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Documents historiques sur les origines de la révolution dauphinoise de 1788

De
133 pages

(12 mai 1788)

Du lundy douze may mil sept cent quatre-vingt-huit, dans l’hôtel de ville de Grenoble, sur les huit heures du matin, le Conseil Général de la Ville assemblé où étaient présents Messieurs :

De Mayen, premier consul ;

Revol, deuxième consul ;

Botut, consul ;

Allemand, procureur du Roi ;

Barthélémy, Savoye, députés de la Cathédrale ;

Michon, de Légalière, députés de la Collégiale ;

Le marquis de Viennois, sindic de la noblesse ;

Le Maistre, Bertrand, avocats ;

Du Bois procureur de la Ville ;

Sorrel, procureur en la Cour ;

Crest, procureur en la Cour ;

Du Bertin, procureur ail bailliage ;

Cotton, trésorier de la Ville ;

Balmet, bourgeois ;

Aété exposé par M.

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Collectif

Documents historiques sur les origines de la révolution dauphinoise de 1788

INTRODUCTION

LE monumment qui aboutit à l’assemblée de Vizille a été, depuis quelques années, si minutieusement et si consciencieusement étudié, des historiens de toutes les écoles et de tous les partis en ont raconté les divers épisodes et noté tous les détails avec un tel souci de ne rien omettre, qu’il serait présomptueux de vouloir refaire après eux ce chapitre préliminaire de l’histoire de la Révolution française.

Cette plaquette, que la municipalité de Grenoble offre en souvenir à ses invités aux Fêtes du Centenaire, a de plus modestes prétentions. Elle se borne à reproduire dans l’ordre chronologique les documents officiels du temps, desquels, aussi bien que du plus savant des commentaires, le lecteur saura dégager les mobiles et les tendances de la Révolution Dauphinoise de 1788.

En protestant contre la suppression du Parlement, dernière digue opposée à l’arbitraire du pouvoir royal, nos pères avaient-ils uniquement pour but de défendre leurs privilèges provinciaux, ou bien comprenaient-ils la nécessité de réformer le système gouvernemental créé par Richelieu et Louis XIV, et de lui substituer une constitution basée sur la liberté politique et l’égalité des citoyens devant la loi ? Les délibérations de la municipalité grenobloise et les doléances de l’Assemblée de Vizille le diront à tout esprit impartial.

Toutefois, avant de céder la parole aux documents et pour en rendre la suite plus intelligible, il ne sera pas inutile de résumer en quelques pages les divers épisodes de cette lutte mémorable.

 

 

Le 10 mai 17881, le comte de Clermont-Tonnerre, lieutenant-général, et l’intendant Caze de la Bove procédaient militairement à l’enregistrement des édits qui mutilaient les Parlements, en leur enlevant le droit de vérification, source de leur autorité politique. Après l’accomplissement de cette formalité qui, commencée à neuf heures du matin, ne dura pas moins de vingt et une heures, les magistrats reçurent l’ordre de quitter le Palais, dont les portes furent définitivement fermées. Cette exécution causa dans la ville une profonde sensation, qui s’accrut encore lorsqu’on répandit parmi le peuple les protestations indignées du Parlement, secrètement réuni, et les doléances du Conseil de ville déclarant hautement que la suppression du Parlement, c’était la ruine de Grenoble. Le 25 mai, le procureur général écrivait au comte de Brienne : « Ces nouvelles lois ont excité ici une vive fermentation. La violence qu’on emploie dans cette malheureuse circonstance, loin de calmer les esprits, ne sert qu’à les aigrir. Si le Parlement n’avait pas eu la prudence de ne pas se présenter à la porte du Palais, il parait certain qu’il y aurait eu une émeute populaire mardi dernier. La consternation est générale de voir l’anéantissement de nos privilèges qui sont une des conditions essentielles de la réunion du Dauphiné à la couronne. Les officiers municipaux de Grenoble en réclament l’exécution par un mémoire qu’ils ont l’honneur de vous adresser. On m’a dit que plusieurs gentilshommes feront la même démarche et députeront à Paris l’un d’entre eux pour appuyer leur réclamation. La justice a totalement cessé dans cette ville... ; les paysans des montagnes du Haut-Dauphiné ont dit hautement, même dans les foires, qu’ils ne paieront pas d’impôts, pas même les anciens, et que les habitants du Gévaudan et du Vivarais pensaient de même... Enfin, il parait très difficile d’établir des grands bailliages dans cette province, attendu que plusieurs des anciens manquent de sujets, et qu’on sera vraisemblablement peu tenté de prendre des places décriées d’avance par l’opinion publique. Ces observations me sont dictées par mon zèle pour le service du roi et l’intérêt de ses peuples, je vous supplie de les peser au poids de votre sagesse. »

Le ministère était donc bien instruit des dispositions de la population et des terribles éventualités qu’il encourait en persévérant dans la voie de violence qu’il avait si imprudemment ouverte. Et pourtant, loin d’écouter ces conseils de modération, il ordonna, le 30 mai, au duc de Clermont-Tonnerre, de remettre aux membres du Parlement des lettres de cachet qui les exilaient dans leurs terres, et, en cas de résistance, de faire enlever les récalcitrants par des détachements de troupes, qui les garderaient à vue dans les résidences qui leur seraient assignées.

