pas rare de voir s'installer de véritables délires qui semblent être le développement de certains symptômes hystériques. L'aboulie en s'exagérant peut aboutir à la confusion mentale, les phénomènes automatiques au délire maniaque, les idées fixes au délire systématisé. On rencontre également chez les hystériques bien d'autres formes délirantes; mais pour admettre la nature hystérique du délire, il faut qu'il soit la conséquence d'un phénomène nettement hystérique; il faut ainsi constater, même dans le délire, le caractère fondamental de l'état mental hystérique, le dédoublement de l'esprit, la formation de phénomènes réellement subconscients. De toutes ces considérations (voir chapitre final, pp. 258-298) il résulte «que l'hystérie est une maladie mentale appartenant au groupe considérable des maladies par faiblesse, par épuisement cérébral; elle n'a que des symptômes physiques assez vagues, consistant surtout dans une diminution générale de la nutrition; elle est surtout caractérisée par des symptômes moraux; le principal est un affaib lissement de la faculté de synthèse psychologique, une aboulie, un rétrécissement du champ de la conscience qui se manifeste d'une manière particulière; un certain nombre de phénomènes élémentaires, sensations et images, cessent d'être perçues et paraissent supprimées de la perception personnelle; il en résulte une tendance à la division, permanente et complète de la personnalité, à la formation de plusieurs groupes indépendants les uns des autres; ces systèmes de faits psycho logiques alternent ou coexistent: enfin ce défaut de synthèse favorise la formation de certaines idées parasites qui se développent complètement et isolément à l'abri du contrôle de la conscience personnelle, et qui se manifestent par les troubles les plus variés d'apparence uniquement physique. » (pp. 297-298) On peut dire aussi plus simplement que « l'hystérie est une forme de désagrégation mentale caractérisée par la tendance au dédoublement permanent de la personnalité» (p. 298). Il est curieux de constater que

XV

Janet9 fait référence dans cet écrit à un des textes fondamentaux de Freud 10qui vient de paraître: « Le travail le plus important qui soit venu confirmer nos anciennes études est sans contredit l'article de MM. Breuer et Freud, récemment paru dans le Neurologisches Centralblatt. Nous sommes très heureux que ces auteurs, dans leurs recherches indépendantes, aient pu avec autant de précision vérifier les nôtres, et nous les remercions de leur aimable citation. Ils montrent par de nombreux exemp les que les divers symptômes de l'hystérie ne sont pas des manifestations spontanées, idiopathiques de la maladie, mais sont en étroite connexion avec le trauma provocateur. Les accidents les plus ordinaires de l'hystérie, même les hyperesthésies, les douleurs, les attaques banales, doivent être interprétés de la même manière que les accidents de l'hystérie traumatique par la persistance d'une idée, d'un rêve. Le rapport entre l'idée provocatrice et l'accident peut être plus ou moins direct, mais il existe toujours. Il faut cependant constater que, souvent le malade, dans son état normal, ignore cette idée provocatrice qui ne se retrouve nettement que pendant les périodes d'état second naturelles ou provoquées, et c'est précisément à leur isolement que ces idées doivent leur pouvoir. Le malade est guéri, disent ces auteurs, quand il parvient à retrouver la conscience claire de son idée fixe. « Cette division de la conscience, que l'on a constatée avec netteté dans quelques cas célèbres de double existence, existe d'une façon rudimentaire chez toute hystérique,. la disposition à cette dissociation et en même temps à la formation d'états de conscience anormaux que nous proposons de réunir sous le nom d'états hypnoïdes, constitue le phénomène fondamental de cette névrose. » (pp. 269-270) Pour Janet cette définition vient confirmer celles qu'il a déjà données, et qui cherchent à grouper tous les symptômes de la maladie autour d'un phénomène principal, le dédoublement de la personnalité.

Janet, P. (1893). Contribution à l'étude des accidents mentaux chez les hystériques (pp. 269-270). Paris: Rueff et Cie. Il reprend le contenu de l'article: Janet, P. (1893). Quelques définitions récentes de I'hystérie. Archives de Neurologie, 25, juin, n° 76, 417 -438. 10 Breuer, 1., & Freud, S. (1893). Ueber den psychischen mechanismus hysterischer Phaenomane. (Neurologisches Centra lb latt, 1893, n° 1 et 2). Cet article sera réédité deux ans plus tard dans les Études sur l'hystérie (1895) sous le titre de Communication préliminaire (voir l'édition classique en langue française de ce texte aux P. V.F.).

