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Désenchantements

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230 pages

Le placement : Comment les enfants vivent-ils ce moment là fait de rupture avec leur famille et de découverte d’un monde nouveau ? Comment s’adaptent-ils aux lieux, aux personnes : enfants et adultes qui les entourent désormais ? Comment se représentent-ils cet environnement nouveau et souvent imposé ? Qu’ont-ils à dire aux adultes qui les entourent ? Ce travail s’inscrit dans le cadre d’une réflexion globale des structures de l’aide sociale à l’enfance, du placement et sur les évolutions nécessaires à penser pour l’avenir. Cette démarche d’implication s’inscrit aussi dans un désir de faire des ces enfants qui subissent le placement des sujets à part entière de leur histoire. Les écouter, recueillir leur paroles c’est faire preuve d’intérêt et de respect à leur égard, c’est faire d’eux des citoyens à part entière.


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Désenchantements

 

Paroles d’enfants

placés en collectivités de l’Aide sociale à l’enfance

 

Jean-LouisMAHÉ

 

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre :Le placement : Comment les enfants vivent-ils ce moment là fait de rupture avec leur famille et de découverte d’un monde nouveau ? Comment s’adaptent-ils aux lieux, aux personnes : enfants et adultes qui les entourent désormais ? Comment se représentent-ils cet environnement nouveau et souvent imposé ? Qu’ont-ils à dire aux adultes qui les entourent ? Ce travail s’inscrit dans le cadre d’une réflexion globale des structures de l’aide sociale à l’enfance, du placement et sur les évolutions nécessaires à penser pour l’avenir. Cette démarche d’implication s’inscrit aussi dans un désir de faire des ces enfants qui subissent le placement des sujets à part entière de leur histoire. Les écouter, recueillir leur paroles c’est faire preuve d’intérêt et de respect à leur égard, c’est faire d’eux des citoyens à part entière.

Auteurs : Jean-Louis Mahéest psychologue clinicien à l'Aide sociale à l'enfance du Val de Marne. Depuis longtemps son travail est traversé par la nécessité de partager son expérience professionnelle avec les autres. C’est dans cette perspective qu’il a réalisé des films documentaires dont Ces enfants venus d'ailleurs en 2006. Émilie Garcia Ballester est psychologue clinicienne. Elle prépare une thèse à l'université Paris VII sur la situation de placement en collectivité à l'adolescence.

 

Table des matières

 

Introduction

Venon

Jefferson

Sacha des Pokémons

Chloé

Mamour

Chocolat

Sangokou

Rose

Chute libre

Gwen

Kery James

Milox

Trois jeunes filles ensembleROSE, CHOCOLATETCHLOÉ

Les trois frères « Le tigre du 9.4. »

Princesse Italienne

Red

Cookiz

Courage

Katty

L’inconnu

Marine

« Franchement, le jour où je suis arrivée là-bas, je me disais dans ma tête : là, franchement je ne suis pas en sécurité ! »

Dri2s

Léona

L’Ange Noire

Nasser

Zeeshan

Fleur

« Voilà. Ils ont pris vraiment soin de moi, et ça m’a fait du bien, vraiment. »

À propos de la parole des enfants

 

« Vifs remerciements à tous les enfants et adolescents qui ont participé à ce travail.

Remerciements aussi au pôle enfance-famille et à la Direction de la protection de l'Enfance et de la Jeunesse du Conseil général du Val de Marne.

Remerciements enfin aux directeurs d'établissements et aux équipes qui nous ont permis de rencontrer les enfants et les adolescents placés dans leurs institutions. »

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Introduction

 

C’est parce que leur place au sein de leur famille est devenue trop inconfortable, parfois dangereuse que ces enfants et ces adolescents ont été placés dans une collectivité de l’Aide sociale à l’enfance du Val de Marne.

