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Deux mois de campagne en Italie

De
289 pages

Préliminaires historiques. — Politique de l’Italie. — Entente avec la Prusse. — Préparatifs de guerre. — Le Congrès. — Appel des volontaires. — Garibaldi. — Rupture des conférences diplomatiques. — Mobilisation de la garde nationale. — Formation de l’armée d’opération. — Les généraux La Marmora, Della Rocca, Cialdini. — Organisation régulière des divers corps de volontaires. — Position stratégique de l’armée d’observation. — Nouveau ministère. — Le lac de Garde.

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Henri Durand-Brager, De Champreux

Deux mois de campagne en Italie

« L’écrivain qui a vu les faits qu’il raconte, qui a reçu d’eux une impression inévitable, qui a pu comparer comme moi cette impression avec les manifestations de la joie, de la crainte ou de l’espérance d’un peuple dont les destinées étaient entre les mains d’un homme, a dans le cœur des souvenirs profonds, devant les yeux des images fidèles, dans l’esprit des jugements qui ont été faits par tout le mondé au moment de l’événement. Comme peintre, il porte en lui la véritable physionomie des hommes et des choses ; et, comme historien, son rôle se borne souvent à celui de rapporteur exact, quand il semble n’émettre que son opinion personnelle. Ce sont là, sans doute, des éléments de vérité bien précieux, et dont aucun talent ne peut entièrement réparer ou compenser l’absence........... »

DE NORVINS.

 

(Histoire de Napoléon.)

PRÉFACE

En écrivant ce petit volume, nous n’avons qu’un but : celui de raconter les choses que nous avons vues, qui se sont passées près de nous, et dont il nous a été donné d’étudier les détails sur le terrain même.

Nous avons cherché à traduire nos impressions sans parti pris, sans passion, et comme nous les avons ressenties : rien de plus.

Nous demandons pardon à ceux que cela pourrait intéresser particulièrement, si malgré notre bonne foi, quelques inexactitudes ont pu se glisser dans cet ouvrage.

Personne n’est infaillible ; et qui se trompe involontairement en récits militaires surtout, doit être absous d’avance.

CHAPITRE PREMIER

Préliminaires historiques. — Politique de l’Italie. — Entente avec la Prusse. — Préparatifs de guerre. — Le Congrès. — Appel des volontaires. — Garibaldi. — Rupture des conférences diplomatiques. — Mobilisation de la garde nationale. — Formation de l’armée d’opération. — Les généraux La Marmora, Della Rocca, Cialdini. — Organisation régulière des divers corps de volontaires. — Position stratégique de l’armée d’observation. — Nouveau ministère. — Le lac de Garde. — Positions militaires de Lonato, Desenzano, Rivoltella, etc. — Déclaration de guerre. — Proclamations du roi d’Italie et de l’archiduc Albert d’Autriche. — Affaire de Maderno. — Les volontaires entrent en campagne. — Borghetto et Gotto. — Toute l’armée se porte en avant.

La guerre du Sleswig-Holstein devait créer de grands embarras, et amener des conséquences d’une gravité plus grande encore : la diplomatie n’avait pu l’empêcher, il lui fut également impossible d’en atténuer les suites.

Après la victoire venait le partage, c’était l’écueil.

Il devait paraître certain, de prime-abord, que deux grandes puissances rivales, alliées par l’ambition, ne pourraient s’entendre à un moment donné ; que la froideur succéderait à l’enthousiasme, l’irritation à l’entente, et peut-être une lutte acharnée à une alliance toute de circonstance.

En face de ces éventualités, il était d’une bonne politique de la part de l’Italie, d’entretenir des relations amicales, au moins avec une des futures puissances belligérantes.

Entre la Prusse et l’Autriche, elle n’avait pas à choisir.

Si à l’Italie, dont l’organisation définitive réclamait impérieusement la Vénétie, l’Autriche eût dès le principe cédé cette province, si elle se fût rendue alors aux instances diplomatiques, au lieu d’attendre le terrible désastre de Sadowa, ou sa victoire de Custozza, elle eût neutralisé, à son avantage, cette armée italienne à l’existence de laquelle elle avait l’air de ne pas croire.

