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Eléments d'histoire agricole et forestière

De
217 pages
Ce livre est un précis d'histoire agricole française. Il étudie l'évolution de l'agriculture en France depuis les origines jusqu'au vingtième siècle, les périodes pré et postrévolutionnaires, les progrès agricoles des dix-neuvième et vingtième siècles, la création de l'enseignement agricole et le rôle de la femme dans l'agriculture. Un "panthéon" des agriculteurs est aussi proposé.
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Eléments d’histoire agricole et forestière

La collection Acteurs de la Science comprend des études sur les acteurs de l’épopée scientifique humaine, des inédits et des réimpressions de textes écrits par les savants qui firent la Science, des débats et des évaluations sur les découvertes les plus marquantes et sur la pratique de la Science. Anne-Claire Déré, La science pour le meilleur et contre le pire. Maurice Javillier, 1875-1855. Note de l’édition, par Richard Moreau. - Préface de Philippe Kourilsky, 2010. Claude Brezinski, Les images de la Terre. Cosmographie, géodésie, topographie et cartographie à travers les siècles, 2010. David Hanni, Rencontres avec des guérisseurs. Magnétiseurs, radiesthésistes et rebouteux en Champagne-Ardenne. Préface de Richard Moreau, 2010. Richard Moreau, Pasteur et Besançon. Naissance d’un génie. Préface de Jean Defrasne, 2010. Yvon Michel-Briand, Une histoire de la résistance aux antibiotiques. A propos de six bactéries. Avec une lettre de Yves A. Chabbert, 2009. Thomas de Vittori, Les notions d’espace en géométrie. De l’Antiquité à l’Age Classique, 2009. René Vallery-Radot, La Vie de Pasteur. Préface de Richard Moreau, 2009. Jean Dominique Bourzat, Une dynastie de jardiniers et de botanistes : les Richard. De Louis XV à Napoléon III, 2009. Nausica Zaballos, Le système de santé Navajo. Savoirs rituels et scientifiques de 1950 à nos jours, 2009. Roger Teyssou, Une histoire de l’ulcère gastro-duodénal. Le pourquoi et le comment, 2009. Robert Locqueneux, Henri Bouasse. Réflexion sur les méthodes et l’histoire de la physique, 2009. Etienne Mollier, Mémoires d’un inventeur. De la photographie 35 mm au rétroprojecteur (1876-1962). Préface et épilogue, par Suzanne SéjournantMollier, 2009. Jérôme Janicki, Le drame de la thalinomide. Un médicament sans frontières (1956-2009), 2009. Yves Delange, Plaidoyer pour les Sciences naturelles. Dès l’enfance, faire aimer la nature et la vie. Introduction : Pro natura, par Richard Moreau, 2009. Suite des titres de la collection à la fin du livre

Richard Moreau, professeur émérite à l’Université de Paris XII, Claude Brezinski, professeur émérite à l’Université de Lille I,

Acteurs de la Science
collection dirigée par

Titres parus

Jean Boulaine, Richard Moreau, Pierre Zert

Eléments d’histoire agricole et forestière

L’Harmattan

L’évolution de l’agriculture en France s’est étalée sur des siècles, au cours de phases longues, comme l’établissement des paysages et des règles de culture de l’Ancien Régime (bocage et openfield, rotations biennale et triennale), ou brèves (quelques années à quelques décennies), au cours lesquelles se produisirent des innovations rapides comme l’introduction de végétaux d’origine américaine au seizième siècle (maïs, pomme de terre), le renouveau forestier après 1820, l’introduction de la faucheuse tractée en 1855..., sans oublier la Révolution de 1789 ! Les mauvaises années climatiques entraînèrent des disettes, dont la dernière intervint en 1846. La première partie de l’ouvrage, générale, traite de l’évolution de l’agriculture dans l’histoire de la France. Une seconde partie s’intéresse avec plus de détails aux périodes pré-révolutionnaire et post-révolutionnaire. La dernière examine l’accélération des progrès en matière agronomique au dix-neuvième siècle, la création de l’enseignement agricole en France, le rôle de la femme dans l’agriculture et ce que l’on peut appeler une « mise en gloire » des agriculteurs. Le livre s’achève par des éléments d’histoire forestière. Certains chapitres sont repris d’anciennes publications, d’autres sont nouveaux. Le texte des premiers a été refondu pour éviter les redondances et assurer la cohérence éditoriale du tout. Certains chapitres comportent en annexe des « lectures », pour reprendre un terme et une présentation utilisés autrefois dans les ouvrages pédagogiques. Elles sont consacrées à des thèmes peu connus ou à des anecdotes le plus souvent inédites1. La participation de chaque auteur est indiquée par des notes. L’ensemble a été révisé et mis en page par Richard Moreau, directeur de la collection. R.M. 5

Présentation

____________ 1. On trouvera également en annexe une bibliographie des livres et articles de Jean Boulaine en histoire de l’agriculture.

