//img.uscri.be/pth/50b75c8f121be9603d3bbc0d48cdcb6a4a2ac1c5
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 17,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Création ou destruction autodestruction

De
304 pages
Dès la naissance, l’enfant doit rencontrer un « monde » à sa portée, adapté à ses facultés balbutiantes. C’est ainsi qu’il peut éprouver son environnement comme suffisamment « ami »... et, plus tard, trouver à construire sa vie d’une manière créative... Dans le cas contraire, lorsque sa participation créative est empêchée ou brisée, la destructivité va avoir la part belle en son économie psychique. Depuis bientôt dix années, l’auteur tache de rendre compte du pouvoir humain et de ses penchants destructeurs, d’une façon qui parle à chacun.
Voir plus Voir moins

CREA TION OU DESTRUCTION AUTODESTRUCTION

Psycho-Logiques Collection dirigée par Philippe Brenot et Alain Brun

Sans exclusives ni frontières, les logiques président au fonctionnement psychique comme à la vie relationnelle. Toutes les pratiques, toutes les écoles ont leur place dans Psycho-Logiques. Sylvie PORTNOY -LANZENBERG, Le pouvoir infantile en chacun, Source de l'intolérance au quotidien. André DURANDEAU et Charlyne V ASSEUR-FAUCONNET la dir. de), Sexualité, mythes et culture. Claire SAL VY, Jumeaux de sexe différent. Maurice RINGLER, La création du monde par le tout-petit. Loick M. VILLERBU, Psychologues niques cliniques en psychologie. Michel LARROQUE, Sylvie PORTNOY, nant-dominé. et thérapeutes, sciences et tech(sous

Hypnose, suggestion et autosuggestion. L'abus de pouvoir rend malade. Rapports domi-

Raymonde WEIL-NATHAN (sous la dir. de), La nléthode éleuthérienne. Une thérapie de la liberté. Patricia MERCADER, Pierre BENGHOZI, Dr POUQUET, Dr POUQUET, L'illusion transsexuelle. Cultures et systèmes humains. et société. Alain BRUN, De la créativité projective à la relation hu/naine. Initiation à la psychopathologie. Conduites pathologiques L'identité des Françaises face au sexe

Geneviève VINSONNEAU, masculin. Paul BOUSQUIÉ,

Le corps cet inconnu. Le nouveau test pschologi-

Roseline DA VIDO, Le DA VIDO-CHaD, que: du dépistage à la thérapie.

(Q L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5690-1

Sylvie PORTNOY

CREATION OU DESTRUCTION AUTODESTRUCTION

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y IK9

A mes proches, parents et amis qui se sont autodétruits. Dans le regret de n'avoir pas su, jadis, les aider.

Notre prématurité fait de nous des êtres d'affect et de relation plus que d'instinct.

INTRODUCTION

La vie fait violence à l'être humain nouveau-né. Cette violence s'explique en grande part du fait que le petit d'homme arrive au monde "pré-maturé" et incapable de la moindre activité de suIVie, si ce n'est respirer et têter. Un petit poulain, par exemple, à peine né, va être capable de se lever et d'aller de lui-même vers sa mère pour chercher protection et nourriture. A l'instar de ce dernier, tout autre mammifère, dès sa naissance, jouit d'un minimum d'autonomie contrairement à nous.

La prématurité humaine a souvent été expliquée par la station debout qu'Homo Erectus a adopté à un moment de son évolution. Ce bipédisme aurait entraîné un rétrécissement dll bassin, chez l'adulte... Pour sauver leur progéniture qui, trop volumineuse, serait souvent morte-née, les femmes d'alors se seraient mises à accoucher avant terme.

. L'immaturité

humaine

et ses répercussions.

le petit d'homme serait plus solide s'il à douze ou treize mois et non à neuf; mais sa 7

grande vulnérabilité et son manque d'indépe~dance ne seraient guère changés par quelques mois de gestation supplémentaires. Notre immaturité qui perdure .Œ nombreuses années reste remarquable et sans équivalent dans le règne animal. Ses répercussions sont grandes sur notre développement, caractérisant et infléchissant dès l'origine nos comportements. Une conséquence évidente du manque de capacité à l'autonomie est la grande dépendance de l'enfant par rapport à son environnement et à l'apport de ses parents. Cette dépendance, même si elle va s'atténuant au fil des ans, est inscrite en l'homme de façon majeure, structurellement "en son cœur"; il en résulte que toutes ses relations à venir seront toujours chargées affectivement, tant du côté de l'attachement que d'un besoin d'autonomie destiné à s'émanciper des tutelles contraignant la liberté individuelle.

.

La vie comme agression

Notre prématurité aussi fait de nous des êtres potentiellement agressés par la vie. Lorsque l'infans quitte le régime matriciel pour être soudainement confronté au régime post-natal radicalement inconnu œ lui, il éprouve de terribles tensions qui désorganisent son économie anté-natale ; son inaptitude à faire face à la nouveauté en rétablissant sa continuité et son équilibre par une action efficace, le laisse à la merci d'autrui, Œ ses intentions, de sa protection et donc de sa disponibilité ou non. En d'autres termes, l'impuis-sance de l'enfant "pose" la toute puissance d'autrui vis-à-vis œ lui.

