//img.uscri.be/pth/c1e6c5aa302bcf063457ba6fcf9a835240852e80
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 9,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Des pratiques artistiques des jeunes

188 pages
Au sommaire de ce numéro : Entre innovation artistique et nouvelles formes de culture populaire (Denis Adam et Jean-Claude Richez) ; Jeunesses messianiques et espaces populaires de création culturelle (Hugues Bazin), Les expressions artistiques des jeunes : un défi permanent aux cadres institutionnels figés (Philippe Mourat) ; Emergence du Hip-Hop en France (Dieynébou Fofana) ; Tags, graffs et fresques murales : revendications identitaires, expressions communautaires ? (San Francisco - Strasbourg) (Anny Bloch-Raymond)…
Voir plus Voir moins

~('J25 .C'-I en O --8 LU c:: c::::
Q)

enc-:»C'-I

..
--

:::::J---

Q)

I-en
LU
11II::

..c ~Q) -c

en +-' CO

-=
c::::
LU

I--

~

c::x:

c::::

A

I

ESTRE
5

ÉDITORIAL

-

JEUNES,

EMPLOI ET DISCRIMINATIONS

Tariq Ragi

DEBATS

8
10

ENTRE INNOVATION ARTISTIQUE ET NOUVELLES FORMES DE CULTURE POPULAIRE

Denis

Adam

et Jean-Claude

Richez

JEUNESSES

MESSIANIQUES

ET ESPACES POPULAIRES

DE CRÉATION CULTURELLE

16

Hugues

Bazin

SUBCULTURES

DE MASSE ET NOUVELLES TECHNOLOGIES

28

Jean-François

Marrens

LES EXPRESSIONS
CADRES

ARTISTIQUES DES JEUNES
FIGÉS

: UN

DÉFI

PERMANENT

AUX

INSTITUTIONNELS

46

Philippe

Mourrat

LES MONDES OUBLIÉS DE rART ET DE LA CULTURE

54

Fabrice

Raffin

ÉMERGENCE

OU HIP-HOP

EN FRANCE

62

Dieynébou

Fofana

TAGS, GRAFFS ET FRESQUES EXPRESSIONS

MURALES:

REVENDICATIONS IDENTlTAIRES, TRASBOURG

COMMUNAUTAIRES?

SAN FRANCISCO

66

Anny Bloch-Raymond

2

en
t
~

1
-

a...

~~-1:
-

~~ c::::: u.J

enr , u.J en ~

t

1

u.J I-Ju.J
-4

jeunes, TOM,

qu'ils

soient s'ont

Français durement

d'origine touchés

étrangère

ou issus

des DOMmais cette

étrangers,

par le chômage,

exclusion commune dissimule des disparités fortes entre les diverses nationalités présentes sur le sol français. En général, force est de constater que ces jeunes arrivent sur le marché du travail dans une conjoncture défavorable: la crise affectant la situation de "emploi rend la situation dramatique pour l'ensemble des Français, en particulier ceux d'origine maghrébine. Dans un sens, la trajectoire du jeune issu de l'immigration maghrébine s'apparente à un véritable parcours du combattant, une course semée d'obstacles et d'embûches qui l'écartent des voies traditionnelles de recherche d'emploi. En effet. à l'exception des Turcs, les Maghrébins sont les plus sévèrement touchés par le chômage. Est-ce dû à leur faible gers originaires qualification? Sont-ils moins bien formés d'autres pays? Leur spécificité tient-elle que les étranà leur extra? Leur faciès

néité ou à leur appartenance arabo-berbèro-musulmane joue-t-il un rôle de déqualification? Dans le but de saisir les fluctuations relatives jeunes maghrébins, il paraît judicieux de comparer Portugais du même âge.

à l'emploi chez les leur sort à celui des

DISCRIMINATION,

INSERTION...

Aussitôt, il apparaît que, malgré des cursus scolaires voisins, les jeunes d'origine maghrébine se démarquent nettement: ils sont plus souvent exclus du marché de l'emploi. Par conséquent, le niveau de diplôme ne rend pas suffisamment compte de ces disparités. Si les jeunes portugais qui privilégient les études courtes à finalité professionnelle parviennent rapidement à trouver un premier emploi souvent dans l'industrie et le bâtiment à l'image de leurs parents, même si leur" plus grande qualification" les oriente vers les postes de techniciens -, les jeunes maghrébins doivent subir souvent une période de non emploi équivalente à au moins une année, prolongée par une activité n'ayant qu'un rapport accessoire avec la formation suivie. Comment expliquer cette différence dans les modalités d'accès à l'emploi? À la différence des Portugais qui mobilisent leur réseau de relations afin de favoriser l'intégration professionnelle des jeunes - d'où la