____________ 1. Synthèse de divers textes de J. Boulaine, en particulier d’un article publié dans Sciences, revue de l’Association française pour l’avancement des Sciences (juillet 2000, n° 3, pp. 37-44), dont un tirage à part a été distribué par la revue INRA mensuel, n° 109, mars-avril 2001. Ce chapitre, complété et modifié par J. Boulaine, par rapport aux textes indiqués, a été révisé par Richard Moreau et Pierre Zert.

On peut fixer arbitrairement le début de l’exploitation organisée de la nature vers l’an - 8.000. Dès ce moment, on trouve des squelettes de chien avec ceux d’hommes dans les gisements archéologiques. La France devait compter un peu plus de dix mille habitants et la forêt occuper environ 90 pour cent du territoire. Les cinq à six millénaires qui précédèrent la période historique furent marqués par des événements considérables. 1 - Stockage des productions : il était nécessaire pour conserver les semences et répartir la consommation entre les récoltes. L’invention de la poterie fut déterminante pour les liquides qui devaient fermenter, pour la cuisson des viandes et la fabrication des fromages. Ces événements, impossibles à dater et à situer dans le temps, eurent des inventeurs anonymes. Le salage et le traitement par la fumée furent des solutions techniques pour le stockage des viandes. Beaucoup de procédés inventés à ces époques reculées sont encore en usage. 2 - L’araire et l’attelage : les gravures rupestres du mont Bégo, à la frontière italienne, attestent que le travail du sol était déjà pratiqué avec un attelage de boeufs sous un joug. C’est le boustrophédon. Il permettait de travailler des terres relativement lourdes, de le faire vite et de couvrir tout le champ.

De la Préhistoire à l’arrivée des Romains

Essai sur l’histoire agricole de la France
1

Première partie

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3 - Le bétail : les bovidés et les ovins accompagnaient le porc et le chien, animaux utiles. Les volatiles étaient peu diversifiés. La colonisation, dans l’Est, la transmission de techniques agricoles sur les côtes sud, se firent sans doute sporadiquement. Localement, ce fut un bouleversement du monde rural, mais rien ne permet de dire qu’il fut général. Les premières traces d’élevage remontent à - 6.500 au moins. Vers - 4.500, des cultures étaient pratiquées dans la vallée du Rhin sur les sols sablonneux et sur des sols peu épais, sur calcaires comme sur les sols plus légers des rebords des plateaux du Bassin parisien. Le défrichement par le feu était relativement facile : des peuples colonisateurs venus de la vallée du Danube et pratiquant les techniques du croissant fertile, s’installaient et brûlaient la végétation quand elle était suffisamment sèche. Les sols libérés et sommairement défrichés étaient cultivés quelques années de suite en céréales : avoine, orge, épeautre, blé et millet, jusqu’à épuisement de leur fertilité. C’était l’assolement celtique décrit par Gasparin (1843), avec déménagement des lieux et installation plus loin quand la production baissait trop. Sur les côtes méditerranéennes au contraire, un transfert de technologies se fit par l’intermédiaire de navigateurs commerçants. Venus du Proche-Orient, ils initièrent les peuples locaux aux techniques agricoles. Les céréales et les légumes étaient appréciés par ces populations adonnées à l’élevage et pratiquant la chasse et la pêche. A l’Age du Bronze (vers - 2.500), apparurent la charrue primitive (araire), l’attelage des boeufs qui permit la mise en culture de terres relativement riches en éléments fins (limons et argiles), donc plus fertiles et plus capables de retenir l’eau. L’élevage pour la laine et le lait se développa ainsi que celui des animaux de basse-cour. Le porc était domestiqué depuis longtemps. Le chou, le millet, le pois, l’oignon étaient cultivés. Les céréales se perfectionnaient et le blé était produit plus fréquemment. Le début de relations commerciales étendues popularisa le sel, le vin, le fromage, la charcuterie, tandis que se généralisait l’usage de la monnaie. Il s’était répandu depuis l’âge du cuivre. Les invasions celtiques introduisirent le fer vers - 1.000 et perfectionnèrent le travail du bois. La population de la Gaule put compter jusqu’à quatre à six millions d’habitants et les forêts étaient déjà réduites à la moitié du territoire. 8

La période, plus de 6.000 ans, allant de l’introduction de l’élevage et de l’agriculture à la conquête romaine, fut marquée par la mise en culture progressive de terres de plus en plus fertiles et capables d’un emploi permanent : terres bien ressuyées mais conservant des réserves hydriques correctes, terres assez riches en éléments fins et suffisamment profondes pour avoir des réserves de fertilité. La diminution de fertilité des sols, beaucoup plus lente en effet que dans les sols sablonneux, intervient en deux ou trois siècles : les expériences agronomiques faites à Grignon depuis 1875 l’ont confirmé. L’amélioration de l’outillage et des forces de traction permit la mise en culture des sols limoneux et limonoargileux et l’utilisation de leur héritage de matières organiques et d’éléments fertilisants. Le perfectionnement des techniques, de l’élevage et des procédés de conservation, contribuèrent à développer une agriculture liée au sol et à l’enracinement de la population sur son terroir. Ce début d’organisation sociale ne fut pourtant pas suffisamment solide pour résister à des conquérants extérieurs mieux organisés : ce furent les Romains.

