Cours aux éducateurs

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Cette série de causeries tournera autour de quelques problèmes théoriques d’une grande importance pratique. J’essaierai de souligner ces aspects pratiques et m’y attarderai chaque fois que la progression de nos exposés le permettra. Je dois déjà vous signaler ici trois de ces impacts pratiques essentiels pour votre profession. Ces trois impacts pratiques sont : – La problématique pédagogique– notamment en ce qui concerne les échanges avec les enfants : entendre ce qu’ils disent, savoir ce qu’on leur dit, dans tel ou tel but, évaluer la portée de tels échanges verbaux, de tels « exercices » rééducatifs. – La problématique psychanalytique dans ses relations avec la vie quotidienne au sein de l'institution médico pédagogique. – La problématique des « organes » de l’institution : faire que les lieux de votre travail, que la structure de votre rencontre avec les enfants et avec vos partenaires de rééducation thérapeutique, que les inter-relations qui s’y nouent, soient profitables à l’hygiène mentale de tous et favorisent le processus de guérison des enfants.


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Date de parution 21 août 2003
Nombre de lectures 53
EAN13 9782353714773
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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François Tosquelles

 

Cours aux éducateurs

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre : Cette série de causeries tournera autour de quelques problèmes théoriques d’une grande importance pratique. J’essaierai de souligner ces aspects pratiques et m’y attarderai chaque fois que la progression de nos exposés le permettra. Je dois déjà vous signaler ici trois de ces impacts pratiques essentiels pour votre profession. Ces trois impacts pratiques sont : – La problématique pédagogique– notamment en ce qui concerne les échanges avec les enfants : entendre ce qu’ils disent, savoir ce qu’on leur dit, dans tel ou tel but, évaluer la portée de tels échanges verbaux, de tels « exercices » rééducatifs. – La problématique psychanalytique dans ses relations avec la vie quotidienne au sein de l'institution médico pédagogique. – La problématique des « organes » de l’institution : faire que les lieux de votre travail, que la structure de votre rencontre avec les enfants et avec vos partenaires de rééducation thérapeutique, que les inter-relations qui s’y nouent, soient profitables à l’hygiène mentale de tous et favorisent le processus de guérison des enfants.

Auteur : François Tosquelles (1912-1994), médecin psychiatre (hôpital de Saint-Alban en Lozère), est un des fondateurs de la psychothérapie institutionnelle.

 

Table des matières

 

Préface

Avant-propos

APPROCHE DE LA NOTION DE STRUCTURE A PARTIR DE L’ORGANISME ET DE LA PSYCHOLOGIE DE LA FORME

INSTANCE DE L’INCONSCIENT

INCONSCIENT ET LANGAGE

APPROCHE DE LA NOTION DE SYMBOLE (JUNG)

V – Symbolique et imaginaire

ARTICULATION DU DESIR L’ENFANT AU DESIR DE LA MERE

LE PERE ET LE SYMBOLIQUE

VI – Structuralisme et institutions éducatives et thérapeutiques

Bibliographie

Merci

à Jacques Tosquellas

d’avoir permis la réalisation de ce projet,

à Joseph Rouzel

pour sa participation à la publication de cet ouvrage

Préface

 

François Tosquelles, à son habitude, n’a pas écrit cet ouvrage dans un simple élan d’érudition ; comme pour une grande partie de son œuvre, ce texte a été préparé dans un premier temps, en direction de jeunes élèves éducateurs avec lesquels il dialoguait comme formateur épisodique mais qu’il accompagnait aussi, plus indirectement, en bâtissant – à la fois avec l’équipe de formateurs permanents et avec celle du Centre d’enfants voisin les accueillant – tout un programme de pratique clinique pour les élèves et des groupes de formation et supervision pour les deux équipes de professionnels. Nous sommes alors en effet en 1965-1966 au sein de l’école d’éducateurs de Saint-Simon à Toulouse, dans le milieu de l’enfance dite inadaptée où les éducateurs en formation partagent leurs locaux avec une population d’enfants accueillis là, eux aussi comme internes ; le Dr André Chaurand confrère et ami de François Tosquelles depuis les premières années quarante à l’hôpital psychiatrique de Saint-Alban (Lozère), dirige à la fois la formation et le Centre d’enfants. Restituer l’époque a son importance car cet ouvrage diffère malgré tout des autres livres de F. Tosquelles en accordant une place centrale aux apports et théories issues de la linguistique structurale (en anticipant peut-être même certains développements : depuis les travaux de L. Austin parus en 1960 sur les énoncés performatifs et leur valeur illocutoire jusqu’au courant pragmatique considérant le langage comme un acte) privilégiant en quelque sorte ainsi une rigueur théorique disons plus ciblée et moins associative, plus sautillante et novatrice qu’à son habitude. Il convient de rappeler que le public de cette époque, ainsi que le bouillonnement de la recherche et des idées, portaient grand intérêt à ce type de travail délicat visant à articuler des champs encore bien clos sur eux-mêmes.

