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Daech, la dernière utopie meurtrière

De
283 pages
L'Etat dit Islamique a créé une situation inédite en s'implantant dans un territoire qu'il prétend étendre au moins jusqu'aux frontières de l'ancien empire ottoman dont il s'arroge l'héritage. Il est fort peu probable que cette ambition se réalise, compte tenu du rapport des forces en présence. Mais la victoire sur Daech devra être aussi idéologique. Comprendre l'attrait qu'exerce cette organisation, sur les jeunes notamment, c'est ce que les auteures tentent de faire dans cet essai, en invoquant deux parallèles : l'utopie et la toxicomanie, auxquelles les adolescents sont extrêmement vulnérables.
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Saïda Douki DedieuDAECH, la dernière utopie meurtrière
Hager Karray
Le monde vit depuis l’avènement de Daech sous la menace
permanente et totalement imprévisible d’un terrorisme du
troisième type d’autant plus redoutable que ses bras armés sont
les propres enfants du pays. De surcroît, l’Etat dit Islamique a
créé une situation inédite en s’implantant dans un territoire qu’il
prétend étendre au moins jusqu’aux frontières de l’ancien empire
ottoman dont il s’arroge l’héritage, depuis qu’il a rétabli le califat.
Il est fort peu probable que cette ambition se réalise et la défaite
militaire du « proto-Etat » est inéluctable, compte tenu du rapport
des forces en présence. Par contre, la bataille idéologique qui lui
permet de rallier des dizaines de milliers de combattants étrangers DAECH, afuant du monde entier est loin d’être gagnée. La victoire passe
impérativement par la compréhension de l’attrait qu’exerce cette
organisation criminelle sur autant de jeunes issus des pays et des la dernière utopie milieux les plus divers et, pour la majorité, indemnes de pathologie
mentale. meurtrièreC’est ce que les auteures ont tenté de faire dans cet essai en
invoquant deux parallèles : l’utopie et la toxicomanie, auxquelles
les adolescents sont extrêmement vulnérables. Leur analyse
approfondie des problématiques en cause leur permettra de Préfaces de Ghaleb Bencheikh
préconiser quelques mesures de lutte et de prévention contre la et Driss Moussaouiradicalisation violente.
Saïda Douki Dedieu et Hager Karray sont deux psychiatres d’origine tunisienne,
vivant en France. La première, binationale, est professeur émérite de psychiatrie
à la Faculté de médecine de Tunis et ancien professeur associé de psychiatrie à
l’Université Claude Bernard de Lyon. Elle a, notamment, présidé la Fédération
des psychiatres arabes et l’Association de neurologie et de psychiatrie de
Langue française. La seconde est également psychanalyste, membre fondateur
et secrétaire générale de « l’espace analytique franco-tunisien » depuis 2004 et
exerce les fonctions de praticien hospitalier au Centre Hospitalier Spécialisé de la
Savoie (Chambéry).
Illustration de couverture : © zabelin - Thinkstock
ISBN : 978-2-343-10042-5
29 €
HC_GF_DEDIEU_20,8_DAECH-UTOPIE-MEURTRIERE.indd 1 16/09/16 21:33:26
Saïda Douki Dedieu
DAECH, la dernière utopie meurtrière
Hager KarrayDAECH,
LA DERNIÈRE UTOPIE MEURTRIÈRE












































© L’HARMATTAN, 2016
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-10042-5
EAN : 9782343100425 Saïda DOUKI DEDIEU
Hager KARRAY
DAECH,
la dernière utopie meurtrière
PRÉFACES DE GHALEB BENCHEIKH
ET DRISS MOUSSAOUI
POSTFACE D’ALAIN SEKSIG Des mêmes auteurs :
Les femmes et la discrimination : dépression, religion, société. Paris,
Ed. Odile Jacob, 2011.
Awaldnas, nos ados : que dire, que faire ? Hager Karray et Patrick
Delaroche. Tunis, Collection Cérès, 2009. La vérité est un miroir tombé de la main
de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en
ramasse un fragment et dit que toute la
vérité s'y trouve.
1Jalel-Edinne El-Roumi
Celui qui s'est engagé vraiment dans le Djihad sait
que ce n'est rien d'autre que violence, cruauté,
terreur et massacres.
2Abu Bakr Naji
Où allez-vous, jeunes gens, où allez-vous, étudiants,
qui battez les rues, manifestant, jetant au milieu de
nos discordes la bravoure et l'espoir de vos vingt
ans?
Nous allons à l'humanité, à la vérité, à la justice !
3Emile Zola
1 Cité par Jamel El Bahi, Les routes de la foi, Paris, Le Cherche-Midi, 1999, p. 292.
2 Abu Bakr Naji, Gestion de la barbarie, Paris, Editions de Paris, 2007, 248 pages,
p. 74.
