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ÉMANCIPER LA FRANCOPHONIE

De
292 pages
Boutros Boutros-Ghali, durant son mandat de premier Secrétaire général de la francophonie, s’est fixé trois objectifs : faire de la francophonie une institution internationale reconnue, élargir le concept de développement économique et social dans l’espace francophone, faire de la diversité culturelle et du dialogue des cultures un instrument au service du règlement pacifique des conflits et de la promotion d’une culture de paix. Cet ouvrage, qui est un florilège des discours, messages et articles produits par Boutros Boutros Ghali aide à mieux cerner cette Francophonie devenue une organisation internationale à part entière.
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EMANCIPER

LA FRANCOPHONIE

@L'Harmattan,2002 ISBN: 2-7475-3227-5

Boutros Boutros-Ghali

EMANCIPER LA FRANCOPHONIE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

PUBLICATIONS DE

RÉCENTES

L'ORGANISATION INTERNATIONALE DE LA FRANCOPHONIE

La médiation et l'Etat de droit, 1999, actes du séminaire organisé à Sofia (29 septembre - 2 octobre 1998). Aspects du contentieux électoral en Afrique, 1999, Actes du séminaire organisé à Cotonou (11-12 novembre 1998), Agence intergouvernementale de la Francophonie (AlF). Bilan des Conférences nationales et autres processus de transition démocratique, 2000, actes de la Conférence régionale africaine préparatoire à la 4e Conférence internationale sur les démocraties nouvelles ou rétablies organisée à Cotonou (19-23 février 2000), Pedone et Bruylant. Francophonie et démocratie, 2001, symposium sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone, organisé à Bamako (1 er - 3 novembre 2000), Pedone et Bruylant. L'arbitrage OHADA, 2001, actes du colloque organisé par la Comission Afrique du Barreau de Paris (2 février 2001), in Revue camerounaise de
l'arbitrage.

Francophonie - Monde arabe: un dialogue des cultures, 2001, actes du colloque organisé à Paris (30-31 mai 2000).
Trois espaces linguistiques face aux défis de la mondialisation, du colloque organisé à Paris (20-21 mars 2001). 2001, actes

L'Europe parlera-t-elle anglais demain, 2001, actes du colloque organisé par le Goethe Institut et AlF-Intif, Editions L'Harmattan.

Les langues dans l'espace francophone: de la coexistence au partenariat, 2001, R. Chaudenson et L-J Calvet, Editions L'Harmattan, AIE

Dictionnaire universel, 2002, 4" édition, Agence universitaire de la Francophonie, AIF,Hachette Edicef. Dictionnaire de droit international public, 2002, sous la direction de J. Salmon, Préface de G. Guillaume, collection Universités francophones.
Comptabilité générale, système comptable, El Bachier Wade, AUF, Editions Este. OHADA, 2002, D. Gouadain et

OHADA : Droit de l'arbitrage, 2002, P. Meyer, collection droit uniforme africain.
OHADA : Droit des entreprises en difficulté, 2002, Filiga Michel Sawadogo, collection droit uniforme africain. OHADA: Sûretés, 2002, sous la coordination collection droit uniforme africain, 2002. scientifique de J. Issa-Sayegh,

OHADA : Harmonisation du droit des affaires, 2002, J. Issa-Sayegh et J.

Lohoues-Oble,collectiondroit uniforme africain, 2002.
Concepts et terminologie développement, 2002, AIE en matière d'égalité des sexes et de

Liaison Energie Francophonie, 2002, numéro triple 55-56-57, Spécial Sommet mondial sur le développement durable, Cédérom inclus: Informations, références et textes choisis, en français, sur le développement durable, Institut de l'Energie et de l'Environnement de la Francophonie (IEPF).
Glossaire pour le développement durable, 2002, IEPF, ENSM et Agora 21.

179 bonnes pratiques pour le développement membres de la Francophonie, 2002, IEPE
Catalogue des publications de l'AlF (1970
- 2000).

durable dans les pays

PRÉFACE

i je devais résumer d'une phrase l'esprit dans lequel j'ai mené mon action à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie, je dirais: émanciper la Francophonie, l'affranchir de ses pesanteurs institutionnelles et administratives, la libérer des clichés et des idées reçues, l'ouvrir sur les autres cultures et les autres civilisations pour qu'elle ait les capacités, dans ce monde en pleine mutation, de relever les défis de la modernité et de s'affirmer comme un acteur crédible sur la scène internationale, tout en restant fidèle à l'esprit de ses pères fondateurs.

S

A cet égard, les centaines de discours, de messages, d'articles que j'ai eu l'occasion de prononcer, de délivrer et d'écrire durant mon mandat, portent bien témoignage des ambitions qui furent les miennes, des réalisations qui furent celles de la Francophonie, mais aussi des réticences, des craintes et des obstacles qu'il lui a fallu et qu'il lui faudra encore surmonter pour parvenir à maturité. C'est ainsi que l'on retrouvera dans la présente sélection de textes, les trois principaux objectifs que je me suis assignés: faire de la Francophonie une institution internationale connue et reconnue, élargir et enrichir le concept de développement économique et social dans l'espace francophone, faire de la diversité culturelle et du dialogue des cultures un véritable instrument au service du règlement pacifique des conflits et de la promotion d'une culture de paix.
.:. .:. .:.

En élisant pour la première fois un secrétaire général, lors du Sommet de Hanoi, en 1997, les chefs d'Etats et de gouvernement ont donné à la Francophonie une dimension nouvelle, qui la prédisposait à entrer dans la famille des Nations Unies, conformément au chapitre VIll de la Charte.

