De Viris Illustribus Urbis Romae

De Viris Illustribus Urbis Romae

-

Français
411 pages

Description

Un best-seller du manuel scolaire, dans une nouvelle traduction destinée à tous ceux qui voudraient... retrouver leur latin.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 24 mai 2017
Nombre de lectures 45
EAN13 9782330083311
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
couverture
JACQUES GAILLARD
Traduisant et présentant l'abbé pédagogue, grammairien et
érudit du XVIIIe siècle, Jacques Gaillard – lui-même auteur de
manuels scolaires – poursuit la relecture de l'antique qu'il
propose dans Beau comme l'antique (1993, Babel n° 176)
et dans Rome, le temps, les choses (1995, Babel n° 262),
parus chez Actes Sud. Et le récit des hauts faits des Grands
hommes de Rome de Romulus à Auguste apparaît dès lors
comme une matrice de souvenirs et un conservatoire de
l'imaginaire.
DEVIRIS
Si, selon Jacques Brel, Rosa, rosa, rosam scandent le
refrain du Tango du collège, le De viris de Lhomond
en est, depuis deux siècles, le bandonéon. Bréviaire
d'héroïsme et d'histoire romaine, ce petit livre était
ainsi fait qu'on y apprenait aussi bien la concordance
des temps que celle des vertus chez les fils de la Louve.
Tous ceux qui ont peiné, tous ceux qui ont rêvé
sur ces pages illustres pourront, dans cette édition
bilingue, vérifier s'ils ont perdu leur latin. Et peut-
être le retrouver (tout en se remémorant des contre-
sens de jeunesse), entre le texte et sa traduction.
Mais tout lecteur s'avisera que ce best-seller
pédagogique inusable est bel et bien au cœur de
notre mémoire culturelle… Que serait Rome, sans
ses grands hommes ?
DE VIRIS
LES GRANDS HOMMES DE ROME
Titre original :
De viris illustribus urbis Romæ
a Romulo ad Augustum
©
ACTES SUD, 1995
pour la traduction française et la présentation
ISBN 978-2-330-08331-1
Illustration de couverture :
Monument funéraire provenant
de Neumagen (Allemagne),
Scène d'école (détail), Landesmuseum,
Trier, Allemagne
ABBÉ LHOMOND
DE VIRIS
LES GRANDS
HOMMES DE ROME
LATIN / FRANÇAIS
traduit et présenté par Jacques Gaillard
Introduction
MERCI, L'ABBÉ !
L'abbé Charles François Lhomond ne fut pas un
grand homme. Dans son édition de 1866, le Grand
Larousse universel nous en prévient : “La vie de
ce modeste érudit s'est passée dans une si complète
obscurité que l'histoire littéraire n'en a presque
conservé aucun détail.” Et il faut reconnaître qu'on
a bien du mal à retrouver notre homme dans les
encyclopédies et les dictionnaires consacrés aux
auteurs : il en est généralement absent, sous prétexte,
sans doute, que le De viris illustribus n'est pas une
œuvre et qu'il ne saurait donc être auteur. Pensez
donc, un manuel de latin à l'usage des classes de
sixième ! Compilé par un régent de collège !
Naïf, de surcroît, de forme et de fond ! C'est à se
demander pourquoi ce petit livre des grands
Romains a connu de perpétuelles rééditions,
depuis 1779, et l'on peut sans risque garantir qu'il
a eu, en France, des millions de lecteurs. Pire : à la
différence des chefs-d'œuvre de la littérature, que
la succession des goûts et des programmes balance
de faveur en défaveur, il s'est avéré que, pendant
au moins un siècle et demi, le De viris était
5
incontournable. Ensuite, on s'en gaussa – mais les
connaisseurs des manuels scolaires modernes,
voire contemporains, peuvent en découvrir quelques
pages, embusquées en fin d'ouvrage, ou même se
réjouir de constater qu'à l'instar des plus grands,
Lhomond a été imité. Pour tous lauriers, l'abbé
aura reçu l'hommage de deux statues élevées par
souscription populaire en 1860 en Picardie, l'une à
Chaulnes, où il naquit en 1727, et l'autre à Amiens ;
et d'une rue parisienne qui, dans le 5e, descend de
la rue d'Ulm à la rue de l'Arbalète, autant dire, du
Panthéon aux Gobelins. En bon voisinage : Amyot,
Erasme, Calvin. En bon endroit : si ce n'est plus
vraiment le Quartier latin, la proximité de l'Ecole
normale, du séminaire irlandais et du lycée Henri-IV
garantit que dans ce périmètre, le latin fait encore
vivre pas mal de monde. On ne saurait douter que le
modeste abbé en eût été satisfait, même si l'essen-
tiel de sa carrière se déroula sur l'autre versant
de la montagne Sainte-Geneviève, au collège du
Cardinal-Lemoine. Il y fut régent de sixième pendant
plus de vingt ans, après avoir étudié la théologie en
Sorbonne et obtenu la charge de principal du col-
lège d'Inville, jusqu'à sa suppression. De famille
fort démunie, le bon abbé avait fait du chemin,
depuis sa Picardie natale ; il eût pu aller plus
loin, on l'en pressa amicalement : mais il avait,
semble-t-il, trouvé le bonheur dans sa classe de
sixième, et n'eut de cesse de remercier le Ciel en
améliorant de son mieux la pédagogie du latin et
de la religion.
6
Il nous a donc laissé des Eléments de grammaire
française, qui préparaient à l'essentiel, c'est-à-dire
à des Eléments de grammaire latine. En ce titre,
du reste, Lhomond parle un peu latin, car il faut
entendre “éléments” au sens d'elementa – autre-
ment dit : le b.a.-ba. Qui est déjà considérable, soit
dit en passant, en comparaison de ce qui est actuel-
lement demandé aux élèves du même âge, en matière
de grammaire. Puis l'abbé eut l'idée de condenser
l'histoire sacrée pour la rendre accessible, en latin,
à de jeunes esprits : ce fut son Epitome historiæ
sacræ. Il ne restait plus qu'à appliquer le “concept”
(soyons modernes !) à l'histoire romaine : ainsi
naquit le De viris (la tradition a, depuis belle lurette,
considéré qu'illustribus urbis Romæ a Romulo ad
Augustum rendait le titre un peu longuet pour un
abrégé ; c'est la rançon de la gloire). Grand abré-
viateur devant l'Eternel, Lhomond rédigea égale-
ment une Histoire abrégée de l'Eglise, et une
Histoire abrégée de la religion avant la venue de
Jésus-Christ. On l'imagine au Ciel diffusant,
désormais, un Guide abrégé du Paradis et de ses
dépendances à l'usage des nouveaux venus. Et
l'on songe aux admirables droits d'auteur que ses
descendants auraient pu encaisser pendant des
décennies, si l'état ecclésiastique n'avait pas été
embrassé avec tant de ferveur par notre péda-
gogue.
