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Emigration internationale des Burkinabè

De
105 pages
Ce livre donne un aperçu analytique des caractéristiques, déterminants, incidences et mécanismes de gestion de la dimension internationale de l'émigration au Burkina Faso, des indépendances à nos jours. Les migrations internationales apparaissent comme une source de développement des Etats, un paramètre essentiel dans l'élaboration de la politique étrangère, comme une source d'intégration ou d'explosion sociale.
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INTRODUCTION

L’ancienneté, la permanence et l’importance contemporaine du fait migratoire au Burkina Faso1 commandent qu’il fasse l’objet d’une part, d’une attention soutenue des autorités du pays, et d’autre part, d’un champ d’études approfondies et concertées des services techniques compétents de l’administration. Les résultats des différentes opérations démographiques (recensements, enquêtes et études) réalisées sur les migrations montrent qu’il s’agit de mouvements forcés ou spontanés, individuels ou collectifs, ayant eu au fil des années une ampleur, des formes et des conséquences significatives, en raison notamment des effets conjugués du fait colonial, des mutations socio-économiques, et de l’austérité du milieu naturel burkinabè. Les opérations démographiques de 1985 et 1993 indiquent respectivement que 21,7% et 30,7% de la population burkinabè résidente avaient effectué une migration à ces périodes2. Les opérations de collecte révèlent également une tendance marquée aux migrations internationales. En effet, celles-ci représentaient
1 Depuis le 4 août 1983, la Haute-Volta a changé de nom, pour s’appeler désormais Burkina Faso. Mais, pour mieux traduire certaines réalités historiques, nous employons parfois Haute-Volta et Voltaïque en lieu et place de Burkina Faso et Burkinabè. 2 Cf. Conseil national de population (CONAPO) : Politique nationale de population, 2000, page 11.

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sur l’ensemble des migrations 87,1% en 1960-1961, et 82,5% en 1988-19923. Autre donnée significative, les opérations de collecte font état d’échanges migratoires internationaux déficitaires pour le Burkina Faso, avec une tendance à l’équilibre dans les migrations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso depuis 1991, tendance consécutive à la conjoncture politicoéconomique difficile de la sous-région4. En définitive, les diverses opérations de collecte confirment que l’émigration des Burkinabè à l’étranger fournit le plus important effectif des migrations dans leur ensemble. Les migrations sont des mouvements sociaux naturels que les Etats ne peuvent aucunement empêcher de se poursuivre ; il vaut mieux trouver des mécanismes opérationnels et stratégiques de gestion du phénomène migratoire. L’absence avérée d’une politique nationale migratoire (burkinabè) semble favoriser dans une certaine mesure une émigration « sauvage » des Burkinabè à l’étranger. De même, nous sommes à une époque où les questions de droits de l’homme et de démocratie ont sacralisé la liberté de l’individu au point que, malgré l’ampleur et les effets néfastes de l’émigration internationale aujourd’hui, les Etats d’émigration se gardent de prendre certains types de décision visant à interdire ou à limiter les mouvements de population. Notre propos est de souligner que les Etats modernes ou démocratiques sont moins légitimés à prendre ces types de décision ; alors qu’en d’autres temps ou dans certains Etats communistes, l’émigration est strictement réglementée. L’état et le mouvement de la population (variables démographiques) d’une part, et le système social et économique

3 Cf. CONAPO : Op.cit., page 12.

Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) : Analyse des résultats du recensement général de la population et de l’habitation de 1996, Volume II, Ouagadougou, 2000, page 159. Dieudonné OUEDRAOGO : Les migrations Burkinabè sous la Révolution Démocratique et Populaire : Continuité ou rupture ? in Population, Reproduction, Sociétés : Perspective et enjeux de démographie sociale, Presses de l’Université de Montréal, Montréal, 1993, page 340.

