Démanteler les barrages pour restaurer les cours d

Démanteler les barrages pour restaurer les cours d'eau

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Français
260 pages

Description

Avec l’application de la Directive cadre européenne sur l’eau, les opérations de restauration écologique des cours d’eau se multiplient depuis les années 2000. Cet ouvrage aborde les actions les plus répandues en France, mais aussi les plus controversées, qui consistent à restaurer la continuité écologique des cours d’eau en démantelant des barrages et des seuils, considérés comme des obstacles au transit sédimentaire et à la circulation des poissons migrateurs.

Les débats et conflits engendrés par ces opérations sont analysés dans le contexte spécifique des petites rivières du nord-ouest de la France, qui se distinguent par une forte densité d’ouvrages hydrauliques. À partir d’enquêtes et d’études de cas détaillées, les auteurs, géographes, reconstituent l’histoire de ces aménagements devenus encombrants. Ils contribuent également à mieux saisir les attentes des divers acteurs (élus, gestionnaires, pêcheurs, propriétaires de moulins, riverains, usagers) vis-à-vis de la rivière et rendent compte des décalages entre leurs représentations des paysages fluviaux. Enfin, les auteurs ébauchent une réflexion sur les modalités de construction d’un nouveau projet écologique pour les vallées.

Ce livre s’adresse aux gestionnaires de milieux aquatiques et aux acteurs de la protection des milieux et des ressources en eau, mais aussi aux étudiants en géographie, en écologie, ainsi qu’à des chercheurs intéressés par les recherches interdisciplinaires sur les politiques publiques environnementales et leurs interactions avec les ONG et les associations d’usagers.