3 Emile Zola, Lettre à la jeunesse, Paris, E. Fasquelle, 1897, p. 13.
7 Sommaire
ère 1 partie : Terrorisme et utopie ........................................ 41

ème 2 partie : Terrorisme et toxicomanie ............................ 63

ème 3 partie : La tentation de Daech .................................... 73

ème 4 partie : La dépendance de Daech ............................. 161

ème 5 partie : Recommandations pour une politique
de lutte et de prévention ................................................. 223


9 Préface de Ghaleb Bencheikh
Président de la Conférence Mondiale des Religions
pour la Paix
La récurrence des attentats abjects de plus en plus épouvantables tout
au long des mois écoulés en France ont assurément ébranlé notre pacte
républicain et affecté l'idéal démocratique auquel nous sommes tous
attachés. A chaque fois qu'un début de travail de résilience se fait
entreprendre, une nouvelle horreur surgit transgressant davantage de
tabous versant dans la barbarie et l'ignominie. De par ses
revendications, l'organisation « Etat islamique » a déclaré la guerre à
tous. La monstruosité idéologique et religieuse, dénommée Daech, a
surgi pour terroriser tous ceux qui n'y adhèrent pas. A cet égard, c'est
la première fois qu'une langue sémitique, en l'occurrence l'arabe,
s'apprête à un acronyme dépourvu de sens. Le précédent Hamas, par
exemple, signifie au moins excès de zèle, ferveur et enthousiasme
outre le sigle formé par les premières lettres de la dénomination
mouvement de la résistance islamique…
Aujourd'hui Daech, sonne comme une épouvante rimant avec fâhesh
dont le sens est "pervers".
En effet, la perversité des attaques terroristes de par le monde, nous
installe dans une guerre par fragments, une guerre sournoise et diffuse,
une belligérance permanente à basse intensité selon la définition des
polémologues observateurs. Et la perversion d'une tradition religieuse
avilie par les motivations du « califat de la terreur » n'est rien d'autre
qu'un adjuvant au déferlement de haine. Haine de l'amour, haine de la
vie. Nous devons verbaliser l'ignominie, nommer la forfaiture et
exprimer l'horreur et la vilenie. Nous devons agir avec force et
détermination contre l'idéologie meurtrière animant les criminels de
l'entreprise djihadiste islamiste. Si nous ne le faisons pas, de
démission en démission, nous nous retrouverons avec des gens qui,
non seulement ont renoncé à vivre mais s'obstinent à faucher la vie des
autres innocents, perçue comme corrompue méritant d'être écourtée.
En réalité, nous sommes arrivés à cette situation tragique à cause aussi
de tous ces imams imprécateurs. Ces sermonnaires prédicateurs
avaient cru bon de cultiver le ressentiment. Et, les muftis doctrinaires
et idéologues de l'islamisme radical ont osé justifier les
attentats11 suicides en les bénissant comme opérations-martyres. Alors, ils
doivent répondre de leur trahison faite à la « miséricorde divine »
devant la justice des hommes.
Nous attendons tous une lame de fond qui submerge les musulmans où
qu'ils se trouvent pour manifester leur désapprobation totale de la
sauvagerie qui s'abat en leur nom. Á commencer par s'insurger contre
l'usurpation d'identité qui a déjà préempté l'épithète islamique accolée
au prétendu État.
Que tous ceux qui ont laissé faire, tétanisés qu'ils sont par l'ignominie
et l'abjection, sachent que leur grande part de responsabilité est
engagée. Ils ne peuvent pas rester complices par l'inaction et le silence
au moment où le mutisme n'est pas de mise. Sinon nous subirons pour
toujours les méfaits de notre résignation à maints niveaux devant les
causeries radicales extrémistes.
Heureusement, une résistance admirable vient de la société civile. Elle
s'organise en contexte islamique et tout particulièrement en Tunisie,
pays très éprouvé par le terrorisme ces derniers mois. Des femmes et
hommes de valeur et d'audace intellectuelle ont pris leurs
responsabilités, parmi eux deux femmes de conviction et de courage
ont pris la parole dans les conférences et les débats et par la plume et
l'écriture. Elles sont aussi deux citoyennes françaises, savantes,
médecins psychiatres, Saïda Douki Dedieu et Hager Karray. Elles ont
décidé de ne pas se taire, en dépit de toutes les menaces qui planent
sur tous les « faux musulmans » ou les musulmans « tièdes » et
« frelatés », voire apostats que sont les musulmans épris de justice, de
paix, de démocratie et de laïcité.
