Des solitudes

-

Livres
192 pages
Lire un extrait
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

La solitude peut être choisie, convoitée, subie, imposée. Ce n'est donc pas un phénomène, une situation univoques. Que faire de sa solitude ? Pour la prisonnière, en faire un refuge, une « chambre à soi » ? Pour celle qui a perdu son fils, une épreuve d'où l'on ne sort pas indemne ? Pour celle qui a subi des violences sexuelles, la porte d'un exil bienfaisant ? Et la solitude de la personne handicapée ? Est-elle seulement subie. Ne peut-elle être, parfois, un tremplin vers un autre espace de liberté ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2012
Nombre de visites sur la page 14
EAN13 9782296509979
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005 €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

Des solitudes

Coordonné par Maudy Piot

Association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir









±


ǡ






͸ ± ʹͲͳͳ




Avec Anne Quéméré, navigatrice solitaire





























































































































































Couverture : Eric Liberge

© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-336-00390-0
EAN : 9782336003900

Le pire dans l’isolement c’est quand il n’ouvre à
aucune solitude

Patrick Chamoiseau, « L’empreinte à Crusoé»

Avertissement : un certain nombre d’interventions
ont été transcrites à partir de l’oral. Cela entraîne
une disparité dans les styles, que nous espérons
pardonnable !

Allocution de Daniel Vaillant
ème
Maire du XVIIIarrondissement,
ancien ministre

Bonjour à tous.
Je salue Roselyne Bachelot, Madame la ministre des solidarités.
Chère présidente de l’association FDFA, Madame Maudy Piot,
Mme Quéméré, navigatrice solitaire et marraine de cette
journée, Mesdames, Messieurs. C’est un vrai plaisir de vous
e
accueillir si nombreux aujourd’hui à l’occasion de la 5édition
du forum national organisé par l’association «Femmes pour le
Dire, Femmes pour Agir» sur le thème des solitudes. C’est la
seconde fois que nous vous recevons dans nos locaux, la
dernière fois, c’était le 19 novembre 2009, un forum autour du
thème : Femmes, travail, handicap.
Le programme de ce forum est très dense.
Le sujet abordé, les solitudes, présente de nombreuses
ramifications, qui seront abordées tout au long de cette journée
par des conférences et témoignages.
Nous faisons tous l’expérience à un moment ou à un autre de
notre vie de la solitude. Elle ne découle pas seulement d’un
isolement physique. Elle est prégnante quels que soient le lieu,
l’âge, l’appartenance sociale. Elle est inhérente à notre
condition humaine. Cependant, il faut bien constater qu’elle
touche aujourd’hui un nombre croissant de personnes, que ce
soit dans les villes ou dans les campagnes, et ceci malgré tous
les moyens de communication de masse dont nous disposons
aujourd’hui, mais qui ne sont pas d’accès aussi simple pour des
personnes en position de repli ou de solitude.
La solitude est complexe, multidimensionnelle, dans ses formes
et ses manifestations. La montée de l’individualisme n’arrange
pas les choses. La société moderne isole, divise même, au point
qu’on peut parfois parler d’émiettement de la société. Certaines
personnes y sont plus vulnérables que d’autres, notamment les
personnes âgées et les personnes en situation de handicap.
Je disais donc aussi que les questions de choix de vie des
personnes, de leur inclusion dans la société, des moyens mis en

9

œuvre pour développer toutes les formes d'accessibilité:
éducation, formation, emploi, logement, transport, vie
culturelle, la valorisation des initiatives sont essentiels.
Je salue toutes les associations qui œuvrent au quotidien pour
défendre le droit des personnes en situation de handicap, qui se
rendent acteurs de leur propre histoire, qui placent l’humain au
cœur de leur action.
Dans notre arrondissement, il y a de nombreuses initiatives dans
ce sens, qui œuvrent à faire tomber les barrières de l’ignorance
et des stéréotypes.
Récemment, nous avons ouvert un espace de restauration,
1
permettant aux travailleurs des Esatde valoriser leur
savoirfaire artistique et artisanal, et d’être reconnus pour leurs
compétences, et non pas d’être regardés sous le prisme de leurs
différences et de leur handicap.
Nous organisons des actions pour aider les personnes en
situation de handicap à ressentir l’estime d’elles-mêmes.
Des progrès incontestables ont été réalisés, et les mentalités ont
évolué. Mais la tâche reste importante.
Car notre société n’avait pas été pensée pour les intégrer, et le
handicap restait quelque chose à part. Il faut, tous ensemble,
surmonter cette barrière. Je crois que beaucoup a été fait, et il
reste beaucoup à faire.
Nous construisons aujourd’hui des équipements dédiés aux
personnes en situation de handicap, et aux personnes appelées
dépendantes, qui ne sont plus des lieux de relégation, éloignés
de la vue de la société.
En octobre, nous avons posé la première pierre d’un
établissement pour personnes âgées dépendantes et pour
personnes en situation de handicap. Ce sera un lieu de vie,
ouvert sur la ville, conçu avec des équipements dédiés à tous les
âges : commerces, activités ; il y aura une crèche à côté.
C’est une politique publique qui sera très utile.
La volonté de nombreuses personnes valides ou handicapées, le
travail du monde associatif ont fait évoluer les mentalités.
Il faudra que les générations qui nous suivent prennent le relais
car il serait dramatique que le repli reprenne du poil de la bête.