8

. Soutien

parental

et fragilité du nourrisson

C'est en premier lieu la figure maternelle qui peut réconforter le nouveau-né: elle adoucit pour lui les expériences qui le stressent. Si la mère des débuts cr l'existence individuée n'est pas telle une matrice postnatale et un second placenta venant filtrer tout ce qui risque d'empoisonner la continuité d'être du nourrisson, celui-ci va éprouver la vie essentiellement comme une souffrance intolérable. En d'autres termes, l'état d'extrême dépendance où se trouve le nouveau-né nécessite, pour son équilibre en train de s'établir, que sa "mère matrice" vienne à son secours en s'identifiant à son état de grande impuissance pour le soutenir en conséquence. Si les soins et l'adaptation de la mère ne sont pas "presque parfaits", le petit va expérimenter la vie à partir de la violence qu'il subit, et le traumatisme d'être né hantera son existence. Son "instinct de vie" risque d'être d'emblée perverti. L'enfant devenu grand restera nostalgique d'un paradis perdu et sera plus ou moins incapable d'accepter sa condition d'être séparé, œ faire sienne la vie individuée, jusqu'à l'aimer suffisamment pour la perpétuer heureusement.

Qui n'a pas été, au début de sa vie, totalement soutenu dans ses besoins élémentaires et protégé des heurts de l'existence, en étant lâché très progressivement au fur et à mesure de son autonomie naissante, reste habité par une violence qui encombre son désir et sa volonté. Cette violence résulte d'un manque œ soutien adapté: des parents "incompétents" en sont mais c'est l'enfant qui, plus tard, s'en accablé. Il se vivra potentiellement coupable car, jadis avec ces adultes, il a pris en lui leur

9

. La

toute-puissance

imaginaire

et la violence

Il Y a un revers négatif à l'adaptation réussie de la mère à son nourrisson: c'est l'excroissance de la toutepuissance humaine qui s'origine à cette époque œ dépendance extrême. Par quelle logique cette contradiction apparente est -elle possible? Comment un impuissant peut-il s'éprouver tout-puissant? L'immaturité a pour conséquence, entre autres, que le nouveau-né n'éprouve pas encore son nouvel état, sa condition individuée; lorsqu'il rencontre sa mère au moment des soins, du portage, des bercements, ~ l'alimentation, c'est comme si elle faisait toujours partie de lui, comme avant la césure du cordon. A la place œ son état de grande impuissance, il greffe en lui la force et les capacités de l'adulte tutellaire comme si elles lui appartenaient et que son état séparé n'était pas un fait... Ainsi, la bonne adaptation de la mère porte le nouveauné à entretenir l'illusion que le monde lui est magiquement dévoué; ce fond imaginaire, en sa psyché, étayé sur de la symbiose, ramènera plus tard, s'il est trop contrarié, à nier facile-ment la réalité de la condition individuée (liInitée) au profit d'une toute-puissance compensatoire.

Une autre conséquence de l'état de prématurité du petit d'homme étroitement liée à la toute-puissance, est la violence. La destructivité et l'autodestruction humaine s'originent, à mon sens, également à ce stade très précoce ou l'infans, ne pouvant pas assumer son état individué, se croit en symbiose parfaite avec sa mère, voire encore fusionné à elle. Son impuissance réelle génère en lui de terribles tensions liées au manque d'être privé du ventre protecteur; d'autant qu'il ne peut s'avancer seul vers sa mère pour trouver le réconfort œ son corps. Ce corps porteur a la vertu de l'apaiser immédiatement dès qu'il s'y colle, dès qu'il retrouve
10

l'odeur, la voix, les battements de cœur entendus déjà in-utéro, du temps de "l'harmonie" avant l'excitation brûlante liée, à la séparation. Lorsque ce corps refuge anive enfin, nlais trop tardivement et indépendamment du mouvement de l'enfant, le nourrisson libère à son contact la tension de l'attente endurée. Avec toute la force de sa pulsion en manque, l'infans s'enfouit dans ce giron... Avec violence, il se saisit du mamelon..., et la détente qui suit égale en intensité la tension qui la précédait.

La violence des retrouvailles avec le corps maternel ressemble à la passion: l'euphorie et l'extase souvent l'accompagnent... Ce contact a des vertus magiques qui dissipent bien des malheurs terrestres.