N"28

AGORA

- DÉBATS-JEUNESSES 5

conservation

importante

du type

d'emploi

du père

(ou du réseau)

avec

une légè-

re promotion -, les jeunes originaires des pays du Maghreb semblent moins au réseau de connaissances pour de multiples raisons: d'abord, les"

occupent
ciements

recourir aînés" eux-mêmes des emplois précaires, fortement concernés par les licenvoire la fermeture des unités de production à l'instar de la dynamique

affectant l'automobile et les mines de charbon... Dans ces conditions, il est difficile et délicat d'inviter un jeune à emprunter une voie qui débouche vraisemblablement sur une impasse. Occupant des fonctions dont l'avenir se décline sous de mauvais auspices, il n'est pas étonnant que les parents se gardent bien d'inciter leurs enfants à suivre la voie qu'ils ont tracée. Ensuite, il paraît indéniable que le jeune refuse jusqu'à l'idée d'exercer la

même profession que son père puisqu'il a pu mesurer tout au long de son existence les limites de cet emploi sur les plans de la satisfaction personnelle et matérielle. L'absence de perspectives, la difficulté de son exécution, la " maigreur" des revenus qu'il procure confortent le jeune dans sa volonté d'éviter la voie du père. Pour ces jeunes, scolarisés en France et partageant des rêves identiques à ceux du reste de la population, la fuite des d'aucune équivoque. Des analyses, pour le moins hâtives, emplois ont les plus précaires ne souffre dans le sens

présenté

ce résultat

d'une faiblesse du réseau ethnique d'accès à l'emploi : cette fragilité serait due à l'esprit d'initiative des jeunes qui occultent le réseau au profit d'une démarche personnelle. En réalité, pour les raisons invoquées précédemment, le réseau ne peut offrir à ses membres les services attendus dans la mesure où il est intrinsèquement Autrement, comment expliquer qu'un" son efficacité hospitalisations, limité. réseau" qui a apporté la preuve de

lors des fêtes et commémorations religieuses, lors des maladies et ou en cas de décès, soit inopérant dans le cas de l'aide à trouver

un emploi? Là où les spécialistes ont abordé cette question sous l'angle du rapport de l'individu au groupe, peut-être eût-il mieux valu la traiter à partir des possibilités, infimes et inintéressantes, qu'offre le réseau de connaissances. Cela étant précisé, les conséquences n'en demeurent pas moins identiques et inchangées. Quoi qu'il en soit, la fonction du réseau d'accès à l'emploi en termes de performance ne saurait rendre compte portent aujourd'hui des taux de Portugais et des Espagnols. du fait que les Maghrébins et les Turcs chômage deux fois supérieurs à ceux supdes

Il est à présent reconnu que l'une des causes principales de ce taux de chômage important réside dans les pratiques discriminantes à l'embauche. En effet, depuis résultats immigrés au moins l'enquête de l'Inspection générale des Affaires sociales dont les ont été rendus publics en 1992 sous dans l'entreprise': il est unanimement l'intitulé "L'insertion admis, des soupçons des jeunes importants se produisent originaires du

existaient auparavant, que de tels agissements répréhensibles régulièrement. Les victimes préférentielles sont les immigrés

- 6

Maghreb Algériens conscients. Outre

et, è un degré moindre, d'Afrique noire. sont apparemment les plus touchés, du que cette discrimination implique

Parmi moins

les Maghrébins, les en sont-ifs les plus et le développement

l'émergence

d'un sentiment d'injustice qui se mue, è terme, en révolte, celle-ci provoque de surcroît une sorte de désinvestissement du jeune concerné. Si ce paramètre est combiné avec la situation de non-emploi qui sévit chez les jeunes maghrébins pendant au moins une année, il en ressort que les pratiques discriminatoires sont en partie è l'origine du dégoût, de l'écœurement de certains jeunes qui ne voient d'autre issue pour s'en sortir que de sombrer dans la petite délinquance et la violence. Heureusement, cette logique n'est pas systématique. La réponse consiste, selon de nombreux analystes, en l'introduction de doses réduites de discrimination positive en faveur de l'emploi de ces jeunes. Sans rejeter totalement une telle piste, il convient au préalable de s'attarder sur le souhait majeur de ces jeunes maghrébins: que leurs compétences et leurs qualités soient reconnues et appréciées è leur juste valeur hors de toute spécification ou identification particulière. Nombreux sont ceux qui, parmi les jeunes seule échappatoire réside dans la polyvalence et en effet, qu'ils ont une chance de succès dans leur sentant des compétences supérieures (diplôme "). soit en acceptant la mobilité, dans " français décliner sous la forme d'horaires flexibles maghrébins, estiment que la la mobilité. Ils sont persuadés, recherche d'emploi soit en présupérieur è celui du concurrent un sens large. Celle-ci peut se de travail pénibles, etc.