Nous pouvons d’ailleurs nous questionner sur ce qu’il reste dans la mémoire vive du « secteur » de la rééducation, dans celui de la psychiatrie et plus généralement des soins, de ces apports pourtant tout à fait essentiels à l’analyse institutionnelle, c’est à dire à l’attention que nous portons au déploiement pratique de nos outils d’intervention…

Pour l’auteur, cette période des années 60 voit s’achever un séjour de plus de vingt ans en Lozère où il vient de modifier de fond en comble le vétuste hôpital psychiatrique départemental, en expérience pilote reconnue par tous : médecins, infirmiers, administratif, y compris bien au-delà de nos frontières. Exemplarité d’un dispositif de soin singulier, concret, dynamique, qui authentifie le fait que la « valeur humaine de la folie » est enfin reconnue et n’est plus alors objet d’enfermement, de répulsion, d’ignorance ; ce dispositif a réussi à rendre aux hommes accueillis leur condition spécifiquement humaine, à savoir celle d’engager à nouveau les liens de l’échange, de la circulation, du commerce et de la rencontre avec les pairs. Dispositif d’accueil et de soin apprécié et théorisé donc par tous ceux qui dès l’après-guerre se « remobilisent » non plus pour résister (à l’occupant et à la misère matérielle qui a décimé dans les autres hôpitaux des milliers de malades… morts de faim) mais pour reconstruire une psychiatrie, à la fois soucieuse de la qualité du travail intra-hospitalier et déjà « ouverte » sur ce qui des années plus tard, se nommera le secteur. Parmi tous ceux qui furent attentifs à cette expérience Saint-Albanaise, les Drs Daumezon et Koechlin en devinrent en quelque sorte les parrains : ils lui offrirent un nom, en 1952, au cours d’un congrès au Portugal : « La psychothérapie institutionnelle ».

Celle-ci était bien sûr en gestation depuis de longues années ; d’abord à l’Institut Pere Mata de Reux (hôpital psychiatrique de la Province de Tarragona) où F. Tosquelles médecin dès 1934, rencontrait les Drs Dide et Henry Ey ; ville où{1} les cercles culturels et politiques (les clubs !) abondaient, et à Barcelone où les immigrés juifs fuyant l’Allemagne, l’Autriche apportaient les récentes avancées de la psychanalyse, tout comme les recherches des phénoménologues (déjà en bute avec le positivisme béhavioriste qui nous envahit à nouveau aujourd’hui) ; elle s’est aussi développée sur la ligne du front, en pleine guerre civile dès 1936 au sein des services psychiatriques des milices ouvrières et de l’armée, comme derrière les lignes, avec la Communauté thérapeutique d’Almodovar del Campo ; plus tard encore… dans l’exil… au sein de la profonde misère humaine qu’engendrèrent les camps de concentration français (où furent parqués des mois, parfois des années, les réfugiés républicains espagnols – premières sentinelles anti-fascistes au cœur d’une Europe qui allait s’embraser). La psychothérapie institutionnelle mesura combien le combat pour la vie, le tissage des rapports humains et le soin ne font qu’un.