Car l'abbé était d'une piété rigide, et, en ses der-
nières années, il en pâtit : en l'an troublé de 1792,
il refusa de prêter serment à la constitution civile
7
du clergé, et fut jeté en prison. Tel était Regulus :
mais un sauveur survint, qui le tira de geôle. Un
ancien élève du collège du Cardinal-Lemoine
négocia son élargissement : Jean-Lambert Tallien,
jacobin puis montagnard, régicide et futur organi-
sateur de la Terreur, homme d'une piété douteuse
et d'une vertu discutable, on en conviendra. Mais
Tallien, s'il n'avait point tiré bénéfice des leçons
de morale romaine de Lhomond, gardait un souve-
nir ému des classes de ce bon maître ; après tout,
les révolutionnaires avaient tous appris à être Brutus
au collège, et il n'est pas impossible que Tallien ait
transpiré sur l'édition princeps du De viris (il est
né en 1767). Bref, le vice sauva la vertu, ou, du
moins, il se vérifia qu'on peut tuer son roi et véné-
rer son maître d'école. Libéré, l'abbé Lhomond
vécut encore deux ans et s'éteignit en 1794,
“oublié de tous”, comme le déplore le Larousse.
Il suffit de lire la préface de Lhomond pour être
éclairé à la fois sur ses intentions et sa méthode.
On notera que ce texte d'une fine rhétorique com-
mence par l'habituel constat de carence qui semble
caractériser le principe de toute pédagogie du latin à
l'époque moderne. “Les auteurs latins manquent pour
la sixième” – autant dire que l'on s'avance vers les
jeunes élèves les mains vides, en ayant derrière soi
une bibliothèque pléthorique. A l'époque de Lho-
mond, le latin avait encore les faux-semblants
d'une langue vivante, qui se prêtait non seulement
à des conversations, mais à des déclamations, à des
compositions en vers, et même à la fabrication de
8
pièces de théâtre : les jésuites, depuis la première
Ratio docendi qui fixe la “pédagogie” de leurs col-
lèges, se sont passionnés pour l'exercice et mettront
ainsi en scène, en latin, bien des épisodes édifiants
de l'histoire romaine ; néanmoins, dans les der-
nières années qui précèdent leur expulsion (1762),
ils délaissent le latin au profit du français, et l'on
peut imaginer qu'une “baisse de niveau” des
jeunes latinistes a pu justifier cette concession. On
sait d'autre part qu'au sein des encyclopédistes,
des voix n'ont pas manqué de s'élever pour dénon-
cer l'inutilité des discours et des poèmes en latin,
au nom de la “modernité”. Car, durablement, les
élèves sont condamnés non seulement à écouter
des cours prononcés en latin par le régent, mais
aussi à s'exprimer en latin à l'écrit comme à l'oral.
Cicéron reste le maître à penser et à écrire de
toutes les classes, mais les grands fournisseurs
d'anecdotes historiques, de César à Tite-Live en
passant par Salluste et Florus, basculent vers le
“second cycle” : César, en troisième (après Virgile
et Ovide, étudiés, chose étonnante, en cinquième),
Eutrope et Aurelius Victor en quatrième, Salluste et
Florus, en “humanités” (seconde), et Tite-Live, en
“rhétorique”, l'année suivante. La logique de cette
progression est bien évidemment réglée non sur une
connaissance de la langue que l'on suppose solide
– allez donc aborder en cinquième de tels poètes !
mais sur une formation qui culmine avec l'éduca-
tion morale et la virtuosité rhétorique. Et c'est sans
doute à ce titre que Tite-Live est en bout de
9
course : narration, discours, période narrative et
période oratoire, tout s'apprend chez lui, et si on
y ajoute une bonne dose de Cicéron, le compte est
bon. Et il est précieux de terminer sur des auteurs
dont la correction syntaxique réputée garantit que
les futurs étudiants manieront une langue pure et
classique, lorsque le temps viendra, par exemple,
de rédiger leur thèse…
Néanmoins, il est embarrassant, nous dit Lho-
mond, d'avoir accès si tard à des textes dont l'âge
tendre est supposé friand, “propres à piquer leur
curiosité et à former leurs mœurs”. Il faut donc
mettre les historiens romains à la portée des élèves
de sixième, sans attendre les grêles notices de Cor-
nelius Nepos qui, à l'époque, surviennent au pro-
gramme de cinquième. Autant faire comme
Cornelius Nepos, homme de bonne compagnie,
puisque ami de Cicéron, qui avait publié, à la fin
du Ier siècle av. J.-C., seize livres intitulés De viris
illustribus. De ce recueil de biographies, nous
n'avons plus que des bribes, mais le titre était
excellent. Du reste, on rencontrera plusieurs De
viris dans la suite de la littérature latine : saint Jérôme
nous laisse entendre que Suétone intitula ainsi un
de ses énormes recueils, Aurelius Victor s'en vit
parfois attribuer un, et Isidore de Séville rédige
sous ce titre trente biographies de notables de
l'Espagne wisigothique
Il y avait donc, dans la tradition, l'esquisse d'un
genre assurément mineur, mais d'une grande utilité
pédagogique : la biographie brève, héroïque et
10
compilée. Du point de vue du fond, c'est-à-dire de
l'intérêt moral des vies et des anecdotes, Lhomond
pouvait tout naturellement s'appuyer sur la tradi-
tion des recueils d'exempla qui, dès le Ier siècle
av. J.-C., avaient recensé tous les “dits et faits
dignes de mémoire” des grands hommes, pour
reprendre le titre du célèbre recueil de Valère Maxime,
publié sous Tibère. La rhétorique y puisait, siècle
après siècle, cet aliment rendu indispensable par
l'éloquence latine, à commencer par celle de Cicé-
ron. D'un autre côté, le destin vertueux, parfois
contrarié mais toujours admirable, des grands
hommes de la République fournirait la matière à
de saines méditations morales, au point que l'on
pourrait oublier, grandeur oblige, qu'ils étaient des
païens. Dès lors, pourrait-on dire, Lhomond avait
fait son camp : descendre l'histoire de Rome de
Romulus à Auguste, par une succession de biogra-
phies déduites des textes des grands et des petits
historiens latins, habilement retravaillés pour être
intelligibles par de jeunes cervelles encore inca-
pables de lire ces auteurs directement. Là encore, il
y avait la caution d'une pratique éprouvée notam-
ment par les illustres éditions Ad usum Delphini :
on y voit, sous le texte original (à la censure près !)
des grands auteurs latins, une rubrique intitulée
interpretatio qui résume en phrases simples, page
après page, le texte de Virgile, de Suétone ou de
quelque autre maître. Ce qui, parfois, donne, du
reste, des résultats assez amusants : à vouloir être
simple, on devient vite naïf, et somme toute Lho-
11
mond, dans ses simplifications abréviatives, n'est
pas tombé dans ce péché autant qu'on a pu le lui
reprocher.
Replaçons-nous dans le cadre d'une classe de
sixième en son temps. Comment fait-on cours ?
