Discours sur l'afro-modernité

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L'Afrique peut-elle, au regard de son mode de vie actuel et de ses constantes historiques, s'intégrer à la modernité alors qu'elle reste toujours embrigadée dans un traditionalisme désuet et rétrograde ? Comment l'esprit scientifique peut-il prendre racine dans ce continent ? Telles sont quelques questions à partir desquelles cet essai porte un regard ouvert sur cette Afrique des infortunes permanentes.

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Date de parution 01 octobre 2013
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EAN13 9782336326719
Langue Français

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NZHIE ENGONO
ZIEH ENGONO
JeanNZIEH ENGONO
Discours sur l’afro-modernité Pour une herméneutique de la pensée africaine
Problématiques africaines
Discours sur l’afro-modernité
Problématiques africaines Collection dirigée par Lucien AYISSI Il s’agit de promouvoir la pensée relative au devenir éthique et politique de l’Afrique dans un monde dont on proclame de plus en plus la fin de l’histoire et de la géographie. L’enjeu principal de cette pensée à promouvoir est la réappropriation conceptuelle, par les intellectuels africains (philosophes, politistes, et les autres hommes et femmes de culture), d’un débat qui est souvent initié et mené ailleurs par d’autres, mais dont les conclusions trouvent dans le continent africain, le champ d’application ou d’expérimentation. La pensée à promouvoir doit notamment s’articuler, dans la perspective de la justice et de la paix, autour des questions liées au vivre-ensemble et aux modalités éthiques et politiques de la gestion de la différence dans un espace politique où la précarité fait souvent le lit de la conflictualité. La collection « Problématiques africaines » a également l’ambition d’être un important espace scientifique susceptible de rendre de plus en plus présente l’Afrique dans les débats mondiaux relatifs à l’éthique et à la politique. Déjà parusNsame MBONGO,La personnalité physique du monde noir. Contre-histoire de la philosophie,tome 2, 2013. Nsame MBONGO,La philosophie classique africaine. Contre-histoire de la philosophie, tome 1, 2013. Pascal MANI,La problématique de la retraite sous les tropiques, 2012. Daniel ABWA, Lucien AYISSI, C. Christian TSALA TSALA, Regards croisés sur les cinquantenaires du Cameroun indépendant et réunifié, 2012. Jacques CHATUÉ,L’épistémologie d’Émile Meyerson, 2012. Joseph EPEE EKWALLA,Développement social des entreprises camerounaises, 2012. Jean-Baptiste DJOUMESSI,Société civile. L’autre voie du développement de l’Afrique, 2011. Marcien TOWA,Identité et transcendance, 2011.
Jean NZIEH ENGONODiscours sur l’afro-modernité Pour une herméneutique de la pensée africaine
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-01505-7 EAN : 9782343015057
Avant-propos
Rédigé au cours de l’année 2008 mais présenté tardivement pour publication en 2012, l’ouvrage dont vous commencez la lecture nécessite, afin que vous soyez mieux édifié sur son profil et sa configuration d’ensemble, qu’il soit préalablement situé dans l’esprit et la perspective didactique qui lui ont donné naissance. Il est en fait au départ, dans son fond comme dans sa conception, une dissertation académique destinée à esquisser une sorte de panorama à la fois rétrospectif et prospectif de mon activité scientifique et indiquant en même temps les linéaments de base et les pistes de réflexion essentielles auxquelles je m’intéresse au département de sociologie de l’Université de Yaoundé I au Cameroun, notamment dans ce vaste champs du « développement » et de la « modernité » africaine. Autant dire tout de suite que son orientation architectonique et son contenu heuristique doivent se lire et se comprendre en définitive au travers de ce profil de « travail universitaire » et à la lumière de la position d’interface qu’il occupe et qui le situe à la fois comme une « dissertation » dans sa texture et sa présentation d’ensemble, et comme un essai critique sur la « modernité africaine ».