Tel a été mon premier objectif, clairement affirmé à travers la création d'une nouvelle dénomination, celle d' « Organisation internationale de la Francophonie ». Cette appellation n'a pas été de soi, même si elle est aujourd'hui - et je m'en réjouis - acceptée de tous. Par cet acte, Il s'agissait, en premier lieu, de faire savoir que la Francophonie était devenue une organisation internationale à part entière, un organisation qui, à l'instar de l'Organisation internationale du travail, accueille non seulement des Etats et des gouvernements, mais également des représentants de la société civile, une organisation qui, par-delà sa dimension historique d'agence de coopération culturelle et technique, venait de se doter d'une dimension politique et économique. Il s'agissait, en second lieu, de faire savoir que les différents acteurs de la Francophonie, bien que relevant d'opérateurs aussi divers que l'Agence intergouvernementale, l'Agence universitaire, l'Université Senghor d'Alexandrie, l'Association internationale des maires francophones ou TV5 - se rangeraient désormais sous une même bannière, et qu'il leur faudrait, dans un souci d'unité et de cohérence, non seulement s'intégrer, mais aussi coopérer entre eux pour plus d'efficacité. A cet effet, le Secrétaire général s'est vu doter par la Charte d'un rôle d'animation, d'harmonisation et de coordination de la coopération multilatérale, à travers notamment la création d'un conseil de coopération. Mon deuxième objectif a été de développer la dimension économique de la Francophonie, en prenant en compte ses aspects tout à la fois politiques, sociaux et environnementaux. Le développement est en effet un phénomène global qui ne saurait se réduire à sa seule dimension économique. En d'autres termes, une politique ambitieuse et à long terme en faveur du développement ne peut être dissociée des efforts déployés, par ailleurs, dans le domaine de l'Etat de droit, de la démocratie, des libertés fondamentales, dans le domaine de la prévention et du règlement des conflits, dans le domaine de l'éducation, de la formation et de l'information, tout comme dans le domaine de l'environnement. Autant le concept de développement global se conçoit clairement-je l'avais d'ailleurs largement explicité dans l'Agenda pour le développement présenté à l'Assemblée générale des Nations Unies en 1993 -, autant sa mise en œuvre se révèle délicate, dans la mesure où les organisations internationales ont tendance à catégoriser et à compartimenter leurs interventions. Pourtant, la mondialisation exige plus que jamais que l'on

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adopte une approche développement.

plurielle, pluridisciplinaire,

transversale

du

Mon troisième objectif a été d'élargir la promotion de la langue et de la culture francophones à un engagement éminemment politique en faveur du plurilinguisme et de la diversité culturelle. Ce puissant moyen de rencontre, cet outil privilégié de solidarité qu'a constitué, dès les origines, la langue française entre les membres toujours plus nombreux de la communauté francophone, devait, me semble-t-il, être transcendé sous peine d'être mal perçu voire de tomber en désuétude à un moment où se joue, tant à l'échelon local que planétaire, le devenir de la diversité linguistique et culturelle. Emanciper la Francophonie, c'était donc aussi, dans mon esprit, substituer l'idée de défense du plurilinguisme à celle de défense de la langue française, substituer le concept de diversité culturelle à celui d'exception culturelle. Car il faut bien reconnaître que la Francophonie, « avatar du colonialisme », la Francophonie, «dernier bastion des puristes de la langue », la Francophonie, « bras armé de la politique étrangère de la France en Afrique », a la vie dure dans l'opinion publique et dans les médias, notamment français. Tout comme, il faut reconnaître que La Francophonie, comme une fin en soi, reste profondément ancrée dans l'esprit des militants de la première heure. Prôner cette démarche d'ouverture, c'était aussi vouloir s'assurer l'appui des autres grandes aires linguistiques - arabophone, hispanophone, lusophone...et anglophone - dans le combat contre l'uniformisation qui menace le monde. Prôner cette démarche d'ouverture, c'était enfin et surtout poser un geste symbolique en faveur du dialogue des cultures. Car la diversité culturelle assumée plutôt que revendiquée, la diversité culturelle partagée plutôt que protégée, est un préalable nécessaire si l'on veut que s'instaure solidement et durablement ce dialogue entre les cultures et les civilisations, qui est à la fois école de paix et gage de paix. Une paix qui reste, en dernière analyse, la raison d'être première des organisations internationales, et à ce titre l'objectif ultime de l'Organisation internationale de la Francophonie. Boutros Boutros-Ghali

Septembre 2002

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I UNE NOUVELLE ORGANISATION INTERNATIONALE
!:idée de francophonie ne peut se réaliser en Ut jour. Son succès dépend de l'efficacité de. structures et des hommes qui prennent el charge l'accomplissement du projet. Léopold Sédar Senghor

-

Les objectifs et les institutions

de la Francophonie

Une Francophonie rénovée (1) - Une Francophonie plurielle (2) - Une Francophonie ouverte sur le monde (3) - Une Francophonie combative (4) - Une Francophonie moderne (5). 1.

Une Francophonie rénovée

[...]En décidant, à Marrakech, en décembre 1996, de créer un poste de Secrétaire général de la Francophonie, en me choisissant, aujourd'hui, à Hanoi, pour exercer cette fonction, vous avez voulu, ensemble, donner un élan nouveau à la Francophonie.
Vous avez voulu consacrer

- nul n'en

doute - sa dimension politique.

Aujourd'hui, la Francophonie politique est née. Et elle peut devenir un acteur à part entière de la vie internationale. En effet, je suis persuadé que, dans la période qui s'ouvre aujourd'hui devant nous, la Francophonie porte en elle un message essentiel. Ce message, c'est d'abord celui de la diversité. Car la Francophonie est, par elle-même, une réponse à la mondialisation à laquelle nous sommes confrontés. La Francophonie est, pour nous tous, une manière de dire que l'universalité n'est pas l'uniformité. Et que la globalisation n'est pas la banalisation. C'est un moyen d'exprimer et de célébrer la diversité des peuples et la diversité des cultures. C'est aussi une incitation pour que, partout dans le monde, d'autres communautés - je pense notamment au monde hispanique, au monde lusophone, au monde arabe - puissent, elles aussi, affirmer leur spécificité sur la scène internationale.