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Informations

Publié par
Date de parution 30 novembre 2017
Nombre de lectures 15
EAN13 9782759226825
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Démanteler les barrages pour restaurer les cours d’eau
Controverses et représentations
RÉGISBARRAUD, MARIE-ANNEGERMAINE,COORD.
© éditions Quæ, 2017
ISSN : 1773-7923 ISBN : 978-2-7592-2683-2
Éditions Quæ RD 10 78026 Versailles Cedex
www.quae.com
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Remerciements
Cet ouvrage est le fruit des travaux menés dans le cadre d’un programme de recherche financé par l’Agence nationa le de la recherchevia le dispositif Jeunes chercheuses – Jeunes chercheu rs. De 2012 à 2015, le programme Reppaval « Représentat ions de la nature et des paysages dans les petites vallées de l’ouest de la France face aux projets de restauration écologique » a per mis de fédérer une équipe mobilisée sur le volet socio-paysager de la restauration de la continuité écologique des cours d’eau. Nous remerci ons l’ensemble des collègues qui ont participé aux différentes éta pes de ce programme collectif et ainsi nourri notre réflexion, de l’int érieur (Sébastien Caillault, Hervé Davodeau, Nadia Dupont, Caroline Le Calvez, L aurence Le Du, Patrick Matagne, David Montembault, Laurent Lespez, Claire Portal, Fanny Romain) ou en nous accompagnant le temps d’un séminaire (Brian Chaffin, Coleen Fox, Gordon Grant, Dolly Jor gensen, Raphael Larrère, Yves-François Le Lay, Frank Magilligan, Ma rie-Jo Menozzi, Chris Sneddon), et les étudiants qui ont renforcé l ’équipe : Antoine Pilard, Arnaud Chilou et Mathieu Viry.
Le terrain occupe une place clé dans le travail qui est présenté dans cet ouvrage. Celui-ci s’appuie en grande partie sur la conduite d’entretiens réalisés auprès d’habitants, de propri étaires riverains, de pêcheurs, de membres d’associations ou encore d’élu s. Nous les remercions sincèrement d’avoir accepté de se prêter au jeu des enquêtes et d’avoir fourni une matière indispensabl e à notre analyse. Nous avons passé beaucoup de temps à rencontrer les gestionnaires de terrain (techniciens de rivière ou de bassin, ch argés de mission des Agences de l’Eau, etc.) pendant ce programme. Les d iscussions bottes au pied au bord de la rivière ont constitué des tem ps de dialogue précieux pour saisir les multiples enjeux auxquels ils sont confrontés. Nous les remercions pour ces riches échanges.
Au terrain et aux discussions a suivi le temps de r estituer les enquêtes menées. Nous adressons nos très sincères remercieme nts à Jean-Paul Bravard, grand spécialiste des fleuves et sensible à l’intégration de leurs différentes dimensions, pour le soutien, les encouragements mais aussi la relecture critique qu’il a apportée à ce p rojet éditorial. Nous remercions également Jean-Michel Cador, Catherine C arré, Émeline Comby, Simon Dufour, Jean-Paul Haghe, Stéphanie Leg endre, Yves-François Le Lay et Guy Pustlenik pour leur relectur e attentive des différents chapitres. Enfin, nous remercions l’univ ersité Paris-Nanterre, l'université de Poitiers, l’UMR Lavue 7218 CNRS, le laboratoire Mosaïques, le laboratoire Ruralités et l’UMR ESO 65 90 CNRS, qui ont apporté leur soutien financier à cette publication.
Nous remercions également les Agences de l’Eau Sein e-Normandie et Loire-Bretagne qui,viapréachat de plusieurs exemplaires de cet le
ouvrage, contribuent à la diffusion de ces travaux.
Préface
La situation est quelque peu confuse dans la gestio n des rivières françaises en cette année 2017. D’une part, c’est l ’application stricte de la loi de 2006 et des principes du Grenelle de l’en vironnement qui conduit au démantèlement effectif (parfois brutal) et programmé des obstacles transversaux au motif de leur nocivité qu ant à la continuité sédimentaire et piscicole. D’autre part, c’est le s ouhait, ou la volonté, selon les cas, de préserver une partie du patrimoin e hydraulique national, tout en contribuant à la production d’éne rgie non carbonée. Deux camps s’affrontent, avec des arguments recevab les dans les deux cas. Cet ouvrage cherche à convaincre, et il y réussit, qu’il existe une troisième voie, celle du dialogue et de la négo ciation. La géographie a toute sa place dans le concert des dis ciplines de la recherche, et les auteurs rassemblés pour ce qui es t une démonstration en faveur de l’interdisciplinarité no us le rappellent avec brio.
Les deux maîtres d’ouvrage de ce livre qui fera dat e dans la recherche sur les rivières de la France de l’Ouest, Régis Bar raud et Marie-Anne Germaine, respectivement maîtres de conférences en géographie aux universités de Poitiers et de Paris-Nanterre, ont u ne déjà longue expérience du thème qu’ils ont choisi d’aborder. Dè s 2004, Régis Barraud, alors doctorant en géographie à l’université de Nantes, publiait un article intitulé « Les rivières à biefs étagés : des paysages contre nature ? ». L’auteur s’inquiétait du conflit émerge nt qui opposait d’une part les tenants du paysage, du patrimoine fluvial, des loisirs (y compris halieutiques), de la petite énergie hydraulique, et d’autre part des hydroécologues du Centre national du machinisme agr icole du génie rural, des eaux et des forêts (Cemagref), prônant d éjà la destruction des seuils en rivière au bénéfice de la libre circu lation d’espèces piscicoles. Deux