//img.uscri.be/pth/ab27d7b35d85469a611f1aec84f252df0691832c
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

Dix années de voyages dans l'Asie centrale et l'Afrique équatoriale

De
436 pages

Voyage à Hérat (Afghanistan), y compris la place où la bataille d’Issus eut lieu et la situation d’Issus ; le pays de Tonacain selon Marco Polo, et ceux des Tapyres ou Touraniens et des Aryens selon les anciens ; la rivière et le lac d’Arya et l’Alexandrie en Arya.

Au mois d’octobre de l’année 1867, je suis parti de mon pays natal, Vytina, bourg de la province de Gortynie dans le Péloponnèse, et au mois de novembre de la même année, j’ai quitté Athènes, afin d’explorer les contrées de l’Asie centrale et de déterminer, s’il était possible, leur situation d’après les données de nos anciens géographes.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Panagiotes Potagos

Dix années de voyages dans l'Asie centrale et l'Afrique équatoriale

AVANT-PROPOS

Pindare nous dit qu’il faut donner au frontispice d’un ouvrage le plus d’éclat possible1 ; et c’est le cas surtout quand cet ouvrage a été poursuivi au prix de beaucoup de peines, de sacrifices et de périls. Tel est le motif pour lequel j’ai tenu à rappeler sur le titre de la traduction de mon ouvrage le nom des savants qui ont bien voulu me prêter le concours de leurs lumières.

M. Adolphe Meyer, membre de l’Académie de Marseille, et auteur de plusieurs ouvrages estimés, a traduit le premier livre et les trois premiers chapitres du quatrième. Une maladie cruelle, aux suites de laquelle il a heureusement échappé, l’a forcé d’interrompre sa tâche. Son unique préoccupation, au milieu de ses plus grandes souffrances, était ce que deviendrait l’œuvre qu’il avait commencée. Il me dit un jour : « Je ne voudrais mourir qu’après avoir terminé ma traduction ; donnez à cet ouvrage, continuait-il, le titre de Voyages sincères. »

M. Laurent Labadie, helléniste, s’est alors chargé de la version du second livre qu’il a exécutée avec les conseils de son maître, M. Jules Blancard, professeur de grec moderne à la Faculté des lettres d’Aix ; et celui-ci, avec l’autorité que lui donne sa parfaite connaissance de l’idiome hellénique, a mis lui-même en français le troisième livre et les deux derniers chapitres du quatrième.

M. Ém. Burnouf, directeur honoraire de l’École française d’Athènes, qui porte si dignement un nom illustre dans la philologie, a revu les parties principales de l’ensemble de ces traductions auquel manquait l’unité.

M. Alfred Maury, membre de l’Institut et professeur d’histoire au Collège de France, a bien voulu aussi prendre connaissance de la traduction et nous communiquer ses observations.

Enfin, par un acte de libéralité que je tiens à rappeler ici, la Société de géographie de Paris a fait graver à ses propres frais la carte destinée à l’intelligence du voyage.

L’ouvrage, ainsi composé en français, présente au lecteur le tome Ier du résumé de mes voyages ; il est divisé en quatre livres. On trouvera dans les deux premiers l’itinéraire de mes pérégrinations depuis mon départ d’Athènes jusqu’à mon retour dans la même ville. Ils contiennent conséquemment la description des contrées par nous visitées, faite au point de vue géographique et climatologique. Nous y avons joint l’examen et la discussion des données que les anciens nous fournissent sur ces mêmes pays, à commencer par Homère, le premier, comme le remarque Strabon, qui ait osé faire la géographie de la Terre2. Le troisième est consacré à l’exposé des synchronismes des peuples de l’antiquité. Nous cherchons à y établir que les fables, que cette antiquité nous a transmises, représentent des données réellement historiques, conservées par la tradition, mais altérées par le temps, défigurées, embellies ou exagérées par l’imagination durant la suite des siècles. Le quatrième livre contient un tableau des phénomènes météorologiques, et l’aperçu d’un nouveau système de distribution de la Terre, à savoir une division en trois zones, répondant à la division de l’espèce humaine en trois races. On y rencontrera en outre la théorie des éléments naturels et primitifs de notre planète.

Le tome II de l’ouvrage traitera des mœurs, des coutumes, de la religion, du gouvernement et de l’histoire des diverses nations que nous avons visitées. Nous avons dû malheureusement différer la publication de ce second volume, n’ayant point rencontré dans le gouvernement grec les encouragements que nous étions en droit d’attendre, et tout au contraire une opposition qui n’est pas à sa louange.

Le lecteur ne trouvera pas ici les récits merveilleux qu’on a trop souvent faits des contrées lointaines ou mal connues, il y trouvera l’exactitude et la vérité. Toutefois nous n’avons pas dû taire les dangers que nous avons courus et les difficultés de toute nature que nous avons dû surmonter pour parcourir des pays, où n’avait encore pénétré aucun homme de science, ni même un voyageur conduit par l’appât du gain. Le lecteur nous pardonnera, nous l’espérons, les justes sentiments d’indignation que nous avons parfois éprouvés, et dont nous consignons dans notre relation le témoignage. Si nous avions passé sous silence les émotions que nous avons ressenties, notre relation aurait présenté des lacunes et pu même éveiller des soupçons.