L'usage consacré par une tradition déjà fort ancienne
veut qu'on décortique le texte par une prælectio,
où l'on élucide ses difficultés grammaticales, on
analyse ses qualités rhétoriques avec le plus grand
soin, et l'on éclaircit ses références et son contenu
historique. Ensuite, il est habituel de l'apprendre
par cœur ; puis on le récite, on le paraphrase (c'est-
à-dire : on le réécrit), éventuellement on le traduit ;
suivent des exercices plus rhétoriques : amplification,
éthopée (composition d'un “discours fictif” placé
dans la bouche d'un des personnages), exploitation
en suasoire ou en controverse d'une des situations
délibératives évoquées par le texte, etc. En tout cas,
le texte est l'élément central de cette pédagogie
à objectifs multiples, et il se grave dans les mémoires
de façon quasi indélébile, tout en suscitant, par le
biais d'une admiration qui est le postulat implicite,
une imitation de style, de forme et de fond. Il en est
ainsi, mutatis mutandis, depuis Quintilien, qui
n'avait pas eu, lui, à apprendre le latin…
Et c'est là que la “méthode Lhomond” mérite
une attention particulière. Il est bien clair que les
auteurs latins (contrairement à ce qu'on a pu
penser) n'écrivaient pas pour fournir des versions
12
latines à la postérité. L'idée que César, lorsqu'il était
de bonne humeur, rédigeait dans ses Commentaires
une version de quatrième, et une version de première
(au style indirect) lorsque les Gaulois l'avaient
contrarié, cette idée n'est, hélas, qu'une aimable
plaisanterie. Quant à la thèse selon laquelle les âmes
bien nées sont d'emblée capables de s'initier aux
rudiments d'une langue sublime en se précipitant,
ivres de joie, dans une page d'un auteur latin qui, en
son temps, avait la qualité intellectuelle (et parfois
le style) d'un académicien français, elle relève d'un
optimisme béat qui, néanmoins, garde des adeptes
de nos jours. Lhomond, lucide pédagogue, sait qu'il
faut aller doucement et progressivement, et “fabri-
quer” un matériel adapté aux nécessités d'un
apprentissage. Dans les premiers chapitres de son
manuel, il taille sans remords dans les textes origi-
naux, principalement Tite-Live, en “réduisant” la
prose narrative à des phrases (relativement) courtes,
de structure (relativement) simple. Progressivement,
en “réécrivant” ses biographies, l'abbé lâche la
bride, et, au tiers du volume, on commence à ren-
contrer ce turbulent joyau du style narratif : la
“période” narrative, avec son cum initial (écrit
quum, selon l'usage du temps), son ablatif absolu,
ses énoncés de circonstances, sa principale enfin qui
rebondit éventuellement pour nous épater encore.
Tant et si bien que, si les premières pages offrent
des phrases qui ressemblent furieusement à des
phrases françaises, on en vient assez vite à des
constructions plus “latines”, fût-ce en amputant un
13
ou deux éléments de la phrase latine originale, et
ensuite le texte finit par devenir… difficile ! En
fait, soucieux de restituer le plus possible de
phrases et de tours empruntés fidèlement à sa source
antique, Lhomond tend de plus en plus à coudre
l'un après l'autre ces bouts de Tite-Live, de Florus,
de Valère Maxime, et va jusqu'à piller le De offi-
ciis de Cicéron pour nous offrir un Regulus bien
raconté, en attendant de croiser Suétone sur le che-
min qui mène de César à Auguste. Un œil exercé
peut, ici ou là, distinguer ce qui est “du Lhomond”,
et… ce qu'il a déjà lu quelque part. Il y a là, pour les
connaisseurs, un jeu subtil, et l'on verra que l'abbé,
par moments, fait preuve d'une belle virtuosité.
Car il n'était pas facile, lorsqu'on est épris – la
préface le rappelle – d'une langue pure et “clas-
sique”, de faire se côtoyer, par échantillons choisis,
des auteurs de siècles différents, et de styles si
variables. On a même pu, sur la question, lui faire
des reproches : l'édition procurée par Léonce
Duval, inspecteur d'académie honoraire, profes-
seur au lycée Michelet (Hachette, 1891), passe le
texte au rabot pour lui ôter “des expressions et des
tournures que l'on blâmerait aujourd'hui, sous la
plume d'un élève, comme incorrectes ou rares”
(sic – préface). Même guidé par l'inexorable Syn-
taxe latine de Riemann, qui fait encore office de
droit canon pour les fanatiques du thème latin
hard, ce rabot n'aura, en définitive, que quelques
copeaux à faire sauter. Lesdites imperfections étant
souvent de la plume même de grands auteurs dont
14
on peut penser qu'ils savaient le latin encore mieux
que M. Léonce Duval, et dont Lhomond avait consi-
déré, pauvre homme, qu'elles n'étaient pas de nature
à pervertir la jeunesse. De même, tout en notant que
ce livre était fait pour apprendre le latin, et non l'his-
toire romaine, l'éditeur précité a jugé utile d'interver-
tir certains chapitres pour restituer l'exactitude
chronologique – il est vrai que, parfois, Lhomond
s'embrouille un peu. Mais compte tenu des ambi-
tions de l'auteur, l'ordre original de ce catalogue des
grands hommes ne blesse point l'esprit (quant à
nous, nous l'avons pieusement conservé).
Il faut en effet convenir que le De viris n'est pas
seulement un manuel de langue latine (pour élèves
sachant déjà pas mal de latin !) : il a le charme spé-
cifique des objets culturels dont on peut dire pis
que pendre, mais qui ont nourri l'imaginaire autant
que la raison pendant des générations successives
de gamins auxquels on jugeait bon d'apprendre
simultanément le maniement du subjonctif impar-
fait latin et l'existence avérée d'un héroïsme
civique, dont les Romains de la République possé-
daient le brevet. L'exemplarité prêchée par le De
viris a, du reste, traversé les régimes, qui avaient
plus ou moins de raisons de se complaire dans
l'admiration des consuls romains. On voit Lho-
mond, en bon abbé, se démarquer des païennes
superstitions, ne point trop autoriser ses auteurs
romains à médire des rois, et se laisser, comme ses
15
contemporains, abuser par la gloire irremplaçable
d'un Brutus au nom de qui, sous la Révolution, tom-
bèrent tant de têtes. Lecteurs plus modernes, nous
voyons bien comment cet éloge d'une République
vertueuse a pu aider une génération novatrice à for-
muler le principe qui, seul, allait permettre de définir
une “morale de la nation” en substitut de la “soumis-
sion du sujet” requise par l'ordre monarchique – la
patrie, pour qui l'on meurt ou l'on sacrifie les siens,
pour la simple gloire d'être un parfait citoyen. On
aima ces aristocrates bourgeois, grands seigneurs
mais vertueux, et qui ne s'étaient point donné que la
peine de naître : sans privilèges, disciplinés, gravis-
sant les degrés d'un pouvoir qu'on leur reprenait
ensuite, soumis en fin de compte à la volonté du
peuple, et s'offrant en exemple de désintéressement,
d'énergie, de compétence. Même Lucullus, ce gour-
met, avait à cœur de servir Rome en se faisant bon
général ! Et pour un tribun séditieux, que de défen-
seurs de la liberté ! Aussi bien, ces vieilles valeurs,
idéalisées par la mémoire culturelle des Romains
eux-mêmes, allaient se révéler modernes et impulser
des conduites, des passions, voire une révolution,
rendre aimable un consul qui, comme Scipion, fran-
chissait la Méditerranée, et par voie de conséquence
un empereur conquérant (qui illustrera bien l'antique
règle des renversements de fortune…). Sans avoir lu
Montesquieu, sans avoir médité Rousseau (qui rêvait
d'être romain, à ses heures), sans même avoir admiré
les tableaux terribles de David, on put, armé du De
viris, rêver à la République et détester les tyrans. Et
16
un siècle plus tard, quand enfin la République fut
dans ses meubles, l'œuvre édifiante de l'abbé Lho-
mond offrit les garanties d'un catéchisme civique en
prêchant les valeurs qui, somme toute, avaient man-
qué à Vercingétorix
Charmes du De viris, ces relents d'encre violette
sur la plume Sergent-Major, ces blouses grises du
collège d'antan, l'écho du verbe sévère des magis-
ters en col cassé, face à la carte de l'empire colo-
nial français, précaire orbis terrarum menacé par
les Parthes de la perfide Albion… Les biographies
de Lhomond étaient autant de chapelles qu'on
allait visiter, le Gaffiot sous le bras, pour faire sa
version comme l'on fait ses grâces, en s'étonnant
de ces vertus systématiques révélées sobrement
entre deux ablatifs absolus. Héros amidonnés,
con
s
acrés par la concordance des temps, généreux
jeunes gens, graves vieillards, consuls infati-
gables, poussant leurs ennemis devant le char du
triomphe et refusant leur part de butin, préoccupés
de leur gloire au point d'exhiber leur clémence,
bâtisseurs obstinés d'un empire sans précédent.