La première véritable révolution, valable pour tout le territoire fut la mainmise sur la Gaule par le pouvoir de Rome. Dès avant la conquête de César en - 52, la Provence et le Languedoc actuels avaient été mis en valeur par des colons autour des comptoirs grecs (Marseille, Nice, Agde, etc). La vigne, l’olivier et d’autres productions méditerranéennes, introduits par les colons grecs, y prospéraient. La conquête coûta très cher à la Gaule : un demi-million de morts et, au début, au moins autant d’esclaves vendus dans l’empire romain. Un tribut de 40 millions de sesterces dut être payé sept fois par la population restée libre. A partir de - 50, tout le territoire de la France actuelle fut conquis par l’armée romaine, organisé et exploité au profit des vainqueurs, mais les Romains étaient surtout des urbanistes et des constructeurs de routes qui se contentaient de coloniser certaines plaines fertiles (Orange, Béziers, etc) avec des vétérans ou des colons venus d’Italie. On peut encore repérer les traces du cadastre romain. 9

L’Antiquité gréco-latine

La confiscation et la redistribution des terres, la venue de grands propriétaires romains et de leurs employés, les prélèvements en nature par les armées et les fonctionnaires romains, transformèrent les principes de culture. Même si cela se fit progressivement, la conquête modifia presque totalement le travail agricole et le monde rural acquit de nouveaux caractères. Jusquelà anarchique, le dispositif foncier subit les règles strictes de l’administration romaine sur une grande partie du territoire. Des végétaux nouveaux, surtout des arbres et des arbustes, apparurent : vigne, olivier, châtaignier, et des fruitiers, cerisiers, pêchers, figuiers. Les paysages furent très modifiés, surtout dans les zones collinéennes. Dans la moitié nord du pays, les grands domaines pratiquant les céréales et élevant des moutons, contrastaient avec les cultures méditerranéennes de la moitié sud. Les Romains livrèrent les plaines limoneuses du Nord-Est à la grande propriété, déjà quasiment industrielle. On y produisait dans d’immenses villae, le blé, la laine et quelques autres produits pour l’administration romaine et surtout pour l’armée du Rhin et celle de GrandeBretagne, ainsi que pour les fonctionnaires des villes. Le reste du territoire continua à être cultivé par les autochtones ou par des propriétaires gallo-romains avec des pratiques très autarciques. Les exploitations modestes dominaient surtout au sud d’une ligne Bordeaux-Dijon. La population de la Gaule oscillait probablement entre six et huit millions d’habitants, peut-être plus. Les défrichements ramenèrent la proportion du territoire forestier à moins de quarante pour cent de la surface de l’hexagone. L’olivier conquit la zone strictement méditerranéenne, tandis que la vigne eut une extension beaucoup plus vaste vers le Nord, avec une variété résistante au froid l’allobrogica, et vers l’Ouest une autre, la biturica, adaptée au vent et à l’humidité. Le cheptel, de petite taille pendant l’époque gauloise, trouva des dimensions proches des actuelles. Le cheval resta un animal noble, utilisé surtout comme monture car il était incapable de tirer de lourdes charges, faute de harnachement. Le chat et le lapin furent introduits, ainsi que beaucoup de plantes venues du Moyen-Orient. L’érosion, qui avait déjà ravagé tous les terrains calcaires de la Provence et du Languedoc, se propagea dans les terres des collines. Ce fut ainsi que le golfe de Narbonne et les terres basses du 10

Languedoc et de l’Atlantique furent atterries. L’érosion-nappe et le manque de restitutions minérales appauvrirent les couches de surface. La production de nourriture pour des millions de consommateurs commença à faire baisser les rendements des terres pour lesquelles les engrais étaient inconnus. La domination romaine dégénéra et ses institutions furent digérées peu à peu par de nouveaux envahisseurs. Les villes s’enfermèrent dans des murailles et le système de communication se détruisit à la longue faute d’entretien. Le monde rural connut bien des destructions, mais les équipements fonciers subsistèrent longtemps. Il se produisit un accroissement des surfaces cultivées avec épuisement des terres par absence d’engrais et érosion superficielle. En revanche, il faut mettre du côté positif du bilan, l’introduction de plantes et d’animaux nouveaux ou de variétés améliorées et la progression du petit outillage, grâce parfois aux techniciens locaux : ainsi, le tonneau gaulois remplaça l’amphore romaine. Vers la fin du cinquième siècle, le monde romain en Gaule était en ruine, mais c’étaient de belles ruines. L’évolution fut lente jusqu’au Vème siècle, quand les Barbares imposèrent leurs règles d’administration et d’occupation du monde rural. Il est impossible de définir des périodes cruciales. Les évolutions furent locales ou régionales comme, quatre ou cinq siècles après, l’introduction du harnachement du cheval et la mise en place de la féodalité. A la fin de la période gallo-romaine, il existait néanmoins dans la Gaule quelques îlots de douceur et de paix, notamment aux alentours des villes de Trêves et de Bordeaux, où il semble que la Pax Romana avait été maintenue grâce à des administrations encore efficaces. Les raids de barbares et les bandes de bagaudes, horsla-loi réfugiés dans des zones plus ou moins forestières, empêchaient sans doute de s’approcher de ces sanctuaires bien protégés. Il s’agissait des basses vallées de la Moselle et de la Garonne, qui étaient entourées de cultures, de vignes et de vergers et dont, grâce aux fleuves, le rôle commercial se maintenait relativement. Il y eut sans doute d’autres régions à l’abri des ravages de ces temps difficiles, mais celles citées nous sont bien connues grâce au poète Ausone, qui a célébré leur douceur de vivre. Decimus Ausone (310 - vers 395 après J.C.), né et mort à Bordeaux, enseigna durant une trentaine d’années la rhétorique dans cette ville au 11