Le bien-être retrouvé par le petit dépend donc essentiellement de la réponse maternelle et de sa capacité à calmer la violence qui s'était emparée de lui. Cette violence éprouvée avec la vie pulsionnelle (au sortir de la vie matricielle, a-pulsionnelle) se double de toutepuissance lorsque, avec sa mère presque parfaitement adaptée, il croit au retour de l'harmonie. Violence et toute-puissance... ce terrible "cocktail" à la naissance œ la psyché explique pour une large part l'extrême destructivité humaine.

défenses qui paralysent

plus ou moins la vie

tout va bien, quand la mère dévouée apaise suffisamment vite pour qu'il ne soit pas en sa continuité par l'excitation, la violence Il

pulsionnelle reste intégrable. Dans le cas contraire, lorsque la mère est plus ou moins inapte, dans l'empathie, à s'adapter au petit et à réguler la plupart des tensions qui le menacent, le nourrisson va être partiellement détruit en ses potentialités d'être. Sa mère ne lui "répondant" pas adéquatement au plus près de ses besoins existentiels, la tension va monter jusqu'à faire "exploser" ses capacités de contention. Au pire, il va éprouver qu'il se vide de sa substance originaire, de ce flux régulier et constant qui, fœtus, le parcourait du dedans. La perte de cette "sève vitale" survient lorsque sa continuité d'existence est désintégrée par le stress. Si cette expérience désastreuse se répète dans le temps, l'enfant va aménager sa survie en défenses, pouvant aller jusqu'à se couper de la réalité et de ses violences dans un autisme grave.

. Les tensions destructrices

et la dépression

En difficulté, le nourrisson, dans la totale dépendance où il est, ne peut que hurler sa détresse; c'est tout son être submergé par l'excitation qui s'exprime en ces cris gonflés par la violence de l'attente. Plus la réponse apaisante tarde, plus la souffrance existentielle éprouvée est grande. S'il n'a pas de réponse, les cris finissent par s'arrêter. Alors: l'excitation, à défaut de trouver un "objet" qui la contienne et lui fasse butée, involue en l'enfans, détruisant plus ou moins sa continuité d'être. Dans la même situation de carence, lorsque le petit commence à distinguer l'objet maternel en son altérité, c'est avec une certaine rage qu'il l'appelle alors, et si sa colère continue de rester sans effet, la violence retombe en dépression. Il est impuissant: sa détresse sans secours le plonge dans le désespoir.

12

. Les
.

passion~ dévastatrices humaiI).es si volcaniques et aveugles

Les passions

par rapport à la réalité, que ce soit l'amour dévorant ou
la haine destructrice, tiennent leur intensité de cette tension qu'infans encore mal différencié de notre mère, nous avons éprouvé lorsque nous étions taraudés par le besoin d'un apaisement urgent et que le seul "objet" susceptible de nous tirer de cette violence était inapte à nous aider. Plus notre mère-matrice a été incompétente, plus notre vie va s'enliser à ce stade de l'impuissance, accompagné de toute-puissance imaginaire et d'illusions compensatoires.

. Abandon...

séparation...

et corps

sexué

La violence suscitée en l'enfant par l'inadaptation de sa mère le précipite dans les terreurs de l'abandon, et les affects qu'il éprouve alors à son endroit sont inconciliables en leur violence contradictoire. Tantôt, dans le désarroi, le petit ressent une haine dévastatrice qu'il hurle en rage contre sa mère, et si son absence continue de le torturer, la violence devient alors rejet destructeur de l'autre, ou de la vie. Tantôt, sur ce fond œ tragédie existentielle, lorsque la mère vient à se manifester en donnant quelques soins adaptés, cette adéquation symbiotique que le petit attendait follement est éprouvée dans l'euphorie d'une union parfaite retrouvée. Plus la mère est inconstante en son soutien, plus l'enfant va passer d'un affect extrême à l'autre; il risque ensuite d'être incapable de sortir de ce stade où règne la passion en ses deux versants d'extase fusÎonnelle et de destruction sauvage de la différence. Non assisté en son extrême fragilité, le nourrisson ne peut accepter la réalité de la séparation qui est alors pour lui synonyme d'abandon catastrophique et œ

13

trauma. Il va tendre à éviter tout ce qui le fait sortir œ l'illusion, lui ramenant l'insupportable altérité. Adulte, il va continuer de nier la réalité., parfois jusqu'en son soi charnel qu'il va volontiers maltraiter puisqu'il représente sa condition terrestre d'emblée si douloureuse. Se détruire en son corps, mépriser sa fragilité, c'est en quelque sorte retourner avant le trauma de la séparation et faire que l'hannonie des corps jadis "emboîtés" puisse continuer d'exister dans l'imaginaire. Ce qui est attaqué alors c'est le corps sexué, ce corps coupé de l'autre qui représente la condition individuée.

