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Dieu et le Tao

De
110 pages
La lecture de cet ouvrage permet de comprendre aisément comment Dieu et le Tao sont véritablement les principes fondateurs de l'Occident et de la Chine, de la Chrétienté médiévale et de l'Empire du Milieu. Leur présentation simultanée favorise leur éclairage naturel. Si ils sont insondables en eux-mêmes, en les abordant sous un certain angle d'approche, les particularités culturelles de chaque civilisation s'expliquent alors dans les domaines de la pensée, du raisonnement et de l'action.
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DIEU ET LE TAO
(L'Occident et la Chine)

Collection

Points sur J'Asie dirigée par Philippe

Delalande

La collection a pour objet de publier des ouvrages brefs, (200 à 500 pages), sur l'actualité politique, économique, sociale, culturelle en Asie. Ils traitent soit d'un pays d'Asie, soit d'un problème régional, soit des relations de ces pays avec le reste du monde. Ces ouvrages s'apparentent à des essais aisément accessibles, mais sur des bases documentaires précises et vérifiées. Ils s'efforcent, au-delà de l'analyse de l'actualité de prolonger la réflexion sur l'avenir. La collection voudrait, autant que faire se peut, pressentir les questions émergentes en Asie. Elle est ouverte à des témoignages, des expériences vécues, des études systématiques. Les auteurs ont tous une connaissance pratique de l'Asie. Les lecteurs visés sont des personnes soucieuses de s'informer de l'actualité en Asie: investisseurs, négociants, journalistes, étudiants, universitaires, responsables d'ONG, cadres de la fonction publique en relation avec cette Asie en rapide mutation; où vit la majeure partie de la population du monde. Déjà parus Nilsy DESAINT, Mort du père et place de la femme au Japon, 2006. Asie 21 - Futuribles, La Chine à l'horizon 2020,2006. PROCHEAS, Cambodge: Population et société d'aujourd'hui, 2005. Lucas DOMERGUE, La chine, puissance nucléaire, 2005 Dominique LUKEN-ROZE, Cambodge: vers de nouvelles tragédies? Actualité du génocide, 2005. Hervé COURA YE, L'alliance nippo-américaine à l'épreuve du Il
septembre 2001, 2005.

Chris REYNS, Images du Japon en France et ailleurs: entre
japonisme et multiculturalisme, 2005. J.P. BEAUDOUlN, Zen, Ie torrent immobile, 2005. Sabine TRANNIN, Les ONG occidentales au Cambodge. La réalité derrière le mythe, 2005. Stéphanie BESSIERE, La Chine à l'aube du XXIème siècle, 2005. Nathalène REYNOLDS, L'enjeu du Cahemire dans le conflit indopakistanais,2005. N. SIMON-CORTES et A. TEISSONNIERE (Textes réunis par), Viet Nam, une coopération exemplaire, 2004.

Antony TAO

DIEU ET LE TAO
(L'Occident et la Chine)

L'Harmattan

Du même auteur: « Chamanisme et Civilisation Chinoise Antique» ~'Harmattan

2003)

A mes quatre enfants:

Philippe, Marie-Christine, Isabelle, Jean- Pascal.

Avec mes remerciements pour leur aide précieuse dans la préparation de ce travail à : Roland BOURDEAU Jean-Yves LIVENAIS Jean-Michel MORISSEAU J ulien PA UMIER Chantal TRUCHETIO

L.Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr (QL'Harmattan, 2007

ISBN: 978-2-296-02437-3 EAN : 9782296024373

AVANT-PROPOS

1 - Deux croyances fondamentales
Dieu et le Tao sont les deux croyances fondamentales de l'Occident traditionnel et de la Chine, c'est-à-dire de la Chrétienté et de l'Empire du Milieu. Depuis l'ère chrétienne, les traités sur Dieu ont été innombrables alors qu'en Occident ceux concernant le Tao n'ont fait que tardivement et parcimonieusement leur apparition. Tout cela peut, non seulement s'expliquer aisément, mais permet aussi, grâce à une petite incursion dans l'histoire, de mieux saisir leur place respective dans chaque civilisation. 2 - La notion de Surnature Si je cite fort souvent Marcel Gauchet, c'est en raison de son fort remarquable ouvrage-clé « Le désenchantement du monde », « une histoire politique de la religion. » C'est une histoire qui ne se lit évidemment pas comme un roman, car chaque ligne donne matière à réflexion et le texte apporte des éclairages nouveaux sur la religion. Pour traiter des métamorphoses dont sont sujettes les premières croyances humaines, les croyances animistes, lors de la formation des Etats, il utilise une notion fort opérationnelle, celle de Surnature, cet « Invisible », ce « divin morcelé qui anime le monde visible. »11montre particulièrement comment la Surnature animiste s'est alors métamorphosée chez les Hébreux en monothéisme, (concentration d'un dilJinédaté danJ le monde en un
Jujet uni à part du monde).

