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Edgar

De
312 pages

Nathan est un jeune garçon solitaire et mélancolique. À la manière des Amérindiens, il est proche de la nature et son meilleur ami est un grand érable à qui il confie ses secrets. Fils unique, il ne manque de rien, mais entre une mère toujours angoissée et un père toujours en voyage d'affaires, il ne se sent guère écouté.
Le jour de ses 12 ans, Nathan sait que son père, comme à son habitude, lui offrira un cadeau somptueux dont il ne saura que faire. Et cette fois, ce dernier semble particulièrement fier et pressé de lui remettre sa surprise, qu’il a voulu des plus originales. Mais ce présent très spécial risque de mettre en péril le fragile équilibre familial et bouleverser la vie de chacun des membres.
Nathan sera amené à suivre un parcours initiatique dans la pure tradition Amérindienne, où il apprendra à écouter son cœur pour atteindre celui de ses parents.


















illustratrice : Laura Guellerin


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Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01704-1

 

© Edilivre, 2017

Exergue

 

 

Pour qu’une vie bascule il faut quelque fois vivre des expériences extraordinaires où la logique mise à mal laisse place à l’irrationnel.

Chapitre 1

Nathan habitait dans une immense propriété en pierre blanche qu’envieraient bien d’autres enfants de son âge. Au dernier étage de la maison, se trouvait sa chambre, une grande pièce ensoleillée au milieu de laquelle trônait son coffre à jouets, un splendide écrin laqué rouge avec un dragon de feu peint sur le couvercle de bois. C’était son père qui le lui avait offert il y avait des années, en souvenir d’un de ses voyages en Chine. À l’intérieur, Nathan y gardait précieusement ses peluches dont certaines dataient de sa naissance, ses innombrables jeux de constructions placés dans des petites boites en fer, ainsi que ses nombreuses consoles-vidéos dont la première, une Nintendo DS bleue, lui avait été rapportée par son père au retour d’un séjour à Hong Kong alors qu’il n’avait que trois ans à peine. Des fenêtres de sa chambre, Nathan voyait le parc qui entourait sa belle maison située en bord de Loire. Il aimait s’y promener, et parfois s’y poser tranquillement, seul. Des dizaines d’arbres centenaires y vivaient paisiblement entourés de parterres de roses, de lys et de lavande que Lucie, la mère de Nathan, avait plantés il y a des années maintenant. Au fond du parc, s’étendait un petit verger dans lequel Nathan pouvait cueillir, à la belle saison, des fruits juteux, mûris sur l’arbre et toujours traités avec soin. Il n’était pas rare d’y rencontrer au petit matin, le regard furtif d’une biche curieuse ou de surprendre la course rapide d’un lapin regagnant son terrier.

Ces instants volés, Nathan les savourait avec délectation et se laissait à rêver qu’ils reviennent toujours, comme un rendez-vous immanquable. Nathan aimait la nature par-dessus tout. D’ailleurs, son meilleur ami était un arbre, un grand érable qu’il avait appelé César. Il aimait s’y adosser et se surprenait souvent à lui confier nombre de ses secrets. L’enlaçant de ses bras trop courts pour en faire le tour, il ressentait pourtant toute sa vitalité et se nourrissait de son énergie. Il lui racontait ses peurs et pleurait parfois à ses cotés. Il partageait avec lui ses peines ; il lui semblait que l’arbre le comprenait. Il en était même sûr car il avait déjà vu une larme de sève couler le long de l’écorce. Un signe de l’érable ! Nathan aimerait tant y croire. Alors il se rappelait ses lectures racontant l’histoire du peuple amérindien dans lesquelles les liens avec la nature et notamment les arbres, étaient très largement évoqués. Ce monde lui convenait. C’était le sien ; celui qu’il s’était construit pour supporter les silences de son père absent et pour fuir l’angoisse de sa mère aux gestes d’amour dénués de toute spontanéité maternelle. Ainsi la vie s’écoulait. Nathan ne manquait de rien sauf de l’essentiel, le sentiment d’exister dans le regard de ses parents.

Aujourd’hui 24 novembre, il fêtait ses douze ans. Il savait que son père lui offrirait encore un somptueux présent qu’il aurait rapporté de son dernier voyage à l’autre bout du monde. Un énième cadeau dont il ne saurait que faire tant il en possédait déjà. Nathan racontait tout ça à César. Il lui parlait du comportement absurde de son père. Il lui confiait aussi son chagrin de le voir partir si souvent et de sentir l’angoisse de sa mère quand son père faisait sa valise. Parfois le vent faisait frémir le feuillage. Alors il lui semblait qu’il avait été entendu et hésitait encore moins à se confier. C’était toujours sa mère qui interrompait leur conversation, ce jour anniversaire, comme tous les autres.