Avant d’entrer dans le récit de mes voyages, je dois au préalable faire connaître les causes pour lesquelles je les ai entrepris, et, avant de les faire connaître, dire quelques mots de ma biographie, qui m’a été plusieurs fois demandée en France et en Allemagne. Elle se résume au fond dans mon voyage.

Ayant perdu mon père à l’âge de six mois, je n’ai connu que ma mére. Son père Panagiotis Lalas était de Stemnitza, bourg de Gortynie dans le Péloponnèse. Trois certificats furent délivrés à mon oncle appelé aussi Panagiotis Lalas ; ils se trouvent entre mes mains. L’un, portant la date du 15 mars 1841, est signé par l’archevêque Sellasias Theodoritos et par les généraux Théodore Colocotronis, P. Mavromikhalis, Canélos Déligiarinis et P. Jatracos ; leurs signatures sont certifiées par le maire d’Athènes Dem. Calliphronas, le 19 avril de la même année. Le second est daté du 8 octobre 1843 et signé par les généraux P. Mavromikhalis, Kitzos Tzavellas, Nikitas Stamatélopoulos, N. Pétimézas, P. Notaras, A. Londos, A. Vlakhopoulos et J. Colocotronis ; ces signatures sont certifiées le 12 janvier 1844 par le maire d’Athènes A. Petrakis. Le troisième porte les signatures des généraux Nikitas Stamatélopoulos, Hadji-Christos, Agalopoulos, J. Colétis et D. Plapoutas, mais elles ne sont certifiées par aucun maire. Toutes ces pièces attestent « que mon grand-père Panagiotis Lalas était un général du Péloponnèse, membre de la Société des Amis, qui a provoqué la guerre de l’Indépendance, qu’il fit de généreux sacrifices pour la cause nationale, et dépensa de grandes sommes d’argent pour l’entretien de tous ceux qui vivaient sous ses ordres, officiers et soldats, qu’il assista à plusieurs combats, et ne quitta pas l’armée jusqu’à la prise de Tripolitza. » Mon grand-père, ayant sous ses ordres ses compatriotes, fut l’un des premiers qui monta à l’assaut. Il s’empara, au dire de mon oncle, de la maison de Mahmout-Effendi, lieutenant de Khourchid-Pacha, alors absent, ou d’après d’autres, de la maison de Kiarmil-bey de Corinthe, dont la famille était à cette époque réfugiée à Tripolitza. Mon grand-père saccagea la maison et emmena prisonnières les femmes au nombre de trois. Elles demeurèrent chez lui jusqu’à sa mort et furent enlevées secrètement, puis vendues à leurs parents. Leurs parures en diamants, et d’autres bijoux de valeur, se trouvent encore entre les mains des héritiers de mon aïeul. Il répondait à ceux qui lui demandaient leur part de butin. « Allez, apportez-moi et je vous donnerai. » Un jour les plus hardis de ses soldats l’attaquèrent en plein marché ; il tira son épée et les mit en fuite. On raconte qu’il s’aventurait hors des fortifications, et combattait parfois seul, en avant des soldats ; une balle frôla un jour son pied, et coupa les attaches de sa chaussure sans le toucher : « Ah ! dit-il, l’imbécile m’a abîmé mon tzarouh » (chaussure de cuir dont le haut est de soie tressée, très légère à la marche). Il avait une grande foi dans une relique, qui renfermait, disait-on, un morceau de la vraie croix, et qui passait pour éloigner les balles. Peu après la prise de Tripolitza, mon grand-père tomba malade et mourut ; d’après certaines personnes, il avait été empoisonné. Pendant ses funérailles, ses soldats jugeant le moment propice, entrèrent chez lui et dévalisèrent la maison. Le vrai nom de famille, comme nous le verrons plus tard, était albanais ; on appelle Lalidès à Bérat les habitants des plaines ; le nom de famille Lalas n’est pas rare en Épire. Il ne s’ensuit pas cependant que mon grand-père fût Albanais ; mais il est probable qu’un de nos ancêtres était du village de Lala, habité jadis presque exclusivement par des Albanais, et situé dans une vallée du mont Pholoë.