4 Cf. CONAPO : Op.cit., pages 12-13.

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(variables environnementales) de l’autre, demeurent deux domaines du secteur de la population dont l’interdépendance est telle que la poursuite d’objectifs dans l’un, nécessite des actions programmées dans l’autre. Autrement dit, une nation ne peut prétendre à un développement harmonieux et durable si les services techniques de son administration ne savent pas agir sur les variables démographiques. En l’occurrence, si l’Etat burkinabè ne maîtrise pas la mobilité de sa population dans le temps et dans l’espace, il y a de fortes chances que la lutte contre la pauvreté s’apparente à la longue à un vain mot. Notre propos n’est pas de postuler l’interdiction formelle ou la régulation stricte des migrations à la manière des pays communistes, mais de souligner la nécessité d’accorder davantage d’intérêt à la question, pour en tirer toutes les conséquences utiles. De la politique nationale de population adoptée par décret N° 2000-624/PRES/PM/MEF du 30 décembre 2000, il ressort au sujet de la problématique population et développement que « l’état de la population (volume, structure, niveau de mortalité et de fécondité) et sa dynamique ont un impact sur la réalisation des objectifs de développement humain durable. En effet, les variables démographiques déterminent les besoins sociaux de base à satisfaire en termes de santé, d’éducation, d’alimentation, etc. »5. C’est dire que l’identification exacte et la satisfaction effective des besoins d’une population passent nécessairement par l’élaboration et la maîtrise de données statistiques sur les caractéristiques sociodémographiques de cette population. Au premier abord, il est impossible d’identifier puis, de satisfaire convenablement et durablement les besoins d’une population que l’on ne connaît guère. Des projets de développement initiés en faveur d’une population dont les caractéristiques sociodémographiques ne sont guère connues, ne peuvent qu’être biaisés ; et, fort probablement, ces projets ne rencontreront pas l’adhésion de cette population. Or, une population qui ne se découvre pas à travers des projets de développement ou qui ne s’identifie pas à ces projets, travaillera

5 CONAPO : Op.cit., page 2.

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difficilement à les réaliser. C’est d’ailleurs ce qui justifie de plus en plus l’adoption de la démarche participative dans l’élaboration et la mise en œuvre des projets de développement. Notre propos ici, est d’insister sur le fait que c’est la population qui fait le développement ; c’est à elle d’en décider, de l’accepter et d’y contribuer. Le développement d’une nation ne peut donc s’effectuer convenablement et durablement si le fait migratoire n’est pas suffisamment connu, ou si les autorités compétentes ne tirent pas toutes les conséquences utiles des données disponibles. Autrement, les objectifs, les stratégies et les coûts des projets de développement seront au dernier effort biaisés car, les agents de ces projets se retrouveront probablement avec une population plus importante ou moins importante que prévue par les données desdits projets. Ces agents pourraient également se retrouver avec une population à dominante masculine, féminine ou infantile, ce qui pourrait être tout à fait préjudiciable aux prévisions de ces projets. Lorsque les variations des caractéristiques d’une population se font en faveur de la bonne marche du développement, c’est tant mieux. Le drame, c’est que le plus souvent, de telles variations inattendues constituent des obstacles sérieux au décollage économique des pays en développement. D’où la nécessité d’intégrer les migrations au processus de développement national, et d’avoir une politique migratoire conséquente. L’absence d’une politique nationale sur l’émigration des Burkinabè à l’étranger ouvre grande la porte à des ponctions des forces vives vers des destinations étrangères, toutes choses qui nuisent considérablement aux objectifs et aux efforts de développement du pays. Pis, cette émigration massive peut avoir pour corollaire le retour massif des Burkinabè de l’étranger, comme il en a été le cas de la Côte d’Ivoire en 2002, en raison de la conjoncture politico-économique délétère de ce pays. En effet, à la faveur des événements de Tabou de 1999 et de la crise du 19 septembre 2002, la Côte d’Ivoire a vomi de nombreux Burkinabè, jugés responsables de la crise politico-économique qu’elle traverse depuis la fin du « miracle ivoirien ». Sans l’avoir prévu, l’Etat burkinabè s’est vu dans l’obligation de mobiliser des ressources financières, matérielles et humaines