et de conditions

Cette situation jeunes se méfient

engendre des comportements de plus en plus du " modèle

paradoxaux: d'une républicain d'intégration"

part, ces dont ils

contestent la vigueur, leurs reproches se situant du côté cipes républicains. Ils redoutent que cet idéal républicain de l'énonciation sans trouver une forme d'application

de l'application des prinse limite au seul espace d'égalité lors de leur

concrète.

D'autre part, ils en appellent précisément è la valeur républicaine pour espérer un lendemain meilleur. Bien souvent, its soulignent que, présentation è des concours, les épreuves écrites ne constituent mineur, et que les tests oraux restent è leurs yeux éliminatoires. copies restent cachetées, que le nom du candidat est tenu" chances de réussite de patronyme sont affirmations doivent vécues ou illusoires, jeunes soucieux de

qu'un obstacle Tant que les secret '; leurs

sont réelles mais, dès que les considérations de " faciès" et possibles, le risque d'échec pointe. Il va de soi que de telles être nuancées et relativisées. Mais qu'elles soient réellement elles n'en conditionnent pas moins le comportement de bâtir leur avenir ici et maintenant.

Tariq RAGI

N°28

AGORA

- DÉBATS-JEUNESSES 7

( 8

N°2o

AGORA

DÉBATS-JEUNESSES

9

E

EIN ET

10

ARTISTIQ

NOUVELLES FORMES DE CULTURE POPULAIRE
Denis Adam Conseiller d'éducation populaire et de jeunesse, chargé du pôle" Pratiques culturelles.. à l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire Jean-Claude Richez Historien, responsable de l'Unité de la recherche, des études et de la formation à l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire.

( 10

LA REMISE EN QUESTION DES FORMES

Symptôme de l'époque ou question de génération, il est incontestable que les pratiques artistiques évoluent, se transforment, innovent, créent de nouveaux comportements et de nouveaux rites, ce jusqu'aux arts traditionnels, qui sont réinterrogés dans leur développement. Certes, le théâtre, la musique classique ou la peinture demeurent. Mais les sources d'inspiration ont tendance à se métisser, les cultures à se croiser, les disciplines à se mêler. L'art retrouve aussi le chemin de la rue et des champs, des espaces qui ne lui sont pas dédiés, il s'invite là où on ne l'attendait pas. Passées les premières surprises, certains sont globalement bien acceptés. Il est à présent acquis que l'utilisation de friches industrielles pour en faire des lieux de création et de diffusion est plutôt une bonne idée. Pour d'autres c'est loin d'aller de soi. Le squat de bâtiments au cœur des villes ou l'installation d'une free party en pleine campagne laisse moins indifférent voire moins tolérant. Il n'est pas nouveau que les formes d'expressions émergentes viennent se heurter, parfois avec violence, à l'acceptation du plus grand nombre comme à la critique de l'élite. Le jazz, le rock, l'art conceptuel ont connu leur période de rejet et leurs détracteurs. Un peu comme s'il ne s'agissait là que d'un choc de culture, souvent augmenté d'un conflit de générations: d'un côté, il y aurait les jeunes, modernes et innovants qui apportent le souffle du progrès et, de l'autre, les
adultes rétrogrades et normatifs enfermés dans jeu aujourd'hui semble d'une nature différente. leur conservatisme. Ce qui est en

DÉBATS

Certes, il y a « une entrée jeune)} dans la techno, le hip-hop et ses diverses composantes. Suffit-elle pour penser qu'il ne s'agit que d'un passage, d'une mode qui ne survivra que le temps mode suivante et intégrée suelle jeunes acceptable qui demain de quelques saisons avant d'être balayée en partie par la pour le reste dans une approche plus soft et plus consenaussi par les futurs adultes, ces fameux Le raisonnement pourrait être satisfaisant et Ces mouvements dits émergents ont déjà plu-

par tous c'est-à-dire ne le seront plus?