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UNE

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ORGANISATION

INTERNATIONALE

C'est en ce sens que la Francophonie est aussi une école d'ouverture vers les autres. Car notre message s'adresse non seulement aux francophones, mais aussi aux non-francophones. Je suis convaincu, en effet, que, désormais, pour nous, il ne s'agit pas seulement de constater que la Francophonie existe. Pour s'en réjouir périodiquement entre francophones. Ou pour s'inquiéter de la voir menacée par je ne sais quelles influences anglosaxonnes. La Francophonie doit être un hymne à l'humanité. Une humanité qui ne serait pas la recherche du plus petit dénominateur commun entre les nations, mais l'affirmation que, par nos différences et au-delà de nos différences, nous appartenons à une même communauté humaine. Je dirai, enfin, que la Francophonie doit être aussi un creuset de solidarité. Elle doit se traduire - et c'est bien le sens de l'élection d'aujourd'hui - par un véritable programme d'action. Ce programme, je le souhaite, d'abord, au service de la paix. Je suis persuadé que la Francophonie peut déployer, à cet égard, une diplomatie originale et efficace. Une diplomatie préventive dont nous ressentons le besoin dans certaines régions du monde. Une diplomatie de conciliation. Une diplomatie de médiation. De manière à ce que se renforcent des liens pacifiques entre tous les membres de notre communauté et avec le reste du monde. Dans cette direction, nous devrons agir en liaison étroite avec l'Organisation des Nations Unies et les organisations régionales qui poursuivent les mêmes buts que nous. La Francophonie doit ainsi pouvoir concourir, dès aujourd'hui, à une nouvelle diplomatie de la paix. Dans le même temps, la Francophonie doit amplifier son œuvre au service de la coopération économique.

De nombreuses institutions francophones,

l'Agence - mènent, depuis longtemps, des actions exemplaires. Mais nos structures doivent nous permettre de donner une nouvelle impulsion à cette action. Faire en sorte que le dialogue entre Francophones du Sud et Francophones du Nord soit plus fécond. Faire en sorte que, entre pays francophones, le développement soit mieux partagé.

-

je pense notamment à

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OBJECTIFS

ET

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INSTITUTIONS

DE

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FRANCOPHONIE

Je pense notamment à notre action dans le domaine de l'éducation. Nous pouvons nous féliciter du rôle que joue l'Université Senghor dans la formation d'étudiants qualifiés de très haut niveau dans l'Afrique francophone. Mais nous devons aussi mettre l'accent sur l'éducation de base des populations, et même sur l'alphabétisation. Car, dans ce domaine, des progrès substantiels sont à faire. Je pense aussi à une meilleure diffusion et à une meilleure maîtrise des instruments modernes de la communication, garants de l'inscription durable de tous dans la voie du progrès. Voilà les impératifs que j'estime désormais devoir être les miens. Voilà comment je veux vivre cette étape essentielle de l'histoire de la Francophonie. [...]
Hanoi, 16 novembre 1997

2.

Une Francophonie plurielle

[...] Le Sommet de Hanoi, en novembre dernier, a constitué un grand événement pour la Francophonie.
Les 52 chefs d'État et de gouvernement ont, en effet, créé, lors de ce Sommet, une institution internationale à part entière, l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il est d'autant plus important de penser la Francophonie, en tant qu'Organisation internationale, que le mot même de « francophonie» est un mot qui, notamment en France, recouvre des réalités très différentes. Permettez-moi, par souci de clarification, de dégager les quatre formes essentielles de francophonie que l'on peut identifier. Il Y a, tout d'abord, la francophonie nationale qui s'incarne, dans chaque pays francophone, par une multitude d'organismes ou d'institutions publiques ou semi-publiques. Cette francophonie nationale a, bien entendu, des activités extérieures, tournées essentiellement vers ses nationaux à l'étranger, ou destinées à faire mieux connaître la culture nationale. Il Y a, ensuite, la francophonie académique. Celle qui vise « la défense et l'illustration » de la langue française. Pour certains dans sa diversité, pour
d'autres dans son intégrité, pour d'autres encore dans l'idée qu'ils se font de sa pureté.

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INTERNATIONALE

Ces combats sont extrêmement directement les nôtres.

respectables,

mais ce ne sont pas

Il Y a, aussi, la francophonie associative et caritative. Celle qui regroupe des centaines d'associations de toute nature et de toute taille. Loin de vivre cela comme une dispersion, il faut y voir le signe d'une vitalité et d'une effervescence permanentes. Ces associations doivent être répertoriées, soutenues, pour les plus importantes d'entre elles. Car elles incarnent la société civile, qui est la clef de voûte de notre organisation. Il Y a, enfin, la francophonie multilatérale, celle dont j'ai la charge et dont notre organisation internationale se veut la traduction institutionnelle. La création de cette organisation internationale de la Francophonie est, d'ailleurs, l'aboutissement d'un long processus d'institutionnalisation, initié par ces grands pères fondateurs que furent Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba et Hamani Diori. C'est à eux que l'on doit la création, à Niamey, en 1970, de l'Agence de coopération culturelle et technique, devenue, depuis, l'Agence intergouvernementale de la Francophonie. Cette institutionnalisation n'est donc pas le résultat d'un schéma théorique pré défini que l'on aurait plaqué sur la réalité. Mais elle s'est constituée, de façon souvent empirique et pragmatique, au fur et à mesure des besoins. C'est ainsi qu'on est passé progressivement de l'assistance culturelle et technique à l'expression politique qui est désormais celle de l'organisation créée à Hanoi Et l'une des originalités de cette nouvelle organisation, c'est d'abord, d'accueillir en son sein des États, mais aussi des gouvernements, comme le Québec, le Nouveau-Brunswick ou la Communauté française de Belgique. Par ailleurs, cette organisation internationale se veut une représentation institutionnelle de la société civile, et pas seulement interétatique. Puisque, outre l'Agence intergouvernementale de la Francophonie, notre institution est résolument tournée vers l'action, à travers ceux que l'on appelle les opérateurs.