.
infantile

L'individualisme

moderne

et la toute-puissance

L'illusion de la toute-puissance, dans laquelle volontiers l'homme se complait, s'originerait donc à cette époque de totale dépendance où il se trouve par rapport à son environnement. Cette illusion proprement humaine est aussi entretenue parce que le petit humain reste longtemps dans un besoin d'assistance. De plus, aujourd'hui, les jeunes continuent d'être protégés matériellement bien au-delà de l'adolescence; ils n'ont à aborder la réalité sociale que tardivement. Cela implique, à maturité sexuelle et en pleine possession de leur force, une toute-puissance non contrariée et non limitée par la réalité à assumer, sans la protection parentale. La toutepuissance imaginaire confortée jusqu'à l'âge adulte et servie par les performances des multiples objets modernes est peut -être rune des causes principales œ cette "maladie d'individualisme" qui empoisonne les sociétés contemporaines. Cette "maladie" serait liée à l'incapacité où se trouve l'individu d'aller vers sa maturité, c'est-à-dire de se séparer vraiment de ses figures protectrices, jusqu'à perdre ses illusions de toutepuissance infantile. L'individualisme serait en fait

14

l'incapacité de devenir un indivigu mature tenu à autrui par des"liens de respect et de mutualité.

Sur le plan du comportement, la toute-puissance est donc l'autre face de n,otre immense besoin œ protection. Lorsque nourrisson, l'attention ne nous a pas été donnée suffisamment pour nous permettre d'aller œ ravant avec confiance, et que plus tard, les parents et la société ne sont pas assez rassurants quant à respecter notre fragilité de vivant, adulte nous pouvons aller jusqu'à ériger des défenses uniquement articulées sur la toute-puissance imaginaire et n'aborder l'existence qu'à partir de là. Nous pensons d'emblée que les gens rencontrés dans la vie quotidienne évoluent dans la réalité. Souvent, il n'en est rien; beaucoup de personnes se tiennent en-deça de la réalité car elles n'ont jamais pu aborder la séparation avec succès pour vivre cette réalité comme une avancée vers leur épanouissement d'individu sociétaire. Mal-aimées en leur existence, en leur différence, et aujourd'hui manquant de valeurs sociales sur lesquelles s'appuyer, elles s'accrochent à la vie dans une toute-puissance imaginaire, car si elles lâchent prise, elles sont sûres de tomber dans le vide de l'absence ce lien. Nier ou détruire la dimension réelle de la vie, c'est pour l'individu éviter que revienne le drame existentiel qui jadis l'a mis à l'agonie... Et conjointement, il fait l'impasse de considérer l'insensé qui inconsciemment continue de l'aliéner.

15

. En

résumé

L'extrême dépendance humaine, non respectée au seuil de l'existence, serait la cause majeure de la destructivité et de l'horreur que seule notre race est capable de semer. La violence, qui est d'abord un excès de tension éprouvé par l'individu en son être non aguerri à la pulsion, a été implantée en lui par des parents incompétents à le protéger adéquatement. Cet excès d'excitation empoisonne son expérience et sa raison. Il n'a de cesse que cE s'en débarrasser. Puisque cette violence ne peut être adoucie en étant articulée à l'amour, il reste par elle hanté; ne pouvant l'intégrer pour en faire une agressivité constructive, il n'a que le recours de l'évacuer en l'agissant contre soi ou contre autrui.

C'est sa prémuaturité, sa longue dépendance et l'incompétence de ses éducateurs qui font de l'être humain un potentiel grand destructeur. Il est créateur s'il a été suffisamment aimé et compris pour pouvoir, à son rythme, approcher la vie, l'éprouvant ainsi amie et non ennemie. Et lorsque le dévouement, la rigueur et l'intelligence sensible de ses parents l'ont porté au meilleur de son évolution, l'homme est inspiré par la reconnaissance, le respect de la différence et la solidarité. Il peut alors être le plus altruiste des vivants.

16

CHAPITRE I

LES CONDITIONS

DE LA SANTE

"La santé est étroitement liée à la capacité de l'individu à se vivre dans une sphère qui est intermédiaire entre l'imaginaire et la réalité et qu'on appelle vie culturelle" Donald Winnicott

L'AMOUR EST D'ABORD DE L'AGRJPPENIENT ET DE DEVORATION POUR NE PAS EPROUVER lE VIDE DE SEPARATION.

LA lA

Initialement, l'amour est de l'avidité, une avidité sans pitié, car la reconnaissance d'un "objet" à épargner participe d'une réalité qui n'est pas encore advenue pour l'enfant nouveau-né. Il ne connaît que ce qu'il a expérimenté durant neuf mois, c'est-à-dire un rapport d'incorporation excluant toute possibilité de distinguer un monde autre que fusionné à son être. Selon sa. perception, il fait partie de sa mère, comme elle de lui. Lorsque l'enfant sort de la matrice, il perd à tout jamais ce monde d'harmonie où n'existait pas la séparation. Avec la césure du cordon, le manque le saisit: manque d'oxygène tout d'abord, qu'il va falloir apprendre à capter par soi-même. Conjointement, le manque œ protection se fait d'emblée sentir: hors du ventre, s'ouvre un espace vide et froid parcouru de lumières vives et œ tumulte confus. Dans cet envi-ronnement inconnu, tout est plus violent, métallique, heurté, accéléré... A ces perturbations s'ajoutent bientôt le manque d'éléments chimiques vitaux: la faim tounnente pour la première fois l'enfant. Afin de ne pas défaillir, tout son être se tend pour résister à la violence éprouvée, violence soudaine liée à la carence en nutriments. Le petit souffrant de la faim est traversé de l'intérieur par une pulsion impérieuse qui l'agit et sort de sa bouche en cris de détresse ou d'appel. L'enfant agressé par son nouveau régime existentiel indistinctement par ses gesticulations désordonses hurlements. Lorsque le sein est là, soudain à il s'en saisit avec avidité pour apaiser dans la tension dévorante qui l'a "pris aux tripes". Le et enveloppant de la mère dispense par son chaud et nourricier qui parcourt l'enfant du 19