9

XVI

Il résulte des observations de Janet dans ses deux volumes que l'hystérie est essentiellement caractérisée par la faiblesse de la synthèse psychologique, par l'impuissance où est le sujet de réunir, de condenser ses phénomènes psychologiques, de les assimiler à sa personnalité. L'anesthésie et l'amnésie hystériques en sont des exemples. Dans la première, le moi laisse échapper des sensations qui restent hors du champ de la conscience devenu trop étroit. Dans la seconde, ce sont des images qu'il ne peut s'assimiler, parce qu'il ne peut les rattacher aux autres souvenirs. À la faiblesse de la synthèse psychique se joint, dans l'hystérie, la faiblesse de la volonté. On peut même dire qu'elle s'y ramène.

Nous remercions les petits-enfants de Pierre Janet, MmeNoëlle Janet et Mf Etienne Pichon, qui nous soutiennent toujours dans cette si belle tâche de réédition des œuvres de leur grand-père.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale à l'Université de Paris V - René Descartes. Directeur de la revue électronique « Psychologie et Histoire» Institut de psychologie Laboratoire de Psychologie expérimentale EPHE et CNRS UMR 8581 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France.

XVII

FACULTÉ
ANNÉE

DE MÉDECINE

DE PARIS

189.3.



THÈSE
POUR LE

DOCTORAT EN ~IED ECINE
PRÉSENTÉE ET SOUTENUE

Le

-

Samedi

2.9 Juillet
50

1893
-

PAR
Àncien Proft~sseur

PIERRE

JANET
MAI

NÉ A PARIS, LE

1859

élève de l'École normale supérieure agrégé de philosophie all collège Rollin Docteur ès lettres

CONTRIBUTIONA L'ÉTUDE
DES

ACCIDEN11S MENTAUX
CHEZ LES HYSTÉRIQ DES
Le Candidat répondra aux questions qui lui, seront (aites SU?'les diverses parties de l'enseignenzent médical Président, M. le professeur CHARCOT.
Juges lU. CH. RICHET. 1\1. JOFFROY.
1\f. CHANTEMESSE.

j

PARIS'
RUEFF
106,

ET

Cie, ÉDITEURS
106

BOULEVARD S~INT.-GERMAI~,

1893

'FACOLTÉDE

MÉDEèINE

DE PARIS
ARDEL

Doyen. ... . . . M. BROU

Professeurs

MM.

Anatomie... . . . . . . . . . . . . . . . . . Physiologie. . . . . . . . . . . . . .. Physi(l'ue médicale.. . .. . .. .. . Chimie organique et chimie minérale. . HistoÙ'enaturelle médicale... . . . . .

Pdthologie et thérapeutique générales. . . . . . . . . . . . BOUCH.1.~D.

. . . . . . FARABEUF. . . . .". . CH. ICHET. R . . . . . . GAJUEL. . . . . . . A. GAUTIEH. . . . . . BAILL9l'{.

Pathologie médicale.. . . . . . . . . . . .
"

Histologie.. . .. . . . . . . . . . . Opérations appareils. . . . . . . et . Pharmacologie. . . . . . ,: . . . . . Thérapeutique matièremédicale.. et Médecine légale. . . . . . . . . .
..

Pathologiechirurgicale. Anatomiepathologique. . .

. . . ~DiEUL'AFOY.. ( DEBOVE. . . . . . . . . . . . . . . LANNELONGUE. . . . . . . . CORNIL.
. . . . . . . . . . . . . . Mathias DUVAL. . TERRIER. . . . . . . . . . . POUCHET. . N...

Hygiène.. . . . . . . . . . . . . . .

. . . . . . . . . . . . BROUARDEL.
G. SÉE.

PROUST.

HistoÙ'e de la médecine et de .la chirul'gie. . . . . . . . . LABOULBÈNE. Pathologie compal'ée et expérimentale. . . . . . . . . . . STRAUSS.
POTAIN. Clinique médicale.. . . . ... . . . . . . . . . . . . . . j JACCOUD. Clinique Clinique Clinique Clinique \ HA YE~f. des maladies des enfants. . . . . . . . . . . . . GRANCHER. de pathologie mentale et des maladies de l'encéphale N... des maladies cutanées et syphilitiques. . FOURNIER. des maladies du système nerveux. . . . . . . .. CHARCOT.