Quitte alors de tout embarras du côté de la Vénétie et de l’Italie, elle pouvait disposer des 200,000 hommes de bonnes troupes que l’état de guerre l’obligeait d’y maintenir, et joindre à ses ressources du Nord les immenses approvisionnements du Quadrilatère.

Soit entêtement, soit honneur national, elle résista aux conseils qui lui furent donnés dans ce sens.

La Prusse, plus généreuse, puisqu’elle pouvait promettre sans sacrifice un territoire qui ne lui appartenait pas, se hâta de profiter de l’hésitation, puis du refus de sa rivale. Elle accepta de suite les propositions d’une alliée dont la diversion devait lui être très-utile, en plaçant l’Autriche entre deux armées, et en lui suscitant, en cas de défaite des troupes italiennes, des complications sans nombre avec un gouvernement fort, allié de ces dernières. Une fois sur ce terrain, les événements devaient se succéder avec rapidité.

En même temps que l’Italie commençait ses préparatifs de guerre, l’Autriche qui jusqu’à ce moment avait tourné les siens vers la Prusse, se mit aussi en mesure du côté du Mincio et du Pô.

En droit, l’Italie était-elle bien fondée à profiter de la circonstance pour déclarer sans motifs une guerre à l’Autriche, aucun des articles du traité de Villafranca n’ayant été violé par elle ? chacun a le droit de le discuter ; mais en fait, et au point de vue de la nationalité, il lui fallait la Vénétie. L’empereur Napoléon n’avait-il pas lui-même proféré ces paroles : L’Italie sera libre des Alpes à l’Adriatique.

Dans tous les cas, en politique internationale, la force, dit-on, prime le droit.

Forte de cet axiome nouvellement éclos, de son enthousiasme, de son roi galant homme, de ses généraux et de sa jeune armée, de ses volontaires et de Garibaldi, l’Italie jetait bravement l’épée dans la balance, confiante dans l’avenir, dans sa nouvelle alliance avec une nation essentiellement militaire, et dans ses relations avec la France qui lui assuraient presque, en cas d’insuccès, l’intégrité de son territoire. Elle ne risquait donc que son sang et ses millions.

Au 1er juin 1866, en Prusse, en Italie, en Autriche, tout était décidément à la guerre.

Il était bien un peu question du congrès de Paris, mais on n’y croyait que très-faiblement, disposé que l’on était toutefois à en accepter l’intervention.

En attendant, la Prusse mettait en mouvement ses corps d’armée et appelait ses landwers.

Le général Benedeck, placé à la tête de l’armée autrichienne, concentrait ses nombreuses troupes, imaginait cet impossible plan de campagne terminé parla défaite de Sadowa, et composait cette incroyable proclamation qui ordonne à des officiers de se débarrasser avant le combat des insignes de leurs grades, et même de leurs écharpes. L’Italie, de son côté, complétait les cadres de son armée, créait de nouveaux régiments, de nouveaux bataillons de chasseurs, rappelait Garibaldi avec ses légions de volontaires, vidait ses arsenaux et ses coffres-forts, s’exposant de nouveau aux hasards de la guerre.

La première semaine de juin vit le nombre des volontaires inscrits, dépasser déjà le chiffre de 30,000 hommes. C’était plus qu’il n’en fallait pour l’effectif des quarante-deux bataillons décrétés et envoie déformation. On fut donc un instant obligé de suspendre les enrôlements ; car, en dépit de la meilleure volonté possible, intendances et fournisseurs ne pouvaient suffire à l’équipement et à l’habillement de ces nouvelles levées. Quant à l’armement, on achetait à l’étranger et on arrivait à peu près.

Les gardes nationales italiennes, bien organisées, avaient, à l’appel de la nation, formé des compagnies de volontaires prêtes à marcher à toute réquisition, et pour quelque motif que ce fût.