Leurs propos de psychiatres, comme elles le signifient elles-mêmes
avec beaucoup d'humilité, mais en s'appuyant sur les travaux de
recherche les plus récents, consistaient en la problématisation du
pouvoir d'attraction de la version la plus littéraliste, la plus rigoriste, la
plus sectaire, la plus violente, la moins compatible avec les valeurs
universelles, sur la jeunesse, notamment musulmane, du monde entier.
Elles s'interrogent en même temps qu'elles nous aident à sortir de
l'ornière. Elles nous accompagnent pour nous réveiller du cauchemar.
D'abord, nous savons que face à un désastre humain d'une telle
ampleur, il ne faut pas s'arc-bouter sur une seule lecture simpliste avec
un élément causal unique. Après le temps de la sidération et de la
condamnation unanime qui ne souffre aucune réserve, celui des
12 examens justes doit venir éclairer les esprits et apaiser les cœurs.
Éveiller les consciences pour que les sentiments passionnés n'aient pas
à venir, dans le panurgisme émotionnel, se fracasser contre l'acier de
la violence aveugle. Loin des exploitations éhontées par les populistes
de tous bords, loin du discours fascisant de l'extrême droite, ce temps
devra asseoir davantage les valeurs de la Démocratie et de l'État de
droit. Mais, ce temps n'adviendra qu'avec le discernement et la
lucidité. Essayer de comprendre n'est jamais admettre ; analyser n'est
pas excuser. Bien évidemment expliquer ne signifie nullement
justifier. Reprenant à leur compte les paroles de Christiane Taubira :
« Il faut comprendre pour anticiper et aussi pour ramener du sens au
monde ; ne renonçons pas à disséquer la mécanique de cet
embrigadement sectaire, ni à déceler les insatisfactions qui le
servent ; agir ainsi n'induit aucune atténuation de la gravité des
crimes commis », Saïda Douki Dedieu et Hager Karray entament ce
travail d'analyse dans tous les sens du terme. Elles savent qu'il est
salutaire de savoir démêler l'écheveau de la radicalisation. Ce
motvalise qui a surgi récemment en force dans le champ sémantique
ambiant implique un investissement intellectuel conséquent. C'est ce
qu'elles font dans la froideur d'esprit et avec la distanciation requise,
car il est impératif de déconstruire une situation complexe. Celle-ci a
besoin d'une distinction de toutes les strates de lecture qui, dans leur
sédimentation, rendent l'intrication plus consistante. Elle couvre une
gamme allant depuis l'analyse sociologisante, jusqu'à la théologique
en passant par la psychanalytique, l'apocalyptique et la nihiliste sans
oublier la politique et la géostratégique. Tout en reconnaissant que
chacune de ces analyses puisse avoir sa pertinence propre mais aucune
n'épuise à elle seule le sujet. Justement, le registre de l'étude
psychanalytique est investi avec résolution par nos deux professeurs
psychiatres.
Elles le font comme expertes cliniciennes avec leur sensibilité de
femmes d'esprit et d'intelligence. Elles démontent ainsi la stratégie
« daechienne ». Celle-ci est, outre la mise en scène de l'horreur
oscillant entre l'hyper-terrorisme et la terreur de proximité, de hâter
une conflagration généralisée pour qu'après le chaos, les « forces du
bien » auront décanté et se seront séparées des « forces du mal ». De
ce fait, elles étayeront l'utopie du califat. Partant de l'idée que toute
religion comme toute idéologie peuvent être perverties par les
hommes qui en font la lecture, les auteurs s'interrogent sur ce que font
les hommes de la religion et non pas sur ce que la religion fait des
13 hommes. Puis tout un développement sur l'addiction et les effets de
drogues - toutes les drogues - est élaboré en vue de percevoir en quoi
la radicalisation relève de données addictives.
La radicalisation n'est autre qu'une passion aliénante qui partage
avec la drogue un appel pathétique à l'Autre absolu, l'Autre
manquant, l'Autre absent, pour s'extraire d'une solitude effroyable,
écrivent-elles. Tout comme le drogué, nous disent nos deux
psychiatres, le jeune radicalisé ne regarde plus vers l'avenir et ne
cesse de regarder un passé, le paradis perdu. Cette part perdue de
luimême, cet Objet perdu l'ampute et l'expulse de la civilité, du politique,
de la Cité, de l'humanité. Faute de deuil, et venant remplacer la
mélancolie dans sa forme classique, la drogue s'offre comme un terme
tiers identitaire.
Nous voyons bien à la lecture de l'ouvrage que l'exemple de la drogue
est particulièrement illustratif de la problématique centrale de
l'absence et du manque. Les deux auteurs avancent l'hypothèse que la
drogue vient prendre la place d'une absence énigmatique. Elles
affirment qu'elle vient combler un manque fondamental dont le sujet
ignore la nature. Ce manque est un trou aspirant qui est un appel
tyrannique au comblement.