Cliriique chirurgicale. . . ; . .

........

.

TILLAUX. LEFORY. DUPLA'Z.
"

! LE DENTU.

Cliniquedes maladiesdes voies ll1'inai1"es.. . . . . . .. GUYON. . Cliniqueophtalmologique. . . . . . . . . . PANAS. . . . . . ~ ~ TARNIER. Cliniqued'accouchements. . . . . , . l PINARD.
,."

PI'oresseurs

honoraÙ'es

:" MM. SAPPEY,

'

HARDY, PAJOT, REGNAULD,

VERNEUIL.

niJ.\I.
ALBARRAN.

Agrégés en exe1'cice : MM. MM. MARIE. DELBET.
FAUCONNIEn. GAUCHER. GILBERT. GLEY. HEm.
JALAGUlER.

ANDRÉ. BALLET. BAR. BRISSAUD. BUUN. CHANTEMESSE. CIIARRIN. CHAUFFARD. DÉJERtNE.

:MAYGRIER. MÉNÉTRIER. NÉLATON. NETTER. POIRIER, chef

des

1\1 . l'rI RO.GER. SCHWARTZ. SÉBtLLEAU. TUFFIEI1. VARNIER. V ILLEJEAN.

travaux
"

anat01n.

'WEISS.

LEJARS.
LETULLE. MARFAN.

QUENU. RETTERER. RICARD. Secrétaire de la Faculté: Cu. PUPIN.

Par délibération en date du 9 Décembre 1798, l'École a arrêté que les opinions émbes dans les dissertations qui lui son t présentées, doivent être considérées comme propres à leurs auteurs et qu'elle n'entend leur donner aucune approbation ni improbation.

A MONSIEUR

LE

PROFESSEUR

CHAR"COT

Hommage de reconnaissance et il'affection

ACCIDEN1'S
DES

MENTAUX

HYSTÉRIQUES

INT ItOD UCTION
Une ll1ên1e lnalade, pendant le développement de l'hystérie, peut présenter toutes sortes d'accidents extrèrnement nombreux et extrèInernent variés. Nous n'avons aucunement la prétention de les décrire tous, ni d'étudier en détail ies méthodes qui permettent de fair8, dans chaque cas particulier, le diagnostic difficile de tel ou tel accident hystérique: D'innombrables mémoires ont été publiés su.r ces études et les traités reInarquables de rhystérie qui ont pariI récemment les ont. réunis et complétés. Nous désirons simplement attirer l'attention sur un' caractère qui fait partie intégrante de lB..plupart des accidents hystériques. Un accident hystérique n'est pas. uniquement un acoident physique, il est en même temps un accident Inoral. La perturbation n'existe pas seulement dans les meInbres ou dans les parties inférieures. du système nerveux, elle 1

9

ACCIDE:\TS JIE~TACX DES lIYSTI~nIQUES.

.

existe aussi dans les pàrt.ies de r écorce cérébrale

qui pré-

sident

[llls

fOlictÏOl1Ssychologiques, et un certain trouble p

de ces fonctions psychologiques jone un rôle irnporlant dans tout accident hystérique. Ce trouble 111cntDlest éyident dans certDins aceidents, tels que des S01l1nall1bulisnles ou des délires, il se dissinnlle dans d'autres cas. lU. Charcot, clans ses leçons célèbres sur les paralysies hystériques de cause psychique, a 11lontré q II' il fa11 ait, 111nl e elans elesc as elc ceg en r e, r eche r che rIe è trouble psychologiqÜe et 1110ntrer son rôle extrênlcnlcnt Ünportant. Nous voudrions, dans cet oU\Tage, suivre le conseil qui a été donné par notre énlinent lnaîtrc, et, sans nier l'existence de toutes sortes d'altérations organiques qui pl.~uvent se reneontrer clans l'hystérie, nlettre en évidence la perturbation psychologique qui les accolnpagnc toujours. Cctte étude nous perlnettra crabord de conlpléter la description clinique d'un accident hystérique, en ajoutant à la description extérieure du 111alade l'analyse d'un sYlnptôme intérieur et moral qui ne doit pas être oublié. lVlaispeut-être cette étude pourra-t-811e avoir un autre avantage. Les accidents de l'hystérie paraissent, au prelnier abord, indtdlnÎlnent variés et senlblent, dans bien des cas, se rattacher difficilement les uns aux aut.res. Nous pensons que ces accidents sont beaucoup 1110insclisselnblables, présentent une bien plus grande unité, quand on exanline leur aspect moral, au lieu d'étudier uniquenlent leor aspect extérieur et physique. Cette resse111blance apparaîtra, croyons-nous, très facilenlen t;. il ne sera pas nécessaire, pour la faire voir, de réunir les faits par des théories ou des interprétations psychologiques, il suffira de juxtaposer les observations. Ce livre n'est qÜ'un recueil d'observa-

INTRODUCTION.