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INSTITUTIONS

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- l'Agence universitaire de la Francophonie, forte de 400 universités, grandes écoles et établissements de recherche répartis sur l'ensemble de l'espace francophone,

-

l'Université Senghor d'Alexandrie, qui a pour vocation d'assurer le perfectionnement des cadres supérieurs, notamment des pays africains,

-l'Association internationale des maires francophones qui regroupe, à ce jour, 88 capitales et métropoles réparties dans 42 pays, - TV5, enfin, numéro l des télévisions publiques satellitaires internationales, qui dessert 300 millions de téléspectateurs francophones à travers le monde En impliquant directement les universitaires, les maires de grandes villes, les médias, l'Organisation de la Francophonie fait véritablement figure d'organisation internationale d'un nouveau type. Par ailleurs, outre ces opérateurs, notre organisation s'appuie sur une Assemblée consultative, l'Assemblée parlementaire de la Francophonie, qui est constituée de parlementaires représentant 55 pays ou communautés de langue française. Elle renforce ainsi son ancrage dans la société civile, et exprime, surtout, avec vigueur son attachement à cette valeur essentielle de la Francophonie. Je veux dire la démocratie. Je pense, en ce sens, que l'Organisation internationale de la Francophonie devrait faire école, dans la mesure où je suis persuadé que les gouvernants devront, toujours plus, impliquer les représentants de la société civile, tant dans l'élaboration que dans la mise en œuvre des décisions concernant la Planète. L'on;; ainsi structurée, s'est vu doter, à Hanoi, d'un Secrétaire général, élu pour quatre ans. Cette mission est aujourd'hui la mienne. Et je voudrais pour continuer vous présenter, très rapidement, mes objectifs et mes priorités pour la Francophonie, durant mon mandat. Une Francophonie, désireuse d'affirmer sa dimension politique et économique. Une Francophonie décidée à promouvoir, à travers la défense de la langue française, le principe de la diversité culturelle et du plurilinguisme, et par là même la démocratisation des relations internationales.

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J'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises. La Francophonie politique est née à Hanoi Et chacun est aujourd'hui convaincu que la fonction nouvelle de Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie doit permettre à notre communauté de se penser comme un véritable ensemble géopolitique. Qu'il s'agisse de diplomatie préventive, de rapprochement des points de vue, de règlements des différends ou d'assistance électorale, les États membres de cette organisation se sont, en effet, dotés d'un véritable instrument politique. Et, c'est dans cet esprit, dans le respect de l'indépendance et de la souveraineté de chacun, bien sûr, que l'Organisation internationale de la Francophonie a commencé à développer son action diplomatique à l'intérieur de l'espace francophone. C'est ainsi, que j'ai demandé, à l'ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal, Monsieur Moustapha Niasse, de conduire une mission de
«

bonne volonté»

au Togo.

Nous avons, par ailleurs, à la demande du Président Kabila, envoyé une autre mission en République démocratique du Congo. Cette mission, menée par l'ancien Président du Bénin, Émile Derlin Zinzou devrait se prolonger en Angola dans les jours qui viennent. Mais il faut, dans le même temps, que la Francophonie s'impose comme une organisation internationale à part entière, à l'extérieur, c'est-à-dire auprès des non-francophones. C'est la raison pour laquelle je souhaite multiplier les contacts avec d'autres Institutions internationales.
Avec l'Organisation mondiale, bien sûr. Car je pense que les organisations régionales ont, depuis la fin de la guerre froide, un rôle prépondérant à jouer au service de la paix internationale, en coopération étroite avec les Nations Unies.

C'est ainsi que l'Organisation internationale de la Francophonie a pu faire entendre sa voix, pour la première fois, à New York, le 28 juillet dernier, lors de la réunion entre l'ONU et les organisations régionales sur le thème de la prévention des conflits.

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J'ai, par ailleurs, depuis le début de mon mandat, multiplié les contacts avec les autres organisations régionales telles que l'Organisation de l'unité africaine, la Ligue des États arabes, la Communauté des États indépendants issue de l'ex-Union soviétique, l'Organisation des États américains, le Commonwealth ou l'Union européenne. J'ai, notamment, convié, à Paris, le 20 mars dernier, les Secrétaires généraux de toutes ces organisations à venir célébrer fraternellement à nos côtés la journée mondiale de la Francophonie. C'est également dans cet esprit, que j'ai signé, en février, au Caire, un Protocole d'accords de coopération entre l'Organisation internationale de la Francophonie et la Ligue des États arabes. Nous signerons, dans quelques jours, un Accord avec le Fonds égyptien pour la coopération technique avec l'Afrique. Je me suis entretenu, par ailleurs, avec le secrétaire général de l'OUA, sur les modalités d'une coopération renforcée entre nos deux organisations. Cette volonté de coopération avec les autres organisations internationales ou régionales s'est déjà concrétisée puisque nous avons mené à bien, depuis le début de l'année, trois missions conjointes d'observation des élections: aux Seychelles; en mars 1998, avec le Commonwealth, au Togo; en juin 1998, avec l'Organisation de l'unité africaine; au Cambodge, en juillet 1998, avec les Nations Unies. [...] Mon rôle consiste, aussi, à donner à la coopération économique francophone plus d'efficacité. Et à faire souffler, notamment, sur la coopération Nord-Sud et Sud-Sud un souffle nouveau. Cette dimension économique, les chefs d'État et de gouvernement l'ont résolument prise en compte à Hanoi. Et ils ont décidé de tenir la première Conférence des ministres francophones de l'Économie et des Finances, en avril 1999, à Monaco, sur le thème de l'investissement et du commerce. Car nous savons bien que l'espace francophone est riche de promesses et d'avenir, mais qu'il est encore trop peu exploité. Depuis quelques années la coopération s'étiole. L'aide publique au développement s'essouffle. L'investissement privé reste modeste. Il y a à cet état de fait des raisons objectives. Nous connaissons notamment la fatigue des États donateurs accaparés par leurs propres problèmes internes, et lassés de voir perdurer les situations de troubles politiques dans certains pays.