En fines observatrices, et dans la lecture politico-sociale des faits en
France, elles ont perçu l'importance capitale de l'enseignement de la
langue arabe aux jeunes écoliers français, tous les écoliers, comme de civilisation et de diplomatie indépendamment de ses vertus
intrinsèques s'apprêtant à la poésie et à l'ouverture sur tout un univers
d'imagination créatrice.
Rappelant l'assertion de Fichte stipulant que les options
métaphysiques et les choix philosophiques dépendent de l'homme que
l'on est, Saïda Douki Dedieu et Hager Karray soutiennent que les
adeptes de Daech n'ont rien en commun que d'être des
postadolescents traversant une crise narcissique qui vient, pour certains,
réactualiser une fragilité antérieure. Celle-ci, ajoutent-elles, rend
impossible la double assomption du deuil de l'enfance, le renoncement
à la mère et du défi de l'âge adulte ainsi que le dépassement du père.
Tout en tenant compte de l'avertissement de Boris Cyrulnik qui avance
– à juste raison – qu'en matière de terrorisme, il faut éviter le double
écueil de « se taire » et de « mal parler », nos deux auteurs psychiatres
ont décidé de ne pas se taire. Et, elles ont bien fait de parler, car elles
14 ont bien parlé. Et, c'est par cette parole constructive et constructrice
qu'elles nous font cheminer vers un monde meilleur. Nous leur en
savons tous gré.

Ghaleb BENCHEIKH
Lanloup, Bretagne le 10 août 2016

15 Préface du Professeur Driss Moussaoui
Psychiatre
Président de l'Association Mondiale de Psychiatrie
Sociale (2010-2013)
J'ai été condamné deux fois à mort dans ma vie : la première en 1984
par un psychiatre saoudien d'une cinquantaine d'années dans un train
entre New York et Washington, et la seconde fois par des étudiants
islamistes en 1992 dans un amphithéâtre surchauffé d'un millier
d'étudiants à Casablanca. La plus intéressante des deux était la
première : nous étions, tous deux, les invités d'un professeur de
psychiatrie à New York (Professeur Alfred Freedman) et nous allions
vers un deuxième congrès à Washington. Dans le train qui nous y
amenait, le collègue saoudien me demanda : « Est-ce que tu fais ta
prière ? » ; ma réponse fut : « Ma prière est le travail intense que je
fais au quotidien auprès de mes malades à Casablanca ». Il a essayé de
me convaincre, pendant les trois heures qu'a duré le voyage, de faire
ma prière et que cela me ferait beaucoup de bien à tous points de vue.
Devant ma réticence à épouser son point de vue, il me dit : « Je vais te
rappeler ce que la charia stipule en ce qui te concerne : tu es un
musulman révolté ; tu dois faire ta prière ou tu dois être tué ». Le plus
délicieux dans l'affaire est que, quand j'ai rapporté cette discussion au
Professeur Freedman, psychiatre juif par ailleurs, il m'a affirmé que ce
médecin saoudien avait mangé à plusieurs reprises chez lui et qu'il
s'était servi en vin à plusieurs reprises.
La responsabilité des wahhabites saoudiens dans les tragédies qui
secouent les pays musulmans est énorme et n'a pas été suffisamment
pointée du doigt. La conséquence de cet état de fait est que ce pays
devra nécessairement, dans les années à venir, opérer un nettoyage
radical pour adapter sa pratique musulmane à l'évolution du monde.
Partout, l'islam se doit de faire sa réforme comme le christianisme l'a
fait il y a quelques siècles. Le processus a d'ailleurs déjà débuté ;
Luther demandait à ce que chaque chrétien lise les Saintes écritures et
devienne pape dans son interprétation. Le même phénomène est en
train de se produire, les musulmans s'appropriant enfin leur religion à
titre individuel, avec les excès terribles que l'on observe tous les jours.
Cette mue des pays musulmans se fera donc dans la douleur pour les
décennies à venir.
17 Une vision rigoriste d'un islam, par ailleurs mal connu de la plupart,
servi par des centaines de milliards de pétrodollars, a un effet toxique
sur des sociétés musulmanes qui continuent à se réveiller difficilement
à la modernité. Les individus les plus fragiles dans ces sociétés
succombent à des idées simplistes : il faut qu'ils défendent la vraie
religion, dans sa pureté originelle, la seule, l'unique, face à tous ses
ennemis, c'est-à-dire les musulmans non rigoristes plus les six
milliards d'êtres humains non musulmans. Leur prétention
mégalomaniaque est celle de défendre la religion de Dieu, voire Dieu
l'Omniscient et l'Omnipotent lui-même, Créateur de toutes choses,
contre ses ennemis !! Nous sommes à l'évidence dans une
configuration psychologique particulière, et les psychiatres ne peuvent
pas ne pas être interpellés. Saida Douki Dedieu et Hager Karray ont
entrepris cette courageuse tâche d'essayer de comprendre les ressorts
èmepsychologiques de telles tragédies. Un psychiatre français du 19
siècle ne disait-il pas que certaines croyances sont plus fortes que le
délire ?