« Nathan ! Nathan ! »

L’enfant ne répondait pas. Lucie insista. Sa voix plus forte pénétra le froid humide de l’automne.

« Nathan ! »

Toujours sans réponse, elle continua.

« Tu vas attraper mal. Réponds-moi s’il te plaît. Ton père va arriver bientôt. Tu devrais aller faire tes devoirs. Comme ça tu en seras débarrassé.

– Oui, oui, j’arrive », répondit enfin Nathan.

Il enlaça une dernière fois, l’érable et se dirigea en courant vers la maison. Essoufflé, il passa la porte d’entrée et entendit sa mère qui continuait d’argumenter :

« Tu devrais terminer tes devoirs avant que l’on fête ton anniversaire. Tu sais que ton père aime quand tu as des bonnes notes à l’école. Et puis, de toi à moi, c’est plus utile que de parler aux arbres ou d’attendre la biche ! Non ? »

Nathan fit mine d’écouter sa mère mais ses pensées étaient ailleurs. Il rêvait d’un monde sans école et sans contrainte où il pourrait passer des journées entières avec son arbre. Mais il ne voulait pas contredire sa mère. « Oui maman, tu as certainement raison, j’y vais. » Alors il monta le grand escalier qui le menait à sa chambre. Pour gagner un peu de temps, il s’arrêta dans la salle de bains, se regarda attentivement dans le miroir, se lava scrupuleusement les mains, et enfin se repassa un coup de peigne avant de s’installer à son bureau d’élève sage. Mais, une fois assis sur sa chaise d’écolier, il n’arrivait pas à se concentrer. Il avait envie de jouer. Il jeta alors un coup d’œil vers son coffre à jouets et abandonna aussitôt ses leçons. Les équations à deux inconnues attendront ! Il se leva doucement, en faisant attention de ne pas faire grincer le vieux parquet de sa chambre sous ses chaussons en cuir, et ouvrit le couvercle de son coffre. Il y plongea délicatement ses deux mains à l’intérieur. Son ours, Mato, surgit de la boîte. Il le serra contre lui, le couvrit de baisers et commença à lui réciter ses leçons. Nathan ne savait pas désobéir longtemps !

La sonnerie de la grille du parc résonna soudain dans la maison. Curieux, Nathan se laissa distraire et regarda par la fenêtre. C’était son amie Emilie qui venait le libérer. Fou de joie, il se précipita sur un des nombreux interphones que son père avait fait installer un peu partout dans la maison.

« Coucou Emi ! »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que son amie hurlait déjà dans l’appareil :

« Bon anniversaire Nathan !

– Tu n’as pas oublié ! Trop cool ! J’espère que t’as mis un gros pull, on va se balader dans le parc. »

Emilie connaissait Nathan par cœur. Il était son meilleur ami, son âme sœur, son frère jumeau. Alors, quand il l’invita à se promener, elle sut que Nathan irait retrouver César. Emilie n’était pas jalouse de César. Elle était juste fascinée par Nathan. Elle était certaine qu’il avait des pouvoirs magiques, surnaturels. Nathan surgit enfin de la maison. Emilie sauta de joie. Le pompon de son bonnet dansait au-dessus de sa tête au rythme de ses petits sauts. Elle agita ses bras devant la grille, de peur qu’il ne la vit pas et s’écria sans s’arrêter : « Bon anniv’ Nathan bon anniv’ bon anniversaire. »

Un immense sourire traversa le visage de Nathan. Il descendit les escaliers du perron et courut vers Emilie. Il tendit la main et l’entraîna avec lui pour rejoindre César. Elle le savait, elle le connaissait tant. Fascinée, elle le regarda, sans rien dire. Elle voulait le faire rire toujours et lui enlever ce voile de chagrin qu’il avait si souvent dans les yeux mais elle savait que seul César pouvait apaiser Nathan. Alors elle l’observait en silence pendant qu’il parlait à l’érable. Nathan ferma les yeux. Il enlaça César et lui chuchota des mots qu’Emilie n’arrivait pas à entendre. Elle le laissait murmurer ses plaintes aux écorces de César. Puis quand la douce brise du vent cessa de caresser leurs cheveux, elle s’approcha de Nathan et lui souffla à l’oreille : « Nath’, j’ai un cadeau pour toi. »

Nathan ouvrit les yeux. Emilie lui tendit un joli rectangle rouge comme les feuilles d’automne de l’érable. Nathan décolla doucement les quatre petits bouts de scotch qui entouraient le paquet. Son cœur battait, ses mains s’agitaient de plus en plus. Il enleva alors délicatement le papier et découvrit le dessin d’un petit garçon aux cheveux blonds qui semblait perdu sur une planète avec une grande écharpe jaune : Le Petit Prince.1

« À Léon Werth.