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Nous connaissons aussi la préférence des États du Nord pour les actions bilatérales, plus valorisantes pour eux que les actions multilatérales, pourtant souvent plus vastes et plus utiles aux États qui les reçoivent. Les États ont bien perçu ces difficultés à Hanoi. Et je suis désormais chargé, par la Charte, d'animer la coopération multilatérale francophone. Par expérience, je crois aux vertus du multilatéralisme. J'y vois un vivier d'idées nouvelles et de formules originales de coopération. Mais nous devons aussi mobiliser les institutions économiques et financières internationales. Qu'il s'agisse de l'Organisation mondiale du commerce, de la Cnuced, du Fonds monétaire, ou de la Banque mondiale. Et les représentants de ces Institutions seront, d'ailleurs, invités à intervenir à la Conférence de Monaco. Je veux également faire appel aux partenaires privés, aux organisations non gouvernementales, bien sûr. Mais je compte aussi mobiliser et sensibiliser les acteurs privés de la vie internationale au service de l'espace économique francophone. En visite officielle au Canada, en septembre dernier, j'ai rencontré les responsables du Forum Francophone des Affaires qui travaillent à renforcer le partenariat entre les entreprises. J'ai rencontré aussi les jeunes entrepreneurs francophones venus à Ottawa pour le Mondial de l'entreprenariat jeunesse. À cette occasion, les 188 entreprises, représentant plus de 30 pays de la Francophonie ont signé des ententes commerciales qui devraient totaliser plus de 776 millions de dollars canadiens. Ce sont là, vous le voyez, des réalisations extrêmement prometteuses qu'il faut soutenir et développer. Nous tenterons de dégager, par ailleurs, à Monaco, les moyens de répondre aux nouvelles règles du jeu international en matière de commerce, et notamment de commerce électronique. Et l'on sait très bien que les enjeux se posent différemment aux pays du Nord, aux pays du Sud et aux pays de l'Europe de l'Est. Il est clair, aussi, qu'il serait grave de conséquences d'organiser la mondialisation, la globalisation en laissant délibérément certains pays sur le bord du chemin.

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Mais pour que cela puisse mieux s'incarner dans le réel, il faut - et c'est mon troisième impératif - renforcer le français en tant que langue internationale. Mais ne nous trompons pas de combat. N'ayons pas à l'égard de la langue une attitude frileuse ou défensive. Le français est profondément une langue d'avenir, à condition d'inscrire ce combat dans la. réalité sociale, économique et culturelle du monde contemporain. Le combat pour la Francophonie ne sera gagné que si le français est ressenti comme une langue internationalement utile. Pour que la Francophonie s'affirme dans le monde, elle doit apparaître comme un véritable réseau de Francophonie globale, où tous, à tout moment, à tout endroit, ont accès, en français, à tous les registres de la vie, mais aussi à l'emploi. Nous devons, dans le même temps, investir les méthodes technologiques les plus modernes de diffusion de la pensée et refuser la colonisation de ces nouveaux espaces médiatiques par une langue unique, une culture unique, une pensée unique. Je pense notamment à la place qui doit être la nôtre, celle de notre langue, sur le réseau Internet. Je pense à la place du français sur les autoroutes de l'information. Je pense aux satellites de communication. De l'école à l'entreprise, en passant par les loisirs et la culture, la Francophonie doit faire rêver sur ce qui fait sa spécificité, je veux dire l'excellence, alliée à un art de vivre et à des valeurs partagées, de solidarité et d'humanisme. Le combat pour la Francophonie, c'est enfin et surtout un combat emblématique, un combat pour une autre vision du monde dans laquelle la diversité des langues et des cultures a toute sa place. C'est pourquoi je compte ouvrir la Francophonie aux autres communautés linguistiques. Je pense notamment au monde hispanique, au monde lusophone, au monde arabe. C'est en cela que le combat pour la Francophonie est aussi un combat pour la tolérance et pour la démocratisation des relations internationales. Et c'est le dernier impératif dont je voudrais vous entretenir.

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La fin de la guerre froide, la chute du mur de Berlin ont profondément changé la perception politique et économique du monde. Il s'est établi un consensus sur le fait que le processus de démocratisation à l'intérieur des États serait une garantie pour l'essor de l'économie et le maintien de la paix. Les Nations Unies, les organisations non gouvernementales et les organisations régionales s'emploient, conjointement, à soutenir et à accompagner cette démocratisation. C'est à la fois beaucoup et trop peu. Car le risque est grand, en effet, avec la mondialisation, de voir diminuer les compétences des États en faveur d'organes supraétatiques, de forums internationaux, de nouveaux mécanismes qui échappent au contrôle démocratique de la population. C'est pourquoi, la démocratie à l'échelon des États n'aura véritablement de sens que si elle s'inscrit dans une société internationale, elle aussi démocratisée. Dans une société internationale qui oppose l'alternative volontariste de la diversité culturelle et linguistique à la soumission fataliste de l'uniformisation. C'est en tout cas dans cet esprit que je conçois la Francophonie, au poste qui m'est aujourd'hui confié. Vous le voyez, le défi est grand, mais il est à la hauteur des ambitions de l'Organisation internationale de la Francophonie. Vous le voyez, aussi, la Francophonie, n'est pas comme certains voudraient le laisser croire, un combat d'arrière-garde. Bien au contraire, il s'agit d'un combat pour l'avenir. [...]
Bourglinster, 28 octobre 1998

3.