La presse des pays européens et nord-américains fait une publicité
compréhensible à chaque attentat sur leurs territoires, mais s'intéresse
peu aux centaines de milliers de musulmans assassinés du fait de la
guerre des « enragés de Dieu » contre leurs coreligionnaires. Cela a
été le cas au Pakistan, au Bengladesh, en Afghanistan, en Irak, en
Syrie, dans les pays du Golfe, en Egypte, en Lybie et dans les pays du
Maghreb. Il est aussi intéressant de constater les « deux poids-deux
mesures » de la presse occidentale. En 2015, les victimes des attentats
de Daech se sont élevés à quelques 2 300 morts ; aux Etats-Unis
d'Amérique, le nombre de décès par arme à feu durant la même année
a dépassé les 30 000 morts, soit l'équivalent d'un attentat des Tours
jumelles de New York tous les 40 jours!
Cet ouvrage est cependant une nécessité. Il fait une analyse
psychologique et psychopathologique fine des processus de
transformation psychique d'êtres mentalement et socialement
misérables en ersatz de héros à la gloire du seul père possible : Dieu.
Le refuge dans le religieux devient alors un bunker à partir duquel on
tire sur ce tout ce qui bouge, dans une extase paranoïaque mortifère.
Il reste cependant un paradoxe intéressant d'un point de vue
psychosocial : le combat, par eux mené, est contre la modernité, contre
l'Occident, contre les « croisés et les juifs », en définitive contre la
vague de fonds qui balaie le globe : la mondialisation. L'angoisse
18 générée par la globalisation existe partout et explique en partie des
phénomènes politiques comme le Brexit ou la détonante émergence
d'un individu comme Donald Trump dans la course à l'élection
présidentielle des Etats Unis d'Amérique. Cela se résume toujours au
combat de la spécificité culturelle contre l'universalité ; en
l'occurrence, la religion n'est qu'une des composantes de la culture
d'un individu et d'une société.
Le combat des « fous de Dieu » se fait cependant avec les armes de la
modernité, en particulier Internet, qui ouvre, immenses, les portes de
la liberté d'information. Le combat est aussi mené à titre individuel ;
même perverti, l'émergence de l'individu du magma groupal est une
caractéristique fondamentale de la modernité. L'appropriation de sa
religion à titre personnel fait également partie de cette marche en
avant, démarche nécessaire pour la réforme de l'islam, même si elle
est maladroite et parfois criminelle. L'espoir est donc permis de voir
ces turbulences de l'Histoire se calmer dans les années et décennies à
venir parce que les changements technologiques finissent par avoir un
impact profond sur les mentalités et les comportements. On ne conduit
pas de la même manière un mulet et une voiture, on ne vit pas de la
même manière ses relations familiales avec ou sans les chaînes
satellitaires, et les décideurs dans cette partie du monde savent que les
réseaux sociaux peuvent être des instruments puissants de
mobilisation, pour le meilleur et pour le pire. D'ici là, que de morts et
de souffrances inutiles allons-nous compter encore ?
Mesdames Douki et Karray sont des femmes connues pour leurs
combats de modernistes, en particulier dans les domaines ayant trait à
la condition féminine. C'est une des raisons pour lesquelles ce livre
donnera à réfléchir à tous ceux, de plus en nombreux, qui essaient de
comprendre pour mieux endiguer les violences terroristes qui
endeuillent au quotidien les sociétés musulmanes et les autres sociétés
avec lesquelles elles interagissent. Car ce que l'on ne peut oublier, c'est
que notre monde, dans sa diversité, est et restera forcément un.

19 Prologue
Pourquoi nous nous devions d'écrire
Nous sommes deux psychiatres tunisiennes qui avons bénéficié
du statut privilégié des femmes dans notre pays. Éduquées par ailleurs
dans les écoles de la Mission Culturelle Française, nous nous sommes
enrichies des apports de la culture des Lumières, sans jamais renier
notre appartenance communautaire. Cela nous était d'autant plus aisé
que l'Islam dans lequel nous avions grandi n'était pas incompatible
avec les valeurs universelles de liberté et d'égalité, auxquelles nous
avons toujours adhéré.