Mon père, appelé comme moi, Papagiotis Potagos, était de Vytina, bourg aussi de Gortynie, situé non loin de Stemnitza ; il fut tué le 12 janvier 1840 en poursuivant avec ses compatriotes la bande de brigands de Katziavo et de Ghifto Giannaki, bande qui s’était rendue fort redoutable dans notre pays. Ces brigands avaient longtemps tenté de faire de mon père leur ami, et comme il repoussait leurs propositions, ils le menacèrent de mort. Dans le combat où il fut tué, périrent aussi deux brigands, dont l’un était le chef de la bande. Les circonstances qui accompagnèrent la mort des frères de mon père présentent un intérêt tout particulier. Lorsque Ibrahim-Pacha arrachait de Nymphasie, notre commune, pour les emmener en esclavage, dix-sept jeunes filles entre lesquelles se trouvait Christitza, qui a fait le sujet d’un drame émouvant, et était la plus belle, ma tante Hélène fuyait, tenant entre ses bras son fils qu’elle ne voulait pas quitter. Elle gagna le nord-ouest du village de Granitza, et atteignit le sommet d’un rocher abrupt, lequel, situé vis-à-vis et à une petite distance d’un autre pareil rocher, domine un précipice au fond duquel coule avec fracas le Mylaos, un des affluents du Ladon. L’écho que ce gouffre produit donne naissance à des sons variés d’une certaine harmonie. Un cavalier arabe poursuivit jusque-là ma tante, et à l’instant où il étendait le bras pour la saisir elle déposa son enfant au bord du rocher et s’élança dans l’abîme. Elle était morte avant d’arriver au fond. Frappé d’étonnement et d’effroi à ce spectacle, l’Arabe prit l’enfant, le remit à une vieille femme qu’il trouva sur son chemin, et, lui donnant quelques pièces de monnaie, lui dit d’aller porter la pauvre créature à ses parents. L’enfant, ainsi sauvé, grandit, se maria et fut père d’une nombreuse famille. Quant à mon oncle Lamprinos, il périt victime d’un accident de cheval, et, en vérité, on pourrait croire que mon père et ses frères étaient condamnés à finir par une mort fatale ou violente. Dieu merci, leurs descendants ont échappé à une pareille destinée. C’est dans la bibliothèque de mon père, d’une valeur réelle pour le temps, que j’ai rencontré les livres qui m’ont inspiré le goût de l’étude : une géographie mathématique, une philosophie, quelques exemplaires de nos anciens auteurs, le code d’Arménopoulos et d’autres. Mon père avait étudié à l’école de Vytina, école rivale de celle de Demitzana. Ces deux établissements, qui comptent déjà une assez longue existence possèdent chacun une bibliothèque importante, bien diminuée aujourd’hui, car bon nombre de livres servirent pendant notre révolution à faire des cartouches.

Mon père mort, ma mère se remaria dans son pays et m’emmena avec elle. Malheureusement mon patrimoine fut livré à des tuteurs qui dévorèrent tous les biens mobiliers, et ne respectèrent que les immeubles. Le revenu qu’ils m’ont laissé me permit de faire mes études au Gymnase de Tripolitza, puis à l’Université d’Athènes ; je m’y présentai au concours, institué par le savant professeur, feu D. Mavrocordatos, et je remportai le prix. Je me rendis ensuite à, Paris pour compléter mon instruction médicale dans les hôpitaux de cette ville. De retour en Grèce, au mois de juillet 1866, j’allai m’établir, comme médecin, à Stemnitza, localité où ma mère avait vu le jour, et j’y demeurai jusqu’au mois d’avril 1867, après quoi je me rendis à Vytina, patrie de mon père. J’y trouvai mes parents, que des dissentiments politiques divisaient en deux camps. La situation n’étaient pas tenable, car ils avaient de fort indignes auxiliaires. J’essayai vainement de travailler à la réconciliation de mes parents et d’éloigner les criminels qu’ils s’étaient associés. Quelques-uns des membres de ma famille en vinrent même à mon égard et à l’égard de ceux qui me témoignaient la plus d’attachement à des violences inouïes et à des menaces de mort. Il y eut des scènes déplorables. Un neveu mit le couteau sur la gorge à son oncle, un beau-fils outragea indignement sa belle-mère. Profondément affligé du spectacle que j’avais sous les yeux, des tristes exemples dont j’étais témoin, tel notamment que celui d’un prêtre qui se parjura odieusement, je résolus de tourner ailleurs mon activité et de me rendre utile autrement. L’héroïque Crète luttait encore pour sa liberté ; un discours, que je prononçai à Stemnitza en vue de provoquer une souscription pour les insurgés, éveilla un vif enthousiasme chez mes concitoyens, et une forte somme d’argent fut sur-le-champ souscrite. La jeunesse voulut m’obliger de dresser des listes de ceux qui se proposaient de prêter leurs bras à l’insurrection ; les plus ardents allaient jusqu’à me menacer de mort si je m’y refusais ; mais je déclarai que je me trouvais incapable de les commander, que d’ailleurs notre rôle en cette circonstance était plutôt sur le continent que dans les îles. En réalité, je me défiais de l’action de la diplomatie européenne dans ces tristes événements, et je ne songeais qu’à diminuer le nombre des victimes qu’elle pouvait faire.