milieu du IVème siècle, puis l’empereur Valentinien le fit venir à Trèves et lui confia la charge de précepteur de son fils Gratien. A la mort de celui-ci, Ausone retourna à Bordeaux où il mourut chrétien. Il a laissé un poème sur la Moselle et décrit la région de Bordeaux. Son grand-père lui avait légué une propriété dans les environs de cette ville. La coutume était alors d’avoir toujours trois récoltes, l’une sur pied, l’autre en grange et la troisième en cours de consommation. Cette règle a été l’une de celles que les agronomes ont considéré comme la marque d’une gestion en bon père de famille. Les écrits d’Ausone sont pleins du charme et de la douceur de vivre qui furent l’apanage des grands bourgeois galloromains du quatrième siècle, dans une partie de la Gaule qui était apparemment heureuse et fertile.

Le Moyen Age

1 - Le haut Moyen Age : Les grandes invasions, entre le début du cinquième siècle et la fin du dixième siècle, transformèrent peu à peu le monde gallo-romain. Les répits des épisodes mérovingiens et carolingiens codifièrent et développèrent des caractères nouveaux dans la société. Des peuples assez peu nombreux, mais combatifs et amenant avec eux leurs familles, leurs troupeaux et même certaines plantes, se répandirent sur la Gaule, venant de l’Est et du Sud. L’administration romaine disparut progressivement. Les dégâts matériels furent énormes mais des dégâts biologiques plus sournois durent avoir lieu aussi. Dans le haut Moyen Age, la rougeole et des pestes firent de grands ravages. Les populations rurales survivaient tant bien que mal, partageant leurs biens avec les nouveaux venus et ceux-ci, meilleurs éleveurs, participèrent parfois à des évolutions agricoles positives. Néanmoins, globalement, le résultat fut très négatif. On s’explique encore mal l’effondrement des rendements qui nous sont connus par les documents ecclésiastiques du Xème siècle : d’un facteur 2 ou 3 pour les principales céréales, ce qui est considérable. Il est probable que le fait le plus marquant des quatre derniers siècles du millénaire fut la formation progressive des paroisses qui se définirent à la fois par une église et par le châtelain, qui était 12

l’autorité la plus proche des cultivateurs. Elles furent bientôt dominées par le château du seigneur et par l’église et son prêtre. Peu à peu d’ailleurs, se répandit la règle qui allait être en usage jusqu’à la Révolution : Nulle terre sans seigneur. Des renaissances limitées marquèrent les débuts des dynasties des Mérovingiens, puis des Carolingiens. On connaît en partie l’agriculture des grands domaines. Autour de l’an 800, Charlemagne fit écrire par ses clercs des capitulaires De villis. Des indications précieuses quoique incomplètes sur les domaines agricoles les mieux tenus : ceux des souverains renseignent partiellement sur les techniques et les instruments de l’agriculture de l’époque. La plupart étaient conservées de l’époque gallo-romaine. Il ne semble pas que la population ait dépassé le niveau de la période précédente et les forêts regagnèrent plutôt du terrain par abandon des terres mal protégées contre les pillards. Par contre, les montagnes, zones de refuge, furent mieux pénétrées. Finalement, toute cette période vit se mettre en place des traits du monde rural qui prendront leur importance à la période suivante. 2 - De l’an Mil à 1315 : le Moyen Age proprement dit fut une époque où foisonnèrent les mises au point techniques et les inventions d’instruments rustiques mais efficaces, herse, rouleau, moulin à vent, outils aratoires. Néanmoins, nous ne savons pas dater, ni situer ces découvertes. En un peu plus de trois siècles, la population de la France passa de moins de dix millions à plus de vingt. Le fait dominant fut l’adoption du cheval et de son harnais. On soupçonne qu’il fut introduit par les Normands depuis le Nord de l’Asie. Grâce au collier d’épaule, aux courroies, à la selle, aux fers pour les sabots et autres détails, le cheval, animal vif et relativement rapide, devint un animal de trait à l’allure beaucoup plus rapide que les bovins, bien que de force à peu près égale. Il pouvait porter un cavalier lourdement armé, tirer une charrue, une herse ou un rouleau aux effets brisants grâce à leur vitesse relative, et des charrettes à une vitesse bien supérieure à celle des boeufs. L’organisation féodale se perfectionna à cette époque et l’agriculture devint méthodique. Les structures foncières modifièrent les paysages, bien que beaucoup aient été héritées d’un passé obscur. Il est difficile d’admettre en effet que le système de l’openfield avec son corollaire, l’assolement, soit une invention d’agronome. 13