Nous avons pourtant choisi de vivre en France. C'est que, depuis
quelques années, la montée du fondamentalisme musulman, en
Tunisie, menaçait clairement nos acquis de femmes. Un voile,
jusquelà inconnu dans notre pays, recouvrait la tête de femmes de plus en
plus nombreuses, jusque dans les rangs de nos collègues médecins et
psychiatres. Nos craintes étaient d'autant plus vives qu'elles
rencontraient une totale incompréhension en France. Ainsi, quand
nous proposâmes, pour publication, un article intitulé : Psychiatrie et
religion, les liaisons dangereuses, le comité de rédaction de la revue
concernée nous reprocha gentiment notre « alarmisme », arguant qu'il
n'était guère de mise, surtout dans un pays comme la Tunisie, et le
rebaptisa : Réflexions inquiètes sur la situation psychiatrique
4tunisienne . Le rédacteur en chef accompagna les tirés à part d'un petit
mot, disant : « Chères Saïda et Hager, merci pour ce panorama inquiet
mais indispensable pour rester vigilant sur la situation psychiatrique
tunisienne ». Après les attentats du 11 janvier 2015 contre Charlie
Hebdo, l'une de nous reçut un SMS « repentant » d'un membre du
Comité de rédaction : « Je te présente tous mes vœux pour cette année.
Elle a mal commencé malheureusement […]. J'ai beaucoup pensé à la
pertinence de ton dernier article ». Il est vrai que nous le concluions en
ces termes : « Notre noble passé mérite d'être revisité et non une
idéologie obscurantiste qui trahit autant la religion que l'éthique et
partant l'efficacité professionnelle ».

4 Douki (Saïda) et Karray (Hager), « Réflexions inquiètes sur la situation de la
psychiatrie tunisienne », Rhizome, n° 54, novembre 2014.
21 Mais nos inquiétudes s'étaient déjà avérées avec la prise de pouvoir,
au lendemain de la « Révolution du jasmin » du 14 janvier 2011, du
parti islamiste Nahdha, qui ne cachait pas sa volonté de mettre un
terme à l'émancipation de la femme, conformément à la charia
islamique. C'est ainsi qu'il proposa aux tunisiennes, dans le projet de
la nouvelle constitution, un statut de « complémentarité avec
l'homme ». Certes, nous aurions pu nous réjouir, en tant que
psychiatres, de cette reconnaissance implicite (mais manifestement
inconsciente) d'incomplétude des mâles, mais nous savions que les
bancs de l'Assemblée constituante n'étaient pas des divans de
psychanalystes. La résistance admirable de la société civile, femmes et
hommes confondus, eut raison de ces tentatives de faire régresser la
condition féminine, mais nous étions conscientes que l'épée de
Damoclès continuerait à planer sur nos têtes comme sur celles de tous
les « faux musulmans », voire « apostats » qu'étaient les laïques et
démocrates.
Et, malheureusement, l'Histoire a amplement confirmé nos craintes.
Tout au long de l'année 2015, la France et la Tunisie, faisaient l'objet
d'attentats terroristes sans précédent, visant les valeurs que nous
chérissions : liberté d'expression, liberté de conscience, amour de la
culture, respect des différences, à travers des cibles hautement
symboliques : un journal satirique (Charlie Hebdo), un Hyper Cacher,
des représentants de l'ordre public, un musée (le Musée du Bardo de
Tunis), des touristes (attentat de Sousse) ! Nous crûmes que le comble
de l'horreur avait été atteint le 13 novembre 2015 quand les cibles
devinrent apparemment « ordinaires ». En fait, cette nuit-là à Paris,
c'est la joie de vivre que l'on voulait anéantir, à travers le plaisir
d'assister à un match de football, le plaisir d'écouter de la musique, le
plaisir de boire un verre en terrasse avec des amis. Mais le pire était
encore à venir, avec la profanation de la Fête Nationale du 14 juillet, à
Nice, où un camion-bélier écrasa de sa masse et de sa cruauté des
familles en liesse.
Ces massacres répétés endeuillèrent athées, chrétiens, juifs et
musulmans des deux côtés de la Méditerranée. Ces agressions nous
furent d'autant plus insupportables qu'elles émanaient de nos
coreligionnaires qui étaient de surcroît les propres enfants du pays,
tant en France qu'en Tunisie. En réalité, il apparut que les auteurs
étaient surtout les adeptes des organisations criminelles qui
22 terrorisaient depuis quelques années la planète, Daech et Al-Qaïda, qui
revendiquèrent rapidement la paternité de ces actes de guerre.
L'horreur qui a saisi le monde entier, la révolte qui a mobilisé des
foules massives, peuples et dirigeants confondus, la solidarité qui s'est
exprimée de toutes parts, ont certes mis du baume sur nos cœurs
saignants et nos âmes meurtries, mais ne pouvaient apporter de
réponse aux questions qui nous taraudaient désormais : pourquoi la
France et la Tunisie ont-elles précisément été prises pour cibles ?