5

tions psychologiques recueillies sur' les hystériques et rappr"ochées les unes des autres. Nous espérons appor'ter ainsi une légère contribution à l'étude de l'hystérie et ajouter une nouvelle, preuve à cette conception de l'unité de la maladie hystérique, qui a été depuis longtemps soutenue par les plus éminents cliniciens. Enfin l'analyse de ces phénomènes n10raux nous permettra de les distinguer de tous les autres troubles de l'esprit dont ils semblent se rapprocher ~ Toutes, les maladies ment,ales ne se' confondent pas les unes avec les autres. Si l'hystérique présente dans ses divers accidents des troubles de l'esprit, ce n'est pas la ~aractériser suffisamment que de l'appeler simplelnent une aliénée; .elle n'est pas une aliénée commê toutes les autres. Sans doute, ce diagnostic est difficile, il demanderait une analyse psychologique des différentes formes de l'aliénation qui est bien loin d'être achevée. Nous espérons seuleloent avoir indiqué quelques traits ;qui perlnettent de caractérise~" certains phénomènes hystériques. Les progrès de la psychologie médicale ne tarderont pas à préciser ces études. Cette science donnera la solution d'un problèn1e que nous avons seulement indi-' qué, et marquera la place de l'hystérie dans une classifica-, tion' des maladies Inentales. Qu'il nous soit permis d'exprimer ici tous nos ren1erciements à tous nos maîtres et à tous nos alnis qui ont. bien voulu nous aider et nous guicler dans nos études n1édicales M. Gibert,qui a été notre 'prelniei" maître dans l'étude de l'hystérie et des maladies mentales, et IV!.Povvilevvicz, qui . pendant quatre ans nous a accueilli clans son service et nous a donné les premières leçons de clinique Inédicale, savent, bien ,quelle reconnaissance noÙs aurons toujours pour nos
,

4

ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES.

vieux amis du Havre~ Nous relnercions 1\1. le professeur Ch. Richet qui nous a encouragé à continuer à Paris nos études médicales, nos n1aîtres dans les hôpitaux de Paris, ~L le professeur Guyon, M. Siredey, ~L le professeur Cornil, lU. Landouzy; nous ren1ercions surtout nos excellents maîtres ~1. Jules Fa1ret et ~L Hanot, dont nous avons longtemps sui vi les leçons et qui nous ont toujours témoigné tant de bien veillance. NI. le professeur Charcot a bien voulu nous accepter COllrne un de ses élèves à la Sa]pêtrière et nous pern1ettre. de eon tinuer nos recherches dans son service. Si nos anciennes études sur l'aut0111atisn1e psychologique ont pu acquérir quelq.ue précision clinique et s'appliquer plus exacten1ent it la description des 111alades, c'est à son exelnple et à ses conseils que nous le devons. Nous avons été fier et heureux de son approbation et nous souhaitons que cette thèse, dont il a bien voulu accepter la présidence, ne lui paraisse pas trop indigne de tous les beaux travaux sur l'hystérie" qui ont été faits dans son école.

Paris

'1el' Juin 1803.