il apparaît un peu court. sieurs dizaines d'années et, même s'ils se transforment, ils ne semblent guère s'essouffler, au contraire, ils sont en plein renouvellement et en total essor. Les quespourtant tions qu'ils posent n'apparaissent pas comme de simples lubies accidentelles. Les formes d'art qu'ils mettent en œuvre tendent à modifier les codes traditionnellement acceptés dans ce domaine. Ainsi, le clivage classique entre professionnel et amateur ne semble plus opératoire. Vivre de son art, même si cela n'a jamais été sans peine, ne suffit plus à définir l'artiste. Au-delà, le rapport même avec le public est modifié, la frontière entre scène et salle tend à se transformer, on peut être tour à tour acteur et spectateur, parfois les deux en même temps. Le renfort des nouvelles technologies, particulièrement pour l'image et le son, réinterroge également le partage du champ entre créateur, producteur et diffuseur. Les trois rôles s'organisent autrement et parfois se confondent.
CÉMERGENCED'UNE CULTURE POPULAIRE Tout

société:

semble agir comme si nous pas d'un art instrumentalisé

assistions à une redéfinition de l'art dans la pour les besoins de l'insertion, la recherche à la violence (bien que les cultures

de la cohésion

sociale ou le souci

d'échapper

N°29

AGORA

( DÉBATS-JEUNESSES 11

émergentes
rapport

subissent grandement cette dérive), mais un art nourri d'un au monde, porteur de nouveaux codes, de nouvelles expressions. ce qui semble recouvre trois traditionnelles, se jouer, acceptions celles

nouveau

Au-delà des jeunes, populaire. Cette formule on entend habituellement: . les cultures dites

c'est l'apparition d'une culture différentes. Sous ce vocable, d'un mode essentiellement

issues

rural, souvent folklorisées, toujours considérées comme mineures (régionales, immigrées, d'origine, etc.) ; . La culture du peuple, celle des plus défavorisés, jusqu'à une date récente on parlait aussi de culture ouvrière;

.

la culture de masse, celle diffusée

par les mass medias,

celle du plus grand

nombre. Ces cultures actuelles, surtout portées par des jeunes, relèvent de ces trois définitions, mais échappent à chacune. Certes, on y trouve des racines de formes artistiques traditionnelles mais revisitées, issues d'origines très diverses et mélangées dans une sorte de patchwork qui revendique tous ces héritages, mais il les transforme profondément pour en faire des productions originales. Même lorsque ces formes d'expression sont nées dans les cités, nos grands quartiers populaires, ce qui n'est absolument pas le cas de toutes les formes d'art émergent, l'identification à un groupe social est dans le même temps recherchée comme ghetto. affirmation d'une identité et combattue comme enfermement dans un Chacune de ces formes de culture développe ses spécificités, ses écoles, ses différences et ses originalises chapelles, ses courants, chacun y revendique tés, à l'intérieur même de ce qui globalement peut apparaître comme participant de la massification de la culture peut discerner tout autant une ment infinie, qu'une extraordinaire qu'elle dégage des mouvements tant par son impact capacité d'innovation, diversité. massifs. que par sa résonance. On de détournement, quasiautant de mosaïques

Elle compose

LE QUESTIONNEMENT OES INSTITUTIONS L.:interrogation se porte alors du côté

des institutions

et de leurs

rôles.

Quid de

la démocratisation de la culture, de l'action culturelle, du développement culturel? Quel peut être le sens de toute activité politique d'accompagnement de ces groupes, de ces mouvements qui naturellement n'attendent rien des formes traditionnelles de l'accompagnement? rale, les différentes institutions De manière simple, et donc un peu caricatude la culture sont-elles capables d'engager un tra-

vail qui ne soit pas fondé sur les seules formes reconnues et dominantes des pratiques culturelles? Structures culturelles, associations d'éducation populaire, services culturels questionnement. Il nous faut des collectivités aborder territoriales ou de l'État nous sont confrontés pour au même envisager

autrement

le problème,

décentrer

d'autres approches. La démarche d'action culturelle passe aujourd'hui par l'identification de ces formes nouvelles de la culture populaire, leur valorisation et leur qualification. . Identifier, c'est d'abord les reconnaître comme formes d'expression artis-

tique. Il s'agit d'être

en capacité

de repérer

l'existant,

ce qui se crée, ce qui est

( 12

en mouvement. Nous pensons, bien entendu, aux formes nouvelles, aux pratiques émergentes, aux modes innovantes, mais également aux manières de réinterroger des formes plus classiques, de les mélanger, de leur donner un nouveau souffle, un nouvel élan. Ce travail de reconnaissance passe par la capacité, non seulement de nommer, mais surtout de les laisser se nommer, la possibilité d'ouvrir autant d'espaces de paroles où toutes les formes de l'art peuvent se dire. . Valoriser ces démarches, c'est leur permettre d'être vues, entendues, distribuées et donc diffusées. Les équipements, les institutions, les lieux, dédiés ou non à ces démarches et dans lesquels l'art et toutes les formes artistiques s'expriment, doivent être interrogés. La question de l'espace public, de son rôle, de ses modalités . Qualifier, gression. de fonctionnement c'est introduire de revisiter prend dans cette réflexion toute la double dimension de la transmission la question de la transmission sa pertinence. et de la proPasser