Probablement parce qu'elles étaient « le maître et le meilleur élève »
des Lumières. Nous découvrions alors avec stupéfaction que les deux
pays étaient un des principaux réservoirs de djihadistes ! Pourquoi les
musulmans se sont-ils si peu sentis « Charlie », voire s'en défendaient
quand d'autres (bien plus rares, à vrai dire) s'identifiaient aux
5assassins. Ainsi, selon l'outil d'analyse Topsy , près de 37000 tweets
comportant #JesuisKouachi ont été publiés alors que le mot-dièse
#JesuisCharlie a lui été utilisé plus de 5 millions de fois. Pourquoi, de
ce fait, les musulmans furent-ils sommés de se justifier ?
C'est dans ce contexte que nous avons décidé de nous lancer dans la
bataille... des idées. Il y allait de notre responsabilité d'intellectuelles
musulmanes et démocrates de mettre à profit notre expertise
professionnelle pour tenter d'apporter des réponses aux nombreux
questionnements qui se posaient dans le monde entier dont le
principal : comment nous prémunir de ce nouveau danger que nous
abritions? Comment prévenir les récidives ? Non, comprendre n'est
pas excuser et encore moins justifier. Comprendre est nécessaire pour
apporter des réponses adaptées et efficaces. Oui, nous sommes d'avis,
6avec Christiane Taubira , Garde des Sceaux de 2012 à 2016, qu'« il
faut comprendre pour anticiper et aussi pour ramener du sens au
monde […] ; ne renonçons pas à disséquer la mécanique de cet
embrigadement sectaire, ni à déceler les insatisfactions qui le servent ;
agir ainsi n'induit aucune atténuation de la gravité des crimes
commis ».
Nous nous sommes inspirées, pour écrire cet ouvrage, de notre
expérience clinique de psychiatres psychanalystes et de notre vécu
personnel de femmes arabes et musulmanes, biculturelles. Ces

5 L'Obs, 14 janvier 2015.
6 Taubira (Christiane), Murmures à la jeunesse, Paris, Philippe Rey, 2016, pp. 15-16.
23 réflexions personnelles ont été complétées par la lecture des analyses
d'experts du sujet (journalistes, politologues, islamologues etc.) et
illustrées par les témoignages publiés dans la littérature concernant
notre population d'étude ainsi que ceux que nous avons recueillis
nous-mêmes au cours de notre pratique et de notre recherche actuelle.
Boris Cyrulnik avance fort justement qu'en matière de
terrorisme, il faut éviter un double écueil : celui de « se taire » et celui
de « mal parler ». Nous avons décidé de parler et laissons juges le
lecteur de notre « bien parler ».
24 Avant-propos
Considérations sémantiques
Nous nous sommes engagées à tenter de « bien parler » mais
nous allons utiliser régulièrement, dans notre propos, des termes qui
prêtent à controverse et que nous jugeons, nous-mêmes, souvent
impropres. C'est pourquoi nous allons expliciter d'emblée l'acception
que nous leur donnons avant de nous y référer quand même dans notre
texte, étant donné qu'ils sont passés dans le vocabulaire courant, par
pure commodité d'emploi et sans aucune connotation idéologique.
Nous commencerons par préciser qu'Allah est la traduction
arabe de Dieu et non pas le seul dieu des musulmans, comme certains
commentaires pourraient le donner à penser. Ainsi, les chrétiens
d'Orient invoquent-ils Allah.
Daech (Daesh)
Il s'agit de la translittération française de l'acronyme arabe de l'État
Islamique en Irak et au Levant (ad-dawla al-isl āmiyya fi-l- ʿir āq
wa-š7š ām). Nous utiliserons ce « nom de démon » comme le gouvernement
français qui, en septembre 2014, a décidé d'adopter le terme de
« Daech » pour désigner l'État Islamique (EI).
État Islamique (EI)
Cette appellation est, en effet, encore plus controversée et nous en
sommes parfaitement d'accord. Nombreux sont ceux qui conviennent
que « cet État islamique n'est pas un État et il n'est pas islamique ». À
partir de septembre 2014, le mensuel français Le Monde Diplomatique
décide d'adopter la dénomination d'Organisation de l'État islamique
(OEI), « parce que l'on n'a pas affaire à un État ». Enfin, Laurent
Fabius, ministre français des Affaires étrangères, a surenchéri, le 18
septembre 2014, à l'Assemblée Nationale : « Je vous demande de ne
plus utiliser le terme d'État islamique, car cela occasionne une
confusion entre islam, islamistes et musulmans. Il s'agit de ce que les
Arabes appellent Daesh et que j'appellerai pour ma part les égorgeurs
de Daesh ».

7 Bidar (Abdennour), Lettre ouverte au Monde musulman, Paris, Les Liens qui
Libèrent, 2015, 60 pages, p.6.
