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Croire à l'incroyable

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Description

Comment peut-on croire à l’incroyable ? Il semble déraisonnable d’adhérer aux croyances les plus extrêmes, invraisemblables ou ubuesques. Il paraît tout aussi irrationnel qu’un adepte continue à croire fervemment alors que les faits sont en contradiction avec ses croyances. Cela soulève plusieurs mystères de la pensée humaine : les mécanismes de l’adhésion, la « résistance au changement » et la désadhésion à des croyances « invraisemblables ». Mais ces adeptes sont-ils aussi fous, crédules et malléables qu’ils y paraissent pour adhérer inconditionnellement à des croyances défiant les normes du vrai ?
Cette perméabilité ou imperméabilité de l’esprit face aux doutes, aux contradictions ou à l’intime conviction de la véracité des croyances les plus incroyables est ici disséquée aux prismes de la raison ou de la déraison de l’acteur social.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 0
EAN13 9782130792055
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0165€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Romy Sauvayre
Croire à l’incroyable
Copyright
© Presses Universitaires de France, Paris, 2012
ISBN papier : 9782130594444 ISBN numérique : 9782130792055
Composition numérique : 2016
http://www.puf.com/
Cette œuvre est protégée par le droit d’auteur et strictement réservée à l’usage privé du client. Toute reproduction ou diffusion au profit de tiers, à titre gratuit ou onéreux, de tout ou partie de cette œuvre est strictement interdite et constitue une contrefaçon prévue par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. L’éditeur se réserve le droit de poursuivre toute atteinte à ses droits de propriété intellectuelle devant les juridictions civiles ou pénales.
Présentation
Quelles sont les raisons de croire et de ne plus croire à l’invraisemblable, ces croyances dont les adhérants sont taxés de fous et d’irrationnels ?
Comment peut-on croire à l’incroyable ? Il semble déraisonnable d’adhérer aux croyances les plus extrêmes, invraisemblables ou ubuesques. Il paraît tout aussi irrationnel qu’un adepte continue à croire fervemment alors que les faits sont en contradiction avec ses croyances. Cela soulève plusieurs mystères de la pensée humaine : les mécanismes de l’adhésion, la « résistance au changement » et la désadhésion à des croyances « invraisemblables ». Mais ces adeptes sont-ils aussi fous, crédules et malléables qu’ils y paraissent pour adhérer inconditionnellement à des croyances défiant les normes du vrai ? Cette perméabilité ou imperméabilité de l’esprit face aux doutes, aux contradictions ou à l’intime conviction de la véracité des croyances les plus incroyables est ici disséquée aux prismes de la raison ou de la déraison de l’acteur social.
Table des matières
Remerciements Sigles, signes et abréviations Introduction Approches théoriques des croyances 1. Le changement de croyances, de connaissance et de représentations 2. Sectes et nouveaux mouvements religieux : apostasie ou manipulation mentale ? Les mécanismes de l'adhésion 1. Les degrés de l'adhésion 2. Les premiers pas du futur adepte dans un mouvement marginal 3. Les doutes et le scepticisme du futur adepte 4. La croyance à l'épreuve ou l'administration profane de la preuve 5. Confiance et croyance 6. Portrait des adeptes convaincus De la « résistance au changement de croyances » à la rupture d'adhésion 1. La logique contre-intuitive des croyances 2. De la fluctuation à la rupture d'adhésion 3. Les phases de la désadhésion : un changement de « cadre cognitif » 4. Les croyances laissées en suspens : de la rupture à la réadhésion Conclusion 1/ L'adhésion à des croyances invraisemblables 2/ Une apparente « résistance au changement » 3/ Vers l'abandon des croyances et la rupture d'appartenance 4/ Un modèle de changement de croyances Bibliographie
Remerciements
Je tiens à adresser un profond remerciement à toutes les personnes rencontrées et interrogées qui m'ont livré une part importante de leur vécu ; toutes celles qui m'ont aidée, accompagnée, conseillée, recommandée, et tous ces anonymes qui ont beaucoup œuvré dans l'ombre : sans leur patience, leur détermination et la qualité de leur témoignage, les apports de cette recherche auraient été considérablement amoindris.