Il ne traite pas de l'avènement du Tao, mais se contente, en bas d'une page, d'une remarque décisive: « la pensée chinoise met le principe d'ordre au milieu des choses. » 3 - Le règne de l'Invisible - A l'ère paléolithique, les hommes étaient spontanément animistes. Pour eux-mêmes et les animaux, tout était animé par des esprits invisibles personnels, impersonnels pour tout ce qui

était visible dans la nature: minéraux comme végétaux, les fleuves comme les montagnes et les forêts, les phénomènes telluriques comme les phénomènes atmosphériques et les astres. Tout était donc vivant grâce à ces esprits invisibles qui leur étaient intimement liés, leur étaient immanents. Selon cette croyance générale animiste, chaque être animé avait donc un double visage:
-

un visage visible, celui de la nature, du i'OJtJ20J,

un visage invisible, celui de l'esprit qui lui donnait vie (Bioi). Le monde animiste était donc i'ostJ2obiologique, mais sa Surnature (ensemble des esprits invisibles) était morcelée en dynamismes individuels. al Dans de tels groupes animistes, le chaman avait un rôle très important. Il pouvait entrer en relation avec certains esprits concernés selon les nécessités. Son âme assurait alors la liaison avec ceux-ci. Les maladies étaient provoquées chez un malade par l'éloignement de son âme. Il n'y avait guérison que si le chaman pouvait récupérer l'âme et la ramener dans son corps d'origine. Il agissait alors comme guérisseur (medicine-man). En cas d'échec, c'était le décès du malade.
b I La cohérence d'un groupe paléolithique était assurée par le

respect de la « loi des ancêtres» qui remontait à un passé mythique. La tâche du chef traditionnel était d'en remémorer sans cesse les impératifs et de les faire revivre dans des cérémonies rituelles. Le chef, comme le chaman, étaient égaux devant cette loi des ancêtres, principe d'ordre de leur groupe. Ainsi, dans tout groupe humain régnaient alors deux croyances fondamentales: - leur conception de l'univers ~'animisme ou le présent invisible), - leur principe d'ordre ~a loi des ancêtres ou le passé mythique).

4 - Les croyances au néolithique
Au néolithique, c'est la sédentarisation et le passage d'une économie de prédation (chasse, pêche, cueillette) à une économie de subsistance (agriculture, pisciculture, élevage). - 8 -

Cependant, la loi des ancêtres s'est maintenue car aux anciens impératifs (coutumes, techniques, rites, etc.) s'ajoutèrent spontanément ceux nécessités par les innovations. L'Invisible s'était aussi enrichi de dieux, de déesses et autres êtres surnaturels personnalisés dont le comportement était semblable à celui des humains. Dans la nouvelle économie, les chamans s'adonnèrent alors de plus en plus à la divination, mais certains restaient plutôt des guérisseurs ou des faiseurs de pluie. Le chef traditionnel fut désormais assisté par un conseil des anciens pour régler les affaires du clan selon la loi des ancêtres. On construisit des villages, des cités plus importantes et fortifiées. Pour diriger ces travaux collectifs, certains membres du clan étaient désignés selon leurs qualités et leurs aptitudes, mais l'égalité de tous était toujours la règle. De nombreuses civilisations fleurirent alors partout. Ainsi, celle de Yangshao en Chine. de l'Etat Avec l'apparition de l'Etat à l'âge du bronze, il y eut un bouleversement de la société et de ses croyances. Auparavant, seule régnait la loi omnipotente des ancêtres. Désormais, il y a intrusion dans la société d'un chef politique et d'une hiérarchie nettement visibles et bien présents. Qu'advient-il alors de l'ancien principe d'ordre?
-

5 - L'apparition

ou bien le chef prétend

parler en son nom, étant son

représentant,
-

ou bien il le détrône pour prendre sa place et apparaître

comme un souverain divin, - ou bien il est honoré dans un temple sous une forme divine, - ou bien, comme dans le cas spécial de la Chine, c'est le Tao, le Ciel, qui devient le principe d'ordre pour tous. Le souverain terrestre est alors le Fils du Ciel. Les panthéons se hiérarchisent aussi. Sous les Schangs, le «Seigneur du Ciel» qui réside dans la Grande Ourse est à l'image du souverain de la Chine.

