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Crime d'Anthoine (Le)

De
242 pages
Le 21 septembre 1617, une jeune maman est retrouvée morte dans la maison des Petermann dans le val de Lièpvre, entre Alsace et Lorraine. On la dit suicidée, mais l'expertise médicale conclut au meurtre. L'affaire Petermann va accuser Anthoine, le vieillard qui dirige la famille et qui n'avait jamais attiré l'attention. Au terme de l'instruction juridique, Anthoine sera condamné à mort. Le crime d'Anthoine commis il y a 400 ans aurait pu avoir été perpétré aujourd'hui pour les mêmes raisons profondes et se retrouver dans la presse et au tribunal.
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mais une remarquable expertise médicale conclut à un meurtre.
qui tue l’épouse ? Mais l’affaire Petermann va tourner autrement et mettre en accusation Anthoine, le vieillard qui dirige la famille et qui, jusqu’alors, n’avait jamais attiré l’attention contre lui. Au terme d’une instruction judiciaire compliquée et malgré des aveux changeants et insuffisants, Anthoine sera condamné et à mort exécuté sur Comprendre un assassin n’est déjà pas chose facile aujourd’hui. Rentrer dans la tête d’un vieil homme qui a massacré sa belle-fille,
raisons du criminel, à partir des archives de la procédure. Ce fait-bien des choses sur les couples, les familles et l’argent, sur l’amour, l’honneur et la haine et sur toute la société locale. Œuvre d’histoire
à quelques détails près, avoir été perpétré aujourd’hui pour les mêmes raisons profondes et se retrouver dans la presse locale et
universités (2006) et directeur de l’Insîtut d’histoire
la justice et de la criminalité aux XVI et XVII , L’Harmattan en 2013Blaison Barisel, le pire officier du duc de , , et en 2015 aux Presses universitaires de Strasbourg,Brutes e e ou braves gens ? La violence et sa mesure (XVI -XVIII siècle).
Illustration de couverture : gravure par , Moreau et Chataigner dans leur , 1814, planche n°95, exemplaire appartenant à Antoine Follain, d’après un tableau d’Adriaen Van Ostade (1610-1685) conservé au musée du Louvre.
ISBN : 978-2-343-12889-4
Antoine Follain
Le crime d’Anthoine Enquête sur la mort d’une jeune femme e dans les Vosges au XVII siècle
Le crime d’Anthoine
Antoine Follain
Le crime d’Anthoine
Enquête sur la mort d’une jeune femme e dans les Vosges au XVII siècle
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-12889-4 EAN : 9782343128894
Préface
* Georges Bischoff En avril 1600, l’ambassadeur vénitien Francesco Vendramin et sa suite, de retour de Paris, traversent la Lorraine et s’apprêtent à repasser les Vosges en remontant la vallée de la Meurthe. En amont de Saint-Dié, l’architecte Vincenzo Scamozzi note qu’« au bord de la route nous vîmes des douzaines de poteaux auxquels avaient été attachés et brûlés des gens se mêlant de sorcellerie – 1 d’autres avaient été roués » . S’il s’abstient de commenter cette vision d’horreur, il n’en est pas moins vrai qu’il la mentionne comme un spectacle dont il a bien retenu le sens. Les historiens savent qu’il s’agit des travaux pratiques du 2 procureur général Nicolas Rémy . Ils ont en tête les images, tout aussi terrifiantes, réalisées par Jacques Callot une génération plus tard. Le graveur était revenu d’Italie en 1621, en suivant le même trajet que l’ambassade vénitienne, mais dans l’autre sens. S’il avait emprunté la vallée voisine, celle de Sainte-Marie aux Mines, aurait-il découvert la chose par anticipation, en arrivant à Lièpvre, à l’entrée des possessions lorraines du versant alsacien ? En décembre 1617, c’est au lieu-dit Molenbach, non loin de la route de Sélestat à Nancy qu’avait eu lieu l’exécution d’Anthoine * Professeur des universités émérite de l’université de Strasbourg, Georges Bischoff est spécialisé dans l’histoire médiévale, du Bas Moyen Âge jusqu’à ses prolongements à l’époque moderne et dans l’histoire de l’Alsace. Il est l’auteur entre autres deLa guerre des paysans. L’Alsace et la révolution du Bundschuh. 1493-1525, Strasbourg, La Nuée Bleue, 2010, 487 p. 1 Cité par CHONÉ, Paulette, « La Lorraine vue par un architecte italien. Le voyage de Vincenzo Scamozzi : 28 mars-15 avril 1600 »,Le Pays lorrain, 1982, p. 65-86. 2 Nicolas Remy finit sa carrière comme procureur général de Lorraine et du bailliage de Nancy (1599-1606) après avoir été lieutenant général du bailliage de Vosges (1570), secrétaire ordinaire du Duc (1575), échevin de Nancy (1576) et en même temps membre du conseil privé (1589) chargé notamment des questions judiciaires et des procès les plus délicats. Il compte beaucoup dans la police des mœurs et crimes, à partir de son entrée au tribunal des échevins, et il est connu aujourd’hui par son implication dans la chasse aux sorcières et ses écrits démonologiques terrifiants, à savoir saDémonolâtrie… écrite en 1592 et publiée en latin en 1595. Voir la section « Nicolas Remy :le meilleur officier du duc de Lorraine ?» p. 19-23 dans le livre FOLLAIN, Antoine,Blaison Barisel, le pire officier du duc de Lorraine, Paris, L’Harmattan, 2014, 288 p. 7
Petermann, coupable d’avoir tué sa bru Anno qui venait d’accoucher. Et c’est là, vraisemblablement, pour signifier la justice du prince et des hommes, qu’avait été exposé son cadavre sur la roue du supplice. La violence judiciaire relève d’une pédagogie de l’ordre qui n’est plus de mise aujourd’hui, en Europe occidentale tout au moins, mais il peut y avoir des rechutes. Est-elle ou non compatible avec la paix sociale, proportionnée aux crimes, dissuasive et donc efficace ? Ajoute-t-elle la terreur à l’horreur ? À un moment où les médias débordent d’armes, de larmes et de sang, la problématiquedes délits et des peinesreste toujours aussi actuelle qu’à l’époque du traité éponyme de Cesare Beccaria (1764). Elle invite à questionner l’histoire, qui n’est pas un bric-à-brac d’anecdotes et d’objets contondants, et pas davantage le fleuve tranquille du bon vieux temps, mais la science laborieuse, très souvent provisoire des permanences et du changement.