Si, comme on le remarquera, il s’encombre, dans les premières pages surtout, d’un certain nombre d’indications de lecture et de prolégomènes explicatifs, c’est pour mieux restituer très précisément ce cadre d’ensemble et le contexte de la pensée liminaire qui, en amont, lui ont donné corps et sur lesquels il s’est construit sous cette forme de compendium cristallisant un ensemble de réflexions que je développe à ma manière sur le « difficile accès de l’Afrique à la modernité », que d’aucuns considèrent comme des « problèmes de développement africain ». Je crois d’ailleurs devoir signaler à ce sujet qu’en m’intéressant au plus près à cette « modernité africaine », la posture intellectuelle dans laquelle cet essai voudrait s’inscrire traduit aussi le profil de chercheur que j’ai toujours affiché par ailleurs dans mes autres productions scientifiques ; une posture qui s’écarte au mieux d’une vision cosmétique et « enjoliveuse » de la société africaine et qui
interpelle beaucoup plus l’intellectuel africain en l’invitant parallèlement à faire montre de beaucoup de sang-froid et d’un certain recul épistémologique dans le regard qu’il porte à sa société. Elle voudrait donc en appeler prioritairement à une sorte de réflexion alternative et volontiers porteuse de sens critique. L’interpellation qui, comme on le sait, est aussi une manière de favoriser la disposition d’esprit à mieux réfléchir, et de remettre en même temps en question un ordre social ou intellectuel donné, souvent trop bien établi.
En reposant ainsi sur cette attitude intellectuelle qui tend aussi à se démarquer d’un mode de penser et d’une vision largement afro-centrique très prégnants dans la conscience collective de nos sociétés africaines fragiles et fébriles en matière d’habitude de raisonnement, une telle position a surtout ici un dessein incitatif qui voudrait revenir à privilégier à la fois l’esprit d’engagement scientifique de la sociologie et celui d’audace de la pensée créatrice qui doivent animer au départ toute pratique sociologique. Davantage dans cette « sociologie africaine » dont la position scientifique à la fois hésitante et partisane se heurte encore malheureusement trop souvent à un manque de rigueur intellectuelle, alors qu’elle devrait promouvoir de plus en plus aujourd’hui l’éclosion d’une pensée neuve, autre et libre, à même de favoriser un certain nombre de mutations sociales positives, sans pour autant tomber dans les dérives intellectuelles naïves d’une sociologie du prétexte ou d’une sociologie marginale. Une telle position, il convient de le comprendre aussi, n’est cependant pas une forme d’hérésie pour la connaissance ordinaire et les formes de pensée issues de la « culture impériale majoritaire » : elle voudrait plutôt viser à inciter ici cette sociologie africaine à exercer – au-delà de ses balbutiements et de ses errements actuels, et au regard de tout le contexte socio-historique d’embrigadement de la pensée réflexive qui lui donne forme – un regard périphérique qui peut mieux l’amener à apostasier les attitudes intellectuelles dominantes d’une Afrique toujours apologétique vis-à-vis d’elle-même, qui vit sur la défensive permanente quand il s’agit d’évaluer ses tares et ses tribulations, et qui reste toujours prompte à vouloir s’innocenter tout en accusant en permanence les autres.
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Dans cette même perspective de recul épistémologique, on peut dire que c’est un tel regard qui peut mieux permettre à cette sociologie africaine de tourner résolument le dos – sans pour autant tomber dans une attitude d’imposture intellectuelle et un discours de surenchère rhétoriques qui peuvent paraître désinvoltes - à un esprit d’obédience « statutaire » qui, incapable de l’affirmer dans ses propres vues, la maintient encore trop souvent dans un état de stérilité conceptuelle et analytique, au regard surtout de cette « modernité » qu’elle doit interpeller et dans laquelle l’Afrique en mouvement est désormais insérée.
Peut-être devrais-je revenir encore là-dessus, quitte à me répéter inlassablement : la sociologie africaine (ou ce qui en tient lieu) évolue encore malheureusement la plupart du temps, en ce qui concerne ses options heuristiques et sa pratique routinière, dans le strict usage d’un langage « aseptisé » et dans la simple recherche d’une certaine reconnaissance sociale : toutes choses qui la réduisent à une banale entreprise de séduction du grand public tout en l’exposant à un silence de mise face à son devoir d’engagement pour une réflexion véritable sur les problèmes de développement et de changement social qui doivent aussi l’interpeller en prime. Manquant parfois de la simple audace intellectuelle et surtout incapable d’exercer pleinement la fonction « critico-réflexive » qui est celle de toute science, et qui est aussi la sienne, elle a continué ainsi au fil du temps sa morne existence, empêtrée dans des contradictions rédhibitoires, sous la houlette d’un « sociologisme » purement académique, à coup d’étalage parfois infatué de connaissances « fossilisées » propres aux premières heures de cette discipline naissante, et souvent en rupture avec le contexte socio-historique africain sur lequel elle doit se greffer, sans chercher à contribuer réellement au développement d’une réflexion éclatée, ni à répondre aux multiples sollicitations d’éclairage sur cette société africaine actuelle, dont cette discipline aurait pu faire l’objet en tant que science. C’est là autant de préoccupations qui me conduisent aujourd’hui à rappeler ici, d’un point de vue essentiellement didactique, l’idée à mon sens opportune selon laquelle cette sociologie africaine devrait éviter d’enraciner ses positions intellectuelles dans l’esprit et le dessein de légitimer exclusivement une vision de la connaissance détachée de son
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contexte de production et d’application, et expurgée des visées philanthropiques. Une telle vision de la sociologie court toujours le risque (sans le vouloir réellement) d’occulter par ailleurs les vrais problèmes relatifs aux préoccupations développementistes propres à une Afrique en construction, tout en laissant l’impression de légitimer ou d’approuver souterrainement les seules pratiques sociales dominantes, ou les intérêts de pouvoir en faveur des hiérarchies établies dans la société.