LaMIVILUDES(Président Jean-Michel Roulet et Claire Barbereau) ; les diverses associations, personnes et organismes contactés :ADED, ASDFI, AVCS, AVPA, AVREF, BAPO, CCMMParis,CCMMBordeaux,CCMMPaca,CCMMNarbonne,CCMM Toulouse-Info secte Midi-Pyrénées,CDRPS, Centre Devreux,CIAOSN, CIC, CIGS, CLPS, ERNRStrasbourg,FECRIS, GEMPPI, Pastorale, sectes et nouvelles croyances Montpellier, Pastorale, sectes et nouvelles croyances Nancy, Prevensectes, Secticide,UNADFI, ADFIAix-en-Provence,ADFIBordeaux,ADFIChambéry,ADFI Dijon,ADFILe Mans,ADFILille,ADFILyon,ADFIMontpellier,ADFINantes,ADFI Paris,ADFIPau,ADFI Rennes,ADFI Saint-Étienne,ADFI Saint-Jean-de-Luz,ADFI Strasbourg,ADFI Toulouse,ADFI Yvelines, Frédéric Lenoir, Jean-Claude Maes, Marie-Andrée Pelland, Marie-Annick Meyer, Roger Gonnet, Mathieu Cossu, Xavier Martin-Dupont, Jean-Yves Radigois, Jean-Pierre et Sonia Jougla, et les anonymes.
Je tiens également à exprimer toute ma reconnaissance au Conseil général de Haute-Saône (Président Yves Krattinger, Serge Bianconi, Pierre Bucco, Marylène Dufils), à l'associationADEPAPE, Philippe Breton, Gérald Bronner, Pierre Demeulenaere, Antoine Delestre, Nathalie Heinich, Pascal Hintermeyer, Pierre Livet, Dominique Raynaud, Jean-Bruno Renard et Jean Robillard.
Sigles, signes et abréviations
ADEDAssociation de défense de l'environnement de Deyvillers
ADFIAssociation de défense des familles et de l'individu
ASDFIAssociation Suisse de défense de la famille et de l'individu
AVCSAide aux victimes de comportements sectaires
AVPAAssociation d'aide aux victimes de psychothérapeutes autoproclamés
AVREFAssociation vie religieuse et familles
BAPOBruxelles Accueil Porte ouverte
CCMMCentre contre la manipulation mentale
CDRPSCentre de documentation sur les religions, philosophies et sectes
CESNURCenter for Studies on New Religions (Centre d'études sur les nouvelles religions)
CIAOSNCentre d'information et d'avis sur les organisations sectaires nuisibles
CICCentre intercantonal d'informations sur les croyances
CICNSCentre d'information et de conseil des nouvelles spiritualités
CIGSContacts et informations sur les groupes sectaires
CLPSCercle laïque pour la prévention du sectarisme
ELMElaboration Likelihood Model
FECRISFédération européenne des centres de recherche et d'information sur le sectarisme GEMPPIGroupe d'étude des mouvements de pensée en vue de la prévention de l'individu INSEEInstitut national de la statistique et des études économiques
MIVILUDESMission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (service du Premier ministre)
PCSProfessions et catégories socioprofessionnelles
PNLProgrammation neuro-linguistique
TCRThéorie du choix rationnel
UNADFI Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu
// Interruption du tour de parole
{ } Substitution d'éléments trop singuliers dans le discours des enquêtés, susceptibles de dévoiler leur identité
Introduction
Les croyances se retrouvent dans tous les domaines de l'activité sociale, qu'elles soient triviales, ordinaires ou invraisemblables, les « croyances guident nos désirs et forgent nos actes » (Peirce, 2002 [1878], p. 173). Ces croyances, sans prétendre à l'exhaustivité, peuvent prendre des formes diverses : lire quotidiennement l'horoscope qui, sans vraiment y croire, oriente l'interprétation des événements du jour pour tenter de confirmer que les prévisions sont vraies ; utiliser des objets fétiches, toucher du bois ou croiser les doigts pour se porter chance ; éviter de passer sous une échelle, de surcroît un vendredi 13, pour se prémunir de tout malheur éventuel ; s'abstenir de casser un miroir pour s'éviter sept années de malheur ; jeter du riz pour porter bonheur à de jeunes mariés ; ne pas poser, sur la table, du pain retourné de peur que le diable ne s'y invite ; jeter du sel par-dessus son épaule pour éloigner les mauvais esprits ; porter lakhamsa(main de Fatma) pour se protéger du mauvais œil ; ou encore, prendre toutes les dispositions nécessaires pour survivre à la fin du monde prévue pour le 21 décembre 2012. Les croyances se retrouvent également dans l'activité économique et boursière en particulier lorsque l'actionnaire croit que les déboires judiciaires d'un haut dirigeant conduiront à une perte de confiance et à une chute du prix de l'action. La croyance peut être enfantine et se cultive lorsque les parents nourrissent et alimentent le mythe de l'existence du Père Fouettard, de la petite souris, ou encore du Père Noël, en usant de mensonges si nécessaire[1]. La croyance est thérapeutique lorsque l'on propose un remède miraculeux ou une potion capable d'effacer tous les maux, ou lorsque, par la seule confiance accordée à la médecine, un placébo fait des miracles. La croyance peut être anxiogène lorsque l'on ignore tout des effets d'une innovation technologique (les ondes électromagnétiques, lesOGM, les additifs, les conservateurs, etc.) ou que l'on a le sentiment de n'avoir qu'une partie des informations disponibles (théorie du complot, rumeurs). La croyance peut être religieuse, scientifique ou « invraisemblable ». Elle peut regrouper la croyance en l'existence de Dieu et le créationnisme, celle du Big Bang et de l'évolutionnisme, ou celle de la naissance du monde de la main d'une civilisation extraterrestre, à l'instar de celle prévoyant qu'il fera beau demain. Ces diverses formes de croyances ne semblent pas pouvoir être mises sur un plan d'équivalence et invitent à s'interroger sur la notion même de croyance. Qu'est-ce que croire ?