Un crime au val de Lièpvre
À cet égard, le dossier du meurtrier septuagénaire de Sainte-Croix aux Mines peut être considéré comme une pépite aussi exceptionnelle qu’exemplaire. En effet, les pièces relatives à l’instruction de cette affaire permettent d’en saisir la substance, en mettant au jour les rouages d’un système judiciaire fondé sur la coutume, au carrefour des institutions locales et du droit savant et en cernant les mentalités de ses protagonistes. Ce matériau se prête excellemment à l’exercice de la micro-3 histoire . C’est ce que nous propose ici Antoine Follain après une enquête réalisée avec ses étudiants dans le cadre d’un séminaire de recherche. Le décryptage de la procédure diligentée par les autorités lorraines exige une grande familiarité des archives :
3 Au début des années 1970 des historiens parmi lesquels Giovanni Levi et Carlo Ginzburg, ont façonné une nouvelle façon de lire les phénomènes : la microstoriamicro-histoire, mise en œuvre dans des ouvrages tels que ou Les Batailles nocturnes, sorcellerie et rituels agraires(1966) etLe Fromage et les e vers. L’univers d’un meunier frioulan du XVI siècle(1976). La microhistoire délaisse l’étude des masses ou des classes sociales pour s’intéresser aux individus. Mais le destin particulier sert à éclairer les caractéristiques du monde dans lequel est immergé l’individu.
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l’érudition est sans intérêt si elle ne s’accompagne pas d’une grande sagacité, autrement dit, d’une volonté d’aller toujours plus loin dans l’enquête, en opérant des rapprochements et en suivant toutes les pistes. Les non-dits ou les allusions méritent d’être pris en compte. Pour quelles raisons – « rationnelles » –, un vieillard apparemment sain de corps et d’esprit va-t-il larder de coups de couteau la femme de son fils ? Pourquoi le livre-t-on à la question ? Que nous apprennent les témoins, comment s’expriment-ces derniers, quels sont leurs sentiments ? En quoi ce fait divers tragique défraie-t-il la chronique ? Etquid de sa mémoire ? Le val de Lièpvre et les vallées voisines ne sont pas un finistère ou un archipel perdu au milieu de nulle part. Ici, nous sommes au cœur des Vosges, à un moment crucial, à la veille de la guerre de Trente Ans, aux derniers feux de la Renaissance. Dans son rapport au Sénat vénitien, l’ambassadeur Vendramin n’évoque guère son séjour en Lorraine, si ce n’est sous l’angle géopolitique. À ses yeux, les Vosges, et, au-delà, le Rhin, forment la meilleure des défenses du duché, bien plus exposé du côté du royaume de France. Scamozzi remarque que les habitants de Saint-Dié « commencent quelque peu à parler l’allemand » et qu’à Plainfaing, les villageois « commencent à se vêtir à l’allemande, coiffés de bonnets, etc. ». Il a conscience de traverser un entre-deux, mais il n’éprouve aucune impression d’isolement. Il décrit un pays fertile qu’on pourrait presque interpréter comme un monde plein, et en tout cas fort actif si l’on en juge par la description d’une fonderie à La Croix-aux-Mines dans laquelle on a pu reconnaître celle du Chipal, sur le versant occidental de la crête. Anthoine Petermann participe de cette prospérité visible et de cette hybridation culturelle. Pendant sa vie active – on comprend qu’il a atteint l’âge de la retraite – il a été mineur peut-être et principalement cercleur de tonneaux, ce qui signifie qu’il a exercé un emploi indirect lié aux mines d’argent de Sainte-Marie, grandes consommatrices de cuveaux, et son fils Jacob travaille dans la mouvance de celles-ci. À cette date, l’extraction du minerai dans les Vosges est-elle vraiment sur le déclin ? Pas sûr : en 1617, justement, grande première mondiale, semble-t-il, c’est 9