Une Francophonie ouverte sur le monde

[...] La Francophonie est aujourd'hui, me semble-t-il, en passe de remporter un formidable pari: celui de rester fidèle à ses racines, tout en s'ouvrant à la diversité du monde. Fidèle à ses racines, car il me semble essentiel, quelles que soient les transformations de notre institution, que nous conservions, en nous, ce

que j'aimerais appeler « l'esprit de Niamey»,qui a lancé, ily a maintenant
trente ans, l'institution dont nous sommes, en quelque sorte, les héritiers.

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INSTITUTIONS

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Cet esprit fonde la communauté francophone sur la fraternité et la solidarité. Une fraternité et une solidarité qui se nourrissent du plus puissant lien qui soit: celui de la langue que nous avons en partage et qui nous donne notre identité réelle. C'est en gardant cette idée à l'esprit que j'ai voulu développer cette Francophonie politique dont vous m'avez confié la charge. C'est la raison pour laquelle j'ai tenu à ce que les grandes valeurs de la démocratie, des droits de l'homme et de l'État de droit, constituent le fondement de notre action. Dans ce domaine, nous avons, en deux ans, fait beaucoup avancer les choses. Par l'assistance électorale, par des missions de bons offices, par des actions de médiation, par le soutien aux institutions judiciaires et à la presse écrite et audiovisuelle. Mais ne nous le cachons pas. Beaucoup reste à faire. Et l'opinion publique ne comprendrait pas que la Francophonie ne soit pas plus exigeante dans le domaine de la démocratie et des droits de l'homme. Notre organisation communauté. Notre organisation domaine. est là pour aider chaque membre de notre

est là pour encourager chaque progrès dans ce

Notre organisation est là, aussi, pour être à l'écoute de ceux qui luttent pour aider à faire progresser ces valeurs. Car l'avènement de la démocratie et la promotion des droits de l'homme sont les impératifs catégoriques de la Francophonie. Ces impératifs ne peuvent s'incarner dans le réel que s'ils s'appuient sur une politique de coopération cohérente et efficace. Car nous savons tous combien le développement économique et social est la condition indispensable d'une paix et d'une démocratie durables. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu que l'Agence intergouvernementale et les autres opérateurs de la Francophonie recentrent leurs actions, de manière à apporter une véritable valeur ajoutée à la coopération multilatérale.

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INTERNATIONALE

Je veux le dire clairement. En matière de coopération, la Francophonie n'est pas là pour faire ce que d'autres font déjà. Et souvent mieux. Et avec des moyens plus importants. En d'autres termes, la Francophonie est d'abord là pour faire ce que d'autres ne feront jamais à sa place. La Francophonie est donc là pour faire entendre la voix de ses membres au sein des plus hautes instances internationales. Elle est là pour défendre leurs intérêts. Elle est là pour promouvoir le respect de la diversité culturelle et linguistique. Elle est là pour œuvrer en faveur de la paix au sein de l'espace francophone. Elle est là pour développer l'éducation et la formation de la jeunesse francophone. Elle est là pour stimuler la coopération économique et favoriser la participation de tous ses membres au commerce mondial. Elle est là pour démocratiser l'accès aux nouvelles technologies, notamment dans les pays francophones du Sud, et susciter la multiplication des contenus en français sur les inforoutes. Elle est là pour assurer la mobilité des jeunes et faciliter leur emploi. Elle est là, enfin, pour favoriser la concertation et la circulation de l'information entre ses États et gouvernements membres. La valeur ajoutée de la Francophonie, c'est tout cela. Et beaucoup d'autres choses encore. Ce n'est qu'à ce prix qu'elle pourra rester fidèle à ses idéaux, tout en relevant le premier de tous les défis, celui de la modernité. Mais, dans le même temps, la Francophonie doit s'ouvrir à la diversité du monde. J'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises: ne vivons jamais la Francophonie comme une citadelle assiégée, ne vivons jamais la Francophonie comme un repliement sur nous-mêmes. La Francophonie n'est elle-même que lorsqu'elle s'ouvre au monde.

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OBJECTIFS

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INSTITUTIONS

DE

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FRANCOPHONIE

Car, j'en suis convaincu depuis longtemps, la Francophonie est une autre manière de vivre l'universel. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu, dès les premiers mois de mon mandat, aller à la rencontre des autres organisations régionales, aller à la rencontre des autres aires linguistiques, aller à la rencontre de l'Organisation des Nations Unies. Et j'ai, dans cette démarche, reçu un accueil au-delà de mes attentes et de mes espoirs. En deux ans, nous avons pu avec d'autres organisations internationales et avec l'Organisation mondiale, mener des actions électorales, conduire des actions de médiation, initier des projets de coopération, lancer la réflexion sur des sujets d'intérêt commun. Tout un chantier s'est ouvert, aujourd'hui, à nous qui fait, désormais, de la Francophonie un acteur à part entière de la vie internationale. Et je veux me réjouir avec vous que le Secrétaire général des Nations Unies et les responsables d'autres organisations internationales soient là, avec nous, aujourd'hui, pour témoigner de l'importance et de l'intérêt qu'ils attachent à notre existence et à notre action. Dans le même temps, j'ai voulu ouvrir la Francophonie sur les organisations non gouvernementales, sur le monde de l'entreprise, le monde économique, le monde financier. De manière à donner à la Francophonie un ancrage de plus en plus solide dans la réalité du monde. Là encore, mon espoir n'a pas été déçu. Beaucoup reste à faire, mais beaucoup de projets sont esquissés. Et je suis, je l'avoue, encouragé par l'intérêt réel que suscite la Francophonie dans des milieux, traditionnellement bien loin de nos préoccupations francophones. [...] Les chefs d'État et de gouvernement réunis, il y a deux ans, à Hanoi, ont fait preuve d'une puissante intuition. Ils ont fait le pari du changement et de la modernité. Ils ont fait confiance à la Francophonie, à sa capacité de se transformer, à sa capacité de sortir du registre confidentiel dans lequel certains veulent parfois l'enfermer. Oui, le temps est venu d'une Francophonie sans complexes, d'une Francophonie libérée, qui ose dire à la face du monde ce qu'elle est, ce qu'elle fait, et ce qu'elle entend faire.