Je demande pardon aux enfants d’avoir dédié ce livre à une grande personne. J’ai une excuse sérieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j’ai au monde. J’ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, même les livres pour enfants. J’ai une troisième excuse : cette grande personne habite la France où elle a faim et froid. Elle a bien besoin d’être consolée. Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien dédier ce livre à l’enfant qu’a été autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d’abord été des enfants. (Mais peu d’entre elles s’en souviennent.) Je corrige donc ma dédicace :

À Léon Werth

quand il était petit garçon. »2

À peine eut-il le temps de terminer ces lignes qu’Emilie s’exclama : « Tu verras, Le Petit Prince, c’est toi. Il te ressemble tellement. » Nathan sourit. Il regarda son amie et timidement lui déposa un baiser sur la joue. Emilie lui sourit aussi. Elle voulait tellement le rendre heureux, apaiser ses chagrins et rester avec lui encore longtemps. Alors, elle proposa à Nathan de monter lire Le Petit Prince avec elle dans la chambre. « Tu verras, le temps va passer plus vite que dans un rêve, parce que cette histoire en est un. Viens Nath’ ! » Mais une fois dans la chambre, Nathan lui proposa un autre plan, écouter de la musique et ouvrir le coffre à jouets. Il lira seul ; seulement quand elle sera loin et que les heures deviendront lourdes. Emilie acquiesça. Elle ne savait pas dire non à Nathan, surtout le jour de son anniversaire. Aujourd’hui tout devait être merveilleux ! Ils ouvrirent les boites de Kaplas et commencèrent à construire un immense circuit de la Terre à la Lune. « Non ! corrigea en riant Nathan, de la Terre… à la planète du Petit Prince. Comme ça nous irons lui dire bonjour. »

Emilie était heureuse. Nathan avait aimé son cadeau.

La lumière commençait à baisser doucement dans la chambre. Les enfants ne semblaient pas sentir la nuit arriver. Ils continuaient de construire leur chemin vers la planète du Petit Prince quand soudain la voix de la maman de Nathan surgit du bas de l’escalier.

« Emilie, Emilie, il est l’heure que tu rentres. »

La jeune fille enjamba les routes qui s’étendaient maintenant sur toute la moquette de la chambre et attrapa son manteau. À peine était-elle dans l’escalier que le pompon de son bonnet recommençait à swinguer au rythme de la chanson : « Bon anniversaire Nathan, bon anniversaire… » La voix douce de son amie résonnait dans l’escalier, une caresse comme le vent dans les branches de César. Nathan s’allongea sur son lit et commença à lire Le Petit Prince.

« J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec quiparler véritablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans. Quelque chose s’était cassé dans mon moteur, Et comme je n’avais avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question de vie ou de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours. »3

Nathan avait soif. Il avait chaud. Il était perdu avec le pilote dans le désert de sa chambre. Soudain, au loin, il entendit la voix de son père qui l’appelait. Il était revenu du continent américain où il était parti depuis des semaines pour y traiter une affaire importante. Importante « pour les grandes personnes » aurait souligné Le Petit Prince.

« Nathan ! Où te caches tu, mon garçon ?

– J’ suis dans ma chambre. J’descends. »

Nathan posa doucement son livre sur sa table de nuit pour aller embrasser son père.

« Te voilà enfin. Comme je suis heureux de te revoir. »

Guillaume embrassa son fils puis le repoussa un peu pour mieux le regarder.

« Fais-moi voir comme tu as changé ? Eh bien mon garçon, que se passe-t-il ? Tu as l’air soucieux ! Quelque chose ne va pas ? Un problème à l’école ?

– Euh ! non, non, c’est simplement que… je lisais.

– Bon… très bien. Mais aujourd’hui c’est ton anniversaire ! Tu vois, j’ai pas oublié et je t’ai même rapporté une surprise qui te plaira, j’en suis sûr. J’ai trop hâte que tu la découvres. Tu verras, c’est un truc chouette.

– Merci papa, » répondit Nathan machinalement, sans autre marque de satisfaction.

Soudain, Guillaume fut pris d’un frisson.

« Mais il fait un froid de canard dans ce pays, se plaignit le papa voyageur. J’espère que tu ne passes pas trop de temps avec ton ami l’arbre en ce moment car tu pourrais t’enrhumer.

– Tu sais papa, moi j’ai toujours chaud.

– Ah ! c’est bon d’avoir douze ans !

– Oui, sauf que je dois me refroidir souvent vu que maman chauffe trop la maison. Alors, je peux aller un peu dehors pendant que tu défais tes valises ?