Qu’en pensent-ils ces mêmes enfants et adolescents de ce placement ? Comment le vivent-ils ? Comment se représentent-ils cette expérience particulière et pour beaucoup, nouvelle, qui est, au départ, un déplacement la plupart du temps contraint et douloureux ? Comment perçoivent-ils cette « délocalisation » ? Comment s’adaptent-ils à ce nouvel environnement inconnu ? Comment vivent-ils ce quotidien souvent exigeant dont les règles imposées par la collectivité mais aussi par des impératifs éducatifs sont bien loin de leurs modes de vie en famille ?

Comment vont-ils s’approprier cette nouvelle place ?

Dans le placement il y a en effet, l’idée de place qui signifie le lieu en général où la vie se déroule. Cette place, qu’elle est-elle ? Que contient-elle ? Où se déroule-t-elle, dans quel espace s’aménage-t-elle au fil du temps ? Quelle place prennent-ils dans cette vie désormais collective ? Il s’agit en effet ici toujours d’un lieu, d’un espace partagé avec une communauté spécifique et fortement empreinte par son identifiant : l’Aide sociale à l’enfance.

Leur place aujourd’hui dans leur existence est d’abord dans un foyer de l’enfance. C’est de cette place là qu’ils parlent, dessinent, écrivent, donnent à voir et à comprendre ce qu’ils voient d’eux-mêmes et de leur environnement. Ces garçons et ces filles parlent de leur placement et plus généralement de leur place dans leur existence.

Avec eux nous entrons dans leurs « lieux de vie », dans leurs « chez soi » du moment. Comment, de cette place d’enfants placés, perçoivent-ils leur « foyer », leur espace quotidien, les personnes qui les entourent, les professionnels, les autres enfants… leur situation familiale aussi… ? Peuvent-ils vraiment s’y sentir chez eux ou non ?

Car, la place que l’on occupe à un moment donné de l’existence est toujours déterminante dans la manière dont on se voit et dont on voit les autres. La perception des situations de vie change toujours en fonction de qui on est bien sûr mais aussi de là où l’on est, de là où l’on parle, de là où l’on vit.

Nous entrons dans leur univers intérieur, dans leurs représentations de leur situation du moment. La question de la représentation est ici importante. Dans ce recueil chaque enfant déroule une histoire qui est à la fois réelle et fictive. Elle est en effet le fruit de sa pensée mais s’incarne aussi dans sa réalité du moment. Exprimer ses représentations c’est offrir au regard de l’autre des images, des mots choisis, produits de la rencontre entre une sensibilité et la réalité perçue. C’est offrir une réconciliation parfois difficile entre la réalité et le rêve.

La représentation s’immisce entre réel et réalité. Le réel s’inspire de la réalité mais la transforme, la dépasse en fonction des mouvements psychiques, de l’imagination, de la créativité de chacun. La réalité serait par contre plus immuable, objective, incontestable.

Nous parlons ici de représentations mentales d’enfants et d’adolescents, incarnées par leurs mots, leurs écrits, leurs dessins… Ce sont toujours des actes de pensée fruit de l’imaginaire, de l’inconscient et de la réalité aussi. Elles construisent leur réel, leur identité car ces représentations sont des machines de vérité. C’est cette vérité là que nous sommes allés quêter avec ses secrets, ses contradictions, ses doutes, ses talents.

Tous ont choisi un pseudonyme. Au-delà du respect de leur anonymat, ce pseudo fait partie de leur représentation d’eux-mêmes, s’incarne dans l’image qu’ils veulent donner.

Tous ces enfants et adolescents ont naturellement des choses à dire sur ce qu’ils vivent là, dans ces espaces nouveaux et partagés avec des pairs mais aussi des adultes, des professionnels qu’ils n’ont pas choisis. L’expérience n’est jamais simple souvent douloureuse, conflictuelle. Le processus d’adaptation demande toujours du temps. Mais ce qu’ils nous disent nous éclaire sur leurs besoins, leurs désirs, leurs contradictions. Leurs mots, leurs images nous aident à les comprendre mais aussi à les accompagner.

Nous avons rencontré ces jeunes à un temps T, à un moment donné de leur existence et de leur placement. Certains sont des enfants, d’autres des adolescents ou de jeunes adultes. Certains sont placés depuis peu, d’autres depuis plusieurs années. Ce moment là de notre rencontre et de leur parcours de vie est bien sûr déterminant dans leurs réponses, leurs représentations. Tout peut laisser penser que si nous les avions vus à autre moment leurs mots et leurs expressions n’eurent pas été tout à fait les mêmes.