25 Trois autres termes nous plongent dans l'embarras : terrorisme,
djihadisme et salafisme, car la référence à Al-Qaïda ou à Daech a
occulté la dimension positive des réalités qu'ils peuvent
incontestablement recouvrir.
Terrorisme, terroriste
Le terme de terrorisme est aujourd'hui très fréquemment employé en
droit international, mais il ne donne pas lieu à une définition unique et
universelle. Nous sommes quelque peu réticentes à associer sous ce
terme devenu générique, les odieux attentats de Daech et semblables
et les actes admirables de résistance contre l'ennemi en temps de
guerre, dont ont été capables les Français (face aux Allemands), les
Algériens (face aux Français), les Israéliens (face aux Anglais), les
Palestiniens (face aux Israéliens), les Afghans (face aux Soviétiques),
etc. ; ils ont toujours été qualifiés de terroristes par l'occupant et traités
(maltraités) comme tels. Même Nelson Mandela, prix Nobel de la
paix, a été condamné à passer vingt-sept années de sa vie en prison,
pour faits de terrorisme, par le pouvoir blanc sud-africain. La
réhabilitation n'interviendra toujours qu'après la libération de leur
peuple, de leur pays, mais trop souvent, en leur absence, après leur
mort.
Dans l'imaginaire collectif, la distinction coule de source, la
« résistance » étant naturellement créditée d'œuvrer au service du bien
et le « terrorisme » d'exécuter les ordres du mal. Une segmentation
8rassurante qui a pourtant ses limites, explique Caroline Castets , dès
lors que l'on renonce aux appréciations d'ordre moral pour considérer
les deux systèmes en toute rationalité. Et de fait, les djihadistes
d'aujourd'hui ne sont pas différents des « Moudjahidines afghans »
(avec une majuscule, s'il vous plaît) qui étaient considérés par
l'Occident comme des combattants de la liberté tant qu'ils menaient la
« guerre sainte » contre l'envahisseur soviétique. Car, qu'on le veuille
ou non, souligne la journaliste, « des points communs existent, ne
serait-ce que le passage obligé par la violence. Ce qui explique que la
frontière soit parfois ténue et la catégorisation fluctuante – comme ce
fut le cas pour nos propres résistants de la Seconde Guerre mondiale,
longtemps qualifiés de terroristes par le camp adverse ».
8 Castets (Caroline), « Terrorisme ou résistance – La part du diable »,
lenouveleconomiste.fr, 11/5/2011.
26 Ceci posé, il est indéniable que les « égorgeurs de Daech » ne
sauraient mériter la qualité de « résistants » et répondent parfaitement
9à la définition actuelle du terrorisme , proposée par le Groupe de
Personnalités de haut niveau et le Secrétaire général de l'ONU en
2004, et soutenue par la France, qui qualifie ainsi « toute action […]
qui a pour intention de causer la mort ou de graves blessures
corporelles à des civils ou à des non-combattants, lorsque le but d'un
tel acte est, de par sa nature ou son contexte, d'intimider une
population, ou de forcer un gouvernement ou une organisation
internationale à prendre une quelconque mesure ou à s'en abstenir ».
C'est dans ce sens que nous utiliserons ce vocable.
Djihadisme, djihadiste
C'est dire que nous ne pouvons, non plus, associer les termes
« terroristes » et « djihadistes ». Ce serait conférer la légitimité de
la guerre, qui plus est « sainte », à un combat contraire aux droits
humains et même au droit de la guerre, et de ce fait, hors la loi. C'est
ce que revendiquent précisément les terroristes de Daech qui
s'arrogent la qualité de combattants et de résistants. Or, ils ne bafouent
pas seulement les lois humaines mais également les lois mêmes du
djihad. Rappelons d'abord que le terme djihad signifie
étymologiquement « effort » et n'est pas assimilable à la seule guerre
dite sainte. Par-delà les controverses sur les définitions ou les
conditions du djihad, tous les exégètes s'accordent sur un certain
nombre de règles intangibles de la lutte armée au nom de Dieu, qui
sont quotidiennement transgressées par les imposteurs de Daech. Les
textes sacrés et les traditions du Prophète réglementent, en effet, de
façon rigoureuse, la pratique guerrière. Voici, par exemple, une liste de
règles de la guerre en islam, établie par Cheikh Mouhammad Hisham
10Kabbani :
- « Les prisonniers de guerre doivent être bien traités. Il est interdit de
disposer à sa guise des prisonniers, et de tuer les femmes et les enfants
lors des batailles. Les captifs peuvent être asservis en esclavage,

9 « Définition du terrorisme », Wikipédia.
10 Kabbani (Mouhammad Hicham), Le concept de Djihad en Islam. Les principes de
leadership en temps de guerre et de paix, Burton (Mi), Conseil Suprême Islamique
de l'Amérique, 2007, 128 pages.
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