– Oui ! Mais n’oublie pas que même si tu as toujours chaud, on est fin novembre. »

Nathan enfila sa doudoune et sortit. Il avait besoin de respirer, de remettre ses émotions en place. Il courut directement vers César et se colla à lui. Nathan resta ainsi sans bouger dans le silence. Il sentit des larmes couler sur ses joues. « Pourquoi ne suis-je pas heureux de retrouver mon père ? » La colère, le chagrin, l’incompréhension, le manque, tout se mélangeait dans sa tête, il se sentait coupable d’en vouloir autant à son père. Il expliquait son malaise à son arbre. Mais César ne répondait pas. Aucun frémissement de feuille, ni de sève coulant sur son tronc. Alors, Nathan attendit encore un peu mais César ne répondait toujours pas. Attristé, il décida d’aller prendre un bain. L’eau l’apaiserait peut-être. Il aimait s’allonger au fond de la baignoire, bloquer sa respiration puis souffler doucement pour entendre remonter les bulles d’air à la surface. Il quitta César et retourna à la maison. Il grimpa les escaliers quatre à quatre pour aller plus vite. Il jeta ses vêtements à terre et enjamba impatient la baignoire encore vide. Puis il tourna les robinets et régla le thermostat sur 37 degrés. L’eau recouvrit son corps doucement. Nathan resta ainsi sans bouger jusqu’à ce que sa peau plisse sous les vapeurs du bain. Mais inquiet de se voir vieillir si vite le jour de ses douze ans, il sortit, attrapa son peignoir et courut dans sa chambre enfiler son pyjama en pilou bleu marine, puis se rétracta. Un pyjama pour un anniversaire, cela ne lui plaisait pas. Alors Nathan fouilla dans les tiroirs de sa commode et attrapa une longue écharpe jaune, accessoire qui fera toute la différence. Il sourit. En « petit prince » il sera parfait. Il s’allongea sur son lit et replongea dans son livre en attendant que son père l’appelle pour diner.

Il ne restait plus aucun sac dans l’entrée à l’exception d’un gros paquet resté dans le salon.


1. A. DE SAINT-EXUPÉRY, Le Petit Prince. Editions Gallimard, 1999

2. A. DE SAINT EXUPÉRY, op.cit. dédicace

3. Antoine de Saint Exupéry – Le petit Prince – Editions Gallimard – Page 11

Chapitre 2

Il y aura bientôt vingt ans que les parents de Nathan s’étaient rencontrés. Ils avaient tous les deux 25 ans. C’était à Amboise, lors d’une soirée dansante dans les jardins du château. Guillaume était sorti avec sa bande d’amis, comme souvent les samedis soirs. Il n’avait pas rasé sa barbe naissante et avait enfilé son vieux 501, un tee-shirt blanc qu’il avait caché sous son super bomber kaki à la doublure orange. Il avait mis ses vieilles baskets usées et était sorti, fier de sa tenue de mec « crado-chic » tendance torturée. Parce qu’il en était persuadé, les jolies filles aimaient les poètes maudits aux allures de bad boy.

Guillaume rejoignit ses amis vers 21 h, juste avant que les musiciens montent sur scène, ce qui lui laissait un peu de temps pour partager une bière avec ses compagnons de débauche, et mater les filles, un rituel qu’il adorait. Soudain, son ami Pierre lui lança un pari : « Hé mec, tu vois la blonde la-bas ? Je te parie que t’es même pas cap de l’inviter à danser ! » Le groupe de rock entama Just an illusion d’Imagination et les premiers danseurs s’élancèrent sur la piste. Guillaume resta immobile, incapable d’aller chercher cette jolie princesse pour l’inviter à danser. Pierre le traita de petit poète, de Casanova de Prisunic puis toujours sur ce même petit ton moqueur, lui souffla à l’oreille : « Alors cap ou pas cap ? » Guillaume sentit son sang bouillir. S’il y avait bien quelque chose qu’il ne supportait pas, c’était qu’on le mette au défi. Alors, dépassant ses peurs, il prit son verre de whisky avec lui et s’approcha de la jeune fille. Timidement, il lui proposa de l’inviter à danser. Elle le dévisagea de la tête aux pieds. Elle s’arrêta un moment sur ses converses beigeâtres, releva la tête et lui sourit. Puis elle ouvrit ses grands yeux et, sur un ton de petite fille très coquine, elle lui fit répéter la question. Guillaume sentit ses jambes trembler. Il reprit une gorgée de whisky, se racla la gorge, et lui proposa à nouveau de danser avec lui. Lucie fronça les sourcils et fit mine de ne pas entendre. Amusé devant tant de mauvaise foi, Guillaume trouva le courage de lui prendre le bras et de la conduire au milieu de la piste. Il venait de gagner son pari. Il était si fier de lui qu’il n’avait qu’une hâte, raconter son exploit à tous ses copains. Mais étrangement, il n’arrivait pas à se détacher de cette fille. Il sentait son corps réagir aux ondulations langoureuses et lancinantes de sa cavalière, à ses doigts qui enlaçaient doucement sa nuque, à ce souffle chaud qui caressait son cou. Il se laissait prendre au jeu de la séduction. Il aimait ça. Il lui sourit. Elle resserra un peu plus encore ses mains autour de lui. L’histoire s’écrivait…

Trois jours plus tard, Guillaume revit Lucie. Puis les jours suivants. Guillaume ne pouvait plus vivre sans elle. Alors il la demanda en mariage, un autre pari fou ! C’est ainsi de pari en défi que se construisit l’histoire de Guillaume et Lucie : elle, fille de grand médecin ; lui, fils d’un petit entrepreneur en bâtiment parti trop tôt, usé par son travail ; une alliance loin des convenances bourgeoises. Mais Guillaume et Lucie n’avaient que faire des règles poussiéreuses et des arrangements mondains.