Cet ordre est exécuté pendant la matinée du 7 juin. Dès que la nouvelle se répand dans la ville, les boutiques se ferment, des groupes tumultueux parcourent les rues et entourent les maisons des conseillers pour s’opposer à leur départ. Devant l’hôtel du premier Président, la foule s’entr’ouvre respectueusement pour laisser passer le corps des avocats et des procureurs qui, revêtus de leur robe de palais, viennent témoigner de leurs sympathies pour cette grande institution qui disparaît. Au moment où M. de Bérulle, premier président, soit de son logis pour monter en voiture, il est arrêté par le peuple qui dételle ses chevaux. En même temps, le tocsin sonne et les paysans des campagnes voisines arrivent armés de haches et de pioches. Trouvant la porte fermée, ils enfoncent une poterne, et se mêlent aux manifestants. Puis, tous ensemble, se ruent sur l’hôtel du duc de Clermont-Tonnerre. Les portes sont forcées, les appartements envahis, et la vie du lieutenant-général est un moment en danger. Les troupes, sans consigne déterminée, ne sachant s’il faut « repousser à coups de fusils les révoltés et la canaille », comme on le leur avait commandé au mois de mai précédent, ou se tenir sur la défensive en évitant toute violence, parviennent mal à maintenir la foule ; des pierres et des tuiles, lancées du haut des toits, mettent le désordre dans leurs rangs. Un adjudant du Royal-Marine, commandant une patrouille de quatre hommes, est assailli sur la place Grenette et commande le feu. Trois victimes, dont un enfant, tombent mortellement frappées. La fureur du peuple s’en accroît ; en vain les consuls, en robes et en chaperons, se rendent à l’hôtel du gouvernement et, par de patriotiques paroles, tentent de ramener le calme dans les esprits. Leur voix est étouffée par des clameurs, leur autorité méconnue, et c’est à grand’peine que, les vêtements en lambeaux, ils réussissent à se frayer un passage jusqu’à la salle où se trouve le lieutenant-général, entouré des officiers de la garnison et de l’intendant.

A ce moment, le duc de Clermont-Tonnerre se sentant débordé et craignant de plus graves événements, écrit au premier Président qu’il peut suspendre son départ et autoriser ses collègues à en faire autant. M. de Bérulle donne publiquement lecture de la lettre du lieutenant-général ; mais la victoire a rendu le peuple exigeant : il veut que le Parlement soit réintégré dans le palais de Justice, dont il a été brutalement chassé. Le premier Président le comprend : par son ordre, les conseillers se réunissent à son hôtel, après avoir quitté leurs habits de voyage pour revêtir la robe d’hermine. Puis, tous ensemble, escortés d’un concours immense de population, se rendent au Palais, dont le lieutenant-général a dû livrer les clefs. Lorsque les magistrats ont repris leurs sièges, le premier Président prononce une courte harangue dans laquelle il invite ses concitoyens à rentrer dans leurs demeures, confiants dans la justice du roi et la fermeté patriotique du Parlement pour la défense de leurs droits. Ces paroles sont accueillies par des acclamations, et la foule s’écoule paisiblement, pendant qu’un fou de joie est allumé sur la place du Palais et que les cloches des églises, qui ont sonné le tocsin pendant toute la journée, célèbrent la victoire du peuple par des carillons triomphants.

Victoire chèrement payée ! Trois morts, dont un enfant de douze ans, et une vingtaine de blessés dans les rangs du peuple ; du côté des soldats du Royal-Marine, un assez grand nombre de blessés atteints par les pierres et les tuiles lancées par les manifestants. L’action de la justice étant suspendue par les édits, aucune poursuite ne fut dirigée contre les auteurs de l’émeute. « Dans toute autre circonstance, écrivait le lendemain le procureur général, je n’aurais pas manqué de donner mon réquisitoire pour faire informer de cette émeute populaire ; mais j’ai cru plus prudent de me taire dans cette malheureuse circonstance, avec d’autant plus de raison que le Parlement ne peut pas agir, puisqu’il est en vacances suivant la nouvelle loi, qu’il y a, d’ailleurs, un trop grand nombre de coupables, l’émeute ayant été composée d’environ quinze mille âmes, et qu’il serait impossible d’en découvrir les chefs ou auteurs principaux. »