Le choix de ce récit est de recueillir le plus fidèlement possible leur vécu, de le retranscrire dans son authenticité, dans sa version originale, de s’approcher ainsi au plus près du réel de chacun. Au lecteur ensuite, de s’approprier ces témoignages et d’en faire bon usage.

Venon

 

Venon est un garçon de 6 ans et demi. Ses mots ont été recueilli avec l’aide de la psychologue de son foyer.

Il est dans l’institution depuis 10 mois.

JE VOUDRAIS FAIRE VOLER TOUS LES ENFANTS

Quand je suis arrivé au foyer j’étais tout timide parce que j’avais peur que les gens ils me tapent ? Finalement ça s’est passé un petit peu bien sauf des filles qui m’embêtaient. Je trouvais que c’était bien d’être avec mon frère, il était gentil avec moi.

Ce que j’aime bien dans le foyer : tout.

Ce que j’aime avant tout c’est l’ordinateur. Je joue à des jeux. Je préfère y jouer tout seul parce après ça me gêne, ils me déconcentrent et ils demandent à prendre ma place.

J’aime bien aussi jouer dehors, je joue à cache-cache, à chat, au roller, à faire du vélo… plein de choses.

Ma chambre je la trouve bien, je suis tranquille avec le petit copain qui dort dans ma chambre. Je l’ai décorée avec des posters de Mario Kart et des trucs sur la Wii.

Au foyer on mange bien, sauf que, à table on fait un petit peu trop de bruit.

L’école elle est tout en face et c’est très bien. Je suis fier que je travaille bien.

Les éducateurs ils sont gentils, presque tout le monde… oui tous !

Il y en a que j’aime beaucoup, parce qu’ils sont plus gentils. Être gentil pour moi c’est que des fois ils veulent bien que je joue à l’ordinateur, et voilà…

Ceux que j’aime moins c’est les grands du groupe, parce qu’ils sont pas gentils avec moi, j’ai un petit peu peur le soir, la nuit et le matin parce que j’entends des bruits de voiture. Des fois j’ai peur que c’est des voleurs. J’ose pas sortir de mon lit pour aller chercher les éducateurs. Des fois je me fais des frissons tout seul.

J’aurais préféré aller vivre à l’hôpital avec ma maman, quand elle était malade.

Moi si je pouvais choisir j’aimerais aller vivre en Grèce.

Mais puisque que je dois rester en France je trouve que c’est mieux dans un foyer comme ça.

Si j’avais une baguette magique, je voudrais faire voler tous les enfants et on pourrait voler tous ensemble dans le ciel comme des oiseaux.

Venon

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Il était une fois des enfants qui commencent à venir au foyer. Ils viennent voir comment ça se passe parce qu’ils ont des copains de classe qui habitent au foyer et aussi un petit peu des frères. Ils regardent partout et ils trouvent que c’est bien. Il y a un petit enfant qui est debout sur la chaise et il va sauter sur un monsieur et après il va se faire mal. Celui qui saute, il va se faire mal et celui qui se le prend, il va se faire mal aussi ! Ils devront aller à l’hôpital.

Jefferson

 

est un jeune garçon de 9 ans, placé dans l’établissement depuis deux ans avec ses trois frères et sœurs. Aujourd’hui seul un frère plus âgé et lui-même sont encore dans son foyer. Jefferson est un enfant un peu sauvage, perplexe sur sa situation personnelle tant par rapport à son placement que par rapport à sa situation familiale. Ses week-ends en famille sont des moments de réassurance face à un avenir incertain. Il est ravi du temps que nous lui consacrons, et se montre soucieux de nous plaire. Avec ses hésitations, des mots simples il traduit un peu de son univers relationnel empreint de doute, de solitude, d’ennui, d’appréhension face aux adultes dont il a parfois peur.