dedans, l'apaisant. Le petit se détend, puis s'endort, jusqu'au prochain manque éprouvé qui va faire renaître la vague pulsionnelle dévastatrice, l'agression inaugurant la vie individuée.

L'avidité est de l'indistinction originelle entre amour et agressivité. L'enfant est vide d'avoir perdu le corps œ sa mère; tout son être en manque d'elle tend à la capter charnellement de nouveau, en s'agrippant avec toute la force d'une motricité libérée de la contrainte de l'enveloppe matricielle. Dans l'attachement, rechercher le lien de corps à corps est la première forme d'amour, ainsi que se remplir de lait régénérant, de cette substance bénéfique que l'on tire du corps maternel en le "vampirisant".

A l'origine, l'agressivité est un panaché de motricité affolée par le "feu" de la pulsion et d'oralité violente car suscitée par un éprouvé de manque qui dévitalise l'enfant. A l'origine, aimer c'est dévorer l'autre dont on a été séparé pour ne plus se sentir vide et en perdition. Agresser et aimer, pour le nouveau-né, participe du même mouvement provoqué par un besoin d'apaisement vital dont le petit a un besoin urgent pour se rétablir en sa continuité d'être.

La relation humaine s'inaugure avec cette captation d'autrui essentielle à la survie de l'être individué; pulsionnellement, elle est d'abord une violente absorption qui rétablit une sorte de fusion au mépris de la 20

différence d'autrui. Cette agressivité aveugle va-t-elle rester violence ou non?.. L'autre va-t-il être recon"nu en son altérité, puis respecté?... L'enfant va-t-il accepter qu'une butée soit posée à cette toute-puissance imaginaire qui lui pennet de croire pouvoir encore posséder le corps protecteur perdu à la naissance? Conjointement va-t-il paIVenir à suffisament reconnaître la réalité pour limiter son avidité, et réparer ceux qu'initialement il a dévoré "en toute innocence"?

lA SEPARATION, NOTRE DRAME EXISTENTIEL VRAIMENT CICATRISE. L'acceptation de la réalité, qui est d'abord de la séparation, est affaire d'éducation.

JAMAIS
la réalité

Tolérer l'altérité, la solitude conséquente, et respecter autrui en son existence différente dépend de la façon dont les parents et la génération des "adultesguides" ont accompagné l'enfant en train de s'individuer. Un long chemin relationnel doit être mené à bien, de la totale dépendance où l'on était nourrisson jusqu'à l'indépendance. La fonction prioritaire de l'adulte éducateur est de savoir faire suffisamment protection et transition pour que la séparation ne soit jainais synonyme d'abandon, pour que la réalité ne nous heurte Jamais de front au point de nous dissuader de grandir et de quitter le monde de l'illusion. Car nos dispositions créatives ou destructrices résultent toutes deux œ ou de la détresse que ces adultes tutellaires nous à vivre face à cette épreuve: devoir se séparer s'individuer.

21

La pIime enfance est la période la plus sensible: le petit, en sa grande imlnaturité, est tel de la "pâte à modeler" . Ce qu'il expérimente s'inscrit en lui charnellement. Son corps et sa psyché étant encore indistincts, les émotions qu'il éprouve vont lui devenir consubstentielles. Au niveau donc de sa structure œ sujet, les premiers affects vont devenir des référents majeurs. Et du côté du système nerveux, après la naissance, les connections neuronales se font en rapport à l'expérience vécue. Elles ne suivent pas des schèmes innés, instinctuels: elles sont conditionnées par ce qui s'acquiert relationnellement dalls l'actuel. Dès le début de l'existence à l'air libre, la problématique à vivre a des incidences considérables quant à l'avenir de l'individu en train de naître psychiquement. Alors que le nouveau-né très démuni est inapte à affronter la vie par lui-même, il doit pourtant faire face à la séparation qui vient de déchirer son univers. Alors que tout son être, en sa fragilité, aspire encore à une protection de type matriciel, le voilà coupé du corps maternel essentiel à sa survie. Tel est le drame premier que nous devons tous assumer. Nous pouvons le résoudre avec assez de bonheur, si nos parents parviennent à nous entourer de sorte que nous n'éprouvions pas la séparation comme un abandon catastrophique désintégrant notre continuité d'être. Les parents aptes à soutenir et à protéger adéquatement leur enfant compte tenu de son inaptitude à affronter ses nouvelles conditions d'existence lui adoucissent bien des violences résultant de la séparation. Le petit va pouvoir ainsi intégrer les tensions nouvelles à sa continuité d'existence établie in-utéro; ces agressions ne vont pas déborder ses capacités de liaison et de contention. Les premières expériences de sa vie individuée vont donc l'enrichir en le portant à évoluer. 22