La croyance est un terme polysémique qui revêt généralement deux dimensions. « Tantôt le terme de “croyance” désigne le contenu de ce qui est cru (croire que le Père Noël existe), tantôt il désigne l'attitude de celui qui croit » (Engel, 2006, p. 223). La croyance renvoie donc à la fois à l'objetcette de
croyance – une doctrine formulée sous la forme d'une proposition – et au rapport à la croyance – le fait de croire oule«croire» (Hervieu-Léger, 2001a) – à savoir, donner son assentiment à cette proposition. Comme l'atteste l'anthropologue Roberte Hamayon (2005, p. 16) :
« En effet, nous appliquons le terme croyance aussi bien à ce que l'on croit qu'au fait même de croire, à un contenu idéel qu'à l'adhésion à ce contenu ; nous parlons aussi bien de “croyances” pour évoquer des conceptions religieuses – et l'emploi du pluriel est alors significatif – que de “la croyance” comme état d'esprit, comme attitude mentale, psychique ou affective du sujet croyant. »
La philosophie reste la discipline qui a le plus largement conceptualisé la e notion de croyance (Sanchez, 2009) : dès leXVIIIDavid Hume (1993 siècle, [1739-1740]) se présenta comme le premier à avoir étudié la nature de la croyance[2]. En effet, selon Engel (2006, p. 224), Hume aurait initié et problématisé la notion de croyance en philosophie en ces termes : « Comment l'esprit peut-il croire ? »
Qu'est-ce que croire ? La réponse la plus réductrice à cette question vise à considérer que « croire » consiste à tenir une proposition pour vraie. La croyance est alors définie au regard de la vérité chez de nombreux philosophes. Ainsi, croire représente un état mental dans lequel une proposition est acceptée sans disposer d'une connaissance pleine et entière qui serait une condition nécessaire pour garantir sa véracité[3]. Cela amène Georg Simmel – selon Patrick Watier – à considérer que la croyance est « une disposition intellectuelle située juste en dessous de la recherche de la vérité » (Watier, 1996, p. 40) et que « la piété ou la disposition à croire sont [sic] un élément constitutif de l'âme » (ibid., p. 41). Ainsi, la vérité ne serait pas une condition indispensable pour tenir une proposition pour vraie, ou, pour reprendre William James (2005, p. 113), croire serait « admettre un léger risque au-delà de l'évidence littérale »[4]. Cette idée est pondérée par Engel (2006, p. 223) qui avance que la croyance est un « état psychologique dans lequel se trouve un sujet qui donne son assentiment à une proposition dont le statut épistémique est incertain ou seulement probable ». Par ailleurs, le philosophe dessine le rapport entre croyance et vérité dans une définition très fine de la croyance. Par conséquent, le recours au travail de Engel constitue un bon point d'appui théorique que nous tenterons de pondérer, de discuter, voire de réviser ultérieurement à la lumière des données empiriques issues du terrain de recherche qui a été le nôtre. Cette confrontation entre la pure théorie philosophique et l'empirie sociologique n'est autre que l'application, en quelque sorte, de la méthode wébérienne consistant à confronter la réalité observée à un modèlepur(Weber, 1998 [1921], p. 31-32). Cette méthode ayant montré sa fécondité par ailleurs, elle promet d'animer et d'enrichir le débat