-9 -

6 - Tensions dans l'Etat conquérant
Tout monarque peut rêver de devenir le maître du monde et s'efforcer d'absorber dans ce but le plus grand nombre de territoires et de populations par des conquêtes glorieuses. « Inhérent à la puissance est l'impératif de monter en puissance. » (Marcel Gauchet) N on seulement les principes d'ordre et les dieux de chaque ethnie se trouvent en rivalité entre eux, mais surtout avec l'orthodoxie impériale. Toutes les ethnies sont alors soumises à des contraintes pour s'uniformiser conformément aux règles de l'empire qui les englobe. Leurs croyances sont donc doublées, englobées par celles du conquérant. « La dimension et l'horizon de l'universel font alors irruption dans le champ de leurs expériences vécues.» Cette tension entre les anciennes normes locales et les nouvelles règles impériales travaillent tous les esprits obscurément avant d'aboutir à des ruptures mentales. Tout ceci pour aboutir à ce qu'on appellera plus tard « la vie spirituelle. »

7 - L'avènement du Tao
Au néolithique, on avait déjà remarqué que lors des sacrifices rendus aux esprits, des craquements et des fissures se manifestaient sur les os des bêtes immolées. On s'imagina qu'il s'agissait de messages divins qu'il fallait interpréter. Pour améliorer, simplifier l'opération, les chamans remplacèrent les bêtes entières par leurs omoplates perforées pour y mettre des tisons enflammés. Les rois devins Shangs prirent l'initiative de remplacer les omoplates par des plastrons de tortues, leurs carapaces ventrales. Cette initiative eut d'importantes conséquences car cet animal est le symbole de l'univers pour les Chinois: sa longévité est, en effet, l'image du temps; sa carapace dorsale, celle du ciel et le plastron, celle de la terre. Les fissures ne furent plus alors interprétées comme « la manifestation de la volonté des esprits» mais, comme la manifestation spontanée des transformations de l'Univers. (Léon V andermeersch). - 10 -

La multiplicité animiste (p. 86) des dynamismes individuels et impersonnels des esprits fut alors remplacée par l'unicité (fig. 5 p. 88) du dynamisme universel, impersonnel du Tao. C'est-à-dire qu'aux multiples individualités cosmobiologiques (esprits immanents à leurs sites naturels) se substitua l'unique monde cosmobiologique où le Tao lui est immanent. Cet avènement du Tao fortifia la croyance populaire plus ou moins confuse en une puissance animiste de l'univers. Plus tard, Laozi, Zhuangzi, loin de bâtir des constructions idéologiques, s'efforcèrent de trouver les meilleures formulations pour en tenter une approche. Remarques
- L'avènement animistes. du Tao est le résultat d'une éllolution des croyances

- On comprend alors pourquoi les peuples animistes mongols et mandchous se sont adaptés si facilement à la civilisation du Tao lorsqu'ils fIrent la conquête de la Chine. - La puissance des dieux est limitée puisque toute animation relève du Tao. - NB : Avec l'Etat, le Tao devint naturellement le principe d'ordre.

Suivre le Tao, c'est s'en tenir absolument et uniquement aux mutatiollJ llature!!eJ. C'est refuser à la société tout dynamisme indépendant ou original qui ne se règlerait pas sur elles. L'avènement du monothéisme C'est en Israël que le monothéisme est né et dans des conditions complètement différentes de celles où est apparu le Tao en Chine. Mais, malgré cela, il y a des aspects communs: - tendance à l'unité de la Surnature, - promotion de celle-ci comme principe d'ordre
-

8

présence de l'Etat aa dynastie Schang pour le

Tao; de puissants Etats qui enserrent le petit peuple d'Israël). Le monothéisme fut une réponse finale décisive apportée par les prophètes aux Hébreux pour assurer leur survie.

- 11 -