(WDEOLVVHPHQWV HW VHUYLFHV G
DLGH SDU OH WUDYDLO

10

Le rôle des institutions et de la société est de s’appuyer sur les
valeurs de solidarité pour faire tomber les murs de
l’indifférence, qui isolent, excluent, émiettent.
Je salue le travail de Maudy Piot, présidente de l’association
« Femmespour le Dire, Femmes pour Agir» pour son
dynamisme et pour l’action qu’elle mène.
Je veux à nouveau saluer Roselyne Bachelot, ministre en charge
de ces questions de solidarité, et lui dire qu’elle est la bienvenue
e
à la mairie du 18arrondissement.
Vous savez que nous ne sommes pas sur les mêmes bancs : elle
est sur le banc des ministres, et je suis sur celui des députés.
C’était l’inverse à une époque...
Nous avons des relations de respect, de cordialité. Je n’oublie
pas les actions courageuses et positives qu’elle a eues au
moment où nous défendions le Pacs.
Ici, Roselyne, vous êtes chez vous puisque c’est la maison du
e
18 , la maison commune, et ce sont les valeurs de la République
qui doivent guider notre action.
Merci, bon courage à toutes et à tous.

11

Allocution de Madame Maudy Piot,
présidente de FDFA

Je suis très heureuse d’accueillir Roselyne Bachelot aujourd’hui
pour l’ouverture de notre forum des solitudes. Je suis heureuse
et mon cœur est rempli de tendresse parce que Roselyne et moi,
nous menons vraiment un combat commun. Le combat de ce
qui concerne la situation de la femme. Nous sommes une
association, Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, mais
avant tout, nous sommes des femmes citoyennes à part entière.
Je suis tellement heureuse qu’elle vienne ouvrir notre forum
aujourd’hui, elle travaille pour une égalité entre les hommes et
les femmes. Pour que la situation de la femme devienne quelque
chose de positif, que nous soyons de moins en moins sous la
domination masculine et que nous puissions dire haut et fort
que la femme a toute sa place dans notre société et également
au sein de notre association.
Être femme aujourd’hui n’est pas facile. Être femme hier ne
l’était pas non plus. Peut-être encore plus aujourd’hui, on parle
beaucoup de la femme, des responsabilités, des positions et de
nos positions, nous allons les défendre, pas parce que nous
sommes des féministes acharnées, mais parce que nous pensons
que la femme a son mot à dire partout, dans le monde entier,
que la femme a son mot à dire pour plus d’égalité, pour que
notre pays vive sous le sceau de la citoyenneté, pour qu’il y ait
plus de justice, de paix et d’amour. C’est ensemble, femmes et
hommes, que nous arriverons à changer notre regard sur la
différence. Aujourd’hui, c’est une association qui accueille des
femmes en situation de handicap – et des hommes – qui a eu
l’initiative de ce forum.
Quand nous avons choisi ce thème, nous ne savions pas encore
que c’était le thème de la grande cause nationale 2011.
La solitude a deux facettes: la solitude que l’on choisit et la
solitude que l’on subit.

La différence n’est pas quelque chose auquel nos cœurs sont
habitués.
La différence que révèle le handicap est quelque chose qui

13

dérange, entraîne de l’angoisse, quelque chose qui fait peur. On
ne va pas dire que tout va très bien, c’est très difficile d’être une
femme en situation de handicap, encore plus que d’être un
homme en situation de handicap.
Au niveau du travail, il n’y a que 22 % de femmes en situation
de handicap qui trouvent du travail pour 36 à 40 % d’hommes.
Nous n’avons pas de maternités adaptées pour pouvoir vivre
notre accouchement dans la dignité. Le fait d’être femme
aujourd’hui nous demande un combat de tous les instants et une
très grande vigilance. C’est pourquoi je suis tellement heureuse
que Roselyne soit là aussi, car elle a cette vigilance pour que
notre dignité de femmes soit respectée partout et toujours.