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UNE

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ORGANISATION

INTERNATIONALE

Et je veux voir, aujourd'hui, dans l'histoire de cette terre d'Acadie, chargée de symboles, le destin même de la Francophonie. Une histoire à jamais associée à ces femmes et à ces hommes qui ont lutté pour sauver leur mémoire, pour préserver leur langue, leur culture, leur identité, en un mot, leur âme. Et qui ont su, tout en restant fidèles à leurs racines, se hisser à la pointe de la technologie. Quelle belle leçon de courage, de détermination et d'audace. C'est ce courage, cette détermination et cette audace qui doivent, plus que jamais, nous animer pour porter haut les couleurs de la Francophonie dans un univers en mouvement.
Ce courage, cette détermination, cette audace sont déjà ancrés dans le cœur de tous les jeunes de l'espace francophone. Vous les avez entendus.

Ils sont prêts. Ils comptent sur la Francophonie. Et la Francophonie se doit, désormais, de compter avec eux. C'est pourquoi je forme le vœu, en terminant, que la Francophonie sorte innovante que jamais, plus militante que jamais, en un mot, plus que jamais rayonnante.
Moncton, 3 septembre 1999

de ce huitième Sommet - parce qu'il est le Sommet de la jeunesse - plus

4.

Une Francophonie combative

[...] La Francophonie de cette fin de siècle, c'est une Francophonie en trois dimensions. La première de ces dimensions, la plus évidente et la plus ancienne, c'est celle d'une communauté qui a le français en partage et qui, pendant près de trente ans, a organisé la solidarité francophone à travers une coopération essentiellement culturelle et technique. Cette dimension doit être plus que jamais réaffirmée, car je le dis clairement: la diffusion et la promotion du français restent la vocation première de notre organisation.

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INSTITUTIONS

DE

LA

FRANCOPHONIE

C'est là notre spécificité et la raison d'être de notre mission. Parce qu'il ne s'agit pas de défendre la langue pour la langue. La langue française n'est pas une fin en soi, elle est un moyen. Le moyen de mener à bien notre mission de solidarité, au service du développement, de la démocratie et de la paix. Le moyen de parler d'une seule voix et pour tous les sans voix, dans les instances internationales. Le moyen de plaider, haut et fort, la cause fondamentale de la diversité culturelle. Autant de raisons essentielles, en faveur d'une politique offensive de la langue française. Je dis bien offensive. Une politique offensive de la langue française, c'est, d'abord, une politique ambitieuse en matière d'enseignement et de formation. Grâce aux programmes de l'Agence intergouvernementale, de l'Agence universitaire, qui a son siège, ici, au Québec, et de l'Université Senghor, grâce aux équipements multimédia fournis par les maires aux écoles, grâce aux programmes de TV5 pour l'enseignement à distance, la Francophonie est en mesure d'intervenir à toutes les étapes de la formation. Nous sommes en possession d'une force de frappe formidable. Que nous devons faire encore fructifier en tirant le meilleur profit des nouvelles technologies. Mais aussi, en offrant toujours plus à nos jeunes la possibilité de circuler et de se former dans l'espace francophone, à travers une politique ambitieuse de bourses et de stages en entreprise. Une politique offensive pour la langue française passe, aussi, par une politique ambitieuse dans le domaine de la culture. La Conférence des ministres de la Culture qui doit se tenir au Bénin, en 2001, sera l'occasion, pour la Francophonie, de porter un regard critique sur son action, depuis trente ans, dans ce domaine, et de se doter d'un nouveau Plan d'action. Car l'espace francophone est une formidable pépinière d'artistes et de créateurs que nous devons soutenir et promouvoir.

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UNE

NOUVELLE

ORGANISATION

INTERNATIONALE

Ce sont eux qui peuvent exprimer, aux yeux du grand public, ce qu'est la Francophonie, de la façon la plus vivante, la plus concrète, la plus immédiate qui soit. Et je suis convaincu que la musique, la danse, la littérature ou la mode peuvent faire plus pour le rayonnement de la Francophonie que n'importe quel discours. Et je sais bien que ce n'est pas ici, au Québec, qui a connu un succès mondial avec le Cirque du Soleil et la troupe de Notre-Dame de Paris que je dois me faire persuasif. Mais nous savons, aussi, que la culture fait appel, désormais, à des interactions de plus en plus complexes. Qu'il s'agisse des droits de la propriété intellectuelle, des négociations relatives à l'investissement ou aux subventions en matière de service, de la « notion de bien virtuel ». Tout cela nous oblige à une vigilance constante et à une attention renouvelée, sous peine de voir les grands principes acquis, bafoués à la marge jusqu'à être balayés. Il est indispensable, dans ces conditions, que nous échangions nos informations, que nous rapprochions nos positions pour atteindre ces objectifs et pour faire entendre, haut et fort, la voix de la Francophonie, lors des négociations. Une politique offensive pour la langue française passe, aussi, par une politique ambitieuse dans le domaine des nouvelles technologies. Les francophones peuvent se vanter, grâce àla Francophonie d'Amérique du Nord, d'être à la pointe de ce combat. Et nous avons beaucoup à tirer de votre expérience. J'en ai fait, pour ma part l'une des priorités de mon mandat. Parce que nous tenons là un formidable outil de démocratisation du savoir, de développement économique, et de promotion de nos cultures. La Conférence qui s'est tenue, ici même, à Montréal, en 1997, a fIxé les grands axes de l'action de la Francophonie. Et notre jeunesse, à Moncton, a réaffirmé combien elle attendait de nous en ce domaine.