« MAIS LES ÉDUCATEURS ILS VONT PAS ME TAPER HEIN !!! »

Qu’est-ce qui s’est passé quand tu es arrivé ?

Ben rien, je me sentais un peu seul.

Et ta première nuit, tu as dormi tout seul ?

Avec mon frère. Parce que… je sais pas, moi ! Ils m’ont mis comme ça. Parce qu’il y avait une chambre à deux libre, ils nous ont mis là.

Combien de temps êtes-vous restés dans cette même chambre ?

Un ou deux mois. Après, j’ai voulu partir tout au fond. Et… là j’y suis encore. Enfin, j’étais dans une chambre, après j’ai encore changé, après là j’ai changé. Et là j’y reste.

Pendant ton temps libre, tu fais quoi ?

Parfois je reste dans ma chambre. Parfois je sors… de ma chambre. Parfois je vais à l’ordi… y a plein de matières, enfin ! plein de trucs possibles.

Tu t’ennuies des fois ?

ouais !

À quoi tu penses quand tu t’ennuies ?

Ben, à rien… Je pense un peu à mes parents… Mais je les vois le week-end, donc c’est bon… Parce que Léa elle les voit pas, ni Julia, ni le nouveau… je sais pas comment il s’appelle. Il s’appelle… ah ! Oui, voilà, Sofiane.

(…)

Qu’est-ce qui te manque quand tu te sens seul ?

Ben, je sais pas moi ! Mes amis, mes parents…

Et ici, ça se passe bien avec les autres enfants ?

Ça va. Je m’amuse bien avec Julia, même si elle me traumatise tous les jours.

Elle te traumatise tous les jours ? Qu’est-ce qu’elle te fait ?

On va à la patinoire, comment elle va me faire tomber !!! Aïe aïe aïe ! Déjà que y en a qui savent même pas en faire…

Pourquoi tu dis qu’elle te traumatise ?

Elle fait que ça ! Pour s’amuser. Parce qu’après elle se sent seule.

Elle se sent seule aussi ?

Mmh. Presque tout le monde !

(Long silence).

Et qu’est-ce qu’il faudrait faire pour ne pas s’ennuyer ici ?

Ben, je sais pas. Parfois on lit, mais… c’est très rare. Surtout avec Julia… trop marrante !

Elle est marrante ?

Trop !

Pourquoi est-ce que tu la trouve marrante ?

Je sais pas, rien qu’un regard… et c’est bon ! Elle me fait rire. Elle, elle fait un regard qui tue !

Donc tu l’aimes bien même si elle t’embête un petit peu ?

Elle m’embête pas, mais… elle m’embête pour jouer.

(…)

Là par exemple, je m’ennuie…

J’aimerais bien que tu arrives à me raconter l’histoire de ce qui c’est passé quand tu es arrivé ici.

Mais… Je m’en souviens plus (rire).

(…)

Parfois quand je fais des bêtises, je suis puni dans ma chambre, et parfois le soir je dois dormir, parce que comme je suis plus petit, donc normalement je dors à huit heures et demie… Comme dans trois jours, c’est mon anniversaire, j’aurais neuf ans, je me coucherai à neuf heures, comme les autres ! Comme ça il y a pas de jaloux ! (rires). Tout le monde à la même heure et puis c’est tout !!! (Rires)

(…)

Il y a beaucoup d’enfants qui se couchent à la même heure que toi ?

Nan, il y en avait un, mais il est parti. Il est resté trois semaines ou quatre semaines, puis il est reparti. Il y en a un, il est arrivé et il est resté même pas quatre jours ! Et il y a quelqu’un qui m’a laissé un petit souvenir ! (rire)

Qu’est-ce que c’est ?

Un hélicoptère télécommandé mais j’ai pas la télécommande… Je le laisse là pour l’instant.

Tu parles beaucoup des enfants qui étaient là et qui sont partis ? Qu’est-ce qui te marque ?

Rien… enfin, ils me manquent, mais…

Et tu sais où ils vont, après ?

Ben, chez eux, ouais !

Tous chez eux ?

Mmm !