A l'inverse, des parents incapables de créer par leurs soins, autour de leur enfant, une matrice post-natale susceptible de filtrer les stresses liés à la vie séparée, vont d'emblée le décourager de vivre. Taraudé par l'expérience pulsionnelle, l'enfant va régresser, se défendre ou se rétracter face à l'épreuve nouvelle qui le déborde; il se sentira plus ou moins incapable d'assulner sa dimension individuée. Seuls des adultes et un socius sensibles et éthiquement porteurs, qui savent l'immense vulnérabilité du petit d'homme, peuvent prendre des initiatives et des dispositions éducatives propres à protéger le potentiel vital du nouveau-né afin qu'il s'épanouisse. Trop abandonné à lui-même, et donc laissé à sa détresse originaire, l'enfant ne saurait devenir un adulte sociétaire. Car, par carences affectives primitives, des parties plus ou moins importantes de sa personnalité ne peuvent se développer; elles sont pétrifiées, voire détruites "dans l'œuf'. Des secteurs entiers de sa psyché resteront pris dans l'infantile. Il sera souvent destructeur à défaut œ pouvoir être créateur, res-sentant que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue si ce n'est en s'enivrant, en travestissant la réalité à coup d'illusion pour la maquiller en paradis. La séparation, au lieu d'être ainsi dès l'origine une tragédie marquant de destruction le destin de l'individu, au mieux peut rester à l'état de menace sans devenir une réalité fatale. Des parents adaptés, qui savent s'identifier suffisamment à leur nouveau-né, vont lui donner toutes sortes d'appuis et de liens afin qu'il puisse ne pas être happé par le vide vertigineux de la séparation. Leur compréhension fait en quelque sorte un pont entre eux et lui, un pont qui enjambe "le vide sans fond", laissant les détresses de l'abandon loin en-dessous. En d'autres termes, le "corps dans corps" matriciel doit être remplacé 23

à la naissance par un soutien corps à corps, puis par des liens dë compréhension émotionnelle et psychique. Ainsi la séparation ne sera pas endurée au point cE compromettre la liberté à venir du sujet. L'abandon restera une menace qu'il pourra conjurer par des liens d'amour et de fraternité. Dans ces conditions, l'enfant s'individuant va pouvoir intérioriser la confiance et le réconfort donnés par la bienveillance d'autrui. Même seul, il ne se sentira jamais perdu, emporté par le désespoir au point de détruire la vie; une présence salvatrice continuera de l'habiter. La conscience de la séparation, de la perte incontournable, puis de la mort pourront être alors adoucis par cet attachement à la vie, invitant même à la perpétuer et à prolonger le lien qui tient les hommes ensemble.

Aussi, pour que la séparation soit supportable, il importe que dès la naissance, l'individu puisse participer créativement à l'existence, qu'il n'ait pas le sentiment cE la subir comme une violence. Tant qu'il peut transformer le vide qui le sépare de l'autre en espace transitionnel, le sujet ne part pas à la dérive; il le remplit de son jeu créatif, il utilise des symboles pour pallier l'absence par l'échange et la communication... Et plus tard, par son travail et ses activités culturelles, il tâchera de perpétuer l'alliance sur le plan social. Comme le dit Donald Winnicott, dans la santé, psychologiquement, il n'y a pas de séparation. Elle reste potentielle mais n'est pas un fait accompli, sans remède. Dans l'espace de la séparation, il y a la création qui fait liaison, il y a toutes les solutions symboliques pennettant de tisser des liens comblant partiellement le vide.

24

DEUX REGIMES DIFFERENTS

A CONJUGUER.

Notre économie pré-natale peut être qualifiée d'apulsionnelle, la pulsion n'entrant en jeu que lorsque la séparation des corps a eu lieu. Avant la césure du cordon et la perte du placenta, un flux continu parcou-rait le fœtus. Cette sève vitale a nourri la multiplication vertigineuse de ses cellules, en l'alimentant sans heurt ni rupture. Durant neuf mois, l'être du fœtus s'est donc établi grâce à cette continuité fluide, dans un environnement viscéral clos et stable, ne changeant que d'infime façon, au rythme des mouvements de la mère. Avec la naissance, l'enfant bascule soudain dans un autre univers; un immense espace libre s'ouvre à lui, dans lequel ne se produisent que des évènements inconnus. Le flux qui le parcourait via le cordon est rompu; même si dans ses veines un élément liquide continue de couler, l'oxygène et les nutriments n'arrivent plus magiquement. Pour pallier ces carences d'éléments essentiels à la vie, de nouvelles fonctions organiques doivent se mettre en route et se roder bien vite...