C:HAPITRE PREMIER
LA SUGGESTION ET LES ACTES SUBCONSCIENTS

Si on exah1ine la conduite et la pensée de certains malades et en particulier des hystériques, on relnarque bien vite que chez eux certaines idées ne se comportent pas comme les autres. Tandis que les pensées ordinaires, les sensations provoquées par la vue des objets, les pensées éveillées continuellelnent par les conversations restent Inodérées, simples, en équilibre avec. tous les autres phénom8nes psychologiques, une pensée particulière prend tout à coup une Ï1nportance démesurée, disproportionnée par rapport aux autres et joue dans la vie du sujet ul1rôle considérable. Ce fait a été bien souvent remarqué et signalé par tOllS les observateurs. Ils se sont attachés à décrire et à délTIontrer cetteinfluence de. certaines idées qu'ils ont désignée, suivant les époques, par différents noms: tantôt ils parlaient simplement d'une action du. 1noral SUl"le physique, de l'esprjt sur le corps, tantôt ils décrivaient la puissance de l'imagination, aujourd'hui ils emploient le mot plus à la mode de suggestion enlprurité à la langue des magnétiseurs. La con.. naissance de ces suggestions provoquées artificiellement nous paraît l'introduction nécessaire à l'étude des. idées fixes développées naturellement. Nous chercherons surtout à distinguer les suggestions de tout ce qui a été souvent confondu avec elles et nous essayerons de reéonnaître les conditions dans lesquelles ces phénomènes se produisent.

ACCIDENTS 1IE:\TAliX DES HYSTÉR[Q[ES.

8 1. -

DESCnlPTIO~

ET

CLASSIFIC.-\. TION

Beaucoup de philosophes et 1aplupart des é1l1ciensJllagnétiseufs, parn1i lesquels se trouvaient des observateurs de gré1nde valeur, ont très bien et très souvent signalé cette prépondérance de certaines idées. Nous ne pouvons reprendre ici cet historique de la suggestion déjà [élit ailleurs! ni reproduire les descriptions des Plrységur, des Deleuze, des Braid, des Charpignon, etc.; il faut se contenter d'en répéter la conclusion: « Rien ne serait plus facile pour tous les phéno111ènes sallS exception qui ont été signalés COllll11edes nouveautés dans les ouvrages cl'hypnotisrne moderne que d'enlpruntcr de nonlbrcux exernples aux ouvrages des rnagnétiseurs français. en particulier il ceux qui ont été publiés de /1850 à 1870. » Parrni les sujets fluj ont été observés pnr ces auteurs, heau~ollp, sans aucun doute, devaient être des hystériques, cela est quelquefois évident, rnais, Cll gèl1éral, il n'est pas facile rIe faire ce diagnostic rétrospectiL Dans d'autres livres, oÙ le caractère pathologique des sujets est plus évident et plus reconnu,' on 'trouve égalelnent de nornbrellses descri plions duphénolllène de la suggeslion. On nl'aceordera bien que les anciennes possédées qui se roulaient en convulsions et se courbaient en arc de eerclc devant le prêtre étaient des hystériques et l'on peut considérer quelques-uns des C0111ptesrendus des exorcisllles eon1n1e la description d'une expérience de suggestion. On di t au dén10n : «(I~te,nds le pied droit de cette felllIllC », et il ],étendit tout raide; un docteur de Sorbonne lui dit: « Canse lui du froid nux genoux», la fern111e répondit qu'elle y sentait un grand froid. On lui COlllrnanda de faire sepl fois le signe de la croix avec sa langue, il ohéjf, etc.:2 )). Des faits de ce genre sont décrits dans beaucoup cl'ou1. AulomatisJJle pSYGlwlo(;ique, '188D, 141, 24.1, 271. 2. Do:u.,CAL:lIET.Trailé :lur l'appal'lt ion des c8prits et SH}' les vamp iJ'cs, 1751, 1, 212.

.

,

tA . SUGGESTION ET .LES ACTES SUBCONSCIENTS,

7

vrages anciens 1, lnais il faut arriver à des, périodes plus récentes pour que la véritable nature de ce,S phénolnènes soit reconnue. Brodie, en 1857, montre l'importance que prouvent certaines' idées chez les hystériques; Despine en 1840, montre chez une hystérique, Estelle, tous les genres d'automatisn1e, en particulier, l'Ùnitation spéculaire, « la main opposée de la 11lalade suivait tous .les ,m,ouvements de Hla Inain 2. » Russell Reyn olds en 1869, étudie les paraI ysies qependent of idea. Hack Tuke en 1872, Ch. Richet en 1875, montrent de nombreux exemples de suggestions faites à des névropathes, 1\'1. Charéot, surtout da11sses grandes leçons de 1884, et .1885 sur les monoplégies hystériques:5, a réuni la description et la théorie de 'ces phénornènE;s ; il a lnontré un grand nombre de paralysies et de contractures survenant chez Qes hystériques à la suite d'une émotion et d'un (( shock »et a dèn10ntre leur véritable nature en les reproduisant artjficiellement sur d'autres sujets. Depuis, lVI.Paul Richer, dans (( la grande, hystérie», 1885, et tous les auteurs qui ont parlé de ces Inalades ont mis en relief leur reroar;.quable suggestibilité. Dans le dernier livre de ce genre,M~ Gilles de la Tourette rèsulne tout l'état Inental des la hyst,ét'iques (( en un seul Inot gros de conséquences, suggestibilitél+ »). Peut-être ne serions-nous pas a:ussi affirmatif, car nous croyons qu'il existe dans l'hystérie un certain no,mbre d'altérations 111entales antérieures à la suggestion, mais nous croyons qu'il y a dans, cette pensée une grande part de vérité. La plupart des études sur les sugge,stions ont été faites d'abord pendant un état particulier des sujets, le sornnalnbulisme. Mais beaucoup d'auteurs" ont remarqué que ce
' ,
,