J’eus alors la pensée de quitter mon pays et d’aller me fixer dans une autre province de la Grèce ; mais partout je me serais trouvé en présence d’une situation analogue à celle à laquelle je voulais m’arracher. Toute la Grèce était sous le rapport politique, en proie à la division des partis ; pourtant sa situation était moins fâcheuse qu’aujourd’hui. Je répugnais à l’idée de m’établir à l’étranger. Je résolus donc d’entreprendre des voyages pour le progrès de la science, me disant que si j’en revenais sain et sauf, j’aurais été utile à ma patrie, que si je succombais je mourrais du moins d’une manière honorable. Ce n’est pas cependant sans quelques hésitations que je pris ce parti. Dans les voyages que je méditais, il y avait bien des périls à courir, bien des sacrifices à faire, bien des difficultés à surmonter, la pensée d’être fait prisonnier quelque part m’était surtout pénible, et alors, plutôt que de me risquer à une telle chance, je préférais tout de suite en finir avec la vie ; enfin ma résolution fut arrêtée, mais je la cachai aux miens. En partant je dis à mes parents que je me rendais à Athènes pour voir le roi et la reine nouvellement mariés, qui arrivaient de Russie : à Athènes j’annonçai que je partais pour Syra, et à Syra que j’allais pour quelque temps à Smyrne, en fait, je me préparais à une entreprise hardie. Inconnu à partir de Smyrne, je n’avais plus de comptes à rendre à personne.

 

POTAGOS.

Paris, premier décembre 1884.

*
**

Illustration

LIVRE PREMIER

RELATION DU VOYAGE

CHAPITRE PREMIER

Voyage à Hérat (Afghanistan), y compris la place où la bataille d’Issus eut lieu et la situation d’Issus ; le pays de Tonacain selon Marco Polo, et ceux des Tapyres ou Touraniens et des Aryens selon les anciens ; la rivière et le lac d’Arya et l’Alexandrie en Arya.

Au mois d’octobre de l’année 1867, je suis parti de mon pays natal, Vytina, bourg de la province de Gortynie dans le Péloponnèse, et au mois de novembre de la même année, j’ai quitté Athènes, afin d’explorer les contrées de l’Asie centrale et de déterminer, s’il était possible, leur situation d’après les données de nos anciens géographes. Débarqué à Alexandrette, où j’ai pu avoir le bonheur d’examiner à fond cette contrée dans laquelle la puissance grecque s’était tout d’abord affirmée en Asie1j’ai passé par les villes d’Antioche, Laodicée, Tripoli de Syrie, Homs, (Emèse), Hama, Alep, Diarbékir, Mossoul, Bagdat, Kirmancha, Hamadan (ancienne Ecbatane), Téhéran, et le 24 octobre 1869, je suis arrivé à Mesched, qui signifie ville où l’on trouve la sainteté, parce que en cet endroit existe le tombeau de l’iman Riza, autour duquel les Persans enterrent leurs morts, qu’ils y transportent de lieux très éloignés. Les Persans suivent pour l’inhumation de leurs morts les mêmes rites qu’ils avaient avant de devenir musulmans, et surtout pour les obsèques de leurs rois, auxquels ils ont consacré des villes particulières, telles que leur capitale Pasagrade2, aujourd’hui appelée Bam-Narmochir, ou Nyclaoûr à l’ouest de Mesched, que les Grecs appelaient Nysea ou Susia3.

Bien que sous le rapport de la population Mesched soit une des principales villes de la Perse, elle est une cité nouvelle qui doit son développement au monument élevé à l’iman Riza, l’un des douze descendants d’Ali, et parce qu’elle a été la capitale du terrible Nadir-Schah, conquérant de l’Afghanistan, des Indes et vainqueur des Turcs. La mosquée renfermant le tombeau de l’iman est construite avec beaucoup de magnificence. Les minarets, ainsi que deux horloges et la coupole du milieu qui est très haute, sont tout dorés. La mosquée, avec le marché, qui lui appartient entièrement, les auberges, les hôpitaux et des cimetières contigus, couvrent la moitié de la ville. La plus grande affluence des fidèles a lieu au mois d’octobre ; alors, comme nous l’exposons dans la description de la vie, des mœurs, des coutumes, des religions et des régimes politiques, on y célèbre la fête des morts. Pour cette raison, et parce qu’elle est un point de communication avec différents pays, cette ville sert de marché général d’échanges commerciaux avec les pays environnants, et même avec les Indes. Un des meilleurs produits de son industrie locale est une étoffe de laine, imitée de celles de Lahore et de Cachemire, mais d’une qualité moins bonne. La ville entourée d’un mur en terre est, comme toutes les villes de l’Orient, malpropre, avec des rues étroites et sans air ; un boulevard qui sert particulièrement de marché aux bestiaux la traverse, de la porte méridionale du fort jusqu’à la mosquée de l’iman.