Ennuyeux, si souvent, même dans leurs bons mots,
dont l'humour n'avait pas l'évidence d'un rayon
de soleil, et chez qui on eût souhaité un peu de
fantaisie – en vain. Heureusement, Nick Carter,
caché sous le pupitre, permettait des rêves de
contrebande, et les Pieds nickelés un cynisme de
voyous.
17
Charmes du De viris, cette langue fossilisée
en formules rituelles – consul factus, ea re commo-
tus, confecto bello… Lhomond, grand prêtre d'un
gimmick latin truffé d'“expressions” qui sonnent
bellement dans les thèmes et leur donnaient cet air
“vraiment latin” qui plaisait tant au maître ; pesant
Lhomond si peu préoccupé d'alléger son style qu'à
le traduire on a l'impression de classer des enclumes
sur les trois étages d'une phrase à rallonge ! Avec,
au bout du compte, ce français compassé, convenu,
compliqué et inévitablement désuet qui donna
longtemps à la version latine ses signes extérieurs
de noblesse, et que, dans notre traduction, nous
avons eu garde d'alléger en l'oxygénant inconsidé-
rément : admettons que c'est par piété, là encore
– cette lourdeur fait partie de l'ambiance. De même,
parmi les notes (essentiellement historiques, ou
précisant les institutions), nous avons eu la malice
de reprendre, en italique, bon nombre de notes de
Lhomond, telles qu'elles figurent, si joliment, dans
l'édition stéréotypique de 1813 que, par commodité
technique, nous avons utilisée pour cette édition.
Hâtons-nous, maintenant : Cincinnatus laboure
son champ, Coriolan médite sa colère, Pyrrhus
compte ses éléphants et César, sur un frêle esquif,
cingle vers Dyrrachium. Comme Napoléon fuyant
l'île d'Elbe, dans Abel Gance : en pleine tempête.
Décidément, les grands hommes sont incorrigibles !
JACQUES GAILLARD
DE VIRIS
LES GRANDS HOMMES DE ROME
PREFACE DE M. LHOMOND
On se plaint depuis longtemps que les auteurs
latins manquent pour la sixième. L'on a essayé de
suppléer à ce défaut par différents extraits ; mais
ils ne paroissent pas avoir rempli l'objet que l'on
s'étoit proposé : d'ailleurs, c'est servir le public
que de multiplier les essais en ce genre. Voici le
plan que je me suis tracé. Il faut aux enfants des
faits, et des faits qui les intéressent : l'histoire
romaine est une source riche et féconde où l'on
peut puiser à discrétion. Tite-Live, Valère Maxime,
Florus, etc., fournissent abondamment à un compi-
lateur, et le fonds des choses et la propriété des
expressions. Il n'étoit pas difficile de se décider
sur le choix des faits : l'on sent aisément que je
n'ai pas dû charger ce recueil de longues descrip-
tions de batailles ; les principales circonstances suf-
fisoient à mon but. Des traits de valeur, de clémence,
de désintéressement, de grandeur d'âme, de bien-
faisance, sont beaucoup plus propres à piquer la
curiosité des enfants et à former leurs mœurs.
C'est à ces derniers faits que j'ai donné la préfé-
rence. La grande difficulté étoit de mettre à leur
21
portée le récit que l'on en trouve dans les auteurs.
Pour y réussir il faut bien connoître les enfants, et
se conduire à leur égard comme une nourrice
attentive à écarter de la route où elle les mène tous
les obstacles qui pourroient les arrêter. J'ai donc
été obligé de couper les phrases trop longues, de
déranger un peu l'ordre des mots latins, quand il
s'éloignoit trop de la marche de notre langue, etc.
Le style peut y perdre, mais ce n'est pas de quoi il
s'agit en sixième. Ce qui est important dans cette
classe, c'est que les expressions soient propres et
d'un latin pur. Le goût se formera dans la suite,
lorsqu'on leur mettra les auteurs mêmes entre les
mains. Ce recueil présente successivement les
tableaux des hommes célèbres de l'ancienne
Rome, depuis Romulus jusqu'à l'empereur Auguste.
Cette suite de tableaux détachés, qui offrent des
repos aux yeux et à l'esprit des enfants, m'a paru
préférable à une chaîne chronologique de faits.
Cette forme d'ailleurs convenoit mieux au dessein
que j'ai eu de travailler sur le modèle de Cornelius
Nepos, de manière que mon extrait fût pour la
sixième ce que cet auteur est pour la cinquième, en
y mettant la nuance de facilité qui doit s'y trouver.
C'est aux maîtres qui en feront usage à juger du
plan et de l'exécution. Il m'est facile d'éclaircir,
d'étendre ou de resserrer la plupart des faits, et d'y
en ajouter d'autres, suivant les avis que l'on vou-
dra bien me donner ; je m'engage d'avance à en
profiter dans la neuvième édition. Un autre avantage
de ce recueil, c'est qu'il prépare les enfants à
22
l'intelligence des auteurs qu'on a coutume de leur
mettre entre les mains ; il en est peu où l'on ne
trouve quelques endroits qui ont rapport à l'histoire
romaine : or, il est impossible de les entendre, si
l'on n'a aucune connoissance de cette histoire,
d'ailleurs si intéressante.
ROMANI IMPERII EXORDIUM
Proca, rex Albanorum, duos filios, Numitorem et
Amulium, habuit. Numitori, qui natu major erat,
regnum reliquit ; sed Amulius, pulso fratre, regna-
vit, et ut eum sobole privaret, Rheam Sylviam ejus
filiam Vestæ sacerdotem fecit, quæ tamen Romu-
lum et Remum uno partu edidit. Quo cognito,
Amulius ipsam in vincula conjecit, parvulos alveo
impositos abjecit in Tiberim, qui tunc forte super
ripas erat effusus ; sed, relabente flumine, eos aqua
in sicco reliquit. Vastæ tum in iis locis solitudines
erant. Lupa, ut fama traditum est, ad vagitum
accurrit, infantes lingua lambit, ubera eorum ori
admovit, matremque se gessit*.