DÉBATS

Il s'agit

de l'héritage.

un flambeau, mais aussi évoluer, verrouillés, sclérosant. excluant.

ne pas rester prisonnier de formes, de modes Elle repose la question de la formation. Former, catalyseur de la tenplus-value

non pas pour faire entrer dans un moule, mais comme vecteur, levier, de cette perpétuelle transformation des pratiques artistiques, garantes sion et du déséquilibre permanent de l'acte créateur, conditions d'une symbolique. IDENTIFIER LES PRATIQUES INNOVANTES DES JEUNES

Notre choix a été de privilégier pour ce numéro le champ des pratiques artistiques des jeunes. Il est conçu en cela comme participant du travail d'identification et de reconnaissance, de valorisation composent ce dossier sont symptomatiques et de qualification. des préoccupations Les six articles qui de la recherche des prinde

dans ce domaine. Au-delà d'une réflexion plus globale conduite par chacun chercheurs, les objets même de leurs études et leurs analyses se centrent cipalement autour de l'univers du hip-hop et de la techno. Ce choix témoigne

l'état de la recherche mais reflète aussi l'ampleur du phénomène. Il est également révélateur des mutations en cours. On ne peut plus aborder le champ des pratiques artistiques à travers le prisme des disciplines. On ne peut que les saisir en termes de mouvements, de mouvements sociaux. Le sommaire de ce numéro est significatif des formes artistiques telles qu'elles prennent formes aujourd'hui et de la difficulté que nous avons à les appréhender. Il relève de la nécessité d'échapper à leur stigmatisation et leur caricature, de la nécessité de mieux les connaître et les comprendre. Ainsi, Hugues Bazin montre la difficulté de penser des espaces populaires de création. Il revendique la nécessité d'espaces interfaces pour permettre des « situations ouvertes» dans l'espace à la fois « interstitiels» public, « intermédiaires»

afin de proposer une mise en tension dynamique, et « alternatifs» de manière à rendre possible la résolution des conflits. Ces conditions sont pour lui indispensables pour construire une pensée sur la complexité des évolutions culturelles et comprendre les conditions de la création. Pour Jean-François Marrens, il s'agit également de ne pas s'enfermer dans les approches trop simples - voire simplistes - mais de chercher à élaborer une approche structurante des liens entre productions artistiques, culturelles,

N°29

AGORA

( DÉBATS-JEUNESSES 13

médiatiques

et technologiques. Bien qu'inscrite dans un regard plus global sur les

univers culturels actuels, son étude s'appuie essentiellement sur les musiques et danses techno et hip-hop. Points communs et différences profondes entre ces deux mouvements révèlent l'existence des marges et de leur importance, la com-

binaison d'un besoin de reconnaissance et d'intégration dans le « système

H avec

une revendication forte d'originalité, une différence, une opposition, une place « underground H,bref d'une marginalité. À partir de son approche du mouvement hip-hop, Philippe Mourrat interroge l'action culturelle et l'institutionnalisation de l'art. Ilanalyse ainsi les notions de territoires et de diversité culturelle, pose la question de l'émergence et de l'élitisme, étudie la capacité de reconnaissance, de rejet ou de récupération par les institutions des formes nouvelles d'expressions artistiques. Comme en écho à l'article de Philippe Mourra!, Fabrice Raffin observe la multiplication des pratiques et des initiatives privées et constate leur influence quant à la qualité esthétique mais met aussi en évidence l'impact sur notre perception de l'acte artistique, dans notre conception, notre approche des rôles réciproques de l'artiste et du public. Si l'œuvre moderne n'échappe en rien aux critères traditionnels de l'excellence, elle semble.. pour l'auteur - s'inscrire davantage dans un contexte économique, social, politique et participer de la transformation de cet environnement. En étudiant le mouvement hip-hop en France et son évolution au cours de ces vingt dernières années, Dieynébou Fofana ouvre une réflexion sur les formes de socialisation et les modes de transmission de la culture. Elle propose de concevoir la culture hip-hop comme un espace d'expérimentation collective et partagée, lieu de changement en mouvement plus que révolution violente.