Monté sur mon cheval Mounsimlachi, et suivi par mon autre cheval Consul, je m’avançais seul sur ce boulevard, abandonné par mes compagnons de voyage qui craignaient d’être remarqués dans la ville sainte en compagnie d’un ghiaour (infidèle), tandis que pendant le voyage ils tenaient à honneur de marcher avec moi. Non loin de la mosquée de l’iman, je fis la rencontre d’un Anglais, M. Dollmaz, qui était auparavant au service du gouvernement persan, et qui alors servait son propre pays. Étonné de cette rencontre, je lui demandai le premier où je pourrais trouver un gîte : « Chez moi, me répondit-il ; car, dans la ville sainte, il n’est pas permis aux infidèles d’entrer dans les maisons ni dans les auberges. » Et aussitôt il donna ordre à un de ses hommes de me conduire chez lui.

Rentré peu après, M. Dollmaz m’informa que le gouverneur de la ville, le prince Achmet-Doulé, cousin du shah de Perse Rasr-Eddin, ayant appris mon arrivée, avait exprimé le désir de me voir le lendemain à huit heures du matin. Je priai qu’on ajournât ma présentation jusqu’à l’arrivée de la caravane qui portait mes vêtements ; mais le prince insistait, disant que quand même je serais tout nu, il désirait me voir, attendu que le lendemain à neuf heures du matin, il devait se mettre en campagne contre les Turcomans. Je trouvai le prince assis sur un tapis, les jambes croisées et tenant sur ses genoux son sabre tout resplendissant d’or et de pierreries. Il me demanda divers renseignements sur les pays et les États que je venais de traverser, ensuite il s’enquit de son cousin, gouverneur de Kirmanchah, le prince Imam, et manifesta beaucoup de plaisir en écoutant mes récits. Il me fit la proposition de rester avec lui, me disant que j’y serais beaucoup mieux qu’auprès de l’Imam. Il me représentait avec Dollmaz tous les dangers que j’allais courir en poursuivant mon voyage, et il considérait ma perte comme certaine. Voyant que je ne changeais pas d’avis, il me demanda si j’étais muni de lettres de recommandation ; sur ma réponse négative, il me dit : « Où vas-tu sans lettres, hakimlachi (docteur) ? » et il enjoignit au sous-gouverneur Merza (homme lettré) Anoushirvan de me gratifier de deux lettres : par l’une de ces missives il donnait l’ordre à tous les chefs d’étapes qui étaient sous son commandement jusqu’en Afghanistan, de me faire passer d’étape en étape en me fournissant une escorte de vingt cavaliers ou même d’un plus grand nombre, s’il était nécessaire, parce que les routes de Mesched à Hérat, ainsi que de Charout à Nischaour sont exposées aux attaques des pillards Turcomans. Par l’autre lettre il me recommandait au gouverneur de Hérat, Serdar (prince) Fati-Mohammed-Akhbar-Khan (duc), comme un Grec de ses anciens amis. J’en remerciai vivement le prince, et je sortais avec M. Dollmaz, quand il fit dire à ce dernier de rester ; et l’on me conduisit dans une autre chambre où l’on me servit du thé. Peu après, M. Dollmaz vint m’y rejoindre et me dit que le prince voulait m’offrir de l’argent. Je n’acceptai pas son offre, observant que je priais le prince de ne pas insister, parce que je devais achever mon voyage à mes propres frais, d’autant plus qu’il m’avait pourvu de lettres qui pour moi étaient plus précieuses que toute somme d’argent, puisqu’elles devaient me préserver du danger.

Le 18 novembre, je partis de Mesched pour Hérat ; je me dirigeai vers la vallée de Mesched du côté du sud, ayant à l’ouest les montagnes de Mesched, et à l’est celles qui séparent le territoire des Turcomans. Je fis les étapes d’Abdoulabad et de Longhèr et j’arrivai à Turbet, où l’on n’aperçoit plus les montagnes de Mesched, mais celles plus basses qui séparent la Perse du pays Turcoman. A l’ouest de Turbet s’étend le désert de la Perse, où l’on doit cheminer pendant trois jours sans trouver une goutte d’eau, pour atteindre la province de Yezd. C’est une distance de 38 parasanges (pharséngs). La province où sont situées les villes de Turbet et de Mesched s’appelle Khorasan ; au sud elle confine à Hérat, à l’est aux Turcomans, et à l’occident au désert de la Perse. C’est un pays bas, où la neige ne se conserve pas, et cultivé seulement dans les parties où passent des filets d’eau ou kariz, c’est-à-dire des séries de puits nombreux et peu profonds, creusés à la suite les uns des autres, communiquant entre eux, et qui par un canal fournissent de l’eau aux terrains situés plus bas. Le pays de Karabag, au nord-ouest de Mesched, est plus peuplé et mieux cultivé ; il est montagneux et pourvu de sources abondantes. La province située au sud de Karabag et à l’ouest de Mesched s’appelle Nyschaour ; elle est comme toute la vallée de Mesched, habitée et cultivée là seulement où l’on peut avoir des kariz. Les arbres fruitiers y sont rares dans les vallées, et un peu plus abondants dans le Karabag ; le noyer, le pommier et la vigne y prospèrent assez bien.