Le vécu pulsionnel s'inaugure donc avec la perte du corps de la mère et tous les manques que cela génère en l'enfant. Le manque désorganise sa continuité d'existence; il s'accompagne d'un éprouvé de tension et d'une menace de désintégration. Alors, l'excitation endurée par le petit nécessite une satisfaction rapide pour s'apaiser. C'est à cette condition que la pulsion va être tolérée; si elle peut être intégrée à la continuité qui lui préexistait, la tension ne devient pas désintégrante. Comme je l'ai déjà dit, la pulsion est d'abord ressentie par le nouveau-né comme une agression, puisqu'elle est pour lui source de désorganisation et œ stress. C'est la mère, par ses soins adéquats, qui peut 25

,
adoucir l'impact, ~ur son infans, de l'expérience pulsionnelle, lui permettant ainsi de la métaboliser. C'est donc via le comportement de sa mère que le petit va progressivement articuler son vécu matriciel et son vécu à l'air libre. Grâce à elle, ce qui maintenant l'agresse, il va pouvoir le lier à son expérience passée, tout en trouvant à. se développer. Si elle n'arrive pas à être intégrée par régime précédent, la nouvelle éconon1ie menace ou détruit partiellement son soi neuf mois. La pulsion dont on subit la carence de protection parentale, attaque établissement existentiel pré-natal. l'enfant à son pulsionnelle établi durant violence, par notre pren1ier

Sur ces liaisons internes non à. tisser entre nos deux différentes, s'articulent notre naissant. Cela signifie que étroitement des liens que nous "parents-protecteurs" des débuts

que nous réussissons ou économies existentielles identité et notre moi notre identité dépend pouvons établir avec nos de la vie.

Ainsi, qua.nd la mère originaire ne contient pas dans le temps les diverses manifestations désordonnées de l'expérience pulsionnelle, le moi de l'enfant démarre bien mal sa fonction de contenant. Sans "mèreauxiliaire", initiatrice des liaisons à faire, ce moi risque d'être régulièrement débordé. Alors qu'il doit faire face aux conflits propres à l'existence individuée, l'enfant se sentira sans moi sécurisant. La moindre perturbation peut lui faire violence, l'envahissant et le désespérant. Et lorsqu'il est las de son inaptitude à vivre créativement le bon et le mauvais, en les gérant, le sujet aspire à retourner à une plénitude passée qu'il a connue et goutée quand il était encore fusionné, avant la nécessité de vivre les conflits. Cette "marche-arrière" vers l'harmonie matricielle se fait à coup de destructions, destruction ~ 26

ce qui a suivi l'époque du "paradis". L'individu peut donc détruire indifféremment et indistinctement tout ce qui signifie la séparation et l'autonomie: son moi séparé, son corps fragile sexué et mortel qui aurait au contraire besoin d'être ménagé, et bien sûr autrui dès qu'avec lui apparaissent la différence et l'altérité, etc...

En résumé, lorsque nous ne parvenons pas à conjuguer avec succès nos deux régimes différents, c'est la destruction qui remporte.

AVEC lA PROTECTION PARENTAlE, lA S'ETABLIT GRACE A L'A'M'ACHE:MENT.

VIE POST-NATAIE

Avant d'aller vers son identité et sa condition individuée, le petit doit pouvoir profiter de la protection parentale qui lui est vitale. Car pour remplacer le cordon matriciel, le nouveau-né a un besoin essentiel de liens d'attachement corporel et affectif. En d'autres termes, après la fusion mère-enfant, la symbiose relationnelle est le palier obligé pour que le petit puisse aborder la séparation et les relations symboliques. Il nous faut à tout prix bénéficier de cette protection originaire: des liaisons existentielles fondamentales s'y font, attachant notre psyché à notre corps, solidairement. Les liens d'attachement à nos parents sont en quelque sorte le socle indispensable à notre structuration de futur sujet. Sans ce "terreau" affectif et sensuel, l'individu ne saurait grandir. Sa liberté se trouverait d'emblée condamnée, par incapacité à se séparer dans la confiance. Qui n'a pas eu suffisamment de protection pour se sécuriser dans rattachement ne peut se lancer dans la 27

vie. Comme je l'ai dit plus haut, la ~écurité risque d'être recherchée dans la régression, en retournant avant la séparation et l'expérience pulsionnelle non-intégrable, dans l'attente que l'amour qui est dû au soi pour évoluer hors de l'enfance advienne enfin. Il est impressionnant de constater les dégâts causés à la vie par ce fonctionnement existentiel qui stagne au lieu d'aller ce l'avant. Le petit qui, dans l'attachement, ne peut se conforter suffisamment pour cheminer vers sa maturité est non seulement handicapé quant à son devenir adulte, mais aussi, dès qu'il peut s'estimer, se croit sans valeur. Profondément, il se sent inapte, incapable, pas aimable..., tout simplement parce que sa mère n'a pas su l'apprécier suffisamment pour comprendre et accueillir l'intégralité de ses mouvements pulsionnels, tout en lui maintenant un attachement inconditionnel. Autre inconvénient: par manque de soutien apaisant et régulateur, les manifestations pulsionnelles du petit vont rester tumultueuses, voire indomptables; l'enfant, en grandissant, se sentira responsable de leur violence et, pour le reste de son existence, il risque d'être hanté par une culpabilité sans issue et/ou une destructivité rageuse et désespérée.