Il est plus probable que ces structures furent créées pour faciliter l’organisation du travail et la défense des agriculteurs. Par la suite, les agronomes en comprirent l’intérêt, quitte à les perfectionner. L’openfield (terres ouvertes) rassemble dans les soles successives les laboureurs, les semeurs et les moissonneurs. L’assolement paroissial, déterminé par les rotations biennales et triennales, voire quadriennales dans certains terroirs, disciplina la production, permit la vaine pâture... et la perception de la dîme et du champart, impôts prélevés en nature immédiatement après la récolte. Le prélèvement des taxes était plus facile, de même que la discipline de production grâce à l’organisation de travaux en commun. Mais des préoccupations militaires ne furent pas étrangères non plus à l’architecture des paysages. Ce fut probablement la raison de l’installation de systèmes d’organisation des terroirs dont les qualités agricoles avaient été reconnues et développées. En terre ouverte, on pouvait grouper les travailleurs et les protéger tout en surveillant l’ennemi. Les haies des bocages, les fossés, les chemins creux, les brise-vent étaient bénéfiques en temps de paix, tout en masquant les fuites des non-combattants, l’arrêt momentané des assaillants, en permettant la résistance de leurs protecteurs, et en facilitant les embuscades. Les avantages agronomiques, qui existaient aussi, justifièrent la conservation de ces dispositions foncières. Jules César en avait déjà décrit dans La Guerre des Gaules. L’emploi du fer pour des outils agricoles, l’utilisation de la charrue à roues et avant-train et celle de la herse et du rouleau améliorèrent l’état physique du sol, ce qui dispensa les femmes et les enfants d’écraser des mottes à coups de maillet selon la pratique ancienne. Mais il faut noter que les améliorations techniques pénétrèrent toujours très lentement le monde rural. En général, leurs effets cumulés ne se font sentir qu’après plusieurs dizaines d’années. Le pâturage en forêt et dans les alpages étant réglementé, la constitution de zones horticoles, l’emploi d’engrais organiques s’il y en avait, le défrichement des bordures forestières (essarts), augmentèrent les rendements et les surfaces, donc la quantité de vivres disponibles. L’instauration des accensements et de la mainmorte fut un progès (voir lectures complémentaires). Mais la population augmentait plus vite que les ressources. En France, elle a presque toujours été aux limites des possibilités de 14

nourriture des origines à 1950. « Le monde était plein » au début du quatorzième siècle. Quelques pays voisins suivirent une évolution parallèle : Pays-Bas, Espagne, Italie. Les pays du Nord, Grande-Bretagne, Allemagne, étaient beaucoup moins peuplés. Enfin, les rescapés des Croisades rapportèrent avec eux des trésors, notamment des chevaux (les tarbais) et des roses. La rose dite de Provins, rose rouge, fut l’emblème de la famille Lancaster, dans la Guerre des deux Roses, contre la rose blanche des York. Il semble que les croisés de retour facilitèrent aussi la diffusion de la distillation en Occident, mais cette pratique fut lente à se propager et fut d’abord le fait des médecins, en particulier de ceux de Salerne, en Italie. On trouverait néanmoins les premières traces écrites de la fabrication de l’alcool par distillation du vin vers 1100. Cette technique semble avoir été mise au point par les Grecs, les Juifs et les Arabes vers le neuvième siècle. Les mots alcool et alambic viennent en effet de l’arabe (il kohol et il ambic), voire pour le second du grec « amhix ». La distillation fut utilisée pour obtenir des parfums, des produits destinés aux pharmacopées, et elle fut la grande opération des alchimistes. Ils découvrirent en effet les « esprits » de plusieurs substances (esprit de vin, esprit de sel, etc). Des auteurs vulgarisèrent la technique et l’usage des produits ainsi obtenus : le catalan Raymond Lulle (Ramon Llull, 1232-1316) et, en France, un médecin de Montpellier, Arnaud de Villeneuve (1238-1314). Il est intéressant de signaler ici les textes de la fondation de ce qui semble avoir été le plus vieux syndicat agricole de la France. Il s’agit du drainage et de l’assainissement de l’étang de Montady, dans l’Hérault, célèbre par son ancienneté, par sa technique originale et par sa forme circulaire visible du haut du site touristique d’Ensérune, non loin de Béziers. Par un acte en latin du 13 février 1247, fait à Capestang, un groupe de quatre personnes, Guillaume Raymond, Ermengaud de Poihies, Béranger d’Alzonne et Bernard Scot, achetèrent pour 60 livres à l’archevêque de Narbonne, le droit de faire passer sur ses terres le canal qui servirait d’exutoire à cet étang, à l’aval de celui-ci. Les travaux durèrent vingt ans : un système de fossé en forme de rayons de roue draine les 430 hectares et débouche dans un canal circulaire (redondel) au centre de l’étang, à 20 mètres d’altitude. De là, un fossé en contre-pente 15