Le mariage eut lieu un 26 juillet, à Amboise. Pierre fut témoin. Guillaume pensait qu’un enfant viendrait vite sceller leur union. Mais la période magique de la lune de miel passée, le couple se trouva vite dans une impasse. Séparés par leurs vies professionnelles, ils se voyaient de moins en moins. Guillaume courait les contrats partout dans le monde et Lucie rentrait tous les soirs tranquillement, seule à la maison après le bureau, un déséquilibre qu’elle essayait de ne pas sentir même si la solitude lui pesait souvent le soir. En se mariant elle savait pourtant qu’elle ne pourrait pas enfermer son mari à Amboise, alors elle n’osait se plaindre. De son côté, Guillaume se rendait bien compte du mal être de Lucie mais il se sentait incapable de renoncer à sa carrière d’homme d’affaires internationales pour rester près d’elle. Il aimait trop voyager aux quatre coins du monde. Il se disait qu’il aurait le temps de profiter de sa femme et des gens qu’il aimait plus tard, quand il serait vieux, quand il n’aurait plus l’énergie de traverser les fuseaux horaires. Guillaume était comme ça, jeune et terriblement naïf. Il pensait sincèrement qu’il dirigerait sa vie en fonction de ses envies.

C’était sans connaître la puissance du destin. Il était 2 h 17 du matin quand l’hôpital de Tours appela Guillaume sur son portable pour lui annoncer le décès de sa mère. Il était à San Francisco. Un SCUD lancé à pleine vitesse lui traversa le ventre. Les tripes arrachées, il tomba sur son lit et fondit en larmes. Incapable de gérer sa douleur. Il était seul dans cette chambre suspendue au trente-septième étage face au Golden Bridge, avec un contrat à huit chiffres qu’il devait signer le lendemain. Soudain Lucie lui manqua violemment. Viscéralement. Il avait besoin d’elle. Il voulait se blottir dans ses bras et pleurer sans s’arrêter. Il attrapa son portable et l’appela. Lucie décrocha presque instantanément.

« Ma chérie, dit Guillaume la voix encore chargée de sanglots. Ma mère vient de mourir. C’est l’hôpital de Tours qui m’a prévenu. Je me sens si loin de toi. Je vais prendre le premier avion. Le concierge de l’hôtel va m’aider.

– …

– Tu ne dis rien. Qu’est ce qui se passe ? Tu m’entends ? Tu pleures ? Réponds-moi ma chérie. Dis-moi quelque chose !

– Guillaume ! Je t’ai trompé ! »

Il perdit l’équilibre et tomba de tout son poids sur le lit.

« Qu’est-ce que tu dis ?

– Je dis que je t’ai trompé !

– Tu entends ce que tu dis ? répondit Guillaume. Je t’annonce la mort de ma mère et toi tu m’annonces que tu m’as trompé ! Tu te rends compte de ce que tu es en train de dire ? »

Il reprit son souffle et ajouta de plus en plus énervé :

« Tu me balances ça en pleine nuit, à 60 000 années lumière de la maison, la nuit de la mort de ma mère. C’est quoi ton problème ? »

Sans laisser une seconde de plus à Guillaume, Lucie répondit sèchement :

« Guillaume tu n’es jamais là… »

Elle laissa échapper un sanglot et reprit d’un ton plus doux :

« Je sais, c’est nul. Mais je ne pouvais plus te mentir. Et tes mots doux enveloppés dans ton chagrin à l’autre bout du monde, m’ont bouleversée. Tu sais que je t’aime mon amour. Je ne voulais pas. Pardonne-moi. Mais je me sentais tellement seule.

– Arrête ! » hurla Guillaume dans le téléphone avant de le lancer de toutes ses forces sur le tableau placé au-dessus du lit. Le smartphone résista au choc, pas la lithographie qui s’effondra sur le lit, la vitre explosée en mille et une pépites de verre. Il y en avait sur le lit, sur la moquette, sur la table de nuit, partout. Guillaume recula, s’assit sur une chaise épargnée par les débris, respira un grand coup et appela la réception :

« Bonsoir monsieur. En quoi puis-je vous aider ?