24
* Ce récit est fabuleux. Il y a quelques fables dans le commen-
cement de l'Histoire romaine.
LE COMMENCEMENTDE L'EMPIREROMAIN
Procas, roi des Albains, eut deux fils, Numitor et
Amulius*. Il laissa le trône à Numitor, qui était
l'aîné ; mais c'est Amulius qui régna, après
avoir chassé son frère, et, pour le priver de des-
cendance, il fit de sa fille Rhea Silvia une prê-
tresse de Vesta** ; néanmoins, celle-ci mit au
monde, en une seule fois, Romulus et Remus.
Ayant appris la chose, Amulius emprisonna la
vestale, et fit placer dans un berceau, puis jeter
au Tibre ses petits ; le Tibre, par hasard, avait
alors débordé de ses rives ; mais, quand le fleuve
se retira, l'eau laissa les enfants sur la terre
sèche. Il y avait, à l'époque, de vastes déserts en
ces lieux. Une louve, selon la tradition, accourut
aux vagissements des enfants, les lécha, tendit
ses mamelles à leurs bouches, et se comporta
avec eux comme une mère.
* La dynastie albaine, par Iule (Ascagne), descend d'Enée.
** Par fonction, les prêtresses de Vesta étaient vierges et
devaient le rester.
25
Quum lupa sæpius ad parvulos veluti ad catulos
reverteretur, Faustulus, pastor regius, rem animad-
vertit, eos tulit in casam, et Accæ Laurentiæ conjugi
dedit educandos. Qui adulti inter pastores primo
ludicris certaminibus vires auxere, deinde venando
saltus peragrare cœperunt, tum latrones a rapina
pecorum arcere. Quare iis insidiati sunt latrones, a
quibus Remus captus est ; Romulus autem vi se
defendit. Tunc Faustulus necessitate compulsus indi-
cavit Romulo quis esset ejus avus, quæ mater. Romu-
lus statim, armatis pastoribus, Albam properavit.
Interea Remum latrones ad Amulium regem
perduxerunt, eum accusantes, quasi Numitoris
greges infestare solitus esset ; Remus itaque a rege
Numitori ad supplicium traditus est : at Numitor,
considerato adolescentis vultu, haud procul erat
quin nepotem agnosceret. Nam Remus oris linea-
mentis erat matri simillimus, ætasque tempori
expositionis congruebat. Dum ea res animum
Numitoris anxium teneret, repente Romulus super-
venit, fratrem liberavit, et Amulio interfecto, avum
Numitorem in regnum restituit.
Deinde Romulus et Remus urbem in iisdem
locis ubi expositi educatique fuerant condiderunt ;
26
27
Comme la louve s'en revenait fort souvent
auprès des bébés comme auprès de ses propres
petits, Faustulus, berger du roi, remarqua le
manège, emporta les enfants à sa cabane, et les
donna à élever à sa femme Acca Laurentia. Une
fois devenus grands, ils développèrent d'abord
leurs forces en jouant à des joutes entre bergers,
puis se mirent à courir les bois à la chasse, et
ensuite à empêcher les brigands de voler le bétail.
Aussi, les brigands leur tendirent une embuscade,
et firent prisonnier Remus ; Romulus, lui, se
défendit énergiquement. Alors, poussé par la
nécessité, Faustulus révéla à Romulus qui était
son grand-père et qui était sa mère. Aussitôt,
Romulus arma les bergers et marcha sans tarder
contre Albe.
Pendant ce temps, les brigands amenèrent Remus
devant Amulius, en prétendant, pour l'accuser, qu'il
avait l'habitude d'attaquer les troupeaux de Numitor.
Remus fut donc livré au supplice par le roi Numi-
tor ; mais Numitor, après avoir bien considéré le
visage du jeune homme, n'était pas loin de recon-
naître son petit-fils. Remus, en effet, ressemblait
trait pour trait à sa mère, et son âge coïncidait avec
l'époque où il avait été abandonné. Tandis que ces
détails travaillaient l'esprit de Numitor, Romu-
lus survint soudainement, libéra son frère, tua
Amulius et rétablit sur le trône son grand-père
Numitor.
Puis Romulus et Remus fondèrent une ville en
ce même endroit où ils avaient été abandonnés et
sed orta est inter eos contentio uter nomen novæ urbi
daret, eamque regeret ; adhibuere auspicia. Remus
prior sex vultures, Romulus postea, sed duodecim,
vidit. Sic Romulus augurio victor Romam vocavit ;
et ut eam prius legibus quam mœnibus muniret,
edixit ne quis vallum transiliret. Quod Remus irri-
dens transilivit ; eum iratus Romulus interfecit, his
increpans verbis : “Sic deinceps malo afficiatur qui-
cumque transiliet mœnia mea.” Ita solus potitus est
imperio Romulus.
ROMULUS, ROMANORUM REX PRIMUS
Romulus imaginem urbis magis quam urbem
fecerat : deerant incolæ. Erat in proximo lucus :
hunc asylum fecit. Eo statim multitudo latronum
pastorumque confugit. Quum vero ipse et populus
28
29
élevés ; mais une dispute éclata entre eux pour
savoir lequel des deux donnerait son nom à la ville
et en serait le roi* ; ils prirent les auspices**.
Remus, le premier, vit six vautours ; Romulus n'en
vit qu'en second, mais douze. C'est ainsi que
Romulus, désigné comme vainqueur par l'augure,
donna à la ville le nom de Rome, et, pour la proté-
ger par des lois avant de le faire par des remparts,
décréta l'interdiction, pour quiconque, de franchir
son fossé. Or Remus, en riant, franchit d'un bond
ce fossé ; pris de colère, Romulus le tua, en l'acca-
blant de ces mots : “Qu'ainsi désormais soit châtié
quiconque franchira mes murailles !” C'est ainsi
que Romulus se rendit seul maître du pouvoir.
ROMULUS, PREMIER ROI DES ROMAINS
Romulus avait fondé l'image d'une ville plutôt
qu'une ville véritable : il lui manquait des habitants.
Il y avait, à proximité, un bois sacré : il en fit un
asile. Là vint aussitôt se réfugier une multitude de
brigands et de bergers. Mais comme ni Romulus ni
* On remarquera que Lhomond n'évoque pas l'embarras de
la gémellité, qui rend vain le droit d'aînesse – lequel, en
monarchie, pose toujours des problèmes…
** Dans une longue note, Lhomond explique auspicium par
aves spicere (“regarder les oiseaux”), ce qui est juste, et
augurium par avium garritus (“le chant des oiseaux”) ce qui
est faux : le mot vient d'une racine signifiant “amplifier, mar-
quer d'un signe positif”.
uxores non haberent, legatos ad vicinas gentes
misit, qui societatem connubiumque peterent. Nus-
quam benigne legatio audita est : ludibrium etiam
additum : “Quidni feminis quoque asylum aperuis-
tis ? Id enim compar foret connubium.” Romulus
ægritudinem animi dissimulans ludos parat : indici
deinde finitimis spectaculum jubet. Multi conve-
nere studio etiam videndæ novæ urbis, maxime
Sabini cum liberis et conjugibus. Ubi spectaculi
tempus venit, eoque deditæ mentes cum oculis
erant, tum, dato signo, virgines raptæ sunt : et hæc
fuit statim causa bellorum.