Est-ce qu’il n’y en a pas qui vont dans un autre foyer ou en famille d’accueil ?

ouais ! ouais !… Parfois. Mais c’est rare.

Alors souvent les enfants rentrent chez eux après être restés ici ?

Djamel et Loubna, ils étaient frère et sœur. Et ils sont restés… trois ans et demi !

Et après ?

Et après, ben… ils sont partis… au bout de trois… trois jours après !

Trois jours après quoi ?

Ils sont partis les trois jours, trois ans et demi, après, trois jours, pfff !!! Ils sont plus là ! Enfin et demie, c’est-à-dire la moitié !

Ils sont partis où ?

Ben, chez eux. Ils en avaient trop marre du foyer !!!

Pourquoi en avaient-ils marre du foyer ?

Je sais pas, parce qu’ils sont restés trop longtemps.

Et toi tu en as marre ?

Parfois, mais sinon, sinon ça me convient.

Je suis arrivé à sept ans ici. Ça fait deux ans. Dès que je fête mon anniversaire, ça fait deux ans.

Que penses-tu qu’il va se passer ? Tu vas rester encore au foyer ou tu vas partir ?

Si je reste sage, je pars. Mais j’aime bien ici parce qu’on fait des activités tous les mercredis. Mais là-bas, je m’amuse. On se couche plus tard qu’ici, hein !

Où ça ? Chez ton père ?

ouais ! Chez ma mère aussi je m’amuse. Moi, quand je voudrais partir, c’est soit chez ma mère ou chez mon père. Parce que si je veux partir et que je reste ici… ça va pas le faire.

Malheureusement, ce n’est pas que de toi que ça dépend. Est-ce que tu sais pourquoi tu es là ?

Déjà, la maison elle est trop petite… euh !… Après je sais pas.

Tu ne sais pas ?

Déjà je sais que la maison elle est trop petite…

…Il y en a qui ont de la chance d’être ici.

Pourquoi ?

Il y en a qui voulaient, il y en a qui voulaient pas.

Et toi, tu voulais quoi ?

Bah ! Moi, je voulais rester chez mon père. Mais c’est pas moi qui décide.

Oui, on ne t’a pas demandé ton avis !

Ouais, voilà ! (gros soupir)

Qu’est-ce qui s’est passé, qu’est-ce qui a fait que tu es venu ici ?

Bah ! Je sais pas, il a voulu nous amener ici.

Tu crois que c’est lui qui a voulu ?

Bah ! Parce qu’il pouvait pas faire plein de choses, parce qu’il avait le travail, comment il nous emmène à l’école ?

Tu te souviens du jour où on t’a dit que tu allais venir ici ?

Pas trop. Mais je m’en souviens un peu.

Tu te souviens de quoi par exemple ?

Ben… que je m’ennuyais.

Chez ton père ?

Non, ici.

Et avant d’arriver ici ?

Oh bah c’est bon, ça allait !!!

Tu pleurais au début ?

Bah ! Oui, je voulais pas venir, mais si on est obligé, on est obligé.

Et maintenant ?

Maintenant, non. Maintenant j’aime bien, j’aime bien être ici. Enfin parfois quand on me tape, oui ! Mais les éducateurs ils vont pas me taper, hein !

Des fois tu te disputes et tu te bagarres avec les autres enfants ?

Ouais, voilà.

Les éducateurs ne vont pas te taper, tu dis, ils sont là pour… ?

Pour arranger les choses.

Et ils y arrivent ?

Ouais, ben oui ! C’est obligé, hein !

C’est obligé ?

On va pas faire tout un sketch pour, voilà quoi !

Pour quoi ?

Ben, pour dire : « non, je veux continuer », je sais pas moi ! On va pas dire ça ! On va les écouter, on va pas réclamer. Par exemple, ils disent « vous allez dans votre chambre ce soir »… On y va, on se brosse les dents et on reste, lumière éteinte !