positions frontalement opposées. U ne phrase résume le positionnement de l’article : « Alors que la str atégie de patrimonialisation est mise en échec pour des raiso ns écologiques et financières, il s’agit de réinventer un paysage fon ctionnel. » Trois ans plus tard, Régis Barraud consacrait sa thèse aux hé ritages, à l’évolution et à l’adaptation de fonds de vallée su d-armoricains considérés comme un « tiers-paysage ». Marie-Anne G ermaine a pour sa part soutenu en 2009 une thèse intitulée « De la caractérisation à la gestion des paysages ordinaires des vallées du nord -ouest de la France ». Ces deux approches parallèles se sont réu nies dans ces recherches collectives menées avec des chercheurs d u Grand Ouest dans le cadre du plan Loire et dans le cadre de l’A NR Jeunes Chercheurs Reppaval (2011-2014). De nombreux articl es ont déjà illustré leur approche, par exemple ceux de Marie-A nne Germaine portant sur les dimensions sociales de l’effacement des barrages de Kernansquillec (Côtes-d’Armor) et de la Sélune (Man che).
Le présent ouvrage, consacré à des rivières de la F rance de l’Ouest, a pour ambition d’aider à comprendre, en mobilisant u ne approche critique, la controverse qui se développe entre deu x séries d’acteurs, d’une part ceux qui, au nom de la restauration des rivières, de la directive-cadre sur l’Eau (DCE), de la loi sur l’ea u et les milieux aquatiques (Lema) et des accords de Grenelle, mette nt en œuvre une politique publique d’effacement assez systématique des seuils en rivière, et d’autre part des acteurs de la société civile qui défendent une vision patrimoniale des ouvrages hydrauliques const ruits depuis des siècles sur les cours d’eau français. Cette controv erse, relativement récente dans une expression qui s’affirme localemen t de manière dure, n’est pas née de l’effacement de quelques barrages obsolètes réalisé depuis une vingtaine d’années aux fins de faciliter la remontée de migrateurs. La controverse développée ces dernières années provient de la systématisation par le ministère de l’Environ nement d’une politique qui concerne, depuis le plan de 2009 (le Parce, Plan national d’actions pour la restauration de la continuité éco logique des cours d’eau), la multitude des petits ouvrages égrenés le long de toutes les rivières, cette fois au nom de la continuité sédime ntaire et écologique ; cette position est devenue la panacée de la politiq ue de restauration, alors même que la cause principale des dysfonctionn ements, qui est la mauvaise qualité de l’eau, fait l’objet d’une atten tion et d’un financement comparativement fort réduits. Ceci est le point de vue de l’auteur de ces lignes.
L’ouvrage qui nous est proposé est structuré en tro is parties et onze chapitres.
La première partie replace l’aménagement hydrauliqu e — le seuil transversal techniquement lié à un moulin dans la p lupart des cas — dans l’histoire des vallées. Les rivières portent d e lointains héritages naturels et culturels, liés à des pratiques qui son t saisies au-delà du strict cadre de la rivière. Il est proposé que le p oids de ces héritages soit reconnu à sa juste mesure dans les choix de ge stion à venir. Car les cours d’eau sont « le produit d’une production sociale et biophysique intimement entrelacées » et, dans cette trajectoire, leur futur doit s’écrire en intégrant les populations ri veraines à la définition des objectifs dont aucun n’esta priori illégitime (chapitre 1). Les trois chapitres suivants présentent cinq études de cas lo calisées dans la Vienne (le Clain et la Boivre à Poitiers), en Norma ndie (la Vire) et dans la vallée de la basse Loire (le Layon et l’Aubance) . Entre outil de production et régulation hydraulique face au risque d’inondation, la rivière est devenue un système hydrotechnique plus ou moins complexe dont la gestion a évolué au fil du temps ; le « réinvestissement collectif récent » en faveur de projets urbains et de projets de territoires ruraux en cours de définitio n n’est qu’un avatar d’une histoire à éclipses, mais dont les héritages successifs, brillants parfois, modestes souvent, ont été pérennisés sur l a longue durée ; l’étude approfondie des rivières de Poitiers le dém ontre bien (chapitre 2). Le cas de la Vire (chapitre 3) témoig ne des projets de
nature économique et sociale qui se sont succédé et superposés depuis le Moyen Âge, de la promotion de l’environne ment et du patrimoine construit (ce dernier au bénéfice du dév eloppement local) en fournissant les formes les plus récentes (et san s doute pas les dernières, pourrait-on ajouter). Les analyses des a uteurs montrent de quelle manière le projet d’effacement des seuils s’ est localement imposé sans référence à l’histoire et aux modes de valorisation économique hérités et émergents, alors que la Commi ssion locale de l’eau (CLE) du bassin de la Vire devrait s’imposer comme le lieu naturel d’une gestion partagée. Le Layon et l’Aubance illus trent une autre logique à l’œuvre : l’inflexion d’une politique nég ociée, combinant environnement et tourisme doux, validée par l’Agenc e de l’Eau Loire-Bretagne, en direction d’une restauration écologiqu e fondée sur des bases scientistes en rupture avec un consensus diff icilement obtenu mais opérationnel (chapitre 4).
La deuxième partie confronte les projets officiels d’effacement total ou partiel des ouvrages transversaux à des représentat ions sociales et des pratiques élaborées et éprouvées ces dernières années.