– Je viens d’apprendre le décès de ma mère.

– Permettez-moi monsieur, de vous présenter, au nom de l’hôtel et de moi-même, toutes nos condoléances.

– Merci beaucoup. Et j’oubliais ! Ma femme vient aussi de m’annoncer que j’étais cocu et que c’était de ma faute, bien entendu !

– Je suis désolé monsieur, répondit sur le même ton monocorde, le réceptionniste. Et en quoi puis-je vous aider ?

– Je signe un contrat à neuf heures sur Stockton Street. J’aurai fini à treize heures, donc je voudrais prendre un vol pour Paris vers seize heures et aussi louer une voiture dès mon arrivée à l’aéroport.

– Bien monsieur. Quelle compagnie ?

– Je vous ai dit le premier avion à partir de seize heures. On s’en fout de la compagnie. Je dois rentrer à Paris casser la gueule au mec qui a baisé ma femme. Vous comprenez ?

– Oui monsieur, je comprends, répondit le réceptionniste.

– Et aussi, coupa Guillaume, de plus en plus agressif, faites monter quelqu’un. La croûte hideuse placée au-dessus de mon lit est tombée du mur. Cette merde aurait pu me tuer. Il y a des millions de morceaux de verre étalés partout. Faites vite ! Je suis pressé.

– Bien monsieur. Je vous rappelle et je vous envoie quelqu’un pour le tableau. Au fait, avez-vous souscrit une assurance pour la chambre ?

– Allez vous faire foutre ! »

Guillaume raccrocha. Le visage écarlate, les mains en sueur et le palpitant prêt à exploser.

Il n’arrivait pas à s’endormir. Il prit une douche, deux douches, trois douches, chaudes, froides, ambiantes, aucune température n’était la bonne. Il alluma la télévision, nu sur son lit, le peignoir trempé gisant sur la moquette. Il regarda toute les chaînes et finit par s’endormir à 5 h devant CNN. Au réveil, il décida de ne pas appeler Lucie avant d’être à Paris. Pour l’instant il n’en avait ni l’envie, ni le temps. Et sa rage était encore si forte qu’il ne voulait pas prendre le risque de détruire leur histoire à coups de mots violents qu’il regretterait aussitôt après avoir raccroché. Alors il quitta San Francisco sans bruit, enveloppé dans une brume épaisse de chagrin et de rogne, malgré le contrat en or signé dans sa poche.

Il arriva à Paris le lendemain matin à 6 h. Lucie était là, tremblante et pas vraiment certaine d’être à sa place devant la sortie des douanes à une heure aussi matinale. Guillaume la regarda. L’absence de sommeil la rendait belle. Il était heureux qu’elle soit venue. Il hésita à l’embrasser, se rétracta gauchement, puis dans un geste familier, lui passa le bras autour des épaules.

« Je ne sais pas comment tu as appris l’heure de mon arrivée mais merci d’être venue. Tu es la meilleure des détectives privés. Je t’aime. »

Guillaume embrassa Lucie. La colère n’était plus là. Il comprit qu’il pourrait lui pardonner. Il lui sourit. Elle se blottit dans ses bras. Le calme semblait revenu. Ils rentrèrent à Amboise en silence. Tout était encore trop fragile pour tenter de se parler. Un mot de trop et tout leur amour pourrait voler en éclats. Ils le savaient l’un et l’autre. Ils avaient déjà réussi l’impossible en se retrouvant. Alors, lucide, Lucie posa sa main sur la cuisse de Guillaume et ne bougea plus jusqu’à Amboise.

Les obsèques de la mère de Guillaume eurent lieu une semaine plus tard, le temps nécessaire pour qu’il puisse organiser les funérailles. Il prit le parti de faire simple comme l’aurait voulu sa mère : un cercueil en sapin blanc, des poignées en laiton argenté et un habillage en satin ivoire. Sobre et pur. Il réserva une messe en l’église de Pocé-sur-Cisse avec des chœurs et des airs de clavecin. Il écrivit un texte pour sa maman, en se demandant s’il serait capable de le lire devant tous ses amis sans verser une larme. Puis effrayé à l’idée de ne pas assurer, il écrivit des mots simples et tendres en évitant de sombrer dans le pathos pour ne pas avoir la voix qui flanche. Lucie l’aida dans tous les préparatifs. Elle fut aussi à ses cotés lors de la cérémonie. Ils pleurèrent tous les deux beaucoup transformant leurs émotions en une longue prière au nom de leur amour, de la mort, de la vie, de l’absence, de la douleur, de la perte et des retrouvailles. L’espoir, le chagrin et les doutes se mélangeaient tels quels, sous les croisées d’ogives de cette petite église de Pocé, où leurs cœurs blessés se retrouvaient doucement. Après la soirée, quand toute la foule fut partie, Lucie et Guillaume montèrent se coucher dans leur chambre. Sans parler, ils s’enlacèrent et firent l’amour. Nathan fut conçu cette nuit là au milieu des larmes. Le cycle de la vie reprenait naturellement ses droits.