Sabini ob virgines raptas bellum adversus
Romanos sumpserunt, et quum Romæ appropin-
quarent, Tarpeiam virginem nacti sunt, quæ aquæ
causa sacrorum hauriendæ descenderat. Hujus
pater Romanæ præerat arci. Titus Tatius Sabino-
rum dux Tarpeiæ optionem muneris dedit, si exer-
citum suum in Capitolium* perduxisset. Illa petiit
quod Sabini in sinistris manibus gerebant, videlicet
annulos et armillas. Quibus dolose promissis, Tar-
peia Sabinos in arcem perduxit, ubi Tatius eam
30
* Forteresse de Rome. On l'appela Capitole, du mot latin
caput, à cause d'une tête d'homme qu'on y trouva en creusant
les fondements. (En fait la “citadelle”, arx, est un des deux
sommets du Capitole, l'autre étant occupé par le sanctuaire.)
31
son peuple n'avaient d'épouses, le roi envoya
des ambassadeurs chez les peuples voisins, pour
qu'ils leur demandent une alliance et des
mariages réciproques. Nulle part l'on n'écouta
l'ambassade favorablement ; on ajoutait même,
par moquerie : “Pourquoi n'avez-vous pas ouvert
votre asile aux femmes aussi ? Cela vous ferait
des mariages bien assortis !” Romulus, dissimu-
lant sa rancœur, fait préparer des jeux, et ordonne
qu'on annonce ce spectacle aux voisins. Ils y
vinrent en foule, poussés en outre par la curiosité
de voir la ville nouvelle, et surtout les Sabins,
avec femmes et enfants. Lorsque vint l'heure du
spectacle, et que l'attention comme les regards
n'allaient qu'à lui, à un signal, les Romains enle-
vèrent les jeunes filles ; et ce fut aussitôt cause
de guerre.
Les Sabins, à cause de l'enlèvement de leurs
jeunes filles, déclarèrent la guerre aux Romains ;
tandis qu'ils approchaient de Rome, ils rencontrè-
rent Tarpéia, une jeune fille, qui était descendue
dans la vallée pour aller puiser de l'eau destinée
aux cérémonies religieuses. Son père était com-
mandant de la citadelle de Rome. Titus Tatius, chef
des Sabins, autorisa Tarpéia à choisir une récom-
pense, si elle conduisait son armée sur le Capitole.
Elle demanda ce que les Sabins portaient à la main
gauche, sans doute leurs bagues et leurs bra
c
elets.
On feignit de les lui promettre, et Tarpéia conduisit
les Sabins dans la citadelle ; là, Tatius ordonna qu'on
l'écrase sous des boucliers ; car à la main gauche, les
scutis obrui præcepit : nam et scuta in lævis habue-
rant. Sic impia proditio celeri pœna vindicata est.
Romulus adversus Tatium processit, et in eo
loco ubi nunc Romanum forum est pugnam conse-
ruit. Primo impetu, vir inter Romanos insignis,
nomine Hostilius, fortissime dimicans cecidit ;
cujus interitu consternati Romani fugere cœperunt.
Jam Sabini clamitabant : “Vicimus perfidos hos-
pites, imbelles hostes. Nunc sciunt longe aliud esse
virgines rapere, aliud pugnare cum viris.” Tunc
Romulus arma ad cœlum tollens Jovi ædem vovit,
et exercitus seu forte seu divinitus restitit*. Præ-
lium itaque redintegratur ; sed raptæ mulieres, cri-
nibus passis, ausæ sunt se inter tela volantia inferre ;
et hinc patres, inde viros deprecatæ, pacem conci-
liarunt.
Romulus cum Tatio fœdus percussit, et Sabinos
in urbem recepit. Centum ex senioribus elegit quo-
rum consilio omnia ageret, qui ob senilem ætatem
Senatus vocati sunt. Tres equitum centurias consti-
tuit ; plebem in triginta curias distribuit. His ita
ordinatis, quum ad Capræ paludem exercitum
32
* Il n'y a dans cet événement ni hasard ni miracle : c'est l'effet
naturel de la confiance que Romulus inspira à ses troupes
par cette action.
33
Sabins portaient aussi un bouclier. Ainsi, cette trahi-
son sacrilège fut promptement châtiée.
Romulus s'avança au-devant de Tatius, et engagea
la bataille à l'endroit où se trouve aujourd'hui le
forum romain. Au premier assaut, un homme en vue
parmi les Romains, nommé Hostilius, tomba en com-
battant avec le plus grand courage. Consternés par sa
mort, les Romains se mirent à fuir. Déjà les Sabins
s'exclamaient à l'envi : “Nous avons vaincu des hôtes
perfides et des ennemis nuls à la guerre ! Ils savent
maintenant qu'enlever des jeunes filles et se battre
contre des hommes, ça fait deux !” Alors Romulus,
en levant ses armes vers le ciel, promit un temple à
Jupiter, et – fût-ce par hasard ou par une intervention
divine ? – l'armée s'arrêta de fuir. Elle reprend donc
le combat ; mais les femmes qui avaient été enlevées,
tous cheveux défaits, osèrent se précipiter entre les
traits qui volaient ; et, en suppliant d'un côté leurs
époux, de l'autre leurs pères, elles rétablirent la paix.
Romulus conclut un traité avec Tatius, et admit
les Sabins dans la ville. Il choisit, parmi les
hommes d'âge, cent d'entre eux pour tout faire
selon leur conseil, et, en raison de leur âge sénile,
on les appela “le Sénat”. Il constitua trois centuries
de chevaliers ; il divisa la plèbe en trente curies.
Après ces mesures d'organisation, comme il passait
l'armée en revue près du marais de la Chèvre, une
lustraret, subito coorta est tempestas cum magno
fragore tonitribusque, et Romulus e conspectu
ablatus est : eum ad Deos abiisse vulgo creditum
est* ; cui rei fidem fecit Proculus vir nobilis. Orta
enim inter patres et plebem seditione, is in contio-
nem processit, et jurejurando affirmavit Romulum
a se visum augustiore forma quam fuisset, eum-
demque præcipere ut seditionibus abstinerent, et
virtutem colerent. Ita Romulus pro deo cultus, et
Quirinus est appellatus.
NUMA POMPILIUS, ROMANORUM REX SECUNDUS
Successit Romulo Numa Pompilius, vir inclyta
justitia et religione. Is Curibus oppido Sabinorum
accitus est. Quum Romam venisset, ut populum
ferum religione molliret, sacra plurima instituit.
Aram Vestæ consecravit, et ignem in ara perpetuo
alendum virginibus dedit. Flaminem Jovis sacerdo-
tem creavit, eumque insigni veste et curuli sella
ornavit. Duodecim Salios Martis sacerdotes legit,
34
* On croit qu'il fut tué au milieu du Sénat et que, pour cacher
cette action barbare, chaque sénateur emporta sous sa robe les
membres de son corps mis en pièces.