Ce point sur les nouvelles pratiques artistiques

«

hors cadre

H

ne se limite pas

à la musique et à la danse.. Au-delà d'une comparaison entre France et États-Unis au travers du tag et du graff, Anny Bloch-Raymond nous invite à appréhender ces créations dans leurs significations profondes. Il s'agit ici de comprendre l'articulation entre les dimensions artistiques et le socio-politique, de penser la création dans ses conditions d'élaboration comme un mode d'expression qui s'invite, ou s'impose, dans l'espace public. L:ensemble de ces contributions vise à ouvrir le « débat H,pour reprendre le titre de la rubrique d:Agora dans lesquelles elles viennent s'inscrire. Nous souhaitons que ce numéro permette de multiplier dans les livraisons ultérieures d'autres « points de vue H. D'autres angles d'attaques auraient pu être développés. Nous avons déjà été amenés à esquisser d'autres approches. L:apport des technologies de l'information et de la communication implique des évolutions massives comme le numéro 26 de la revue l'a déjà évoqué. La question culturelle dépasse le seul champ artistique et nécessite une étude plus large. Là encore, plusieurs articles de la revue ont abordé cette question, voir notamment le na 22 « Vers une société multiculturelle ». D'autres occasions permettront donc de développer cette approche plurielle. Alors à vos plumes, taillez vos crayons, sortez vos claviers, faites chauffer vos imprimantes!

( 14

AGORA débats/jeunesses APPEL A CONTRIBUTION La revue concernés teurs, pour forme thèmes Chaque Agora débats jeunesses lance par le champs de la jeunesse

- CONSIGNES

AUX AUTEURS

un appel (chercheurs animateurs, d'une

à contribution en sciences travailleurs appréciation

aux acteurs sociales, sociaux, commune

impliqués experts,

et

éduca-

responsables la publication et peuvent de réflexions proposition précises

enfance et jeunesse, et le comité textes, amenés débattus des être en fonction à effectuer pour

enseignants...). leur accord et la les sur le fond au mieux

Le comité

de rédaction

de lecture

de la revue

s'engagent

à donner

des corrections, numéros d'une

afin d'harmoniser (le contenu présentation

les prochains

des articles de l'auteur, première

n'engage de ses de

que les auteurs). de contribution et d'une note sera accompagnée d'intention de mise (rubriques références sur tous d'une en fonne

coordonnées l'article l'article: 28.000 Critères corps Notes de page sionnels, de masse Toutes signes pour

page ou d'une que vous soit

rédaction

avis. Voici La longueur environ

les principes de (hors l'article notes, suffisante Les références la norme Paris,

devez de

connaître: est arrêtée de revue. (ou proches), de 1,5. données en bas à

Débats/Points et graphiques), Helvética

vue) ou Times

huit pages

techniques 11 ou 12, une

de lisibilité: marge

composition

en caractère les côtés

et un interlignage complètes suivants: avec usagers, public DUBET Oct.-Déc. sont

de basde page:
en respectant BRACHET Ed. L:harmattan, », Revue

bibliographiques par les exemples

indiquée

Pour les livres:

Ph., Le partenariat de service 1994. Pour les revues: de Sociologie, ni tableau,

élus et profesen Université

E, « L:étudiant 1994,

Française ramenées

N° XXXV-4,
et être

pp. 511-532 de l'article. possible: regroudans le des du et appelés

les notes

sont

en bas de page, ni graphique

et numérotées

sur l'ensemble

Elles ne doivent

comporter

le plus succinctes décimaux graphiques de l'article

Ne pas dépasser 4lignes par note. Les tableaux pés en fin d'articles, texte tableaux Expliciter texte à l'endroit doivent numérotés séquentiellement être insérés.

et graphiques en chiffres

sont respectivement

où ils doivent être clairement donner

La légende de motifs dans fournir d'un

des

et les titres points,etc.) avec renvoi

indiqués

à l'aide

distinctifs le corps les sources résumé traduit avec orientée publications, de présentation

(hachures,

les sigles,

les citations en note doivent à votre

en français

en langue

d'origine

de bas de page, être accompagnés

des données de 600 signes.

utilisées. Publié, il et combiograen cours,

Le résumé: Les articles
viendra allemand plètes, phique etc.) en texte introductif (la rédaction une courte

article

et en fin d'article joindra à son article, et d'actions, texte

en anglais,

espagnol

se charge bibliographie domaines à la revue

de la traduction). ses coordonnées d'une notice travaux de l'auteur. (entre 5 et 10 références)