passe par un tunnel de 1.364 mètres sous la colline d’Ensérune. Un exutoire de 3,5 kilomètres rejoint l’étang de Capestang. Les parcelles en forme de triangles très allongés et dont la pointe est au centre, ont donné lieu à des photographies aériennes qui ont été très reproduites. Les cultures de l’époque étaient sans doute de l’orge, car les sols sont un peu salés. A l’origine, la redevance était de 24 setiers d’orge, ce qui est un bon indice. La structure foncière a peu changé depuis, la formule administrative s’adaptant aux nouvelles lois : jusqu’en 1789, il y eut un syndic, après 1880, un syndicat agricole. On évalue à plus de trois millions de quintaux d’orge la production de l’étang depuis 1247. 3 - Le temps des malheurs : entre 1315 et 1450, la Guerre de Cent ans s’abattit sur la France, durant en fait plus de 130 ans. Cependant la première crise fut climatique. Le printemps et l’été de 1315 furent continuellement pluvieux. L’hiver 1316 et l’année suivante, également pluvieuse, furent un temps de famine, les progrès agricoles étant pratiquement impossibles. Puis vint la guerre avec les Anglais, la grande épidémie de peste noire, qui tua plus de la moitié des habitants des provinces, les tremblements de terre (Bâle), des famines renouvelées. Les survivants abandonnèrent les terres les plus pauvres au profit des meilleures. Le règne de Charles V et le milieu du XIVème siècle connurent des évolutions assez rapides et des périodes d’intérêt des milieux gouvernementaux pour les progrès agricoles, mais il ne s’agissait que de frémissements ou de développements timides à côté de ce que les siècles ultérieurs allaient connaître. Après une accalmie sous Charles V, il fallut attendre le milieu du XVème siècle (prise de Bordeaux, 1452) pour que les paysans puissent se remettre à un travail constructif. La population française diminua de plus de 50 pour cent et passa en dessous de neuf millions. Au contraire, les forêts se reconstituèrent : les bois revinrent en France par les Anglais. Les investissements ayant mieux résisté que la population, les survivants se nourrissaient mieux. Seuls les sols les plus fertiles étaient cultivés ; ils suffisaient à la production de cultures vivrières. La tradition du jardin familial et patrimonial, pratiquement non taxé2, constitua le recours contre la famine.
____________ 2. En 1767 encore, Claude-Etienne Pasteur, arrière-grand-père de Louis Pasteur le savant, payait un cens de un sol pour un jardin à Salins (Jura) : à peu près rien (RM).

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Sous Charles V, les efforts du pouvoir en faveur de l’agriculture furent méritoires et réels. Le bon berger, livre de Jean de Brie, fut écrit en 1379 et reproduit par manuscrits, l’imprimerie n’étant pas inventée. Sa vulgarisation et sa diffusion furent donc limitées. D’abord gardien de troupeaux puis domestique à Paris, Jean de Brie devint l’un des conseillers du roi Charles V, qui favorisa la rédaction de son livre. A la même époque, on fit traduire un ouvrage italien, exceptionnel, dont l’auteur, Pietro da Crescenzi, était né vers 1230 et décédé en 1320 : l’Opus ruralium commodorum libri duodecim (1305), traduit par Pierre Antoine en 1373 à la demande du roi Charles V. L’auteur, diplomate itinérant, avait observé les cultures de toute l’Europe. Son livre fut un temps le plus lu de la chrétienté. Les textes relatifs à l’agriculture furent encore plus nombreux en Angleterre. L’un des plus célèbre fut le Fleta. Un autre, Le Cours d’agriculture, de Walter de Henley, fut enseigné à Oxford vers 1250 et copié dans toutes les abbayes d’Europe. Il en resterait une quarantaine d’exemplaires. Ecrit dans un anglais primitif qui est encore du français mélangé de saxon, ce texte fut publié en France sous le Second Empire par un membre de l’Ecole des Chartes ; il est relativement lisible et compréhensible. Il a été analysé par Jean Boulaine en 1996. Il y eut donc à la fin du Moyen Age et, particulièrement en France sous le règne de Charles V, une période d’intérêt pour l’agriculture. Il en reste des textes dispersés dans de nombreuses bibliothèques et dont l’exploitation historique reste à faire. Cette embellie intellectuelle autour de ce roi, au milieu de la triste période de la Guerre de Cent ans, est donc à mettre particulièrement en exergue.