35
tempête se leva subitement, avec force fracas de ton-
nerre, et Romulus fut enlevé à la vue de tous ; on
crut communément qu'il s'en était allé rejoindre les
dieux ; un notable, Proculus, fit que l'on prêta foi à la
chose. En effet, une dissension ayant éclaté entre les
patriciens et la plèbe, il s'avança pour prendre la
parole devant le peuple, et affirma sous serment qu'il
avait eu une vision de Romulus, plus majestueux
encore qu'il ne l'était de son vivant, et que celui-ci
ordonnait aux Romains de renoncer aux dissensions
et de pratiquer la vertu. C'est ainsi que Romulus fut
vénéré comme un dieu, et reçut le nom de Quirinus.
NUMA POMPILIUS, SECOND ROI DES ROMAINS
A Romulus succéda Numa Pompilius, un homme
d'une justice et d'une piété illustres. On le fit venir
de Cures, qui était un bourg des Sabins. Une fois
venu à Rome, pour adoucir ce peuple farouche par
la religion, il institua un très grand nombre de
cultes. Il consacra l'autel de Vesta et confia à des
jeunes filles vierges le soin de nourrir sans cesse
un feu sur l'autel. Il créa le sacerdoce de flamine de
Jupiter, et l'honora d'un vêtement singulier* et d'une
chaise curule. Il choisit les douze prêtres de Mars,
les Saliens, qui promenaient par la ville, avec des
* Cet habit se composait d'un manteau de coupe spéciale et
d'un bonnet pointu (apex). La grammaire comparée de l'indo-
européen a montré la parenté de “flamine” et de “brahmane”.
qui ancilia* quædam imperii pignora e cælo, ut
putabant, delapsa, ferre per urbem, canentes et rite
saltantes solebant. Annum in duodecim menses ad
cursum lunæ descripsit : nefastos fastosque dies**
fecit : portas Jano gemino ædificavit, ut esset index
pacis et belli : nam apertus in armis esse civitatem,
clausus vero pacatos circa omnes populos, signifi-
cabat.
Leges quoque plurimas et utiles tulit Numa. Ut
vero majorem institutis suis auctoritatem concilia-
ret, simulavit sibi cum Dea Ægeria esse colloquia
nocturna, ejusque monitu se omnia quæ ageret
facere. Lucus erat quem medium fons perenni
rigabat aqua : eo sæpe Numa sine arbitris se infe-
rebat, velut ad congressum Deæ : ita omnium ani-
mos religione imbuit, ut fides et jusjurandum, non
minus quam legum et pœnarum metus, cives conti-
nerent. Bellum quidem nullum gessit, sed non
minus civitati profuit quam Romulus. Morbo exs-
tinctus, in Janiculo monte sepultus est. Ita duo
deinceps reges, ille bello, hic pace, civitatem auxe-
runt. Romulus septem et triginta regnavit annos ;
Numa tres et quadraginta.
36
* C'étaient de petits boucliers échancrés des deux côtés, aux-
quels les Romains croyaient attaché le bonheur de leur ville.
En fait, un seul bouclier était “tombé du ciel” ; on en fit onze
semblables, pour éviter un vol qui eût été calamiteux…
** Dies fasti, les jours où il était permis de plaider ; dies
nefasti, jours où il n'était pas permis au préteur de tenir
audience ; du mot fari, parler. (Etymologie contestable…)
37
chants et des danses rituelles, les ancilia, des bou-
cliers, gages du pouvoir, qui, croyait-on, étaient
tombés du ciel. Il divisa l'année en douze mois
selon les phases de la lune ; il institua les jours
fastes et les jours néfastes ; il construisit les portes
du temple dédié à Janus-aux-deux-Faces, pour
indiquer la paix ou la guerre ; en effet, ce sanctuaire
signifiait, lorsqu'il était ouvert, que la cité était en
armes, et, lorsqu'il était fermé, que tous les
peuples alentour étaient pacifiés.
Numa fit aussi des lois, très nombreuses et utiles.
Mais pour donner plus d'autorité à ses institutions,
il feignit d'avoir des conversations nocturnes avec la
déesse Egérie, et de régler tout ce qu'il faisait sur
son conseil. Il y avait un bois sacré qu'une source,
en son milieu, arrosait d'une eau toujours vive. C'est
là que se rendait souvent Numa, sans témoins,
comme pour rencontrer la déesse ; ainsi, il emplit
l'âme de tous de scrupules religieux, de sorte que
le respect de la parole donnée et du serment liait
les citoyens tout autant que la peur des lois et des
châtiments.
En tout cas, il ne fit aucune guerre, mais ne
fut pas moins utile que Romulus à sa cité. Il
mourut de maladie et fut enseveli sur le mont
Janicule. Ainsi deux rois successifs, l'un par la
guerre, l'autre par la paix, firent se développer
la cité. Romulus régna trente-sept ans, Numa,
quarante-trois ans.
TULLUS HOSTILIUS,
ROMANORUM REX TERTIUS
Mortuo Numa, Tullus Hostilius rex creatus est. Hic
non solum proximo regi dissimilis, sed etiam
Romulo ferocior fuit. Eo regnante, bellum inter
Albanos et Romanos exortum est. Ducibus Hosti-
lio et Suffetio placuit, paucorum manibus fata
utriusque populi committi. Erant apud Romanos
trigemini Horatii, trigemini quoque apud Albanos
Curiatii. Cum iis agunt reges ut pro sua quisque
patria dimicent ferro. Fœdus ictum est ea lege, ut
unde victoria, ibi quoque imperium esset. Itaque tri-
gemini arma capiunt, et in medium inter duas acies
procedunt. Consederant utrimque duo exercitus.
Datur signum, infestisque armis terni juvenes
magnorum exercituum animos gerentes concurrunt.
Ut primo concursu increpuere arma, horror
ingens spectantes perstrinxit. Consertis deinde
manibus, statim duo Romani alius super alium
expirantes ceciderunt : tres Albani vulnerati. Ad
casum Romanorum conclamavit gaudio exercitus
Albanus. Romanos jam spes tota deserebat. Unum
Horatium tres Curiatii circumsteterant : is quamvis
integer, quia tribus impar erat, fugam simulavit,
ut singulos per intervalla secuturos separatim
38
39
TULLUS HOSTILIUS,
TROISIÈME ROI DES ROMAINS
A la mort de Numa, Tullus Hostilius fut fait roi. Il
fut non seulement différent du roi qui l'avait pré-
cédé, mais encore plus farouche que Romulus.
Sous son règne éclata une guerre entre Albains et
Romains. Les chefs Hostilius et Suffétius décidèrent
de confier le destin des deux peuples aux bras de
quelques champions. Il y avait, chez les Romains,
trois frères jumeaux, les Horaces, et trois triplés aussi
chez les Albains, les Curiaces. Les rois conviennent
avec eux qu'ils combattent épée en mains chacun
pour leur patrie. Un traité fut conclu stipulant que
la suprématie reviendrait au camp qui aurait eu la
victoire. Donc, les trois jumeaux prennent les
armes, et s'avancent entre les deux lignes de sol-
dats. De chaque côté s'étaient installées les deux
armées. On donne le signal et les deux trios de
jeunes soldats, portant le courage de deux grandes
armées, courent l'un vers l'autre, les armes pointées.