Marco Polo4 dit qu’à l’extrémité de la Perse, au nord (il veut dire au nord-est de ce pays), se trouve Tonacain, province persane, qui contient de nombreux villages, où se trouve l’arbre solque ou sec, et où a eu lieu la bataille d’Alexandre contre Darius. De là, dit-il, on arrive au pays de Mulette, ce qui signifie pays de Dieu, lequel est situé dans une vallée entre deux montagnes ; il y a de belles maisons et des jardins avec des arbres fruitiers. Partant de là, dit-il5, on parcourt pendant six jours des pays verdoyants, bien peuplés, et après avoir traversé un désert de soixante milles on passe encore par six villes, et l’on arrive à la ville de Sapargan, puis à la ville de Balac. Du Tonacain on exportait des chevaux de grand prix6. Pauthier prétend que Balkh est la ville de Balac de Marco Polo ; mais il ne peut déterminer la situation du Tonacain et des autres villes. Cependant, d’après ce que nous savons déjà, Mulette est la ville de Mesched, par conséquent Balkh étant Balac, les pays verdoyants doivent être le pays de Maor (Merw) des Turcomans, qui est entouré presque en entier par un désert ; une route qui part de cette contrée, traversant le désert et les villes des Meïmené et d’Anchoë, aboutit à Balkh. Le Maor doit être le pays de Margiane, dont l’excellente position stratégique avait fait une telle impression sur Antiochus Soter, qu’il l’entoura d’un mur ayant un périmètre de mille cinq cents stades. et y fonda une ville qu’il appela Antioche7. Hérodote dit qu’autrefois on faisait une exportation de bons chevaux de Nyséa8, c’est-à-dire de Nyschaour, soit du Khorasan. Aujourd’hui on en exporte du Maor. De tout cela on peut conclure que le Tonacain de Marco Polo est le Khorasan ; mais la description de ce voyageur, présentant bien des difficultés pour fixer la position de ces contrées, me paraît être, le résultat de renseignements qu’on lui avait fournis, comme cela ressortira plus loin d’une manière évidente.

Le Khorasan est aujourd’hui habité par des Persans et quelques Arabes qui prétendent qu’ayant autrefois leur résidence à Tourbet ils dominaient le pays d’alentour. D’après Strabon, il était habité jadis par les Tapires, qui, suivant cet auteur, se trouvaient entre les Hyrcaniens, les Aryens et les Darvicos9. Ces derniers occupaient un pays entourant celui des Hyrcaniens10, ceux-ci auprès de la mer d’Hyrcanie ou Caspienne, et les Aryens occupaient le territoire d’Hérat ; par conséquent les Tapires se trouvaient dans le pays aujourd’hui Khorasan. Cette peuplade habitait aussi autour du Zagros, du côté de l’Arménie11, et tout le pays était soumis aux Mèdes12. Ptolémée les place dans les montagnes situées à l’est des sources du Sir, où habitent de nos jours les Kripsiaks13, en Margiane14, en Médie15, et dans la petite Arménie16. D’après cela, les Tapires occupaient le pays des Turcomans, puisque la contrée qui avoisine le mont Ararat s’appelle Turcomanie. Isidore les nomme Arcticiens. Cet auteur considère Nyséa ou Parthaunysse (c’est le nom qu’il lui donne) comme faisant partie du pays des Parthes, tandis qu’elle appartient au Khorasan, puisqu’elle est séparée de la Parthie par le désert. Mais chacun de ces géographes nous donne une description d’après l’état de choses existant à l’époque où il écrivait, et suivant les renseignements qu’il avait reçus. C’est pourquoi la même nation est décrite sous des noms différents et avec des histoires différentes, et diverses nations sont placées dans la même contrée. Néanmoins, d’après les données que nous avons, on peut croire que les Tapires sont les anciens Tourans, auxquels avaient succédé les Mèdes et les Perses ; ou plutôt les Tourans qui ayant dominé en Asie avaient été ensuite détruits par Sémiramis (ce que nous montrerons plus loin), et qui avaient même subjugué les Assyriens pendant deux siècles à une époque antérieure à celle de Sémiramis et d’Amourabi.