Le 15 janvier 1940, F. Tosquelles « quitte » le camp de concentration de Septfonds et rejoint Saint-Alban et son hôpital où il séjournera jusqu’en août 1962. Après un court passage à Marseille, il reviendra en Lozère pour s’occuper d’enfants psychotiques au « Clos du nid », près de Marvéjols, où il avait, dès 1957, engagé les prémisses d’une formation collective d’Aides maternelles (voir son ouvrage très intéressant réédité par les éditions Privat, La rééducation des débiles mentaux : introduction à l’aide maternelle et à l’éducation thérapeutique). Nous arrivons alors au milieu de ces années soixante : fameuses années des « Trente glorieuses » (en 1966, la convention collective dite de l’enfance inadaptée est signée ; la qualification, la formation et les centres de rééducation et de soin s’étoffent : ainsi, avec l’appui de la Fédération des sociétés de la Croix Marine, ses premiers cours vont servir à préparer un diplôme régional d’Aide maternelle qui, plus tard, deviendra diplôme d’Aide médico pédagogique…).

Années carrefour, pour lui aussi, entre l’hôpital général de Melun puis le Centre d’adolescents difficiles de Longueil Annel où il tente de poursuivre son travail de « psychiste » et plus heureusement, à nouveau, avec l’Institut Pere Mata de Reus qui vient le rechercher afin de lui offrir une direction d’établissement… qu’il ne prendra pas… mais qu’il va étonnamment exercer avec génie : en grande partie à distance ! Depuis le Lot et Garonne où il termine sa carrière de médecin hospitalier et ceci au long de vingt-cinq ans, principalement par le biais de la formation permanente, de petits groupes de formation et régulation associés à nouveau à tout un dispositif institutionnel appuyé sur des outils structuraux bien précis : des institutions telles celles des Clubs thérapeutiques{2}, des Associations culturelles, des Staffs, de la formation… d’un lien très construit avec le directeur administratif R. Vilella, ainsi que toute une « politique » avec les élus locaux et les diverses institutions de la cité. Là encore, l’hôpital s’ouvre, la cité n’y répudie point ses malades : échanges et circulation remobilisent chacun ; l’extra-hospitalier y occupe une grande place : écoles, dispensaires, médecine de « premier contact », établissements pour personnes âgées, milieux juridiques, politiques et même policiers !, la psychiatrie, préventive, est dans la ville : là où les hommes s’agitent avec plus ou moins de bonheur. à quelque mois de sa mort en 1994, le gouvernement de Catalogne lui remettra, à Barcelone, la décoration « Macia » ; mais déjà, dix ans plus tôt, la petite capitale de Reus, reconnaissante, lui discernera officiellement le titre de « fils illustre de Reus » (aux côtés de Gaudi, Fortuny, Maragall…).

« […] Ainsi par la participation active des malades et du personnel dans le processus d’institutionnalisation, quelque chose de cette parole vraie apparaît dans le jeu concret des groupes ce qu’on peut appeler analyse institutionnelle qui, sans se confondre avec la thérapeutique analytique duelle s’en inspire et exige plus qu’ailleurs de procéder à une révolution théorique et pratique de “l’assistance psychiatrique”, c’est-à-dire de la co-présence et de la coaction avec le malade à l’hôpital ou ailleurs. »

F. Tosquelles a été l’homme de cette révolution à Saint-Alban comme à l’IPM de Reus, tout d’abord sensibilisé par les luttes fratricides de la guerre civile, mais aussi par les solidarités, les remaniements sociaux et surtout leurs effets sur les conduites singulières des hommes en ces périodes de conflits généralisés. Attentif au contexte, entours, bords et donc à l’accueil des personnes, il se saisira de tous les outils théoriques qui pourront accompagner la rencontre et le soin initiés sur ce socle premier qu’il nomme analyse institutionnelle : une attention ethnologique au milieu, à son histoire, ses échanges. Contrairement à de nombreux contresens, nous voyons bien qu’ainsi il n’y a pas repli dans l’intra-hospitalier, ni non plus désinstitutionnalisation ! Mais bien au contraire réouverture, circulation, attention aux passages et à leurs rites… aux changements et à la culture du lien social par-delà l’inertie totalisante et enfermante de tout éta(t)blissement : pratique du tissage de liens, de nos jours nous dirions du réseau.