C’était à qui ferait partie de ces détachements, en attendant une mobilisation régulière.

Le général Garibaldi n’était pas encore rappelé officiellement, mais sur le point de l’être. Déjà on organisait le corps de ses guides, c’était encore à qui s’enrôlerait dans cette troupe d’élite : les fils des premières maisons, les premiers noms de l’Italie venaient s’y inscrire à l’envi.

On y voyait figurer, comme simples volontaires, le marquis Pepino Curtopasi, chevalier Agostino Piscicelli, duc de Forli, comte de Sivignano des ducs de Bovino, marquis Strozzi, marquis Rivadebro, comte Alfonso Ferrari-Corbelli, Carlo Doria des princes d’Angri, marquis Pio Partoloni, chevalier Roncaglia, les fils du sénateur del Giudice, les comtes Giottatini, Serego, marquis Achille Rusconi et Giuseppe Mazzacurati, et tant d’autres encore dont il serait trop long de citer les noms.

Il n’était pas une famille qui n’ambitionnât l’honneur d’avoir un ou plusieurs de ses enfants sous les drapeaux ; on n’était pourtant qu’au début d’une campagne dont pouvait dépendre, il est vrai, l’avenir de la Vénétie. Malgré cet enthousiasme, cette levée générale de boucliers, et cet appel aux armes commun aux trois nations intéressées, la diplomatie ne désespérait pas encore du maintien de la paix.

Le congrès cherchait à devenir une vérité ; on était déjà presque certain de l’assentiment de la Prusse et de l’Italie.

Les puissances continentales envisageaient avec une juste inquiétude cette collision de trois grands peuples, dont une des moindres conséquences pouvait être de mettre en feu la vieille Europe.

Paris fut choisi pour lieu de réunion ; mais, en dépit des bons offices diplomatiques, les préparatifs de guerre continuaient d’être à l’ordre du jour. Étroitement cimentée par un intérêt réciproque, l’alliance de la Prusse et de l’Italie rendait la solution pacifique plus difficile ; aussi les Autrichiens le prévoyaient, et rassemblaient de leur côté tous leurs moyens de résistance : le chiffre total de cette armée s’élevait à plus de sept cent mille hommes, dont deux cent mille pour celle du Sud.

Les défenses du Quadrilatère étaient augmentées chaque jour. Une immense artillerie garnissait les remparts de Mantoue, Peschiera, Vérone et Legnano.

Sur toutes leurs zones de servitudes militaires, les maisons avaient été détruites, et les arbres convertis en abattis. Approvisionnées pour plus d’un an, la défense en était confiée à des généraux sur le dévouement desquels l’empire avait le droit de compter, et l’armée d’opération avait à sa tête l’archiduc Albert dont l’Autriche, avec juste raison, attendait merveille.

Dans cette perplexité, l’attitude que les événements pourraient faire prendre à la France, était inquiétante pour tous, mais n’arrêtait en rien les futurs belligérants.

Déjà le sort en était jeté.

Vers le 5 juin, on annonce le rappel de Garibaldi, sa promotion au grade de général d’armée, et au commandement en chef et indépendant de celle des volontaires.

L’opinion publique désigne déjà son état-major. Le même jour, le quartier général du roi est porté à Plaisance ; Victor-Emmanuel lui-même doit s’y rendre prochainement, après la signature de quelques décrets d’intérêt général, dont celui de mobilisation de la garde nationale.

De tous côtés, les divers corps rayonnent pour se rapprocher de la base d’opérations dont Plaisance devient le centre, et les volontaires garibaldiens surgissent en masse : ils ont leurs dépôts un peu partout vers le nord, mais surtout à Brescia, Lonato, Salo, Bergame, etc. Au fur et à mesure que les détachements sont organisés, ils vont prendre leurs cantonnements aux environs des villes où stationnent leurs régiments.

Il y eut parmi eux quelques-uns de ces faits inhérents à la formation de troupes composées de tant d’éléments divers ; mais des commissaires nommés pour l’épuration de ces enrôlés, en renvoyèrent un certain nombre qui furent aussitôt dirigés sur leurs lieux de naissance.