.

i','Par exemple, BEAUCHÊNE: e l'influence des aff(:ctions de l'âme,.. d an VII, 141.' -DEMANGEON'. De l'i1nagination, dans ses effets, SU1' , l' hom11'w et les animaux, 1829, 58. 2. DESPIz.iE (d'Aix). Le nlagnétisrne animal dans,le iraiternent des maladies nerveuses,' 1840,144. 5~ CU.\RCOT.~lal. du syst. nerveux, 'III, 542. , 4'. GILLESDE LÀ.TouRETTE. Traité clinique et thérapeutique , l'hys.. de . térie, 1891, 492. '

8

ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES.

fait se produit chez certains sujets sans qu'il soit nécessaire de provoquer le sOlnnambulis1ne. AI. Ch. Richet! en 1882, llL BernheÎlnen '18842, ~1. Charcot en J885 ont décrit de n01nbreux exe1nples de suggestions faites pendant la veille. J'ai pu 111econvaincre que ce phéno111ène étai t très général chez les hystériques:>. Cette re111arque, très Ï1nportante pour la conception de l'hystérie, facilite aussi l'étude de la suggestion. Elle nous permet de séparer à peu près complète1nent la suggestion du SOlTIna1TIbulif3111e, de l'étudier en elle-1TIên1e, pendant ]a veille, sans la C0111pliquer en y ajoutant des èlé111ents étrangers. Toutes les suggestions dont il sera parlé dans ce chapitre, à n10ins d'indications spéciales, sont donc faites pendant }raveille. L'idée dont nous voulons étudier le développe111ent ano1'lnal et exagéré est indiquée au sujet par un Bloyen d'expression quelconque, le plus souvent par la parole. Cette reproduction expérirnentale des idées exagérées des hystériques va nous perlnettre d'abord de les répartir en quelques grandes classes et de faire quelques re111arques sur chacune d'elles. Il est difficile de classer tous les phéno111ènes que r on peut produire par la suggestion; car, d'un côté, ils sont inno1nbrables ef extrê1nement variés et, de l'autre, jIs se InéJangent sans cesse les uns ayec les autres sans présenter de différences bien tranchées. Le meilleur moyen de les énU111érer nous paraît être de les ranger d'après leur ordre de complexité croissante et de distinguer: -1 des ° suggestions négatives; 2° des suggestions posÙives élénlentaires; 5° des sugges'l'ions c01nplexes; 4° des suggestions générales. 1° Suggestions ne'gatives. - Par différents procédés et, chez les sujets très sensibles, par sÎlnple affirn1ation, on peut supprirner en apparence c01TIplèten1ent des phéno1. CH. RICHET.Bulletin de la Société de biologie, 1882, 2'1. L' homme et l'intelligence, 1883, 523. 2. BERNHEIM. la suggestion De dang l'état hypnotique et dans l'état de veille,' 18S4. 3. AulOJnatislne psychologique, '1889, 173.

LA SiJGGESTIONET.

LgS 'ACTES

SUBCONSCIENTS.

fi

mèries' .psychologiques qUI. paraissaient jusque~là se. produiren,orrna lement.: On' peut faire naître' des anesthésies de 'diverses' espèces, des amnésies, des paralysies; en un mot, ,où peut prodÙire artificiellement des phénomènes

,analogues aux stigrnates ordinaires de l'hystérie.