Les solitudes : qu’est-ce que la solitude ?
Je n’en donnerai pas de définition, je crois que chacun d’entre
nous vit sa solitude.
La solitude de la personne en situation de handicap qui se
trouve seule face à son manque, face à sa perte, est quelque
chose que l’on doit apprivoiser jour après jour.
J’ai connu de grands moments de solitude, mais j’ai croisé dans
ma vie des personnes qui m’ont apporté leur sourire, leur
grandeur d’âme, et qui m’ont permis de me battre.
Je dirais d’abord merci à mon mari, Alain Piot, qui me permet
de porter ce forum avec lui.
La solitude, elle peut se rompre parce que quelqu’un vous
apprend à l’apprivoiser.
La solitude, ce n’est pas quelque chose uniquement de l’ordre
du négatif, de la perte. La solitude, je vais l’apprivoiser, je vais
vivre avec elle.
La plus grande des solitudes, c’est de vivre avec soi-même.
Merci d’être là, je donne la parole à Roselyne Bachelot.

14

Allocution de Madame Roselyne
Bachelot-Narquin
Ministre des Solidarités
et de la Cohésion sociale

Madame la Présidente, chère Maudy Piot,
Mesdames, Messieurs,

Je m’étais engagée il y a de longs mois à être présente à votre
Forum et je me réjouis de pouvoir concrétiser cet engagement
aujourd’hui. Nous avons, avec Maudy Piot, une communauté de
pensée sur bien des sujets. Par son action, l’association
« Femmespour le dire, Femmes pour Agir» contribue à une
prise de conscience importante : elle nous prouve à quel point il
est essentiel d’avoir une vision globale, transversale, de la lutte
contre les discriminations, car il existe des phénomènes
cumulatifs qui amplifient la stigmatisation.

Depuis que je suis ministre des solidarités et de la cohésion
sociale, je n’ai eu de cesse de privilégier cette approche. L’on
voit bien, en effet, qu’au-delà de la diversité des situations
discriminatoires, ce sont les mêmes mécanismes d’exclusion
qui sont à l’œuvre, ce sont les mêmes stéréotypes qui perdurent.

Et précisément, en cette année qui en a fait le cœur de la Grande
cause nationale, vous avez choisi de traiter la solitude de cette
façon transversale. Le programme de votre Forum illustre en
effet combien le sentiment de solitude est commun à de
multiples situations de désarroi. Il vient hanter celles et ceux qui
ont à faire face à des situations douloureuses, celles et ceux
dont les liens affectifs ont été brisés, celles et ceux que leur
différence exclut.

Cette souffrance sociale paraît inconcevable en ces temps
d’hyperconnectivité frénétique, où ne pas avoir 500 amis sur
son réseau social est inquiétant, voire vaguement suspect. Car

15

telle est aussi la réalité peu glorieuse de notre société : derrière
une débauche relationnelle souvent cosmétique, se dissimulent
des situations de détresse infinie auquel un seul contact humain
authentique et pleinement aidant pourrait remédier. Car les
personnes seules sont non seulement en souffrance, mais elles
se voient renvoyer une image extrêmement dépréciée
d’ellesmêmes. Comment pourrait-il en être autrement dans un monde
qui impose souvent la relation, dans une approche utilitariste de
l’autre, plus qu’il ne la suscite, ne la fait grandir et s’épanouir ?

Ce chemin vers l’altérité oblige à se dépouiller de ses idées
préconçues. Dans l’une de ses publications, l’économiste
Amartya Sen dit qu’enfermer quelqu’un dans une identité est
une source majeure de violence, car cela revient aussi à croire à
un déterminisme implacable. Il faut donc apprendre à mettre à
distance ses divers formatages de pensée, pour se mettre à la
place de l’autre, «se penser soi-même comme un autre», pour
reprendre la belle formule de Paul Ricœur.

Il n’est pas anodin qu’un certain nombre d’œuvres culturelles
qui rencontrent un réel succès public aujourd’hui soient
précisément celles qui traitent des liens sociaux et du
«vivreensemble ». Je pense bien sûr au filmIntouchables, mais aussi à
beaucoup d’autres, qui posent tous cette question: comment
briser la solitude, comment accueillir l’autre au-delà des
différences et faire de la vulnérabilité un atout pour la
rencontre ?

Les personnes seules sont privées de deux objets sociaux
fondamentaux qui sont au fondement de l’existence humaine,
nous dit le sociologue Serge Paugam : la protection d’une part,
c’est-à-dire le sentiment de communauté qui nous rend plus
fort ; et la reconnaissance d’autre part, c’est-à-dire le sentiment
de son utilité sociale.

Ce constat a motivé toute mon action depuis que je suis à la tête
de ce ministère des solidarités et de la cohésion sociale, en
menant des politiques déterminées, mais aussi en aidant et en

16