Le même jour on apprit aussi l’entrée d’un corps de l’armée prussienne dans le Holstein : était-ce le commencement des hostilités ?

Cette nouvelle arrivait en même temps que celle de la rupture définitive des conférences, d’Autriche ayant mis à son entrée dans le congrès des conditions tellement exagérées, que toutes relations avaient dû cesser immédiatement. L’Italie gagnait à cela d’être débarrassée, par les plénipotentiaires eux-mêmes, des engagements pris par elle de ne pas attaquer l’Autriche.

Ces bulletins vinrent encore exalter le sentiment guerrier de la nation, et hâtèrent les préparatifs de guerre.

Le 8, un décret royal ordonne la mobilisation de dix bataillons de garde nationale pour le service des places forces.

Tout ce qui restait encore de l’armée active dans l’intérieur, est dirigé à marches forcées vers le Pô ; sur le Mincio, les Autrichiens sont plus remuants à. Peschiera, leurs canonnières commencent à rôder sur le lac de Garde, ils coupent les chemins de fer et commencent sur les rives du fleuve, à Salionze, vis-à-vis Borghetto, à Pozzolo et Goïto des travaux de campagne pouvant au besoin couvrir son passage ou le défendre.

Le 9 juin, le roi Victor-Emmanuel arrivé de la veille à Bologne, passait en revue une partie des corps campés aux environs de cette ville et leur annonçait leur prochaine entrée en campagne. Cette nouvelle, accueillie par des cris frénétiques, se répandit sur toute la ligne jusqu’à Crémone.

Le journal officiel publia alors la composition définitive des états-majors des quatre corps de l’armée d’observation.

 

GRAND QUARTIER GÉNÉRAL.

 

Lieutenant général Pettiti. — Sous-chef d’état-major, colonel d’état-major Bariola.

 

COMMANDEMENT SUPÉRIEUR D’ARTILLERIE.

 

Général Valfrey de Bonzo ; à la disposition du commandant, le colonel Quaglia. — Chef d’état-major, colonel Biandra di Reaglie.

 

COMMANDEMENT GÉNÉRAL DU GÉNIE.

 

Général Menabréa. — Chef d’état-major, le colonel Garneri.

 

1er CORPS D’ARMÉE.

 

Général Durando. — Chef d’état-major, colonel Lombardini. — Sous-chef, lieutenant-colonel de Saujet. — Commandant l’artillerie, colonel Bonnelli. — Commandant le génie, colonel Castellazzi.

  • 1reDivision : général Cérale. — Chef d’état-major, le major Billi.
  • 2eDivision : général Pianelli. — Chef d’état-major, lieutenant-colonel, Ollivero.
  • 3eDivision : général Brignone. — Chef d’état-major, le major Mazza.
  • 5eDivision : général Sirtori. — Chef d’état-major, le major Pozzolini.

2e CORPS D’ARMÉE.

 

Général Cucchiari. — Chef d’état-major, colonel Escoffier. — Commandant d’artillerie, colonel Matei. — Commandant du génie, lieutenant-colonel Molinari.

1reDivision : général Nunziante di Mignano. — Chef d’état-major, lieutenant-colonel Consalvo.

6eDivision : général Cosenz. — Chef d’état-major, major Farini.

10eDivision : général Cadorna. — Chef d’état-major, major Milon.

 

3e CORPS D’ARMÉE.

 

Général Della Rocca. — Chef d’état-major, général Robilant. — Sous-chef, lieutenant-colonel di Gaeta. — Commandant de l’artillerie, colonel Corte. — Commandant du génie, lieutenant-colonel Veroggie.

7e Division : général Bixio. — Chef d’état-major, lieutenant-colonel de Saint-Marsan.

8eDivision : général Cuggia. — Chef d’état-major, major Sironi.

9eDivision : général Govone. — Chef d’état-major, major Chiron.