La présentation de l'auteur: L:auteur (profession, qui permettra

de recherches de rédiger

un court

Consignes relativesà l'envoipostal ou e-mail 1 - L:envoi résumé, l'ensemble postal vos comprendra: et . une votre disquette présentation à INJEp, 3 »1/2 HD contenant que deux votre sorties 78160 par l'envoi article, papier votre de coordonnées ainsi

de ces éléments; disposez vos textes d'un e-mail,

À adresser il n'est

Parc du Val Flory, de passer

MARLY-LE-ROI postal,

2 - Si vous
adressez

pas nécessaire

en « documents
Contacts: Cécilia Fax: Tariq Kébaili, 01 39 Ragi, rédacteur

annexés»

à :agora@injep.fr

en chet - Tél. : 01 39 Il 21 58 (poste direct)

secrétaire

de rédaction

-

Tél.

: 01 39 Il 21 42 (poste direct)
- site: www.lnjep.1r

Il 21 65 - E-mail:

agora@injep.fr

N°29

AGORA

( DÉBATS-JEUNESSES 15

UN SS SEI
,

NIQUES
DE

ET ESPACES POPULAIRES
CREATION CULTURELLE

Les espaces populaires urbains, depuis le début des années quatre-vingt, restent décrits avant tout comme des
cc non-lieux
~~

où l'événement est interprété au mieux

comme un bricolage culturel (cultures de la rue), au pire comme un désordre social (émeutes), dans tous les cas, des mouvements sans enjeux, des ccnon-événements >I. Nous prétendons ici que le bricolage et le désordre, non

seulement ne sont pas des ccproblèmes >l, mais génèrent des espaces vitaux et participent aux mouvements de réappropriation historique. Éclairée par des expressions artistiques, la création culturelle de minorités actives replace l'espace populaire dans sa forme dynamique en

tant que rapport conflictuel à la société, et les jeunesses dans leur portée messianique.
Hugues Bazin, Chercheur indépendant en sciences sociales depuis 1993, diplômé de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales en anthropologie et en sociologie. Il travaille principalement sur la problématique des formes populaires et des émergences culturelles.

Parmi ses publications:

..

De l'assignation des formes d'expression aux formes urbaines.. in

Territoires de musiques et cultures urbaines, Éd. rHarmattan, à paraître; .. Hip-Hop Dance: Emergence of a Popular Art Form in France.. in Black, Blanc, Beur. Rap music and hip-hop culture in the francophone world, Éd. Scarecrow Press (USA), 2002. Courriel : bazin@recherche-action.fr Web: www.recherche-action.fr Tél. : 01 41300083

(16

LA FERMETUREDES ESPACES POPULAIRES Comment cerner aujourd'hui les formes populaires dans leurs structurations collectives? La question reste délicate, même pour ceux qui, comme nous, sommes convaincus qu'une refondation politique et institutionnelle ne pourra venir que d'une prise en compte du populaire comme force de transformation. Léclairage met en valeur d'où part la lumière, l'éclairement souligne la manière dont est reçue la lumière. Nous aimerions passer de l'éclairage (points de vue dominants, catégorisations, représentations de ceux qui éclairent, étudient, commandent) à l'éclairement (comment les émergences culturelles nous éclairent sur la manière se dissout
Ethnicisation

CRÉATION CULTURELLE

dont se gère notre rapport au monde). « Scruter le visible et se transmue» pourrions-nous préciser grâce à Rilke.
des rapports sociaux

si loin qu'il

De l'interdiction des fêtes non réglementées, même des simples regroupements en bas des cages d'escalier d'immeuble, aux couvre-feux des centresvilles en passant par la judiciarisation des écoles, les jeunesses sont plus considérées comme un handicap ou un danger, que comme porteur d'un destin collectif. « Pas de guerre anti-jeunes ! »... En décembre 2001 un collectif dénonçait un « climat de suspicion généralisée à l'égard des jeunes de banlieue, principalement de ceux Ceci peut qui sont issus de l'immigration1». paraître seulement lié à la conjoncture sociopolitique (sentiment depuis 20 symptôdans

d'insécurité ans, l'image

dans la vague des « jeunes

des attentats « 11 septembre »). Cependant, des banlieues» focalise ce qui est considéré et les réponses

me de la crise, une appréciation

comme si toutes les questions ethnique et territoriale.