Elle commença après la prise de Bordeaux en 1452, avec les règnes de Charles VIII, Louis XI, sans doute, le plus glorieux de notre histoire en termes de bonheur populaire, et de Louis XII, le seul à ne pas avoir connu de famine ayant entraîné des morts d’hommes. La fin du XVème siècle fut une période heureuse pour les paysans. A l’époque, on comptait à peine neuf à dix millions de Français et beaucoup d’investissements anciens subsistaient, 17

La Renaissance

mais il a suffi de moins d’un siècle pour que la population atteigne à nouveau vingt millions d’habitants. Ce fut un plafond car les guerres de religion au seizième siècle, firent des coupes sombres. Le règne de Henri IV fut plus favorable malgré la pression fiscale instituée par Sully. Les chocs biologiques avec d’autres civilisations agraires, grandes invasions, croisades, apports américains après 1492, amenèrent des épidémies et des parasites, mais aussi des cultures nouvelles. Les plantes et les animaux d’Amérique pénétraient en Europe, les plus importants étant le maïs dans le sud de la France et la pomme de terre, qui se répandit lentement pour des raisons surtout psychologiques. L’apport animal fut réduit : dindon, pintade, venant d’Afrique de l’Ouest. Sans le vouloir, ni le savoir, Catherine de Médicis contribua au progrès de l’agriculture. Quand elle débarqua à Marseille pour épouser en France le futur roi Henri II, le pape, son parrain, avait fait placer dans ses bagages et ses trésors, un sac de haricots provenant du Mexique. Ces nouveaux venus d’Amérique allaient relayer en Europe les mauvaises variétés de Phaseolus3 qui tentaient, depuis les Romains, de concurrencer les fèves et les pois dans la nutrition azotée du peuple, compléments indispensables des céréales dans la nourriture de tous les jours. Devenue reine de France, Catherine eut à son service Jean Nicot (1530-1600), connu pour avoir introduit le tabac en France et avoir assuré sa promotion en l’offrant à la reine. En réalité, il ne faisait qu’exploiter l’introduction des plants de tabac provenant du Brésil et rapportés par un rescapé de l’expédition des Français du côté de Rio de Janeiro. Ce tabac, utilisé pour priser, fumer en cigare, à la pipe et plus tard en cigarettes, est devenu un poison de la vie moderne, mais sa culture a fait vivre de nombreuses familles de paysans. Après ses humanités à Nîmes, Jean Nicot vint à Paris où il fut vite introduit dans les milieux scientifiques et à la Cour. François II le fit maître des requêtes et, fin 1559, il l’envoya à Lisbonne comme ambassadeur au Portugal où il resta deux ans. C’est de là qu’il fit parvenir des graines de tabac en France, plus de cinq ans après l’introduction de cette plante par Thevet, qui l’avait rapporté du Brésil. Néanmoins, ce fut Nicot qui eut, devant l’histoire populaire, la « gloire » d’avoir introduit sinon la plante, du moins
____________ 3. Nom de genre des haricots dans la terminologie scientifique botanique (RM).

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l’usage du tabac comme médicament. Ses relations avec les frères Estienne facilitèrent sa renommée. Il travailla en effet au dictionnaire de Robert Estienne (1503-1559) et il contribua au Praedium rusticum de Charles Estienne (1504-1564). Enfin, l’usage, la fabrication et la commercialisation de l’alcool comme boisson, en particulier le cognac, se développèrent après les guerres de religion, quand les bateaux de la Mer du Nord et de la Baltique fréquentèrent de nouveau les côtes de la Charente et le port de Bordeaux pour ramener des vins, du sel et de l’alcool. Le seizième siècle vit aussi la naissance de la littérature agronomique et une floraison de livres de ce type. En 1560, Charles Estienne édita son ouvrage en latin Praedium rusticum, que son gendre Liébault traduisit et publia sous le titre de La Maison rustique. Il eut un immense succès.

Depuis la fin de la Préhistoire, les Européens associent inconsciemment la chimie et l’agriculture dans leurs usages les plus sociaux : une ancienne coutume demandait de présenter aux visiteurs du pain et du sel, symboles de bienvenue et gage de paix. Au cours des siècles, des substances que nous définissons aujourd’hui en termes chimiques, le sel, la chaux, les cendres, l’alun, la fumée des feux de bois, etc, ont participé aux développements des techniques de production des produits agricoles, à leur protection contre leurs ennemis, à la transformation et à l’amélioration des aliments. Depuis deux siècles, la chimie permet l’inventaire des substances en cause et la recherche de nouvelles solutions aux problèmes nouveaux comme aux plus anciens, mais ce fut Bernard Palissy qui énonça des hypothèses prémonitoires sur la nutrition végétale. Les Anciens, observant le bon effet de l’humus qui donne aux terres un toucher onctueux, pensaient que les végétaux se nourrissaient de la « graisse » des sols. Vers 1555, Palissy observa qu’à l’emplacement d’un tas de fumier qui avait reçu une forte pluie avant d’être changé de place, la récolte était supérieure à celle du reste du champ. Il en déduisit que des substances solubles dans l’eau (sels) étaient responsables de la fertilité des 19