Chapitre 3

Pendant que Guillaume, vidait ses valises conjugales et que Nathan bouquinait dans sa chambre, Lucie s’agitait dans la cuisine. Chaque année, elle se faisait un point d’honneur à préparer elle même le gâteau d’anniversaire.

« Il est à quoi ce gâteau ? questionna Guillaume en entrant dans la cuisine.

– À l’orange et au chocolat noir. Nathan l’adore. Je crois même que c’est son dessert préféré. »

Lucie se retourna vers Guillaume et l’embrassa. « Je t’aime », lui dit-elle dans un sourire timide. Guillaume s’assit sur une chaise de la cuisine et regarda Lucie avec tendresse. Soudain son visage s’assombrit.

« Tu as l’air inquiet ? réagit aussitôt Lucie.

– Je pensais à Nathan. Tu trouves qu’il va bien en ce moment. Il a l’air soucieux, comme préoccupé par quelque chose.

– Non ! je crois qu’il va bien. Pourquoi tu dis ça ?

– Je l’ai trouvé bizarre tout à l’heure. Il n’aurait pas des problèmes à l’école !

– Je ne pense pas. Mais tu sais combien il est rêveur. Je le surprends souvent en train de parler à l’érable dans le parc. Il a une imagination débordante, ton fils.

– À douze ans, il serait peut-être temps qu’il sorte des contes de fées et qu’il se confronte à la réalité. Ce n’est pas en parlant avec les arbres qu’il va construire sa vie.

– Tu as certainement raison mais là, il est l’heure de passer à table. On en reparlera plus tard. Tu peux appeler Nathan ? »

Guillaume se mit au pied de l’escalier. Et hurla :

« À table !

– Je descends ! » cria Nathan avant de poser son livre sur sa table de nuit.

Il soupira et jeta sa tête sur l’oreille. Fêter son anniversaire lui était soudain insupportable. Passer des heures à table à attendre un cadeau qui ne ferait plaisir qu’à son père lui donnait la nausée.

« Nathan ! relança Guillaume d’une voix plus ferme. Viens ! »

Sans autre choix, Nathan descendit l’escalier. La table, au milieu de la salle à manger, était recouverte d’une immense nappe de coton blanc entièrement brodée à la main. Les serviettes couleur taupe recouvraient les grandes assiettes en porcelaine blanches décorées à la feuille d’or, une décoration de roi pour un petit prince. Des pétales de roses jaune pâle éparpillés sur la nappe donnaient une touche colorée et festive à l’ensemble. Nathan aima la décoration de sa maman. Il trouva jolie la brillance des verres Baccara dans lesquels se reflétaient les lumières des bougies. Des étoiles scintillaient sur son anniversaire. Il sourit, s’assit sagement à sa place et écouta son père raconter son dernier voyage. Les flammes des bougies dansaient devant lui. Il les regardait fixement en feignant d’être heureux. Mais le temps lui semblait long, long comme les absences de son père. Si son amie Emilie avait pu rester, cela aurait été tellement plus convivial. Mais personne n’avait pensé à lui faire cette surprise. Il le regretta, soupira discrètement et mangea sans grand appétit un peu du civet de sanglier que sa mère avait préparé avec amour et passion depuis une semaine pour l’occasion. Entre la marinade et la longue cuisson, il avait tellement suivi, malgré lui, les préparatifs qu’il en était presque dégoûté. Mais il fit semblant d’adorer ce mets sauvage tué par un ami chasseur de sa mère. Et ainsi personne ne fut blessé. « Sauf ce pauvre sanglier », pensa Nathan avec une pointe de chagrin dans la gorge.

Le gâteau censé annoncer la fin de l’interminable repas arriva enfin. Douze bougies bleues au milieu d’un énorme moka au chocolat noir firent leur entrée dans les bras de Lucie chantant à pleine voix un « joyeux anniversaire » sous le regard distant de Guillaume. Nathan applaudit et remercia sa maman lorsqu’elle posa le délicieux fondant devant lui. Mais à peine les bougies soufflées, Guillaume, toujours obsédé par son cadeau, proposa à Nathan d’aller le découvrir. Observant le gros paquet en forme de cloche posé dans le coin de l’entrée, Nathan était perplexe. Il se demandait ce que son père avait encore bien pu lui rapporter cette année. Il s’approcha du colis, tourna autour, observa son grand volume, mais ne se décida pas à l’ouvrir. Guillaume manifesta son agacement et ordonna à son fils de s’activer. Sentant monter l’exaspération de son père, Nathan respira un grand coup et s’attaqua au nœud qui fermait le paquet. Puis il retirera doucement les morceaux de scotch collés un peu partout sur le paquet, écarta le papier et découvrit un tissu de feutre noir en forme de cloche.