AU STADE DE L'ATTACHEMENT, L'ILLUSION EST NECESSAIRE POUR FAIRE TRANSITION ENTRE LES DEUX UNIVERS A- PULSIONNEL ET PULSIONNEL.

Au début du développement de son espace psychique, l'illusion est nécessaire au nourrisson pour qu'il parvienne à apprivoiser le "nouveau-monde". Lorsque la mère s'adapte presque parfaitement à son petit, celui-ci perçoit les évènements en adéquation avec ses mouvements et ses besoins, comme si la séparation n'était pas advenue. Ainsi, l'enfant a l'illusion d'un lien permanent. Quand le manque le taraude, malgré tous les soins prodigués par la mère, l'illusion lui donne la 28

possibilité d'halluciner la satisfaction: il suce son doigt (ou sa langue) COInme s'il était le sein apaisant la tension de la faim. Et, lorsqu'à ce moment la mère vient vite, l'hallucination se concrétise en ayant scotomisé le manque. Comme le dit D. Winnicott, imagination etréalité ainsi coincident, donnant à l'enfant aux prises avec l'excitation le réconfort de l'illusion. C'est à partir de ce type de satisfaction trouvée avec la mère que, dans un second temps, la réalité va pouvoir apparaître en étant tolérée. Oui, la découverte et la prise en compte de la réalité sont créées à partir d'imaginations, lorsqu'un stade d'illusion a été ménagé comme recours psychique pour l'enfant en train d'évoluer. Puis, toujours grâce à la mère dévouée, le nourrisson va découvrir, panni les différentes situations par lui imaginées, celles qui se concrétisent, c'est-à-dire celles qui sont confirmées par les évènements ou non en apportant de nouvelles satisfactions aux saveurs inconnues. Il peut ainsi commencer à faire une distinction entre son imaginaire et la réalité partagée. Lorsque la capacité d'adaptation de la mère n'est pas suffisante, les hallucinations déclenchées par la frustration ne sont pas suivies de réalisation et œ satisfaction, mais au contraire de frustration continue et donc de plus encore d'hallucination. La tolérence du petit à ce type de situation a des limites: lorsque la limite a été dépassée, l'enfant est traumatisé. L'environnement a été le plus fort: il l'a empiété en le soumettant au lieu d'accompagner ses besoins existentiels du moment. Dans de telles circonstances, la continuité du processus nécessaire à la croissance œ l'imagination et de la pensée réaliste est mise en péril. Un tel traumatisme conduit à des dommages quasi irréversibles causés au potentiel corps-psyché et à leur accord. Il y a arrêt de l'évolution sur imaginaire et l'illusion n'est pas prête d'être abandonnée pour laisser place à la réalité. Aussi, l'enfant s'immobilise dans la
29

toute-puissance pour éviter l'effroyable impuissance éprouvée à cause de la' non-réponse maternelle à ses besoins d'évolution et de croissance. Puisque la relation est à ce point destruc-trice, lui, l'enfant sera autosuffisant préservant ainsi ses sensations, ses affects et sa créativité d'avant le désenchantement meurtrier causé pas l'altérité.

Pour se sentir exister, l'individu, dès sa naissance doit être l'agent actif de la découverte et de la création du monde qui l'entoure. La fonction essentielle des parents est donc de mettre l'environnement à la dimension œ l'enfant et à sa portée du moment. Tant que le petit est actif, il n'est pas soumis et cela est très important à cette époque où il est sans défense, complètement vulnérable, où un rien peut le détruire. Sa seule force est l'action, l'action réussie, c'est-à-dire celle qui rencontre de la satisfaction et non du vide ou de la frustration. L'enfant se sent alors participant, heureux d'être, puisque son mouvement a "rencontré-créé" l'évènement apaisant; à ce stade, c'est comme s'il le produisait. Ainsi peut être intégrée la nouveauté accordée à son élan et à son besoin. La santé normale est donc intrinsèque à cette créativité, laquelle dépend de la continuité du soi maintenue avec les "objets" grâce à la "mère adaptée" qui les offre à la rencontre. En résumé, pour que l'enfant ne subisse pas la séparation mais soit le conquérant de son autonomie, il lui faut d'abord pouvoir modeler son environnement. S'il ne peut s'approprier le monde à son rythme et selon sa capacité à métaboliser la nouveauté, son besoin œ maîtrise et sa mégalomanie seront exacerbés en réaction à son impuissance.

30