Dès le premier assaut, au cliquetis des armes, un
effroi colossal fit frissonner les spectateurs. Ensuite,
au corps à corps, tout de suite deux Romains tom-
bèrent l'un sur l'autre, expirant ; les trois Albains
furent blessés. La chute des Romains fit pousser
des cris de joie à l'armée albaine. Déjà l'espoir
avait totalement abandonné les Romains. Les trois
Curiaces encerclaient le seul Horace : celui-ci,
indemne, mais inférieur à trois adversaires, feignit
de fuir, pour attaquer un à un, séparément, ses
aggrederetur. Jam aliquantum spatii ex eo loco, ubi
pugnatum est, aufugerat, quum respiciens videt
unum Curiatium haud procul ab se abesse. In eum
magno impetu redit, et dum Albanus exercitus
inclamat Curiatiis ut opem ferant fratri, jam Hora-
tius eum occiderat. Alterum deinde, priusquam ter-
tius posset consequi, interfecit.
Jam singuli supererant, sed nec spe nec viribus
pares. Alterius erat intactum ferro corpus, et gemi-
nata victoria ferox animus. Alter fessum vulnere,
fessum cursu trahebat corpus. Nec illud prælium
fuit. Romanus exultans male sustinentem arma
conficit, jacentemque spoliat. Romani ovantes ac
gratulantes Horatium accipiunt, et domum dedu-
cunt. Princeps ibat Horatius, trium fratrum spolia
præ se gerens. Cui obvia fuit soror, quæ desponsa
fuerat uni ex Curiatiis, visoque super humeros fra-
tris paludamento sponsi, quod ipsa confecerat,
flere et crines solvere cœpit. Movit feroci juveni
animum comploratio sororis in tanto gaudio
publico : stricto itaque gladio transfigit puellam,
simul
40
41
adversaires qui le poursuivraient à intervalles. Déjà,
il s'était enfui à quelque distance de l'endroit du
combat, lorsqu'en regardant derrière lui il voit
qu'un des Curiaces n'était pas loin de lui. Il se
retourne contre lui d'un vif élan, et, tandis que
l'armée albaine crie aux Curiaces d'aller aider leur
frère, déjà Horace l'avait occis. Il tua ensuite le
second, avant que le troisième pût le rejoindre.
Désormais ne survivait qu'un combattant dans
chaque camp, mais ils n'étaient égaux ni en
espoir ni en forces. L'un était physiquement
indemne de tout coup de glaive, et, moralement,
sa double victoire attisait sa hargne. L'autre
s'efforçait de traîner son corps fatigué par sa
blessure, fatigué par la course. Ce ne fut pas
même un combat. Le Romain, bondissant, met à
mort son adversaire qui brandissait mollement
ses armes, et dépouille son cadavre gisant. Les
Romains, avec une ovation et des félicitations,
reçoivent en leurs rangs Horace et le reconduisent
chez lui. En tête marchait Horace, exhibant les
dépouilles des trois frères. Sa sœur vint à sa ren-
contre, qui s'était fiancée à l'un des Curiaces, et,
voyant sur les épaules de son frère le manteau de
guerre de son fiancé, qu'elle avait cousu elle-
même, éclata en pleurs et se mit à dénouer ses
cheveux*. Le chagrin de sa sœur, au milieu
d'une si grande joie publique, révolta le farouche
jeune homme : aussi tira-t-il son glaive et il en
* En signe de deuil, selon les mœurs romaines.
eam verbis increpans : “Abi hinc cum immaturo
amore ad sponsum ; oblita fratrum, oblita patriæ.
Sic eat quæcumque Romana lugebit hostem.”
Atrox id visum est facinus patribus plebique,
quare raptus est in jus Horatius et apud judices
condemnatus. Jam accesserat lictor* injiciebatque
laqueum. Tum Horatius ad populum provocavit.
Interea pater Horatii senex proclamabat filiam
suam jure cæsam fuisse ; et juvenem amplexus,
spoliaque Curiatiorum ostentans orabat populum
ne se orbum liberis faceret. Non tulit populus
patris lacrimas, juvenemque absolvit, magis admi-
ratione virtutis, quam jure causæ. Ut tamen cædes
manifesta expiaretur, pater, quibusdam sacrificiis
peractis, transmisit per viam tigillum, et filium
capite adoperto velut sub jugum misit : quod tigil-
lum sororium appellatum est.
Non diu pax Albana mansit : nam Suffetius, dux
Albanorum, quum invidiosum se apud cives vide-
ret, quod bellum uno paucorum certamine finisset,
ut rem corrigeret, Veientes adversus Romanos conci-
tavit. Ipse ab Tullo in auxilium arcessitus, aciem
in collem subduxit, ut fortunam belli experiretur
42
* Lictor vient de ligare, garrotter. Les licteurs étaient des offi-
ciers publics qui marchaient devant les premiers magistrats,
pour leur faire ouvrir le passage. Leur principale fonction
était d'arrêter les coupables, de les fouetter et décapiter. Ils
portaient un faisceau de petites baguettes de coudrier, au
milieu duquel était une hache. Les consuls avaient douze lic-
teurs ; le dictateur en avait vingt-quatre.
43
transperça la jeune fille, tout en l'accablant de
ces mots : “Va-t'en retrouver ton fiancé avec ton
amour inopportun ! tu as oublié tes frères, tu as
oublié ta patrie ! qu'ainsi périsse toute femme
romaine qui pleurera un ennemi !”
Ce geste parut atroce aux patriciens et aux plé-
béiens ; aussi Horace fut-il traîné en justice et
condamné par les juges. Déjà le licteur s'appro-
chait, et lui passait au col le garrot. Alors Horace
fit appel devant le peuple. Entre-temps, le père
d'Horace, un vieillard, proclamait que sa fille avait
été exécutée à bon droit ; et, ayant embrassé le jeune
homme, montrant les dépouilles des Curiaces, il
priait le peuple de ne pas le priver de tous ses
enfants. Le peuple ne put supporter les larmes de ce
père, et amnistia le jeune homme, par admiration
pour son courage plutôt que pour le bon droit de sa
cause. Néanmoins, pour que ce meurtre manifeste fût
expié, le père, après avoir accompli des sacrifices
rituels, fit dresser une poutre en travers de la rue, et
fit passer son fils sous la poutre, la tête voilée,
comme sous un joug : cette poutre fut appelée “la
poutre de la Sœur”.
La paix avec Albe ne dura pas longtemps.
Suffétius, en effet, chef des Albains, voyant
qu'il s'était rendu odieux à ses concitoyens en
mettant fin à la guerre par un seul combat oppo-
sant peu d'adversaires, voulut corriger la chose
et souleva les Véiens contre les Romains. Appelé
en renfort par Tullus, il conduisit son armée sur
une colline, pour voir la tournure que la fortune
ac sequeretur. Qua re Tullus intellecta, dixit clara
voce suo illud jussu Suffetium facere, ut hostes a
tergo circumvenirentur. Quo audito, hostes territi
victique sunt. Postera die Suffetius, quum ad gratu-
landum Tullo venisset, jussu illius quadrigis religa-
tus est, et in diversa distractus. Deinde Tullus