« Retire la housse », lança incisif son père de plus en plus impatient.

Nathan saisit un bout du tissu, le souleva et le laissa tomber par terre. Un cri strident résonna alors dans toute la maison. Nathan fit un bond de plusieurs mètres en arrière. Un aigle se tenait devant lui, derrière les barreaux dorés de la cage. Lucie, paniquée, prit Nathan dans ses bras et se tourna vers son mari les yeux remplis de colère :

« Qu’est ce que c’est que ce cadeau ?

– C’est un aigle royal, lui répondit fièrement Guillaume comme si ce cadeau ne pouvait qu’être extraordinaire !

– Mais tu es fou ! rétorqua Lucie affolée. On avait dit jamais d’animaux. Tu ne te rends donc pas compte qu’il s’agit d’un rapace. Un aigle royal ! soupira Lucie. Qu’allons-nous en faire ?

– Pourquoi tu dis nous ? Ce n’est pas pour nous. C’est pour Nathan !

– Tu plaisantes ou quoi ? Nathan vient d’avoir douze ans. Comment veux-tu qu’il s’occupe seul d’un tel oiseau ? Tu es complètement inconscient.

– Arrête de t’affoler et écoute-moi cinq minutes ! répondit Guillaume sèchement. Cet oiseau magnifique n’est pas sauvage. Il a été apprivoisé par un éleveur qui me l’a confié. Tu verras, il va s’habituer à Nathan et ils deviendront de grands amis. Imagine sa joie quand il le montrera à ses amis.

– N’importe quoi ! répondit Lucie de plus en plus affolée. Comme si Nathan allait prendre plaisir à faire découvrir à ses amis un oiseau en cage ! T’es complètement fou ! Et puis comment le nourrir ? Ça mange quoi un aigle royal ?

– Oh ! pas grand chose, quelques mulots, écureuils, lapins ou reptiles vivants mais…

– Et où va-t-il les trouver ces mulots, écureuils, lapins et autres reptiles vivants pour nourrir son pote ?

– Ne t’inquiète pas, je gère avec Nathan. Tout ira bien, assura Guillaume d’une voix assez désagréable.

– Tu vas gérer ! Bien sûr ! et pendant tes absences qui gérera ?

– Nathan, te dis-je. Il va vivre une grande histoire avec l’aigle tu verras ! »

Puis Guillaume se tourna vers Nathan et lui demanda sur un ton presque odieux :

« Alors mon fils, heureux ? »

Encore étonné et surpris par l’arrivée inattendue de cet animal dans sa vie, Nathan se détacha des bras de sa mère, s’approcha de son père et lui dit en tremblant légèrement :

« Papa, tu sais, c’est un peu bizarre comme cadeau ! Tu ne trouves pas ? Ça fait quand même un peu peur un aigle, continua-t-il d’une voix plus assurée. Un rapace ce n’est pas un chien ou un chat, tu comprends papa ?

– Perso, je trouve ça génial, répondit Guillaume sur un ton très enjoué. Tu verras dans quelques jours tu me diras merci tellement tu seras content !

– J’espère », répondit Nathan, en laissant planer un léger doute.

Puis soudain il se rappela le passage du Petit Prince qui rencontre le renard :

« Papa, dit Nathan en attrapant le bras de son père. Si l’aigle est apprivoisé on pourra jouer ensemble alors ! Mais comment joue-t-on avec un aigle apprivoisé ? »

Guillaume se réjouit de la question inattendue de Nathan.

« Tu as raison souligna Guillaume. Quand un animal est apprivoisé on peut jouer avec lui. Avoir un aigle comme ami est une chose très rare. En général, il reste à l’état sauvage et on ne peut le voir qu’au sommet des montagnes du Grand Nord américain. »

Nathan aima à cet instant les mots de son père. Il le regarda avec plus de douceur dans les yeux et lui demanda :

« Mais alors, comment tu as fait pour qu’il quitte les sommets des montages, qu’il se laisse apprivoiser et ensuite qu’il veuille bien venir me voir ? » Il se sentait soudain proche du Petit Prince.

« Raconte-moi.

– J’ai rencontré un grand chef indien, de la tribu des Lakotas, dans les montagnes du Grand Nord américain.

– T’as rencontré des indiens ? coupa Nathan soudain intéressé.

– Oui, continua Guillaume. Dans une réserve amérindienne. C’est là que j’ai vu ton aigle pour la première fois. Je l’ai trouvé tellement beau que j’ai voulu te le ramener. Le chef de la tribu au début, ne voulait pas me le vendre. Il l’aimait profondément comme toute la tribu d’ailleurs. Mais tu sais comment est ton père ! Tenace ! Alors, j’ai insisté longtemps...