16eDivision : S.A. le prince Humbert. — Chef d’état-major, le colonel de Sonnaz.

 

4e CORPS D’ARMÉE.

 

Général Cialdini. — Chef d’état-major, le général Piola Caselli. — Sous-chef d’état-major, le lieutenant-colonel Milonzi. — Commandant de l’artillerie, le colonel Velasco. — Commandant du génie, colonel Bruzzo.

11eDivision : général Casanova. — Chef d’état-major, major Chiarle.

12eDivision : général Ricotti. — Chef d’état-major, major Albini.

13eDivision : général Mezzacapo. — Chef d’état-major, major Baulina.

14eDivision : général Chiabrera. — Chef d’état-major, major Della Mantica.

15eDivision : général Medici. — Chef d’état-major, major Guidotti.

Division de cavalerie de réserve : général Maurice de Sonnaz. — Chef d’état-major, major Perronne de San Martino.

Réserve générale d’artillerie, colonel Mattei.

 

 

Le 10, une dépêche allemande qui annonce l’abandon du Holstein par les Autrichiens sans brûler une cartouche, semble devoir précipiter le commencement des hostilités.

 

Le journal l’Italie s’exprime ainsi :

« La Prusse a déjà fait un pas décisif en faisant occuper le Holstein par ses troupes ; il ne serait pas surprenant que l’Italie en fît un à son tour. Nous ne pouvons dire à quelle heure ni de quelle façon ; mais on peut s’attendre d’un instant à l’autre à voir l’action succéder aux paroles » Ces quelques lignes résument parfaitement le vœu de la nation entière.

La sagesse de l’Autriche, mal interprétée dans cette circonstance, et plus mal accueillie encore, ne fit qu’irriter l’exaltation de ceux qui voulaient quand même trancher la question par les armes.

Le colonel Menotti Garibaldi fut prendre, à Barletta, le commandement de son régiment. On comptait le lendemain sur l’arrivée du général, il était attendu de ses volontaires avec l’impatience la plus vive.

En effet, le 11, Garibaldi est à Camerlata ; il y passe une grande revue des enrôlés et des gardes civiques ; l’exaltation s’élève au-dessus du possible. On apprend aussi la rupture complète des relations diplomatiques entre Vienne et Berlin : ce n’est pas encore la déclaration de guerre, mais ce fait accompli, il ne reste pour ainsi dire plus qu’à en appeler au droit du canon.

Si l’attitude de la Russie par l’agglomération de ses troupes sur les frontières d’Autriche, inquiète les politiques italiens, leur espoir est dans la France, et toute intervention contraire aux intérêts du pays leur parait chimérique.

Le général Fabrici, promu major-général et chef d’état-major de Garibaldi, se hâte de se rendre à son poste avec le chevalier Benedetto Cairoli, nommé commandant général du quartier.

Plus les faits marchent vers leur dénoûment, plus les communications diplomatiques deviennent actives entre la Prusse et l’Italie d’une part, cette dernière et la France de l’autre ; mais rien ne transpire des graves questions qui s’agitent.

Pendant que l’armée italienne manœuvre pour prendre ses positions définitives, l’attention se porte sur celle du Nord, dite Garibaldienne, qui vient aussi d’être organisée régulièrement, et qui n’attend plus que son chef pour prendre une position stratégique dans les graves événements qui se préparent.

Elle est divisée en régiments et bataillons de chasseurs. Les uniformes sont ceux des campagnes de Sicile et d’Italie : l’armée, qui a fourni quelques batteries légères, y joint deux bataillons de bersagliers ; les services administratifs et les ambulances laissent néanmoins fort à désirer.

Aussitôt arrivé, le général a retrouvé son activité d’autrefois ; toujours debout, le premier levé, le dernier couché, il ne perd pas un instant, inspecte les dépôts, le matériel, et surtout l’armement, dont plus d’une fois il se plaint, disant avec raison « qu’à bon soldat il faut bon fusil ou au moins bonne baïonnette. » Dans tous les endroits où il passe, il paraît fortement impressionné des démonstrations dont il est l’objet.