Partis de Tourbet, après avoir passé par les étapes de Abassabad et de Kariz, où l’on a importé quelques habitants afin de former des stations destinées à faciliter les communications, nous entrâmes dans le pays des Afghans, ayant du côté de l’ouest le désert, et du côté de l’est les montagnes qui séparent les Perses des Turcomans, et que Ptolémée appelle Sérifa17, Là où existe aujourd’hui la ligne frontière entre l’Afghanistan et la Perse, nous aperçûmes au loin vers l’est le lac Arya, dans lequel se jette la rivière Arya18, c’est-à-dire un lac produit par la rivière d’Hérat, inconnu des modernes et cependant décrit par les anciens. Mais ceux-ci considéraient l’Arya comme se perdant dans le lac, tandis que cette rivière, sortant de celui-ci, traverse les montagnes de Sérifa, passe par le Maor, et se jette dans l’Oxus (Amou). Les Anciens regardaient la partie du cours d’eau qui passe par le Maor comme une rivière particulière qu’ils appelaient Margos, et qui se jetait dans une autre, comme cela a lieu aujourd’hui ; cette dernière a sa source sur le versant septentrional des monts Sérifa19. Après avoir traversé la rivière d’Hérat, j’arrivai à Kousoun, qui avait été tout récemment dévastée par les Turcomans. Le lendemain, après avoir passé de nouveau la rivière, je m’avançai dans des terrains très accidentés, où nous avons dû repasser une fois encore la rivière. Les inégalités du terrain qui s’unissent aux montagnes de Sérifa se prolongent à l’ouest dans le désert ; elles forment une chaîne appelée Parakhoathron par Ptolémée20 et qui est plus apparente là où elle se joint à la chaîne du Zagros. Elle sépare au nord les Parthes, les Mèdes et les Coséens, des Perses et des Elyméens qui se trouvent au sud. Strabon, ne nous décrivant point cette contrée, appelle Parakhoathron le pays situé entre l’Arménie et la rivière Ochos, c’est-à-dire depuis la rivière qui prend sa source à Meïmené et passe par Anchoë21, après laquelle, dit-il, vient le Caucase, c’est-à-direl’Hindu-Kôh, comme une continuation du mont Taurus22. Strabon appelle donc Parakhoathron la chaîne du Taurus qui se trouve entre l’Arménie et l’Hindu-Côh, dont la partie orientale est nommée par Ptolémée, comme nous venons de le dire, Sérifa, et la partie occidentale mont Korônon23, après lequel on rencontre les portes Caspiennes et les montagnes Arméniennes. Ayant passé Gorian, j’arrivai le 30 du même mois à Hérat.

La ville de Hérat, moins considérable que celle de Mesched, est située sur une vaste colline, probablement formée par l’amoncellement des ruines de villes anciennes ; entourée d’une muraille en terre, ainsi que toutes les villes et bourgades de ce pays, elle est dominée par une citadelle et possède deux grands édifices : une antique mosquée presque en ruines, et le palais du gouverneur ; les autres constructions ne sont que des maisons de chétive apparence et malpropres. Elle est habitée par une population appelée Hérati, c’est-à-dire habitants de Hérat, parlant le persan, et par quelques Juifs qui, expulsés de Mesched par Shah-Abbas, sont venus s’y réfugier ; ce sont les derniers Juifs qu’on rencontre dans ces contrées. Arrien appelle cette ville Artacoana24, Strabon Artacaéna, et Diodore Hortocana25. Elle nous est donnée par les géographes et la tradition comme ayant toujours été la capitale de la province qui porte son nom. M. Const. Paparrigopoulo, professeur à l’Université d’Athènes et auteur de notre histoire nationale, pense que la ville fondée par Alexandre dans l’Asie et appelée Alexandrie est la même que celle de Hérat, dont les habitants conservent encore la tradition de leur illustre origine. Interrogés par moi, les habitants de Hérat m’ont dit qu’Alexandre avait ordonné à un de ses généraux, qu’ils appellent sartip, c’est-à-dire satrape, de fortifier Hérat de manière à le rendre inexpugnable. Mais après l’avoir fortifié ainsi, ce satrape voulut se rendre indépendant ; puis s’étant soumis après un siège de sept ans, Alexandre lui demanda pour quelle raison il s’était révolté : « Pour m’assurer, répondit-il, si j’avais fortifié la place conformément à vos ordres royaux. » Alexandre charmé de sa réponse lui pardonna. Mais les géographes prétendent qu’une ville nommée Alexandrie fut construite dans la province d’Arie ; et Strabon mentionne même une ville du nom d’Achaïe bâtie par les Grecs26. En conséquence Hérat est Alexandrie ; il est probable qu’elle portait auparavant un autre nom, et reçut celui d’Alexandrie quand elle fut fortifiée par ordre du conquérant.