Cependant, il n’entrait pas dans l’intention des membres du Parlement de résister aux ordres d’exil lancés contre eux et, dès qu’ils purent échapper à la jalouse surveillance du peuple, ils quittérent Grenoble. Le 13 juin, en annonçant cette nouvelle au comte de Drienne, M. de Marcieu terminait sa lettre par ces mots : « Le calme parait rétabli. » Il n’en était rien : de nombreuses assemblées avaient lieu, dans lesquelles on s’encourageait à la résistance ; des pamphlets d’une rare vigueur, l’Esprit des Edits, de Barnave, Les Lettres d’un avocat à un Milord, d’Achard de Germane, entretenaient l’agitation parmi le peuple des villes, tandis que d’autres écrits tels que des Lois et la Lettre d’un Campagnard à M. son Subdélégué étaient jetés à profusion dans les campagnes.

Le 14 juin, les notables des trois ordres de Grenoble se réunirent à l’Hôtel de ville, et après avoir renouvelé leurs protestations contre les édits de mai, emirent le vœu que les États-Généraux du royaume fussent convoqués pour remédier aux maux de la nation, et qu’en attendant, Sa Majesté permit la réunion des États particuliers de la province, en y appelant des représentants du Tiers-Etat en nombre égal à celui des membres du clergé et de la noblesse. En même temps, l’assemblée invitait les villes et bourgs du Dauphiné à envoyer des députés à Grenoble pour délibérer sur leurs droits et intérêts communs.

Cet appel fut entendu. Quatre villes seulement : Vienne, Valence, Orange et Gap déclarèrent vouloir rester en dehors du mouvement. Sur ces entrefaites, le due de Clermont-Tonnerre fut remplacé à Grenoble par le maréchal de Vaux, sur l’énergie duquel la Cour comptait pour empêcher toutes ces assemblées illégales. Le loyal soldat ne tarda pas à comprendre qu’il ne pourrait, sans provoquer de graves désordres, remplir la mission dont on l’avait chargé ; il se borna à défendre que la réunion projetée se tint à Grenoble, où elle aurait pu servir de prétexte à un mouvement populaire. C’est alors qu’un industriel grenoblois, M. Claude Périer, mit à la disposition des délégués son château de Vizille, qu’il avait récemment acquis des Villeroy, héritiers des ducs de Lesdiguières. Cette offre fut acceptée avec empressement et le maréchal laissa faire.

« Le 21 juillet, des la pointe du jour, dit un contemporain, la route ombragée de noyers, qui conduisait de Grenoble à Vizille par Eybens, fut couverte des députés des trois ordres et des curieux, qui se pressaient sur leurs pas. C’était une belle journée d’été ; la plus touchante harmonie réunissait les esprits et les cœurs dans une seule pensée. Quelques détachements d’infanterie et de dragons, l’arme au poing, placés en vedette à égale distance, paraissaient moins un sujet d’effroi qu’une sorte d’hommage rendu à ce renouvellement solennel des grands comices du Dauphiné. »

 

 

La séance s’ouvrit à huit heures du matin, dans la grande salle du Jeu de Paume. Le comte de Morges fut élu président, et Joseph Mounier, juge royal de Grenoble, secrétaire. Après une assez longue discussion, l’assemblée adopta, d’un vote unanime, un projet de résolution dont voici les dispositions essentielles :

 

 

« Les Trois Ordres protestant contre les nouveaux édits enregistrés militairement, le 10 mai dernier au Parlement de Grenoble, déclarent qu’ils ne peuvent lier leur obéissance, parce que leur enregistrement est illégal et qu’il renverse la constitution du royaume ;

 

De très respectueuses représentations seront adressées à Sa Majesté, pour la supplier de retirer les nouveaux édits, de rétablir le Parlement de Dauphiné et les autres tribunaux dans toutes les fonctions qui leur étaient auparavant attribuées, de convoquer les États-Généraux du royaume, de convoquer aussi les États particuliers de la province ;

 

Les Trois Ordres tiennent pour infâmes et traîtres à la patrie tous ceux qui ont accepté ou qui pourraient accepter, à l’avenir, des fonctions en exécution des nouveaux édits ;

 

Les Trois Ordres de la province, empressés de donner à tous les Français un exemple d’union et d’attachement à la monarchie, prêts à tous les sacrifices que pourraient exiger la sûreté et la gloire du trône, n’octroieront les impôts par dons gratuits ou autrement, que lorsque les représentants en auront délibéré dans les États-Généraux du royaume ;