se plaçaient

Nous entendons par considérations ethniques, cette naturalisation des faits sociaux où les modes d'organisation minoritaires sont enfermés sous des traits culturels figés: « galériens », « jeunes », « immigrés », « pauvres », etc. En fait, la définition dialectique du populaire des années soixante-dix dans le cadre d'un rapport conflictuel au travail (paradigme de la contestation ouvrière). a laissé place à une définition en creux, à partir des années quatre-vingt, autour de territoires géographiques et économiques délaissés (paradigme de la dualisation de la société). Le passage des « banlieues rouges» aux « quartiers d'exil» représente ce changement où le thème de l'exclusion supplante celui du conflit de classe. Pour nous, le rapport au travail et à la production, bien que changeant, reste central. II ne s'agit donc pas d'un nouveau cadre d'analyse susceptible mais plutôt le constat d'une crise des modèles d'interprétation Les différentes un décloisonnement politiques depuis les années 1980, de l'action et un désenclavement d'éclairer la réalité, sociologique.

en prétendant œuvrer pour des quartiers, ont contrientérine le renfor-

bué à renforcer cet encerclement géographique Cette conception de la dualisation (in/out, cement Laction ments de la logique différentialiste dominante s'exerce dans humains en micro-société
2001

et mental. exclus/intégrés)

au détriment le découpage suivant une 2002

des luttes à caractère universel. et l'identification de regroupebase culturelle et territoriale.

1. Le Monde

du 12 décembre

et 16 décembre

N°29

AGORA

( DÉBATS-JEUNESSES 17

Ce sont les critères qualifiant le rapport de type colonial'L:escamotage d'une dimension conflictuelle porteuse réduit mières les rapports de solidarité

de normes

communes,

sociaux à leur instrumentalisation, annihile les formes preet de structuration sociale qui auraient pu juguler l'extension se construire L:ethnicité collective sur un autre rapport que celui assigné accessible en tant de revendication,

d'une paupérisation. Les minorités ne peuvent de l'identité que forme et du territoire de mobilisation

constitue (critère

une ressource d'identification,

d'action). Une conscience ethnique est d'autant plus accentuée lesquels elle s'exprime sont acculturés. La manifestation

que les membres chez adolescente au Stade de

France lors du match Algérie-France, qui suscita de nombreux commentaires erronés, joue sur ce paradoxe. Elle constitue d'autant moins un symptôme de nonintégration culturelle (de la « troisième génération »), qu'elle cherche une manière d'instaurer un rapport à la majorité dominante.

le rendez-vous manqué des années Toutes les générations, par elles signalent un déséquilibre cette faille se dessine un avenir transformation, chosification et

1980 définition, possèdent une portée messianique: entre un ordre nouveau et un ordre ancien. Dans possible dans l'oscillation entre conservation et mouvement, folklore et émergence.

La génération des années soixante avait su jouer ce rôle contradictoire de basculement (mai 68, contre-culture) et de confirmation d'un ordre social par la rénovation des institutions et l'évolution des mœurs. La génération des années quatre-vingt aurait dû accomplir le même rôle à travers les mouvements pour l'égalité et la citoyenneté: par une rupture politique (citoyenneté culturelle face à la citoyenneté formelle républicaine), permettant une transformation institutionnelle Ce qui fut appelé « la seconde adaptée à la réalité. génération» ou le mouvement « beur », traduit

la difficile résolution dans ce pays de la question coloniale. Un projet sur l'avenir devait passer par un travail accompli sur la mémoire collective, une reconstruction en tant que communauté de souvenirs sur la colonisation et l'immigration. Il ne s'agit pas en cela, comme nous l'avons vu, d'une question d'intégration, mais d'un conflit politique dans la capacité de contrôler la direction d'une mune (historicité). Ce processus n'a pu vraiment s'effectuer, et certains évoqueront d'une génération préserver d'une émissaire histoire com-

le sacrifice

pour caractériser cette violence devenue rituelle qui permet de autre manière l'ordre social. Seulement, la désignation d'un bouc les problèmes sans faire évoluer les situations. Cette absenculturel et extrême-droite logement, etc.), idéologie d'une société bloquée.

préserve

ce de transformation se paye au prix fort. Racisme endémiques, discriminations sociales latentes (emploi, sécuritaire récurrente, constituent autant d'indicateurs

2. Voir AMSELLE, J.-L., M'BOKOLO, E., (sous la dir. de), Au cœur de l'ethnie. Ethnies, tribalisme Quelques réflexions sur la question des identités en et État en Afrique, La Découverte, 1985. France aujourd'hui M., " VERMES, G., Ethnicisation des rapports sociaux, ", in FOURIER, L'Harmattan, 1994, p. 44-54.

( 18