En ambitionnant, dans l’esprit de libre pensée dont je me fais l’apôtre, de poser même de façon simplement irénique un certain nombre de problèmes qui « dérangent » parfois, au regard surtout des difficultés récurrentes que l’Afrique éprouve à accéder à cette « modernité victorieuse » pourtant tant enviée, cet ouvrage risque assurément de paraître pour beaucoup d’esprits comme une vaste diatribe, surtout face à une conscience africaine trop bien rangée et insouciante, qui répugne toute forme d’interpellation et s’offusque en permanence de toute forme de remise en question ; une conscience somme toute « afro-normée », qui bien souvent, se sent toujours contrariée dès lors qu’on lui renvoie même fidèlement comme dans un miroir l’image pourtant réelle de sa propre société. De ce côté il risque certainement de déplaire, en dépit de cet appel à l’auto-évaluation et à la commune réflexion qui constituent ses fondements didactiques.
Il reste enfin que cet essai - en étant certes l’œuvre d’un sociologue sans pour autant être à proprement parler un ouvrage de sociologie comme on aimerait en lire sur l’Afrique – a voulu se débarrasser à dessein de certaines subtilités épistémologiques propres à une « orthodoxie de l’art » souvent recherchée, pour adopter le ton et la liberté de langage sur lesquels la sociologie africaine notamment doit s’efforcer de cultiver aussi son esprit d’indépendance. Il ne faut donc pas voir seulement là une forme d’indocilité disciplinaire de ma part, mais un appel à un nouveau mode de « réinvestissement du social » qui risque de plus en plus de tracer à cette sociologie africaine son chemin et lui imprimer les marques d’une dynamique d’investigation qui reste encore à construire, surtout hors de l’ascendant de cette « culture impériale majoritaire ».
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Présentation
En traduisant aujourd'hui, dans ses orientations culturelles « attentistes » et sa logique de consommation ostentatoire, l'image d'un monde plus porté sur la seule « ustensilité » des produits que d'autres ont inventés ou fabriqués, mais tout en étant incapable de souscrire aux logiques rationnelles et scientifiques ou même à l'esprit d'effort au travail, qui ont impulsé en amont, sous d'autres cieux, cette civilisation matérielle dont elle se délecte les fruits, l'Afrique semble révéler au grand jour le paradoxe d'un continent qui n'est arrivé à accomplir jusque-là aucune véritable rupture avec un mode de vie archaïque, en vue de la construction d'une société plus audacieuse. Alors que la prospérité de l'Europe s'est fondée historiquement durant des siècles sur son aptitude au travail et sa volonté de conquérir et de transformer le monde, sur la base d'un changement préalable de son état d'esprit, l'Afrique, elle, est restée enfermée dans une sorte d'apathie intellectuelle et de révolte permanente contre la « raison agissante », refusant par avance de se remettre en question ou de tirer des leçons de ses erreurs. C'est sur ce fond de « faillite » avérée de la conscience d'une société « arriérée et figée dans le passé », fortement enracinée dans les traditions souvent désuètes et les superstitions triviales et rétrogrades que se construit ainsi, depuis son contact avec l'Europe coloniale, la modernité africaine. Une modernité inventée par cette Europe et apportée donc de l'extérieur à cette Afrique perdue dans son fatalisme et sa passivité récurrente et manquant, en définitive, de cet esprit d'audace à même de l'inciter à souscrire à l'éthique et à l'ambition prométhéenne qui ont été, pour l'Occident conquérant, porteuses de transformations bénéfiques.
Comment comprendre aujourd'hui que, ni son histoire millénaire propre, ni son contact avec l'Europe et sa modernité n'aient jamais réussi jusque-là à provoquer significativement cette secousse inévitable qu'on aurait raisonnablement espérée dans cette Afrique, et qui aurait sans doute contribué à brider en elle ce mode de vie ancestral toujours prégnant qui lui est pourtant préjudiciable pour son épanouissement ? En l'absence d'une mentalité