Toujours dans cette période des années soixante, C. Lévi Strauss, J. Lacan, R. Jakobson, M. Foucault, R. Barthes… imposent la marque du structuralisme. Notre « psychiste » n’est pas dépaysé ! il ne sait que trop bien déjà que l’homme – « ce prisonnier né » – est tissé, ombiliqué dans les fils complexes de dépendances multiples, inter-agissantes et… mouvantes ; la dénonciation du positivisme, de l’atomisme, du nominalisme, mais déjà aussi celle des formes et des images figées{3}, le poussent à s’intéresser aux structures latentes qui se dissimulent ainsi en divers tableaux visuels, fixés tels des clichés d’épinal : surfaces qui voilent les échanges sous-jacents et qui ne peuvent bien souvent être vues que comme modèles, patterns ou matrices, telles celles de l’artisan imprimeur ou tôlier qui ne pourront d’évidence que reproduire à l’infini de l’identique et non du singulier. C’est ainsi qu’il aborde de façon privilégiée langage et inconscient, en un incessant rappel du risque à toujours vouloir chosifier ce qui n’est que schéma topique et qui n’existe donc point, mais insiste, se répète : « est entendable » et agissant sans que cela soit ramené aux rêveries imaginaires, au « sac d’instinct », au dépôt de comportements ancestraux, à la boîte noire ou à diverses autres « fausses monnaies imaginaires » ; il se plait à répéter que le mot est meurtre de la chose… Le trop fameux inconscient est bien structuré comme un langage.

Le chapitre IV de cet ouvrage est une magnifique reprise du stade du miroir, où l’identification spéculaire est abordée tout à la fois dans ses aspects constructifs dynamiques, comme dans ses contreparties de recouvrement et de leurre qu’il convient de différencier en tant qu’imaginaire, de la vie symbolique de l’homme, cheminant par traces et signes, non pas vers les fastes des retrouvailles mais avant tout à partir des pertes et séparations où l’identité se creuse elle-même et où le sujet s’affirme, “en contre” des identifications !

Traces et signes : parcours scandé où l’auteur nous guide car « c’est par-là que l’homme se dégage de son être biologique pour devenir un être symbolique » ; parcours où il s’attache à montrer tant du côté de « l’imaginaire lié au corps vécu et à l’expérience princeps du stade du miroir » que du côté du « symbolique lié essentiellement au langage » combien le travail de découpage singulier (faut-il rajouter actif !) est primordial. Depuis les découpes enfantines des jeux du docteur ou de la poupée qui touchent au corps{4}, aux découpes de la famille, comme à celle des comptines, rondes ou autres jeux, toutes déjà ainsi découpes de langages : oppositions phonématiques où « les enfants sont, pour ainsi dire au-dessus de la barre, dans les chaînes du signifiant, et (où) on s’amuse à y faire glisser des significations diverses, plus ou moins liées elles aussi en séries : “tu t’appelleras Rose, toi Marguerite, toi Œillet” ; “le premier wagon sera chargé de charbon, le deuxième de bois, le troisième…” ». Au fil de ces découpes et glissements, nous voyons se reconstruire les « recollages », les liens, une logique classificatoire par lesquels F. Tosquelles nous oriente alors vers une possible réflexion sur la prise en compte des menées de groupe sans toutefois quitter l’appui sur ce travail de différenciation entre signal-signe et symbole. « Le symbole ne peut, par définition, être conçu comme une affaire personnelle et indépendante d’un enfant, d’un malade ou d’un bien portant. “L’ordre symbolique” engage plusieurs partenaires…, s’établit dans la structure de communication et d’échanges engageant plusieurs personnes, plusieurs groupes ou une personne à un groupe » et nous y voyons comment, avant toute transmission concrète ou même verbale, il est pratique de la reconnaissance.

Tout cela, l’enfant, artisan précautionneux du monde, de la chair du monde, le joue ce jour en bord de plage, innocemment, devant nos yeux aveugles d’adultes en vacances ; lui qui, adopté sans encore le savoir, ni avoir à s’en soucier objectivement, se précipite vers ses parents : « Tu es mon père ? », « tu es ma mère ? », mais aussi vers le reste du groupe « tu es Christiane ? », « tu es Patrice ? » etc., ainsi tranquillement assuré avec sa petite compagne de jeu d’un ordre et d’une hétérogénéité constituante, où l’on peut se re-trouver !, version pour le moins époustouflante en cette occasion – et tout particulièrement pour les parents adoptifs magistralement interpellés –, du banal (!) cache-cache auquel l’on a tous joué quoiqu’il en soit des romances accompagnatrices et/ou des origines officielles !…