'

Si on affirme au sujet qu'il ne sent plus, qu'il a perdu l'usage de ses sens, on voit apparaître toutes les formes ~' anesthésie: 1e sujet peut être totalement insensible, ou aveugle, ou sourd et ces insensibilités sont assez profondes pour que d~s' excitations vio~entes, 'des piqûres, des brûIU'res ne 'provoquent plus aucune réaction. Une forte ~ulnière projetée directement dans les yeux de Lucie la fait d'ordinaire tomber en catalepsie, quand je lui ai suggéré qu'elle est aveugle, elle ne détourne même pas le regard et continue à. parler avec indifférence. Cette expérience rappelle eelle de MlVI. inet et Féré qui ont fait disn paraîtreparsuggéstion un gong dont le bruit n'était plus 'alors entendu par le malade et ne provoquait plus ]a catalepsie. Quand la peau a été ainsi rendue insensible, il ,arrive, quelquefois que ~es points :hystérogènes ont aussi totalement perdu leur ÎnflÙence ordinaire; quelquefois 'cependanlla- pression exercée sur ces points, quoique non 'sentie par le suj et n'en amène pas moins l'attaque. Ces anesthésies suggérées peuvent aussi prendre la forme

Jocaljsée : on peut dessiner sur un bras ordinàirement
.

"sensible des carrés en affirmant au sujet qu'il ne sent plus rien àrintérieur de ces figures. QÜoiqu'il ait la tête détoÜrnée et'semble ne pas se rendl>ecompte de l'endroit où Oïlest piqué, il se plaint toutes les rois qu'on le pique en dehors de ce carré 'et ne sent rien quand la piqûre est à 'l'intérieur. Enfin les anesthésies s,uggérées peuvent être

systématisées et n'enlever au sujet qu'un certain norribre,
'

un certain système de sensations ou d'images en ;lai~sant parve'nir à la conscience la connaissance de tousles' autres ,phénomènes fO,urnis parce. même' sens: Cette expérience 'tl~ès curieuse a~ été, l'objet d'un grand norrib~e d'études aussi bien de la part d,es anciens If,lagnétise\lrS 4 u,e'"des 2

10

ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES.

lllodernes hypnotiseurs 1. J'ai décrit autrefois, au début de Illes éLudes sur]'anesthésie, un grand nombre d'observations sur ce fait2, je crois inutile de les répéter ici car ce sont des recherches plus psychologiques que cliniques. Les amnésies peuvent être provoquées de la lllême manière que les anesthésies; on pourrait sans aucun doute provoquer des alllnésies générales, quoique cela ait été fait rarement; plus souven t on suggère au 111alade el'oublier une période de sa vie ou bien certains événement.s déterminés. J'ai connu une hystérique qui, pendant quinze ans, a oublié certains événements graves de sa vie dont un magnétiseur lui avait supprimé le souvenir. L'anlnésie systématisée est encore ici intéressante ct, grâce à elle, le sujet qui conserve toute son intelligence a perdu la mémoire d'un ncte, d'un mot, de son nom mêllle, tandis qu'il se souvient dt~ tout le reste;:). Enfin il est tout naturel que l'on puisse suggérer des paralysies variées qui ne sont ici qu'une variante des amnésies précédentes. On sait COilllnent :M. Charcot, dans ses teçons de 1884, provoquait sur des hystériques éveillées et même sur une hystérique éveillée, Hab, des monoplégies ~xpérimentales pour montrer la véritable nature des accidents traumatiques de Pin. et de Porc. M. Charcot rernarquait fort bien et avec beaucoup de prudence que ces paralysies suggérées peuvent différer d'aspect et suivant les sujets s'.accompagner ou non d'anesthésie tactile et rnuscu-

laire 4. Je 1'ai vue quelquefois en effet se produire seule sans
anesthésie, comme cela arrive d'ailleurs exceptionnellement, même dans les paralysies naturelles par traumàtisme. Il y a eu cette année dans le service de la Salpêtrière un exemple de ce genre, mais cela est certainpment rare et M. Charcot a bien décrit la forme générale de ces 1110no'I. Voir l'historique de cette 2. L'anesthésie systématisée Revue philosophique, 1887, I, 3. Cn. RICHET. Expériences 1884, 53Ü. -:- PAULRICHER. La 4, CUAT\r.or.l'rIal. syst. nerv., question. Autom. p.çych., 271. et la dissociation des phén. psycho!. 449. d'mnné5ie. L'honune et t'intelligence, grande hystff1'ie, 1885, 740. III, 353.