Le chapitre 5 présente, avec le recul donné par l’a ncienneté du démantèlement du barrage de Kernansquillec, le vécu et le discours de propriétaires de moulins confrontés aux projets de restauration de la continuité piscicole face aux souhaits individuels de vivre autrement la rivière et son paysage. La résistance à l’échelle d e l’individu (qui n’exclut pas, chez certains, leur compréhension des tenants et aboutissants de la politique de continuité) est fon damentale, car elle complète celle qui est analysée dans les chapitres suivants à l’échelle de collectifs de riverains et de collectivités terr itoriales ; il en ressort que la concertation (nécessaire et souvent négligée ) ne peut faire l’impasse sur les différentes échelles d’appréhensi on des problèmes. L’exemple de l’Aulne canalisée entre Nantes et Bres t (avec ses 28 barrages) montre l’opposition entre d’une part l a démarche d’usagers locaux qui souhaitent valoriser sur le pl an patrimonial et économique une masse d’eau classée comme fortement modifiée, et d’autre part celle de l’organisme porteur du schéma d’aménagement et de gestion de l’eau (Sage) qui pousse à la continui té piscicole en faveur du saumon atlantique, pour laquelle il prône un effacement saisonnier des ouvrages. Infrastructure naturelle c ontre canal navigable, tel est l’enjeu binaire, mais la teneur des débats, fondés sur des arguments élaborés, montre que même chez les ac teurs institutionnels la stricte vision naturaliste n’est pas entièrement partagée. Le laboratoire n’est pas seulement dans l e canal ; il est aussi dans les salles de réunion où se forgent une contro verse et (peut-être) un consensus exemplaires, ce chapitre donnant des r aisons de l’espérer (chapitre 6). De portée nationale, le cha pitre 7 analyse les discours portant sur la structuration et les modes d’argumentation et d’action des opposants à l’effacement des seuils ; la conclusion des auteurs est que la politique officielle de la natur e, portée de manière assez restrictive par la technique et le « tropisme halieutique », tend à
disqualifier les lieux et les débats de portée loca le au détriment de la recherche d’un réel consensus. C’est bien le fond d u problème.
La dernière partie ouvre sur les projets de la Vire (Calvados) et du Léguer (Côtes-d’Armor), où s’expriment des position s certes opposées, mais dans la recherche du consensus. Une conclusion importante est que les dissensions sont d’autant mieux surmontées que les structures porteuses de la gestion territoriale ont des object ifs diversifiés et sont capables, dans le cadre par exemple d’ateliers coll ectifs, de faire accepter le discours écologique qui, pris isolément , est de nature souvent trop technique, afin de réellement implique r les riverains dans une vision partagée (chapitre 8). La Moine, rivière traversant Cholet (Maine-et-Loire), a fait l’objet d’une restauration écologique qui l’a rendue courante et encaissée. La municipalité souha ite aménager un parc urbain qui puisse concilier les positions dive rgentes des tenants d’une Moine « vive » et ceux d’une Moine « pleine » (c’est-à-dire équipée de seuils retenant l’eau). L’enjeu pour un groupe d’étudiants paysagistes est de parvenir à intégrer le paysage h érité et vécu dans un parc municipal où la Moine, renaturée après la s uppression de six barrages, est si différente aujourd’hui que les riv erains, préférant la nature urbaine et accessible, ne s’y reconnaissent plus (chapitre 9). Le projet cherche à dépasser les modèles de réhabilita tion normalisés et superficiels (de catalogue, pourrait-on dire) au pr ofit d’un concept intégrant la nature, l’histoire et les usages. Une affaire à suivre… Tout comme la controverse entre la micro-électricité et la restauration de la continuité écologique ; les auteurs soulignent que la valorisation du potentiel énergétique (une énergie verte, capable d e progrès environnementaux, mais en butte à l’hostilité de l’ écologie militante) peut aller de pair chez de nombreux acteurs de terr ain avec l’harmonie des moulins avec la nature (chapitre 10). Enfin, un e analyse comparative des procédures suivies aux États-Unis e t en Angleterre montre que la situation française, impulsée par l’É tat, est tout à fait différente de celle des pays anglo-saxons ; ces der niers sont dans une logique de projets portés par des acteurs en négoci ation, et le financement va aux projets aboutis, c’est-à-dire ré alisables. Deux conceptions différentes de la gestion des rivières, un « bien commun » (chapitre 11).
Finalement, un ouvrage riche, très argumenté car fo ndé sur des analyses de terrain précises. Certes la préférence est donnée explicitement à la démarche territoriale et aux pro jets discutés et négociés entre tous les partenaires, mais l’ouvrage n’est pas hostile à la composante environnementale. Il fournit des argu ments sensés à une vision intégrée des approches possibles. À ce t itre, il sera très utile à tous ceux que la question motive. Il pourra aussi susciter une émulation dans d’autres régions françaises où la qu estion mériterait pourtant d’être traitée ; les auteurs de l’ouvrage, en avance dans ce domaine, pourraient aussi amorcer un tour de France , si toutefois les moyens financiers nécessaires leur sont accordés.