L’autre est ainsi désigné, nommable, situable en une combinatoire faite de prénoms, de places familiales ; il peut être ainsi appelé par jeu, car par-delà les objets séduisants-séducteurs présents, les lois du groupe social ont fait repère ; l’enfant se sait un parmi les autres sans avoir à s’agglutiner plus particulièrement à l’un d’entre eux ou à un moi… idéalisé, (moi capable alors de s’imposer la construction d’une « nov-langue » autistique même si elle paraît d’abord chercher à dominer autrui, G. Orwell : 1984), faute de reconnaître que ça, parle avant je. Recherche de place que le sujet moderne, très individualiste, ressent plus cruellement que l’homme des sociétés dites primitives.

L’analyse découvre avant tout des lois de causalité des processus psychiques : « On pourra à l’occasion repérer dans une psychanalyse le retour des signifiants et découvrir ainsi la raison (au sens mathématique du mot) de la structure qui va expliquer le processus de leur persistance, ce qui n’a rien à voir avec la recherche d’un sens caché derrière l’événement ». La parole vivante est ainsi plutôt attendue du côté du jeu de l’enfant ou de celle du poète (Maragall, longuement cité), montrant une fois encore combien notre auteur joue lui aussi librement, mais grâce à ses classiques, ici peut être plus particulièrement R. Jakobson et sa fonction poétique du langage, sans oublier C. Levi Strauss accueilli en exil avec ce dernier à l’école des hautes études de New-York.

Mais si F. Tosquelles était incontestablement cultivé, et entre autre de faits sociaux concrets, historiques, anthropologiques, ce n’était guère afin de prôner une irréductible reconnaissance au courant dit culturaliste mais bien au contraire de faire entendre sa lecture en tant que « psychiste » – comme il aimait se nommer – de la notion de structure.

Tout cet ouvrage en effet, nous ramène inlassablement au fait que nous travaillons sur des actes de paroles et que si leur avènement prend son élan de la structure du langage, c’est de celle des réalités des échanges d’un groupe concret que la reprise de parole s’effectuera ; ce terreau de départ, ce groupe, ces groupes, s’il se doit d’être fertile – afin que culture advienne (!) – ne peut seul suffire au dégagement du sujet « prisonnier né » déjà cité. En d’autres ouvrages{5}, ceci a souvent été argumenté par l’affirmation d’une dialectique aliénation sociale – aliénation mentale. Par-là F. Tosquelles se démarque d’une dérive culturelle, et de communautés thérapeutiques qui ne poseraient pas une discontinuité entre phantasme et réel, non pas bien sûr pour les réfuter mais afin de ne pas éluder la question du manque comme essentiel, cœur même du sujet par où à la fois celui-ci se raccrochera à des mythes, qu’ils soient imaginaires, parfois même délirants et qui si cette activité imageante venait à faillir – « enfermerait dans la névrose d’auto-accusation où d’hétéro-accusation que l’Enfer ou le Huit Clos de Sartre retrace lorsque Satan interdit le miroir ».

F. Tosquelles ainsi poursuit un débat entamé avec C. Poncin, R. Gentis, Y. Racine, G. Daumezon, à Saint-Alban dès l’été 1961{6} : « Qu’une telle analyse structurale soit nécessaire comme l’était l’analyse sociologique, je le crois bien… on peut donc dire la même chose de l’analyse des inter-relations sociales concrètes qui se jouent autour du malade. Mais on sait que de telles analyses, qu’affectionnent les thérapeutes de groupes américains ou même certains malades et médecins au cours d’une psychanalyse, sont des manifestations de la résistance du malade et du médecin à établir l’analyse de ces mêmes relations en tant qu’objet introjecté et non en tant que thème du discours ou de la réflexion… »

Mise en garde reprise par R. Gentis… « L’analyse des phénomènes transférentiels ne peut que se trouver facilitée par l’analyse des structures institutionnelles, à condition de ne pas prendre celle-ci pour l’analyse du transfert, mais de les concevoir comme deux moments du diagnostic de la communication dans le collectif. »