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Qu'il s'agisse de démocratiser l'accès à Internet, singulièrement dans les pays du Sud. Qu'il s'agisse d'assurer la formation des utilisateurs. Qu'il s'agisse de favoriser la création de sites en français. La Francophonie s'est lancée, sans complexes, dans l'aventure des nouvelles technologies. Avec les moyens qui sont les siens, certes, mais aussi avec la conscience de ses missions. C'est dire favoriser la circulation de contenus de qualité, favoriser l'émergence d'une aire de création et de formation, aider au développement de la science et de la recherche en français, stimuler les échanges économiques et la création d'emplois. Cette politique offensive pour l'épanouissement de la réalité francophone, n'est pas du domaine de l'utopie. Si l'on veut bien considérer tous les réseaux de la société civile sur lesquels nous pouvons, et nous devons nous appuyer. Je pense aux organisations non gouvernementales francophones, qui se sont réunies, à Québec, les 7 et 8 octobre derniers. Je pense, aussi, à la mobilisation des chefs d'entreprise, susceptibles, s'ils en ont la volonté, de faire du français un véritable critère à l'embauche, pour tous ces jeunes qui ont choisi de se former en français. Susceptibles, s'ils en ont la volonté, de renforcer l'espace de coopération économique francophone. Cela m'amène à évoquer, tout naturellement, la dimension économique de la Francophonie. Et je veux, à cet égard, saluer le rôle du Forum francophone des Affaires, qui, à travers son réseau d'entreprises, à travers les échanges quotidiens qu'il permet sur les cinq continents, nous démontre que le français est un moyen privilégié de communication pour qui veut produire ou commercer dans le monde francophone. Cette dimension économique, encore mal connue, est le résultat d'une longue maturation. Elle a connu son acte fondateur, à Monaco, en avril1999, à l'occasion de la première Conférence des ministres de l'Économie et des Finances.

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INTERNATIONALE

Pour la première fois, les ministres ont fait une Déclaration qui fIxe les grands axes de la coopération économique francophone: une coopération placée sous le signe de la complémentarité et de la solidarité. Une coopération essentiellement tournée vers la formation, l'information et la concertation. En suivi de cette Conférence, nous avons lancé un projet de Centre d'information économique qui sera mis en place, dans les prochains mois, avec l'appui des autorités monégasques. Nous avons, aussi, signé un accord de coopération avec la Cnuced et le Centre de Commerce international afIn d'assurer la formation d'experts et de hauts fonctionnaires des pays les moins avancés aux mécanismes de négociation commerciale multilatérale. Cela étant, les choses ne se feront pas d'elles-mêmes. La volonté qu'auront les États, les gouvernements, les institutions de la Francophonie, est un facteur important, bien sûr. Mais nous n'arriverons à rien sans l'engagement du secteur privé, sans votre engagement à tous. Car je reste convaincu que les grandes entreprises, mais aussi le tissu si riche des PME ont, à cet égard, un rôle essentiel à jouer. Mais il est une troisième dimension, un troisième axe de la Francophonie que nous devons garder à l'esprit, parce qu'il est un impératif catégorique de la Francophonie, dans sa dimension politique, mais aussi économique et sociale, c'est l'affermissement de notre idéal démocratique. Les chefs d'État et de gouvernement ont voulu, à Hanoi, donner une dimension politique à la Francophonie. Et ils l'ont réaffirmé, clairement, à Moncton: essentielle de la Francophonie.
« Contribuer

à la réalisation,

dans l'espace francophone, de l'aspiration universelle à la paix, à la démocratie et au respect des droits de l'homme, constitue une mission
»

Et toutes les conversations que je peux avoir avec les uns et les autres, mais aussi avec les chefs d'État et de gouvernement, confIrment que cette Francophonie politique fait, désormais, partie de notre patrimoine. Et qu'elle s'impose toujours plus comme une nécessité.

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Il nous reste, néanmoins, encore, à trouver des mécanismes de consilltation et de dialogue, plus vastes et plus collégiaux, pour donner une force toujours plus grande à notre Francophonie politique. Mais, d'ores et déjà, c'est un acquis dont nous pouvons être fiers. La guerre est encore une réalité cruelle sur le continent africain. Et nous ne pouvons prétendre, dans le même temps, affermir l'idéal démocratique dans l'espace francophone, et ignorer les conflits politiques ou armés qui secouent certains de nos pays membres. C'est dans cet esprit, que l'Organisation internationale de la Francophonie doit continuer à mener ses missions de médiation, des missions souvent longues et difficiles, mais qui témoignent de l'intérêt et de la disponibilité constante de notre institution. C'est notre responsabilité. c'est notre devoir. Le devoir d'attirer l'attention de la communauté internationale, de la maintenir, de la réactiver parfois. Le devoir d'être disponibles et présents, tant avant, que pendant, et après la résolution des conflits. J'en veux pour preuve notre implication dans le règlement des crises au Togo, en République démocratique du Congo, au Burundi, en République centrafricaine, aux Comores, en Haïti. Le devoir, aussi, d'accompagner les États sur le chemin de la démocratie et de l'État de droit. Parce que nous savons bien que la démocratie, le développement et la paix sont indissociables.

Nous aurons à cet égard,un rendez-vous important, du 1er au 4 novembre
prochains, à Bamako, avec la tenue du Symposium international sur le bilan des pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l'espace francophone. Telles sont les trois dimensions de cette Francophonie intégrale qui, sans rien renier de l'esprit de Niamey, s'affirme sans complexes dans la réalité et la complexité du monde d'aujourd'hui.

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