La nutrition des plantes

sols. Le mot sel désignait l’ensemble des corps solubles, acides, bases et sels de notre terminologie. Cela allait contre l’idée ancestrale que la fertilité provenait de la graisse, c’est-à-dire de l’humus et des produits noirs qui donnent aux sols un toucher onctueux et dont nous avons gardé les mots engrais, engraisser, terre de vieille graisse, etc. A la fin du XVIème siècle et au début du XVIIème, Olivier de Serres fut le dernier à faire écho au mouvement initié par Palissy, avec sa publication (1600) du Théâtre d’agriculture et Mesnage des Champs, en faisant le tri entre les recettes et les méthodes routinières et donna de multiples informations sur les techniques agricoles passées au crible du bon sens et de l’expérience. Il fut le plus en avance dans la description de plusieurs types de rotations. Il préconisa les Légumineuses et décrivit une rotation qui comportait la culture du riz. Certaines de ses rotations étaient longues : neuf et douze ans. En plein Ancien régime, avec les rotations triennale et biennale des communautés rurales (paroisses en général), cela dénotait une grande liberté. Ce fut seulement après 1620 que les savants du moment reconnurent que le problème le plus important pour la science était « le principe de la végétation » (Francis Bacon). Ce fut aussi l’opinion de Claude Perrault (1666) et plus tard celle de Lavoisier (1792). La réponse classique était : La terre, l’eau, l’air et le feu (les quatre éléments). Van Helmont (1577-1644) crut montrer, par la méthode des bilans, d’ailleurs fort élégante, que l’eau était responsable de la croissance. Puis, Glauber (1643-1656) découvrit les qualités spectaculaires du salpêtre (KNO3). Mariotte fit accepter que le feu soit éliminé de la liste. On pensa pendant un siècle que le nitre, l’air, l’eau et la terre étaient les facteurs de la végétation. Des Anglais montrèrent, au début du XVIIIème siècle, que des éléments terreux ou organiques étaient indispensables. En 1762, Duhamel du Monceau (1700-1781) se garda bien d’aborder le problème. Lavoisier reprit la question : en 1792, il la cerna dans un texte prémonitoire où il opposait oxydation-fermentation et végétalisation-animalisation. Mais, en France, l’époque n’était pas favorable à ces recherches. A Genève, Sennebier, et Maurice, puis Théodore de Saussure (1804) montrèrent l’action de la lumière et la présence constante dans la composition des plantes de la potasse, de l’azote et du phosphore. L’ignorance persista, mais la théo20

rie de l’humus de Wallerius, puis d’Hassenfratz, fut soutenue aussi par Thaer, Davy et Berzelius. Leur autorité l’imposa durant près de 40 ans. L’honneur de la mise au point définitive revint à Liebig qui participait, en 1837, au congrès de la British Association for Advancement of Science à Liverpool. Il développa l’idée de Bernard Palissy et montra que la nutrition des plantes était due aux solutions salines du sol, provenant de la dégradation des matières organiques ou de différents apports, notamment des engrais minéraux des agriculteurs. Le congrès, animé par Faraday, le sollicita afin de rédiger un ouvrage sur les relations entre l’agriculture et la chimie. L’événement le plus important de l’histoire de l’agriculture fut donc déterminé par une demande collective4.

____________ 4. En France, la croyance aveugle dans les fumiers et la recherche des terres de « vieille graisse » sont parfois de mise chez certains paysans, qui considèrent a priori qu’un sol gras est un bon sol. Certains Américains, croyant à la fertilité infinie de leur terre promise, pensaient encore vers 1905 que l’action des sels était due à l’excitation des plantes et non pas à leur nourriture. Vers 1906, les assistants de Lagatu ont traduit et publié dans les Annales de l’Ecole d’agriculture de Montpellier, des articles yankees sur ces sujets, écrits par des chercheurs les plus sérieux. Les agronomes anglais se moquaient d’eux et demandaient avec une certaine malice, à l’heure du thé, si les engrais étaient « meat or whisky » (J.Boulaine).

Pendant un siècle et demi, à l’exception de l’art des jardins, dont on va dire un mot, et du dressage des chevaux, l’agriculture et l’agronomie furent négligées et laissées à l’initiative des cultivateurs. La mode des jardins ordonnés, symétriques et stylisés avait pris naissance à la Renaissance. Lors de son séjour à Paris, en 1599-1600, Olivier de Serres, qui avait consacré une partie de son livre aux jardins (potager, bouquetier et médicinal), avait pris plaisir à dessiner les plans de ceux qu’il visitait : ce sont les seules illustrations du Théâtre d’Agriculture. En fait, on connaît surtout les jardins du XVIIème siècle et, en particulier, ceux de Le Nôtre, jardinier de Louis XIV et créateur du parc de Versailles. Il en dessina bien d’autres comme celui de Vaux pour Fouquet. En tout temps, il y eut des jardins de plantes médicinales et de légumes. Pour ceux-ci, le modèle et le chef d’oeuvre fut le potager du roi qui est encore en état rue Hardy, à Versailles Son créateur fut Jean

Les jardins ordonnés

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