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pour assurer la réinsertion socio-économique des compatriotes qui ont survécu au burkinabécide6, et qui ont retrouvé le Faso dans le dénuement total. Voici donc des forces vives qui auraient dû contribuer efficacement au développement de leur nation, mais qui ont opté ou ont été contraintes d’aller à l’aventure, à la recherche de meilleures conditions de vie. Victimes de pratiques xénophobes, ou déçues par l’aventure, ces forces vives reviennent au pays, mais cette fois-ci en tant que charge économique, en tant que « cas sociaux ». De ce qui précède, nous pouvons déduire que l’Etat burkinabè perd doublement avec l’émigration internationale de ses ressortissants. Il importe donc de connaître les tenants et les aboutissants du phénomène migratoire pour en limiter les effets néfastes, et, au besoin, chercher à tirer de ce phénomène le maximum de profits. D’où l’opportunité et l’intérêt de notre travail de recherche intitulé : L’émigration internationale des Burkinabé. Loin de nous l’intention et la prétention de jouer au donneur de leçons. A travers ce travail de recherche, nous envisageons plutôt de mettre l’accent sur les causes et les effets dévastateurs de l’émigration internationale des Burkinabè, et de souligner la nécessité conjointe d’y remédier promptement et efficacement, par l’adoption de mesures politico-administratives et socioéconomiques. L’émigration internationale des Burkinabè, au risque de nous répéter, est un fait ancien et persistant. Aussi bien sous la période coloniale que sous la période post-coloniale, cette forme de mouvement de population a connu une ampleur et des effets considérables, à telle enseigne que l’on parle désormais de phénomène migratoire, et non de simple fait migratoire. L’amplification considérable du volume et des effets de l’émigration internationale explique en partie la complexité et la délicatesse de la gestion de celle-ci. L’état actuel des connaissances sur le phénomène migratoire montre que la recherche est très avancée. En effet, comme le révèle en partie la bibliographie de notre travail de recherche, en
6 Par ce néologisme, nous désignons les agressions ciblées ou éliminations systématiques des Burkinabè.

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plus des recensements, des enquêtes et études, de nombreux ouvrages et communications portent sur le sujet. Beaucoup de choses ont donc été dites et écrites sur l’émigration internationale. Notre travail de recherche a consisté à faire une synthèse des données disponibles. En termes de problématique, il s’est agi de cerner les tenants et aboutissants de l’émigration internationale, en soulevant un certain nombre d’interrogations. En tant que pays en développement, le Burkina Faso a-t-il intérêt à cautionner, à encourager ou à organiser les ponctions de ses forces vives vers l’étranger ? L’Etat burkinabè serait-il dépassé par l’émigration internationale et, assisterait-il, impuissant, à un phénomène de société ? Notre recherche sur la question émet deux hypothèses principales. La première hypothèse est que le phénomène migratoire est bien connu, mais que les autorités compétentes n’en ont pas jusque-là tiré toutes les conséquences qui s’imposent. La seconde, c’est que l’émigration internationale influe considérablement sur le développement national, et sur les relations inter-étatiques. A travers L’émigration internationale des Burkinabè, nous entendons aborder, dans un premier temps, les caractéristiques et les déterminants de l’émigration internationale des Burkinabè (Titre I). Sous ce titre, nous relèverons d’abord quelques spécificités majeures de l’émigration des Burkinabè à l’étranger. Ensuite, il sera question des causes de cette émigration. L’étape suivante de notre travail de recherche, intitulée Incidences et mécanisme de gestion de l’émigration internationale des Burkinabè (Titre II), consistera d’abord à passer en revue les implications des spécificités majeures de l’émigration des Burkinabè à l’étranger, ensuite, à examiner les politiques et structures de gestion du phénomène migratoire. Comme tout autre Etat, l’Etat burkinabè agit et ne doit agir que dans ses intérêts, et pour ses intérêts. En tant que pays en développement, le Burkina Faso doit explorer et exploiter au maximum les opportunités qui lui sont offertes de sortir de la précarité, et surtout, de s’imposer dans le concert des nations. A ce titre, l’émigration des Burkinabè à l’étranger mérite d’être examinée car elle influe aussi bien sur le développement du pays de départ que sur celui du pays d’accueil. Elle influe également

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