La province de Hérat, appelée également Hérat, est séparée au nord des Turcomans de Maor par les monts Firiskouï, et de Meïmené du Turkestan par les montagnes Djamsiti ; à l’est, elle est bornée par les monts Azaré, au sud par la province de Kandahar, et à l’ouest par un désert, qui vers la partie sud-ouest de la province de Hérat se resserre ayant une largeur de trois jours de marche entre cette province et les provinces persanes de Gaen et de Systan. La province de Hérat était appelée Arie par les anciens ; d’après Ptolémée elle confinait au nord à la Margiane (Maor) et à la Bactriane (Turkestan), à laquelle appartenait alors le pays de Meïmené, maintenant indépendant ; à l’est aux Paropamisades ; au sud à l’Arachosie, c’est-à-dire à la province de Kandahar, et à l’ouest à la Parthie, dont elle est séparée par le mont Masdoran27, qui se trouve à l’est du désert, et près de Charout, et qui fut bien probablement appelé ainsi parce qu’il se prolonge au nord à Mazenderan. Mais comme frontière naturelle de la province d’Arie à l’ouest on pourrait considérer le désert qui sépare la province de Nischaour de celle de Charout, et qui se joint au nord aux déserts des Turcomans, et au sud à ceux du Belouchistan et des Indes. Strabon nous donne une description très exacte de cette province, et nous parle des excursions des brigands Turcomans, qui ont lieu encore de nos jours28. Hérodote l’appelle une grande plaine entourée par les Khorasmiens (Organdji ou Khiva), les Parthes (Charut), les Thamanéens (Omana) et les Sarangéens (Systan ou Belouchistan), et, d’après Arrien, Zarangéens29. Ptolémée, en délimitant ainsi la province d’Aria, y comprend aussi le pays des Tapires, tandis que Strabon dit que celui-ci appartenait aux Bactriens, sujets d’Eucratide, qui régnait à Bactres, et qu’il leur fut enlevé par les Parthes qui l’annexèrent à leurs États30 ; c’est pour cela qu’Isidore place Nysée (Nishaour), ville des Tapires, en Parthie. D’une autre part, Strabon comprend le pays des Tapires dans la province d’Aria, qui, séparée des Indes par le fleuve Indus, s’étend, d’après lui, sur une portion du pays des Perses, des Mèdes, des Bactrians et même des Sogdiens, c’est-à-dire des Djagatey d’aujourd’hui, qui arrivent jusqu’au Sir (Iaxarte). Il ajoute que les habitants de ces contrées parlaient à peu près la même langue31. Ératosthène appelle Arie le pays qui est compris au nord-ouest entre le cours de l’Indus et la chaîne de l’Hindu-Kôh32, c’est-à-dire l’Afghanistan ; ce qui prouve que chaque auteur nous donne une description d’après l’état de choses existant à l’époque où il vivait, et suivant les données historiques qu’il avait sur chaque province. On peut croire que les Aryas ou Aryens étaient ceux que les Perses appellent aujourd’hui Irans, c’est-à-dire les Afghans eux-mêmes, que, d’après Isidore, les Parthes appelaient Indiens blancs. Mais l’histoire nous apprend que les Aryens étaient cette nation très-ancienne, qui, forcée par un hiver très rigoureux de quitter les plateaux de l’Himâlaya, conquit les Indes et étendit, comme nous venons de le voir, sa domination jusqu’en Médie inclusivement, et jusqu’au Sir. En prenant en considération l’étendue des monts Himâlaya et la population des nations qui les habitaient, nous ne pouvons trouver une contrée autre que celle des Afghans, assez vaste pour comprendre une grande nation, comme celle des Aryens ou Irans ; en sorte que ceux-ci doivent être les Afghans d’aujourd’hui, dignes descendants des Aryens quant à la bravoure ; car les Afghans sont une nation brave.

La province de Hérat communique avec le reste du pays par des routes que Strabon énumère très exactement33 : avec la Parthie elle communique par une seule voie qui, passant à l’ouest de la vallée et des montagnes de Mesched, mène de Hérat par Turbet directement à Nyschaour, et de cette ville, traversant le désert, aboutit à Charout ; c’est un trajet de dix-huit jours. Avec la ville de Maor (Merwe), Hérat communique par une route qui passe à travers les montagnes Firiskouï pendant dix jours de marche, dont on en fait trois dans la province de Hérat ; avec Meïmené et Balkh par une route qui passe par Djamsiti et demande seize jours de marche, dont trois se font dans la province dé Hérat ; avec Caboul par une route qui traverse les monts Azaré, et qui est de dix-sept jours de marche ; mais comme ce chemin est âpre, on préfère celui qui passe par Kandahar ; et avec le Systan par une route qui passe par Fara, que, d’après Strabon et Arrien, Alexandre a suivie34, en descendant d’Hyrcanie en Parthie par la route qui mène aujourd’hui encore d’Asterâbad à Charout ; de ce dernier point Alexandre marcha vers Suse, c’est-à-dire Vers Nychaour, appartenant alors à la province d’Arie ; là vint le recevoir Satibarzane, gouverneur de cette province, arrivé d’Artacoana pour lui offrir son hommage et sa soumission. C’est lorsqu’il se rendait d’Artacoana à Bactres, certainement par la route de Meïmené, qu’il dut rebrousser chemin à cause de la révolte de Satibarzane35, qu’il passa au pays des Zarangiens, que Strabon appelle Dranges36, c’est-à-dire au Systan, où l’on prétend qu’il tua Philotas.