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Là c’est chez mon père ou chez ma mère, c’est pareil. Dans les fenêtres c’est mes frères et sœurs. J’en ai cinq. Là c’est mon grand frère qui a changé de foyer parce qu’il faisait des bêtises. Devant la maison c’est mon père et ma belle-mère. Mes vrais parents sont séparés depuis que je suis né… J’aimerais bien dessiner une piscine mais il n’y a plus de place. Si je vais la faire là. Tu sais, il n’y a pas de piscine chez mon père.

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Ca c’est le foyer. Là c’est les fenêtres du foyer avec les enfants derrière. Il y en a trop, je peux pas tout dessiner !… Là c’est le groupe avec l’ordinateur, là c’est l’armoire. Les fleurs c’est dans le jardin à côté du foyer.

Sacha des Pokémons

 

Sacha est un jeune garçon de 10 ans et 7 mois.

Il est placé dans l’institution depuis trois mois. Il découvre avec perplexité la vie en collectivité.

AVANT DE VENIR AU FOYER, LÀ OÙ JE VIVAIS,
IL Y AVAIT UN MONSIEUR QUI ÉTAIT TRÈS MÉCHANT.

Au début quand j’étais dans un foyer, moi je croyais que ceux qui étaient dans un foyer ils restaient pour toujours dans un foyer et maintenant je sais que ceux qui sont dans un foyer c’est à cause de cas particuliers et aussi ils peuvent avoir des trucs chez eux. Par exemple, ils peuvent rentrer en week-end et même partir chez eux mais il faut que le Juge soit d’accord, c’est le Juge qui décide, c’est pas eux tout seuls.

Au début je ne savais pas pourquoi j’étais placé mais après j’ai su, on m’a expliqué et j’ai compris.

Aujourd’hui je pense que le placement c’est pour aider nos parents et le juge il va essayer de trouver une solution et en attendant, on est au chaud et tout ça.

Ce que je trouve de bien, c’est quand les éducateurs sont gentils et aussi la Playstation et l’ordinateur.

Dans ma chambre on est deux, je m’y sens bien.

Dans le foyer y a des personnes que je n’aime pas. Comme un certain garçon qui nous tape mais il ne s’attaque jamais aux grands il s’en prend tout le temps aux plus petits que soi ! Les éducateurs ils ne voient pas, ils ne sont pas là quand il nous tape. Quand il nous tape pas il nous menace pour faire la frime, juste parce qu’il est en 6e ! Une fois à l’école, on était dans la cour (en primaire) et lui il était dans la cour d’à côté (celle du collège) et il nous a obligés de partir : « vas-y, barres-toi, tu me fous la honte devant mes potes ! » Et si on lui obéit pas il se venge au foyer. Même quand j’en parle aux éducateurs et qu’ils vont le disputer, lui il trouve toujours un mensonge pour que ça se retourne contre moi. Au bout du compte c’est souvent moi qui se fait gronder et lui rien du tout !

C’est pas la première fois que je me fais gronder ou taper. Avant de venir au foyer, là où je vivais, il y avait un monsieur qui était très méchant.

Je suis content d’être dans le même foyer que mon petit frère.

Je voudrais que les grands ils arrêtent de me taper et aussi que je parte rapidement du foyer et même les autres aussi !

C’est quand même pas une vie de passer trop de temps loin de sa famille.

C’est un peu embêtant de les voir si peu alors qu’on avait l’habitude de les voir tout le temps.

Sacha des Pokémons

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C’est le foyer dans la ville : derrière il y a la Tour Eiffel, devant, il y a la Seine. Ce sont les deux bâtiments du devant qui sont le foyer. Les autres immeubles représentent la ville.

 

Le principal trait de ton caractère. Gentil

La qualité que tu désires le plus chez un homme. Aimer le foot

La qualité que tu désires le plus chez une femme ?

Ce que tu apprécies le plus chez tes amis. Quand ils sont sympas

Ton principal défaut. Des fois je mens.

Ton occupation préférée. Le sport

Ton rêve de bonheur. Être footballeur

Quel serait ton plus grand malheur ? Mourir

Ce que tu voudrais être plus tard ?

Le lieu où tu aimerais vivre quand tu seras grand. Au Brésil

Tes lectures favorites. Les mangas.

Tes héros. Naruto