Après une revue passée le 13, à Varèse, le général prit la parole, et il n’est peut-être pas mal à propos de citer quelques passages de son discours.

« Me voilà de nouveau au milieu de vous pour accomplir ce que nous n’avons pu faire autrefois Avec ces gaillards-là (indiquant les volontaires) commandés par des officiers comme vous, on peut faire quelque chose L’Italie, j’en suis certain, sera contente de vous Je vous salue. »

C’est à Lonato qu’est son quartier général ; les diverses divisions qui composent son corps d’armée sont ralliées dans les environs. Lonato est une bonne position militaire ; elle commande la route de Peschiera, domine Desenzano et ses environs, et, des hauteurs du château, la vue s’étend sur le lac de Garde jusqu’à Peschiera d’un côté, et jusqu’à la pointe Maderno de l’autre. Ses avant-postes vers la frontière occupent en force Desenzano et Rivoltella ; ses grand’gardes sont à Lugana, à l’entrée de la presqu’île de Sermione ; elles éclairent la ligne du chemin de fer et les routes de San Martino, Pozzolengo et Volta, où viendra bientôt camper une partie du 1re corps. D’autres détachements sont à Castiglione, à Montechiari, Calcinato, Padenghe, etc., pouvant être promptement réunis ou dirigés sur les positions militaires qui leur seraient désignées.

Leurs approvisionnements ne sont peut-être pas parfaitement assurés et les distributions des plus régulières, mais où serait l’avantage d’être volontaire, et surtout Garibaldien !

Le 14 juin, le manifeste de l’empereur Napoléon au sujet de la crise sur le point d’éclater en Europe, est publié par les journaux italiens : il produit généralement un grand effet, et l’opinion modérée lui est favorable. Les passages suivants surtout sont acclamés.

« ... Le conflit qui s’est élevé a trois causes : la situation géographique de la Prusse mal délimitée ;

Le vœu de l’Allemagne demandant une reconstitution politique plus conforme à ses besoins généraux ;

La nécessité pour l’Italie d’assurer son indépendance nationale »

« Nous aurions voulu en outre que, moyennant une compensation équitable, l’Autriche pût céder la Vénétie à l’Italie ; car si, de concert avec la Prusse, et sans se préoccuper du traité de 1852, elle a fait au Danemark une guerre au nom de la nationalité allemande, il paraissait juste qu’elle reconnût en Italie le même principe en complétant l’indépendance de la Péninsule... »

« Dans la guerre qui est sur le point d’éclater, nous n’avons que deux intérêts ; la conservation de l’équilibre européen et le maintien de l’œuvre que nous avons contribué à édifier en Italie... »

Cependant quelques-uns crurent devoir lui être hostiles par système, et l’un d’eux écrivait : « La lettre de S.M. l’Empereur des Français à M. Drouin de Lhuys nous satisfait entièrement, mais nous espérons bien que les nobles paroles qu’elle contient seront tout ce que nous pourrons avoir à lui demander. »

Le 15 juin voyait surgir une nouvelle complication politique. Tous les ministres remettaient leur démission entre les mains du roi Victor-Emmanuel. Le baron Ricasoli fut immédiatement chargé de reconstituer un nouveau cabinet. C’était un embarras qui venait mal à propos pour le gouvernement. En dehors de ces crises ministérielles, l’armée semblait terminer son mouvement stratégique. Le 3e corps au grand complet était concentré à Plaisance, sous les ordres du vaillant général Della Rocca, homme de guerre d’un grand coup d’œil, et dont le calme au milieu des événements militaires les plus compliqués ne s’est jamais démenti. Né à Turin en 1807, capitaine d’état-major en 1831, chef d’état-major de l’armée sarde en 1859, c’est un des généraux les plus instruits de l’armée italienne. Il commandait en 1860 le 5e corps d’armée, et s’empara entre autres places fortes de Capua qui était armée de 280 pièces de canon, et défendue par une garnison considérable.